Conférence de Bamako 2002 ATELIER SUR LES LOGICIELS LIBRES : ENJEUX STRATEGIQUESPOUR LAFRIQUEModérateur : Pierre Ouédraogo (AIF) Rapporteurs : Samba Koné et Anne Rachel Inné Le modérateur M. Pierre Ouédraogo est intervenu pour situer le cadre et les objectifs de latelier qui visent à identifier les pistes de réflexions en vue délaborer des recommandations à lattention de la Conférence régionale de Bamako. Au cours de la journée, une douzaine dexposés suivis de débats ont permis daborder différents aspects du thème central à savoir, les logiciels libres : enjeux stratégiques pour lAfrique..
Dans sa présentation, M. François Pelligrini, vice-président ABUL (France) a mis laccent sur les concepts fondamentaux et les avantages à attendre des logiciels libres. Il a défini la révolution logicielle comme étant « le premier outil de lhomme qui soit une extension de son esprit et non de son corps » Aussi, lintervenant a souligné que dun point de vue éthique, la révolution logicielle doit être profitable au plus grand nombre. Abordant laspect des licences, il a été rappelé quau niveau du logiciel, la licence basée sur le droit dauteur (copyright) implique que le client est uniquement propriétaire du support et non du produit. M. Pelligrini sest également préoccupé de différencier les logiciels propriétaires des logiciels libres. Les premiers, les logiciels propriétaires ou à sources fermées, impliquent pour lutilisateur (le client) limpossibilité : Ø dadapter ou de faire évoluer le produit ; Ø de procéder à des corrections soi-même ; Ø de migrer ses données. En guise de réaction à ces contraintes majeures, les logiciels libres offrent quatre types de libertés fondamentales. A savoir : Ø liberté dexécuter le programme ; Ø liberté détudier le fonctionnement ; Ø liberté de redistribuer le produit ; Ø liberté daméliorer le programme et de publier ses améliorations. Après avoir fait le point sur la licence libre, la licence open-source et le freeware, M. Pelligrini a abordé les aspects économiques du logiciel libre. Il sagit dun modèle basé sur le service (maintenance, modification), la compétence (liberté de choix) et la déconcentration. Quant aux potentialités des logiciels libres, elles se révèlent énormes et portent sur : Ø la sécurité et la pérennité des données ; Ø le coût réduit. M. Pelligrini a évoqué les initiatives gouvernementales visant à encourager la promotion et lusage des logiciels avant dindiquer les enjeux stratégiques majeurs des logiciels libres. Car, dune part, après les territoires et les matières premières, la connaissance se révèle comme la prochaine ressource stratégique. Dautre part, il ressort que les luttes dinfluence géoéconomique et géostratégique sont internes. Dans sa conclusion, M. Pelligrini a noté quil est normal dagir maintenant afin de contrer les menaces sur les libertés daccès au logiciel.
Sylvain Zongo ( ZCP -Burkina Faso) est intervenu pour faire état de quelques services de base. Il sest agi essentiellement de : Ø la messagerie (Sendmail, Postfix, Exim) Ø la toile « web » (Apache, Roxen) Ø le service de nom « DNS » (Bind) A la question de savoir si lon peut faire confiance aux logiciels libres, M. Zongo a rappelé que sur Internet, les logiciels libres représentent : 90% des serveurs de Domaines ; 70% des serveurs de messagerie ; 65% des serveurs web. Il a également rappelé les exemples dutilisation des logiciels libres tant au niveau des départements ministériels (France) que des grands groupes du secteur privé (France, USA ) avant dévoquer la situation de Linux côté serveur (Internet, Base de données ) puis côté poste de travail (Bureautique, environnement graphique, programmation, autres). Pour lheure qui utilisent les logiciels libres ? Monsieur Zongo a révélé quil sagit particulièrement : Des sociétés soumises à une concurrence vive ; Des sociétés qui souhaitent contrôler leurs logiciels ; Les fabricants de solutions intégrées ; Les militaires ; Quelques grandes sociétés ; Quelques administrations ; Des moins nantis. Dans une brève intervention, Hadja Ramboasalama (AMUL Madagascar) a indiqué les opportunités qui soffrent aux promoteurs de logiciels libres par le biais de la formation. En vue de faire valoir leur savoir faire.
