[Bamako 2002 Documents]

Bamako 2002 Conference

Syfia
InternationaI agence de presse
avec l'appui du Programme des Nations Unies pour le développement PNUD-Mali

SOMMET MONDIAL SUR LA SOCIETE DE L'INFORMATION
L'Afrique première au départ

 

(Syfia Cameroun) Pour la première fois, l'Afrique a pris les devants dans la préparation d'un sommet mondial, en organisant à Bamako au Mali la première conférence régionale préparatoire pour le Sommet mondial sur la société de l'information de 2003. Mais le faible intérêt pour l'Afrique de certains et le peu d'engagement politique de quelques pays africains tempèrent tout triomphalisme.

Les délégations africaines ne débarqueront pas en rangs dispersés, les mains vides, au prochain Sommet mondial sur la société de l'information (décembre 2003 à Genève). La Conférence régionale africaine préparatoire s'est en effet tenue à Bamako au Mali du 26 au 30 mai 2002. Objectif : faire le point des difficultés, des opportunités, des expériences et des besoins et arrêter des positions communes à défendre. Une grande première pour le continent noir qui devance ainsi toutes les autres régions du monde, à l'instar de l'Europe qui ne se réunira qu'en novembre prochain à Bucarest. " C'est la première fois que les Africains ont l'opportunité d'anticiper ", lance le Suisse Alain Clerc, de la Fondation du devenir, représentant de la société civile au Secrétariat exécutif du Sommet.
Habituellement réduite à subir les décisions des sommets mondiaux, l'Afrique a pris cette fois les devants pour définir elle-même les orientations nécessaires à la réduction de la fracture numérique, dont elle est la principale victime. " Notre objectif est d'imposer la vision africaine ", lâche Alain Clerc, l'un des hommes clé de l'organisation de Bamako 2002. Déjà en ce qui concerne la participation, par exemple, la conférence de Bamako a réuni les représentants des gouvernements, les privés et surtout la société civile. L'Afrique cherchera à faire passer la même idée dans l'organisation du Sommet mondial. C'est le vœu d'Alain Clerc qui espère qu'on pourra réussir " à imposer la mise en place d'un bureau composé des trois secteurs sur un pied d'égalité ".

Combat contre les disparités. Cette prise de conscience vient à point nommé, en regard de l'enjeu du Sommet mondial. Il s'agira, d'après Carlo Trojan, le représentant de la Commission européenne à la conférence, " de développer une vision globale de la société de l'information, de s'accorder sur les principes de base pour les règles et les mécanismes qui la régiront, et d'identifier dans une approche globale, les besoins des sociétés pour mettre le potentiel des TIC (ndlr : technologies de l'information et de la communication) au service des priorités du développement ".
Le combat des Africains portera sur les disparités et la préservation des diversités culturelles. " C'est dire que l'objet du Sommet mondial est à nos yeux éminemment politique et non pas simplement technique ", nuance Boutros Boutros-Ghali, Secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie. Faisant allusion à l'omniprésence de l'anglais dans les TIC, il estime que " les organisations internationales, et singulièrement les Nations Unies ont le devoir d'illustrer, sur leurs propres sites internet, la capacité du monde à vivre à l'école de la pluralité et de la solidarité ". D'où l'importance déterminante, souligne-t-il, "qu'il y a à respecter strictement le plurilinguisme dès le processus préparatoire du Sommet, à tous les niveaux et dans toutes les circonstances ". Il traduit ainsi le sentiment d'un participant à un atelier de pré-conférence qui, après plus d'une heure de débats en anglais sans traduction, s'est levé pour s'en plaindre vivement.
Cette question culturelle, notamment l'utilisation des langues africaines sur l'Internet, a fait l'objet d'une attention particulière des participants. Beaucoup d'autres thèmes de réflexion sur les TIC et l'Afrique ont été débattus : stratégie de mise en place d'infrastructures nationales de l'information et de la communication , médias et TIC, le rôle des logiciels libres dans le développement des TIC, les problèmes de financement, du droit et Internet, de la fiscalité des matériels et logiciels…
Bref, Bamako 2002 a permis d'élaborer une perception commune des bénéfices que l'Afrique peut tirer de la société mondiale de l'information, ainsi que de ce qu'elle pourra lui apporter tout en conservant ses valeurs et son héritage culturel. Les conclusions seront examinées par le premier Comité préparatoire du Sommet qui se tiendra à Genève en juillet 2002, pour décider des éléments à incorporer dans les documents du Sommet.

Alpha Oumar Konaré candidat. Malgré la bonne volonté des participants qui ont adopté des recommandations fortes et pertinentes, l'appui diplomatique n'a pas été à la hauteur des espérances. Ainsi, l'absence à la Conférence de Pierre Ganier, secrétaire exécutif du Sommet, sonne comme un désintérêt pour l'Afrique. Ce qui n'est pas de bonne augure. De son côté, Walter Fust, directeur de la Coopération suisse regrette le manque de vision de l'Union internationale des communications (Uit), organisation mandatée par l'Assemblée générale de l'Onu pour mettre sur pieds le sommet : " Un sommet technique et politique semble leur suffire pour l'instant, regrette-t-il. C'est une erreur, car l'information et la communication sont des sujets éminemment sociaux. " La Suisse est d'autant plus attentive à l'architecture de ce sommet sans précédent qu'elle en est le premier pays hôte, avant la Tunisie en 2005.
Quant aux représentants officiels des pays africains, le président sénégalais Abdoulaye Wade a certes conduit la délégation de son pays, mais le Ghana, la Libye, le Togo ou l'Angola, par exemple, n'ont pas répondu à l'appel. Au total, seulement 36 délégations sur 53 invitées étaient présentes. Certaines, comme le Cameroun ou le Rwanda, n'étant constituées que de quelque deux ou trois fonctionnaires anonymes. Pourtant, note Alain Clerc, " pour une pleine réussite, il faut que la diplomatie porte nos efforts ". L'espoir demeure, puisque la Conférence a porté son choix sur Alpha Oumar Konaré pour briguer la présidence du processus préparatoire au Sommet de Genève et de Tunis.

Etienne Tassé


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