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Examen régional africain des questions de mise en œuvre soumis à la quatorzième session de la Commission du développement durable (CDD-14)
Rapport sur "l'énergie et le développement durable"
Préparé par la Commission
économique pour l'Afrique (CEA)
au nom du secrétariat conjoint CEA, PNUE, UNIDO, PNUD, BAfD et secrétariat
du NEPAD.
Introduction
1. L'Afrique est dotée de ressources énergétiques diverses, notamment d'importantes réserves de pétrole, de gaz et de charbon qui représentent, respectivement, 9,4 %, 7,9 % et 5,5 % du total des réserves mondiales1. Le potentiel hydroélectrique du continent correspond à 13 % du potentiel mondial. Cependant, les ressources énergétiques sont inégalement réparties entre les différentes régions du continent. L'essentiel du potentiel hydroélectrique est en Afrique centrale et en Afrique de l'Ouest; les ressources pétrolières et en gaz se situent dans les régions occidentales et septentrionales du continent; les réserves de charbon sont concentrées quasi exclusivement en Afrique australe et l'énergie géothermique n'est développée qu'en Afrique de l'Est. Soixante-huit pour cent de l'ensemble des réserves prouvées de gaz naturel du continent se trouvent au Nigéria et en Algérie, alors que plus de 74 % des réserves prouvées de pétrole se trouvent au Nigéria et en Libye.
2. En Afrique, l'énergie est produite essentiellement à partir de la biomasse (47 %), du pétrole (24,8 %), du charbon (16,5 %), du gaz (10,4 %) et d'autres sources d'énergie renouvelable comme les petits et les grands barrages hydroélectriques, l'énergie solaire et l'énergie géothermique (1,3 %)2. Le continent bénéficie d'une irradiation solaire abondante de l'ordre de 5 et 7 kWh/m², toute l'année, et bénéficie d'un potentiel relativement important d'énergie éolienne en Afrique du Nord, en Afrique australe et en Afrique de l'Est. Enfin, son potentiel d'énergie géothermique est estimé à 9 000 MW dans la vallée du Rift, en Afrique de l'Est3.
3. L'électricité est généralement produite à partir du charbon (46 %), du gaz (23 %), de l'eau (18 %), du pétrole (11 %) et du nucléaire (2 %). D'autres sources d'énergie renouvelable comme l'énergie solaire, géothermique, éolienne, etc. n'ont joué jusqu'ici qu'un rôle insignifiant. Il y a sur le continent de fortes disparités d'un pays à l'autre: l'Afrique du Sud à elle seule génère près de la moitié de la production totale d'électricité de l'Afrique. De nombreux pays, surtout subsahariens, l'Afrique du Sud mise à part, sont fortement tributaires de l'énergie hydraulique (70 à 80 %) pour produire de l'électricité.
4. La consommation d'énergie en Afrique est largement dominée par les sources de combustibles renouvelables (biomasse, déjections animales, déchets urbains et industriels). L'énergie produite à partir de la biomasse représente plus de 30 % de l'énergie consommée en Afrique et plus de 80 % dans de nombreux pays d'Afrique subsaharienne. La biomasse constitue la principale source d'énergie de la grande majorité des ménages africains, essentiellement pour la cuisson des aliments, le séchage et le chauffage des locaux. Certes, les données sur l'accès à l'électricité varient considérablement selon les sources, mais l'Agence internationale de l'énergie (AIE) indique que les taux moyens varient entre 70 % et plus de 94 % en Afrique du Nord et sont de 23 % en Afrique subsaharienne et qu'il y a de gros écarts d'un pays à l'autre (moins de 4 % en Ouganda, par exemple, contre 66 % en Afrique du Sud ou 100 % à Maurice), et entre les zones urbaines et les zones rurales, les taux pouvant être dans ces zones d'à peine 1 %4.
