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Search | What's New?| Site Map | Discussion Lists Étude sur l'Efficacite des Instruments de la Politique de l'Informatique en Afriquele Cas de Madasascarpar Roger AdrianasolaOn peut distinguer cinq grandes périodes de l'évolution de la politique informatique à Madagascar de 1953 à ce jour.
I) De 1953 à 1963. Période mécanographique : utilisation des perforateurs, tabulateur, trieuse, calculatrice et cartes perforées. La politique consistait à diffuser dans les six provinces de Madagascar le matériel et chaque traitement mécanographique. Chaque province dispose donc chacune son atelier et les traitements suivants: - Gestion administrative - Fiscalité La province d'Antananarivo, la capitale, traitait en plus le commerce extérieur. Le Ministère des finances était le responsable de ces différents ateliers et traitements par le biais d'une direction technique qui n'est autre que la Division statistique. Le personnel à partir de l'indépendance de Madagascar est composé essentiellement de malgaches: chef de centre, chef opérateur, programmeur, perfo/vérif. Ceux-ci ont obtenu une formation sur place dipensée par le fournisseur.
II) De 1963 à 1972. L'ordinateur fait son apparition. La politique suivie est la maîtrise de l'utilisation de l'ordinateur. Le Ministère des finances, et en particulier la Division statistique, reste le seul responsable de la politique informatique à Madagascar. Les ateliers de mécanographie des provinces sont abandonnés au profit d'un syst me informatique centralisé à Antananarivo : création de deux centres ayant des ordinateurs IBM 1401 - A la Division statistique : avec deux machines de 12 Ko et 8 Ko de mémoire, disque dur, bande magnétique et imprimante. - Au Réseau National des Chemins de Fer Malagasy : avec 12 Ko de mémoire, disque dur et imprimante. Pour maîtriser l'utilisation de l'ordinateur, la stratégie utilisée a été simplement la formation. Tous les anciens cadres en mécanographie ont re u la formation sur les nouvelles machines par le constructeur lui-même. Ceux-ci ont réalisé la conception, le développement et l'exploitation de toutes les applications informatiques dont : - Solde - Fiscalité rurale/urbaine - Gestion administrative - Commerce extérieur - Gestion du parc auto - Recettes et dépenses de l'état - Comptabilité fiscale - Comptabilité des bons de caisse (titre de paiement) La maîtrise des applications informatiques et l'utilisation de l'ordinateur étaient telles que Madagascar a toujours refusé l'aide ou l'intervention de sociétés de service et de conseil informatique étrang res comme la SINORG. En 1968, la Conférence des chefs d'état et de gouvernement de l'OCAM réunie au TCHAD avait reconnu l'importance de l'informatique dans le développement économique et social de l'Afrique. La création de l'Institut Africain de l'Informatique a été décidée. Des malgaches ont recu la formation à l'IAI et Madagascar avait reconnu au même titre que les autres pays Africains, la formation informatique en tant qu'investissement. En conclusion de cette période, on peut
estimer que les objectifs fixés par la politique informatique sont suffisamment atteints.
III) De 1972 à 1975.Le développement technologique est tel que les constructeurs ont proposé leur matériel à plusieurs entités publiques : - La Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNAPS) - Le Ministère des travaux publics - l'Université de Madagascar - Autres sociétés privées. Le Ministère des finances et la Division statistique ne pouvaient plus, du fait de la politique du gouvernement de transition apr s les événements de 1972, décider seuls de la politique informatique à Madagascar. Par le décret 73030, le gouvernement a décidé la création d'un Comité informatique chargé d'énoncer une politique informatique claire, d'élaborer des stratégies permettant d'atteindre les buts fixés par cette politique. La politique informatique retenue pour cette période a été : "Essai de maîtrise des co ts". Constatant le montant du budget informatique par an de 1,2 milliard de Francs Malagasy (alors équivalent du CFA), le Comité informatique préconise la création d' un centre informatique unique, doté d'une machine très puissante pouvant satisfaire à tous les besoins et traitements des entités présentes, pour ne pas avoir plusieurs centres disparates à la merci des constructeurs qui de plus ont leur spécificité quant au syst me d'exploitation, langage de programmation pour chacune de leur mod le proposé. De plus, la création d'une Direction nationale de l'informatique a été proposée au Conseil de gouvernement. Le Comité informatique a préconisé la centralisation du budget d'achat de la supermachine au niveau de la Division statistique. Une opération de refacturation aux