Discours du Secrétaire général de l'OIF, Monsieur Boutros Boutros-Ghali,à la séance douverture de la Conférence régionale africaine préparatoire au Sommet mondial sur la société de linformationBamako, le mardi 28 mai 2002 Monsieur le Président de la République, Monsieur le Secrétaire général de lUnion internationale des Communications, Messieurs les Ministres, Monsieur lAmbassadeur spécial pour le Sommet, Excellences, Chers Délégués, Je suis très heureux dêtre à Bamako pour préparer, avec vous, le Sommet mondial sur la société de linformation. Très heureux, aussi, de vous retrouver sur les rives du Niger qui irrigue lAfrique de quelques-unes de ses plus anciennes civilisations. Et ce nest pas un hasard si la Francophonie a pris corps au bord de ce même fleuve, à Niamey, il y a 32 ans, sous limpulsion du regretté Président Léopold Sédar Senghor. Permettez-moi, avant toute chose, dexprimer notre profonde reconnaissance aux autorités du Mali pour leur engagement actif et constant dans la Francophonie. Car cest au Mali que lOrganisation internationale de la Francophonie a puisé une grande partie de sa vitalité actuelle. Nous avons tous encore à lesprit les 1ères Assises francophones de la formation professionnelle et technique, et bien sûr le Symposium sur «le bilan des pratiques de la démocratie, des droits et des libertés dans lespace francophone», qui sest tenu, ici même, en novembre 2000. Cest précisément dans lesprit de la Déclaration de Bamako que je voudrais rendre un hommage particulier au Président Alpha Oumar Konaré, à quelques jours dune passation de pouvoir qui verra se succéder, à la tête de lÉtat malien, deux fervents militants de la paix, du panafricanisme et de la démocratie : Alpha Oumar Konaré et Amadou Toumani Touré. Je tiens, également, à saluer le sens civique et la maturité dont a fait preuve le peuple malien et lensemble de la classe politique, - en particulier les principaux candidats. Je suis heureux, Monsieur le Président, que vous ayez choisi de marquer la fin de votre mandat du double sceau de la démocratie et de la modernité, vous tournant, par là même, résolument vers lavenir. Lavenir, cest en effet la société de linformation qui, du Sud au Nord, de lEst à lOuest, est en train de révolutionner, non seulement nos modes de produire et de consommer, mais aussi et surtout, nos modes de penser et dagir, ouvrant à notre jeunesse des perspectives nouvelles. Et je veux relever, aujourdhui, avec fierté, que la mobilisation en faveur dun Sommet sur la société de linformation sest dabord faite au Sud, sest dabord faite en Afrique. En effet, cest lAfrique, par la voix de la Tunisie, qui a pris linitiative dun tel Sommet, il y a plus de trois ans, à Minneapolis. Et, grâce au Mali, lAfrique est la première à se mobiliser pour préparer cet événement. Cest, là à la fois, un privilège et une responsabilité qui lui confèrent un rôle moteur dans le processus préparatoire. Il faut rappeler, enfin, que lAfrique a fait du secteur des technologies de linformation et de la communication lune des grandes priorités de son Nouveau partenariat pour le développement. Il y a là, sous limpulsion notamment du Sénégal, la forte expression de lengagement de lAfrique dans lédification de la société de linformation. Mais je voudrais surtout évoquer, ici, le rôle précurseur que le Président Konaré a joué, depuis le milieu des années 1990, avec la collaboration active du Président Guy-Olivier Segond. La Francophonie est fière davoir été étroitement associée, dès lorigine, au combat commun de ces deux promoteurs infatigables de la société de linformation. Et elle a tenu à être de tous les grands rendez-vous quils ont fixés, depuis la Rencontre de Genève, en 1996, sur lAfrique et les nouvelles technologies, jusquà la Conférence qui nous rassemble, aujourdhui, en passant par «Bamako 2000», dont la Déclaration finale et le Plan daction conservent toute leur actualité. Je suis donc ici pour vous dire que lOrganisation internationale de la Francophonie, aujourdhui comme hier, est aux côtés de lAfrique afin dapporter son regard et sa contribution aux travaux du Sommet. Tel est le sens de la participation active de ses opérateurs à lorganisation et à lanimation des rencontres thématiques qui nourrissent cette conférence. Tel est le sens de sa présence et de son appui financier à la conférence elle-même. Car il sagit là, pour nous aussi, dune priorité absolue !!! Et ce depuis de nombreuses années. Jen veux pour preuve ladoption dune importante résolution sur la société de linformation, au Sommet de Cotonou, en 1995, et lorganisation, en 1997, à Montréal, de la Conférence des Ministres francophones chargés des inforoutes. La Francophonie dispose donc dun ensemble important dorientations, détudes, et détats des lieux. Et il y a là une matière substantielle quil convient, sans doute, dactualiser, dordonner et de synthétiser