| La Mondialisation et léconomie de linformation: enjeux et perspectives pour lAfrique |
E/ECA/ADF/99/7
REMERCIEMENTS
L'auteur exprime ses remerciements aux cadres et à l'ensemble du personnel de la Commission économique pour l'Afrique pour la patience dont ils ont fait preuve et l'aide qu'ils ont apportée à l'élaboration de la présente étude. Les remerciements de l'auteur vont en particulier à l'équipe chargée de l'organisation du premier Forum pour le développement de lAfrique et à la coordonnatrice Kate Wild.
Dr. Cogburn remercie ses collègues de la Global Information Infrastructure Commission pour leur aide et leur appui ainsi que ses collègues et amis de la School of Information de l'Université du Michigan, de l'Alliance for Community Technology et du Center for Afroamerican and African Studies. Il exprime également ses remerciements à la W.K. Kellogg Foundation pour son appui financier au cours de l'année 1998, durant laquelle certaines des idées figurant dans la présente étude ont vu le jour.
Dr. Adeya remercie ses collègues de l'Institut pour les nouvelles technologies de l'Université des Nations Unies pour l'appui qu'ils lui ont apporté à l'occasion de la conceptualisation et de l'élaboration de la présente étude. Elle exprime aussi ses remerciements à Fola Yahaya de la London School of Economics pour sa contribution à l'étude.
RESUME
Deux des caractéristiques principales qui définissent le mieux la période contemporaine sont les concepts jumeaux de mondialisation et d'économie de l'information. Les transformations que ces deux concepts véhiculent - en termes de progrès social, économique, politique, technique et culturel - exercent leurs effets sur l'ensemble du genre humain et sur toutes les économies et sont de ce fait porteuses d'enjeux et de perspectives considérables. La tenue du premier Forum pour le développement de lAfrique sous l'égide de la Commission économique pour l'Afrique (CEA) est l'occasion de définir une ligne de conduite africaine en vue de faire face à ces défis et d'élaborer des stratégies efficaces permettant de tirer le meilleur parti des perspectives qui s'offrent au continent africain dans ce domaine. La présente étude se réfère à des données figurant dans des rapports déjà publiés, le plus souvent par des organisations internationales. Elle se divise en trois parties et examine ces concepts au sens de leurs implications pour l'Afrique. La première partie, consacrée aux concepts de mondialisation et d'économie de l'information, tente de définir et de faire une analyse critique de ces deux termes et de mettre en lumière les transformations affectant actuellement l'économie politique mondiale. La deuxième partie s'intéresse en particulier aux enjeux et aux perspectives qui s'attachent à ces transformations dans le contexte bien compris des réalités africaines. Enfin, la troisième partie est consacrée à l'examen des perspectives qui s'offrent à l'Afrique et comporte des recommandations en vue d'agir et d'établir des partenariats à l'échelle nationale, sous-régionale, régionale et mondiale.
PREMIERE PARTIE:
1.0 Comprendre la mondialisation et l'economie de l'information
L'ère contemporaine marquée par les progrès technologiques rapides et la révolution de l'information est porteuse d'une caractéristique essentielle: le changement continu. Celui-ci marque de son empreinte l'ensemble des domaines de l'activité humaine et agit sur les structures de la plupart des types d'organisation, y compris ceux des ONG et des institutions spécialisées. Nombre d'organisations s'efforcent d'arrêter des lignes directrices compatibles avec les exigences de la mondialisation.
Dans ce domaine, toute recherche a ses limites. La première tient au fait que l'étude de cette question recouvre un domaine extrêmement vaste et revêt un caractère pluridisciplinaire. Elle couvre un grand nombre d'éléments et de disciplines telles que l'économie, l'histoire, la sociologie, la science politique, l'éducation et les relations internationales. La deuxième limite principale de l'étude - qui se rapporte au caractère pluridisciplinaire de la réflexion - est qu'elle s'adresse à un large public plutôt qu'à une communauté de spécialistes.
Malgré ces limites, les conclusions de l'étude devraient contribuer à mieux cerner les perspectives et les enjeux qui se dessinent pour l'Afrique dans un monde façonné par la mondialisation et l'économie de l'information.
1.1 La mondialisation et l'économie de l'information
Ces deux expressions - mondialisation et économie de l'information - sont aujourd'hui communément utilisées dans les milieux scientifiques et des affaires et même par les moyens de communication de masse. Elles demeurent souvent mal définies et recouvrent des images très diverses. Il est donc important de commencer par examiner les définitions de la mondialisation et de l'économie de l'information dans le but de mieux cerner ces questions.
1.2 Le contexte de la mondialisation
Le terme « mondialisation » est aujourd'hui particulièrement contesté en ce sens qu'il renvoie à des significations très différentes selon les personnes. La définition étroite qu'en donnent beaucoup de personnes se rapporte essentiellement à l'intégration financière ou, peut-être, en allant plus loin, correspond à un synonyme du terme « américanisation ». A la suite de nombreux théoriciens dans de nombreux domaines, l'étude adopte une définition plus large et plus ouverte permettant à chacun de prendre conscience des perspectives et des enjeux qui s'attachent à la mondialisation. Selon cette thèse, la mondialisation est définie comme:
Un phénomène mondial en cours caractérisé par l'articulation de la présence ou de l'absence d'événements et de relations sociales, leur entrecroisement « à distance », le tout étant subordonné à un contexte local donné.
Ce phénomène est mis à jour à travers une série de processus sociaux, économiques, politiques et culturels mondialement interdépendants par lesquels les événements, les décisions et les activités dans différentes parties du monde se conjuguent pour exercer des effets importants sur les individus, les communautés, les entreprises et les structures politiques dans des régions du monde éloignées les unes des autres.
Le phénomène est facilité par une multiplicité de relations et d'interconnexions représentées par des institutions qui établissent des liens entre les pratiques locales et des relations sociales mondialisées de façon à transcender les Etats-nations (et par conséquent les sociétés) pour constituer le système mondial.
La mondialisation ne se rapporte donc pas seulement à l'approfondissement des marchés financiers. Elle est aussi porteuse d'une multiplicité de phénomènes sociaux, politiques, économiques et culturels. Ce processus est à la fois mis en oeuvre et facilité par les progrès considérables réalisés dans le domaine des technologies d'information et de communication (TIC). Il n'est pas déterminé par la technologie. Le développement des nouvelles technologies à ce moment particulier de l'histoire n'est pas le produit du hasard. Il résulte de la forte augmentation des investissements de recherche-développement dans le secteur des nouvelles technologies d'information et de communication et des sciences qui en constituent l'assise. Nombre de compagnies s'emploient à l'heure actuelle à mettre en place les mécanismes leur permettant d'asseoir leurs activités de développement, de production, de distribution, de gestion, de marketing et de financement sur une base mondiale.
En outre, l'édification d'une infrastructure mondiale d'information gagne en importance avec l'avènement des techniques de numérisation et de la convergence. La convergence peut être définie comme l'intégration continue, entre autres, des communications, de l'informatique et des contenus, chose qu'il est aujourd'hui possible de réaliser à travers un seul médium: l'infrastructure mondiale d'information. Il faut donc maintenant s'intéresser à ce que l'on pourrait appeler "les sphères et les espaces" de la mondialisation, lesquels incluent la mondialisation de la production, de la distribution, de la finance et de la culture.
1.3 Les sphères et les espaces de la mondialisation
La mondialisation de la production est reflétée par les réseaux d'entreprises et les webs de stratégie mondiale. Il s'agit de réseaux d'entreprises fondées sur le savoir qui entretiennent des liens de collaboration avec des personnes travaillant en équipes partout dans le monde dans les domaines de la recherche-développement, de la gestion des systèmes d'information et de la fabrication assistée par ordinateur. Ces activités ont donné naissance à ce que d'aucuns appellent "le phénomène de l'usine planétaire".
La mondialisation de la distribution est intimement liée à la mondialisation de la production. Le monde étant considéré comme une source de débouchés commerciaux potentiels, il est possible, grâce au commerce électronique, de procéder, à l'échelle mondiale, à la distribution de biens matériels ou non, et plus facilement encore, à la distribution de biens et de services fondés sur le savoir. Les biens non matériels tels que les livres électroniques, les logiciels et la musique peuvent être transportés par Internet et par d'autres réseaux mondiaux de communication. Le marketing mondial est un autre produit dérivé de la mondialisation de la distribution. De la même façon, les progrès réalisés dans les systèmes physiques de transport ont amélioré la fluidité du système mondial de transport.
Ces deux sphères de la mondialisation n'auraient pas une grande portée sans la mondialisation de la finance. De nouveaux instruments monétaires apparaissent et les échanges couvrent l'ensemble du globe à la vitesse de la lumière. Cette « économie de casino » à tir rapide a pour conséquence de produire d'énormes mouvements de capitaux dans le monde entier.
Enfin, la mondialisation de la culture est consacrée à travers la célébrité mondiale de nombre d'idoles et de grandes vedettes du monde du spectacle. La distribution mondiale de biens culturels est productrice de rêves universels. La mondialisation de la culture favorise une certaine perception de la réalité et permet à chaque individu de vivre le « rêve », d'être acteur de la société mondiale de la consommation. S'il est fondamental que chaque pays relève le défi de la création de contenus destinés à une audience mondiale, un autre défi se pose actuellement, celui de faciliter l'accès à la culture en l'absence de contenus propres à chaque pays.
Si ces quatre domaines qui composent les sphères de la mondialisation semblent par trop théoriques, le processus de mondialisation revêt, lui, un caractère plus pratique dès lors que l'on aborde les « espaces de la mondialisation ».
Quasiment tous les espaces peuvent devenir des « espaces de mondialisation » avec une orientation et un appui stratégiques adéquats. Certaines villes et/ou certains pays sont déjà totalement intégrés dans les espaces d'échange (Castells, 1998) alors que des espaces isolés peuvent parfaitement devenir des espaces de la mondialisation.
La mondialisation favorise le développement technique grâce à l'intensification de la concurrence et l'accélération de la diffusion de la technologie par le biais de l'investissement étranger direct. Les réseaux de communication, efficaces et peu coûteux, permettent aux entreprises de localiser une partie de leurs activités de production dans différents pays tout en maîtrisant l'ensemble du processus industriel. C'est ainsi que grâce à un prêt de la Banque mondiale, le gouvernement mauricien a mis en place un « mécanisme de diffusion de la technologie » en vue d'encourager les entreprises à s'implanter à Maurice et un parc d'informatique doté des installations physiques et de liaisons à grande vitesse par satellite pour la transmission de données. A l'heure actuelle, plusieurs entreprises étrangères opèrent à partir de ce parc qui offre toutes les facilités de collecte et de transmission de données.
Un exemple voisin concerne la Malaisie où le gouvernement a créé un « super couloir multimédia » en vue « d'aider les entreprises du monde à tester les limites de la technologie et à être prêtes pour les innovations de demain ». Les agents économiques en viennent ainsi à considérer les interconnexions entre régions dans leur totalité: en définitive, un marché mondial unique avec un système d'information unifié que certains appellent « l'option mondiale ». Cette option mondiale n'est pas articulée dans l'espace, chacun de ses éléments pouvant parfaitement se limiter à une zone géographique donnée. Tous les éléments du processus de production et de distribution (y compris la recherche-développement, l'expérimentation, la fabrication, la publicité et les systèmes de gestion et d'information) peuvent être mis en action simultanément dans des continents différents.