anciens centres serait appliquée une fois l'achat effectué. Un appel d'offre a été lancé et le BULL 6000 1024 Ko de mémoire a été retenu mais n'a jamais été acheté. Le projet n'a pas abouti faute de budget réellement alloué et la création effective de la Direction nationale de l'informatique n'a jamais été réalisée. De plus le gouvernement de transition a pris fin en 1975 par l'instauration d'un nouveau régime qui n'a plus reconnu le Comité informatique et par conséquent sa politique informatique. Les founisseurs ont donc installé leurs machines dans les centres individuels suivants: - Division statistique - Réseau National des Chemins de Fer Malagasy (RNCFM) - la CNAPS - le Ministère des travaux publics - l'Université de Madagascar - le Port de Tamatave - quelques sociétés privées. Pendant cette période, le Comité informatique a quand même réussi à envoyer trois étudiants boursiers pour la formation MIAGE au titre de la coopération fran aise. C'est la seule action du Comité pour la formation. Pendant les années 1975 à 1979, aucun organisme n'a pris le relais du Comité informatique. Plusieurs ordinateurs de différentes marques
ont simplement renforcé le parc public et surtout privé. Leur entrée et leur
utilisation n'ont fait l'objet d'aucune réglementation. IV) De 1979 à 1988Au début de cette période, Monsieur le Président de la République Démocratique de Madagascar a nommé un conseiller spécial responsable de la politique informatique, en la personne de Monsieur RABEARIVELO Andriamalagasy, Directeur Général de l'Institut Malgache d'Innovation (IMI), qui va prendre seul en main la destinée de l'informatique pendant plusieurs années. Le socialisme démocratique étant etabli à Madagascar, l'intérêt au niveau national doit primer même au détriment des intérêts individuels. Monsieur le Conseiller spécial a basé sa politique sur l'harmonisation du parc, la formation d'un personnel compétent et en nombre suffisant et la maîtrise de la technologie en partant des constatations et arguments suivants. . Le parc informatique à Madagascar au début de cette période est composé d'environ une quinzaine de matériels jugés surdimensionnés par rapport à la compétence du personnel mais dont la technologie est dépassée. . Le cloisonnement des matériels : chaque constructeur a sa politique quant à la spécificité de leur machine et à la portabilité des applications même au niveau de différents mod les d'une même marque. On note quelques constructeurs seulement présents à Madagascar : IBM, BULL,NCR pour l'informatique et BURROUGHS et OLIVETTI pour les machines comptables électroniques. . Le personnel informatique est peu nombreux et constitue de techniciens supérieurs, formés sur le tas ou par les constructeurs, qui maîtrisent assez mal les applications dont les sources sont souvent absentes et écrites en langage spécifique de chaque constructeur tel le GAP ou TAB ... Les actions qui ont été entreprises tendent toutes vers une centralisation trs a!gue pour contre-carrer ces faits jugés néfastes pour le developpement du socialisme malgache. * Harmonisation du parc. Quatre décisions principales ont été prises : - En 1980 : ne retenir qu'un nombre limité de mod les de machine répondant au critère de portabilité des applications. Un seul constructeur a été jugé apte pour les gros systèmes : BULL qui contr lera alors les 70 % du parc à Madagascar pendant la période 1979-1988. - En 1980 : Promotion du langage de programmation COBOL C . Malgré la réticence des constructeurs, le COBOL est le seul langage retenu, préconisé et même imposé. Ceci est dans le but de portabilité des applications d'une machine à une autre. Les applications informatiques existantes à Madagascar sont pratiquement de gestion en cette période. Chaque centre est donc invité à faire la transposition de ses programmes ou à la limite, les réecrire dans le cas o les sources sont introuvables. Des cours et des séminaires sur le COBOL compatible ont été organisés avec l'aide de la coopération francaise. La totalité des informaticiens programmeurs et analystes programmeurs (une cinquantaine environ) ont suivi ces séances. - En 1980 : changement de support et d'appareil de saisie : Tous les anciens perfo/virif à cartes sont remplacés par de machines BULL KDS ou KDU à diskette, retenues à partir du dépouillement d'un appel d'offre lancé et sur le crit de contrainte de maintenance exigeante. Dès lors, toutes les autres sociétés sont obligées d'acquérir ces appareils BULL pour le besoin de compatibilité de transfert des fichiers, et ce malgré un matériel informatique de marque différente. - Dès 1980 : Réglementation des entrées de matériels informatiques, même ceux qui sont qualifiés de familiale, o l'importation de pièces de rechange de ces mêmes matériels doit avoir