| Allocution
Cérémonie
d'ouverture de la réunion du groupe d'experts sur le renforcement
du commerce dans les stratégies nationales de développement
Délivrée
par Mme Karima Bounemra Ben Soltane,
Directrice du Bureau Afrique du Nord de la Commission économique
pour l'Afrique (CEA)
Casablanca,
lundi 29 Mai 2006
Monsieur
Khalid Sayah, Directeur des relations commerciales internationales,
Ministère du Commerce Extérieur, Royaume du Maroc,
Monsieur
Mourad Wahba, Représentant résident du PNUD et Coordonnateur
du Système des Nations Unies au Maroc.
Mesdames
et Messieurs les Coordinateurs Résidents du Système
des Nations Unies.
Monsieur
le Directeur de la Division du Commerce et de l'Intégration
Régionale de la Commission économique des Nations
Unies pour l'Afrique (CEA).
Distingués
délégués
Chers
collègues du Système des Nations Unies
Mesdames
et Messieurs
C'est
avec grand plaisir qu'au nom de Monsieur Abdoulie JANNEH, Secrétaire
Général Adjoint des Nations Unies et Secrétaire
exécutif de la Commission économique des Nations Unies
pour l'Afrique, je vous souhaite une chaleureuse et cordiale bienvenue
à cette réunion d'experts sur "le renforcement
du Commerce dans les stratégies nationales de développement"
conjointement organisée par la division du Commerce et de
l'Intégration Régionale de la Commission Economique
des Nations Unies pour l'Afrique (CEA), le Centre Africain des Politiques
Commerciales, le Bureau Régional pour l'Afrique du Programme
des Nations Unies pour le Développement et le Ministère
du Commerce extérieur du Royaume du Maroc.
C'est
également un privilège pour moi et pour tous mes collègues
du Bureau de la CEA pour l'Afrique du Nord de vous accueillir ce
matin à Casablanca, ville du commerce par excellence.
Je
souhaiterais exprimer à travers vous, Monsieur le Directeur,
la profonde reconnaissance de la CEA au Royaume du Maroc, pays hôte
de cette manifestation et du Bureau de la CEA pour l'Afrique du
Nord, pour l'accueil et l'hospitalité généreuse
qu'il ne cesse de nous apporter.
Monsieur
le Directeur,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Le
défi le plus important en matière de développement
est d'éradiquer la pauvreté. Tandis que plusieurs
pays en développement d'Asie et d'Amérique latine
l'ont relevé avec succès en enregistrant d'énormes
reculs de la pauvreté durant les deux dernières décennies,
les progrès réalisés par notre Continent restent
faibles.
Dans
leur Déclaration du Millénaire, 147 Chefs d'Etat et
de Gouvernement se sont engagés à travailler notamment
pour l'éradication de la pauvreté extrême et
de la faim dans les pays pauvres. Six ans après l'adoption
de la Déclaration du Millénaire, il apparaît
de plus en plus clairement que, étant donné la performance
économique récente de l'Afrique, il est peu probable
que les buts et les objectifs clés de la déclaration
seront atteints. Malgré les efforts déployés
par certains pays qui ont enregistré des avancées
positives, si les tendances actuelles persistent, plusieurs pays
de la région ne vont probablement atteindre aucun des objectifs
du Millénaire pour le Développement (OMD).
Cette
prise de conscience de l'ampleur du problème a conduit à
une recherche de mécanismes pour sortir l'Afrique du piège
actuel de la pauvreté. Dans ce cadre, le renforcement du
commerce constitue certainement l'un des moyens de redynamiser le
développement du continent et ainsi atteindre les OMDs.
Mesdames
et Messieurs,
L'histoire
et les preuves empiriques suggèrent que le commerce, soutenu
par des politiques nationales appropriées et un environnement
externe favorable, peut jouer un rôle crucial dans la quête
d'un développement économique durable dans les pays
pauvres. Il est aussi largement reconnu que pour que le commerce
serve l'Afrique et réduise la haute incidence de la pauvreté
sur le continent, il est nécessaire de mieux l'intégrer
et de le renforcer dans les programmes et politiques de développement
des pays africains. Il faut également mettre le développement
au cœur de la formulation des politiques commerciales et assurer
que les stratégies correspondantes aient un impact positif
sur la réduction de la pauvreté.
