Bamako 2002 Conference
Syfia
InternationaI agence de presse
avec l'appui du Programme des Nations Unies pour le développement PNUD-Mali
Congo
Fracture numérique entre les générations
(Syfia Congo) Malgré les
réticences des aînés et les obstacles pour le développement de l'Internet au Congo,
les jeunes sont en train de faire bouger les choses par leur engouement pour le courrier
électronique.
" Qu'est-ce que l'Internet ?
" Une énigme pour de nombreux Congolais pas toujours au fait des arcanes des
Nouvelles technologies de l'information et de la communication (Ntic). C'est le cas de ce
journaliste à qui un internaute a posé la question. Incapable de répondre, il réplique
: " Vous qui connaissez déjà ces choses-là, et qui voulez rattraper les Blancs,
initiez les autres. Je me demande ce que cette mode occidentale vous apporte. " Et de
poursuivre, ironique. " Pour les pays comme les nôtres, l'Internet n'est pas encore
une priorité. C'est une simple parure quand on sait qu'on n'arrive même pas à bien se
loger, à joindre les deux bouts, à bien se soigner. "
Ce point de vue s'exprime souvent, à Brazzaville, dans les débats sur les nouvelles
technologies. Même parmi ceux qui exercent des professions pour lesquelles les Ntic
présentent un réel intérêt, l'indifférence est quasi-générale. José Maboungou
explique ses réticences : " J'ai la cinquantaine, je suis comptable. Jusqu'à
aujourd'hui, j'utilise le crayon pour les calculs. Nous ne sommes pas équipés
d'ordinateurs. D'ailleurs, les gens de ma promotion ont peur de la souris et de l'écran.
Parler de l'Internet à nous autres on n'en trouve pas l'utilité. "
Un avis que partagent les enseignants de l'université Marien Ngouabi de Brazzaville. Ce
malgré les journées des Nouvelles technologies, organisées en 2000 par l'association
" Espace créateurs " afin d'éveiller l'intérêt des étudiants, chercheurs,
et enseignants. En théorie, beaucoup soutiennent qu'Internet est indispensable au
développement. Mais dans la pratique, il en va autrement. Beaucoup de professeurs de
l'université n'ont ni formation à l'ordinateur ni adresse électronique. "
L'université Marien Ngouabi est parmi les dernières au monde. Ce n'est pour rien que
nous réclamons en vain, depuis des années, des Etats généraux digne de ce nom, pour
cette institution. Ici tout est refaire. Même la qualité des diplômés qui en sortent
nous fait honte. On ne sait pas à qui s'adresser pour que l'université soit dotée
d'ordinateurs, de l'Internet et dispose d'un site web comme les autres ", martèle ce
professeur de sociologie sous le couvert de l'anonymat.
Des tarifs dissuasifs. Pour des
observateurs comme Jean Bruno Pissa, responsable d'un cybercafé à Brazza, le retard pris
par le Congo dans les Ntic tient d'abord au fait que le pays n'a pas su former des
techniciens à temps. " En plus de quarante ans d'indépendance, on n'a pas pu
vulgariser le téléphone et l'électricité de façon à rendre à ces produits
accessibles à tous. Aujourd'hui le coût élevé des équipements informatiques et des
connexions limite aussi l'accès aux Ntic. ".
Côté tarifs, la connexion à Congonet, le serveur local, réputée médiocre, est l'une
des plus chère d'Afrique. Elle oscille entre 50 000 et 200 000 F cfa par mois (76 à 304
euros). L'Office national des postes et télécommunications fait la chasse aux
commerçants qui se connectent à Raganet, un serveur de Kinshasa (RD Congo), le voisin
d'en face.
Malgré ces obstacles, les jeunes Congolais, à la différence des anciens, se montrent
très intéressés par ce nouvel outil. L'arrivée du serveur ivoirien Africatelécom a
suscité l'ouverture de cybercafés un peu partout dans la capitale. Ils sont pris
d'assaut par les jeunes de plus de 15 ans. " Depuis que j'ai une adresse
électronique, je ne passe plus une semaine sans aller consulter ma boîte et envoyer des
messages à l'étranger ", confie ce jeune Congolais qui estime être parmi les
premiers branchés. Comme beaucoup de ses camarades, il se réjouit de la récente baisse
des tarifs. On peut désormais naviguer pour 500 Fcfa la demi-heure alors qu'il en
coûtait deux à trois fois plus il y a quelques mois.
Beaucoup regrettent que l'Internet se limite aux envois de courriers électroniques.
Azaade Mante, animatrice au Centre culturel français de Brazzaville, qui obtenu sa
maîtrise sur les travaux de l'écrivain congolais Sony Labou Tansi, affirme que c'est
grâce à ses recherches sur le web qu'elle a brillamment réussi. A l'université Marien
Ngouabi, il n' y avait rien sur cet auteur. " Pour naviguer, faire des recherches sur
l'Internet, il faut d'abord avoir le goût de la lecture. Etre un habitué des
bibliothèques. C'est ton ouverture d'esprit qui va te pousser à te passionner à
l'Internet. Autrement, on s'arrête aux envois de courriers électroniques. "
Jean Valère Ngoubangoyi
Syfia International Envoi n°02-10 - Mai 2002
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