Septième
Conférence régionale africaine sur les femmes (Beijing + 10) : Evaluation
décennale de la mise en oeuvre de la Plate-forme d'action de Dakar
et du Programme d’action de Beijing
Addis-Abeba
12-14 octobre 2004
1. Les ministres africains chargés des questions relatives
aux femmes et à l’égalité entre les sexes
se sont réuni à l’occasion de la septième
Conférence régionale africaine sur les femmes (Beijing
+ 10), à Addis-Abeba en octobre 2004, pour faire le point
sur la mise en oeuvre de la Plate-forme d’action de Dakar
et du Programme d'action de Beijing. Ils ont réaffirmé
et renouvelé solennellement leur engagement en faveur de
l’égalité et de l’équité
des sexes et du renforcement du pouvoir des femmes tel que déclaré
dans la Plate-forme d’action de Dakar et le Programme d'action
de Beijing, à la Conférence internationale sur la
population et le développement tenu (CIPD) au Caire en 1994,
ainsi que dans les Accords connexes adoptés à l’échelle
internationale, régionale, sous-régionale et au sein
de l’ONU.
1. Contexte
2. Ces 10 dernières années, des engagements en faveur
de l’égalité et de l’équité
des sexes et du renforcement du pouvoir des femmes, y compris ceux
contenus dans la Plate-forme d’action de Dakar et le Programme
d'Action de Beijing, ont été réaffirmés
lors des différentes conférences des Nations Unies.
Les dirigeants du monde ont décidé, d’un commun
accord, de concrétiser ces engagements dans la Déclaration
du Millénaire et se sont fixé des buts pour la réalisation
des Objectifs du Millénaire pour le développement
(OMD). Le processus du bilan de Beijing +10 coïncide avec la
CIPD+10 et les OMD + 5, ce qui permet d’assurer une plus grande
cohérence et de mettre l’accent sur l’égalité
et l’équité des sexes et le renforcement du
pouvoir des femmes dans tous les domaines. Le processus du bilan
de Beijing + 10 concerne l’obligation de rendre compte de
la mise en œuvre des engagements existants et des mesures concrètes
prises en faveur de l’égalité et de l’équité
des sexes et du renforcement du pouvoir des femmes dans tous les
domaines.
3. Les 10 années qui ont suivi l’adoption du Programme
d'Action de Beijing ont été marquées par de
nombreux changements sur le continent africain, notamment l’adoption
de déclarations et de mécanismes régionaux
sur e genre et le développement. Les progrès réalisés
dans les domaines de la démocratie et de la paix, au niveau
national, ont contribué à un changement positif au
niveau régional. La création de l’Union africaine
(UA), qui proclame son attachement au principe de l’égalité
et de l’équité des sexes, offre de nouvelles
opportunités aux femmes pour une plus grande participation
à la prise de décisions sur le plan national, sous-régional
et régional. La Commission de l’UA a été
créée sur la base de la parité hommes-femmes.
La Présidente du Parlement panafricain de l’UA est
une femme et il y a au moins une femme parmi les cinq représentants
de chaque pays au Parlement panafricain. Le Protocole à la
Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif
aux droits des femmes en Afrique a été adopté.
En 2004, les chefs d’État africains ont adopté
une Déclaration solennelle sur l’égalité
entre les hommes et les femmes en Afrique. Cette Déclaration
impose aux États le respect des normes établies sur
les droits des femmes. On attend aussi du Nouveau Partenariat pour
le développement de l’Afrique (NEPAD) adopté
par l’UA qu’il renforce les droits des femmes, par l’utilisation
des indicateurs de développement social contenus dans son
Mécanisme d’évaluation par les pairs.
4. La nouvelle dynamique d’intégration régionale
améliore la capacité de l’Afrique de négocier
de façon collective de nouveaux contrats commerciaux internationaux,
y compris sous l’égide de l’Organisation mondiale
du commerce (OMC). Si les négociations sur la suppression
des subventions agricoles aboutissent, cela permettra de garantir
une concurrence loyale pour les produits agricoles en provenance
d’Afrique, dont la majeure partie est produite par les femmes
africaines, leur permettant ainsi de sortir de la marginalisation
économique.
5. Les efforts déployés pour promouvoir l’égalité
et l’équité des sexes et le renforcement du
pouvoir des femmes en Afrique se sont intensifiés sur tous
les fronts, ces 10 dernières années, ouvrant ainsi
la voie à d’autres progrès. Cinquante et un
des 53 États membres de la CEA ont ratifié la Convention
sur l’élimination de toutes les formes de discrimination
à l’égard des femmes, considérée
comme la charte internationale des droits de la femme. Dix-sept
pays ont ratifié le Protocole facultatif s’y rapportant.
Certains pays ont harmonisé leur législation nationale
avec les dispositions de la Convention. Des efforts sont actuellement
en cours pour prendre en compte la dimension sexospécifique
dans le cadre du processus des Documents de stratégie pour
la réduction de la pauvreté (DSRP), ce qui mettra
en évidence la féminisation de la pauvreté
et permettra d’axer davantage l’analyse des politiques
macroéconomiques et socioéconomiques sur les sexospécificités.