Examen des objectifs, cibles et engagements pris dans Action 21, dans le Programme relatif à la poursuite de la mise en oeuvre d'Action 21, à la neuvième session de la Commission du développement durable et au Sommet mondial pour le développement durable
5. Action 21, le Programme relatif à la poursuite de la mise en oeuvre d'Action 21, la Commission du développement durable et le Sommet mondial pour le développement durable demandent que la priorité soit accordée aux questions d'énergie par les décideurs, les institutions financières, les organisations régionales, les acteurs du développement, et toutes les autres parties prenantes, en vue de réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement et du développement durable en Afrique. Il faudrait tenir compte des problèmes énergétiques dans les programmes socioéconomiques, et en particulier dans la planification, le fonctionnement et l'entretien des infrastructures consommatrices d'énergie et à longue durée de vie.
6. Le Sommet mondial pour le développement durable appelle la communauté internationale à redynamiser l'engagement qu'elle a pris de traiter les problèmes particuliers que rencontre l'Afrique et de mobiliser un appui en faveur d'autres initiatives concernant l'énergie sur ce continent.
7. Plus précisément, le Plan de mise en œuvre des résultats du Sommet mondial pour le développement durable demande que des mesures soient prises à tous les niveaux pour traiter efficacement les problèmes d'énergie en Afrique, notamment par des initiatives visant à:
Établir et promouvoir des programmes, des partenariats et des initiatives qui appuient les efforts que l'Afrique déploie pour atteindre les objectifs du NEPAD en matière d'énergie visant à donner accès à l'énergie à 35 % au moins de la population africaine dans un délai de 20 ans, en particulier dans les zones rurales.
Fournir un appui à la mise en oeuvre d'autres initiatives relatives à l'énergie, y compris la promotion d'une énergie plus propre, plus efficace et renouvelable, ainsi que l'amélioration du rendement énergétique et l'accès à des techniques énergétiques de pointe, notamment celles qui s'appliquent aux combustibles fossiles, en particulier dans les zones rurales et périurbaines.
8. Les engagements, les cibles et les objectifs arrêtés par les diverses parties prenantes, lors des conférences évoquées plus haut, peuvent être regroupés dans les quatre catégories thématiques analysées ci-après.
Évaluation des réalisations et des insuffisances
Thème 1: Accessibilité de l'énergie pour la réduction de la pauvreté
9. Une analyse du taux d'accessibilité des Africains à l'énergie moderne révèle qu'elle est d'une grande importance pour le développement. Les niveaux actuels d'accès à des services et des ressources d'énergie moderne ne répondent pas aux besoins de la plupart des Africains, en particulier des populations rurales et urbaines pauvres en Afrique subsaharienne. Par conséquent, il faudrait un plus grand accès à l'énergie pour parvenir aux Objectifs du Millénaire pour le développement et au développement durable.
10. Pour résoudre le problème de l'accessibilité de l'énergie, plusieurs organisations ont pris toute une gamme de mesures, y compris des initiatives visant à élargir l'accès à l'énergie (ONU-Habitat, ONUDI, PNUD, PNUE, IEPF), notamment promouvoir une utilisation rationnelle de l'énergie et rurale/renouvelable (ONUDI), renforcer les capacités et investir dans la mini-hydroélectricité (PNUD, IEPF, ONUDI), développer un programme africain régional d'électrification rurale (CEDEAO, PNUD).
11. La question de l'accès à l'énergie moderne est liée aux efforts de réduction de la pauvreté dans certains cas, mais heureusement pas toujours. Le besoin de capacités supplémentaires de production se heurte à une pénurie chronique de financement public et au manque d'intérêt de la part des investisseurs et des institutions financières pour le marché africain de l'énergie, en raison des nombreuses mesures dissuasives incluses dans les cadres nationaux institutionnels, politiques, juridiques et réglementaires. Quoi qu'il en soit, comme près des deux tiers des Africains n'ont pas accès à l'énergie moderne et sont pris dans le piège de la pauvreté, il y a beaucoup à faire à tous les niveaux.
Thème 2: Modification des modes de consommation et de production de l'énergie
12. Les experts de l'énergie et du développement admettent que les modes actuels de production et de consommation de l'énergie ne sont pas durables. Davantage d'efforts doivent être fournis pour améliorer la combinaison de ressources destinées à la production d'énergie, en utilisant davantage de sources d'énergie renouvelable comme l'énergie photovoltaïque, éolienne, géothermique et hydraulique, en encourageant des pratiques axées sur le rendement énergétique et l'économie d'énergie et en utilisant davantage de combustibles plus propres comme les biocarburants.
