[Bamako 2002 Documents]

Bamako 2002 Conference

SOMMET MONDIAL SUR LA SOCIETE DE L'INFORMATION

CONFERENCE REGIONALE AFRICAINE

(Bamako 28-30 mai 2002)

Cérémonie d'ouverture

Yoshio Utsumi
Secrétaire Général de l'Union Internationale des Télécommunications


Excellences,
Distingués participants,
Mesdames et Messieurs,

C'est un grand plaisir pour moi que de me joindre à vous à Bamako. J'ai participé la semaine dernière à un atelier de l'UIT en Corée où la Coupe mondiale de football est sur le point de commencer. Pour la première fois, cinq pays africains vont concourir, y compris le Cameroun et le Sénégal qui se sont retrouvés en finale de la Coupe d'Afrique des Nations organisée ici au Mali, il y a quelques mois. Ils allaient de Bamako à Séoul tandis que je venais en sens inverse!
Nous nous trouvons à un tournant de l'histoire de l'Afrique et du monde.
Une vague de changements balaie le monde sous le nom de "Société de l'information". Les changements qui vont se produire seront tout aussi profonds que ceux qui ont abouti à l'apparition de la société industrielle au XIXe siècle ou bien de la société agraire qui l'a précédée. Dans les sociétés modernes, la plupart des emplois exigent dorénavant des compétences dans le maniement de l'information et l'accès à l'information se présente comme une voie vers la puissance et la richesse.
Mais dans de nombreux pays, y compris ici en Afrique, la pauvreté en information reste une réalité. Les dirigeants africains doivent trouver le moyen de prendre cette vague de l'information sous peine d'accumuler encore plus de retard au plan du développement économique et social.
Les outils du changement sont déjà là.
o Les techniques hertziennes et les téléphones mobiles deviennent rapidement le moyen préféré de communication et peuvent être déployés beaucoup plus vite que l'ancien système de lignes fixes. L'Afrique a été la première région du monde où le nombre de téléphones mobiles a dépassé celui des usagers abonnés des lignes fixes.
o L'Internet est maintenant beaucoup plus répandu et l'Afrique devient créatrice de contenu et non pas simplement consommatrice.
o L'arrivée sur le marché de nouvelles entreprises - telles qu'Econet, MTN, MSI ou Orascom - promet un avenir beaucoup plus dynamique aux télécommunications africaines.
o Deux tiers des pays africains sont actuellement dotés d'une instance séparée de réglementation des télécommunications. Les exemples ne manquent pas, depuis celui du Botswana jusqu'à celui du Cameroun, d'une réglementation plus efficace et d'une concurrence accrue qui ont débouché sur des services de communication de meilleure qualité et d'un coût plus raisonnable.
Déjà, ces outils permettent d'utiliser avec succès les techniques de l'information et de la communication au service du développement.
o Les Africains peuvent dorénavant commercialiser leurs produits à l'échelle mondiale grâce à l'Internet. Par exemple, l'African International Shopping Mall, créé avec l'aide de l'UIT, offre à la vente sur l'Internet dans le monde entier des produits artisanaux tels que sculptures en bois ou instruments de musique.
o Au Niger, le Centre d'information communautaire Bankilare télécharge des informations à partir de l'African Learning Channel et les rediffuse sur des radios locales.
o Au Sénégal, il existe plus de 9 000 télécentres appartenant à des entrepreneurs qui ont créé plus de 20 000 emplois et ont élargi l'accès aux TIC.
Mais il convient de faire de ces expériences positives vécues individuellement des stratégies nationales efficaces susceptibles de mettre les TIC à la portée de tous les habitants du monde à un coût raisonnable. Ce n'est que lorsque l'accès aux TIC pourra être obtenu de n'importe quel point et vraiment à bon marché que nous verrons véritablement s'épanouir la société de l'information.

