Bamako 2002 Conference
Syfia
InternationaI agence de presse
avec l'appui du Programme des Nations Unies pour le développement PNUD-Mali
Logiciels : les
Africains refusent l' "impôt" Microsoft
(Syfia Cameroun) Beaucoup
d'informaticiens africains préconisent l'utilisation des logiciels dits libres. Ils sont
copiables, modifiables, bon marché ou gratuits pour la plupart. Seul inconvénient : leur
utilisation suppose une formation qu'il faut financer.
Comment les pays pauvres peuvent-ils
tirer le meilleur parti des technologies de l'information et de la communication ? La
question a été débattue au cours de la Conférence africaine préparatoire pour le
prochain Sommet mondial sur la société de l'information, qui s'est tenue en mai dernier
à Bamako au Mali. La brochette d'informaticiens venus de tous les coins d'Afrique et
quelques experts français ont été unanimes : il faut développer, diffuser et
généraliser l'utilisation des logiciels libres. " Parce que nous sommes pauvres,
nous devons utiliser ces logiciels qui sont moins coûteux ", martèle Sylvain Zongo,
propriétaire d'une société de services informatiques et du plus grand cybercafé du
Burkina Faso.
Un logiciel est dit libre ou à code-source ouvert quand il est livré avec son code pour
permettre à tout informaticien de le décrypter. D'après le Français Stéfane
Fermigier, auteur de plusieurs publications sur les logiciels libres, ceux-ci se
reconnaissent à certains critères : " La liberté pour chacun d'étudier comment le
programme fonctionne, et de l'adapter à ses propres besoins, de le copier et de le
diffuser auprès d'amis ou de collègues, ce qui est strictement interdit avec les
logiciels classiques du commerce. Et enfin la liberté d'améliorer soi-même le logiciel
pour en faire profiter la communauté ". Les logiciels libres s'opposent aux
logiciels propriétaires ou à code-source fermé (Windows de Microsoft par exemple)
c'est-à-dire relevant du secret industriel et dont les copies sont interdites.
Gratuits et copiables. Les logiciels
libres présentent de nombreux avantages pour les pays pauvres. " Beaucoup de
logiciels libres sont gratuits ", souligne l'informaticien français François
Pellegrini. Il suffit de les télécharger sur des sites web. " Des versions
payantes, mais souvent très bon marché, sont commercialisées par des entreprises sous
forme de CD-ROM ", ajoute Stéfane Fermigier. Un ingénieur malien, Side Traoré,
cite l'exemple du logiciel libre Linux, un système d'exploitation qu'on peut utiliser sur
des serveurs. Il coûte 40 000 F cfa (61 euros) à Bamako contre environ 600 000 Fcfa (915
euros) pour la licence d'un produit similaire de Microsoft.
En Côte d'Ivoire, Aviso, un fournisseur d'accès Internet, payait 34 millions de F cfa
par an à une société israélienne en droits de licences et en maintenance, jusqu'au
jour où ses propres ingénieurs ont trouvé une solution interne gratuite basée sur des
logiciels libres. A Madagascar, explique l'informaticien Haja Ramboasalama, face aux
plaintes des gens à qui Microsoft demandait les licences, " nous avons proposé Star
Office gratuitement, mais avec la formation du personnel à 10 000 FF (1524 euros), contre
40 000 FF (6098 euros) de licence que demandait Microsoft. Depuis, ça tourne 24h/24 sans
problème ". La Banque ouest-africaine de développement verse 150 millions de Fcfa
par an (228 673 euros) à Microsoft pour les licences et la maintenance. " C'est un
impôt dont on peut se passer ! ", s'écrie François Pellegrini.
En outre, les logiciels libres fonctionnent mieux et résistent à la plupart des virus. A
Douala, au Cameroun, jusqu'à l'année dernière, par crainte des virus, un seul
cybercafé (Suptélécom) sur une dizaine autorisait l'utilisation de disquettes. "
Notre serveur fonctionnait sur le logiciel libre Linux qui est très peu attaqué par les
virus ", justifie Aline Flore Koumessi, alors responsable technique de Suptélécom.
D'après l'informaticien togolais Honoré Tsatsou Fiadjoe, les logiciels libres sont plus
fiables et peu sujets aux " plantages " car des milliers de chercheurs à
travers le monde y travaillent tous les jours. Résultat : " Les failles de
sécurité sont découvertes très vite, les erreurs sont corrigées aussitôt, les mises
à jour sont distribuées rapidement, et les vices de conception peuvent être détectés
par la communauté et corrigés ". En revanche, en cas de problème avec un logiciel
Microsoft, l'utilisateur aura du mal à trouver rapidement un technicien disponible. Quant
à la disponibilité de ces logiciels, pas de problème, tout logiciel propriétaire usuel
a son équivalent en libre.
Un " juste combat ".
Conscient des performances des logiciels libres, le ministère allemand de la Défense y a
basculé son système informatique. Tout comme le ministère français de la Culture,
France Télécom
Au Cameroun, en plus des fournisseurs d'accès Internet, il y a
l'université de Douala , les sociétés Bull, Orange, Amity Bank
Malgré ces bons points, la percée des logiciels libres dans les pays pauvres se heurte
aux coûts élevés de la formation du personnel. En outre, la gratuité ou le bas prix
des logiciels libres n'inspirent toujours pas confiance. " Au début, d'autres
proposaient des solutions propriétaires qui coûtent 20 millions de F cfa, quand je
proposais les solutions logiciels libres à 10 millions F cfa : les gens se méfiaient
", témoigne Sylvain Zongo.
La contre-offensive des grandes firmes ne s'est pas fait attendre. Le directeur de
Microsoft au Pérou a écrit au Parlement péruvien pour contrer la proposition des
députés en faveur de l'obligation par les services publics d'utiliser des logiciels
libres. Selon lui, cela menacerait les emplois et l'esprit d'initiative. Choqué, Pierre
Ouedrago, de l'Agence Intergouvernementale de la Francophonie, lâche : " Le combat
est juste parce qu'on ne peut pas être pauvre et chercher les produits chers. Si on
laisse faire Microsoft, dans 10-15 ans, l'Afrique va aller tendre la main pour quémander
des logiciels. Ce sera un impôt international imposé aux plus pauvres "
Etienne Tassé
(Cet article a été réalisé avec
l'appui du Programme des Nations Unies pour le développement - Pnud-Mali)
Syfia International Envoi n°02-12 -
Juin 2002
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