13. Un air propre et un système de transport efficace sont indispensables pour le développement urbain, mais les transports urbains étant très dépendants des combustibles fossiles, causent une forte pollution, en particulier en Afrique, en raison de l'âge, de la qualité et de l'état du matériel roulant. Les émissions des véhicules de transport contribuent jusqu'à 70 % de la pollution atmosphérique et plus la ville est grande et plus ce pourcentage est élevé. Les voitures, les camions, les motocycles, les scooters, les autobus et autres véhicules de transport public (dans les secteurs informel et formel) émettent d'importantes quantités de monoxyde de carbone, d'hydrocarbures, d'oxydes d'azote et de fines particules. Là où l'on utilise de l'essence à plomb (c'est-à-dire dans la plupart des pays africains à l'exception de l'Afrique du Sud, de la Côte d'Ivoire, du Swaziland, du Lesotho, du Botswana et du Mozambique) les véhicules demeurent une source importante d'émission de plomb dans l'air en milieu urbain avec les risques qui s'ensuivent pour la santé.
14. Les activités menées par divers acteurs sont notamment: le Réseau d'action pour des systèmes de transport durables en Afrique (ONU-Habitat), le système d'information sur la dendroénergie (FAO), l'amélioration du rendement énergétique dans les petites industries et dans les villes, le développement de l'environnement favorable et des entreprises de services énergétiques (ONUDI, PNUE,IEPF, Banque mondiale), la mise en valeur des sources d'énergie renouvelable (PNUE, PNUD, ONUDI et BAfD), le développement des entreprises énergétiques dans les zones rurales (PNUE, ONUDI) et la suppression des obstacles à la mise en valeur des sources d'énergie renouvelable (PNUD, PNUE). Ces actions diverses n'ont pas permis d'augmenter la part des sources d'énergie renouvelable dans la combinaison des ressources utilisées, de dégager d'importantes économies d'énergie, de protéger les forêts ni d'élargir l'accès à l'énergie moderne.
15. Les initiatives prises pour modifier les modes de consommation et de production en vue du développement durable n'ont pas réellement bénéficié d'un appui politique fort de la part des gouvernements et n'avaient pas l'ampleur suffisante pour créer une dynamique de changement. Ces activités ont été beaucoup trop localisées, elles n'ont pas bénéficié d'une promotion suffisante et ont été souvent sujettes à controverse pour être intuitivement compris par la population Africaine et adoptées par la plupart des gouvernements.
Thème 3: Développement de techniques énergétiques de pointe et plus propres
16. Cette question n'a pas été jugée prioritaire pour le continent, alors que des techniques énergétiques de pointe pourraient apporter un début de solution aux problèmes de la décentralisation de l'énergie rurale et du rendement énergétique. En conséquence, peu d'actions ont été menées à part quelques initiatives de renforcement des capacités et de création de réseaux. Davantage d'efforts pourraient être déployés, en particulier pour appuyer les centres de recherche et les universités locaux et pour promouvoir des idées novatrices pour les entreprises locales d'énergie, fondées sur l'utilisation des matériaux et des ressources existant sur place.