Jusqu'à
présent, l'Afrique n'a pas réellement tiré
de bénéfices significatifs du commerce. Il y a plusieurs
raisons à ce phénomène. J'en citerai deux principales :
l'une liée à l'environnement international et l'autre
à des considérations nationales.
-
La première découle des politiques et pratiques commerciales
injustes menées par les pays développés qui
ont rendu difficile l'accès à leurs marchés
pour les exportations des pays africains. Ces pratiques incluent
les barrières tarifaires et non-tarifaires, ainsi que les
subventions à l'exportation et les politiques de soutien
interne qui réduisent les prix des biens exportés
par les pays africains. La question de l'accès aux marchés
revêt un caractère crucial pour l'Afrique. Depuis l'avènement
de l'OMC et le rôle de plus en plus dynamique qu'ils y jouent,
les pays africains n'ont cessé de mettre l'accent sur cette
question. Probablement plus qu'ailleurs dans le monde, la question
de l'accès aux marchés est centrale pour le développement
de l'Afrique. Cette situation trouve son explication dans l'étroitesse
des marchés africains et la nécessité pour
le Continent de se tourner vers les marchés d'exportation
afin d'appuyer les dynamiques de croissance et les efforts en matière
de diversification des structures productives.
-
La deuxième raison pour laquelle les pays africains n'ont
pas tiré de bénéfices significatifs du système
commercial multilatéral est que la plupart d'entre eux n'ont
pas réussi à intégrer le commerce dans leurs
plans nationaux de développement et donc ont été
dans l'impossibilité d'exploiter les nouvelles opportunités
de commerce créées dans le cadre du système
commercial multilatéral. Au contraire, les pays d'Asie orientale
comme Singapour, la Malaisie, la Corée du Sud ou encore Hong-Kong
ont bien réussi à intégrer le commerce dans
leurs stratégies de développement et sont ainsi en
mesure de tirer profit des opportunités offertes par le système
commercial multilatéral. L'expérience asiatique montre
bien qu'une politique commerciale stratégique ne peut se
limiter au choix entre la libéralisation et la protection ;
elle doit pouvoir appuyer des options de développement spécifiques.
Ainsi, pour retirer le maximum de gains de la diversification, les
pays africains devraient faire de leurs politiques commerciales
des instruments dynamiques au service des objectifs de diversification
des structures économiques.
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Les
pays africains font face à de sérieuses contraintes
de l'offre et cela limite leur capacité à s'étendre
vers de nouveaux marchés. Plusieurs pays comptent uniquement
sur l'exportation de quelques matières premières aux
prix très volatils. Ils ont également tendance à
produire des biens ayant de très faibles élasticités-revenu
de la demande, limitant ainsi leur capacité d'exploiter les
bénéfices associés à l'exportation de
produits dynamiques. La faible diversification dans les produits
manufacturés les rend vulnérables aux chocs externes
ce qui implique des conséquences sévères pour
leurs performances économiques.
De
toute évidence, les politiques économiques dont les
politiques commerciales ont été largement marginalisées
dans les années 80. Cette marginalisation a joué un
rôle dans l'annulation des gains que les pays africains avaient
commencé à enregistrer dans le renforcement de la
diversification, comme on l'avait constaté à la fin
des années 70. Cela étant, il importe de noter que
l'option en faveur des politiques macroéconomiques se fondait
sur des préoccupations légitimes, à savoir
la nécessité de faire face aux crises économiques
du début des années 80. Cependant, ces politiques
ont eu des effets néfastes sur l'investissement et la croissance
et ont érodé les progrès réalisés
en matière de diversification.
Mesdames
et Messieurs,
Nous
devons prendre en compte l'expérience accumulée par
les pays africains à ce jour dans l'élaboration de
ces politiques économiques. Ainsi, en ce qui concerne les
politiques commerciales dynamiques, il s'agira d'éviter les
deux extrêmes qui n'ont pas permis aux politiques commerciales
de produire les résultats escomptés. Les politiques
commerciales visant à appuyer la diversification ne doivent
pas être axées sur une protection sans limites des
marchés intérieurs. L'application de ce type de politiques
dans le passé avait provoqué d'importantes distorsions
dans les économies africaines avec une mauvaise allocation
des ressources et un recul de la croissance et de la productivité.