pour contribuer utilement au Sommet. Mais cette priorité, cest aussi celle de notre coopération, puisque les nouvelles technologies figurent parmi les six grands domaines daction de lAgence intergouvernementale de la Francophonie, par le relais, notamment de son Institut des nouvelles Technologies de lInformation et de la Formation qui se trouve à Bordeaux. Comme elle est un axe fort dintervention pour tous les autres opérateurs de lOrganisation, à commencer par lAgence universitaire de la Francophonie qui, dès le début des années 1990, sest attachée à développer en ce sens une aire francophone déducation, de formation et de recherche. Au-delà de ses programmes spécialisés, cest en réalité lensemble des secteurs de la coopération multilatérale francophone qui sont tournés vers la société de linformation. La Francophonie entend, ainsi, contribuer à favoriser laccès à ces technologies et leur appropriation, à travers léquipement de lieux publics et des activités de formation. Elle entend, également, promouvoir la diversité linguistique et culturelle, en faisant notamment leur place aux langues africaines, par un appui à la création de contenus. Elle entend, enfin, développer la présence et la solidarité francophones sur les réseaux, mais également la concertation dans les Institutions spécialisées et les Forums internationaux. Ce bref rappel de nos activités résume bien les orientations fondamentales de la Francophonie face au défi de la fracture numérique. Car nous savons que ce défi concerne, au premier chef, lAfrique. Combattre les disparités et valoriser la diversité : tels sont pour la Francophonie, les deux grands enjeux de la société de linformation. Cest dire que lobjet du Sommet mondial est à nos yeux éminemment politique, et non pas simplement technique. Il doit avoir pour objectif premier, lavènement dune société de linformation, véritablement globale. Cela veut dire : élaborer une vision commune et des règles du jeu internationales. Cela veut dire : partager non seulement les savoirs, mais aussi les responsabilités et les initiatives. Cela veut dire : réduire les distances, mais surtout les inégalités, les déséquilibres, les incompréhensions et les risques duniformisation. A cet égard, les organisations internationales, et singulièrement les Nations Unies ont le devoir dillustrer, sur leurs propres sites internet, la capacité du monde à vivre à lécole de la pluralité et de la solidarité. Et je veux redire, ici, limportance déterminante quil y a à respecter strictement le plurilinguisme dès le processus préparatoire du Sommet, à tous les niveaux et dans toutes circonstances. En second lieu, un Sommet politique pour une société de linformation globale ne peut être que laffaire de tous. Cest dire non seulement laffaire des États et gouvernements, mais aussi celle de la société civile et du secteur privé, dont on sait le poids déterminant. Ce doit être loccasion de concevoir des modes de participation directe et de dialogue à lintention des différents acteurs concernés. Et nous serons attentifs à soutenir la participation des ONG de lespace francophone au Sommet, en liaison, notamment, avec la Fondation du Devenir dont chacun connaît lengagement actif au service de lAfrique dans le cadre du processus préparatoire. À ce stade, la présence francophone apparaît relativement forte, et je me réjouis que ce soit deux de nos pays membres la Suisse et la Tunisie - qui aient été retenus pour accueillir ce Sommet. Le choix de Bamako, aujourdhui, et de Bucarest, en novembre prochain, pour abriter les conférences régionales africaine et européenne, est évidemment, pour nous, une motivation supplémentaire. Aussi, devons-nous dans ce contexte favorable, veiller à ce que nos États et gouvernements membres soient tous en mesure de participer pleinement à la préparation et aux travaux du Sommet. Mais il nous faut, aussi, prévoir une participation active et concertée à léchelle de la Francophonie multilatérale. Sans doute la Francophonie a-t-elle vocation à exprimer son point de vue sur nombre de sujets, mais elle ne pourra apporter une contribution vraiment originale que sur quelques thèmes ciblés, en fonction de ses valeurs et de ses propres capacités dexpertise et daction. Cest dans cet esprit que nous allons travailler dans les mois qui viennent, dans le cadre des objectifs, des thèmes et de lagenda qui seront arrêtés par le Comité préparatoire, à partir de sa première réunion, début juillet. Cest pour toutes ces raisons quil était important que lAfrique prenne linitiative et que lAfrique donne le ton. Je tiens donc, une fois encore, au nom de lOrganisation internationale de la Francophonie, à réitérer notre reconnaissance et notre gratitude au Président Konaré davoir ainsi permis à lAfrique de se placer en position déclaireur. Je vous remercie.
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