ETUDE SUR L'ACCES DES FEMMES AUX RESSOURCES FONCIERES ET TECHNOLOGIQUES
AU SENEGAL
IV. RECOMMANDATIONS POUR UNE MEILLEURE FACON D'ASSURER LA PARTICIPATION
DES FEMMES
Au niveau de l'accès aux structures décisionnelles
· Augmenter le nombre de femmes dans les instances de pouvoirs
(partis politiques, coopératives, conseils ruraux, etc
)
en instituant un système de quotas.
· Augmenter le nombre de femmes dans les Conseils ruraux,
les Comités de Gestion des Forages et dans toutes les structures
décisionnelles des communautés, par la prise de mesures
visant à respecter le quota de 25% de femmes dans ces structures.
· Améliorer les compétences juridiques et techniques
des femmes pour qu'elles ne soient pas des figurantes dans ces structures
décisionnelles.
· Au niveau de la planification des Programmes Agricoles
· Prendre en considération des différences entre
les hommes et les femmes lors de la formulation, la budgétisation,
la mise en oeuvre et l'évaluation des programmes de développement
rural.
· Améliorer les connaissances des techniciens des problèmes
spécifiques des femmes rurales.
· Au niveau de l'accès aux ressources (crédit,
équipement, intrants, formation)
Au niveau du crédit
· Appuyer les initiatives visant à fonder la gestion
de l'argent sur la solidarité communautaire plutôt que
sur le système bancaire classique inadapté aux besoins
en milieu rural.
· Soutenir les groupements de promotion féminine dans
la création de caisses mutuelles d'épargne-crédit
permettant d'atténuer le poids des garanties classiques
- Renforcer les capacités des groupements de promotion féminine
en gestion financière
· Faire négocier par le Ministère de la Femme,
de l'Enfant et de la Famille, dans le cadre des projets financés
par les bailleurs de fonds, des lignes de crédits accessibles
aux femmes dans des banques agréées
· Multiplier et développer les expériences de
création de lignes de crédits au niveau des caisses
mutuelles d'épargne et de crédit
· Simplifier les formulaires de demandes de prêts, adaptation
des conditions de prêts à la nature des opérations
entreprises par les femmes afin de ne pas compromettre la viabilité
de leurs entreprises
· Encadrer les femmes (dans les groupements et individuellement)
pour les familiariser avec les règles élémentaires
du fonctionnement des banques et des conditions des prêts
· Former les femmes (dans les groupements et individuellement)
en gestion de projets.
Au niveau des équipements et des intrants
· Demander au Ministère de la Femme, de l'Enfant et
de la Famille de mener des négociations avec des services commerciaux
pour la mise à disposition des femmes d'intrants et d'équipements
à des conditions plus souples
· Mettre en oeuvre des projets visant à fournir des
services et des intrants pour la production, la transformation et
la commercialisation, notamment sous forme de crédits aux groupements
féminins ou aux femmes individuellement.
Au niveau des Groupements de Promotion Féminine et des
Associations Féminines
· Créer des services d'information pour les femmes
sur les débouchés commerciaux existants, sur les structures
offrant des formations dans les domaines qui les intéressent,
sur les possibilités de diversifier et de conserver leur production,
sur les conditions d'accès à l'eau et au crédit
formel
· Renforcer les capacités en leadership des femmes
par l'alphabétisation fonctionnelle, la formation en technologie,
en gestion et administration des ressources, la négociation
de crédit bancaire, en groupes ou seules
· Développer en collaboration avec les parajuristes
intervenant dans les zones rurales les connaissances juridiques des
femmes, notamment du Code de la Famille et des lois sur le domaine
national et les collectivités, sur les procédures juridiques
et les législations économiques
· Renforcer institutionnellement les groupements féminins
par des séminaires visant à les informer sur les politiques
agricoles, financières et sociales du gouvernement, de manière
à leur faire prendre conscience de l'interaction entre leur
situation et les politiques nationales
· Organiser des séminaires de formation pour le développement
des capacités des femmes leaders.
Au niveau de l'Etat
· Dans le cadre des politiques agricoles nationales, prendre
des mesures concrètes pour donner aux femmes le statut de productrices
en mettant à leur disposition des moyens de production
· Créer une Commission chargée de réviser
les inégalités contenues dans les législations
économiques pour réduire la marginalisation des femmes,
en particulier la loi sur le domaine national pour favoriser l'accès
à la terre
· Créer un Observatoire National sur les Droits des
Femmes chargé de la surveillance de l'application des lois
nationales protégeant les droits des femmes d'une part et d'autre
part du respect des engagements internationaux du Sénégal.
[sommaire]
ANNEXE I
LISTE DES PERSONNES RENCONTREES
Madame Astou DIOP DIAGNE, Directrice du Bien-Etre Familial, Ministère
de la Femme, de l'Enfant et de la Famille
Madame Astou FAYE FALL, Directrice de l'Hydraulique, Ministère
de l'Equipement et de l'Hydraulique
Madame Fatima DIA TOURE, Adjointe au Directeur de l'Environnement,
Ministère de l'Environnement et de la Protection de la Nature
Monsieur Diène FAYE, Direction de l'Hydraulique, Ministère
de l'Equipement et de l'Hydraulique
Monsieur Doucouré Mamadou, Directeur du Développement
Communautaire, Ministère de la Femme, de l'Enfant et de la
Famille
Madame Ndèye Coura MBAYE, Unité de Politique Agricole,
Ministère de l'Agriculture
Madame Oumoul Khairy NIANG, Conseillère à l'Ambassade
Royale des Pays-Bas à Dakar
Madame Seynabou TALL GUEYE, Chargée de Programme, UNIFEM
Madame Fayol TALL DIOUM, Cellule d'Appui aux Caisses Populaires,
d'Epargne et de Crédit, Ministère des Finances, de l'Economie
et du Plan
Madame Ndèye Marième THIOYE, ONG Femmes, Développement
et Entreprise
Monsieur Cheick FALL, Secrétaire Exécutif de l'ONG
ASRADEC
Madame Fambodj GAYE, Conseil des Organisations non Gouvernementales
d'Appui au Développement
Madame Marie Jeanne GOMIS SECK, Service du Crédit, Caisse
Nationale pour le Crédit Agricole
Madame Leila NDIAYE, Conseil National de Concertation des Ruraux
Monsieur Cheikh AMAR, Conseil National de Concertation et de Coopération
des Ruraux.
[sommaire]
ANNEXE II
ANALYSE DOCUMENTAIRE
SOW (F.) (1996) : Les droits fondamentaux des femmes et de la
petite fille et l'accès des femmes à la prise de décision
(36 p.). Document sectoriel du Plan d'Action de la Femme - 1997 -
2001.
Le document campe les lois et les dispositifs institutionnels en
vigueur relative aux femmes et dégage les contraintes majeures
émanant du contexte socio-culturel, politique, idéologique
et religieux. Il propose des recommandations prioritaires en ce qui
concerne la législation sur les droits des femmes. Toutes les
recommandations sont formulées sous forme de stratégies
qui dans leur pluralité sont envisagées comme les actions
concrètes de mise en oeuvre juridique, communicationnelle et
de réalisation sociale (P.5).
Les concepts de discrimination, d'inégalité et de pouvoir
sont abordés avec une prise en compte des réalités
sociales. Le document met en évidence les contraintes subies
par les femmes dans leurs activités de gestion des ressources
naturelles. Si certaines sont liées au milieu éco-géographique
variable selon les contextes climatiques, d'autres restent rattachées
à des réalités socio-économiques et à
des référents culturels. Au terme de son analyse l'auteur
plaide pour la mise en oeuvre d'un plan d'action pour les femmes rurales.
Les éléments prioritaires de ce plan d'action sont outre
la recommaissance d'un statut professionnel de productrice, l'accès
des femmes à la terre, le crédit, l'accès à
la formation agricole, l'allègement des travaux domestiques
et champêtres, le renforcement des capacités de négociation
des femmes aux fins de faciliter leur intégration dans les
structures de prise de décision.
Les recommandations dégagées n'envisagent pas de façon
effective l'implication des ONG et des différents segments
de la société civile dans la promotion économique
et sociale des femmes et de leur accès à la prise de
décision.
BATHILY (A) (1992) : Femmes et coopération internationale
(25p.). Document sectoriel Femmes sénégalaises à
l'horizon 2015.
L'auteur effectue une analyse de l'assistance portée aux femmes
du Sénégal par les bailleurs de fonds avec un accent
particulier sur la place des femmes dans l'économie sénégalaise,
et différentes priorités définies par les bailleurs
de fonds dans leurs programmes et leurs groupes cibles.
