Bamako 2002 Conference
Syfia
InternationaI agence de presse
avec l'appui du Programme des Nations Unies pour le développement PNUD-Mali
Le secteur privé
demande un coup de pouce
(Syfia Sénégal) A
Bamako, le Réseau des entrepreneurs d'Afrique de l'Ouest (Reao) a demandé aux
gouvernements de diminuer la fiscalité sur les Tic. Pour réduire la " fracture
numérique ", deux banques africaines, la BAD et la BOAD se sont engagées à créer
des Fonds de soutien destinés au secteur privé africain.
Forte fiscalité, insuffisance de
fonds de promotion, environnement réglementaire inadapté, faiblesse des infrastructures
technologiques sont autant d'obstacles dressés devant les entrepreneurs africains qui
veulent aujourd'hui s'investir dans les Technologies de l'information et de la
communication (Tic). A Bamako, lors de la conférence régionale africaine (25-30 mai)
préparatoire au Sommet mondial sur la société de l'information, prévu en 2003 en
Suisse, le Réseau des entrepreneurs d'Afrique de l'Ouest (Reao) s'est appesanti sur ces
difficultés qui l'empêchent de jouer un rôle actif dans ce secteur.
Présente dans 13 pays du continent, cette association compte plus de 300 chefs
d'entreprises. Son président, Mabousso Thiam (Sénégal) a appelé les gouvernements
africains à baisser les taxes tous azimuts sur les Tic et à " appliquer une
fiscalité de développement, notamment dans les politiques d'intégrations régionales
". Il faisait ainsi allusion au taux de 18 % de la Tva, (taxe sur la valeur ajoutée)
appliqué sur tout achat par les états de l'Union économique et monétaire ouest
africain. (Uemoa).
Premier à dénoncer les incohérences des gouvernements africains, un opérateur
économique burkinabé. " Les nouvelles technologies de l'information et de la
communication, dit-il, ne sont pas ouvertes au secteur privé à qui l'Etat demande
d'attendre 5 ans pour libéraliser ". Sur un ton amer, il ajoute : " Ce sera
trop tard ! ".
Un continent marginalisé. L'Afrique
est aujourd'hui marginalisée dans les télécommunications avec moins de 2 % des
investissements mondiaux et moins de 2 % des connections mondiales à Internet.
Réduire la fracture numérique signifie pour les entrepreneurs du Reao, une baisse
sensible des droits de douane et de la fiscalité ce qui faciliterait l'acquisition
d'ordinateurs, d'équipements informatiques, mais aussi un libre accès aux services
d'information à valeur ajoutée et aux Tic. sur lesquels les hommes d'affaires africains
sont prêts à investir. Toutefois, M. Thiam demande à ses collègues de jeter un regard
critique sur leur secteur en proie à ses propres faiblesses : manque de formation et
d'informations, de projets fiables, absence de partenariats nationaux et ou régionaux
pour mobiliser des capitaux propres, etc.
A ces mots, sans langue de bois, un entrepreneur malien ajoute d'autres maux : "
Absence de solidarité ! Manque de confiance mutuelle ! ". Cela, au moment où dans
le continent de pseudo-privatisations concoctées entre gouvernements africains et
multinationales publiques du Nord pénalisent les entrepreneurs nationaux dans
l'exploitation des atouts locaux des Tic : matériels, logiciels, etc. Pour parler de ces
difficultés, Ramanou Kouféridji, entrepreneur béninois à la tête d'un groupe de
télécommunication et d'une radio privée, n'y va pas par quatre chemins. " Le
problème crucial, martèle-t-il, c'est l'accès aux financements ". L'adage malien
rappelle justement que " il faut être riche pour avoir de l'argent ". A ses
troupes, M. Thiam demande de faire face au nouveau contexte dans leurs pays respectifs
afin de mieux s'adapter à l'évolution des Tic, comparées à juste titre à la
révolution industrielle du 19e siècle, que l'Afrique ne doit pas rater.
La Bad et la Boad à la rescousse. A
Bamako, cette vision a été largement partagée par les banquiers africains. C'est ainsi
que les représentants de la Banque Ouest africaine de développement (Bad) et celle
d'Afrique de l'Ouest (Boad) ont rappelé leur soutien aux Etats et au secteur privé, à
travers le Reao, notamment. Ainsi, ces dix dernières années, la Bad a injecté 1
milliard de dollars (près d'un milliard d'euros) dans les pays membres pour 24 projets de
télécommunications. Au Cameroun, par exemple, elle a payé 209 millions d'euros pour
installer un réseau de téléphonie cellulaire pour 35 000 abonnés.
A Bamako, au Forum sur le rôle du secteur privé africain dans le développement des Tic,
Mahib Cissé, le représentant de la Bad, a révélé que son institution prévoit
d'ouvrir cette année un Fonds destiné aux Tic au profit des Etats membres ou
d'initiatives privées présentant des projets viables. Le représentant de Boad, A.
d'Almeida a, quant à lui, annoncé la mise en place d'un Fonds d'investissement pour
accompagner les privés africains. " Si le projet d'un promoteur est retenu, celui-ci
financera un tiers de l'investissement dans les Tic et la Boad intervient jusqu'à 50
%
", a expliqué le banquier. Il ajoute que ces dernières années, la Boad est
plusieurs fois intervenue dans le secteur des télécommunications classiques et de
téléphonie cellulaire au Bénin, au Burkina-Faso, et en Côte d'Ivoire. Cette stratégie
d'intervention, selon les banquiers, va être coordonnée au sein de la Communauté
économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao). Elle répond également aux nouvelles
orientations du Nepad, le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique,
soutenue par la communauté internationale.
Mais pour les entrepreneurs du Reao, ces appuis resteront inefficaces sans un
environnement réglementaire, sûr, sain et crédible, dans un Etat de droit pratiquant la
bonne gouvernance et assurant une libre concurrence loyale favorisant la compétitivité.
Madieng Seck
Syfia International Envoi n°02-11 -
Juin 2002
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