FORUM POUR LE DEVELOPPEMENT DE L'AFRIQUE
"LE SIDA: UN DEFI SANS PRFCEDENT POUR LES DIRIGEANTS"

ALLOCUTION DE

H.E. NAGOUM YAMASSOUM,
PREMIER MINISTRE DE LA REPUBLIQUE DU TCHAD
ADDIS ABEBA, 3-7 DECEMBRE 2000

Excellences Messieurs les Présidents;
Excellences Messieurs les Vi ce- Présidents
Excellences Messieurs les Premiers Ministres;
Messieurs les Ministres;
Monsieur le Secrétaire Général des Nations-Unies;
Monsieur le Secrétaire Général de I'Organisation de l’Unité Africaine;
Monsieur le Secrétaire Exécutif de la Commission Economique des Nations-Unies pour l’Afrique;
Monsieur le Directeur Exécutif de l’ONUSIDA;
Messieurs les Représentants des Organisations Internationales, Gouvernementales et Non-Gouvernementales;
Honorables membres des délégations;
Mesdames, Messieurs.

C'est pour moi un grand honneur et un réel plaisir de prendre la parole à l’occasion des assises du Forum 2000 pour le développement de l’Afrique dont le théme est cette année: " le Sida, un défi sans précédent pour les décideurs ".

Je viens au nom de Son Excellence Monsieur IDRISS DEBY, Président de la République du TCHAD, Chef de l’Etat, au nom de la délégation qui m’accompagne et en mon nom propre, exprimer nos remerciements les plus sincères au Secrétaire Exécutif de la Commission Economique des Nations Unies pour l’Afrique et au Directeur Exécutif de l’ONUSIDA pour l’invitation qui nous a été faite pour prendre part à ce grand rendez-vous qu’est le Forum 2000 pour le Développement de l’Afrique.

Je saisis aussi l’opportunité qui m’est offerte pour exprimer tous nos remerciements aux organisateurs du Forum, au peuple Ethiopien tout entier et particuliérement au Chef de l’Etat et au Chef du Gouvernement pour l’hospitalité combien chaleureuse qui nous a été réservée depuis notre arrivée dans la Capitale historique de la République Fédérale Démocratique d’Ethiopie.

Je voudrais aussi saluer ici le choix judicieux du théme du Forum à savoir "le Sida, un défi sans précédent pour les décideurs".

Défi sans précédent en effet en ce qui nous concerne, car le TCHAD qui a notifié deux cas de Sida en 1986 enregistre à ce jour plus de 12.000 cas notifiés qui ne sont sans doute que la partie visible de l’iceberg. La réalité est probablement plus dramatique et nous pensons qu’il y a entre 40.000 et 50.000 personnes souffrant de Sida. Il y a cinq (5) ans, la séroprévalence nationale se situait entre 2 à 5 %; elle est de 4 à 10% selon les régions actuellement.

Grâce au systéme de surveillance épidémiologique mis en place et aux études/enquêtes complémentaires entreprises depuis cinq (5) années, le Gouvernement de la République du TCHAD maitrise mieux l’évolution du problème et les véritables tendances de la pandémie qui ne semble pas s’infléchir. C’est pourquoi nous attachons le plus grand prix à la réussite du présent Forum.

Excellence Monsieur le Président,
Honorables Délégués,
Mesdames, Messieurs;

C’est donc dans cet esprit et dans le souci d'une participation responsable aux présentes assises que le Gouvernement de la République du TCHAD s'est attelé avec grand sérieux à la préparation du Forum. C’est ainsi que nous avons retenu une approche comportant différentes opérations:

  1. La premiére a été la réalisation d'une enquête d’opinion chez les leaders politiques, administratifs et religieux et sur le degré d’engagement de ces différents secteurs (Août- Septembre 2000);
  2. Ensuite, ce fut I’organisation le 04 Novembre écoulé d'une journée de réflexion sur la problématique du VIH dans le pays. Celle-ci a vu la participation du Premier Ministre, du Gouvernement, des Parlementaires ainsi que de nos partenaires. Elle a donné lieu à la restitution des points saillants de l’enquête, à la mise à jour de la situation épidémiologique et à l’actualisation des instruments de lutte;
  3. Puis nous avons procédé à la réalisation de quatre (4) consultations sur les thémes liés directement au contenu du Forum;
  4. Enfin, nous avons organisé le 24 Novembre dernier toujours un atelier préparatoire du Forum proprement dit.