Thème 4: Questions générales et intersectorielles
Appui aux programmes énergétiques du NEPAD
17. Dans sa résolution 57/2 du 16 septembre 2002, l'Assemblée générale des Nations Unies a accueilli le NEPAD, initiative conduite, maîtrisée et gérée par l'Union africaine et a exhorté la communauté internationale et le système des Nations Unies à organiser un soutien aux pays africains conformément aux principes, objectifs et priorités du NEPAD. Des efforts considérables ont été déployés par la communauté internationale et les pays africains pour promouvoir le NEPAD et appuyer ses initiatives en matière d'énergie. Les Nations Unies, dans le cadre des mécanismes existants de programmation et de coordination, ont défini un cadre opérationnel pour appuyer le NEPAD. Les actions prises sont notamment les suivantes:
La création du Bureau du Conseiller spécial pour l'Afrique, en mai 2003, dont la mission consiste, entre autres, à coordonner le plaidoyer mondial en faveur du NEPAD, à coordonner tous les rapports sur le NEPAD adressés à l'Assemblée générale et au Conseil économique et social;
La coordination au sein du système des Nations Unies à l'appui du NEPAD assurée par le Secrétaire général, en collaboration avec le Bureau du Conseiller spécial pour l'Afrique et la CEA;
Le plaidoyer et la sensibilisation pour faire connaître les programmes du NEPAD;
La consultation régionale annuelle des organismes des Nations Unies qui oeuvrent en Afrique, convoquée par la CEA, pour assurer la cohérence et l'efficacité à l'échelle du système à l'appui du NEPAD;
UN-Energy/Africa, fruit de la collaboration de différentes institutions du système, avec la participation d'organisations n'en faisant pas partie travaillant dans le secteur de l'énergie en Afrique. UN-Energy/Africa sert également de sous-groupe sur l'énergie à l'appui du NEPAD;
Plus de 3 milliards de dollars des États-Unis ont été engagés et investis dans des projets du NEPAD par diverses organisations comme la BAfD, la Development Bank of Southern Africa, l'Union européenne, la Banque mondiale, plusieurs gouvernements européens et le Gouvernement japonais.
18. En dépit de cette bonne volonté et des actions citées, l'appui aux initiatives du NEPAD en matière d'énergie n'a pas suffi à produire les progrès attendus et les nombreuses attentes de la population africaines restent insatisfaites. Certains obstacles sont notamment les suivants:
Situation institutionnelle en évolution du NEPAD par rapport à l'Union africaine et aux organisations régionales;
Capacités humaines et institutionnelles insuffisantes au secrétariat du NEPAD et dans ses divisions techniques.
Lenteur de la conception et de la formulation des projets énergétiques prioritaires du NEPAD;
Procédure et cadre peu précis concernant la meilleure manière dont les partenaires de développement peuvent apporter leur aide au NEPAD;
Absence, dans les communautés économiques régionales, des moyens humains, techniques, financiers et institutionnels requis pour mettre en oeuvre les projets du NEPAD, comme prévu dans le plan de mise en oeuvre du NEPAD.
Questions financières
19. Comme n'importe quel autre secteur du développement en Afrique, celui de l'énergie souffre de la modicité du financement et du nombre limité d'options financières. Les niveaux du financement restent très bas et n'ont pas vraiment augmenté depuis de nombreuses années. Dans l'ensemble, les flux financiers dans ce secteur sont de loin inférieurs aux besoins. La répartition régionale inégale des ressources énergétiques exige de construire rapidement des oléoducs et des gazoducs sous-régionaux, et des lignes électriques régionales. La pauvreté extrême et les capacités techniques généralement insuffisantes du continent appellent à développer et à utiliser des instruments et des mécanismes financiers novateurs de nature à produire des conditions favorables en rapport avec les besoins et les priorités des pays africains.
20. Des programmes comme BAD FINESSE et diverses initiatives financières du PNUE ont traité de la question du renforcement des capacités au sein des institutions financières afin de les sensibiliser à la question et d'augmenter la part des investissements qu'elles consentissent dans le secteur de l'énergie. Le secteur a reçu des investissements de sources diverses y compris d'institutions financières régionales et internationales et d'organisations multilatérales. Cependant, l'analyse montre que le secteur ne dispose pas de financements suffisants et risque de s'effondrer davantage, à moins d'un changement radical des méthodes de travail.
Renforcement des capacités et constitution de partenariats pour le développement durable
21. De façon générale, le secteur de l'énergie en Afrique souffre de la faiblesse des instruments de planification et de prise de décisions, découlant de capacités humaines et techniques inadaptées et de capacités scientifiques insuffisantes pour fournir aux décideurs des données techniques et des options bien étayées. Le renforcement des capacités et la formation au niveau régional ou national, ainsi que des programmes de sensibilisation, revêtent donc une importance majeure pour le développement du continent. La constitution de partenariats autour de thèmes relatifs à l'énergie présente un intérêt indéniable pour la diffusion des connaissances.