L'auteur après avoir passé en revue les politiques
nationales des années 60, 70 et 80 et les crises qui les ont
marquées conclut que l'invisibilité des femmes dans
les stratégies de développement international perdure
jusqu'aux années 1990. La valeur économique de leur
travail est niée par l'assistance internationale qui leur propose
des "projets féminins sans rentabilité économique,
ni pour elles-mêmes, ni pour la société qui les
confine dans des activités sociales de santé et de nutrition".
(p.17).
Par ailleurs, le document souligne que l'assistance internationale
a permis d'élargir l'horizon des femmes, de développer
leurs capacités d'initiatives et de valoriser leur existence.
La reconnaissance juridique des groupements féminins est un
acquis de taille et offre aux femmes une visibilité sociale.
Cependant, le texte n'aborde pas les modes d'utilisation des fonds
de l'assistance internationale destinés aux femmes par l'Etat,
les ONG et les collectivités locales.
SOW (F) (1989) : Les femmes et la terre : Essai sur la tenure
foncière et le rôle des sexes au Sénégal
CNRS/IFAN/UCAD - DAKAR (44 p.).
Cette recherche porte sur les différents régimes fonciers
au Sénégal et sur les diverses réformes sur l'accès
des femmes à la terre et leurs activités économiques.
Elle confirme la féminisation croissante de la force de travail
agricole à travers une enquête menée dans trois
(03) sites : le bassin arachidier, la moyenne Casamance, la basse
Casamance.
L'auteur aborde avec un esprit très critique les obstacles
à la participation des femmes à la prise de décision,
l'impact des politiques d'ajustement structurel et les stratégies
de suivi liées aux réponses communautaires.
Il ressort de l'analyse que certaines contraintes liées à
l'accès des femmes à la terre et aux autres ressources
naturelles sont moins connues parce que spécifiques à
certaines espèces éco-géographiques.
Pour l'auteur enfin, l'amélioration des conditions de vie
des femmes rurales est une bataille politique à mener. L'étude
rapporte aussi une bibliographie très fournie et une approche
très critique des sources.
CAMARA (F.I.) (1992) : Femmes et crédit. Document sectoriel
Etude Femmes 2015 (107p.).
Dans une analyse de l'ensemble des politiques et mécanismes
de crédits existants, cette étude montre les contraintes
rencontrées par les femmes face aux mécanismes financiers.
L'auteur examine également les circuits financiers non institutionnels
(finances informelles et programme d'appui).
L'étude offre une place importante à l'examen des stratégies
de financement des activités féminines et tente de dégager
des pistes de réflexion de nature à renforcer les possibilités
d'accès des femmes au crédit. Il propose enfin des principes
de base simples sur lesquels pourraient être adossées
les stratégies d'intervention destinées à faciliter
l'accès des femmes au crédit : développement
de l'épargne, simplification des formalités, atténuation
des exigences de garanties et une adaptation des conditions de prêts
(p.97).
Il faut noter que l'étude n'aborde pas spécifiquement
l'impact des politiques de crédit en ce qui tient à
l'accès des femmes à la terre et à la technologie
en termes de correspondances.
STEVERLUNCK (Th) (1998): Aspect "Genre" dans le recensement
agricole du Sénégal/FAO/rapport de mission - DAKAR (14p.).
Il s'agit d'un document de travail de la FAO qui propose une méthodologie
d'enquête visant à assurer la visibilité des femmes
dans les données statistiques du prochain "Recensement
national de l'agriculture et mise en place d'un système permanent
de statistique agricole" au Sénégal. C'est une
contribution qui vise à favoriser la désagrégation
des données collectées pour mieux faire ressortir la
place et le rôle des femmes dans le secteur rural et leur contribution
réelle au développement agricole du pays.
En somme, il s'est agi pour l'auteur de proposer une méthodologie
visant à intégrer l'aspect "genre" dans les
outils de la stratégie agricole de façon à amener
les décideurs, les ONG, l'Etat et les bailleurs à bien
percevoir le rôle et la place des femmes dans le développement
agricole.
STAMP (P) (1989) : La technologie, le rôle des sexes et le
pouvoir en Afrique (CRDI/OTTAWA (213 p.) .
Pour l'auteur, l'étude des rapports des sexes et le pouvoir
en Afrique doivent être au coeur de l'évaluation des
efforts de développement en Afrique. Elle ambitionne d'analyser
les correspondances entre transfert de technologique et facteurs liés
au sexe à l'aide d'études de cas et d'exemples tirés
de la littérature sur le développement, la santé,
la nutrition. Des fausses approches du sujet et des préjugés
dont sont empreints les différentes politiques ont entraîné
des projets inefficaces voire nocifs. L'auteur s'étend longuement
sur le fait que le rôle des sexes est passé sous silence
dans les études sur le développement et dans l'aide
au développement. Elle estime que l'acquisition d'un pouvoir
social, économique et technique par la femme au niveau communautaire
est essentiel pour que les efforts de développement menés
en Afrique soient efficaces.
NDIAYE (Khodia) (1996) : Femmes et technologies : pour une vulgarisation
appropriée. Université LAVAL - Chaire d'étude
sur la condition des femmes. Communication - QUEBEC - Canada (17p.).
La lourdeur et la diversité des taches domestiques assumées
par les femmes en Afrique ont inspiré l'auteur qui fait une
présentation des facteurs qui limitent l'introduction des technologies
et propose des mécanismes de transfert des connaissances et
l'utilisation durable des technologies.
BARRO (AT) (1992) : Politique du Gouvernement du Sénégal
en matière d'intégration de la femme au Développement
(Communication séminaire ACDI - DAKAR (7p.).
La communication part d'un constat significatif à savoir que
l'une des raisons qui explique l'échec des premières
politiques gouvernementales de la promotion économique et sociale
des femmes est le fait que les stratégies mises en oeuvre n'avaient
pas mis l'accent sur le facteur humain et surtout sur la "femme
en tant qu'agent et bénéficiaire du développement
(p.1). Et partant, le Sénégal a mis en place à
partir de 1975 des mécanismes institutionnels propres à
assurer la promotion économique, sociale et culturelle des
femmes. L'auteur décrit les mécanismes institutionnels
à travers deux mouvements : les mécanismes gouvernmentaux
et les mécanismes non gouvernementaux.
Dans la deuxième partie du document, l'auteur souligne des
contraintes parmi lesquelles les difficultés d'accès
à la terre, aux intrants et aux services de vulgarisation.
Ainsi, en dépit des efforts effectués par les services
gouvernementaux, les femmes rurales sénégalaises ne
bénéficient pas d'intrants de production et les services
de vulgarisation ne tiennent pas compte de leurs préoccupations.
Groupe de Réflexion Stratégiques (GRS) (1997) :
La pauvreté rurale : Diagnostic et stratégie de lutte,
République du Sénégal - DAKAR (162 p.).
Cette étude relative à la pauvreté rurale propose
un diagnostic de ses manifestations et les mécanismes de sa
reproduction. A travers les études de cas, l'analyse se fonde
à la fois sur une vue d'ensemble du milieu rural sénégalais
et une observation de trois principales zones à risques. Il
ressort que de manière structurelle la politique agricole marginalise
les femmes comme n'étant pas inscrites dans le système
de production. Par exemple dans la vallée du fleuve Sénégal,
les femmes sont marginalisées par rapport aux cultures irriguées.
Dans les Niayes à vocation maraîchère, dans la
zone sylvo-pastorale, dans le bassin arachidier et en Casamance, les
femmes ne trouvent pas de réponses adéquates dans les
dispositions de la politique agricole. Par ailleurs un fort accent
a été mis sur l'impact des réformes institutionnelles
sur la pauvreté rurale, mais les femmes y apparaissent comme
un groupe potentiellement défavorisé parce que n'ayant
pas suffisamment accès aux processus de prise de décision.
LE BRIS (E) et AI. (1991) : L'appropriation de la terre en Afrique
Noire : Manuel d'analyse de décision et gestion foncière.
Karthala, PARIS (352 p.).
Ce manuel conçu pour les décideurs, les concepteurs
de projets, les techniciens et les praticiens, est un document qui
fait le point sur les outils de gestion foncière disponibles.
Il consiste en un recueil de contributions d'une équipe internationale
et interdisciplinaire de chercheurs de terrain.
La publication cherche à vulgariser la recherche fondamentale
et donne les bases pour comprendre la question et enrichir les débats
relatifs au renouvellement des politiques de développement.
