[Bamako 2002 Documents]

Bamako 2002 Conference

Syfia
InternationaI agence de presse
avec l'appui du Programme des Nations Unies pour le développement PNUD-Mali

Les premiers pas des langues africaines sur Internet

(Syfia Cameroun) Plus d'une centaine de logiciels de traitement informatique des langues africains sont disponibles sur Internet. Cette étape prépare l'arrivée sur la toile des sites en langues locales.

" Quatre décennies après les indépendances politiques, le sort réservé aux langues africaines ne fait que renforcer les inégalités face aux connaissances scientifiques, techniques et technologiques ". Ce constat amer du ministre malien Adama Samassekou, figure dans le bulletin spécial de l'Académie africaine des langues (Acalan), dont il est le président. Comment y remédier ? Au cours de la Conférence régionale africaine préparatoire au prochain Sommet mondial sur la société de l'information, qui s'est tenue en mai dernier à Bamako, le ministre a réuni autour de lui des linguistes et des informaticiens pour plancher sur la présence des langues africaines sur Internet.
Selon le Canadien Laurent Bourbeau, de Progiciel BPI, à Montréal, " pour exprimer l'identité culturelle africaine via Internet, tout doit être mis en oeuvre afin que l'ensemble des pays africains aient une chance égale, technologiquement parlant, d'être publiés sur le web dans les langues nationales et inter-étatiques africaines ". Ce spécialiste des logiciels en langues locales explique, rassurant, que l'utilisation des langues africaines dans l'informatique est aujourd'hui facilitée par la norme internationale UCS/JUC (Universal Character set/Jeu universel de caractères), entrée en vigueur en début 2000.
Cette norme permet de traiter sur ordinateur plusieurs langues africaines, notamment toutes celles qui n'ont pas de marque de ton. Cette norme est plus délicate à utiliser pour les langues telles que le lingala ou l'éwondo, où la marque du ton implique l'utilisation de deux ou trois signes là au lieu d'un seul. Dans la norme UCS/JUC, le français qui a également une marque de ton (par exemple 'e' est différent de 'é') a résolu le problème en créant des caractères composites, tels que les voyelles accentuées et le ç. cédille. " Les nations africaines ne devraient pas tolérer que les comités de standardisation internationaux, ou les consortiums industriels, leur refusent le même avantage pour leurs langues à ton ", insiste Laurent Bourbeau.

Des logiciels téléchargeables gratuits. Au stade actuel, plusieurs logiciels de traitement informatique en langues africaines existent. Progiciel BPI, par exemple, propose sur CD-Rom des logiciels capables de traiter une vingtaine de langues africaines, dont le bambara, l'éwondo, le fulfuldé, le swahili, le wolof… Ce CD-Rom qu'on peut lire aussi bien sous Linux que sous Windows, est gratuit pour tout utilisateur en Afrique. La Société internationale de linguistique (Sil) a également développé plus de 60 logiciels sur les langues locales, dont la plupart sont gratuits. C'est le cas de WordFormat, qui permet un traitement de texte avec Microsoft Word. On peut le télécharger sur le site www.sil.org. A partir des logiciels de Sil, beaucoup d'autres chercheurs ont développé des jeux de caractères permettant de transcrire les alphabets des langues africaines.
Pour aller plus loin, les experts réunis à Bamako ont préconisé entre autres la création de deux fonds : " Un fonds Autoroute de l'information multilingue africaine (Aima) pour financer la fabrication et l'entretien de sites web en langues africaines ", et un fonds destiné à financer la formation des informaticiens africains sur les langues africaines et Internet.

Etienne Tassé


(Cet article a été réalisé avec l'appui
du Programme des Nations Unies pour le développement - Pnud-Mali)

Syfia International Envoi n°02-12 - Juin 2002
20, rue du Carré-du-Roi
34000 Montpellier - France

www.syfia.com