22. Plusieurs initiatives ont été mises en œuvre pour renforcer les capacités des responsables de la planification et du développement énergétique (AIEA), des établissements d'éducation, des institutions de recherche et des centres d'excellence (IEPF), en utilisant la formation régulière et la constitution de partenariats. Paradoxalement, la plupart des décideurs africains considèrent que les capacités humaines africaines dans le domaine de l'énergie sont suffisantes pour progresser. Les institutions nationales et sous-régionales sont pourtant souvent sous-équipées en ce qui concerne les outils de communication et de gestion de l'information.
23. Pendant le Sommet mondial pour le développement durable, l'ONU a reçu 32 propositions de partenariat pour des projets énergétiques dotés de ressources substantielles. On peut notamment citer:
L'initiative de partenariat de l'Union européenne dans le domaine de l'énergie pour la réduction de la pauvreté et le développement durable, représentant 700 millions de dollars, avec la Commission de l'Union européenne comme partenaire chef de file;
Le réseau mondial d'énergie pour le développement durable, sous la conduite du PNUE;
Le partenariat mondial de l'énergie, avec le PNUD et la Banque mondiale comme principaux partenaires;
Le partenariat sur l'énergie renouvelable et le rendement énergétique, conduit par le Gouvernement britannique;
Le partenariat sur les combustibles et les véhicules propres, sous la direction de l'Environmental Protection Agency (Agence des États-Unis pour la protection de l'environnement), le Département des affaires économiques et sociales du Secrétariat de l'ONU et le PNUE;
Les indicateurs de développement durable de l'énergie, avec l'AIEA comme principal partenaire;
Le partenariat de la compagnie d'électricité sud-africaine ESKOM visant à étendre des services modernes d'énergie aux pays voisins;
Le regroupement des neuf grandes compagnies électriques des accords E 7 avec l'ONU pour faciliter la coopération technique dans le cadre de projets d'énergie durable dans les pays en développement.
24. Les initiatives de partenariats ont eu des résultats inégaux. Peu de centres d'excellence africains ont été identifiés et renforcés pour pouvoir assumer le rôle qu'on attendait d'eux.
25. Les lacunes dans les initiatives mises en œuvre sont dues au petit nombre de programmes d'amélioration des capacités visant à répondre aux besoins des organisations sous-régionales comme les CER, les pools énergétiques, etc. Ces dernières sont donc un point faible quand il s'agit de concevoir et d'exécuter des projets d'intégration régionale qui relèvent normalement de leur autorité.
Intégration régionale de l'énergie en Afrique
26. Toutes les divisions des CER chargées de l'énergie cherchent à garantir l'existence d'une infrastructure intégrée suffisante, efficace et rentable qui facilitera le développement économique régional, le commerce et l'investissement en vue de l'atténuation de la pauvreté. Elles sont toutes déterminées à appuyer les initiatives énergétiques du NEPAD et à participer au développement ou à l'utilisation d'installations d'hydroélectricité, étendre les pools énergétiques sous-régionaux ainsi que l'interconnexion des réseaux électriques, et mettre au point, lorsque c'est économiquement rationnel, des projets transfrontières d'oléoducs et de gazoducs.
27. En Afrique de l'Ouest, la mise en place d'un marché régional de l'électricité dans le cadre du pool énergétique ouest-africain, la fourniture de gaz naturel nigérian au Bénin, au Togo et au Ghana par le biais du gazoduc ouest-africain pour la production d'électricité et l'utilisation industrielle et l'Observatoire énergétique de la CEDEAO figurent parmi les priorités actuelles. Des progrès ont été réalisés, notamment l'entrée en service de l'interconnexion Nigéria-Bénin, l'achèvement d'études relatives à plusieurs projets prioritaires5, l'élaboration du plan directeur régional pour l'électricité et la signature/ratification par plusieurs pays d'un protocole énergétique régional.
28. Les principales activités en cours en Afrique australe concernent la facilitation de la mise en service du pool énergétique d'Afrique australe; la création et la tenue à jour d'une base de données régionale de planification énergétique; la facilitation de la création d'un système d'échange d'informations dans tous les États membres de la SADC; la mise au point d'un programme régional de renforcement des capacités en vue de la création d'organismes nationaux de réglementation de l'électricité dans les États membres de la SADC; et la mise en œuvre du projet de couloir occidental Westcor.