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Ma génération a grandi à une époque où le souci des décideurs en matière de télécommunication était d'installer un téléphone dans chaque village puis dans chaque foyer.
Pour la génération d'aujourd'hui, il s'agit de mettre un téléphone mobile à la disposition de quiconque le souhaite.
A l'avenir, chacun, dans la société de l'information, pourra disposer de centaines d'appareils informatiques miniaturisés et de logiciels de communication. Ils nous informeront sur tous les aspects de notre vie personnelle et professionnelle et mettront constamment à jour pour nous les informations que nous aurons choisies. Ces appareils seront peut?être tellement petits qu'ils pourront par exemple être avalés afin de nous informer de l'intérieur de notre corps sur notre état de santé. Ou bien, ils pourront être intégrés dans l'airbag d'une automobile afin d'entrer en contact automatiquement avec les services de secours en cas d'accident.
Cette vision de la société de l'information qui repose sur des TIC omniprésentes ne peut devenir réalité que si nous surmontons aujourd'hui les obstacles en matière d'accessibilité physique et économique. Prenons un exemple: supposons que je porte sur moi un appareil de surveillance qui, toutes les 5 mn, envoie des informations sur ma pression artérielle pour dresser un tableau de ma santé. Si je dois payer pour chacun de ces messages le prix d'un appel de téléphonie mobile, ma tension risque fort de grimper! Ce n'est que lorsque le coût de chacun de ces appels sera proche de zéro que ce genre d'application pourra devenir viable.
De quelle manière la société de l'information va-t-elle changer nos vies? Mon compatriote, le Professeur Yoshio Tsukio prévoit trois grands changements qui feront que la société de l'information différera de la société industrielle:
o Tout d'abord, nous serons libérés de la tyrannie de la distance. Une entreprise installée au fond de l'Afrique pourra entrer sans inconvénient en concurrence avec une entreprise semblable au coeur de New York, si elle bénéficie du même niveau de connectivité.
o Deuxièmement, les économies d'échelle seront bien moins importantes. La conception du cyberespace favorise les organisations qui peuvent prendre des décisions rapidement et peuvent répondre efficacement à l'évolution des tendances du marché.
o Troisièmement, la structure hiérarchique, par exemple dans les chaînes de distribution ou les structures de gestion, sera également moins marquée. Nous pouvons désormais acheter nos billets d'avion directement aux compagnies aériennes et nos livres directement aux maisons d'édition.
Ces changements sont profonds et interviendront dans tous les aspects de notre vie. Comme le fait observer le Professeur Tsukio, les économies développées doivent se décentraliser, elles doivent renoncer à l'idée que "plus c'est grand, mieux c'est" et elles doivent apprendre à se passer des entreprises intermédiaires. Les économies du monde en développement ont la possibilité d'en arriver d'un bond directement à la société de l'information sans avoir à passer tout d'abord par ces transformations.
Les enjeux sont considérables. Aussi les dirigeants politiques africains commencent-ils à prendre conscience du potentiel qu'offrent les TIC. La nouvelle initiative pour l'Afrique (NEPAD), par exemple, revendique comme l'un de ses principaux objectifs le déploiement accéléré des TIC.

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Créer la société de l'information et faire face aux problèmes de la fracture numérique exigera, à l'échelle mondiale, un engagement politique du plus haut niveau. C'est pourquoi nous projetons de tenir un Sommet mondial sur la société de l'information. Ce Sommet sera organisé en deux phases; l'une à Genève en décembre 2003 et l'autre à Tunis en 2005.
Il s'agira d'y élaborer une vision et une conception communes de la société de l'information. Les dirigeants mondiaux qui y participeront pourront ainsi adopter une déclaration de principe et un plan d'action que les gouvernements, les institutions internationales, les entreprises privées et tous les secteurs de la société civile auront à mettre en oeuvre.
Le Sommet mondial est organisé sous le haut patronage de M. Kofi Annan, le rôle directeur principal revenant à l'UIT. L'Assemblée générale des Nations Unies a approuvé le cadre de ce Sommet dans sa Résolution 56/183.
Pour que le Sommet soit couronné de succès, il faut parvenir à une unité de vues et rassembler toutes les parties prenantes. Il est prévu dans le processus de préparation de créer une série de réunions préparatoires au sein desquelles toutes ces parties prenantes se retrouveront.
La première réunion (PrepCom-1) se tiendra à Genève du 1er au 5 juillet de cette année et la deuxième du 24 mars au 4 avril 2003, également à Genève.
La réunion que vous tenez cette semaine à Bamako constitue une première étape d'importance dans le processus de préparation du Sommet. Elle permettra à la Région africaine de cerner ses principales préoccupations ainsi que les questions qu'elle souhaite voir inscrire à l'ordre du jour du Sommet. L'Afrique est en avance sur les autres régions du monde pour ce qui est de ce processus de préparation!
Les premières études que nous avons menées sur le cadre à fixer au Sommet ont permis de dégager trois grands thèmes:
o Tout d'abord, il faudra élaborer une vision de la société de l'information qui nous permette de prévoir et de bien saisir les avantages que cette société apportera.
o Deuxièmement, le Sommet devra se centrer sur l'accès. Il faudra qu'on y établisse un plan d'action qui permette de faire de la fracture numérique une ouverture numérique. Il faudra pour cela, avant tout, prendre en compte les besoins des usagers.
o Troisièmement, le Sommet doit dépasser le domaine de la technologie et s'intéresser aux applications. Le véritable but n'est pas simplement d'obtenir davantage d'ordinateurs ou de téléphones mais bien d'élargir l'accès à l'information et de garantir le droit à la communication. Le Sommet doit s'intéresser à la manière dont les TIC peuvent servir à atteindre les grands objectifs socio-économiques tels que l'élimination de la pauvreté et la mise en place d'un monde plus juste, prospère et pacifique.
Mesdames et Messieurs,
L'Afrique se trouve à un tournant.
Le passage à la société de l'information sera en tout point aussi fondamental que l'a été le passage de la société agraire à la société industrielle.
Dans le passé, ces changements ont abouti à l'apparition de gagnants et de perdants. Certains pays ont prospéré tandis que d'autres ont été laissés pour compte.
Cela pourrait être différent cette fois-ci. Les dirigeants mondiaux, en prenant les bonnes décisions, doivent donner l'orientation voulue à la société de l'information et créer une situation dans laquelle tout le monde sera gagnant. Ce ne sera pas facile. Mais avec votre appui, je suis convaincu que nous pourrons oeuvrer ensemble pour assurer la réussite de ce Sommet et veiller à ce que la société de l'information ouvre la voie vers un monde où les techniques de l'information et de la communication bénéficieront à tous les habitants de la planète.

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