l'approbation et la signature de Monsieur le Conseiller spécial. L'argument avancé par le signataire est toujours la compatibilité: éviter aux PC non compatibles de proliférer à Madagascar, surtout que les missionnaires et experts des organismes internationaux laissent après leur passage leurs matériels jugés alors inadaptés et inutilisables. * Formation de personnel informatique compétent. Outre les formations et séminaires sur le COBOL C cités auparavant, la création d'une Ecole Nationale d'Informatique a été décidée en 1982 dont l'objectif immédiat est la formation d'analystes programmeurs en deux ans. A la fin de l'année 1984 l'ouverture d'un second cycle est décidée pour former des techniciens et ingénieurs mais la réalisation effective ne s'est faite qu'avec la seconde promotion faute de moyen matériel. Le premier cycle compte cinquante étudiants admis sur concours parmi 2000 postulants et le second cycle 25 parmi les meilleurs du 1er cycle. Cette école est située à Fianarantsoa, à environ 500 Km au sud de la capitale, qui abrite en même temps le Centre Universitaire Regional dont la vocation est essentiellement scientifique. La plupart des sites informatiques sont par contre situés à Antananarivo. Une partie est implantée au port de Tamatave. Le financement s'est fait à partir des fonds de l'Etat malagasy et ceux de l'IBI (Intergovernemental Bureau for Informatic). Les moyens matériels: Au début, 10 postes composés chacun d'un processeur 68000 sur carte sans boîtier, d'un moniteur et d'un clavier sont utilisés pour les travaux pratiques. Dotation l'année suivante, de 2 micromachines SYMAG 4000 Quelques années plus tard : + Un appareil NORMEREL fonctionnant sous UNIX avec 6 terminaux et un disque dur de 40 Mo + 8 microordinateurs compatibles PC IBM La bibliothèque: La documentation est quasi inexistante due au manque cruel de financement. D'autre part, le Centre universitaire régional de Tamatave, spécialisé en gestion et économie a essayé d'accaparer en vain ce projet de formation malgré l'appui de la coopération fran aise. Le centre a donc d se contenter d'introduire des cours informatiques pour ses étudiants en gestion et économie et dispensés par des coopérants ou des professionnels autochtones. Les travaux pratiques se passent essentiellement au centre informatique du port de Tamatave. D'autre part le centre de formation comptable d'Antananarivo INSCAE a essayé d'introduire l'informatique dans ses cours avec l'aide de la Banque mondiale qui financait une trentaine de microordinateurs importés directement malgré la réticence de Monsieur le Conseiller spécial. Malheureusement la compétence du personnel n'a permis d'utiliser ces matériels à bon escient. * maîtrise de la technologie en micro-électronique. En 1981, un partenariat de l'Institut Malgache d'Innovation avec la SYMAG, une société francaise, est décidé. Le but est le transfert de la technologie pour l'assemblage des microordinateurs et la recherche. Une usine de montage de ces appareils a été même prévu. La plupart du monde informatique à Madagascar, y compris les constructeurs, est défavorable à ce projet de montage car le marché malgache n'est pas encore un marché potentiel permettant d'écouler les produits de l'assemblage et le projet est jugé trop ambitieux, l'évolution de la technique étant très rapide et l'usine risque de ne pas suivre. D'autant plus que la société SYMAG s'est écroulée en France et le projet évidemment abandonné, mais une autre société socialiste, la Société Malgache de Traitement Informatique (STIM), est créée pour être le distributeur de SYMAG au départ et NORMEREL quelques années plus tard. La STIM a eu alors automatiquement le quasi-monopole en matière de micro-informatique jusqu'en 1988, tous les autres étant bloqués par la réglementation des importations. Tous les ministères, sociétés d'état, sociétés socialistes ou sociétés d'économie mixte ont été obligés d'acheter des matériels informatiques évidemment chez la STIM qui apposait sur ses matériels des labels à consonnances bien malgaches tel "LEFONA" (sagaie) "PRINTY" (imprimante) ... La plupart de ces matériels ont été sous-utilisés faute de compétence de l'utilisateur. Evaluation de la politique. La politique informatique pendant cette période a suivi la politique socialiste démocratique avec son aspect tres dirigiste etdont les retombées économiques n'ont finalement profité qu'à un nombre restreint de bénéficiaires qui rgnaient en situation de quasi-monopole. . Harmonisation du parc. BULL a eu pendant cette période près de 70 % du parc des mini ou gros systèmes et 100% des matériels de saisie. Il faut noter que l'évolution de la technologie est telle que l'arrivée de nouveaux matériels de plus en plus puissants et de plus en plus compacts, la mise en place