La prise en compte de la dimension genre dans les budgets de certains
pays, a donné lieu à des processus plus transparents
en matière de respect des sexospécificités
dans les dépenses publiques. Les informations disponibles
grâce à la budgétisation selon le genre et la
prise en compte du travail non rémunéré des
femmes, dans la comptabilité nationale, devraient avoir des
effets significatifs sur l’affectation des ressources dans
le contexte des DSRP et des Objectifs du Millénaire pour
le Développement. En outre, certains pays sont parvenus à
réduire les écarts entre les sexes dans l’éducation
grâce à des mesures positives et des politiques sexospécifiques
visant à améliorer les taux d’inscription et
de poursuite de la scolarité des filles ainsi que la qualité
de leur éducation.
6. Toutefois, malgré le fait que les femmes africaines se
mobilisent, qu’elles soient reconnues et de plus en plus représentées
aux niveaux régional et national, les gains normatifs ne
se traduisent pas encore par des changements majeurs dans leur vie
quotidienne. Les femmes africaines, en particulier les femmes rurales
et les femmes handicapées, rencontrent encore de graves problèmes.
Leur faible accès aux ressources productives, comme la terre,
l’eau, l’énergie, le crédit, les moyens
de communication, l’éducation et à la formation,
la santé, et l’emploi rémunéré
et décent a contribué à ce que davantage de
femmes africaines qu’il y a 10 ans vivent aujourd’hui
dans la pauvreté, voire dans l’extrême pauvreté.
Les effets cumulés du VIH/sida, de la tuberculose et du paludisme,
de l’insécurité alimentaire, de la faiblesse
de la productivité économique et de faibles niveaux
d’éducation, ainsi que la recrudescence de la violence
sexuelle sont autant de problèmes considérables qui
rendent les femmes et les filles africaines plus vulnérables.
Les femmes sont les plus exposées à l’infection
au VIH/sida, du fait de leur extrême pauvreté, ainsi
que de leur responsabilité de prise en charge des personnes
infectées et affectées. Même dans les pays où
la prévalence globale du VIH est faible ou en baisse, le
nombre de femmes infectées et affectées continue d’augmenter.
Les femmes et les filles sont encore victimes de graves violations
de leurs droits humains, ainsi que de leurs droits en matière
de sexualité et de procréation. Les situations de
conflit armé, outre le fait qu’elles font payer le
plus lourd tribut aux femmes, sont de plus en plus caractérisées
par des viols et d’autres formes de violence sexuelle dont
elles sont victimes. Les femmes et les jeunes filles risquent encore
de mourir en couches car la mortalité maternelle touche 1
grossesse sur 16 en Afrique subsaharienne.
7. Dix ans après l’adoption de la Déclaration
et du Programme d’action de Beijing, les gouvernements ont
reconnu que l’adoption de lois et de politiques ne suffisait
pas pour garantir une véritable égalité et
équité entre les sexes et le respect des droits des
femmes. Les rapports nationaux et sous-régionaux sur l’examen
décennal du Programme d’action de Beijing établis
par les gouvernements et les organisations non gouvernementales
(ONG) ont identifié le besoin de réduire l’écart
entre les engagements pris et leur concrétisation. L’objectif
du présent document est de renouveler les engagements en
faveur de l’égalité et de l’équité
entre les sexes, ainsi que du renforcement du pouvoir des femmes
et de suggérer des mesures concrètes pour corriger
les écarts entre les engagements et la réalité.
2. Succès et difficultés de la mise en œuvre
de la Plate-forme de Dakar et du Programme d’action de Beijing
8. Il convient d’établir le lien entre le Programme
d’action de Beijing, celui du Caire et d’autres cadres
pour la planification du développement, son financement et
les résultats attendus aux niveaux national, sous-régional
et régional, notamment les objectifs fixés dans les
Documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté
(DSRP) et tous les Objectifs du Millénaire pour le développement
(OMD). Il reste à démontrer par des analyses et des
données actualisées que l’égalité
et l’équité des sexes sont un élément
central des politiques et programmes de développement, des
DSRP et des OMD.Ce n’est pas une coïncidence si les progrès
les plus significatifs ont été accomplis à
propos des aspects du Programme d’action de Beijing qui ont
bénéficié d’une priorité dans
les plans nationaux de développement et dont la corrélation
avec les OMD est des plus évidentes.
9. Les rapports sous-régionaux et nationaux élaborés
à l’occasion de l’examen décennal de la
Plate-forme d’action de Dakar et du Programme d’action
de Beijing font état de certains succès et réalisations
dans la promotion de l’égalité des sexes et
de l’équité, ainsi que du renforcement du pouvoir
des femmes en Afrique dans les domaines ci-après.
Pauvreté et sexospécificité
10. Entre 1995 et 2002, 48 pays africains ont établi des
plans nationaux de réduction de la pauvreté incluant
la dimension genre. En outre, certains pays africains ont mis en
place des stratégies permettant de soutenir l’entreprenariat
des femmes par le biais des systèmes de microcrédit
et de renforcement des capacités en gestion des entreprises.
11. Toutefois, si le nombre de personnes vivant dans la pauvreté
a baissé dans toutes les régions en développement
du monde entre 1990 et 2000, il a dépassé les 82 millions
en Afrique. Les femmes africaines constituent la majorité
des pauvres des zones urbaines et rurales (plus de 70% dans certains
pays). L’inégalité des rapports de force entre
hommes et femmes, la répartition inégale du travail
rémunéré, des droits d’héritage
discriminatoires dans certains pays, la sécurité alimentaire
et l’absence de la garantie d’accès à
la terre, à la propriété et à d’autres
ressources productives, ainsi que le soutien inadéquat à
l’entreprenariat des femmes, sont parmi les principales causes
de leur pauvreté. Cette pauvreté très répandue
chez les femmes a également des incidences sur d’autres
domaines importants tels que leur santé et leur éducation.
