Bamako 2002 Conference
Syfia
InternationaI agence de presse
avec l'appui du Programme des Nations Unies pour le développement PNUD-Mali
Afrique : moins de
taxes, plus d'internautes
(Syfia Bénin/Cameroun) Dans
les pays africains comme le Sénégal et le Bénin, la réduction de la fiscalité sur le
matériel a entraîné la prolifération des cybercafés. Ce qui facilite l'accès à
l'internet à un plus grand monde. Un exemple à suivre pour d'autres pays.
Cybercafé par-ci, cybercafé
par-là. Depuis deux ans que le gouvernement a détaxé l'importation du matériel
informatique (y compris les logiciels), Cotonou, la capitale économique du Bénin
connaît une prolifération des centres de navigation internet. D'une dizaine en 1999, les
cybercafés sont aujourd'hui passés à plus de 100. Comme pour accompagner le mouvement,
le ministère béninois de la Promotion des nouvelles technologies a installé à travers
le pays une trentaine de cybercentres communautaires gérés par des Ong. " Il y a
encore beaucoup de projets d'installation de cybercafés qui attendent d'être mis en
uvre à Cotonou et à l'intérieur du pays ", annonce Blaise Fatondji, chef
comptable de Firstnet, l'un des fournisseurs d'accès au Bénin.
Le Sénégal qui a également abaissé sa fiscalité sur les outils informatiques connaît
le même phénomène. Dakar, sa capitale, fourmille de cybercafés. Au Bénin comme au
Sénégal, les utilisateurs individuels de micro-ordinateurs se multiplient. Chacun
cherche à avoir son poste personnel à la maison. L'informatisation de l'administration
publique s'accélère.
Autre forme d'encouragement en Egypte où l'outil informatique est la chose la mieux
partagée dans les universités et les clubs communautaires de jeunes mis en place par
l'Etat. Plutôt que de supprimer les taxes à l'importation, le gouvernement a opté pour
la vente des micro-ordinateurs et des logiciels aux étudiants à prix réduits. Quant au
Cameroun, il a, certes, maintenu à 10 % le taux des droits de douanes sur le matériel
informatique, mais il l'a exonéré de la taxe sur la valeur ajoutée (Tva) dont le taux
était de 18,7 %. Les logiciels, en revanche, y restent soumis.
Made in Dubaï. En supprimant ou en
réduisant les droits et taxes sur l'importation des micro-ordinateurs, les gouvernements
des deux pays ont facilité l'accès à internet. " Comme les taxes ont baissé, les
prix du matériel diminuent considérablement. Ce qui accroît les possibilités de les
acquérir ", explique Eric Houndété, directeur de Mareli, une société béninoise
d'importation de matériel informatique. Au Bénin, un micro-ordinateur neuf performant
coûte désormais entre 500 et 800 000 F cfa (environ 760 à 1200 euros) contre 1, 5 et 2
millions de F cfa (environ 2300 à 3000 euros) il y a 2 ans. " Ça ne coûte plus
grand-chose. Avec 100 ou 150 000 F cfa (150 à 230 euros), on peut même se procurer un
ordinateur recyclé ", indique Pierre Dovonou, directeur de la Fondation pour
l'entrepreneurship, une Ong qui gère un des grands cybercentres de Cotonou. C'est par
milliers que des conteneurs bourrés d'ordinateurs d'occasion débarquent au Bénin et au
Sénégalais (cf. encadré).
La réduction de la fiscalité n'explique pas à elle seule la baisse des prix, nuance
Eric Asontsa, fiscaliste dans une entreprise de transit à Douala. " Au Cameroun,
précise-t-il, cela est plutôt dû à l'évolution technologique de la révolution
informatique ".
Pour profiter pleinement des avancées technologiques et de la suppression des taxes,
beaucoup de commerçants béninois s'approvisionnent au Nigeria voisin et surtout à
Dubaï (Emirats arabes unies) où les prix sont très inférieurs à ceux pratiqués en
France. Mais ils sont confrontés à deux obstacles. Le premier est d'ordre linguistique.