29. Le projet de pool énergétique d'Afrique australe a progressé, comme en témoignent l'expansion du marché à huit compagnies d'électricité et à des banques dans huit pays, une augmentation significative du volume d'échange sur le marché de l'énergie à court terme et la signature, le 22 octobre 2004, du mémorandum d'accord intergouvernemental et du mémorandum d'accord entre compagnies pour le projet Westcor en Afrique du Sud. Le projet Westcor, estimé à 7 milliards de dollars, comprendra la construction d'un barrage hydroélectrique de 3 900 MW à Inga, une ligne de transmission et une ligne de télécommunications qui connecteront cinq pays de la SADC6.
30. Dans les autres sous-régions d'Afrique, notamment en Afrique centrale et en Afrique de l'Est, on s'efforce de développer un programme énergétique. Le pool énergétique d'Afrique centrale, créé en avril 2003 à Brazzaville, doit couvrir les onze pays de la Communauté économique des États d'Afrique centrale (CEEAC). Le projet de pool énergétique le plus récent, le pool énergétique d'Afrique de l'Est, a été lancé en mars 2005.
Gestion des données énergétiques en Afrique
31. Des progrès ont été accomplis en matière de collecte, de gestion et de diffusion de données énergétiques en Afrique grâce à plusieurs parties prenantes: le Conseil mondial de l'énergie, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) et la Section de statistique du Département des affaires économiques et sociales ont mis au point des bases de données statistiques relatives au secteur énergétique africain. D'autres institutions sont actives dans ce domaine au niveau régional, notamment la FAO, l'Institut de l'énergie et de l'environnement de la Francophonie (IEPF), le PNUD, l'Energy Information Administration des États-Unis (US-EIA) et le PNUE. La Commission africaine de l'énergie (CAE), organe technique de l'Union africaine, a lancé en mai 2005 le système d'information énergétique africain. De tels progrès faciliteront la collecte et la gestion de données énergétiques fondamentales en Afrique et aideront les décideurs à formuler des politiques énergétiques rationnelles reposant sur les bonnes pratiques et les options technologiques les plus avancées.
Obstacles et difficultés
32. Une analyse du secteur énergétique africain révèle que le continent n'est pas suffisamment approvisionné en énergie moderne. Lorsque l'énergie est disponible, elle est fournie sous une forme qui ne convient généralement pas aux besoins de la majorité des habitants et trop chère pour la plupart de ceux qui y ont accès. Les difficultés spécifiques du secteur sont notamment: une faible production énergétique due à un potentiel en ressources énergétiques non exploité; la répartition inéquitable des ressources énergétiques au niveau régional; une faible part d'énergie renouvelable dans l'approvisionnement énergtique; une capacité de raffinerie pétrolière limitée; une infrastructure de transport, de transmission et de distribution du pétrole, du gaz et de l'électricité sous-développée; peu de participation et d'investissements du secteur privé dans le secteur énergétique; un accès très limité à l'énergie dans les zones rurales; une utilisation non rationnelle de l'énergie et un cadre réglementaire et institutionnel inadapté.
Enseignements tirés
33. Le secteur énergétique africain doit encore beaucoup progresser pour satisfaire les besoins de la majorité des Africains, en particulier les pauvres des zones urbaines et rurales. Les progrès sont lents à cause de différents facteurs, notamment: i) des investissements faibles (ce qui se voit en particulier dans le potentiel énergétique insuffisamment exploité et l'infrastructure et le réseau de transport de l'énergie sous-développés); ii) une gestion et une planification inefficaces qui se traduisent par des résultats financiers médiocres dans le secteur de l'électricité; iii) un cadre institutionnel inadapté, notamment des mesures et des réglementations qui empêchent une plus grande participation du secteur privé; et iv) des capacités techniques limitées qui conduisent à des pannes prématurées de l'équipement existant.