Éducation et formation des femmes
12. Au cours des 10 dernières années, l’éducation
de base s’est nettement améliorée dans de nombreux
pays. Plusieurs d’entre eux font état d’une augmentation
des taux brut et net d’inscription des filles et des garçons,
alors que dans d’autres, ce taux a presque atteint 100%. Au
niveau secondaire, un certain nombre de pays signale avoir atteint
la parité entre filles et garçons ou réduit
l’écart. Beaucoup de pays africains ont fait des progrès
au plan de la réduction de l’illettrisme, en particulier
chez les femmes et les filles.
13. Malgré ces améliorations, l’Afrique compte
de loin le plus petit nombre d’enfants scolarisés.
Seulement 58% d’enfants en âge d’être scolarisés
sont effectivement inscrits dans un établissement. À
part quelques exceptions, les statistiques sur l’éducation
montrent de grandes disparités entre filles et garçons.
Dans la plupart des pays, les taux d’inscription à
l’école, de poursuite et d’achèvement
de la scolarité sont plus favorables aux garçons.
De plus, le taux d’analphabétisme des femmes africaines
est le plus élevé du monde et il augmente dans certains
pays. En outre, les disparités entre garçons et filles
à l’école compromettent les efforts nationaux
visant à développer le capital humain, ce qui ralentit
le rythme du développement économique et social. Aux
niveaux supérieur et universitaire, la participation des
jeunes filles continue d’être faible. Les écarts
entre jeunes garçons et jeunes filles sont particulièrement
prononcés dans les sciences, les mathématiques et
l’informatique.
Droits des femmes
14. Ces 10 dernières années, les progrès en
matière de promotion et de protection des droits des femmes
ont surtout concerné le renforcement des cadres juridiques
et politiques. Au niveau régional, l’Union africaine
a adopté le Protocole à la Charte africaine des droits
de l’homme et des peuples relatif aux droits de la femme en
Afrique, que 31 pays ont signé et que 4 seulement ont ratifié.
Au niveau sous-régional, des organismes intergouvernementaux
(CEDEAO, SADC, CAE, IGAD, CEEAC et COMESA) ont adopté des
politiques, des déclarations et des orientations sexospécifiques
en faveur de la promotion et de la protection des droits des femmes.
Au niveau national, certains gouvernements ont adopté ou
modifié la législation sur les droits de la femme
et certains d’entre eux ont adopté des constitutions
tenant compte de l’égalité des sexes. Ces instruments
juridiques ont permis de créer un environnement favorable
à l'exercice des droits humains des femmes.
15. Cependant, il reste de nombreux défis à relever.
Le nombre de pays ayant adopté les instruments internationaux
relatifs aux droits des femmes et appliqué les textes législatifs
en vigueur restent peu élevé. Vingt-deux pays n'ont
pas signé le Protocole relatif à la Charte africaine
concernant les femmes et 49 pays ne l'ont pas encore ratifié.
L'accès des femmes et des jeunes filles au système
judiciaire est limité du fait de la méconnaissance
de leurs droits, du manque de ressources, de la faible sensibilisation
aux questions de genre et du parti pris des agents chargés
de l’application des lois. La violence à l’égard
des femmes et des filles, notamment le viol et la violence familiale,
est répandue, en particulier dans les zones de conflit. Certaines
pratiques culturelles et traditionnelles continuent de constituer
un frein à la promotion des femmes et à l'exercice
des droits humains des filles. Dans certains pays, les femmes n’ont
pas les mêmes droits à l’héritage que
les hommes. En outre, le public reste sous-informé des droits
humains des femmes et des jeunes filles et de l’obligation
individuelle de s’assurer que les femmes et les jeunes filles
jouissent de leurs droits. Dans certains pays, plusieurs sources
de lois (moderne, religieuse, traditionnelle) continuent à
régir la vie des femmes et constituent des entraves à
la jouissance de leurs droits.
Prévention des conflits, renforcement de la paix et reconstruction
16. La voix des femmes dans la prévention des conflits et
le rétablissement de la paix est le plus souvent à
peine entendue et elles restent de ce fait en marge des processus
de paix. Des dilemmes persistent entre la réconciliation
après les conflits et une justice qui tienne compte des spécificités
hommes-femmes, la réintégration et le rejet, la participation
et l’esprit partisan, autant d’éléments
qui exigent que l’on s’occupe avant tout des femmes
dans les situations de conflit et après.
Santé
17. Au cours de cette dernière décennie, certains
pays africains ont fait de la question de la santé des femmes
une priorité. Ainsi, ils ont accordé une plus grande
attention à la santé en matière de procréation
et aux droits des femmes, en encourageant l'allaitement maternel
et autres méthodes d’alimentation des nourrissons,
en mettant en place les infrastructures nécessaires pour
le traitement des maladies sexuellement transmissibles, notamment
le VIH/sida, et en sensibilisant les hommes aux responsabilités
qui leur incombent dans le domaine de la planification familiale
et de la santé en matière de reproduction. Dans la
plupart des pays, des progrès ont été accomplis
en ce qui concerne l’offre de soins et de produits gratuits
ou subventionnés en matière de santé sexuelle
et de la procréation, la prestation de services de prévention
à des prix abordables pour les populations rurales ainsi
que la formation de personnel soignant au niveau local.