D'un autre côté, les politiques commerciales au service
de la diversification ne doivent pas être calquées
sur les politiques commerciales libérales orthodoxes qui
visent l'ouverture incontrôlée de nos économies
aux marchés extérieurs. Les pays africains devraient
utiliser les politiques commerciales de manière stratégique
en vue d'assurer une plus grande diversification de leur tissu industriel.
Ces politiques doivent être dynamiques, adaptables et différenciées
en fonction des secteurs et des différents segments de chaque
secteur pour que la diversification contribue effectivement aux
efforts de développement. De surcroît, pour que les
politiques macroéconomiques et les nouvelles politiques économiques
puissent donner les meilleurs résultats en matière
de diversification, les pays concernés doivent impérativement
renforcer leurs institutions. Un récent rapport de la CEA
a montré que les conflits et la gouvernance avaient des effets
considérables sur la diversification. A cet égard,
les recommandations de politique générale découlant
de ces résultats soulignent que les pays doivent investir
davantage dans le renforcement des institutions.
Mesdames
et Messieurs,
C'est
dans ce contexte que la Commission Economique des Nations Unies
pour l'Afrique, en collaboration avec le Programme des Nations Unies
pour le Développement et son Bureau Régional pour
l'Afrique, ainsi que le Ministère du Commerce extérieur
du Royaume du Maroc, ont décidé d'organiser conjointement
une réunion qui permettra aux pays africains de se concerter
afin d'identifier les voies et moyens de résoudre certains
des facteurs limitant leurs capacités à formuler des
politiques commerciales cohérentes et de profiter des opportunités
créées par le système commercial multilatéral.
Plus spécifiquement, nous en sommes persuadés, la
réunion fournira un forum aux décideurs, aux chercheurs
et plus globalement aux différents partenaires du développement
pour étudier les questions suivantes :
-
Examiner les problèmes majeurs liés à l'intégration
efficace des politiques commerciales dans les stratégies
nationales de développement;
-
Evaluer dans quelle mesure les pays africains ont essayé
d'intégrer efficacement le commerce dans leurs stratégies
nationales de développement;
-
Tirer des leçons des expériences de certains pays
asiatiques et d'Amérique latine et évaluer comment
l'intégration du commerce pourrait être efficacement
gérée afin de rapporter des bénéfices
concrets aux pays africains; et
-
Discuter de la coordination qui pourrait être réalisée
au niveau national afin d'assurer une plus grande participation
du secteur privé, de la société civile,
et de tous les acteurs qui pourraient jouer un rôle plus
actif dans le processus de mise en place de politiques commerciales
en Afrique.
Mesdames
et Messieurs,
L'objectif
principal de cette réunion est donc de contribuer à
renforcer les capacités des pays africains à formuler
des politiques commerciales efficaces et à les intégrer
dans leurs stratégies nationales de développement
et de réduction de la pauvreté. En ce faisant, nos
pays seront en meilleure position pour exploiter les opportunités
potentielles du système commercial multilatéral. Ils
réussiront à assurer plus de cohérence entre
politique commerciale et politiques économiques et sociales.
Nous
sommes convaincus, à la CEA, que nos échanges, nos
discussions et nos analyses seront une étape importante dans
la marche de notre Continent vers un développement humain
plus rapide et durable.
Je
terminerai par un mot sur les activités du Bureau de la CEA
pour l'Afrique du Nord qui se rapportent au sujet qui nous réunit
aujourd'hui.
En
effet, nous avons choisi de placer l'année 2006 sur le thème
du commerce. Dans ce cadre, nous organisons en juin 2006 une rencontre
sur les règles d'origine. En novembre 2006, lors du forum
pour le développement de l'Afrique du Nord, nous nous intéresserons
aux défis et opportunités du commerce et de l'intégration
régionale. Nous le ferons avec plusieurs partenaires dont
le Ministère du Commerce extérieur du Maroc. Vous
y êtes toutes et tous cordialement invités.
Encore
une fois, je voudrais remercier tous les délégués,
les intervenants et les partenaires de leur présence et de
leur participation.
Je
souhaite plein succès à nos travaux et vous remercie
de votre aimable attention.
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