Bamako 2002 Conference L'AFRIQUE ET LE SOMMET MONDIAL DE LA SOCIETE DE L'INFORMATION Rapport de l'atelier N°2 Qu'est-ce l'Afrique apporte à la société de l'information ?
Panelistes : Le président de l'atelier M. N'Diaye a souligné l'importance particulière de la thématique de cet atelier car il doit permettre à l'Afrique de s'organiser au mieux pour apporter le maximum de contribution dans la société de l'information. Pour cela, il faut mobiliser tous les potentiels disponibles en Afrique et assurer la mise en oeuvre de solutions technologiques adaptées. Notre capacité à améliorer les ressources humaines dans les projets porteurs sera déterminante, de même que celle de mettre en place des réseaux d'expertise dans toute l'Afrique. Il s'agit avant tout d'identifier toutes les contributions de l'Afrique à al nouvelle économie mondiale. Le modérateur M. Top a insisté sur la nécessité d'avoir un vision globale des contributions de l'Afrique en prenant en compte toutes les composantes telles que sociales, culturelles, économique, artistique etc.. L'Afrique riche de ses traditions de partage donne déjà une autre dimension de l'esprit communautaire de l'internet en fournissant au monde un modèle de partage enrichie par la tradition de médiation à travers ses points d'accès communautarisées tels que les cybercafés et les télécentres. L'Afrique doit faire sienne les luttes des années 70 menées au sein de l'UNESCO pour l'avènement d'un nouvel ordre mondial de l'information et de la communication. Il a rappelé qu'à travers les protocoles qui règlent la drummologie (l'art de communiquer entre les villages par les battements de tambour) et d'autres techniques traditionnelles, les africains sont parmi les précurseurs des concepts des protocoles de l'internet. En effet les protocoles de la drummologie incluaient l'authentification, la correction d'erreur, l'accusé de réception et d'autres protocoles similaires à ceux qui sont à la base des protocoles internet. Sur la question de l'oralité qui est une forme de communication dominante en Afrique, M. Top a dénoncé l'oubli de cette forme d'écriture qui est pourtant compatible avec le multimédia. Le succès de la radio et de la téléphonie mobile s'explique par l'utilisation des langues nationales africaines, et de technologies prenant en compte l'écriture orale. L'Afrique s'illustre déjà comme un acteur actif de la société de l'information en contribuant dans les secteurs de haute technologie comme la sécurisation des transactions bancaires électroniques au niveau du Maroc , les outils de traduction avec l'Afrique du Sud. Dans le cadre de la transparence des élections, certains pays africains ont été parmi les premiers pays au monde à mettre leurs fichiers électoraux sur internet. L'Afrique n'arrive donc pas dans la société de l'information les mains vides. Après cette introduction du modérateur les cinq intervenants ont apporté leurs contributions dans des secteurs variés. M. Koroney Massani a déploré l'impossibilité pour les internautes de pouvoir comparer les informations sur l'Afrique disponibles sur internet avec des sources africaines. Ces sources africaines sont plus habilitées à donner des informations justes. Il faut donc rétablir l'image de l'Afrique en mettant en ligne les données correctes avec une priorité à l'information économique. L'accès à l'information repose aussi sur la nécessité de former à la fois les utilisateurs et les fournisseurs d'information. Cet accès est d'une importance particulière en matière de prévention de conflits comme ceux qui découlent des élections présidentielles organisées sur la base de listes non transparentes. C'est aussi et surtout un outil de bonne gouvernance notamment dans le secteur économique où il peut entre autres apporter la transparence dans les processus des appels d'offres publics. Partant du constat que les flux de capitaux financiers sont faibles en direction des pays africains , Mme Bonané a montré que l'utilisation des TIC pouvait aider grâce à la mise en place de produits financiers africains originaux en ligne. De telles actions pourraient contribuer à assurer les levées des capitaux nécessaires aux entreprises industrielles et de services dans le secteur des TIC. Avec des taux de rentabilité record, le marché africain est très attractif pour les investisseurs étrangers comme le révèle l'expérience de la bourse régionale des valeurs d'Abidjan. Mme Bonané a souligné le rôle que devait jouer le secteur privé africain dans cette dynamique que l'internet aiderait à amplifier et ouvrir au monde les marchés africains avec des produits financiers modernes en ligne. Cette intervention a révélé que la mobilisation des ressources pour financer les actions découlant contributions de l'Afrique était donc loin d'être une chimère. Le modèle grec avec la collecte boursière dans lequel le panier de la ménagère est mis à contribution montre que cela est réalisable en Afrique. Sans oublier que la diaspora africaine pourrait jouer un rôle important dans cette mobilisation de ressources et dans le développement et la diffusion des nouvelles technologies. M. Jules Ndenga a montré que les TIC en brisant les frontières géographiques entre les pays, contribuent à favoriser la valorisation des valeurs et des traditions africaines. Les musées, les centres de recherche, les universités peuvent devenir des espaces virtuels ouverts au monde entier. Pour cela , il faut s'appuyer sur l'utilisation des logiciels libres et la créativité des africains. Il