Si léconomie de l'information est porteuse de tant de promesses pour l'Afrique, cest parce que chacun des domaines de la mondialisation s'appuie sur les applications du commerce électronique. Pour illustrer cet aspect, nous avons présenté le concept des « sphères et des espaces de la mondialisation ». Les sphères de la mondialisation se rapportent à la mondialisation de la production (l'atelier mondial), de la distribution (l'hypermarché mondial), des finances (le réseau financier mondial) et de la culture (le bazar culturel mondial). Chacune des sphères de la mondialisation représente un aspect différent de la mondialisation et chacune est représentative d'un aspect du commerce électronique.
1.4 Les nouveaux modèles de développement: une polarisation accrue
Une des manifestations les plus importantes des conséquences de la mondialisation est leffet de cette transformation sur les objectifs et les modèles de développement national. Nombre d'organismes de développement et de pays bailleurs de fonds s'emploient à réévaluer la signification de la poursuite du développement en cette période particulière. Le commerce est de plus en plus considéré comme un élément du développement plus important que l'aide. Cela signifie que le secteur privé dans les pays africains, en particulier la petite et moyenne entreprise et la microentreprise, gagne, lui également, en importance.
Cela signifie aussi que le champ demeure largement ouvert à des transformations radicales dans l'égalité et dans l'inégalité (Wilson, 1999; NTIA; PNUD). Pour Jacques Attali, le monde va peut-être vers une division, non pas entre le « Nord » et le « Sud », mais entre les « rapides » et les « lents ». Ceux qui sont capables de tirer profit de ces nouvelles technologies - les rapides - existent dans quasiment tous les pays. L'inverse est tout aussi vrai: ceux qui ne sont pas capables de tirer parti de ces nouvelles technologies - les lents - existent également dans pratiquement tous les pays du monde, qu'ils soient développés ou en développement. Dès lors que les « rapides » collaborent étroitement sur les webs stratégiques du monde et maîtrisent les possibilités d'échange qu'offrent les nouveaux services basés sur le savoir, ils deviennent plus proches les uns des autres. Il existe des risques considérables d'inégalité à l'intérieur des pays et entre pays. C'est ce que l'on a appelé le « clivage numérique » (NITA, 1999). En ce qui concerne l'identité, nombre de personnes ont des modes de vie qui les identifient comme nomades universels. C'est une élite du savoir en perpétuel mouvement autour de la planète dont l'essentiel du temps se consume dans les avions, les chambres d'hôtel et des bureaux provisoires (Wired, 1998).
Bien que l'expérience scientifique ne le démontre pas encore suffisamment, les activités d'information commencent à peine à avoir des effets importants sur la comptabilité nationale, encore que cela ne concerne qu'un tout petit nombre de pays industrialisés. L'absence de preuves tangibles sur cette évolution ne doit en aucun cas occulter le pouvoir de transformation de ce nouveau modèle économique. Les preuves disponibles révèlent que la plupart des grandes nations industrialisées considèrent le développement rapide du secteur de l'information comme un élément contribuant au revenu national. Selon le IDC/ World Times Information Society Index de 1999, qui porte sur 55 pays représentant 97% du PND mondial et 99% des dépenses mondiales dans le domaine des technologies d'information, l'écart dans le domaine de l'information entre les pays riches et les pays pauvres continue de se creuser. Les 150 pays qui ne figurent pas dans l'index ne représentent que 3% du PNB mondial et moins de 0,5% des dépenses effectuées dans le domaine des technologies d'information.
La diversité des applications utilisées par l'infrastructure mondiale d'information est en croissance exponentielle. Plusieurs conférences consacrées à l'analyse de l'émergence de la société de l'information ont identifié un grand nombre de domaines pour la mise en place de contenus et d'applications. Le tableau 1 ci-dessous donne une illustration des principales applications se rapportant à la société de l'information et de leur nature globale.
| Tableau 1 Applications de la société mondiale de l'information développées à partir des travaux menés lors de conférences importantes |
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| Applications | Conférences | Applications | Conférences |
| Education Recherche et Formation |
G-7, ISAD, GK, AISI | Gestion de la dette | G-7, ISAD, GK, AISI |
| Bibliothèques numériques | G-7, ISAD, GK, AISI | Tourisme | G-7, ISAD, GK, AISI |
| Musées et galeries d'art électroniques | G-7, ISAD, GK, AISI | Soins de santé | G-7, ISAD, GK, AISI |
| Gestion de l'environnement | G-7, ISAD, GK, AISI | Législation et services juridiques | G-7, ISAD, GK, AISI |
| Gestion des situations d'urgence | G-7, ISAD, GK, AISI | Transport des marchandises et des personnes | G-7, ISAD, GK, AISI |
| Petites et moyennes entreprises et microentreprises Emploi et commerce électronique | G-7, ISAD, GK, AISI | Promotion de l'activité économique et commerce | G-7, ISAD, GK, AISI |
| Information maritime | G-7, ISAD, GK, AISI | Accès pour tous | G-7, ISAD, GK, AISI |
| Services électroniques publics | G-7, ISAD, GK, AISI | Loisirs et divertissements | G-7, ISAD, GK, AISI |
| Source: base de données de l'auteur | |||
Par « société de l'information », on entend une forme spécifique d'organisation sociale dans laquelle la production, le traitement et la diffusion d'informations sont les sources fondamentales de productivité et de puissance. Cette expression a peut-être été forgée pour la première fois en 1980 par Yoneji Masuda qui estime que la société de l'information est la « société post-industrielle ». Nombre de théoriciens ont, à sa suite, approfondi la réflexion sur ce concept en vue d'en cerner tous les contours.
Dans une société de l'information basée sur le savoir , il est possible qu'apparaissent de nouvelles formes d'égalité et d'inégalité. Plusieurs conférences récentes ont soulevé la question de l'inégalité dans la société de l'information (Wilson, PNUD, NTIA). Cette évolution prévisible pose la question des effets de la société de l'information sur l'ordre mondial, l'identité, l'égalité entre les sexes et la jeunesse.
1.5 L'économie de l'information et du savoir: vers une définition
Ce bref examen de la question de la mondialisation a permis de définir le contexte global dans lequel nous étudierons l'économie de l'information et du savoir. Ces deux expressions ont fait l'objet d'un très large débat intellectuel sur leur signification et leur importance pour expliquer cette période de l'histoire. Les expressions « économie de l'information » et « économie du savoir » sont souvent utilisées de façon interchangeable. Dans un sens très strict, le concept d'économie de l'information pourrait renvoyer aux « contributions économiques d'un nombre limité d'industries » alors que l'on peut considérer que l'économie du savoir inclut "l'ensemble du tissu industriel de l'économie".
Tout en se félicitant de la tenue de ce riche débat, les auteurs ont décidé d'utiliser ces deux expressions quasiment comme synonymes. Nous soutenons que l'économie de l'information se rapporte à une nouvelle structure économique mondiale dans laquelle la production de biens et de services d'information est prédominante dans la création de richesses et d'emplois et repose sur l'utilisation des technologies d'information et de communication (TIC) et d'une infrastructure mondiale d'information. Dans notre définition très large, de l'information, nous affirmons, tout comme Shapiro et Varian, que "toute ce qui peut être numérisée - codée en flux d'éléments binaires constitue de l'information. Dans cette optique, nous affirmons que les résultats sportifs, les livres, les bases de données, les revues, les films, la musique, les cotations de la bourse et les pages web sont tous des produits d'information. Cependant, lorsque nous évoquerons l'ensemble des entreprises économiques engagées dans la production et la distribution de produits d'information, nous emploierons l'expression Industries de l'information.
La présente étude tient donc compte tout autant de l'intérêt étroit des économistes pour les définitions que de l'éventail des innovations technologiques et des transformations économiques structurelles qui, de plus en plus, pèsent sur l'Afrique dans la sphère économique mondiale. Sachant que cette méthode éclaire un peu plus le champ des définitions et donc permet d'explorer les enjeux et les perspectives qui s'attachent à cette nouvelle économie, on s'emploiera tout d'abord à analyser brièvement les transformations structurelles profondes affectant le modèle techno-économique de l'économie mondiale.
1.6 La transformation fondamentale de l'économie mondiale
Le « modèle techno-économique » peut être compris comme le cadre de principes et d'accords (formels et informels) définissant le mode d'emploi de la technologie en vue d'appuyer les objectifs de développement de l'économie. L'ancien modèle techno-économique qui soutenait l'économie mondiale s'appelait Fordisme/Taylorisme et reposait sur les principes définis par Henry Ford (la chaîne de montage) et Frederick Taylor (la gestion scientifique). Ce système a connu son apogée dans les années 50 (ce que l'on a appelé « l'âge d'or » du capitalisme) sous la domination des Etats-Unis. Le modèle de développement Fordiste-Tayloriste reposait sur trois piliers.
La production de masse dans un système industriel en constituait le premier pilier. La production de masse a permis d'accroître la productivité au détriment de la diversité et donc du choix offert au consommateur. Le deuxième pilier était la stricte application des principes de gestion de Taylor, connus sous l'appellation de « gestion scientifique ». Dans la gestion scientifique, un strict cloisonnement est établi entre le travail mental et le travail physique (la direction et les employés). Enfin, le troisième pilier était la chaîne de montage qui a aggravé l'aliénation de la main d'oeuvre. Les travailleurs qui auparavant étaient des artisans capables de participer à toutes les phases de fabrication du produit, ont été forcés à travailler sur un seul élément du processus de fabrication, devenant ainsi de simples rouages humains dans la machine industrielle.
Le modèle techno-économique a commencé à caractériser les économies industrielles dès qu'elles ont assis leur domination sur l'économie mondiale aux XIXe et XXe siècles. Au cours de cette période, les économies africaines étaient réléguées à la périphérie du système mondial (par l'esclavagisme, le colonialisme et d'autres facteurs) et forcées à s'orienter essentiellement vers la production de produits de base.
La période de mondialisation que nous vivons aujourd'hui se caractérise par l'émergence d'un nouveau modèle techno-économique reposant sur un nouveau mode de production que Richard Kenney et Martin Florida appellent Innovation-Mediated Production (IMP) ou la production par le moyen de l'innovation. Ce nouveau modèle est fortement composé de savoir. Celui-ci est de plus en plus intégré dans le processus de production. Les nouvelles technologies et les nouvelles techniques de fabrication telles que la fabrication intégrée par ordinateur et les machines à contrôle numérique permettent de créer et de renforcer ce type d'environnement économique géré par réseaux. Cette nouvelle économie prospère sur le savoir et l'innovation continue. Elle privilégie l'information dans l'entreprise économique et met l'accent sur l'utilisation du savoir et de l'information symbolique susceptibles d'être intégrés dans les biens et services matériels et non matériels.
L'information est un produit qui n'a pas de concurrent. Cela signifie qu'elle peut être diffusée sans limite et ne rien perdre de sa valeur originale. Le produit d'information, immatériel par définition, fait fi de la géographie et transcende les frontières. Dans une économie de l'information, les marchés perdent leur caractère local ou national. Ils sont, de fait, mondiaux. Pour ce qui est de l'emploi, la croissance durable s'appuie sur les transferts continus de ressources à partir d'industries en recul dans le cadre d'un processus que l'économiste autrichien Joseph Schumpeter appelle « la destruction créative ».
