[Bamako 2002 Documents]

Bamako 2002 Conference

L'AFRIQUE ET LE SOMMET MONDIAL DE LA SOCIETE DE L'INFORMATION

Rapport de l'atelier N°2

Qu'est-ce l'Afrique apporte à la société de l'information ?


L'atelier N°2 " Qu'est-ce l'Afrique apporte à la société de l'information ? " s'est réuni le 29 mai 2002 au Palais des Congrès, Bamako, Mali dans le cadre de la conférence régionale Bamako 2002.


Président :
· M. Momar Aly N'Diaye, Directeur Général de l'informatique du Sénégal
Modérateur :
· M. Amadou Top, Président d'Osiris
Rapporteur :
· M. Pierre Ouédraogo, Responsable de programmes Société de l'Information AIF/INTIF

Panelistes :
· M. Koroney Massani, Coordonnateur du Centre nigérien de coordination de l'Informatique et des NTIC
· Mme Angèle Bonané, Secrétaire Générale du Conseil Régional de l'Epargne Publique et des Marchés Financiers de l'UEMOA (Union Economique Ouest Africaine)
· M. Mohamed Bassirou Diop, Directeur Commercial du groupe ABM Mali
· M. Jules Ndenga, Assistant au Secrétaire Exécutif de la Fédération Rwandaise du Secteur Privé
· M. Assefa Dagne, Directeur Général de Cybersoft Ethiopie.

Le président de l'atelier M. N'Diaye a souligné l'importance particulière de la thématique de cet atelier car il doit permettre à l'Afrique de s'organiser au mieux pour apporter le maximum de contribution dans la société de l'information. Pour cela, il faut mobiliser tous les potentiels disponibles en Afrique et assurer la mise en oeuvre de solutions technologiques adaptées. Notre capacité à améliorer les ressources humaines dans les projets porteurs sera déterminante, de même que celle de mettre en place des réseaux d'expertise dans toute l'Afrique. Il s'agit avant tout d'identifier toutes les contributions de l'Afrique à al nouvelle économie mondiale.

Le modérateur M. Top a insisté sur la nécessité d'avoir un vision globale des contributions de l'Afrique en prenant en compte toutes les composantes telles que sociales, culturelles, économique, artistique etc.. L'Afrique riche de ses traditions de partage donne déjà une autre dimension de l'esprit communautaire de l'internet en fournissant au monde un modèle de partage enrichie par la tradition de médiation à travers ses points d'accès communautarisées tels que les cybercafés et les télécentres. L'Afrique doit faire sienne les luttes des années 70 menées au sein de l'UNESCO pour l'avènement d'un nouvel ordre mondial de l'information et de la communication. Il a rappelé qu'à travers les protocoles qui règlent la drummologie (l'art de communiquer entre les villages par les battements de tambour) et d'autres techniques traditionnelles, les africains sont parmi les précurseurs des concepts des protocoles de l'internet. En effet les protocoles de la drummologie incluaient l'authentification, la correction d'erreur, l'accusé de réception et d'autres protocoles similaires à ceux qui sont à la base des protocoles internet. Sur la question de l'oralité qui est une forme de communication dominante en Afrique, M. Top a dénoncé l'oubli de cette forme d'écriture qui est pourtant compatible avec le multimédia. Le succès de la radio et de la téléphonie mobile s'explique par l'utilisation des langues nationales africaines, et de technologies prenant en compte l'écriture orale. L'Afrique s'illustre déjà comme un acteur actif de la société de l'information en contribuant dans les secteurs de haute technologie comme la sécurisation des transactions bancaires électroniques au niveau du Maroc , les outils de traduction avec l'Afrique du Sud. Dans le cadre de la transparence des élections, certains pays africains ont été parmi les premiers pays au monde à mettre leurs fichiers électoraux sur internet. L'Afrique n'arrive donc pas dans la société de l'information les mains vides. Après cette introduction du modérateur les cinq intervenants ont apporté leurs contributions dans des secteurs variés.