La succesion des articles donne une vue globale et analytique des
situations foncières en rapport avec l'histoire coloniale,
les mutations introduites après les indépendances, les
politiques gouvernmentales et met en évidence le rapport entre
la sécurisation foncière et la productivité des
écosystèmes.
DEBENE (M) & CAVERIVIERE (M) (1998) : Le droit foncier sénégalais
- Monde en devenir - B.L. PARIS (329p.).
Selon les auteurs de cet ouvrage, le régime foncier dont le
Sénégal moderne s'est doté est d'une indéniable
originalité. En effet, avec la loi sur le domaine nationale,
l'Etat n'est pas propriétaire, mais détenteur de 95%
du sol sénégalais. La propriété publique
(domaine de l'Etat) et la propriété privée co-existent
dans ce dispositf juridique de 1964. L'Etat gère le sol dans
la mesure où il contrôle les différents ensembles
et mouvements qui permettent de passer de l'une à l'autre.
L'étude présente les enjeux de l'aménagement
juridique de l'espace, les logiques de la propriété
d'Etat, les insuffisances révélées par les pratiques
urbaines et toutes les ambiguïtés de loi sur le domaine
national en rapport avec les pratiques traditionnelles de gestion
des ressources naturelles.
La place des femmes n'est pas prise en compte dans la réflexion
des auteurs.
IDEP (1994) : Valorisation du statut et de la contribution de
la femme dans le secteur agricole et l'économie rurale ; quatre
expériences par pays : Dakar (104p.).
Grâce à des études de cas menées en Gambie,
au Cap Vert, en Guinée Bissau et au Sénégal,
l'auteur analyse la place et le rôle des femmes à travers
d'une part les lois, règlements et politiques concernant l'accès
des femmes en milieu rural, au crédit, à la terre, à
la technologie, au commerce et les services de vulgarisation, d'autre
part la nature et la portée de leur participation aux organes
de décisions et les pesanteurs psycho-sociologiques qui gênent
leurs performances. Le document examine également l'emploi
rural et la productivité, de même que l'impact des politiques
macro-économiques et l'influence des organisations qui oeuvrent
pour la formation des femmes.
Dans le cas du Sénégal, il apparaît que les politiques
de développement agricole de l'indépendance à
nos jours n'ont pas pris en compte le rôle des femmes comme
productrices, mais comme une main-d'oeuvre rattachée à
l'économie familiale en dépit des efforts significatifs
des différents acteurs comme le Gouvernement, les bailleurs
de fonds et les ONG. Elle souligne que ces efforts ont surtout pêché
par un manque de coordination intersectorielle et une absence de stratégies
clairement définies.
Les cas présentés ne sont pas fondés sur des
données quantitatives, ce qui donne un acractère trop
général à l'étude.
BALDE (D) & KONE (OJ) (1994) : Préparation de la participation
paysanne à la conférence régionale de Praia sur
le foncier, la gestion des ressources naturelles et la décentralisation
(72p.) CILSS-CSP-CEA.
Ce document s'inscrit dans la préparation de la conférence
régionale sur le foncier tenue à Praia en 1994 et se
propose de dresser un état des lieux de la participation paysanne
à la gestion des ressources naturelles et au processus de décentralisation
au Sénégal. Il est le produit d'un travail de terrain,
d'une pré-restitution au Sénégal avec des représentants
de communautés paysannes incluant hommes et femmes et d'une
restitution à Praia (Cap Vert).
La première partie du document présente les piliers
de la gestion foncière au Sénégal en rapport
avec la décentralisation, alors que la seconde partie est consacrée
aux études de cas sur l'impact des traditions locales et des
aménagements hydro-agricoles sur le foncier dans les différentes
zones.
La place et le rôle des femmes n'ont pas été
étudiés.
Références additionnelles
Ministère de l'Agriculture : Plan d'Action Foncier du Sénégal,
1996
Programme d'Investissement du Secteur Agricole : l'environnement
de la Politique Agricole (date non indiquée)
Déclaration de Politique de Développement Agricole
(D.P.D.A.), Juin 1994
Ministère de la Femme, de l'Enfant et de la Famille, Plan
d'Action de la Femme 1997 - 2001.
[sommaire]
ANNEXE 3
ETUDE DE CAS SUR L'ACCES DES FEMMES DE BANTANCOUNTOU MAOUNDE AUX RESSOURCES
I. LE CHOIX DU SITE
II. PRESENTTION ET HISTORIQUE DU VILLAGE
2.1 Localisation
2.2 Origine et historique du système
foncier
3.1 Occupation des femmes
3.1.1 Les occupations domestiques
3.1.2 Les activités agricoles
3.1.3 Les activités économiques
3.2. Les femmes et la tenure foncière
3.2.1. Mode d'acquisition des terres
3.2.1.1. Les modes d'accès à
la terre
3.2.1.2. L'utiisation par les femmes
des moyens légaux d'accès à la terre
3.2.2. Mode d'exploitation des terres
3.2.3. Les conflits fonciers
IV. L'ACCES DES FEMMES A LA TECHNOLOGIE
4.1. Les intrants agricoles
4.2. Le matériel et équipements
de production
4.3. Le matériel et équipements
de transformation
CONCLUSION
En milieu rural où l'essentiel des femmes s'adonne à
l'agriculture, ces dernières se trouvent très souvent
confrontées à des problèmes d'accès au
crédit, aux ressources foncières, à la technologie.
Elles ont également un pouvoir limité, sinon nul, dans
la prise de décision. Elles sont tout simplement informées
après que les hommes aient pris des décisions sur parfois
des questions qui les concernent directement.
Les femmes de Bantancountou Maoundé n'échappent malheureusement
pas à cette sitaution. Elles sont, pour une grande majorité,
des agricultrices et apportent un soutien non négligeable à
la prise en charge de la famille. Mais pour leurs activités
agricoles, elles restent confinées dans des zones (bas-fonds)
où les ressources foncières se réduisent de plus
en plus. Or leur accès aux autres types de terre est très
limité.
Dans ce village, les femmes pratiquent depuis très longtemps
la riziculture qui est leur activité principale, et dans une
moindre mesure le maraîchage, soit dans les bas-fonds, soit
sur les flancs de la vallée. Par rapport à la riziculture,
les femmes sont actuellement confrontées à une réduction
progressive de leur espace de travail dans la mesure où cette
partie du terroir ne peut s'étendre contrairement aux zones
de plateaux, domaine réservé aux hommes. On y assiste
aussi, de plus en plus, à une réduction de la taille
des faro (rizieres) compte tenu de la poussée démographique.
En fait, la vallée est très étroite et limitée
de part et d'autre par les terres de plateaux.
Même si les rizières constituent le domaine d'activité
des femmes de ce village, il reste clair qu'elles ne peuvent en être
priopriétaires encore moins attributaires. Le mode d'acquisition
est aussi très lié au statut matrimonial de la femme.
L'utilisation répétée d'une partie des bas-fonds
et des pentes de la vallée a fini par appauvrir les sols et
influe actuellement sur la productivité surtout que les femmes
ne disposent pratiquement ni d'intrants agricoles suffisants, ni d'équipements
adéquats pour leurs travaux.
En dehors du foncier, l'accès aux autres ressources est également
fonction des enjeux économiques qu'elles suscitent. Ainsi,
l'élevage qui est une activité économique très
rentable à Bantancountou Maoundé, est accaparé
par les hommes. En effet, cer derniers se sont constitués en
groupement d'intérêt économique et écoulent
la production de lait à Kolda. Pourtant dans ce village, l'essentiel
du bétail appartient aux femmes, mais elles ne bénéficient
presque pas des revenus tirés de la vente du lait.
En plus de la production agricole, les femmes de cette localité
exploitent aussi des ressources forestières. Elles s'occupent
également de la transformation et de la commercialisation des
noix palmistes, du néré qui leur procurent des revenus
substantiels. Mais l'insuffisance des équipements de transformation
et l'enclavement du village réduisent fortement le profit tiré
de la vente de ces produits.
La question foncière et les mécanismes d'accès
des femmes aux ressources et à la technologie constituent autant
d'aspects que cette présente étude tente de mettre en
exergue dans un village du Fouladu à dominante mandinge et
peulh.
[sommaire]
I. LE CHOIX DU SITE
Le village de Bantancoundou Maoundé a été choisi
pour mener cette recherche sur l'accès des femmes aux ressources
et à la technologie en raison de plusieurs facteurs.