Le Tableau 2 décrit les caractéristiques de l'économie industrielle par opposition à l'économie d'information. Les produits et les services d'information figurent aujourd'hui parmi les segments les plus dynamiques et les plus rentables de l'économie mondiale.
Tableau 2
| Caractéristiques | Economie industrielle | Economie de l'information |
| Source d'avantages compétitifs | Terre, main d'oeuvre et capital | Savoir |
| Mode de production | Autorités hiérarchiques | Innovation à travers les services et les réseaux |
| Champ d'intervention | Local/Régional | Mondial |
| Classification industrielle |
Distincte; multiple | Diffuse ; Architectures |
L'une des différences majeures entre l'économie du savoir et l'économie industrielle est que, souvent, pour la première, les barrières à l'entrée sont moins contraignantes. Dans l'économie industrielle, les facteurs de production les plus importants sont la terre, la main d'oeuvre et le capital. Des investissements importants en capital sont nécessaires pour acquérir la terre, construire les usines, employer une main d'oeuvre coûteuse (le plus souvent organisée/syndiquée), mettre en place les inventaires de produits industriels et transporter les produits vers leur destination finale. Dans la nouvelle économie, l'information et le savoir constituent les facteurs de production essentiels. Cela ne signifie pas que les autres facteurs de production ne sont pas importants. Ils sont seulement surpassés par le facteur du savoir.
En outre, le rythme de plus en plus rapide de l'innovation technologique raccourcit les cycles de vie des produits et la vitesse devient un élément primordial de la concurrence économique. L'utilisation largement répandue des TIC a permis d'élargir le champ d'intervention des opérateurs économiques internationaux, de gagner du temps et de réduire les distances. Grâce à Internet, le temps est réduit de moitié.
Si l'impact macroéconomique de cette déferlante technologique demeure contesté, on a le sentiment intuitif qu'il revêt plus d'importance qu'il n'y paraît à première vue et qu'il produit des effets d'entraînement considérables sur l'activité économique au point que d'aucuns considèrent que le succès dans l'économie mondialisée est conditionné par l'accès aux TIC. L'importance des TIC a pour fondement la numérisation. Celle-ci a rendu possible la convergence de différents médias pour assurer une transmission de l'information à la fois rapide, efficace par rapport au coût et sans déformation. Cette évolution correspond à une nouvelle perception de la technologie qui, en soi, n'est plus un instrument de facilitation mais un moteur du changement.
Les fonctions d'entraînement et la mise en place de réseaux qui caractérisent les TIC signifient que, de plus en plus, celles-ci deviennent des technologies fondatrices. Elles représentent l'infrastructure indispensable à une grande variété de processus de production industrielle. Elles facilitent une multitude d'activités qui peuvent ainsi être menées différemment, à moindre coût et de façon plus efficace. Elles constituent un nouveau facteur de production qui s'inscrit comme fondement de l'économie de l'information. Ce facteur de production est considéré comme « perturbateur chronique des avantages comparatifs » et se situe au centre de l'émergence de ce nouveau modèle techno-économique.
La thèse émise ne signifie pas que la production d'information n'est pas coûteuse. Shapiro et Varian affirment en fait que "l'information est coûteuse à produire et peu coûteuse à reproduire". Les exemples d'un tel raisonnement économique abondent. Un rapport commandé pour des centaines de milliers de dollars et qui nécessitera des mois pour la recherche, la rédaction et l'édition peut être mis sur Internet et diffusé partout dans le monde presque gratuitement. L'affirmation première demeure cependant que les barrières à l'entrée dans cette économie sont moins coûteuses que les barrières à l'entrée dans l'économie de l'information.
Nonobstant les débats qui agitent les milieux scientifiques, il apparaît de façon suffisamment claire que l'information et le savoir, dans leur sens le plus large, deviennent des éléments essentiels du développement socio-économique. D'une façon générale, l'investissement dans les biens et services non matériels s'accroît beaucoup plus vite que l'investissement dans les biens et services matériels. De même, les pays mieux dotés en ressources d'information et de savoir gagnent en compétitivité.
1.7 Gestion de léconomie de linformation : politique générale et cadre réglementaire
Léconomie de linformation suppose une discipline stricte. En raison des interdépendances qui la caractérisent, toute « mauvaise » décision est immédiatement sanctionnée et toute « bonne » décision récompensée avec la même célérité. Dans ce contexte de mondialisation et dinterdépendance, il est crucial délaborer, au niveau mondial, des mécanismes appropriés de gestion de léconomie de linformation, le nouveau système mondial déchanges.
Tout comme le modèle techno-économique a connu de profondes mutations, le système commercial mondial présente des composantes anciennes et nouvelles. Lancien système commercial mondial avait pour fondement lAccord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) dont lun des principes généraux était la promotion du commerce multilatéral, laccent étant mis sur les biens corporels (matériels). Le GATT nétait pas une organisation internationale à proprement parler, mais plutôt un secrétariat international chargé du suivi et de la mise en oeuvre de lAccord. Ses mécanismes dapplication étaient relativement limités, si bien que les « resquilleurs » pouvaient tirer de nombreux avantages de lAccord sans en supporter les coûts.
Le nouveau système commercial mondial repose sur le successeur du GATT, lOrganisation mondiale du commerce (OMC). Laccès au marché est un des principes clés qui le définissent. Si le GATT mettait laccent sur les biens corporels, lOMC en revanche traite aussi bien des biens corporels que du commerce immatériel des services. LOMC a été créée en tant quorganisation internationale à part entière et jouit du même statut international que la Banque mondiale et les autres institutions de Bretton Woods. Il y a deux différences essentielles entre lancien système commercial mondial et le nouveau : les questions relatives aux accords ayant force obligatoire et la résolution des différends (IIE 1998).
Lharmonisation internationale des politiques générales et des cadres réglementaires est un objectif majeur à poursuivre aux niveaux mondial et régional. Un certain nombre de questions ont été identifiées comme étant, peut-être, les plus importantes pour le développement de léconomie mondiale de linformation et du commerce électronique. Il sagit, notamment, des suivantes : 1) développement de linfrastructure de linformation et des communications ; 2) douanes et taxation ; 3) code commercial mondial uniforme; 4) protection de la vie privée et du consommateur ; 5) sécurité et cryptage ; 6) élaboration et réglementation des contenus ; 7) normes techniques et interopérabilité ; 8) éducation et emploi ; 9) systèmes de paiements électroniques et institutions financières ; 10) protection de la propriété intellectuelle. Les stratégies nationales et régionales de promotion des opportunités offertes par léconomie de linformation devraient prévoir des analyses et des réformes dans chacun de ces domaines.
DEUXIEME PARTIE
2.0 Examen des défis et des opportunités présentés à l'Afrique dans l'économie de l'information
La première partie de la communication avait pour objectifs de décrire le contexte actuel de la mondialisation et dapporter une contribution à la définition de léconomie de linformation. En ayant comme toile de fond lanalyse qui précède, nous allons examiner à présent les défis et les opportunités qui se présentent à lAfrique du fait de la mondialisation et de léconomie de linformation. Cet examen se présente en deux parties. La première traite de plusieurs défis importants de nature à contrarier lexploitation du potentiel de la région en matière déconomie de linformation. La seconde porte sur des opportunités stratégiques importantes pour lAfrique à lère de la mondialisation et de léconomie de linformation.
La mondialisation et léconomie de linformation offrent à lAfrique des opportunités sans précédent. Cependant, leur exploitation suppose dabord de relever des défis considérables : 1) création de linfrastructure de linformation et des communications ; 2) mise en valeur des ressources humaines et création demplois ; 3) position actuelle de lAfrique dans le commerce mondial ; 4) insuffisances des cadres juridique et réglementaire et des stratégies gouvernementales.
2.1 Limpératif de linfrastructure de linformation et des communications
Nombre danalystes déplorent les problèmes dinégalité créés par Internet, la mondialisation et la société de linformation (Wilson, 1999 ; PNUD, 1999). Sil y a diverses solutions à ce problème, les réalités empiriques sont alarmantes. Selon lUnion internationale des télécommunications (UIT), en 1997, la télédensité (nombre dappareils téléphoniques pour 100 habitants) était de 34,38 pour lEurope, de 30,38 pour les Amériques ; de seulement 6,02 pour lAsie et de 1,85 pour lAfrique, un chiffre qui donne le frisson. La densité cellulaire (en pourcentage de lensemble des lignes téléphoniques) est tout aussi troublante. Elle est de 6,92 (18,6 %) pour les Amériques ; de 4,57 (11,7 %) pour lEurope ; de 1,35 (18,3 %, cest surprenant), et de 0,17 (8,4 %) pour lAfrique.
De nombreuses études montrent que les avantages de lère de linformation échapperont aux pays qui ne disposent pas dune infrastructure nationale de linformation et des communications (INIC) convenable. Celle-ci doit être connectée à la nouvelle infrastructure mondiale de linformation (IMI) et pouvoir interopérer avec elle. Lenvironnement africain de linformation et des communications présente les caractéristiques suivantes : faibles taux de pénétration du téléphone, faible croissance des réseaux, systèmes dépassés, réinvestissement de bénéfices qui laisse à désirer, tarification élevée des installations privés, liaisons téléphoniques interurbaines médiocres et infrastructures de réseaux nationaux très variables. De plus, la création de lINIC suscite des approches diverses et parfois concurrentielles. Etant donné que laccès à linfrastructure de linformation et des communications est si alarmante dans la région, « laccès universel » à linfrastructure de linformation est perçue comme la condition sine qua non du développement socio-économique généralisé à lère de la mondialisation et de léconomie de linformation.
Laccès universel étant si important, de nombreux universitaires, activistes et agences de développement ont épousé le concept de centres dinformation communautaires à vocations multiples (ou télécentres) afin de contribuer à la réalisation de cet objectif. Les centres dinformation communautaires peuvent servir de moteur de développement aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement et contribuer à combler, au sein de pays en développement, les écarts relevés dans le domaine de linfrastructure. Même si leur définition nest pas définitivement arrêtée, on peut qualifier les télécentres dinstallations en zones urbaines, périurbaines et rurales qui utilisent des réseaux dinformations collectifs pour ouvrir laccès à toute une gamme dinformations publiques et privées et de biens et services reposant sur les communications, qui viennent en appui aux objectifs de développement économique et social local. Ces télécentres présentent une diversité dactionnariats et de formes commerciales qui peuvent stimuler la croissance du marché local des télécommunications. Mais il est essentiel de mettre laccent sur la reproductibilité, la viabilité et lappropriation communautaire.
Au potentiel que présentent les télécentres, sajoute une vaste gamme dinfrastructures nouvelles et de rechange. On peut citer comme formes dinfrastructures de rechange : la nouvelle génération de systèmes de communications personnelles mobiles mondiales par satellite (GMPCS) ; 2) les plates-formes flottantes et volantes ; 3) une multiplicité de solutions locales de communications sans fil. Ces formes dinfrastructure, qui peuvent faciliter le fameux « grand saut technologique », constituent sans doute la meilleure concrétisation de cette expression courante et parfois galvaudée. Comme les pays en développement ne consacrent pas le même investissement fixe au câble de cuivre, ils peuvent donc éviter den poser davantage et opter directement pour les fibres ou toute autre solution à large bande.