M. Koroney Massani a déploré l'impossibilité pour les internautes de pouvoir comparer les informations sur l'Afrique disponibles sur internet avec des sources africaines. Ces sources africaines sont plus habilitées à donner des informations justes. Il faut donc rétablir l'image de l'Afrique en mettant en ligne les données correctes avec une priorité à l'information économique. L'accès à l'information repose aussi sur la nécessité de former à la fois les utilisateurs et les fournisseurs d'information. Cet accès est d'une importance particulière en matière de prévention de conflits comme ceux qui découlent des élections présidentielles organisées sur la base de listes non transparentes. C'est aussi et surtout un outil de bonne gouvernance notamment dans le secteur économique où il peut entre autres apporter la transparence dans les processus des appels d'offres publics.

Partant du constat que les flux de capitaux financiers sont faibles en direction des pays africains , Mme Bonané a montré que l'utilisation des TIC pouvait aider grâce à la mise en place de produits financiers africains originaux en ligne. De telles actions pourraient contribuer à assurer les levées des capitaux nécessaires aux entreprises industrielles et de services dans le secteur des TIC. Avec des taux de rentabilité record, le marché africain est très attractif pour les investisseurs étrangers comme le révèle l'expérience de la bourse régionale des valeurs d'Abidjan. Mme Bonané a souligné le rôle que devait jouer le secteur privé africain dans cette dynamique que l'internet aiderait à amplifier et ouvrir au monde les marchés africains avec des produits financiers modernes en ligne. Cette intervention a révélé que la mobilisation des ressources pour financer les actions découlant contributions de l'Afrique était donc loin d'être une chimère. Le modèle grec avec la collecte boursière dans lequel le panier de la ménagère est mis à contribution montre que cela est réalisable en Afrique. Sans oublier que la diaspora africaine pourrait jouer un rôle important dans cette mobilisation de ressources et dans le développement et la diffusion des nouvelles technologies.

M. Jules Ndenga a montré que les TIC en brisant les frontières géographiques entre les pays, contribuent à favoriser la valorisation des valeurs et des traditions africaines. Les musées, les centres de recherche, les universités peuvent devenir des espaces virtuels ouverts au monde entier. Pour cela , il faut s'appuyer sur l'utilisation des logiciels libres et la créativité des africains. Il a identifié des axes prioritaires qui sont : les musées, les associations culturelles, les bibliothèques, les archives, les listes électorales, un répertoire du monde africain des affaires, l'archivage de la presse écrite, de la radio et de la télévision, les ressources naturelles et l'artisanat. Il a insisté sur la presse écrite où notamment des vieilles technologies éprouvées pourraient être utilisées comme le font encore certains journaux en Occident. Sur la question des langues, il a insisté sur le fait qu'il fallait préserver notre identité à travers nos langues africaines tout en nous donnant les moyens d'accéder aux autres langues. Il a aussi souhaité que l'atelier prenne des recommandations immédiatement applicables.

Le quatrième intervenant , M. Mohamed Bassirou Diop a commencé par proposer que le thème de l'atelier soit libellé au futur pour renforcer le fait que c'est une projection vers l'avenir. Cette projection est réalisable car la créativité dont font preuve nos populations dans l'adversité est révélatrice de notre capacité à créer et à s'adapter. Pour réussir, l'Afrique doit mettre sur le marché mondial des produits et services dont la qualité est indiscutable. Elle doit faire un marketing audacieux dont sa diaspora pourrait être une cible privilégiée. L'Afrique doit aussi prendre en compte les avantages concurrentiels découlant des conséquences du passé colonial. Cette prise en compte ouvre la possibilité d'exploiter des segments du marché des TIC caractérisés par un besoin de main d'œuvre qualifiée à bon marché. Il faut en quelque sorte passer du concept de la " place du marché " à celui de " l'espace de marché ". Pour cela, la création de conditions favorables à l'investissement est indispensable, et une politique régionale basé sur les pôles d'expertise est souhaitable.