D'abord, compte tenu des potentialités naturelles dont il
regorge et de son contexte socio-économique, il nous est paru
opportun d'y mener nos investigations. En effet, Bantancountou Maoundé
dispose de ressources diverses qui ne profitent malheureusement pas
toujours aux femmes. L'élevage, par exemple, qui y est l'activité
domainante est l'affaires des hommes.
Pourtant, lors des entretiens informels, il est ressorti que l'essentiel
du bétail (vaches, petits ruminants,
) appartenait aux
femmes même si la gestion leur échappait.
C'est aussi un village où cohabitent deux principales ethnies
(Peulh et Mandingue) et dont les femmes, depuis des décennies,
sont très activites dans les activités rizicoles et
marîchères. Leur production rizicole et maraîchère
est presqu'exclusivement destinée à la consommation
familiale.
Comme beaucoup d'autres villages, Bantancountou Maoundé a
adopté un système foncier dont les mécanismes
et la gestion échappent aux femmes. Les formes de gestion de
la tenure foncière traditionnelle y dominent encore du fait
de "l'ignorance" des femmes (60% de l'échantillon
ne sont pas instruites) des textes en vigueur sur les modes d'acquisition
des terres.
Bantancountou Maoundé a également bénéficié
d'appuis divers (UNICEF, Communauté Rurale, des ONG telles
que FODDE, Aide et Action,
) et qui, sur le plan de la structuration
est de loin en avance par rapport à beaucoup de collectivités
rurales. En effet, on y dénombre plusieurs groupements d'intérêt
économique et à but non lucratif qui mènent des
actions sous la tutelle de l'ASDEB (Association pour le Développement
de Bantancountou Maoundé).
Cependant, malgré ce dynamisme et ces différentes actions,
les conditions socio-économiques des femmes y demeurent toujours
précaires (accès au crédit difficile, activités
agricoles concentrées sur les terres de bas-fonds, matériels
agricoles et intrants insuffisants).
En Casamance les ressources productives ont été et
restent pour l'essentiel contrôlées par les hommes considérés
comme les chefs de famille. Les femmes agriculturices des deux ethnies
qui pèsent d'un poids non négligeable dans la production
des richesses sont marginalisées quant à l'appropriation
des ressources et à l'accès à la technologie
et aux intrants.
Bantancountou Maoundé n'échappe pas à cette
règle. La terre y est alors la source principlae des richesses.
Elle est l'espace vital qui assure la production des individus et
des groupes. Mais parce qu'elle est essentiellement un bien de subsistance,
elle est affectée aux responsables des unités domestiques.
Ceux-ci (les hommes) en assurent la gestion, la répartition
entre les membres de la famille et la préservation pour l'intérêt
supérieur de la famille attributaire. Les femmes n'acquièrent
un droit sur la terre que sur affectation de l'époux ou de
la famille de celui-ci. Elles ont en charge la fructification de cette
terre par le travail pour contribuer à la consommation du ménage.
En plus de leurs occupations agricoles, les activités domestiques
remplissent le calendrier de travail des femmes qui ont répondu
au questionnaire.
[sommaire]
II. PRESENTTION ET HISTORIQUE DU VILLAGE
2.1. Localisation
Le village de Bantancountou Maoundé est localisé dans
la communauté rurale de Médina El Had, sous-préfecture
de Dioulacolon. Situé à environ quinze (15) kilomètres
de sa capitale régionale, Kolda, au Sud et à environ
douze (12) kilomètres au Nord de la frontière avec la
République de Guinée Bissau, le village da Bantancountou
Maoundé est à moitié ceinturé par une
vallée intermittente.
Ses voisins les plus immédiats sont : Saré Démara,
Ndangane, Gallou Kamako.
[sommaire]
2.2. Origine et historique du système foncier
Bantancountou Maoundé, chef-lieu de la province de Kamako,
a été fondé approximativement vers la moitié
du 19e siècle. Il est en tout cas difficile de donner la date
exacte de la création du village et de l'évolution du
système foncier. Mais grâce au profil historique ci-après,
nous avons pu avoir quelques repères :
Venu de Baya (dans l'actuel arrondissement de Ndorna) Dioubaïrou
Kandé, le fondateur de Bantancountou Maoundé, s'est
installé dans ce village.
C'est, en effet, à la suite d'une bataille où son adversaire
fut tué qu'il décida de quitter Baya pour s'installer
d'abord à Ndorna, fief du roi Moussa Molo Baldé, puis
à Hamdalaye Moussa Molo. Il quitta Hamdalaye Moussa Molo pour
s'établir à Bantancountouyel pendant deux (2) ans avant
d'aller fonder l'actuel village de Bantancountou Maoundé.
Pour délimiter le site du nouveau village créé,
Dioubaïrou alluma un grand feu qui suivit un tracé de
part et d'autre. C'est ainsi qu'il décida que les contours
dégagés constitueront les limites de Bantancountou Maoundé.
Pour consolider son assise sociale et politique, Dioubaïrou
fit venir la famille Baldé de Pakao. C'est d'ailleurs dans
cette famille qu'était choisi le "jaarga" jusqu'au
changement intervenu à la moitié du vingtième
(20e) siècle avec la nomination de Djidéré Kandé.
Les Mandingues dont l'ancêtre était un "dioula"
originaire de la Guinée Conakry et pourvoyeur de "poudre
de fusil", se sont installés bien après dans la
concession de Dioubaïrou. Ils sont actuellement concentrés
dans la partie centrale du village.
Jusqu'aux indépendances c'est le roi, Moussa Molo, qui distribuait
les terres.
Mais pour ce qui était des "faros" destinés
à la riziculture, le roi avait désigné une femme
du nom de Téning pour assurer la distribution à celles
qui voulaient s'adonner à cette culture. Avec l'avènement
de Pathé Boukel, l'un des "Jaarga", cette affectation
des terres de bas-fonds ou "faro" reviendra au chef du village.
De nos jours, les "faros" sont toujours sous la tutelle
du chef du village mais ils se transmettent le plus souvent au sein
de la cellule familiale de belles-mères en bru et dans une
moindre mesure de mères en filles. Jusque là, le Conseil
Rural n'intervient pas dans l'attribution des rizières.
[sommaire]
3.1. Occupation des femmes
Dans le cadre de l'enquête qualitative, l'élaboration
du calendrier saisonnier des femmes a permis de constater leur forte
occupation durant toutes les périodes de l'année. Ces
occupations orientées vers la satisfaction des besoins alimentaires
quotidiens de la famille détournent les femmes des activités
qui ont une incidence directe sur la gestion du pouvoir (familial
ou communautaire) et la maîtrise des resources. Elles oeuvrent
pour entretienir les détenteurs du pouvoir de qui elles tirent
toute leur légitimité.
Calendrier saisonnier des femmes de Bantancountou
Maounde
|
PERIODE
|
ACTIVITES
|
|
Janvier - Avril (Ceedu)
|
· Maraîchage (tomates,
gombo, "bissap", oignons
· Petit commerce (savon, légumes,
)
· Transformation de produits (noix palmistes,
)
· Filage de coton (activité qui se raréfie)
· Cérémonie familiales (mariages surtout)
· Voyages et visites de parents
· Préparation des repas |
|
Mai-Juin (Ceccle)
|
· Collecte de bois mort·
Cueillette de fruits sauvages
· Production de savons artisanaux
· Transformation du "néré"
· Préparation de l'huile de palme
· Préparation des rizières (nettoyage)
· Préparation des repas |
|
Juillet-Octobre (Ndungou)
|
· Travaux agricoles (riziculture
principalement)
· Production huile de palme
· Préparation des repas |
|
Novembre - Décembre
(Jaawnde)
|
· Ramassage d'arachide
· Récolte du riz (matin et soir)
· Ramassage de feuilles sauvages pour la sauce
· Récolte de l'oseille pour les repas
· Préparation des sols pour le maraîchage
· Aménagement des jardins collectifs
· Préparation des repas |
Ce tableau révèle que le temps des femmes de Bantancountou
Maoundé est partagé entre les activités domestiques,
agricoles et autres activités économiques
[sommaire]
3.1.1. Les occupations domestiques
C'est là une activité de tous les jours exclusivement
dévolue aux femmes. Quelques soient les charges de travail
qui pèsent sur elles, elles ne sauraient se dérober
à ces tâches qui, selon elles, justifient en partie leur
présence dans le foyer. En effet, beaucoup d'entre elles pensent
que si elles ont été mariées c'est justement
pour s'occuper de travaux domestiques et garantir la progéniture.