18. Toutefois, l’offre de services de santé complets
et l'accès à ces derniers restent un grand problème,
en particulier pour les femmes rurales et celles des zones urbaines
pauvres. Par ailleurs, les progrès accomplis en matière
de santé au cours de la dernière décennie en
Afrique sont annulés par le VIH/sida, la très forte
mortalité maternelle et néonatale et la recrudescence
du paludisme, de la tuberculose et des maladies sexuellement transmissibles,
dont la virulence s’accroît, ainsi que par toutes les
formes de cancer qui touchent les femmes. Il faut encore mettre
à la disposition des populations des antirétroviraux
à des prix abordables ou gratuitement. En Afrique, les femmes
et les filles continuent de souffrir de l'insécurité
alimentaire et de la malnutrition. Les taux de morbidité
et de mortalité maternelle sont plus élevés
que partout ailleurs dans le monde. Les mutilations génitales
féminines et toutes les autres formes de pratiques néfastes
à la santé des femmes et des filles restent un grand
problème dans beaucoup de régions d'Afrique.
Participation à la gouvernance
19. Certaines tendances encourageantes se font jour dans le domaine
de la gouvernance, par exemple la consolidation de la démocratie
et le nombre croissant des pays qui ont organisé des élections
démocratiques, dans un climat de paix, au cours de la dernière
décennie. La création d'instruments régionaux
tels que le Mécanisme africain d'évaluation par les
pairs (MAEP) et la mise en place d’une structure chargée
de la promotion de la femme et de la société civile
dans le cadre du Nouveau Partenariat pour le développement
de l'Afrique (NEPAD) sont des initiatives encourageantes et prometteuses.
Plusieurs pays ont sensiblement augmenté le niveau de la
représentativité des femmes au parlement; un pays
a même atteint un taux remarquable de 49% et deux autres,
dépassé les 30%. Des femmes ont également été
élues et/ou nommées à des postes de responsabilité
dans la fonction publique et dans les services publics. Toutefois,
le principe de l'égalité et de l’équité
des sexes n'est pas encore pleinement intégré au processus
de démocratisation et les femmes continuent d'être
sous-représentées dans la plupart des structures de
pouvoir et de prise de décisions, notamment aux postes de
responsabilité des partis politiques, des collectivités
locales, du secteur public et privé et des organisations
de la société civile. Il convient d’intégrer
dans le Mécanisme africain d’évaluation par
les pairs un autre domaine d’évaluation, celui des
questions de genre.
Intégration des femmes et mécanismes institutionnels
20. Les gouvernements africains ont créé divers mécanismes
à différents niveaux, notamment des mécanismes
nationaux pour intégrer la dimension genre dans la formulation
des politiques, des plans et des programmes. Des campagnes de mobilisation
ainsi que des activités de suivi et d'évaluation de
la mise en œuvre des engagements internationaux, régionaux
et nationaux, ont été menées. Les points focaux
pour les questions de genre se sont révélés
être un lien précieux mais fragile entre les services
chargés de la promotion des femmes et les ministères
de tutelle. Une attention particulière a été
accordée à la formulation de politiques nationales
de promotion de la femme et de plans de mise en œuvre; certains
pays ont élaboré des politiques de promotion de la
femme spécifiquement sectorielles. Les capacités nationales
et régionales en matière d'intégration de l'égalité
des sexes ont été renforcées. Dans certains
pays, des activités de sensibilisation à des questions
spécifiques ont été menées à
bien, par exemple en ce qui concerne la violence à l'égard
des femmes et des notions élémentaires de droit.
21. Cependant, les mécanismes d'intégration de l'égalité
des sexes et de renforcement des pouvoirs des femmes laissent à
désirer à tous les niveaux : manque de capacités,
de pouvoirs et de financements. Les ministères de tutelle
n’ont pas atteint tous les objectifs en ce qui concerne l’égalité
des sexes du fait de la faiblesse des ressources qui leurs sont
allouées. Les préoccupations des femmes continuent
de faire l’objet de grandes déclarations ou d’être
considérées comme des projets distincts pour les femmes.
Les données et informations ventilées par sexe et
comptant des indicateurs sexospécifiques ne sont pas souvent
recueillies, publiées ou utilisées.
VIH/sida
22. La population est de plus en plus sensibilisée à
la question des MST et du VIH/sida en Afrique, grâce aux efforts
des gouvernements, des parlements, du secteur public, des partenaires
du développement et des organisations de la société
civile. Les décideurs africains reconnaissent maintenant,
en général, l’ampleur de la menace que constituent
le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme. Tous les pays ont créé
une commission nationale de lutte contre le sida. Certains ont réussi
à réduire les taux d’infection alors que d’autres
sont parvenus à les maintenir à un niveau relativement
bas. Plusieurs pays africains ont approuvé des codes et déclarations
sur la non-discrimination à l’égard des personnes
vivant avec le VIH et le sida. On accorde de plus en plus d'attention
à l’impact de la pandémie du VIH et du sida
sur la pauvreté et le développement durable.
23. Les femmes africaines sont les plus touchées par le
VIH/sida. Presque 70% des personnes infectées vivent en Afrique.
Les femmes représentent 58% des personnes infectées
en Afrique et c’est avant tout sur elles que repose la charge
liée à l’impact de l’épidémie.