de réseau, l'apparition de nouveaux standards en matière de système d'exploitation va modifier ce découpage de marché et rendre caduque cette politique d'attribution. . Réglementation. La réglementation de toute importation de matériel informatique a bénéficié essentiellement à la société STIM, pour les microordinateurs, qui imposera les options qu'elle aura jugé valable, or au début l'option multiposte sous CP/M a été retenue contrairement à la solution monoposte MS/DOS qui s'est imposée à l'extérieur. Il a donc fallu effectuer un revirement pour pouvoir rattraper le retard accumulé d a une mauvaise stratégie. . La politique de formation. La politique s'est surtout heurtée à la réticence des universitaires et des bailleurs de fonds quant au choix de la forme de l'établissement et son lieu d'implantation. En conséquence, le matériel didactique et la bibliothèque sont très defiscients faute de crédit, ce qui handicape énormément les étudiants qui sortent ingénieurs informaticiens sans avoir eu de pratique normale. Heureusement ceux-ci ont comblé cette lacune par les stages en société et la plupart ont bien réussi. Cette réticence des bailleurs de fonds, dont la Banque mondiale, est probablement la conséquence de l'attribution de monopole de vente à la STIM. Cet organisme financier international a donné des fonds pour l'achat de matériels informatiques (non vendus par la STIM) pour l'INSCAE , centre de formation comptable. . La maîtrise de la technologie. Ce fut un échec car la société SYMAG elle-même, chargée du transfert de technologie s'est effondrée. De plus - l'option choisie n'est pas de standard international. - Le projet a rencontré la réticence du monde informatique. - L'idée est trop t t pour les malgaches,
non encore prêts pour ce genre d'industrie, mais trop tard de par l'évolution de la
technologie. CONCLUSIONS GLOBALESMadagascar en cette période était en situation de récession économique. La politique générale suivie était donc l'austérité pour éviter les dépenses inutiles pour la nation. La politique informatique était par conséquent tr s dirigiste et restreignante que son développement s'en était trouvé tres freiné, ce qui est ressenti comme un échec. A part les décisions prises, aucune loi sur l'informatique n'a été promulguée, aucun plan informatique n'a été élaboré. V) De 1988 à ce jour. Juillet 1988 : le système des importations n'est plus officiellement réglementé. C'est une des conséquences importantes de la politique de libéralisation entamée à Madagascar et recommandée par la Banque mondiale et le FMI pour redresser l'économie. Pendant cette période, les régimes mis en place successivement (fin de la deuxième République, transition et troisi me République) ont appliqué la politique de libéralisation de l'informatique. L'Etat n'intervient donc plus dans les opérations qui touchent l'informatique sauf au niveau de la formation par l'ENI et par l'organisation de stages en entreprises. Le Ministère de l'enseignement supérieur prend seul les décisions concernant l'ENI et les enseignements au sein des différents centres régionaux mais se heurte principalement au problme de financement. Les ministères essaient pour leur part de faire appel aux opérateurs économiques privés malgaches et/ou étrangers pour l'informatisation de leurs départements en réalisant des plans directeurs en organisation et informatique suivis d'appel d'offre pour le matériel, le logiciel et le développement des applications sur financement propre de l'Etat ou d'organismes internationnaux tels BAD,CFD,Banque mondiale (IDA CRESED, CRESSAN...), FED, FAC ... La libéralisation est telle que : - Aucun organe de décision, de réflexion ou de consultation n'est constitué. - Aucun règlement n'est pris au niveau du matériel, logiciel, plan de développement, sécurite, confidentialité ni propriété intellectuelle. - Pour la transmission de données, les installations des télécommunications malgaches étant très vétustes, peu d'entreprises ou d'administrations ont recours à ce procédé de transfert, ce qui explique l'absence de politique de tarification ni de règlement lié à la télématique. - Les matériels et logiciels informatiques se sont proliférés anarchiquement et nombre d'entre eux sont utilisés à 40 % de leur capacité et pour des fins souvent bureautiques. - Les sociétés de service, de représentation et surtout de formation se sont multipliées sans aucun règlement ni contrôle quant à la qualité des prestations fournies. L'informatique à Madagascar navigue au gré des nouvelles modes venues d'ailleurs sans aucun jalon pour essayer de rentabiliser au maximum les investissements. Ceci est la ran on de la politique menée dans la période précédente.
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Last updated: 07 March 2003