Ainsi, même pendant l'hivernage elles sont tenues d'assurer
quotidiennement les repas familiaux en plus de l'entretien de leurs
rizières. Celles d'entre elles qui ont de grandes filles (12-15
ans) sont un temps soit peu assistées ou suppléées
par ces dernières.
Ces occupations domestiques comprennent la collecte de bois mort,
la cueillette de feuilles sauvages, le ramassage de l'arachide pour
la sauce et surtout l'approvisionnement en eau de la concession et
la préparation des repas.
Des activités aussi contraignantes laissent peu de temps aux
femmes. Pourtant ces occupations domestiques ne les empêchent
nullement de se consacrer concomitamment aux autres activités
agricoles et commerciales. En effet, sur un échantillon de
quarante cinq (45) femmes âgées de 15 à 60 ans,
quarante deux (42) ont en charge les travaux domestiques, soit un
taux de 93,3% des femmes interrogées. Seules trois (3) disent
ne plus s'occuper des tâches domestiques parce qu'elles ont
de grandes filles (12-15 ans) qui les secondent. Ces tâches
sont d'autant plus difficiles que les femmes ne disposent pratiquement
d'aucun matériel ou équipement permettant d'alléger
leurs travaux (moulin à mil, arrosoirs,
).
Nos réunions avec les femmes ont souvent été
perturbées par l'obligation pour certaines d'entre elles de
se retirer du groupe pour aller préparer les repas. C'est dire
que leur temps de réflexion et de partage sont réduits
par rapport à leurs travaux quotidiens.
Pour l'approvisionnement en eau, il n'y a pas de matériel
d'exhaure. C'est le puisage manuel avec une poulie comme support qui
prédomine. Un effort supplémentaire s'impose aussi aux
femmes de ce village pour la collecte du bois. Elles sont en effet
obligées de parcourir environ deux (2) kilomères pour
accéder aux zones boisées et ne disposent pas en général
de charrette pour évacuer les fagots de bois collectés.
Pour la cuisine donc, l'usage de charbon ou du gaz n'est pas courant.
[sommaire]
3.1.2. Les activités agricoles
Dans le village de Bantancountou Maoundé presque toutes les
femmes valides âgées de 15 à 60 ans pratiquent
l'agriculture. 97,8% des femmes enquêtées déclarent
s'adonner à cette activité. D'après les résultats
des enquêtes, seule une femme n'est pas concernée.
Il ressort également du calendrier saisonnier des femmes que
du mois de Juillet au mois de Novembre, les activités agricoles
dominent. Pendant la période allant de Janvier à Avril,
elles s'adonnent plus ou moins au maraîchage.
La riziculture est, à Bantancountou Maoundé, la spécialité
des femmes. Les "faros" ou rizières constituent le
domaine réservé à ces femmes et se trouvent dans
les bas-fonds ou sur les pentes. La superficie emblavée par
femme dépasse rarement 2.500 m2. Plus de 95% d'entre elles
(femmes Peulhs et Mandingues) cultivent le riz selon les enquêtes
; les autres céréales (sorgho, fonion) et les cultures
de rente (arachide, mil) sont l'anapage des hommes.
Pendant la saison dite morte, quelques femmes font du maraîchage
à titre personnel surtout pour assurer les condiments du repas
familial. Elles cultivent du "bissap", des tomates et des
gombos à côté des "bambés" ;
cet espace est communément appelé jardin de case.
Dans le cadre de leurs activités, les femmes sont parfois
appuyées par leurs maris ou les hommes de la famille (57,8%
de l'échantillon) pour les tâches très dures.
Il existe aussi une forme de solidarité (entraide) qui permet
à une femme démunie ou malade de bénéficier
du soutien groupé des autres femmes pour l'entretien de sa
rizière.
Les travaux occupent les femmes soit la matinée et l'après-midi
(40% des femmes enquêtées), soit toute la matinée
(20% des femmes interrogées), soit alors elles font un travail
d'affilée de 8heures à 18 voire 19heures (20% des femmes
de l'échantillon). Lerus repères sont fonction des heures
de prière ou de la position du soleil. Cependant, avec l'intervention
de la SATEC (une structure ayant encadré les populations pour
améliorer la production du riz dans les années 1970)
un temps de travail est bien déterminé.
L'intervention de cette société financée par
les Chinois a eu un effet remarquable qu'il importe de souligner.
D'abord, il s'était agi d'améliorer la production rizicole
et d'en faire une source de revenus potentiels. Compte tenu des enjeux
de ce projet, les hommes se sont davantage impliqués dans l'activité
et ont plus bénéficié de l'appui de la structure
que les femmes supposées avoir le monopole de la riziculture.
Le produit de la récolte des femmes est essentiellement destiné
à leur grenier personnel. Ici l'abondance de la récolte
est signe de prospérité ; mais actuellement, rares sont
les femmes qui parviennent à produire assez de riz consommable
sur une saison. L'autosuffisance alimentaire n'est pas assurée
et cela est en patie dû à l'inaccessibilité des
intrants (semences améliorées, engrais, produits phytosanitaires,
)
et à l'obsolescence ou à l'inexistence des équipements
et matériels agricoles.
Les femmes travaillent dans les bas-fonds et les pentes au sol boueux
rempli d'eaux pendant la période des grands travaux. Elles
pataugent pieds nus dans cette eau boueuse sans bottes au risque d'attraper
des maladies hydriques. Ces agricultrices (97,8% de l'échantillon)
travaillent aussi presque les mains nues avec comme seuls matériels
le "barra" (sorte de daba) ou la houe pour les travaux de
sarclage. Les semis, le démarrage, le repiquage ou la récolte
se font directement à la main sans aucun autre support.
Pour les travaux de labour, les femmes sont souvent appuyées
par les hommes ou alors les autres membres de la famille qui mettent
à leur disposition des animaux (boeufs surtout). Il faut dire
que si ces derniers acceptent de les aider, ils le font souvent à
la fin de leurs travaux champêtres.
La gestion des récoltes destinées à l'entretien
du ménage est assurée par la femme. Mais pour les activités
économiques, les hommes arrivent toujours à s'impliquer
dans la gestion des revenues réalisés par les femmes.
[sommaire]
3.1.3. Les activités économiques
A Bantancountou Maoundé c'est surtout pendant la saison sèche
("Ceedu" et "Ceccel") que les femmes mènent
d'autres activités économiques susceptibles de leur
procurer des revenus supplémentaires.
Près de 85% d'entre elles s'adonnent au maraîchage (oignons,
tomates, gombos, "bissap"
). Une bonne partie de la
production est vendue au marché de Kolda (à environ
15 kilomètres). Les activités de transformation des
produits alimentaires forestiers (huile de palme, "nététou",
), la cueillette des fruits et leur commercialisation occupent
également les femmes du village.
Les femmes sont fortement impliquées dans l'élevage
de la volaille et des petits ruminants (respectivement 57,8% et 31,1%
de notre échantillon) dont elles ont la maîtrise et le
contrôle. Elles acquièrent ce petit bétail, soit
par donation soit par un système d'échanges ou parfois
par achat ou par héritage.
L'usage du système d'échanges ou troc permet aux femmes
d'acheter souvent du gros bétail. En effet, pour augmenter
le troupeau, il arrive que les femmes échangent plusieurs moutons
ou chèvres contre une vache laitière. Seulement ces
bovins sont gérés par les époux qui en assurent
l'entretien et gardent les bénéfices de la vente du
lait. Ce bétail est aussi utilisé par les hommes pour
les travaux champêtres. Il profite quelquefois aux femmes qui
perçoivent cet acte comme une faveur alors qu'elles en sont
propriétaires.
Dans ce village, s'est développé une véritable
activité d'embouche bovine sur les vaches laitières.
Il y a plus de cinq (5) groupements d'intérêt économique
(GIE) qui travaillent dans ce secteur et qui traitent avec des structures
de transformation basées à Kolda. Ces GIE sont composés
d'hommes et de femmes ; mais ce sont les hommes qui profitent des
revenus considérables de cette activité (chaque membre
d'un GIE parvient à écouler en moyenne dix (10) litres
de lait par jour à raison de 200 FCFA le litre). Pourtant,
la commercialisation du lait était traditionnellement réservée
aux femmes comme c'est toujours le cas dans certaines régions
du pays (Nord du Sénégal). Mais compte tenue des enjeux
financiers, à Bantancountou Maoundé, les hommes se sont
accaparés ce secteur.
Une telle situation est paradoxale puisque la plupart de ces vaches
appartiennent aux femmes qui n'en ont cependant pas la libre disposition.