M. Honoré Tsatsou Fiadjoe (Togo) a évoqué dans son intervention, les problèmes de sécurité sur le Réseau avec les logiciels libres. La sécurité nest pas une fatalité, elle ne signifie pas faire confiance a-t-il remarqué avant de relever que la sécurité suppose : Ø Contrôle, Confidentialité; Ø Fiabilité, intégrité, disponibilité; Ø Prévention; Surveillance, traçabilité. Il a également indiqué les atouts des logiciels libres caractérisés entre autres par la liberté, la stabilité, la sûreté, la rapidité, la disponibilité avant dévoquer les différents aspects de la sécurité (physique, sécurité à linstallation, contre les virus, par rapport aux bugs, et aux contenus). Les brevets logiciels, une menace pour les logiciels libresLe Vice-président de lABUl, M. François Pellegrini a dans un exposé assez exhaustif fait le point sur les différentes manuvres qui ont cours autour de la brevetabilité des logiciels. Il a souligné que « décider de la brevetabilité du logiciel nest pas une question mineure, technique et inintéressante avant de rappeler que « celui qui contrôle le logiciel pourrait bien contrôler la société dans son ensemble ». M. Pellegrini est revenu sur les fondements des brevets et des innovations en dégageant la motivation ayant conduit à ladoption des brevets dont lexistence relève dune utilité sociale. « Toute nouvelle réglementation de brevet doit faire la preuve quelle procure un réel bénéfice social global avant dêtre acceptée, a-t-il souligné ». Evoquant lexistence et les missions de lOffice Européen des Brevets qui regroupe les institutions de propriété industrielle de 20 Etats européens, M. Pellegrini a indiqué quil sagit dun organisme opaque, hors de contrôle et qui cherche à légaliser ses agissements. En ce qui concerne la protection du logiciel en Europe, il a été rappelé que les programmes informatiques sont protégés par le droit dauteur (copyright). Les logiciels sont explicitement exclus du champ de la brevetabilité par larticle 522c de la Convention de Munich (1973). Toutefois, il ressort que des offices de brevets ont attribué des brevets à des techniques purement de logiciels bien camouflées. Aux Etats Unis, il nexiste aucune restriction légale au brevetage des algorithmes et des logiciels. Et si jusquen 1984, la situation ne suscitait guère de réaction, les données ont considérablement évoluées. Ainsi en 1999, plus de 2000 brevets ont été déposés eux USA. Néanmoins, a rappelé M. Pellegrini, « les brevets déposés aux USA et concernant les logiciels ne sont actuellement pas reconnus en Europe. Après avoir évoqué la portée du droit dauteur et celle du brevet logiciel, et son champ daction, lorateur a mis en relief les menaces sur linteropérabilité dans le cas par exemple où le détenteur dun brevet logiciel refuse de céder des licences. Quant aux problèmes de fond, ils mettent en évidence deux aspects. Dune part, le détenteur dun brevet logiciel peut abuser de son monopole sur le concept et dautre part, le brevet logiciel détruit le droit dauteur. Par ailleurs, le système de brevets ayant été conçu pour faire de léconomie matérielle des siècles précédents, il ressort que léconomie de limmatériel plus particulièrement pour les logiciels est très différente. Partant, M. Pellegrini a démontré que dans léconomie du brevet logiciel, seuls survivent : Ø les grands groupes ; Ø les fonds de brevets ; Ø les petites entreprises soucieuses de se faire racheter ; Ø les avocats ; Ø les experts en propriété industrielle, les examinateurs de brevets, lOEB, les fonctionnaires. Il est à noter que cette dernière catégorie ne participe pas à la bataille. Ceux qui dépérissent du fait de cette bataille se retrouvent essentiellement parmi les petits éditeurs de logiciels, les entreprises qui utilisent des logiciels « maison ». M. Pellegrini sest par ailleurs préoccupé des enjeux stratégiques du brevet logiciel au-delà des aspects purement techniques et ce tant au niveau mondial que national. Il ressort que les brevets se révèlent comme une arme stratégique et posent le problème de lindépendance intellectuelle. Après avoir évoqué les pressions exercées par les uns et les autres, de même que les évènements récents tels que les conclusions du gouvernement britannique, les recommandations du Parlement Néerlandais, la prise de position du gouvernement français, la demande dun moratoire dun an du Sénat espagnol, le rapport évolutif du National Advisory Council on Innovation dAfrique du Sud, , M. Pellegrini reconnaît que la situation est critique mais pas désespérée tout en recommandant la vigilance. Les débat qui ont suivi ces différents exposés ont permis daborder les aspects économiques, lindépendance technologique, les possibilités de migration, les offres de formation Ensuite, Pierre Ouedraogo de lINTIF nous a présenté le travail de lAIF dans ce secteur qui consiste a trouver un modèle de développement durable à la base, en donnant des équipements et des formations et ce à travers les LABTIC installés dans les pays Africains et Madagascar. Ces LABTIC deviennent de véritable mécanismes de transfert de la connaissance à lintérieur des pays. Ceci aide une fois de plus à la minimisation des coûts et à lutilisation des ressources gratuites, disponibles sur internet. En retour, cette disponibilité de la technologie, des ressources, crée des réseaux de personnes, aide à lappropriation à la base, laquelle appropriation se traduit en croissance à travers le développement des TIC (application locales, diversification des sociétés commerciales, efficience des procédures et transactions, gouvernance