" Les ordinateurs de Dubaï sont en anglais alors que nous sommes dans un pays
francophone. Il faut faire des commandes spéciales pour avoir du matériel en français
", commente Eric Houndété, de la société Mareli.
Le deuxième problème est celui de la qualité des produits. " A Dubaï, les
entreprises de montage ont certes des brevets pour fabriquer du matériel informatique.
Mais elles ne soumettent pas leurs produits à des tests de résistance comme en Europe.
Ce qui fait que la qualité et la durée de vie du matériel sont hypothétiques ",
critique Romain Houéhou, informaticien et président de la Ligue béninoise pour la
défense du consommateur.
Guerre des prix. Malgré ces
difficultés, les commerçants convoient dans le pays des ordinateurs à des prix si
réduits qu'ils encouragent le développement des cybercafés. Ces derniers sont tellement
nombreux qu'ils se livrent à une guerre des prix profitable aux clients dont le nombre ne
cesse d'augmenter. De 1500 F cfa l'heure, le coût de la navigation internet est passé en
dessous de la barre de 500 F. Certains cybercafés n'hésitent pas à proposer leur
service à 300 F cfa l'heure. " D'ici à 5 ans, beaucoup de cybercafés vont fermer,
parce que la concurrence est telle qu'ils ne pourront plus tenir, prédit Pierre Dovonou,
de la Fondation de l'entrepreneurship. Ce sera l'hécatombe comme au Togo et au Sénégal
".
En tous cas, pour le moment, la concurrence facilite l'accès à un plus grand monde
l'accès à l'outil informatique et à l'internet. C'est d'ailleurs dans ce but que la
Conférence régionale africaine (tenue à Bamako en mai 2002) ; préparatoire au Sommet
mondial de l'information de 2003, a demandé aux Etats africains de " supprimer les
taxes frappant le matériel informatique hardware, software ". La réduction de la
fracture numérique entre le Nord et le Sud emprunte aussi ce chemin.
Emmanuel V. Adjovi et Etienne Tassé
Ordinateurs : les Sénégalais
sautent sur les occasions.
(Syfia Sénégal) Comme les
marchés de la friperie ou des voitures de seconde main importées d'Europe ou des
Etats-Unis, les hommes d'affaires sénégalais ont investi depuis quelques années le
marché des technologies d'occasion (Toc). Au port de Dakar, tout le monde peut voir
débarquer des containers remplis de vieux ordinateurs, de pièces détachées, cartes
réseaux, cartes-son, des modems, etc. Arrivées en vrac, certaines vieilles machines sont
ensuite soigneusement assemblées et reconfigurées par d'ingénieux informaticiens qui en
sortent de jolis " ordis " avec clavier et écran qui marchent à merveille.
Au Sénégal, il ne se passe pas de jour sans que paraisse dans la presse des publicités
annonçant l'arrivée massive d'ordinateurs d'occasion vendus de 50 000 à 400 000 F cfa
l'unité (75 à 600 euros). Rien à voir avec les clones sortis d'ateliers de montage
high-tech. A Dakar et dans les autres villes du pays, cybercafés, centres d'initiation à
l'informatique, télé-centres, Pme et même certains ménages, tout le monde saute sur
ces occasions. " Depuis plus d'un an, mon ordinateur d'occasion fonctionne sans
problème ", explique M. S., un chef d'entreprise dakarois, étonné de la
performance de sa machine seconde main.
Grâce à ces Toc, le rythme d'installation des cybercafé s'est fortement accru ces deux
dernières années. A Dakar, ville de 2 millions d'habitants, on en compte près de 150.
Quant au télé-centres, ils sont passés de 9000 dans tout le pays en 2000 à plus de 10
000 cette année dont plus de la moitié installés à Dakar.
Madieng Seck
(Cet article a été réalisé avec
l'appui du Programme des Nations Unies pour le développement - Pnud-Mali)
Syfia International Envoi n°02-12 -
Juin 2002
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