La pandémie a fait de nombreuses victimes dans les groupes
d'âge les plus productifs, remodelé les familles de
sorte qu'il incombe maintenant aux personnes les plus âgées
et les plus jeunes, généralement les grands-mères
et les petites filles, de prendre soin des malades. Dans de nombreux
pays africains, le VIH/sida a des conséquences négatives
sur le renforcement du pouvoir économique, la santé,
l'éducation et l'exercice des droits humains des femmes.
Les soins dispensés par le service public aux séropositifs
sont en diminution constante depuis ces 10 dernières années,
ce qui alourdit la charge des femmes qui prennent soin des malades,
et prive les femmes de certains soins, en particulier le traitement
postnatal. Les femmes doivent également subvenir aux besoins
économiques de leur famille, même si elles sont malades.
La propagation de l'épidémie s’explique principalement
par l'aggravation de la pauvreté, par des traditions en vigueur
dans beaucoup de parties d'Afrique, telles que les mutilations génitales,
ainsi que par les croyances et attitudes qui privilégient
les hommes et font des femmes leurs subordonnées.
3. Programme d’action
24. Compte tenu de ce qui précède, les ministres
africains ont adopté le programme d’action ci-après
qu’il est nécessaire d’entreprendre pour accélérer
la mise en oeuvre de la Plate-forme d'action de Dakar et du Programme
d’action de Beijing dans les prochaines années et évaluer
régulièrement les résultats.
Section A – Principales actions permettant d’accélérer
la mise en œuvre du Programme d’action de Beijing
Économie
25. Il est impératif que des mesures urgentes soient prises
pour améliorer la capacité d’analyse sexospécifique
des macroéconomistes à tous les niveaux et dans toutes
les institutions, de façon à redéfinir les
concepts, les approches et les méthodes qui sont à
la base de la production et de la collecte de données. Il
s’agit du développement de capacités et d’outils
techniques permettant de faciliter davantage la prise en compte
du travail non rémunéré des femmes dans les
systèmes de comptabilité nationale. Il est nécessaire
d’intégrer l’analyse selon le genre dans les
études économiques et de faire appel à des
experts en genre pour la formulation de politiques macroéconomiques,
afin que ces politiques économiques appuient les activités
génératrices de revenus pour les femmes dans le cadre
de l’économie de subsistance et au sein de la famille.
Il faudrait concevoir des systèmes de retraite et de sécurité
sociale qui tiennent compte des spécificités hommes-femmes
et en faire bénéficier toutes les femmes. Il convient
d’élaborer et d’appliquer des programmes nationaux
créant des possibilités d’emplois décents
et de bonnes conditions de travail pour les hommes et les femmes,
afin d’améliorer la position de la femme sur le marché
du travail.
Pauvreté
26. Il faudrait que les mesures visant à intégrer
les préoccupations sexospécifiques dans les stratégies
de lutte contre la pauvreté prévoient une analyse
selon les sexes dans le cadre des politiques macroéconomiques.
Cela ferait apparaître que la pauvreté affecte différemment
les hommes et les femmes et permettrait d’identifier les obstacles
qui entravent la réduction de la pauvreté. Des principes
d’égalité entre les sexes doivent être
intégrés dans tous les budgets de façon à
ce que des ressources équitables soient allouées.
Les processus d’élaboration des plans de lutte contre
la pauvreté devraient être consultatifs, sensibles
aux sexospécificités et n’exclure personne.
Il faudrait que les indicateurs permettant de suivre l’impact
des programmes et des mesures de réduction de la pauvreté,
ainsi que la réalisation des Objectifs du Millénaire
pour le développement, tiennent compte des spécificités
hommes-femmes. Dans le domaine de la mondialisation, un programme
de formation des femmes devrait être prévu.
Éducation et formation
27. Pour régler les déséquilibres hommes-femmes
dans l’éducation et la formation, les pays devraient
mettre en œuvre des mesures discriminatoires positives, telles
que des bourses allouées à des étudiantes pour
tous les niveaux d’enseignement, une éducation à
distance et non formelle, des programmes d’alphabétisation
destinés aux femmes, des stratégies novatrices et
dynamiques permettant de remédier à la sous-représentation
des femmes et des filles dans les sciences, les mathématiques
et les disciplines et carrières liées aux technologies,
ou encore la promotion des sciences parmi les enfants en général
et plus particulièrement les jeunes filles. Il s’agit
également de renforcer l’accès des femmes à
la formation professionnelle. Par ailleurs, les principaux partenaires
financiers des systèmes éducatifs africains devraient
faire montre, dans leurs politiques d’intervention, de leur
engagement ferme en faveur de la population féminine.
Santé
28. Afin d’atteindre l’Objectif 6 des Objectifs du
Millénaire pour le Développement et les Objectifs
de la Conférence internationale sur la population et le développement
(CIPD) relatifs à la réduction de la mortalité
et de la morbidité maternelle, les gouvernements doivent,
en collaboration avec les parlements, les organisations de la société
civile et le secteur privé, fournir des services de soins
et une éducation en matière d’hygiène
sexuelle et de santé de la reproduction accessibles aux femmes
et aux jeunes filles, conformément à la législation
en vigueur dans chaque pays. Il conviendrait d’appuyer des
actions préventives visant à empêcher la recrudescence
du paludisme, des maladies cardiovasculaires, des cancers féminins
ainsi que la propagation du VIH/sida, de la tuberculose en particulier
chez les femmes et les filles. Il faudrait créer également
des processus et des programmes visant à atteindre l’Objectif
des OMD qui vise la réduction de la mortalité infantile.