Tableau 3
Obligations/approches du service universel de pays divers |
|
| Pays développés | Pays en développement |
| Australie « Les objectifs de service universel sont des obligations légales visant à garantir à chaque Australien, sur une base équitable, laccès à un service téléphonique classique et à des services de téléphone public et de porteuse » |
Ghana « ...définies comme étant lexistence du téléphone dans chaque localité de plus de 500 habitants. » |
| Canada « ...fournir des services de télécommunications de qualité, fiables et bon marché aux Canadiens, aussi bien dans les zones urbaines que rurales de toutes les régions du Canada ... » |
Burkina Faso « ...définies comme étant lexistence du téléphone tous les 20 kilomètres ... » |
| France « Le service universel relatif aux télécommunications consiste à fournir à tout le monde un service téléphonique de qualité sur tout le territoire à un prix abordable. » |
Afrique du Sud « ...définie comme étant lexistence du téléphone à 30 minutes de distance ... » |
| Etats-Unis « ... mettre à la disposition, autant que faire se peut, de toute la population des Etats-Unis, sans discrimination de race, de couleur, de religion, dorigine nationale ou de sexe, un service national et international de communication radiophonique et sans fil rapide et efficace, à partir dinstallations convenables à des coûts raisonnables... » |
Stratégies de
financement· Subventions croisées · Droits daccès · Fonds de service universel · Assistance financière |
Mais, chose plus grave que lindiquent les statistiques de télédensité et de densité cellulaire, le déficit dinfrastructure dépasse le simple cadre des télécommunications et touche à dautres domaines critiques de léconomie de linformation, en particulier laccès à Internet.
Des investissements massifs simposent en Afrique au Sud du Sahara : rien quen matière de télécomunications, par exemple, il faudrait au moins 50 milliards de dollars pour parvenir à une télédensité de 5 %, soit 5 lignes pour 100 habitants (UIT, 1998). Ce montant est de loin supérieur à la capacité de financement du secteur public, doù la nécessité dun investissement privé à grand échelle. Les pouvoirs publics auront donc de plus en plus de mal à maintenir leur monopole sur les TIC.
Conséquence naturelle de la médiocrité des réseaux de télécommunications de la majorité des pays africains, Internet est très peu utilisé. Selon l'UIT (1998), « un habitant dun pays à revenu élevé a quatre fois plus de chances quun habitant dun pays à revenu faible daccéder à un téléviseur ; 25 fois plus de chances daccéder au téléphone ; mais pratiquement 8 000 fois plus de chances daccéder à un ordinateur connecté à Internet ».
Même si le niveau dinformatisation varie dun pays à lautre, le tableau général se présente comme suit :
installations et ressources humaines déficientes ;
absence de véritables centres consacrés à lélaboration de logiciels ;
médiocrité sinon inexistence des procédures dachat déquipement ;
manque dentretien du matériel ;
faible base industrielle de technologie de linformation.
Ces problèmes sont aggravés par le coût élevé des équipements par rapport aux ressources disponibles. De nombreux fournisseurs locaux appliquent une facturation excessive, ce qui incite à importer le matériel, mais souvent, il est difficile alors dobtenir une assistance locale. Sagissant du marché informatique privé, il est dominé par les multinationales qui veillent en général à assurer la maintenance. Le faible niveau de connaissance de linformatique constaté dans la majorité des pays africains signifie que même si les utilisateurs peuvent disposer dun accès, leur manque dexpérience peut les amener à immobiliser le système trop longtemps. En outre, en tant quutilisateurs de « produits finaux de la technologie », les pays en développement ne sont en position ni dinstaurer un contrôle technologique ni de se lancer dans une R&D concurrentielle. Les pays industrialisés ont élaboré des technologies adaptées aux caractéristiques de leurs sociétés. En effet, de nombreuses applications de la technologie de linformation présupposent une infrastructure moderne et une main-doeuvre hautement qualifiée.
2.2 Mise en valeur des ressources humaines : éducation et emploi dans une économie nouvelle
La mise en valeur accélérée des ressources humaines et la création demplois sont également des défis de taille que lAfrique doit relever à lère de linformation.
Les qualifications requises dans léconomie de linformation sont de plus en plus complexes. Cependant, certains programmes nationaux de développement essaient encore de fonder leurs stratégies de création demplois sur lavantage comparatif censé découler de lexistence dune abondante main-doeuvre non qualifiée et bon marché. En réalité, les stratégies nationales et régionales devraient être plutôt axées sur la promotion et la recherche dun noyau de travailleurs de la matière grise au sein de la région Afrique. Pour ce faire, il faudrait recourir à léducation et la formation aux niveaux régional et national et à des incitations de nature à attirer la diaspora africaine et dautres travailleurs qualifiés. Mais il faudrait également élaborer des stratégies visant à en minimiser limpact sur les couches de la population dont le niveau déducation et de compétence technique ne correspond pas (et ne correspondra peut-être jamais) aux exigences du nouveau modèle techno-économique de léconomie de linformation.
La faiblesse des niveaux déducation et dalphabétisation empêche les Africains dexploiter la nouvelle génération de TIC. On a abondamment cité à ce sujet lusage limité de langlais. Même sil est de plus en plus multilingue, Internet demeure un moyen de communication anglophone. Il est possible quà long terme lexploitation dInternet par les pays en développement dépende moins de la technologie et du coût que de laptitude à dispenser aux jeunes générations une alphabétisation de base, condition préalable à lutilisation de contenus textuels.
Limpact de léconomie de linformation sur lemploi demeure incertain. Des économistes comme Schumpeter et Kondratieff, soutiennent que lévolution technologique accélère la croissance économique à travers un processus de destruction créative, les nouvelles technologies étant source dinvestissements nouveaux et plus productifs, mais en même temps destructrices de la viabilité économique des investissements antérieurs. En conséquence, limpact sur lemploi dépend de la nature des emplois créés et jusquà quel point les emplois sont remplacés.
En matière de commerce électronique, par exemple, les emplois ont été surtout crées par les fournisseurs daccès à Internet. Les industries de services telles que les compagnies aériennes et dassurance, dont certaines tâches sont à forte intensité de main-doeuvre, tirent parti du fait que les réseaux de communications modernes leur permettent de localiser ces activités dans les régions à bas salaires. En termes de croissance de lemploi, cest lindustrie des logiciels qui est la plus dynamique. Miller et Mitter (1998) relèvent quil y a des possibilités de croissance dans les pays en développement, pour peu que ceux-ci sinsèrent dans le marché mondial des logiciels. Léconomie actuelle de la production de logiciels, compte tenu en particulier de sa faible intensité de capital et de sa forte intensité de main-doeuvre, est particulièrement intéressante pour les pays à salaires faibles et à main-doeuvre excédentaire. La transition à une production spécialisée de plus grande valeur peut sopérer grâce au renforcement des possibilités déchange de connaissances et dapprentissage dans le cadre des relations commerciales qui lient les entreprises des pays développés et celles des pays en développement.
Cependant, la création demplois est subordonnée à la nécessité, pour lAfrique, de disposer dun avantage comparatif en termes de main-doeuvre qualifiée et bon marché. Même si cela se concrétise, les régions et les entreprises attirent de plus en plus de talents du monde entier, en délaissant une frange importante de leur propre population dont le niveau déducation et les compétences culturelles/techniques ne correspondent pas aux besoins du nouveau système de production. LAfrique souffre déjà dune grande fuite des cerveaux qui a pour origine linadaptation des universités nationales. Lors dune récente conférence de la CEA sur le thème « Les défis du financement du développement de lAfrique », tenue à Addis-Abeba du 6 au 8 mai 1998, les Ministres africains des finances et du développement économique ont exprimé leur préoccupation à ce sujet. Plus de 300 000 Africains titulaires dun doctorat vivent hors du continent. Sil ny a pas demplois pour eux, les gouvernements ne verront peut-être pas la nécessité daccroître le taux dinscription dans les établissements denseignement supérieur. Les universitaires africains ont les moyens de participer à la base mondiale du savoir. Pour peu quils disposent des outils nécessaires, ils peuvent apporter leur contribution à partir de lAfrique et améliorer la qualité de vie sur le continent. Maurice, par exemple, qui dispose dune main-doeuvre hautement qualifiée et instruite, a donné la priorité à la libéralisation de certains secteurs. En conséquence, même si lindustrie de lhabillement y est en baisse, Maurice peut apporter sa contribution dans les nouveaux créneaux de léconomie de linformation, dans le commerce électronique, par exemple.
La clé du succès de Maurice réside dans la collaboration entre pouvoirs publics et secteur privé, en matière dapplication des technologies de linformation. Cest ainsi qua été mis en place un cadre de facilitation du commerce visant à remplacer les procédures manuelles et le traitement physique des documents par une soumission électronique de tout document à caractère commercial. Deuxièmement, un système de dépôt, de compensation et de règlement a été conçu et mis en application dans le cadre du marché des valeurs, lobjectif étant de veiller à ce que les procédures en vigueur correspondent aux normes internationales (Lim Fat, 1998). Les entreprises mauriciennes exportent à présent des compétences vers le reste de lAfrique.
En période de demande de main-doeuvre bon marché et qualifiée, les régions les plus pauvres du monde ont pour seul atout le fait que leur main-doeuvre est bon marché. Mais pour que lAfrique renforce son avantage comparatif en matière de main-doeuvre, il faudrait, de toute urgence, quelle mette à niveau lensemble des compétences de ses travailleurs. En même temps, il est crucial quelle dispose dinfrastructures de linformation de niveau mondial pour bénéficier dindustries lucratives telles que la sous-traitance. La fuite des cerveaux peut être perçue sous un angle positif parce quelle reflète la valeur du capital humain. Selon Kim (1999), il faut adopter une politique libérale permettant aux diplômés locaux de rechercher un emploi à létranger. Ceux-ci pourront ainsi affiner leurs compétences et être à jour de lévolution de leur domaine dintérêt en attendant que leurs économies locales puissent les absorber à nouveau. Tel a été le cas en Corée, quand 96,7 % des scientifiques et 87,7 % des ingénieurs étaient basés à létranger. Lorsque la situation économique sest améliorée et que le gouvernement a accordé son appui total et des incitations, la fuite des cerveaux a été inversée (depuis le milieu des années 80), doù la grande source de connaissances nouvelles dont le pays dispose à présent.
2.3 Lenvironnement économique africain et léconomie mondiale
La position de lAfrique au sein de léconomie mondiale sest considérablement détériorée. De plus, les exportations dont le continent est tant tributaire se limitent aux produits de base, qui représentent plus de 90 % de lensemble des exportations. Les exportations traditionnelles de lAfrique sont de plus en plus supplantées par celles de producteurs nouveaux, relativement plus efficaces, dautres régions. La dépendance à légard de lagriculture, par exemple, relève dun phénomène historique plus vaste, orchestré après le morcellement du continent. Selon Ikeme (1999), « une économie de boissons et de cocktails de luxe a été créée ainsi », le Kenya produisant le café et les fruits tropicaux, le Ghana le cacao, le Sénégal larachide, la Côte dIvoire la banane et le Soudan le coton, au profit des marchés européens. Ces 25 dernières années, le continent a vu sa part de marché mondial de la fève de cacao passer de 80 % à 67 % ; celle du café baisser de 26 à 15 % et celle du coton chuter de 30 à 16 %. La perte des parts de marché du café et de la fève de cacao a essentiellement profité aux pays asiatiques et celle du coton aux pays de lEurope de lEst (Rapport sur le développement en Afrique, 1995). La perte des recettes traditionnelles de lagriculture na pas été compensée non plus par les bénéfices enregistrés dans dautres secteurs. En fait, cest plutôt le contraire. Entre 1965 et 1985, le rapport biens manufacturés/exportations totales est tombé de 7,8 % à 5,9 % en Afrique subsaharienne alors quil est passé de 28,3 à 58,5 % en Asie du Sud.