Ces dernières affirment ne pas être intéressées
par les revenus tirés du produit de leur bétail. Certaines
reconnaissent cependant qu'elles ne se laissent pas faire. Selon elles,
les décisions prises par leurs époux sur leur bétail
sont des décisions concertées. Il arrive même
qu'elles décident de vendre leur vaches pour régler
des problèmes de famille ou lors des cérémonies
(mariage, décès, retour de la Mecque,
). Il faut
souligner que même si elles se concertent avec leurs époux
pour connaître leur opinion, il reste que cet avis est tout
compte fait déterminant dans la décision de la femme.
L'exploitation des produits forestiers appelle quelques remarques.
En effet, elle est surtout l'affaire des femmes Mandingues qui sont
les plus dynamiques dans ce domaine. Pour commercialiser leur production,
elles se rendent chaque jour à Kolda qui est distant de 15
kilomètres. La transformation des noix palmistes en huile et
du néré en "nététou" demande
de gros efforts physiques (pilage, traitement,
) et une patience
qu'elles ne se lassent pas de fournir.
Les revenus tirés de ces activités sont gérés
par les femmes avec un droit de regard du mari. D'après certaines
femmes quand ces revenus commencent à croître et à
devenir importants, elles en confient la garde à leurs époux.
Elles expliquent cette attitude par le fait que ces derniers sont
leur plus proches collaborateurs ou alors que c'est grâce à
ceux-ci qu'elles ont pu mener des activités génératrices
de revenus.
Les revenus de la femme sont le plus souvent réinvestis dans
la famille. Ces femmes font tout pour se conformer à leur statut
de femmes soumises, d'épouses et de mères. Le poids
de la tradition et de la religion y est pour beaucoup. Quelque soit
l'origine du pouvoir que l'on scrute, le mari a le statut de chef
de famille ou de chef de ménage.
L'enquête a révélé que presque 65% des
femmes interrogées estiment que leur mari est soit chef de
concession ou chef de famille. Dans les autres cas, c'est un membre
de la famille de l'interrogée ou du mari qui est chef de famille
(tous des hommes). Dans quelques rares cas, des femmes avouent être
des chefs de ménages (11,1% de l'échantillon). Certaines
d'entre elles qui ne sont pas prises en charge par leurs enfants,
survivent difficilement, parce que la production ne couvre pratiquement
jamais leurs besoins alimentaires.
[sommaire]
3.2. Les femmes et la tenure foncière
L'économie rurale repose essentiellement sur les ressources
foncières. Parce qu'elle est la source nourricière de
tout individu dans les sociétés agraires, la terre a
toujours été et fait encore aujourd'hui plus qu'hier,
l'objet de beaucoup de convoitise. En effet dans ce cas, qui détient
la terre, détient le pouvoir.
A Bantancountou Maoundé, tout comme partout ailleurs au Sénégal,
les femmes sont restées en marge des ressources foncières.
Leur condition de femme mariée soumise dont la raison de vivre
est étroitement liée à la satisfaction des besoins
du mari, ne leur permet pas de s'impliquer directement dans la répartition
et la gestion des ressources, surtout foncières, même
si on peut noter que durant le règne de Moussa Malo, dans la
zone de Bantancountou Maoundé, une femme était déléguée
pour l'attribution des rizières aux autres femmes qui en faisaient
la demande (voir profil historique).
Les rapports des femmes à la terre sont appréhendés
par référence à trois éléments
:
- l'acquisition des terres ;
- l'exploitation des terres ;
- les conflits fonciers et leur mode de règlement.
[sommaire]
3.2.1. Mode d'acquisition des terres
Bantancountou Maoundé est un village de deux grandes communautés
ethniques : les Peulhs fouladou et les Mandingues.
Dans ces deux composantes, les femmes sont traditionnellement spécialisées
dans la riziculture. Petit à petit, le maraîchage est
en train de gagner une place dans le calendrier cultural des femmes.
Il faut dire qu'il s'agit là d'activités d'appoint par
rapport à celles des hommes.
[sommaire]
3.2.1.1. Les modes d'accès à la terre
La terre est perçue ici comme un bien communautaire dont la
gestion et la responsabilité reviennent aux chefs de famille
de concession ou du village. Ceux-ci pour des raisons historiques
et culturelles ont toujours été des hommes. Ils avaient
en charge l'attribution des terres aux autres membres de leur groupe.
Il arrive qu'ils délèguent cette tâche à
d'autres. L'enquête confirme que le mode d'acquisition de la
terre le plus courant est lié au statut matrimonial de la femme.
Il ressort de cette enquête que 40% des femmes interrogées
ont reçu la terre de leur mari et 31,1% de la famille de celui-ci.
Ce qui signifie que près de 71,1% des femmes reçoivent
de terres cultivables par le biais du mariage. Dans la pratique l'homme
doit trouver à sa femme une parcelle de terre à cultiver.
Chaque femme mariée a droit à un faro (rizière
de bas-fonds) ou elle pratiquera ses propres cultures. Les veuves
peuvent continuer à exploiter les terres de la famille de leur
défunt mari surtout pour l'entretien des enfants. Il faut préciser
que cela est possible tant qu'elles restent dans la famille ou qu'elles
se remarient avec un des membres de cette famille. Si elles sont âgées,
elles sont prises en charge par leurs enfants ; elles n'ont donc pas
besoin de terres de culture. Les jeunes femmes veuves sont également
prises en charge dans leurs familles d'origine en attendant de trouver
un autre époux.
Cette allocation de terre permet aux femmes de disposer d'un moyen
de subsistance indépendamment des biens du mari.
Il faut noter aussi que 2,2% des femmes ont reçu une parcelle
de terre de leur père lors de leur mariage.
En dehors de ces cas, près de 12% ont obtenu leur terre de
l'héritage paternel ou maternel. L'acquisition personnelle
à la suite de transaction ou d'emprunt est la plus faible (0,7%).
On peut constater à partir de ces quelques donnés que
la famille est la principale pourvoyeuse de terre. L'appartenance
à une famille ou à un ménage garantit l'accès
à la terre. Certaines femmes qui ne sont pas sous couvert d'un
mari ou d'une belle famille sollicitent ou enpruntent parfois auprès
du chef de village une parcelle à aménager et à
valoriser. Le plus souvent le chef de village accède à
leur demande dans la limite de la disponibilité des terres.
Avec la poussée démographique les besoins en terres
cultivables augmentent. Alors que les superficies rizicultivables
sont limitées, la disponibilité en terre commencent
à se réduire. A Bantancountou Maoundé, la riziculture
n'est pratiquée que sur les bas-fonds et sur les pentes qui
sont de faibles dimensions.
En dehors des cultures hivernales, les femmes pratiquent le maraîchage
sur les plateaux. Ici le mode d'accès est différent
du mode traditionnel lié au statut matrimonial de la femme.
Dans le village, les femmes cultivent des tomates, des oignons, des
gombos sur un terrain qui leur a été attribué
par le chef du village au nom de leur GIE.
[sommaire]
3.2.1.2. L'utiisation par les femmes des moyens légaux
d'accès à la terre
Dans la coutume, la propriété à Bantancountou
Maoundé comme partout ailleurs était communautaire.
Cette propriété communautaire s'opposait à l'utilisation
de la terre considérée comme bien de subsistance sur
lequel devait veiller le chef dans des transactions économiques
ou financières. La terre était un bien inaliénable,
uniquement réservée à l'exploitation familiale.
La complexité de cette propriété communautaire
qui était en porte à faux avec la conception occidentale
de la propriété qui était surtout axée
sur l'individu avait poussé le colinisateur et même l'Etat
à vouloir règler la question foncière en assurant
son contrôle sur l'espace national.
La loi sur le domaine national (promulguée le 17 juin 1964),
et les différentes réformes qui l'ont suivie (la réforme
de l'administration territoriale 1972), la loi portant code des collectivités
locales de 1997, ont confié la maîtrise et la gestion
des terres en milieu rural, à des organes de la communauté.
Les femmes de Bantancountou Maoundé ont entendu parler de
ces différentes lois, mais aucune d'entre elles ne se trouvent
en mesure de dire exactement la teneur de ces textes lors des discussions
en focus-group. Elles savent qu'il existe un Conseil Rural dont on
dit qu'il gère le foncier. Aucune femme du village ne fait
partie du Conseil Rural. Cette situation est liée à
la sous-information et à la méconnaissance de leurs
droits à siéger dans cette instance.
Mais dans la pratique avec leur groupement féminin elles ont
eu à solliciter une parcelle de terre pour s'adonner au maraîchage.