a identifié des axes prioritaires qui sont : les musées, les associations culturelles, les bibliothèques, les archives, les listes électorales, un répertoire du monde africain des affaires, l'archivage de la presse écrite, de la radio et de la télévision, les ressources naturelles et l'artisanat. Il a insisté sur la presse écrite où notamment des vieilles technologies éprouvées pourraient être utilisées comme le font encore certains journaux en Occident. Sur la question des langues, il a insisté sur le fait qu'il fallait préserver notre identité à travers nos langues africaines tout en nous donnant les moyens d'accéder aux autres langues. Il a aussi souhaité que l'atelier prenne des recommandations immédiatement applicables. Le quatrième intervenant , M. Mohamed Bassirou Diop a commencé par proposer que le thème de l'atelier soit libellé au futur pour renforcer le fait que c'est une projection vers l'avenir. Cette projection est réalisable car la créativité dont font preuve nos populations dans l'adversité est révélatrice de notre capacité à créer et à s'adapter. Pour réussir, l'Afrique doit mettre sur le marché mondial des produits et services dont la qualité est indiscutable. Elle doit faire un marketing audacieux dont sa diaspora pourrait être une cible privilégiée. L'Afrique doit aussi prendre en compte les avantages concurrentiels découlant des conséquences du passé colonial. Cette prise en compte ouvre la possibilité d'exploiter des segments du marché des TIC caractérisés par un besoin de main d'uvre qualifiée à bon marché. Il faut en quelque sorte passer du concept de la " place du marché " à celui de " l'espace de marché ". Pour cela, la création de conditions favorables à l'investissement est indispensable, et une politique régionale basé sur les pôles d'expertise est souhaitable. M. Assefa Dagne a d'entrée de jeu qualifier l'Afrique de superpuissance qui dort. L'Afrique doit rejoindre dignement la société de l'information dans une voie comme celle du NEPAD, et non se présenter en mendiant. Elle est riche de ses populations, des informations et des ressources non encore exploitées. Dans le cadre de la société de l'information, l'Afrique peut entrer en compétition avec le reste du monde dans des secteurs tels que la musique, les arts, l'histoire et les services. Les faibles coûts de revient de la main d'uvre sont un avantage compétitif pour l'Afrique. En effet, les ressources humaines représentent environ 80% des coûts de développement des logiciels . Elle pourrait ainsi prendre sa place dans l'industrie informatique où près de 75% des coûts proviennent des logiciels, à l'intérieur de ces logiciels 60% concernent la maintenance. Il faudrait encourager et faciliter les projets des jeunes africains qui veulent se lancer dans cette compétition mondiale. Après ces interventions riches en
propositions, les débats se sont engagés suite à la synthèse faite par le modérateur.
Plus de trente intervenants de plus de 20 pays ont pu ainsi enrichir la liste des
contributions qui vous est communiquée ci-dessous. Cette force de proposition s'est
enrichie des recommandations des rapports des ateliers pré-conférence notamment
l'atelier sur les enjeux des logiciels libres et celui sur les langues africaines. Ces
rapports sont plus détaillés et sont intégrés comme pièces jointes au présent
rapport. Recommandations Plan général
· L'engagement solennel des
participants à soutenir les initiatives de l'Union Africaine et du NEPAD qui sont les
cadres pour coordonner les actions et mettre en uvre les projets majeurs visant à
développer la contribution africaine à la société de l'information, en particulier la
mise en place d'une dorsale internet (backbone) pour l'interconnexion des réseaux
africains qui utiliserait au mieux les infracstructures existantes et à venir.
· La production des contenus
africains de qualité destiné en premier lieu au public africain pour la diffusion des
initiatives locales et la valorisation des spécificités africaines telles que la
culture, les arts, la musique, la biodiversité et les ressources naturelles, Plan des ressources humaines · La formation aux technologies de
l'information doit être la priorité des priorités afin de valoriser la main
d'uvre africaine dont le faible coût devient en fait un facteur d'attraction des
investissements privés
· Le développement de produits
financiers adaptés et accessibles en ligne pour ouvrir le marché africain aux
investisseurs internationaux et faciliter la levée de l'épargne locale pour financer le
secteur privé TIC Plan technologique · Sur la base des expériences
déjà en cours dans un certain nombre, l'Afrique peut contribuer au développement
d'applications innovantes à la pointe des technologies et cela est d'autant plus possible
que l'essentiel des investissements sont des RH Plan du nouvel ordre mondial de la
société de l'information · Une présence équitable de
l'Afrique est recherchée à travers la société de l'information dans le cadre d'un
nouvel ordre de la société de l'information
· La diffusion de la pensée africaine sur le réseau et notamment les modèles comme celui de l'arbre à palabres qui a été adopté par la communauté internationale à travers les processus pour arriver aux consensus Les participants de l'atelier N°2 de la conférence régionale Bamako 2002 remercient les autorités maliennes pour toutes les facilités et la chaleur de l'accueil africain qui a été réservé aux participants.
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