Linstabilité politique et macro-économique endémique du continent a notamment pour principale conséquence de fragiliser le secteur privé africain sur le plan de la compétitivité. La faiblesse des exportations des pays africains est multidimensionnelle et largement attribuée à des facteurs indépendants des prix, pour ce qui est de la demande. Ces facteurs sont, entre autres : le manque dinformations sur les marchés et les prix, les structures de loffre qui laissent à désirer, létendue et lefficacité des réseaux de distribution, la qualité du service à la clientèle et la qualité ainsi que le niveau de sophistication et de fiabilité des produits. Les faiblesses structurelles des économies africaines, combinées à la mauvaise gestion économique et à loctroi irresponsable de prêts, de la part des pays industrialisés, ont abouti à la situation actuelle, caractérisée par une dette extérieure totale qui, en pourcentage de la valeur des exportations, est passée de 97 % à 324 % de 1980 à 1990 (BIRD, 1996).
Comme la mondialisation et la marche vers léconomie de linformation reposent largement sur des produits et des services à forte intensité de connaissances, lAfrique voit sa position, déjà fragile, dans léconomie mondiale se détériorer davantage. Quel que soit le critère retenu, cette position est à présent quasi négligeable. Par ailleurs, les exportations dont le continent est tant tributaire se limitent essentiellement aux produits de base, qui représentent plus de 90 % de lensemble des exportations. Les exportations traditionnelles de lAfrique sont de plus en plus supplantées par des produits nouveaux, relativement avantageux, provenant dautres régions.
Cependant, en 1996-97, cette position a commencé à évoluer. Selon le World Economic and Social Survey, 1997, les économies africaines ont enregistré, en 1996, un PIB par habitant en hausse, au moins 22 pays ayant affiché un taux de croissance du PIB de 5 % au moins et 11 autres de 6 % ou plus. De plus, depuis 1995, linflation baisse dans de nombreux pays de la région. Malheureusement, les crises financières mondiales de 1998-99 ont entraîné un ralentissement économique mondial qui na pas épargné les pays africains. Par ailleurs, malgré son caractère impressionnant, la croissance des pays africains nest pas assez forte pour que ceux-ci sattaquent valablement à la pauvreté et au chômage généralisés que connaît la région.
Les réseaux dont le secteur privé africain dispose en matière de politiques et de stratégies sont, pour lessentiel, faibles et inefficaces, sagissant de leur influence sur les grands débats liés au commerce mondial. Il faudrait renforcer ces réseaux afin que le secteur privé africain puisse être plus compétitif et occuper une meilleure place dans léconomie mondiale. Les marchés actuels souvrent à mesure que les pays libéralisent le commerce des biens et services, dans le cadre de lOMC et dautres types de blocs régionaux de commerce et la mondialisation touche les entreprises. Tout en améliorant les perspectives dexportation, cette évolution modifie les conditions et les règles de la concurrence. Aussi est-il impératif que les petites et moyennes entreprises et micro-entreprises africaines adoptent une perspective mondiale et forment des partenariats stratégiques sur les marchés tant intérieurs quextérieurs.
Linvestissement étranger, qui a joué et joue encore un rôle clé dans de nombreux pays en développement, demeure un mécanisme essentiel de transfert de technologie et de création demplois. En dépit de la pléthore de possibilités dinvestissement, les pays africains, à lexception dune poignée dentre eux, ont encore du mal à attirer les investissements étrangers. Le continent subit également la concurrence dune multitude de pays en développement ou en transition qui, bénéficiant dinfrastructures de linformation et de moyens de commerce électronique plus fiables, intéressent davantage les investisseurs potentiels. Comme les entreprises sefforcent de créer des alliances stratégiques et que le commerce électronique dentreprise à entreprise est érigé en norme, tout échange commercial en dehors de ces relations hermétiquement fermées sera jugé contraire à la logique économique.
Les avancées de la biotechnologie - la prochaine grande révolution - et de la science des matériaux se traduisent par des substituts synthétiques de produits de base tels que la vanille et le sucre. Le cacao et lhuile de palme, par exemple, sont également visés puisque les entreprises occidentales mènent des recherches génétiques afin de leur trouver de véritables substituts synthétiques ou de créer des variétés pouvant être produites en laboratoire ou dans un environnement non traditionnel. Il sagit donc de savoir comment les entreprises et les agriculteurs africains devraient tirer parti des possibilités offertes au niveau mondial et développer les compétences leur permettant daffronter la concurrence. Puisque les nouvelles technologies, les nouveaux systèmes de production et lorganisation du commerce international éliminent lagriculture traditionnelle, les populations rurales sont-elles condamnées à être absorbées par léconomie informelle des centres urbains déjà surpeuplés ?
Tout comme leffet de substitution, linnovation technologique est source dutilisation plus rentable des matières premières. Il en découle, à long terme, la dématérialisation de la production industrielle. Cette baisse de lintensité de matières dans la production représente une nouvelle barrière à linsertion de lAfrique dans léconomie mondiale, la plupart des pays du continent étant exportateurs de produits de base. A lheure de la mondialisation et des accords commerciaux internationaux, lespace politique est sévèrement limité, puisque les pays africains doivent respecter de nouvelles règles. Contrairement à la situation des dragons de lAsie de lEst, dans les années 70 et 80, les pays africains ne peuvent mettre en oeuvre une politique commerciale stratégique qui favorise les exportations tout en protégeant les entreprises locales contre une concurrence étrangère intense sur le marché local.
2.4 Cadres juridiques et réglementaires nationaux et régionaux
Ne connaissant pas de véritables frontières nationales, Internet et le World Wide Web ont des implications juridiques considérables. Des questions épineuses comme la protection de la propriété intellectuelle, lintimité, la sécurité, la protection des données, les paiements électroniques et celles, très variées, qui touchent à la protection du consommateur doivent être abordées dans les législations nationales et les stratégies régionales, compte tenu de leurs implications sociales et économiques multiples. Dune part, un cadre juridique et réglementaire approprié donne à un pays de meilleures chances dattirer linvestissement et peut favoriser la participation de la population à léconomie de linformation. Dautre part, un environnement juridique et réglementaire inadapté peut paralyser les entrepreneurs locaux et éloigner les investisseurs internationaux.
LAfrique ne peut se permettre un gâchis defforts. Elle doit collaborer autant que possible avec une multitude dacteurs aux niveaux national, régional et mondial. Les plans de création de lINIC, quencourage la CEA, peuvent servir de moyen dintégration des efforts de ces acteurs disparates. A lévidence, lorsque cela est possible, il faut intégrer ces plans dans la planification stratégique sous-régionale et régionale.
Laptitude dun gouvernement à élaborer des politiques efficaces dépend de sa capacité dinterprétation de linformation relative à lenvironnement économique, social, culturel et politique. Une solide infrastructure de linformation facilite laccès à linformation, la planification et la prise de décision. Cependant, il y a très peu dinfrastructures de ce type dans les pays de lAfrique subsaharienne. Dans la majorité de ces pays, lEtat assiste à une diminution sans précédent de ses moyens daction. La plupart des dépenses consacrées aux infrastructures dans les pays en développement sont financées par lEtat. Mais plusieurs facteurs, comme linstabilité macro-économique et les besoins dinvestissement croissants, montrent que le financement public est au mieux instable et, dans de nombreux pays, correspond rarement au minimum requis pour assurer le maintien des infrastructures. Déstabilisés par les conditionnalités des programmes dajustement structurel, exploités à travers les servitudes de la dette et affaiblis par les conflits politiques, la majorité des gouvernements sont dans une logique de gestion des crises et accordent la priorité à la survie économique et politique à court terme au détriment de la dynamique à long terme. Cest particulièrement vrai du secteur de léducation qui est capital en matière de ressources humaines requises par léconomie de linformation.
Sagissant de linfrastructure de linformation, les acteurs et les structures existants à léchelle internationale jouent un rôle clé dans tout le processus de sa mise en place. Des acteurs clés tels que les institutions de financement exercent des pressions sur les gouvernements pour les amener à réformer le secteur des télécommunications (Moussa et Schware, 1992 ; Newsum, 1994 ; Roche et Blaine, 1996). A un stade avancé du processus, les acteurs extérieurs influent sur le cadre réglementaire définitif du secteur et déterminent le degré douverture du marché intérieur. Cependant, il sensuit un certain nombre de questions. Quel est le juste milieu entre droit de propriété et contrôle de linfrastructure de linformation et entre accès et impact ? Vaut-il mieux avoir une infrastructure des télécomunications appartenant à une société étrangère que de ne pas en avoir du tout ? Comment un pays disposant dune faible expertise nationale en matière de logiciels peut-il acquérir les logiciels nécessaires ?
Rien ne montre que les pratiques commerciales restrictives du moment, les contraintes relatives à la détention du savoir et les règles applicables à la propriété intellectuelle, qui sont contraires aux intérêts des pays en développement, vont radicalement changer. En loccurrence, il ny a aucune perspective de modification à brève échéance des relations qui existent entre pays dotés de TIC et pays dépourvus de TIC. Il est donc illusoire de penser que les seconds peuvent « rattraper » ou suivre le rythme des progrès réalisés par les pays les plus technologiquement développés. Dans les pays industrialisés, le niveau de développement technologique est très élevé et appuyé par dénormes ressources en R&D. Cela ne signifie nullement que les pays pauvres ne devraient pas sefforcer de mettre leurs systèmes de TIC à niveau. Mais ils ne devraient pas le faire dans lespoir chimérique que ceux qui les devancent les attendront.
Si la tendance à l'indifférence et à l'inaction de l'Etat sur la question de l'économie de l'information en Afrique se poursuit, les contraintes mentionnées ci-dessus vont constituer des barrières infranchissables. Dans la mesure où la nouvelle économie mondiale mue par l'information offre d'énormes possibilités aux pays africains, en l'absence de politiques publiques efficaces et cohérentes, cela pose de grand défis.
La Révolution industrielle a apporté des avantages économiques et sociaux, mais elle a également provoqué la dislocation des populations, une pollution industrielle accrue, le travail des enfants et créé des environnements de travail sans sécurité. Les sociétés ont été également lentes à réagir à ces effets secondaires négatifs. De même, l'économie de l'information pourrait provoquer des empiétements possibles dans la vie privée, un accès plus facile des enfants à la pornographie et aux matériels violents, des activités criminelles plus sophistiquées, avec de graves conséquences et une foule d'autres problèmes inconnus à l'heure actuelle.
Les gouvernements doivent se conformer à un ensemble de critères précis censés garantir des bénéfices substantiels aux investisseurs internationaux. Ainsi, les pays sont découragés d'investir dans des programmes sociaux, dans la mesure où ceux-ci sont perçus comme inflationnistes. Malheureusement, ces principes économiques néo-libéraux sont souvent en discordance avec les objectifs nationaux de développement et les corsets financiers internationaux réduisent la flexibilité économique de l'Etat en développement.