34. On peut tirer les enseignements suivants des réponses données aux enquêtes:
Pour atteindre les objectifs et respecter les engagements des parties prenantes, les pays africains doivent tenir pleinement compte des contraintes humaines, économiques et environnementales du problème de l'énergie en Afrique. Par exemple, on ne peut obtenir l'efficacité dans l'énergie rurale que lorsque les spécificités des zones rurales africaines sont intégrées dans la conception des solutions.
Il est possible de partager les expériences des zones urbaines et rurales défavorisées afin de tester des méthodes novatrices en ce qui concerne l'accès à l'énergie rurale (électrification et sources modernes d'énergie pour le combustible de cuisine des ménages) dans un cadre péri-urbain (rapport Habitat).
À moins de traduire les engagements des gouvernements africains en appui résolu pour des projets de renforcement des capacités, il est peu probable d'atteindre les objectifs et les cibles (rapport de l'AIEA). Les gouvernements doivent donc participer, dès le stade le plus précoce, à la conception des initiatives qui seront mises en œuvre.
Il est nécessaire d'avoir davantage d'occasions de mettre en commun des approches novatrices entre l'Asie, l'Amérique latine et l'Afrique pour résoudre les nombreux problèmes liés à l'énergie au service du développement, en particulier l'accès des pauvres à l'énergie et les modes d'investissement dans l'infrastructure des transports urbains liés à la gestion de la qualité de l'air (rapport Habitat).
La génération d'information et l'adoption de politiques et de programmes relatifs à l'énergie provenant du bois visant à développer des systèmes durables sont indispensables pour que les combustibles-bois et l'énergie dérivée contribuent à la sécurité alimentaire, à l'atténuation de la pauvreté, au développement économique, à la gestion durable des forêts et à l'atténuation des changements climatiques par la substitution et la fixation du carbone (rapport de la FAO).
Pour mettre en place des capacités d'investissement pour l'énergie durable dans un organisme de financement, il est nécessaire de suivre une démarche souple car différentes institutions suivent différentes méthodes de «création de produit». Pour changer la façon dont un organisme financier envisage de nouveaux investissements, il faut donc de meilleures informations pour combiner les risques sociaux et environnementaux - à la fois les risques et les produits - comme mesure intégrante de la performance économique. Par exemple, pour entrer dans un nouveau secteur, certaines banques peuvent d'abord s'attacher à élaborer les politiques adaptées alors que d'autres se concentrent sur la formation du personnel (PNUE).
De nombreux décideurs africains demandent une formation en analyse et modélisation énergétique en utilisant des données et des contextes nationaux et régionaux spécifiques (AIEA).
Les institutions financières régionales, comme la BAD, ont déterminé que des programmes internes de renforcement des capacités, tel que le programme FINESSE, contribuent à comprendre les risques liés à l'investissement dans des projets utilisant de nouvelles technologies comme les énergies renouvelables et les systèmes de rendement énergétique. Cela conduira à une augmentation du nombre de projets concernant les énergies renouvelables et le rendement énergétique dans la gamme d'investissements de la Banque et sensibilisera cette dernière aux besoins urgents en énergie pour la réduction de la pauvreté.
Recommandations
35. Les différentes parties prenantes doivent persévérer pour améliorer l'environnement institutionnel, légal et réglementaire; attirer davantage d'investisseurs et de participants du secteur privé dans le secteur de l'énergie; accélérer le rythme des projets d'intégration régionale; promouvoir des technologies énergétiques respectueuses de l'environnement comme les énergies renouvelables; améliorer l'accès des pauvres des zones rurales et urbaines aux énergies modernes afin de réduire la pauvreté et de réaliser les OMD. Des initiatives de grande envergure sont nécessaires, en particulier pour:
Établir en priorité un cadre institutionnel et réglementaire efficace
36. Pour résoudre des problèmes tels que l'absence de financement, la faible participation du secteur privé et les résultats généralement médiocres du secteur énergétique, les décideurs africains sont invités à accorder une attention spéciale aux mesures qui précisent le rôle des différentes parties prenantes (publiques et privées); à améliorer le climat national d'investissement pour les investisseurs nationaux et étrangers, en mettant en place des réformes légales et réglementaires plus favorables; à renforcer le rôle des organismes indépendants de réglementation de l'énergie; et à lever les obstacles à la réalisation des projets d'intégration régionale dans le secteur de l'énergie.