Gouvernance, pouvoir et prise de décisions
29. Toutes les institutions politiques de gouvernance doivent institutionnaliser
des politiques qui garantissent l’égalité entre
les sexes. La parité proclamée par l’Union africaine
doit être répercutée et mise en œuvre à
tous les niveaux de la gouvernance, à l’échelon
national, sous-régional et régional à travers
notamment des actions concrètes et des calendriers définis.
Il faut appuyer l’accès des femmes à des postes
soumis à une élection (mairies et parlements) de façon
à atteindre cet objectif. Il faudrait élaborer et
soutenir des programmes de formation, tendant à élever
le niveau de responsabilité des femmes, et en particulier
des jeunes femmes, afin de les préparer à exercer
les responsabilités à tous les niveaux. Compte tenu
de l’intérêt du mouvement indépendant
des femmes, qui agit comme porte-parole des femmes en Afrique, il
faudrait encourager et appuyer les organisations féminines.
Aussi, faudrait-il restructurer et redynamiser l’Organisation
panafricaine des femmes (OPF).
Médias
30. Étant donné l’importance des communications
et la vitesse à laquelle les technologies de l’information
et de la communication (TIC) se développent, il est important
que la région adopte et mette en œuvre des politiques
de communication qui tiennent compte des sexospécificités.
Il est également nécessaire d’améliorer
l’accès des femmes aux médias et aux nouvelles
technologies de l’information et de la communication ; d’appuyer
les initiatives des femmes dans le domaine de la presse et de la
communication. Il y a lieu d’encourager l’utilisation
des médias et des nouvelles techniques de l’information
et de la communication pour promouvoir les activités des
femmes, projeter une image positive et combattre les stéréotypes
et la discrimination. À cet égard, il y a lieu de
souligner l’importance du Sommet mondial de la société
de l’information prévue en novembre 2005, et il est
fait appel a la communauté internationale à participer
activement aux travaux de ce Sommet en vue de réduire le
fossé numérique existant actuellement.
Droits humains des femmes
31. Une démarche sexospécifique fondée sur
les droits humains devrait guider la formulation, la mise en œuvre,
le suivi et l’évaluation des DSRP, des OMD, des priorités
nationales, des plans annuels et des cadres de dépenses.
Il faut éliminer les pratiques nuisibles et/ou discriminatoires
qui perpétuent les inégalités à l’égard
des femmes, et chercher à promouvoir des normes et des valeurs
sociales, culturelles, traditionnelles et religieuses qui favorisent
l’égalité et l’équité, ainsi
que la justice. Il faudrait instaurer un partenariat entre hommes
et femmes pour aborder la question des pratiques qui ont des incidences
négatives sur l’égalité entre hommes
et femmes. Le Protocole à la Charte africaine sur les droits
de l’homme et des peuples relatif aux droits de la femme,
devrait être signé et ratifié par tous les États
africains de préférence avant fin 2005. Les gouvernements
devraient adapter et mettre en oeuvre tous les instruments internationaux
et régionaux sur les droits des femmes et l’égalité
et l’équité des sexes, qu’ils ont ratifiés
et garantir leur application.
Prévention des conflits, rétablissement de la paix
et reconstruction
32. Il faudrait faire respecter les mesures qui réaffirment
le rôle et les droits des femmes pendant les phases de négociation,
de transition et de reconstruction et renforcer les mécanismes
en vue de leur application aux niveaux régional et international.
Il faudrait s’occuper des traumatismes que subissent les femmes
réfugiées qui sont rejetées à la suite
d’un viol ou d’autres formes de violence discriminatoire.
L’appui aux femmes dans le cadre des processus politiques
dans les pays sortants de conflit doit être renforcé
de façon à ce qu’elles puissent avoir une influence
sur la prévention des conflits, le rétablissement
de la paix et la reconstruction. La résolution 1325 du Conseil
de sécurité de l’ONU et le Protocole relatif
aux droits des femmes de l’Union africaine doivent être
appliqués dans leur totalité. Il faudrait renforcer
les mesures de plaidoyer et de coercition contre l’impunité.
Il faudrait adopter, comme norme internationale, le principe de
ne pas donner aux chefs de guerre et aux acteurs de violence contre
les femmes et des filles de responsabilités dans les processus
de reconstruction après les conflits. Les gouvernements doivent
mettre en place, dans les camps de réfugiés et de
personnes déplacées, des mécanismes fonctionnels
et des programmes d’intervention pour la protection des femmes
et des filles contre la violence et toutes formes d’abus sexuel.
Les interventions humanitaires doivent tenir compte des besoins
sanitaires, notamment la santé en matière de reproduction
et sexuelle, des femmes et des filles dans les situations de conflit,
les camps de réfugiés et de personnes déplacées.
Environnement
33. Dans le domaine de l’environnement, les États
africains devraient adopter des politiques, programmes, stratégies
et mesures qui tiennent compte de l’égalité
des sexes. Les femmes devraient jouer un rôle de premier plan
dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques
et des programmes sur l’eau, l’énergie, l’assainissement,
la protection et la gestion des ressources foncières et forestières,
l’aménagement urbain et rural. Les femmes rurales et
leurs préoccupations devraient être prises en compte
dans la planification et la gestion des activités liées
à l’écosystème, au tourisme écologique
et à la diversité biologique. Pour la réalisation
du septième Objectif du Millénaire pour le développement,
relatif à la viabilité de l’environnement, il
conviendra de tenir compte des sexospécificités.