Excellence Monsieur le Président;
Honorables Délégués;
Mesdames, Messieurs;

Cet exercice nous a permis de réexaminer notre parcours dans cette lutte, d’en évaluer les contraintes en vue de formuler ou de reformuler des réponses plus congruentes. L’occasion nous a ainsi été donnée de faire plusieurs constats :

  • Le premier tient à la force et à la permanence du lien entre le SIDA et la pauvreté. Il en est résulté la résolution de faire de la lutte contre la pandémie du SIDA un des volets fondamentaux de la lutte contre la pauvreté et de la placer au coeur de l’initiative en faveur des "Pays pauvres trés endettés" (PPTE).
  • Le second réside dans la nécessité de créer un vrai électrochoc dans l’opinion pour accentuer la prise de conscience sur le péril du SIDA. Certes, le phénomène de "DENI du SIDA". est en recul, mais il convient néanmoins de travailler davantage à l’information et à la sensibilisation du public, seuls moyens de prévenir un tant soit peu efficacement la propagation de la maladie.

De ces constats, ont également procédé quelques propositions plus ou moins originales. Ainsi de celle consistant à demander aux partis politiques d’inscrire désormais la lutte contre le SIDA dans leurs programmes politiques; ou encore de celle tendant à créer des taxes spécifiques sur l’alcool et le tabac à l’éffet de financer cette lutte en amont et en aval.

Ces propositions sont fondées sur l’idée largement partagée que le SIDA est un fléau exceptionnel qui nécessité des répliques tout aussi exceptionnelles. La lutte contre le SIDA doit être considérée comme une guerre, ce qui induit de consentir des efforts particuliers pour y faire face.

Si l’expression "effort de guerre" n’a pas été retenue en raison d'une fâcheuse connotation historique, l’idée n’en est pas moins là, celle d'une mise en oeuvre de mécanismes et de procédés hors du commun, d'une mobilisation exceptionnelle de moyens et de ressources extraordinaires pour freiner la propagation du mal et faciliter la prise en charge des malades notamment par un accés plus large aux anti-rétroviraux.

A cet égard, C’est sans doute le lieu de s’interroger sur l’attitude des multinationales pharmaceutiques dont le comportement pourrait bientôt s’apparenter à une nouvelle forme de crime contre l’humanité. C’est surtout celui de lancer un appel en direction de ces pays du sud (ARGENTINE, BRESIL, THAILANDE notamment) qui fabriquent des anti-rétroviraux géneriques pour une certaine solidarité avec les autres pays du sud, en particulier les plus démunis comme les nôtres.

Excellence Monsieur le Président;
Honorables Délégués;
Mesdames, Messieurs;

Dans le cadre du partenariat international et plus particulièrement dans le cadre de la lutte contre le sida, mon Gouvernement souhaite renforcer les rapports avec ses partenaires, dans l’optique de recherches communes des solutions aux problèmes posés par la problématique du VIH/SIDA/MST.

Aussi, c’est avec un grand espoir que nous sommes venus au Forum 2000 car nous espérons avoir l’occasion particulière de rencontrer et de discuter avec les plus hautes autorités dans le domaine de la lutte contre le Sida et des perspectives que celle-ci peut ouvrir.

Je pense que l’espoir qui nous a guidé pour prendre part au présent Forum aura sa juste confirmation à l’issu de celui-ci.

Encore une fois, je réitère l’expression de mes remerciements les plus sincères et formule mes voeux les plus ardents de pleine réussite au Forum 2000 pour le Développement de l’Afrique.

Je vous remercie.