M. Assefa Dagne a d'entrée de jeu qualifier l'Afrique de superpuissance qui dort. L'Afrique doit rejoindre dignement la société de l'information dans une voie comme celle du NEPAD, et non se présenter en mendiant. Elle est riche de ses populations, des informations et des ressources non encore exploitées. Dans le cadre de la société de l'information, l'Afrique peut entrer en compétition avec le reste du monde dans des secteurs tels que la musique, les arts, l'histoire et les services. Les faibles coûts de revient de la main d'œuvre sont un avantage compétitif pour l'Afrique. En effet, les ressources humaines représentent environ 80% des coûts de développement des logiciels . Elle pourrait ainsi prendre sa place dans l'industrie informatique où près de 75% des coûts proviennent des logiciels, à l'intérieur de ces logiciels 60% concernent la maintenance. Il faudrait encourager et faciliter les projets des jeunes africains qui veulent se lancer dans cette compétition mondiale.

Après ces interventions riches en propositions, les débats se sont engagés suite à la synthèse faite par le modérateur. Plus de trente intervenants de plus de 20 pays ont pu ainsi enrichir la liste des contributions qui vous est communiquée ci-dessous. Cette force de proposition s'est enrichie des recommandations des rapports des ateliers pré-conférence notamment l'atelier sur les enjeux des logiciels libres et celui sur les langues africaines. Ces rapports sont plus détaillés et sont intégrés comme pièces jointes au présent rapport.

Recommandations

Plan général
· Les participants de l'atelier lancent un appel solennel à tous les gouvernements africains et à tous les africaines et africains pour exercer leurs responsabilités dans la mise en œuvre des résolutions et recommandations des forums africains précédents tels que les FDA, l'AISI et le CODI.


Plan politique et juridique
Les participants de l'atelier N°2 de la conférence régionale Bamako 2002 recommandent ce qui suit:

· L'engagement solennel des participants à soutenir les initiatives de l'Union Africaine et du NEPAD qui sont les cadres pour coordonner les actions et mettre en œuvre les projets majeurs visant à développer la contribution africaine à la société de l'information, en particulier la mise en place d'une dorsale internet (backbone) pour l'interconnexion des réseaux africains qui utiliserait au mieux les infracstructures existantes et à venir.
· L'accélération des réformes du secteur des TIC à travers la mise en place effective de politique de régulation favorisant la baisse des coûts qui est un incitant pour le développement des contributions africaines à la société de l'information.
· Le développement des échanges et la mesure des usages des TIC par la mise d'observatoires africains
· La coopération intra-africaine à travers les échanges d'expériences, la recherche de synergies régionales et des appuis mutuels dans le secteur des TIC
· L'organisation de la participation à l'élaboration d'un cadre légal approprié pour la société de l'information, à travers création d'un forum et d'une revue électronique pour les juristes africains afin de permettre l'émergence d'une contribution africaine de qualité
· La poursuite et l'extension de la bonne gouvernance en utilisant les TIC transparence des élections et des procédures des appels d'offres.
· La mise en application des décisions et des recommandations issues des rencontres régionales (ADF, AISI etc…)
· La mise en place de structures de suivi des décisions et des recommandations tant au niveau national, sous-régional que continental.


Plan du développement des contenus
Les participants de l'atelier N°2 de la conférence régionale Bamako 2002 recommandent ce qui suit:

· La production des contenus africains de qualité destiné en premier lieu au public africain pour la diffusion des initiatives locales et la valorisation des spécificités africaines telles que la culture, les arts, la musique, la biodiversité et les ressources naturelles,
· La mise en place de portails thématiques par secteur d'activité pour faciliter les échanges d'information et la démultiplication des pratiques exemplaires,
· La numérisation et mise en ligne des contenus africains du patrimoine et dans les secteurs comme les archives, les arts, des musées, la météorologie et les langues africaines en prenant les mesures adéquates pour leur protection.
· La facilitation de la recherche de l'information sur l'Afrique à travers les moteurs de recherche et annuaires spécifiques africains
· L'encouragement des médias africains qui sont les principaux moteurs de la production de contenus en ligne

Plan des ressources humaines
Les participants de l'atelier N°2 de la conférence régionale Bamako 2002 recommandent ce qui suit:

· La formation aux technologies de l'information doit être la priorité des priorités afin de valoriser la main d'œuvre africaine dont le faible coût devient en fait un facteur d'attraction des investissements privés
· La mise en réseau des grandes écoles africaines afin de diffuser l'information sur les programmes et les cours disponibles,
· L'encouragement des chercheurs africains à produire en Afrique des travaux en créant des conditions favorables à leur réalisation en s'appuyant sur les expériences à succès comme celles du Maroc et de la Tunisie.