Cette demande a été faite verbalement auprès
du chef de village qui leur a octroyé une grande superficie.
Dans leur entendement, l'autorité première à
qui il faut s'adresser c'est le chef du village ; quitte à
ce que celui se concerte après avec les conseillers ruraux.
Souvent pour de telles démarches, elles sont appuyées
par leur association villageoise de développement (ASDEB) dirigée
par leurs frères, maris ou enfants qui sont scolarisés
pour la plupart. Les femmes n'ont jamais directement saisi le conseil
de la communauté rurale pour une demande de terre, ou même
pour règler un conflit.
Le plus souvent, lorsqu'une femme veut défricher de nouvelles
terres, elle s'adresse au chef de village ou au conseiller.
Comme on le constate, le chef de village continue à jouer
un rôle non négligeable dans la gestion du domaine foncier.
C'est là une sorte de compromis tacite entre les nouveaux "maîtres
de la terre" (le Conseil Rural) et les chefs traditionnels qui
en avaient la maîtrise. Cette pratique permet de créer
une harmonie dans la conduite des affaires du village.
Lors des discussions, certaines femmes assez averties ont révélé
que si elles se sont limitées aux rizières c'est parce
qu'elles n'estiment pas opportun de changer de culture ou de s'adonner
aux autres types de culture. Le jour où elles jugeront qu'elles
doivent accéder à d'autres terres pour y cultiver d'autres
spéculations rien ne les empêchera de mener des démarches
nécessaires pour y arriver. A Bantancountou Maoundé,
elles ne voient pas d'obstacle majeur pour ça. Les hommes sont
assez avertis et ils oeuvrent tous pour l'intérêt de
toutes les composantes à une autonomisation pour ne pas augmenter
leurs charges de travail qui sont déjà assez lourdes.
Présentement, une trentaine de femmes font partie d'un groupement
d'intérêt économique initié par l'ONG FODDE
qui est en train d'aménager plus de 30ha de terres destinés
à la production horticole et maraîchère. Elles
sont attributaires de parcelles en tant que membre du groupement d'intérêt
économique.
Les jeunes filles célibataires ne disposent pas de parcelles
à cultiver pour leur propre compte. Elles viennent en appoint
à leur maman ou à leur famille. Pendant l'hivernage
lors des grands travaux, elles constituent ce qu'elles appelles "suset"
et monnaient leur force de travail en échange d'une rémunération.
Il arrive, cependant que leurs mères leur cèdent une
petite partie de leur "faro" ("kamaia") pour leur
permettre d'avoir des revenus et acheter des produits cosmétiques
ou des habits.
[sommaire]
3.2.2. Mode d'exploitation des terres
A Bantancountou Maoundé, les femmes sont allocataires en général
des bas-fonds et les berges sur lesquels elles mènent leurs
activités rizicoles.
Autrefois, quand la terre était abondante, une femme qui en
fait la demande auprès du chef de village, pouvait, si elle
y est autorisée, défricher et occuper une nouvelle terre
pour la mettre en valeur. Aujourd'hui, compte tenu de la poussée
démographique, il arrive que les femmes ne puissent obtenir
des "faros". Tel n'est pas le cas chez les hommes qui exploitent
en général les terres des plateaux où il y a
encore une possibilité d'extension.
Il n'y avait pas une délimitation précise des parcelles.
De tout temps, chaque femme exploite la parcelle qui lui est allouée.
Avec l'intervention de la SATEC qui était venue appuyer et
renforcer la production rizicole, les zones de cultures étaient
bien délimitées et identifiées. Actuellement
toute la superficie rizicultivable est occupée. Chaque femme
acquiert un droit d'usage de la parcelle qui lui a été
allouée. On peut même dire qu'elle est usufruitière.
Elle a, à la fois, droit sur le bien, l'usus (droit d'usage)
et fructus (droit de fructificaiton). Les produits qu'elle tire de
sa récolte lui appartiennent. Elle les met dans son grenier
personnel, mais c'est en général pour la consommation
familiale. Il faut cependant nuancer ce droit de culutre. Quand on
a interrogé les femmes sur les transactions portant sur la
terre, elles ont répondu que les terres ne sont jamais vendues.
Il n'est pas encore arrivé à une femme de mettre sa
parcelle en location. Cette pratique n'est pas connue à Bantancountou
Maoundé ; à la limite, une femme peut prêter sa
parcelle à une autre qui, à la fin des récoltes
et par reconnaissance, lui offre quelques bottes de riz.
Comme précédemment noté, les femmes bénéficient
souvent de prestations de travaux de la part d'autres groupes de femmes,
de jeunes filles ou des hommes lorsque l'une d'entre elles est malade,
surchargée ou alors lorsqu'elle a d'autres contraintes majeures.
Le système de solidarité fonctionne bien. Le recrutement
d'ouvriers agricoles par les femmes n'est pas courant. Cette pratique
est connue pour les grands travaux hivernales surtout chez les hommes.
Les rizières étant des terres de seconde catégorie
(et de dimensions réduites et dont les produits ne sont pas
monnayés) le recours à cette force de travail n'est
pas nécessaire. C'est seulement de façon ponctuelle
que les femmes font recours à un groupe de jeunes pour les
aider dans des tâches précises, et ce, sans rémunération.
Les femmes ayant bénéficié des terres de leur
mari ou de la famille de celui-ci, ont le droit de les exploiter tant
qu'elles sont dans la famille de leur époux.
Les femmes divorcées ou veuves qui quittent la famille perdent
leur droit d'exploitation sur les parcelles de la famille de l'ex
conjoint. Cependant, on relève que ce droit n'est cédé
aux femmes que dans la mesure où il leur permet de contribuer
aux charges du ménage.
Comme on le constate donc, tout ce que fait la femme, tous les biens
dont elle dispose, qu'ils émanent de ses parents ou de son
mari, sont destinés aux intérêts du ménage.
Et c'est par cette contribution que la femme se valorise dans sa famille
conjugale et vis-à-vis de la communauté. C'est l'être
dont la vocation première est servir sans se servir. Par contre,
l'homme peut vendre, par exemple, une bonne partie de sa production
au détriment des besoins alimentaires de sa famille sans risque
d'être mal jugé.
Pour le moment à Bantancountou Maoundé, le poids de
la tradition est encore forte. Malgré toutes les lois incitatives,
malgré l'apport des intervenants extérieurs (ONG, agents
de l'Etat), la réalité sociale révèle
que ce sont les pratiques traditionnelles qui sont pour la plupart
en vigueur. Cependant, beaucoup déclarent voir des transactions
financières autour de l'acquisition des terres compte tenu
de l'indisponibilité que l'on constate sur le terrain. On note
ici et là quelques problèmes liés au foncier.
[sommaire]
3.2.3. Les conflits fonciers
D'après les informations recueillies, les conflits sont rares
dans le village. Lors des discussions de groupes, les femmes n'avaient
noté qu'un problème qui les avaient opposées
à un notable du village. Elles avaient bénéficié
d'une superficie de plus d'un hectare que leur avait octroyé
le chef du village pour leurs activités maraîchères
au nom de leur groupement (GIE des femmes de Bantancountou). Elles
affirment avoir foré un puits de fortune sur le terrain faute
de moyens. Et sans les consulter, un vieil homme commença à
mettre en valeur cet espace ; et l'intention inavoué de ce
notable, selon les femmes, était d'occuper définitivement
cette terre qui leur avait été octroyée. Constatant
cela, les femmes saisirent le chef du village qui a signifié
à ce dernier que ce domaine était déjà
réservé au GIE des femmes.
Par rapport à ce problème, nous avons voulu savoir
pourquoi les femmes ont préféré s'adresser au
"Jaarga" plutôt qu'aux conseillers du village. En
réponse, elles ont affirmé avoir préféré
contacter le chef du village parce que c'est lui qui leur avait attribué
cette terre.
Dans le village, le "Jaarga" est toujours perçu
comme une autorité qui doit impérativement régler
les conflits de terres avant même que les conseillers ne puissent
intervenir. Selon les femmes, en dehors de ce cas mineur qui a porté
sur des terres de plateaux, rares sont les conflits notoires enregistrés
à Bantancountou Maoundé. Il arrive qu'on note des frictions
entre les femmes dans la délimitation des rizières,
par exemple, mais souvent ces différends sont régés
au sein des familles ou entre ménages. Ces problèmes
constituent 80% de ce que l'on peut considérer comme conflit
foncier. Leur règlement s'opère au niveau du village
pour 44,4% des cas et seulement 15,6% au sein du lignage du mari.