Les sociétés multinationales qui peuvent investir des sommes considérables dans la recherche et qui ont accès aux circuits mondiaux de distribution sont les mieux placées pour tirer des bénéfices de l'économie de l'information. Cette situation a de sérieuses répercussions sur la maîtrise que lEtat peut exercer sur leur comportement économique. Un des problèmes récurrents de l'Afrique est qu'elle ne sait pas ce qu'elle ne sait pas. L'ignorance concernant la richesse du continent en ressources naturelles, combinée avec une sophistication de plus en plus grande de technologies comme la télédétection, signifie que les joueurs les mieux informés sont en train de breveter les ressources de l'Afrique et de profiter de son ignorance.
Le régime mondial de la propriété intellectuelle est sous le joug de ces sociétés multinationales et ne sert qu'à saper les efforts des pays en développement pour préserver leur héritage. Dans l'économie de l'information, les droits de propriété intellectuelle, tels que les brevets et droits d'auteur constituent l'unité de valeur primaire (Brown, 1998). Il est nécessaire d'équilibrer la protection des détenteurs de droits de propriété intellectuelle à des coûts réduits, un accès sans entrave des utilisateurs et des développeurs de contenus potentiels aux matériels protégés (ITT, 1997). Le coût des activités relatives à la protection de la propriété intellectuelle est si élevé que les pays africains sont incapables de l'assurer.
L'Internet ne connaissant pas les frontières nationales, ses conséquences juridiques sont immenses. Les droits d'auteur, le caractère privé et la responsabilité doivent être mis en rapport avec la vitesse, l'accès et la liberté d'expression; la supervision et l'application s'avèrent difficiles, ce qui entraîne de nombreux exemples de non-respect des droits d'auteur sur l'Internet, en particulier dans les pays où le commerce électronique a pris racine. L'Afrique n'a peut-être pas atteint ce stade, mais il est important de souligner ces problèmes de telle sorte que les développeurs et décideurs politiques puissent les régler et qu'ils ne prennent pas de décisions dans l'ignorance ou dans le cadre de lois archaïques. L'OMPI est préoccupée par le fait que les connaissances sur les droits d'auteur et le droit de propriété intellectuelle seront intégrées dans les politiques des pays en développement, de telle sorte que le concept de propriété intellectuelle et de son utilisation soit ancré dans leur économie et que les inégalités qui se sont manifestées dans le système international de connaissances puissent être soit réduites, soit réglées.
2.5 Opportunités de l'économie de l'information pour l'Afrique
Les défis auxquels l'Afrique doit faire face dans l'économie de l'information sont, sans doute, énormes. Toutefois, étant donné les bouleversements fondamentaux intervenus dans la nature de l'économie mondiale, il est d'une importance capitale que les stratégies de développement pour l'Afrique soit modelées par cette réalité de la mondialisation et de l'économie de l'information. Perez ( 1985) a avancé l'idée selon laquelle les changements intervenus dans l'économie de l'information ouvrent de nouvelles "fenêtres d'opportunités" pour les retardataires. La transition de l'économie mondiale vers une économie fondée sur le savoir et l'information offre de nombreuses opportunités aux pays en développement qui veulent en tirer profit de manière stratégique. Les pays africains et autres pays en développement peuvent se mouvoir et développer de manière stratégique de nouveaux avantages comparatifs dans cette nouvelle économie, sur la base de leur propre histoire et des conditions matérielles qu'ils connaissent.
Ceci est en partie possible grâce aux nouvelles technologies qui vont permettre à certains pays de se débarrasser de l'inertie de la structure industrielle antérieure et de faire un « grand bond technologique ». Les pays africains seraient, dit-on, placés de manière idéale pour bénéficier des coûts en baisse et de l'utilité croissante des technologies de pointe sans pour autant avoir à supporter les frais élevés de l'abandon de l'ancien système.
Il est clair que certaines parties de l'Afrique doivent se mouvoir rapidement et devenir ce que Saskia Sasssen et Kevin Cox appellent des « espaces de mondialisation » pour pouvoir saisir ces opportunités. Pour qu'elles deviennent des espaces de mondialisation, certaines zones géographiques spécifiques doivent être réorientées afin de tirer pleinement profit de l'économie de l'information, grâce au développement de l'infrastructure de l'information et des ressources humaines de ces pays. Cette réorientation implique la définition d'une vision stratégique qui exploite le potentiel de la mondialisation et de l'économie de l'information dans ces zones géographiques. Sur les nombreuses applications possibles qu'offre l'économie mondiale de l'information, certaines ont une importance stratégique supérieure à d'autres pour l'Afrique et pourraient avoir un impact plus significatif sur le développement socio-économique. Des applications ayant une importance stratégique potentielle sont, entre autres, : 1) le développement de contenus; 2) le commerce électronique et les PME; 3) l'enseignement et la recherche; 4) le développement rural. Dans chacun de ces domaines, des opportunités réellement spécifiques et des marchés captifs existent pour les pays africains et les autres pays en développement. Nous allons à présent examiner chacun de ces domaines.
2.6 Création de contenus : importance stratégique des industries de l'information
Dans l'économie de l'information il s'agit, avant tout, d'information. Une large gamme de nouvelles technologies et de nouvelles techniques induites par la révolution de l'information permettent la production et la distribution de nouvelles connaissances, ainsi que la diffusion de données, d'informations et de connaissances. Certaines de ces technologies font appel à l'Internet, au World Wide Web, au CD-ROM, aux documents audio-numériques, à la vidéo et aux autres nouveaux médias.
L'économie de l'information offre aux pays africains une chance historique de créer de nouvelles industries de l'information et de participer à des partenariats stratégiques avec d'autres entreprises opérant dans le domaine de l'information. Étant donné la richesse et la diversité des cultures africaines, des industries spécifiques de l'information reposant sur des stratégies de promotion de ces technologies et tirant profit de la richesse culturelle du continent pourraient tout à fait s'avérer économiquement rentables.
2.7 Nouvelles industries
De par son ouverture, l'économie de l'information offre aux pays africains des opportunités dans les nouvelles industries telles que le développement de logiciels, les services et le traitement de l'information. Généralement, en Afrique, la demande accrue de logiciels adaptés aux besoins locaux et leur production surviennent à petite échelle. En Afrique du Sud, la part de marché des logiciels développés localement progresse (Hodge et Miller, 1996) mais l'industrie des logiciels conditionnés (logiciels de systèmes et applications logicielles génériques) est dominée par les importations, dans la mesure où les utilisateurs préfèrent adhérer aux normes internationales. Il en est de même pour la Tanzanie et le Burkina-Faso, où tous les logiciels sont importés et où il n'y a eu aucune tentative de faire autrement (Wangwe et al., 1996; Bamogo et al., 1996). En Ile Maurice, des efforts concertés de l'Etat ont débouché sur la mise en place d'une unité de planification et d'organisations étatiques pour le développement de logiciels et la formation (Lim Fat, 1998). Le pays exporte maintenant des logiciels tels qu'Oracle et des services d'installation.
2.8 Développement de contenus
Un autre domaine dans lequel l'Afrique peut exceller concerne l'exploitation commerciale de ses riches savoirs traditionnels ou tacites. "Les Africains doivent se rendre compte du fait qu'ils sont les experts du monde dans une large gamme de savoirs et en tirer profit (Wilson, 1998). Le fait que la plupart des connaissances ne sont pas codifiées et qu'elles sont, dans une large mesure, informelles et régionales dans leur application, a déprécié leur valeur et leur légitimité. Il s'agit, entre autres, de l'écologie, du comportement vis-à-vis de la nature et de la médecine traditionnelle.
La distribution concurrentielle de contenus nécessitera un personnel technique créatif et la création d'emplois de commercialisation directe. Les Africains doivent participer à la production de l'information car leur contribution est importante pour le maintien de la qualité et de la pertinence des informations provenant de la région. Par exemple, les Ghanéens ont mis en place des sites Web qui vendent une variété de produits et assurent la promotion de leur culture. Cela a indirectement favorisé leur industrie touristique et leur a offert des opportunités d'investissements et de partenariat à travers le monde. Par conséquent, l'économie de l'information permettra aux Africains d'utiliser leurs compétences basées sur leurs connaissances et leur culture, de créer de nouvelles opportunités d'emploi et d'être moins tributaires du modèle de développement fondé sur l'exploitation des ressources naturelles. Les informations utiles à l'Afrique peuvent être regroupées entre trois domaines généraux :
Offre : existence de sources de financement, de main-duvre, de matières premières et de technologies ;
Demande : opportunités d'affaires, prix, taille des marchés, qualité ;
Facteurs environnementaux : concurrents, législation, etc.
(Adapté de Heeks, 1999)
2.9 Commerce électronique et PME
L'avènement et la formidable croissance du commerce électronique constituent un des aspects les plus importants de l'économie de l'information. Le commerce électronique est en train de transformer le marché mondial et ses répercussions sont perceptibles dans divers domaines tels que la production, la distribution, le financement, la culture et la réforme de l'Etat. Ces formes de commerce électronique "du vendeur à l'acheteur" auront peut-être une importance plus grande pour les pays en développement que pour les pays développés. De très petits entrepreneurs, en particulier dans les industries culturelles, seront capables de tirer profit de marchés mondiaux beaucoup plus vastes que leurs marchés locaux.
Grâce au développement d'un ensemble complexe de compétences qu'exige le commerce électronique, les entrepreneurs et hommes d'affaires africains seront mieux placés pour participer aux chaînes mondiales de valeurs des entreprises dont les activités reposent sur le savoir. Ces formes de commerce électronique « entre hommes d'affaires » offriront également aux entreprises africaines compétentes des opportunités d'élargir leurs marchés, bien au-delà de leurs frontières nationales.
Les secteur privé, qui est essentiellement constitué de PME et du secteur informel, est considéré comme un moteur possible de croissance dans l'économie de l'information. Les PME sont d'habitude très flexibles et capables de fournir de nouveaux produits très rapidement. Elles peuvent élargir leurs marchés grâce à des accords de coopération pour la diffusion de l'information relative à des produits et services locaux ou régionaux. La réussite dans ce cadre dépend de la capacité des associations professionnelles ou régionales, des chambres de commerce et des organisations communautaires à élaborer des mécanismes reposant sur la demande concernant ces services. Les opportunités qu'offre l'économie de l'information englobent la formation d'alliances stratégiques avec de puissants distributeurs étrangers comme moyen de pénétrer de nouveaux marchés, tout en améliorant la qualité de leurs produits.
La transition de l'économie mondiale vers une économie fondée sur le savoir et l'information offre de nombreuses opportunités aux pays en développement qui veulent les saisir de manière stratégique. Les pays africains et autres pays en développement peuvent agir et développer de manière stratégique de nouveaux avantages comparatifs dans cette nouvelle économie, sur la base de leur propre histoire et des conditions matérielles qu'ils connaissent.
Étant donné la richesse et la diversité des cultures africaines, des industries spécifiques de l'information reposant sur des stratégies de promotion de ces technologies et tirant profit de la richesse culturelle pourraient, tout à fait, s'avérer économiquement rentables. Le développement de contenus est d'une importance capitale, d'autant plus que la question de la largeur de bande ne se pose plus. Les micro-entreprises, en particulier dans les industries culturelles, seront à même de tirer profit de plus vastes marchés mondiaux et de communiquer avec leurs consommateurs, grâce au commerce électronique.