Plan économique
Les participants de l'atelier N°2 de la conférence régionale Bamako 2002 recommandent ce qui suit:

· Le développement de produits financiers adaptés et accessibles en ligne pour ouvrir le marché africain aux investisseurs internationaux et faciliter la levée de l'épargne locale pour financer le secteur privé TIC
· La mise en place de politiques nationales d'information économique pour remédier à la rareté de l'information économique qui sert à la fois aux nationaux et au reste du monde dans le cadre de la mise en oeuvre des projets, et en particulier la mise en place d'un annuaire des entreprises africaines en ligne.
· L'encouragement et l'incitation du secteur privé africain à rechercher et à s'investir dans la fournitures de service dans le cadre des délocalisations basées sur les TIC comme par exemple les centres d'appels, la production de sites web et la traduction
· L'adoption d'une fiscalité incitative pour restaurer la compétitivité des entreprises africaines.

Plan technologique
Les participants de l'atelier N°2 de la conférence régionale Bamako 2002 recommandent ce qui suit:

· Sur la base des expériences déjà en cours dans un certain nombre, l'Afrique peut contribuer au développement d'applications innovantes à la pointe des technologies et cela est d'autant plus possible que l'essentiel des investissements sont des RH
· La vulgarisation et la diffusion des logiciels libres afin d'une part d'assurer une appropriation indépendante des TIC et d'autre part de mettre des outils performants et peu coûteux à la disposition des projets ayant une finalité de développement durable,
· L'appel à la définition d'une position africaine assurant la pérennité des logiciels libres en les protégeant contre les effets néfastes de certains accords internationaux notamment ceux sur la brevetabilité des logiciels à l'image des positions adoptées par l'Afrique du Sud et le Pérou sur la question.
· La réalisation d'un programme africain de recherche pour le développement d'outils pour transposer l'oralité sur l'internet dans les langues africaines en se basant sur les technologies existantes.
· Le dépôt officiel d'une liste de caractères africains composites dressée par les spécialistes africains auprès des instances de normalisation de l'ISO afin que les caractères africains soient pris en compte dans la norme UCS/JUC
· Les collaborations d'une part entre pays africains et d'autre part avec les pays asiatiques afin d'échanger sur les expériences sur le multilinguisme
· La vigilance des spécialistes africains et des représentants des gouvernements dans les instances de normalisation (ICANN, MINC, W3C, IETF etc…) afin que les futurs standards de l'internationalisation des noms de domaine soit compatible avec les caractères des langues africaines.

Plan du nouvel ordre mondial de la société de l'information
Les participants de l'atelier N°2 de la conférence régionale Bamako 2002 recommandent ce qui suit:

· Une présence équitable de l'Afrique est recherchée à travers la société de l'information dans le cadre d'un nouvel ordre de la société de l'information
· Ce nouvel ordre informationnel mondial repose sur la nécessité de préserver le patrimoine humain qui repose sur la diversité culturelle et en particulier le multilinguisme.
· Le nouvel ordre devra préserver aussi le droit des plus pauvres à utiliser les logiciels libres qui sont la manifestation de solidarité mondiale agissante contribuant de manière significative à la réduction du fossé numérique dans un contexte mondial caractérisé d'une part par la diminution de l'aide au développement, et d'autre part la nécessité de rechercher des modèles de développement durable en minimisant les charges récurrentes.


Plan sociologique
Les participants de l'atelier N°2 de la conférence régionale Bamako 2002 recommandent ce qui suit:

· La diffusion de la pensée africaine sur le réseau et notamment les modèles comme celui de l'arbre à palabres qui a été adopté par la communauté internationale à travers les processus pour arriver aux consensus

Les participants de l'atelier N°2 de la conférence régionale Bamako 2002 remercient les autorités maliennes pour toutes les facilités et la chaleur de l'accueil africain qui a été réservé aux participants.