Le Conseil de la Communauté Rurale n'intervient que dans 6,7%
des cas. Mais d'après l'un des conseillers du village, le "Jaarga"
commence petit à petit à se décharger aussi bien
de l'attribution de certaines terres que de la gestion des conflits.
L'administration et la justice n'ont jamais été impliquées
dans le règlement des conflits fonciers. Cela atteste, en partie
qu'il n'y a jamais eu réellement de conflits fonciers dans
le village. Jusqu'à nos jours, la pression sur les terres est
dans les limites du raisonnable. La quasi totalité des habitants
parvient à trouver un lopin de terre pour cultiver pendant
l'hivernage. Mais il n'est pas exclu qu'un jour, des cas de conflits
soient enregistrés, du fait des changements dans les habitudes
culturales (forte implication des femmes dans la culture des légumes
comme la tomate, les oignons ou le "bissap"
ou dans
les cultures de rente tels que l'arachide, le mil) ou alors, du fait
de la poussée démographique.
Les familles acquéreuses de rizières ne se sont jamais
souciées de se conformer à la loi en sollicitant auprès
du Conseil Rural l'attribution de terres. Et pourtant, selon un des
conseillers, des séances d'informations ont été
tenues pour faire connaître la loi sur le domaine national,
le transfert de compétences et la possibilité pour les
femmes d'accéder aux ressources foncières. Bien que
les risques d'expropriation sans indemnisation existent toujours ;
ou que des personnes plus averties peuvent solliciter auprès
des autorités locales un acte d'attribution dûment signé
pour s'en prévaloir auprès des légitimes bénéficiaires,
les femmes s'en tiennent toutes aux droits accordés par leur
lignage ou leurs ancêtres.
[sommaire]
IV. L'ACCES DES FEMMES A LA TECHNOLOGIE
Bien qu'elles occupent une place non négligeable sinon la
première place parmi les producteurs alimentaires, les femmes
agricultrices de Bantancountou Maoundé n'ont qu'un accès
limité aux facteurs de production.
L'absence de technologies adéquates, tant au niveau de l'exploitation
agricole (charrues,
) que dans la famille (moulins, décortiqueuses,
)
est un problème majeur pour les femmes appelées à
assurer des tâches demandant beaucoup de main-d'oeuvre et de
temps.
En l'absence de garanties, les femmes ne peuvent le plus souvent
pas bénéficier du crédit, il arrive qu'elles
ne puissent accéder à de nouvelles techniques leur permettant
de gagner du temps lorsque celles-ci deviennent disponibles. C'est
ainsi que ces femmes sont livrées à elles-mêmes
et les services agricoles les plus élémentaires ne leur
profitent presque pas.
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4.1. Les intrants agricoles
Compte tenu de l'utilisation répétée des terres
de bas-fonds et celles des flancs de la vallée abritant le
maraîchage (qui a finit par appauvrir les sols) et la baisse
tendancielle de la pluviométrie, il est difficile d'avoir des
rendements élevés sans un apport d'intrants (fumière
organique ou minérale). Or, seuls 22,2% des femmes interrogées
disposent de fumier pour leurs activités agricoles, le maraîchage
principalement. En fait ce fumier constitue l'essentiel des engrais
utilisés par les femmes et provient presqu'exclusivement des
étables fumiers.
Par contre les semences sont le plus accessibles aux agricultrices.
Ces semences sont dans la plupart des cas prélevées
dans les récoltes précédentes. Quelquefois, elles
sont acquises auprès des structures d'appui telles que les
ONG ou des structures de l'Etat (Communauté rurale,
).
Parmi toutes les femmes qui ont répondu à la question
relative à la disponibilité d'intrants, seule l'une
d'entre elles semble utiliser des produits phytosanitaires qu'elle
reçoit de son époux.
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4.2. Le matériel et équipements de production
Pour près de la moitié des femmes interrogées,
soit 46,7% de l'échantillon, la houe constitue l'instrument
de travail principal. Cet outil rudimentaire est utilisé pour
remuer la terre. En dehors de ce matériel, les femmes ne disposent
que du "barra" (sorte de daba) et du couteau comme autres
équipements de travail (35,6% et 4,4% des femmes enquêtées
les utilisent respectivement). La presque totalité des femmes
trouvent d'ailleurs que ce matériel est insuffisant.
Un autre facteur de production non moins important pour une zone
d'élevage comme Bantancountou Maoundé, est assurément
les bêtes. En effet, pour des besoins de leurs activités
agricoles, les femmes utilisent un équipement de culture attelée.
Ainsi, 53,3 des enquêtées disposent des bovins et charrettes
pour les activités rizicoles contre 40% qui déclarent
ne pas en disposet du tout. Mais ce matériel n'appartient qu'à
11,1% de ces femmes. La majorité d'entre elles l'empruntent
soit à leur famille (22,2%), soit à leur conjoint (13,3%).
Cette situation parait cependant paradoxale quand on sait que la majeure
partie du bétail appartient aux femmes.
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4.3. Le matériel et équipements de transformation
Si les agricultrices de Bantancountou Maoundé constituent
une grande partie des producteurs alimentaires il reste que les matériels
et équipements permettant la transformation de leurs produits
demeurent insignifiants. En dehors du moulin à céréales
qui n'est présentement pas fonctionnel, les femmes du village
ne disposent d'aucun autre équipement de transformation de
leur production.
Cette situation est à déplorer surtout quand on sait
que 97,8% de l'échantillon pratiquent la riziculture, 40% exploitent
et vendent l'huile de palme. Ce sont là des produits dont la
transformation manuelle est extrêmement difficile nécessitant
du temps et de la force physique et dont le coût n'est très
souvent pas estimée au moment de la vente.
Parfois lorsque ces insfrastructures de transformation existent,
ells sont accaparées par les hommes. En effet, par manque de
formation et compte tenu du taux élevé d'analphabètes
parmi les femmes (71,1% des femmes interrogées n'ont pas été
alphabétisées), la gestion d'un équipement comme
le moulin à céréales, qui leur était pourtant
destiné, leur a échappé. En fait, pour remplir
les fiches mensuelles du travail des moulins, une secrétaire
instruite ou alphabétisée est souvent nécessaire.
Mais lorsqu'aucune femme n'est habilitée à le faire,
les groupements féminins se trouvent dans l'obligation d'engager
un homme pour assurer la gestion financière.
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CONCLUSION
La situation qui prévaut à Bantancountou Maoundé
n'est pas différente de celle des autres villages du Fouladou.
Les femmes y jouent un rôle non néglibeable dans le développement
de l'économie rurale et dans la prise en charge des besoins
prioritaires de la famille. Mais elles vivent toujours sous l'autorité
des hommes qui prennent toutes les grandes décisions et les
responsabilités au sein du ménage, des concessions et
du village. Cette position n'est pas remise en question par les femmes
qui, pour l'essentiel, s'en remettent à la volonté divine.
Avec l'apport des intervenants extérieurs qui les appuient
et les informations qu'elles reçoivent d'eux, elles commencent
à mener des actions au sein de leur groupement et à
se battre pour améliorer leur position sociale. Dans le cadre
de son intervention dans le village de Bantancountou, l'ONG FODDE
(ex Iles de Paix) envisage de mettre à la disposition du GIE
des femmes un moulin afin qu'elles puissent s'occuper d'autres activités
plus rentables mais surtout pour améliorer leurs conditions
sanitaires. Elles font également partie du GIE des producteurs
horitcoles qui a bénéficié d'un périmètre
dont la mise en valeur permettra d'accroître les revenus des
populations membres.
Mais en dépit de tous ces efforts, les femmes de ce village
sont encore et toujours confrontées à des problèmes
d'ouverture sur l'extérieur, et à des problèmes
d'éducation, de formation, d'alphabétisation. Dans leur
grande majorité, elles n'ont pas fréquenté l'école
moderne ou formelle. C'est d'ailleurs pour cette raison que depuis
quelques années, des centres d'alphabétisation (programme
priorité femmes) se développent.
Il ressort de cette étude que l'objectif à poursuivre
devrait consister à soutenir les femmes au niveau de multiples
tâches dans l'agriclture, leur faciliter l'accès au crédit
pour la satisfaction de leurs besoins quotidiens et ceux de leur famille.
Lors des entretiens avec les femmes de ce village, la nécessité
pour elles d'accéder aux technologies est également
ressortie. Ces technologies visant à apporter des allègements
de leurs conditions de travail, leur permettraient de libérer
du temps pour d'autres activités.
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