[Bamako 2002 Documents]

Bamako 2002 Conference

Syfia
InternationaI agence de presse
avec l'appui du Programme des Nations Unies pour le développement PNUD-Mali

Echanges d'informations pour changer l'image de l'Afrique

 

(Syfia Sénégal) L'Unesco, Tv5, Rfi sont prêtes à collaborer avec les médias africains pour changer l'image négative de l'Afrique dans les journaux occidentaux. A Bamako, journalistes et patrons de presse ont vivement débattu de cette question.

L'image de l'Afrique dans les médias, tant occidentaux qu'africains, est catastrophique. Est-ce justifié ? Si non, comment corriger le tir ? En conclusion de la Conférence régionale africaine de préparation (25-30 mai 2002) au Sommet mondial sur la société de l'information prévu en 2003 en Suisse, l'ancien directeur de la Télévision Suisse Romande (Tsr), Guillaume Chenevière, a réuni une belle brochette d'intervenants à Bamako autour de ce thème.
Sur un même plateau, étaient présents les patrons de la radio télévision malienne (Ortm) et sud africaine (Sabc), de Rfi, Tv5, de l'Union européenne de radiodiffusion, du Conseil international des télévisions d'expression française (Cirtef). Pionnière en la matière, l'Unesco était également là. En face, une kyrielle d'intellectuels et de journalistes africains dont des correspondants de médias occidentaux et des responsables de petites agences de presse.
" L'Afrique s'intéresse au monde, le monde ne s'intéresse pas à l'Afrique ", lance en introduction Gilles Schneider, le patron de Rfi. Tenez ! L'Ethiopie, c'est quoi ? Un sondage express auprès d'Occidentaux, quelques minutes avant ce débat, a donné les réponses suivantes : guerres, famines, exodes... Personne, pas même ce Français résidant au Mali depuis une décennie, ne parle de la compagnie aérienne de ce pays, pourtant l'une des plus performantes d'Afrique.

" L'Info ! c'est l'info ! " Donnant le ton au débat, Guillaume Chenevière rappelle cette boutade : pour faire parler de soi " en Afrique, mieux vaut être chef rebelle… que bon gestionnaire. " Du coup, les hostilités s'engagent. Dans la grande salle du Palais des congrès de Bamako, l'info sur Awa, cette Malienne vivant en France, " excisée, mariée de force, violée ", balancée le 29 mai par Rfi est soumise à de virulentes critiques. " Cette info, je ne la mettrais pas dans mon journal ! ", s'insurge Sidiki Konaté, le directeur de l'Ortm, en raison d'une " grille de lecture " fondée sur la culture et la tradition africaines.
" Les télés montrent les cadavres des Rwandais, jamais ceux des Américains… ", lance, furieux, un autre intervenant. La salle s'échauffe. Tout le monde veut la parole. Ces leçons d'éthique et de déontologie, le patron de Rfi, n'en veut pas : " L'info c'est l'info. Elle est partout pareille et il faut que l'Afrique se regarde en face. " Pour lui, c'est un juge français qui a estimé que la jeune Malienne avait été violée et mariée de force. Les médias ne l'ont pas inventé !
Si les médias occidentaux projettent tant d'images négatives sur l'Afrique, s'explique Gilles Schneider, c'est parce qu'il y a aussi " le sacro-saint audimat qui est un paramètre dans le choix de l'info. " Avec 45 millions d'auditeurs et une écrasante majorité de correspondants africains, Rfi en tient compte. Pourtant, ont souligné d'autres intervenants, une alternance réussie, comme au Mali en mai 2002, des résultats positifs de chercheurs africains, les médias occidentaux n'en font pas leurs choux gras. Et pour cause ! " Certains envoyés spéciaux occidentaux ignorent tout de l'Afrique. Ils y passent en coup de vent et sont incapables de produire de bons reportages ", s'exclame un journaliste béninois.
Il faut de bons reportages, venant de médias africains pour alimenter le Nord. " Si on regarde les conducteurs des journaux qui alimentent TV5, l'Afrique est quasi absente. Il n'y a pas de reportages qui viennent d'Afrique ", reconnaît Philippe Dessaint, directeur de l'information de cette télé francophone. Son ancien collègue, Jean Stock, actuellement à la tête de l'Union européenne de radiodiffusion confirme : " Nous proposons moins d'un sujet africain sur mille dans le bouquet des échanges d'émissions Tv."

Une information venue d'ailleurs. En Afrique aussi, les journalistes souvent peu formés à l'investigation, ignorent la réalité quotidienne des gens. En posant un " regard partisan " sur leur propre continent, ils entament la crédibilité de leurs médias. Du coup, leurs publics restent accrochés aux grandes radios internationales pour être informés sur ce qui se passe dans leur propre pays. " C'est Rfi qui l'a dit, donc c'est vrai ", entend-on souvent. Conséquence : " Les Africains sont exposés à une consommation immodérée des productions des autres, de la culture de l'autre… ", se désole Abdelkader Marzouki, le patron du Cirtef.
Pour changer l'image négative de l'Afrique, le directeur de la communication à l'Unesco, Abdul Waheed Khan, appuie l'idée d'échanges ou de coproductions entre médias du Nord et du Sud ou médias du Sud entre eux. Il propose même la création d'une chaîne télévision multilatérale africaine. " L'Unesco, dit-il, soutiendra toute initiative de ventes d'infos africaines au Nord. " Echanges ou coproductions, TV5 est prête, tout comme le Cirtef qui a financé cette année un programme de recyclage de journalistes radio.
Cette stratégie de diffusion de l'info du Sud vers le Nord, de petites agences de presse africaines et européennes l'expérimentent déjà depuis plus d'une décennie en apportant " la touche locale de journalistes africains " si nécessaire à la bonne compréhension d'un événement en Afrique. " Une Afrique mal perçue, parce que mal vendue ", résume Denise Epoté Durand, la directrice de TV5 Afrique.

Madieng Seck

Syfia International Envoi n°02-11 - Juin 2002
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