La petite fille
34. Il convient de déployer des efforts particuliers pour
protéger la petite fille contre la discrimination, la mauvaise
santé, la malnutrition, les stéréotypes, la
violence, notamment les mutilations génitales, le mariage
précoce et forcé, l’exploitation dans le cadre
des travaux domestiques et la traite des être humains. Les
stratégies qui ont contribué à l’amélioration
du taux de scolarisation des filles et à la réduction
des abandons scolaires devraient être renforcées. L’école
devrait être exempte de tous préjugés et actes
de discrimination et de violence à l’égard des
filles. Cela exige des réformes pédagogiques, la sensibilisation
des enseignants et autres éducateurs à l’égalité
des sexes, la formation en genre des garçons et des filles
ainsi que des campagnes permanentes auprès des parents, des
chefs traditionnels et religieux, des parlementaires et des autres
parties prenantes. Il faudrait faciliter l’enseignement professionnel
et technique des filles et prévoir des programmes sexospécifiques
pour les jeunes garçons et les jeunes filles. En outre, les
principaux partenaires financiers devraient s’engager davantage
en faveur des femmes et des jeunes filles.
VIH/sida
35. Les gouvernements doivent, de toute urgence, se pencher sur
les rapports de force entre les deux sexes afin de protéger
les femmes et les filles contre toutes les formes de violence et
de permettre aux femmes et aux filles de négocier des rapports
sexuels protégés. À cet égard, ils doivent
adopter des lois, faire appliquer la législation en vigueur
et mener des campagnes de mobilisation et de sensibilisation. Ils
doivent en particulier mettre en place, faire respecter et contrôler
des cadres juridiques stricts permettant de mettre fin à
la vulnérabilité des femmes et des filles, ainsi qu’à
l’exploitation des orphelins, notamment les filles. Il faudrait
créer un fonds pour favoriser l’accès des femmes
aux prophylaxies du lendemain, aux antirétroviraux, au traitement
pour la prévention de la transmission mère-enfant
(avant et après l’accouchement), ainsi qu’à
une aide pour les soins à domicile. Il faudrait également
engager des ressources pour s’assurer que des méthodes
de prévention contrôlées par des femmes deviennent
disponibles et accessibles. Les États devraient suivre de
près les nouveaux types de violences et d’atteintes
aux droits humains dans le contexte du VIH/sida. La priorité
devrait être donnée à la prestation et au contrôle
des soins aux orphelins, à la protection de leurs droits
à l’héritage et au soutien psychologique. Les
gouvernements doivent élaborer des indicateurs permettant
de suivre les objectifs et les résultats des programmes sur
le VIH/sida, de mesurer les progrès accomplis et de rendre
compte de l’utilisation des ressources.
Partenariats avec les hommes
36. Pour accélérer la mise en œuvre du Programme
d’action de Beijing dans le cadre des Objectifs du Millénaire
pour le développement, il ne faut plus considérer
l’égalité des sexes comme l’objectif des
femmes uniquement. En effet, l’engagement sans réserve
des hommes, leur sens des responsabilités et leur partenariat
avec les femmes revêtent une importance cruciale. Les gouvernements
doivent transformer leurs modes institutionnels et organisationnels
de prise de décisions afin que le souci de l’égalité
des sexes et les droits des femmes puissent prévaloir dans
les comportements, attitudes et normes, grâce à la
sensibilisation aux questions de genre, au renforcement des capacités
et au contrôle à tous les niveaux. Il convient de mettre
au point des programmes novateurs fondés sur les droits et
tenant compte des spécificités culturelles, afin de
favoriser la participation active des hommes et des garçons
à la promotion de l’égalité des sexes
et de l’émancipation de la femme. Il faudrait aussi
élaborer des programmes en faveur des familles, dans le but
d’intégrer la culture de l’égalité
et du respect des droits humains dans tous les aspects du processus
de socialisation, y compris le partage des travaux ménagers
et des soins aux enfants.
Soutien international
37. Le soutien du système des Nations Unies à l’Afrique
dans la mise en œuvre et le suivi du Programme d’action
de Beijing et des OMD est apprécié par les gouvernements.
Une assistance technique et financière pour la formation,
le renforcement des capacités, la recherche et la documentation
a été mise en œuvre et mérite d’être
renforcée au cours des années à venir. Les
pays développés et les institutions financières
et commerciales internationales sont invités à renforcer
la mise en œuvre des engagements qu’ils ont pris lors
des conférences et sommets de l’ONU, y compris Beijing
et Beijing +5, d’appuyer les pays africains dans leurs efforts
d’application des conclusions de ces différentes réunions.
À cet égard, l’aide officielle au développement
devra être portée au niveau convenu; le problème
de la dette africaine devra être réglé de façon
globale; l’accès des produits africains au marché
mondial devra être garanti et une assistance technique ainsi
qu’un renforcement des capacités devront être
fournis, dans l’esprit du partenariat et de la responsabilité
mutuelle.
Section B – Mesures institutionnelles pour la prise en compte
effective de l’égalité des sexes
38. Pour accélérer la mise en œuvre du Programme
d’action de Beijing, il importe de renforcer l’institutionnalisation
de l’égalité et l’équité
des sexes en dégageant des ressources suffisantes ainsi qu’en
apportant l’expertise technique et l’autorité
requise. Les objectifs et actions stratégiques définis
dans la présente section doivent être réalisés
par l’ensemble des parties prenantes, étant entendu
que les mécanismes nationaux et les cellules genre contrôleront
et faciliteront l’exécution des programmes de développement
selon une approche privilégiant l’égalité
des sexes.