Accroître les flux financiers vers le secteur énergétique africain
37. Les partenaires internationaux de développement, y compris le système des Nations Unies, doivent accroître leur appui aux pays africains pour entreprendre les réformes nécessaires à un cadre d'investissement cohérent, transparent et attirant et augmenter leurs activités de plaidoyer et de financement pour mobiliser et accroître significativement les flux financiers à destination de l'Afrique pour des investissements dans des projets énergétiques. Il est nécessaire de respecter l'engagement pris de considérer l'initiative du NEPAD relative à l'énergie comme une priorité pour le continent.
Promouvoir l'intégration régionale de l'énergie comme catalyseur du développement
38. Les CER doivent, avec l'appui des partenaires internationaux, poursuivre leurs efforts de promotion d'un commerce régional de l'énergie comme moyen efficace de réduire la répartition inéquitable des ressources énergétiques sur le continent, diminuer les coûts d'importation d'énergie qui pèsent sur la plupart des économies nationales et augmenter l'offre d'une énergie sûre et écologiquement viable.
39. La Commission africaine de l'énergie (AFREC) devrait bénéficier d'une assistance pour accélérer l'intégration énergétique entre toutes les régions africaines, grâce à des données énergétiques actualisées et à la mise au point, aux niveaux régional et national, d'instruments pertinents pour la prise de décisions dans le domaine de l'énergie.
Augmenter la part d'énergies renouvelables dans l'approvisionnement énergétique africain
40. Pour obtenir des progrès significatifs dans le développement des énergies renouvelables sur le continent, les gouvernements africains devraient mettre en place des cadres réglementaires cohérents qui facilitent l'expansion de marchés pour les techniques d'exploitation des énergies renouvelables et reconnaître le rôle important du secteur privé. Cela suppose de supprimer les obstacles et de permettre une concurrence juste sur les marchés énergétiques et de tenir compte de la notion d'internalisation des coûts externes pour toutes les sources d'énergie. De tels cadres sont nécessaires pour concrétiser le potentiel des techniques d'exploitation des énergies renouvelables de façon effective et efficace; créer des conditions favorables pour des investissements publics et privés dans les énergies renouvelables et étendre les services énergétiques modernes aux populations qui n'y ont pas accès actuellement. Les décideurs africains sont donc invités à s'acquitter des engagements pris lors de manifestations telle que la Conférence internationale sur les énergies renouvelables, tenue à Bonn en avril 2004, en ce qui concerne le développement d'énergies renouvelables.
Relier les programmes de développement énergétique rural aux stratégies de réduction de la pauvreté et à la réalisation des OMD
41. L'accès des pauvres à l'énergie, en particulier dans les zones rurales, doit être considéré en priorité dans les politiques et programmes de développement. Les gouvernements nationaux, les partenaires de développement internationaux et les décideurs régionaux et sous-régionaux devraient accorder une attention particulière au problème de l'accès à l'énergie moderne dans les zones rurales et le considérer comme indissociable des efforts de réduction de la pauvreté et des stratégies de croissance économique. Ils devraient donc être prêts à augmenter considérablement leur participation financière dans ce secteur et à contribuer au développement d'infrastructures susceptibles d'assure la croissance économique minimale nécessaire pour rompre le cycle de la pauvreté et réaliser les OMD.
Promouvoir la coordination et la cohérence entre tous les partenaires internationaux
42. Compte tenu du nombre et de la diversité des partenaires internationaux dans le secteur de l'énergie, toutes les parties prenantes, en particulier les institutions des Nations Unies, doivent s'efforcer de créer cohérence, complémentarité et efficacité. Cela peut se faire dans le cadre d'un mécanisme de collaboration, comme c'est le cas du projet UN Energy/Africa, entre les institutions des Nations Unies, les programmes et fonds des Nations Unies et des organisations s'occupant de questions d'énergie en Afrique, lesquels coopèrent avec des organisations régionales comme l'Union africaine et l'UA/NEPAD.
1 BP. Statistiques de l'énergie 2005, www.bp.com
2 AIE. Key energy Statistics, 2002.
3 NASA Solar Map et WEC Energy Analysis.
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