Grâce à cette forme de développement de contenus, ainsi qu'au perfectionnement d'autres compétences basées sur le savoir, les entrepreneurs et hommes d'affaires africains seront mieux placés pour participer aux chaînes mondiales de valeurs des entreprises dont les activités reposent sur le savoir. Le commerce électronique "entre hommes d'affaires" offrira également aux entreprises africaines compétentes des opportunités d'élargir leurs marchés, bien au-delà de leurs frontières nationales.
La création d'emplois dans la plupart des pays en développement est perçue comme une question de développement importante. Par exemple, en Afrique du Sud, le taux de chômage parmi les jeunes se situe aux alentours de 40%. Grâce à la promotion du commerce électronique et à l'appui nécessaire en termes d'éducation et d'infrastructures de l'information, les Etats feront un grand pas vers le règlement de cette question.
Le commerce électronique offre des opportunités de participer aux activités de communautés mondiales virtuelles d'intérêt, qui peuvent se rapporter à des équipes de recherche-développement ou à des cours universitaires (voir Cogburn, 1999). Pour tirer profit de ces opportunités, il est clair que certains pays africains doivent rapidement devenir des espaces de mondialisation (Sassen, 1998; Cogburn, 1999). Ils doivent opérer une réorientation pour tirer profit de l'économie de l'information, grâce au développement de l'infrastructure de l'information et à la promotion du savoir.
Il est également impératif que le réalignement de ces pays se fasse au niveau politique et stratégique le plus élevé ( AISI 1996; Wilson, 1999). Les Etats devraient élaborer des plans et cadres d'action pour l'infrastructure nationale de l'information et des communications. Ces plans doivent englober une réévaluation du cadre juridique de l'Etat, non seulement pour garantir qu'il est conforme à ses engagements mondiaux (par exemple l'OMC), mais également qu'il favorise l'investissement privé dans le développement de l'infrastructure nationale de l'information et des communications. Dans le cadre de l'élaboration des plans nationaux de l'infrastructure de l'information, il y a lieu de se pencher sur les questions suivantes : développement de l'infrastructure de l'information et des communications; douanes et taxes; code commercial mondial uniforme; caractère privé des communications et protection des consommateurs; sécurité et cryptographie; développement de contenus et réglementation; normes techniques et interopérabilité; éducation et emploi; protection de la propriété intellectuelle.
Le commerce électronique offre également d'autres opportunités que les pays africains peuvent exploiter. Il est prévu que le commerce électronique croisse de manière significative en offrant des possibilités énormes aux petites et micro-entreprises africaines ayant l'intention de vendre leurs produits sur le marché international. L'application des nouvelles technologies de l'information et de la communication peut également jouer un rôle significatif dans l'accroissement des recettes douanières, dans un contexte de réduction des droits de douane, permettant ainsi de réduire la corruption et de simplifier le commerce.
Les secteur privé, qui est essentiellement constitué de petites et micro-entreprises et du secteur informel, est généralement perçu comme le moteur de l'économie. Les petites et micro-entreprises sont mieux à même de fournir de nouveaux produits, alors que les grandes firmes ont simplement tendance à diversifier leur gamme de produits. Elles peuvent élargir leurs marchés grâce à des accords de coopération pour la diffusion de l'information sur des produits et des services locaux ou régionaux. La réussite dans ce domaine dépend de la capacité des associations professionnelles ou régionales, des chambres de commerce et des organisations communautaires à élaborer des mécanismes reposant sur la demande de tels services. Les opportunités qu'offre l'économie de l'information englobent la formation d'alliances stratégiques avec de puissants distributeurs étrangers comme moyen de pénétrer de nouveaux marchés, tout en améliorant la qualité des produits offerts.
L'Internet assure un nivellement du terrain et dans leur concurrence avec les grandes firmes, les petites entreprises peuvent avoir accès aux consommateurs et les conserver, ce qu'ils avaient de la peine à réussir dans le cadre du commerce traditionnel. Les produits artisanaux africains sont maintenant en vente à travers l'Internet, bien que la plupart des sites Web soient développés et hébergés en Occident. Leur existence constitue un point de départ utile, mais il serait également utile et bénéfique que ces sites Web ou pages d'accueil soient maintenus dans leur pays d'origine. D'autre part, cela pourrait également jouer un rôle important auprès de la diaspora africaine. On peut citer comme exemple le centre d'expositions d'ITC Virtual Handcraft, grâce auquel certains pays africains commercialisent leurs produits. Bien que le commerce électronique ouvre des marchés, la présence de marques bien connues pourrait poser des barrières à l'entrée et s'opposer ainsi au développement des PME. Dutton (1996) conseille avec raison aux sociétés qui envisagent d'utiliser les technologies de l'information et de la communication pour écouler leurs produits auprès des consommateurs de ne pas se focaliser sur le côté "à la mode" des médias, mais d'analyser ce que la technologie permet et ce qu'elle est réellement capable d'offrir.
2.10 Connaissances, éducation et apprentissage
Étant donné la rapidité de la mondialisation et la restructuration des systèmes sociaux, politiques et économiques mondiaux, les exigences en termes de connaissances, d'éducation et d'apprentissage ont profondément changé. Un nouveau paradigme de l'éducation s'impose (pour ce qui est des structures, du fonctionnement, des programmes scolaires et des méthodes pédagogiques à tous les niveaux).
A l'ère de la mondialisation et de l'économie de l'information, l'objectif de l'éducation ne saurait se limiter à la transmission d'un corpus de connaissances reconnues, mais il devrait améliorer la capacité de l'apprenant à générer des connaissances, à accéder aux connaissances, à les évaluer, à les adopter et à les appliquer à la résolution de problèmes complexes. Il ne faudrait pas proposer aux apprenants de l'ère de l'information des solutions « toutes faites », mais plutôt les amener à participer de manière active à l'identification des problèmes. Le nouveau paradigme de l'éducation devrait enseigner aux étudiants à penser de manière critique et indépendante, à émettre des jugements appropriés, à collaborer avec les autres, à s'adapter à de nouvelles et incertaines situations, à identifier les problèmes et à les résoudre, à opérer une fusion entre les anciennes et les nouvelles informations.
Ces exigences en matière d'éducation sont d'une importance capitale pour les travailleurs de l'économie de l'information. Toutefois, les systèmes élaborés pour l'enseignement informel, en particulier à l'intention des apprenants adultes qui veulent se lancer dans l'éducation permanente, sont également importants. En ayant recours aux technologies de l'information et de la communication, il y a des possibilités d'accroître les chances d'éducation grâce à un apprentissage avec des technologies améliorées et à d'autres techniques de télé-enseignement. Ces approches accroissent les opportunités d'apprendre des étudiants et sont adaptées à l'enseignement de groupes d'étudiants dispersés, comme c'est souvent le cas en Afrique. Dans bon nombre de pays africains, les étudiants suivent déjà des cours en ligne, avec des méthodes d'apprentissage technologiquement améliorées.
De nombreuses bibliothèques universitaires ont mis fin à leurs abonnements aux revues internationales en raison de contraintes budgétaires. Certaines de ces revues coûtent très cher et souvent un ou deux articles seulement intéressent les abonnés. Etant donné que l'accès aux revues scientifiques est devenu un casse-tête pour bon nombre d'universitaires africains, il y a énormes possibilités avec les bibliothèques numériques et les publications électroniques. Par exemple, si la table des matières et les résumés sont fournis gratuitement, alors les abonnés/acheteurs peuvent ne payer que pour des exemplaires imprimés particuliers. Les bibliothèques peuvent, par conséquent, s'abonner au nom des clients à des prix plus bas que ceux des revues imprimées traditionnelles.
On voit là des contrastes significatifs entre connaissance, éducation et apprentissage. « L'éducation et généralement perçue comme un processus formel d'instruction reposant sur une théorie pédagogique en vue de transmettre des connaissances formelles (à un ou plusieurs étudiants) ». Cependant, l'apprentissage peut avoir lieu dans le cadre ou en dehors d'un établissement d'éducation formelle. L'accumulation de connaissances et de compétences pour l'utilisation des technologies de l'information et de la communication survient de plus en plus en dehors des établissements traditionnels d'éducation formelle. L'apprentissage sur le lieu de travail et à travers des collaborations qui s'étendent parfois à l'ensemble de la planète et qui regroupent des communautés d'intérêt étroitement liées, va devenir un fait commun.
Néanmoins, le savoir ne devrait pas se limiter à un petit groupe d'heureux élus. Au moment où le corpus de connaissances s'étend à travers le monde, toutes les populations devraient en bénéficier autant que possible. Cependant, les établissements d'éducation formelle qui existent aujourd'hui et parmi celles-ci, bon nombre qu'il est prévu d'implanter dans les pays en développement, dispensent une éducation de moins en moins pertinente par rapport aux exigences « des sociétés du savoir » émergentes (Mansell et When, 1998 : 67). Mansell et When soutiennent que ces pays doivent remodeler de manière urgente leur système éducatif afin qu'il soit en phase avec leurs priorités (nationales) de développement (Mansell et When, 1998 : 67). Toutefois, ces priorités nationales doivent maintenant tenir compte des changements fondamentaux intervenus dans les structures de l'économie mondiale et des nouvelles stratégies permettant de bénéficier d'un avantage comparatif.
2.11 Eléments du nouveau cadre
Le rôle accru des connaissances dans léconomie et laccroissement des échanges de services mondiaux sont entrain de créer toute une gamme de nouvelles activités et dopportunités de développement économique dans des domaines aussi divers que la biotechnologie, la science des nouveaux matériaux, linformatique et la programmatique. Les pays qui veulent profiter de ces opportunités nouvelles doivent adopter un nouveau cadre en ce qui concerne les connaissances, léducation et lapprentissage. Il y a au moins dix éléments qui devraient figurer dans ce cadre ou alors être améliorés.
Porter lattention sur les concepts abstraits : Concernant les connaissances, léducation et lapprentissage, lune des questions qui se posent est dans quelle mesure les apprenants sont familiarisés avec des concepts abstraits et des situations incertaines. Dans la plupart des établissements denseignement aujourdhui, les étudiants sont mis devant des problèmes quil leur est demandé de résoudre. La réalité de léconomie mondiale « à tir rapide » fondée sur linformation et les connaissances, cest que les problèmes sont rarement bien définis. Ce qui oblige les personnes cherchant un emploi valable à identifier des problèmes, recueillir linformation nécessaire et prendre des décisions ou faire des choix en se fondant sur des réalités incertaines complexes.
Une approche holistique, et non discriminatoire : Dans lenseignement daujourdhui, les disciplines académiques sont très rigides, mettant laccent sur des unités de recherche distinctes. Cependant, la Société de linformation nouvelle et léconomie mondiale exigent quon comprenne de façon globale les systèmes de pensée, y compris le système mondial et les éco-systèmes dans le domaine des affaires. Ainsi les approches en matière de recherche interdisciplinaires sont essentielles si lon veut bien comprendre les réalités complexes auxquelles est confronté le système mondial.