Élaboration et examen des politiques
39. À Beijing, les États Membres ont affirmé
leur volonté politique de promouvoir l’égalité
et l’équité des sexes en adoptant le Programme
d’action. Les gouvernements devraient évaluer à
intervalles réguliers la concrétisation de cette volonté
politique, de façon à recenser et à combler
les lacunes dans les politiques en matière d’égalité
et d’équité des sexes et à faciliter
leur mise en œuvre, grâce à l’allocation
de ressources humaines et matérielles suffisantes. Pour l’élaboration
de l’ensemble des politiques et programmes, les gouvernements
doivent recourir aux services d’experts en matière
d’égalité et d’équité des
sexes.
Responsabilité et obligation redditionnelle
40. Les ministères de la promotion de la femme et d’autres
ministères techniques devraient s’accorder sur une
répartition des tâches concernant l’intégration
de l’approche genre dans leurs domaines de compétences
respectifs. Les principales fonctions des responsables des questions
de genre doivent être institutionnalisées dans tous
les ministères, de sorte que le souci de l’égalité
et de l’équité des sexes soit intégré
dans l’ensemble des politiques, programmes et activités.
Il est essentiel que les succès obtenus en matière
d’égalité des sexes soient mis sur le compte
de la plus haute autorité des ministères, et pas seulement
des mécanismes et des points focaux en genre.
Renforcement des capacités
41. Les gouvernements devraient fournir des ressources humaines
et financières suffisantes aux structures nationales chargées
de l’égalité des sexes. Pour assurer que davantage
de données sexospécifiques deviendront disponibles,
il convient d’aider les bureaux nationaux de statistique à
améliorer la collecte et la diffusion des données
ventilées par sexe. Il faut en outre dispenser aux utilisateurs
une formation en matière d’analyse et d’exploitation
de ces données aux fins de la planification, de suivi et
de l’évaluation. Il convient également de doter
la fonction publique, les universités et les instituts de
recherche des capacités requises pour réaliser des
travaux de recherche et des programmes soucieux de l’égalité
des sexes.
Coordination
42. L’absence de mécanismes de coordination efficaces
au sein des structures chargées du genre, ainsi qu’entre
ces structures et les autres institutions, constitue un obstacle
à l’intégration de la dimension genre, à
tous les niveaux. Aussi, les institutions doivent-elles créer
des mécanismes de coordination efficaces, dont les lignes
de communication, les rôles, les responsabilités, l’obligation
redditionnelle et l’autorité seront clairement définis.
Ces cadres de coordination doivent être assortis de conditions
précises de collaboration et de partenariat entre le secteur
public, les partenaires de développement et le secteur privé
(y compris les ONG), aux fins d’une coordination effective
de l’intégration de la dimension genre à tous
les niveaux.
Plaidoyer
43. Au cours de la première décennie qui a suivi
la Conférence de Beijing, les organisations de la société
civile ont joué un rôle de premier plan dans le plaidoyer
en faveur de l’égalité des sexes, des droits
de la femme et de son émancipation. Pendant la décennie
à venir, les gouvernements et les institutions régionales
doivent s’en inspirer pour renforcer leurs activités
de plaidoyer et instaurer un partenariat avec les organisations
de la société civile dans le cadre de campagnes de
sensibilisation et d’information destinées à
promouvoir l’intégration de la dimension genre. Ce
plaidoyer devrait être lié aux politiques et aux programmes,
de manière à ce que l’intégration et
l’obligation redditionnelle relèvent davantage de la
responsabilité collective.
Suivi et évaluation
44. Le Comité « Femmes et Développement »
sera chargé du suivi de la mise en œuvre de ces engagements
renouvelés. Il convient de renforcer les instruments de responsabilisation
du Mécanisme d’évaluation intra-africaine du
NEPAD, de la Commission de l’UA, des commissions économiques
régionales ainsi que les mécanismes nationaux de planification,
de budgétisation et d’exécution, et d’y
intégrer le genre, afin d’évaluer la pertinence
des contributions, la qualité des résultats et l’ampleur
des défis qui restent à relever pour faire de l’égalité
et de l’équité des sexes une réalité
dans tous les secteurs. Il sera nécessaire d’intégrer
les questions sexospécifiques dans le Mécanisme d’évaluation
par les pairs et dans d’autres domaines d’évaluation.
Les rapports annuels sur les Objectifs du Millénaire pour
le développement devraient comporter une évaluation
de la mise en œuvre du Programme d’action de Beijing.
En outre, l’Indicateur de développement et des inégalités
entre les sexes en Afrique (IDISA), en cours d’expérimentation,
constitue un cadre pour la définition des priorités,
le suivi des progrès accomplis et la responsabilité
des États. Au terme de la phase d’expérimentation,
l’IDISA pourrait être adopté par les États
membres en vue d’être utilisé. L’Union
africaine devra être encouragée à convoquer
une réunion des ministres en charge des questions de la femme
pour convenir des priorités du suivi de l’application
de la Déclaration solennelle sur l’égalité
entre les hommes et les femmes en Afrique, adoptée en juillet
2004 par les Chefs d’état.
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