internet, accès du plus grand nombre, etc.) M. Pierre Dandjinou nous a présenté quant à lui le PNUD et le Open Source. La raison pour laquelle le PNUD sest engagé dans cette voie ? Aider les pays à faire en sorte que linformation circule et aide au processus de prise de décision à tous les niveaux après la conférence de Rio. Le PNUD ayant peu de ressources sest inspiré du TANGRAM chinois pour commencer les SDNP dans le monde. Lidée étant celle de faire le maximum avec peu de ressources : développer les potentiels locaux, adapter les TIC aux besoins locaux, renforcer les capacités et mettre en place des projets pilotes pour renforcer les réseaux humain deéchanges de connaissances, pour démontrer une telle faisabilité et appropriabilité. Les 10 nuds installés en Afrique ont eu des fortunes diverses. Mais tous nous ont appris des leçons a ne pas oublier, parmi lesquelles, les LL peuvent aider à la durabilité du projet. Le maillon manquant de ces expériences a été de lavis de M. Dandjinou, la non implication suffisante du milieu universitaire et de la recherche. En échange, les communautés créées à travers les SDNP ont rejoint les autres communautés du monde des LL et continue à travailler avec ces réseaux. Les cas des Associations LL des pays suivants ont ensuite été présentés : Madagascar, Togo, Cameroun, Côte dIvoire, Mali. A tous les niveaux, les présentateurs nous ont fait part des projets des associations déchanger des connaissances et des bonnes pratiques à travers leurs réseaux, dimpliquer la jeunesse et le milieu universitaire, de faire de la formation, de développer des applications spécifiques et ciblées pour impliquer le secteur et faire durer leur associations. RECOMMANDATIONS Au terme des débats qui ont suivi les différents exposés, les participants à latelier sur les logiciels libres : enjeux stratégiques pour lAfrique tenu à Bamako le 27 mai 2002 dans le cadre de la Conférence Régionale Préparatoire pour le Sommet mondial de la Société de lInformation, proposent les recommandations suivantes : Considérant que dans leurs choix technologiques les décideurs hésitent à franchir le pas vers les logiciels libres par manque dindustries de proximité, surtout linexistence dun modèle économique de référence à même de donner confiance aux entreprises et aux administrations ; Considérant que dans la Société de lInformation, les logiciels sont une ressource stratégique comparable aux produits pétroliers pour la société industrielle ; Considérant que le système des brevets a été conçu pour léconomie matérielle et non pour léconomie immatérielle ; Considérant que la brevetabilité des logiciels représente un véritable danger pour lindépendance intellectuelle et une véritable arme stratégique ; Considérant les risques que fait peser la brevetabilité des logiciels sur les créateurs bénévoles, les participants recommandent que : Plan institutionnel :
Ø La sensibilisation à tous les niveaux pour permettre lappropriation et le développement des LL en Afrique Ø la minimisation des coûts Ø lutilisation des ressources gratuites disponibles Ø lappropriation à la base des LL qui aident à la création de réseaux dutilisateurs et déchanges dinformations et de meilleures pratiques Ø lappropriation des TICs en général dans les administrations et lutilisation des LL Ø La prise en compte par les partenaires au développement du financement des initiatives africaines de créations dentreprises dans le domaine des logiciels libres; Ø La prise par les autorités politique de chaque pays de mesures incitatives visant à encourager les entrepreneurs à sinvestir dans la création dentreprises en vue daccompagner le développement des logiciels libres sur le continent ; Ø Le rejet de la brevetabilité des logicielspar les pays africains Ø Le contrôle accru des offices de brevet dAfrique et les représentants africains au sein des organismes internationaux de propriété intellectuelle afin quils ne puissent de leur propre chef, décider délargir le champ de la brevetabilité, en particulier aux logiciels, sans laccord explicite des gouvernements et parlements ; Ø La question de brevetabilité des logiciels soit examinée dans le cadre dune concertation africaine au plus haut niveau ; Ø le développement des applications qui favorisent une utilisation optimale et efficiente ; Ø la prise en compte dans les systèmes éducatifs à tous les niveaux, la formation continue ; Ø la création de parcs technologiques qui adressent les TICs et les LL, qui pourvoient des incubateurs pour le secteur privés ; Ø le mise en réseau des différents projets pilotes des bailleurs et autres organisations pour fédérer les synergies ; Ø la réduction de la fracture numérique par lappropriation des LL, laccès du plus grand nombre et le renforcement de linnovation en Afrique.
Ø Mettre en place des infrastructures de télécommunications de base Ø Création de laboratoires dans le style LABTIC de la Francophonie Ø Créer des Associations professionnelles, scolaires, estudiantines dutilisateurs des LL Ø Formation de formateurs générales et ciblées-, donc développement et renforcement des capacités Ø Création de réseaux danimations qui aident à la circulation de linformation et donc au processus de prise de décision à tous es niveaux et à la dissémination des bonnes pratiques Ø Sensibilisation et formation des jeunes, les associations de la société civile, les structures gouvernementales, les médias à travers ces LABTIC Ø Mise à disposition de serveurs net pour la mise à jour des logiciels Ø Création de logiciels adaptés à la situation locale pour le public et le privé |