Laptitude de létudiant à manipuler des symboles : Un symbole est la manifestation très abstraite dune réalité concrète. Un emploi très productif dans une économie nouvelle exigera de la personne qui apprend quelle manipule constamment des symboles tels que des termes et concepts politiques, juridiques et commerciaux (tels que les droits de propriété intellectuelle et la monnaie numérique dans les systèmes financiers et les concepts en comptabilité). Lancien ministre du Travail des Etats-Unis qualifie ces personnes d« analystes symboliques » et inclut toutes les activités ayant pour objet de résoudre les problèmes, de les identifier, et toutes les activités de « courtage » très demandées dans léconomie de linformation (Reich, l992 : 177)
Laptitude de létudiant à acquérir des connaissances et à les utiliser : Par le passé, les membres du corps enseignant se considéraient comme des « sages sur la scène » fournissant des données, des informations, dispensant des connaissances et des conseils à des étudiants attentifs, dont lesprit était un récipient vide attendant dêtre rempli. Cependant, si cette réalité se confirmait, la somme de connaissances accumulées dans le monde saccroît à un rythme tellement rapide que personne ne peut espérer avoir une connaissance aussi complète que possible dun sujet ou que la plupart des étudiants pourrait absorber.
Les nouvelles technologies et les nouvelles techniques engendrées par la Révolution de linformation permettent de produire des connaissances nouvelles, et de diffuser des données, linformation et les connaissances. Certaines de ces technologies sont Internet, le Web, le CD-ROM et les imprimés, les supports audio et vidéo et électroniques. Elles permettent aux membres du corps enseignant de jouer un rôle de guide, aidant les étudiants à se doter des compétences nécessaires pour acquérir et utiliser les connaissances existant sous diverses formes dans le monde.
Un nombre accru de personnes formées à la science et à la technique : Comme indiqué plus haut, léconomie émergente se fonde sur les connaissance en tant que facteur essentiel de production, peut-être même plus important que tout autre facteur traditionnel de production. Les types dactivités qui apparaissent à lère de la mondialisation tels que la biotechnologie, la science des matériaux nouveaux, la génétique humaine, le calcul évolué, lintelligence artificielle, les interfaces homme/ordinateur exigent que les employés aient une très bonne formation en sciences et en technique. La recherche-développement est un élément crucial et beaucoup de pays sefforcent détablir des NSI qui cherchent à exploiter les ressources aussi bien des établissements scolaires nationaux que des institutions de recherche dans les secteurs public et privé. Dans ces pays, les universités devront sadapter rapidement aux besoins et fournir un élément essentiel de ces systèmes nationaux.
Plus de distinction entre travail intellectuel et travail physique : Comme on la déjà vu, le modèle de développement Taylor-Ford faisait une distinction nette entre travail intellectuel et travail physique. Cependant, le nouveau modèle reposant sur les innovations demande une approche plus globale de lentreprise commerciale et valorise les contributions intellectuelles de tous les employés. En fait, la plupart des observateurs trouveraient quil est très difficile de faire des distinctions nettes entre beaucoup dinstallations manufacturières tournées vers lère de linformation et les laboratoires dordinateurs.
Encourager le travail en équipe chez les étudiants : Ce qui précède a un rapport étroit avec une autre question qui est la nécessité pour les employés des entreprises mondialisées dêtre en mesure de travailler en équipe. Pour pouvoir travailler en équipe, létudiant doit acquérir des compétences dans des domaines tels que la dynamique de groupe, le compromis, les débats, la persuasion, lorganisation, lencadrement et la gestion. La plupart des institutions et programmes universitaires ont pour objet de faire le contraire, cest-à-dire obliger les étudiants à ne penser quà eux-mêmes et leur épanouissement personnel et neffectuent peut-être quun travail en groupe très limité.
Equipes virtuelles à travers le monde : Un autre point est la nécessité de développer les activités virtuelles et en réseau. Non seulement les étudiants devraient apprendre à travailler en équipes, ils devraient aussi apprendre à travailler au sein déquipes virtuelles reliées en réseau à léchelle planétaire. Ces équipes virtuelles mondiales sont de plus en plus utilisées dans lindustrie et dans les organisations internationales pour des activités de R-D. Chris Dede soutient que lapprentissage collectif assisté par ordinateur permet dobtenir de meilleurs résultats déquipes au moyen doutils permettant de communiquer les idées de chaque personne, de structurer le dialogue de groupe et la prise de décisions, de consigner les raisons qui déterminent les choix et de faciliter les activités collectives.
Un système adaptable et souple : Avec la désintégration des systèmes de commande et de contrôle dans le monde, les institutions universitaires doivent être moins rigides et plus souples quand elles entreprennent des activités visant à répondre aux divers besoins des apprenants et de léconomie mondiale. Ici on pense à la variété pour ce qui est du temps, du lieu, de lapproche et des programmes dispensés. Comme des questions et activités nouvelles apparaissent au sein de léconomie mondiale, les programmes universitaires devraient être adaptés de façon à refléter ces nouveaux besoins en ce qui concerne les connaissances, léducation et lapprentissage.
Un nouveau système denseignement et dapprentissage : Utilisant des TIC de pointe, un nouveau système de connaissances, denseignement et dapprentissage devrait comporter une large gamme dactivités synchrones et asynchrones qui aident le professeur et létudiant à franchir les frontières spatiales et temporelles. Les activités synchrones peuvent comporter des conférences en temps réel (avec des éléments sonores, des présentations, des sites web et même des programmes vidéo), des jeux-concours et des discussions en groupe), toutes ces activités pouvant être effectuées avec linstructeur dans le même endroit que létudiant ou même dans un endroit différent de celui où se trouve létudiant. Les activités asynchrones peuvent comprendre des conférences enregistrées (son et image) et dautres matériels de cours enregistrés auxquels on peut accéder pratiquement à tout moment et nimporte où.
Pour relever les défis en matière de connaissances, denseignement et dapprentissage à lère de linformation, le CIMI avance ce qui suit : " Il ne suffit plus cependant davoir des systèmes éducatifs plus performants et daméliorer la qualité des divers composants. Même les meilleurs dentre eux ont satisfait toute une autre série de demandes dune autre époque. Ceux qui sortent de ces systèmes trouvent quils nont pas les connaissances et les qualifications requises pour le cadre de vie de plus en plus sophistiqué et un marché du travail en constante évolution. Ce qui est encore plus important, les entreprises qui font appel aux connaissances déplorent souvent que les diplômés ne sont pas capables dacquérir de nouvelles aptitudes et dassimiler de nouvelles connaissances."
Pour relever ces défis et tirer profit des opportunités quoffre la mondialisation, des réponses dynamiques devraient être trouvées au sein des secteurs public et privé aux niveaux national, régional et international.
2.12 Niveau national
Au niveau national, les politiques visant à répondre aux besoins dans les domaines des connaissances, de léducation et de lapprentissage doivent : 1) permettre au plus grand nombre possible de sengager dans des types demploi salutaires qui améliorent la qualité de leur vie et 2) satisfaire les demandes accrues dentreprises mondiales opérant dans léconomie mondiale.
Sagissant de linfrastructure dinformation nécessaire pour produire et diffuser les connaissances, les pays en développement sont loin derrière les autres. Le nouvel instrument des multimédia, à savoir les centres dinformation communautaire polyvalents (CICP) seraient un moyen de rattraper le retard. Les travaux de recherche en cours indiquent que ces centres pourraient servir efficacement à améliorer les connaissances, léducation et les possibilités dapprentissage pour les communautés se trouvant dans les économies émergentes.
2.13 Développement rural
Etant donné que la majorité des gens en Afrique vivent dans les régions rurales, toute tentative visant à relever les défis de la mondialisation et de lère de linformation doit intégrer des stratégies de développement rural. En établissant des points daccès à ses services dans les régions rurales, il est possible de diffuser, à faible coût, linformation concernant la micro-finance, la commercialisation, des conseils pratiques sur la formation dentreprises, lexpertise agricole, les développement faisant appel aux connaissances relatives à la santé et à lassainissement. Ces centres peuvent servir dincubateurs pour le développement des PME et contribuer à endiguer lexode rural(et ses conséquences, à savoir le surpeuplement et dautres problèmes socio-économiques) qui est un grave problème dans presque toutes les grandes villes dAfrique.
Si les pays africains adoptaient largement la technologie dinformation, ils disposeraient là dun moyen daméliorer leur production agricole et leurs méthodes de commercialisation. Les pays africains sont toujours fortement tributaires de la production agricole et de lexportation de ressources naturelles. Les approches ayant pour objet daccroître la valeur économique grâce à linformation doivent examiner cette question. Cela permet de mettre en place des systèmes dinformation pour suivre les ressources en eau et en terres, le transport et le stockage des produits alimentaires et la lutte phytosanitaire.
De nombreuses opportunités nouvelles se présentent à lAfrique à lère de linformation. Mais pour que lAfrique en tire des bénéfices, il lui faut planifier et collaborer aux niveaux national, sous-régional, régional et mondial. Dans la dernière partie de ce document, sont présentées des recommandations qui devraient mettre lAfrique mieux à même de relever les défis de la mondialisation et de léconomie de linformation.
TROISIEME PARTIE
3.0 Chemin à suivre par la région dans le contexte mondial
Recommandations et actions à mener aux niveaux national, sous-régional, régional et mondial
Au cours de lune des réunions préparatoires du Forum pour le développement de lAfrique de 1999 (ADF99) le Professeur Clément Dzidonou a posé une importante question, à savoir : « que doit faire lAfrique pour passer de sa situation actuelle dEconomie où prédominent lagriculture et les produits de base (PACE) à une Economie où prédominent linformation et la connaissance (PIKE)? Le Forum pour le développement de lAfrique (ADF99) devra avoir pour objectif principal de trouver des réponses à cette question. Toutefois, pour répondre partiellement à ces préoccupations, quelques recommandations ainsi que des moyens pour aller de lavant sont proposés dans cette section pour la région. La meilleure façon pour lAfrique de relever les défis de la mondialisation et de léconomie de linformation consiste à adopter une stratégie de planification et de mise en oeuvre qui fasse appel à une participation des secteurs public, privé et volontaire ainsi quà des partenariats aux niveaux national, sous-régional et mondial.
3.1 Planification et mise en oeuvre au niveau national
Pour faire face à ces défis, la stratégie de planification et de mise en oeuvre doit être amorcée au niveau national. Dans ce processus, chaque acteur social a un rôle important à jouer. Laisser les principaux intéressés en dehors de ce processus reviendrait à empêcher la mise en oeuvre dune vision et dun plan national efficaces qui permettraient de satisfaire les besoins et les objectifs de toutes les parties prenantes.
LInitiative « Société de lInformation en Afrique» (AISI) prône la mise en place de plans Nationaux de linfrastructure nationale de linformation et de la communication, qui ont déjà été initiés dans de nombreux pays de la région. Pour la plupart, ces plans sont en cours délaboration pour opérer conjointement avec les organisations régionales et mondiales telles que lInitiative « Société de linformation en Afrique » (AISI). Ces plans nationaux dinfrastructure de linformation et de la communication peuvent également renforcer les initiatives dans le domaine éducatif, en les dotant de lindispensable requis au niveau national, et oeuvrer pour la création dun milieu porteur pour le secteur privé. Il est essentiel que ces plans appuient les partenariats et cadres de collaboration qui existent aux niveaux sous-régional, régional et mondial (par exemple lInitiative « Société de linformation en Afrique » (AISI) et le Partenariat pour les technologies de linformation et de la communication PICTA) et soient soutenus par ceux-ci. En outre, les Plans nationaux de linformation et de la communication devront inclure la participation active du secteur privé dans la création dun cadre fiable, porteur, juridique et régulateur pour favoriser le commerce électronique mondial. Certains des points devant être pris en compte par ce cadre sont les suivants :