ETUDE SUR L'ACCES DES FEMMES AUX RESSOURCES FONCIERES ET TECHNOLOGIQUES
AU SENEGAL
Mme. Codou Bop, Consultante
Liste des sigles et abbréviations
Introduction
1. Contexte économique et politique de l'étude
1.1. Le secteur agricole
1.2. Contexte socio-culturel de l'étude
1.3. La place des femmes dans les grandes orientations
nationales
1.3.1. Les femmes rurales dans les politiques de
promotion des femmes
2. Méthodologie et cadre de l'étude
2.1. Objectifs de la recherche
2.2. Collecte des données
2.3. Choix des sites
2.4. L'analyse documentaire
3. Accès des femmes aux ressources en milieu
rural et besoins prioritaires
3.1. La terre
3.1.1. Le régime foncier au Sénégal
3.1.2. Les structures institutionnelles du pouvoir
en milieu rural
3.1.3. L'impact des nouvelles dispositions sur
l'accès des femmes à la terre
3.2. Les activités économiques
des femmes en milieu rural, obstacles et besoins
3.2.1. Les activités agricoles
3.2.2. Les activités économiques
non agricoles
3.2.3. Les travaux domestiques
3.2.4. Revenus et utilisation des
revenus
3.2.5. Accès aux ressources
forestières
3.3. Accès aux technologies
: obstacles et besoins
3.4. Accès à la main-d'oeuvre
: obstacles et besoins
3.5. Accès à la formation
: obstacles et besoins
3.6. Accès à l'eau :
obstacles et besoins
3.7. Accès au crédit
: obstacles et besoins
Conclusion
4. Recommandations pour une meilleure
façon d'assurer la participation des femmes
Annexes
Annexe 1 : Liste des personnes
rencontrées
Annexe 2 : Analyse documentaire
Annexe 3 : Etude de cas sur l'accés
des femmes de Bantancountou Maounde aux resources
Annexe 4 : L'accés des femmes à
la technologie
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LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS
ASDEB Association pour le Développement
de Bantancountou Maoundé
ASRADEC Association Sénégalaise de Recherche
et d'Appui Communautaire
CNCA Caisse Nationale pour le Crédit Agricole
CNCCR Conseil National de Concertation et de Coopération
des Ruraux
CONGAD Conseil des Organisations Non Gouvernmentales d'Appui
au Développement
GIE Groupement d'Intérêt Economique
GPF Groupement de Promotion Féminine
GRS Groupe de Réflexion Stratégique
MARP Méthode Active de Recherche et de Planification
Participatives
MFEF Ministère de la Femme, de l'Enfant et de la Famille
ONG Organisation Non Gouvernmentale
SAED Société Nationale d'Aménagement
et d'Exploitation des Terres du Delta du Fleuve Sénégal
[sommaire]
INTRODUCTION
Situé à l'ouest du continent, dans la zone soudano-sahélienne,
le Sénégal couvre une superficie de 196.722 Km2. Sa
population est estimée à 8.347.000 habitants.
Le secteur agricole (agriculture, élevage, pêche) continue
d'occuper une place importante dans l'économie nationale et
contribue pour 20% dans la formation du produit intérieur brut.
Les femmes jouent un rôle essentiel dans l'économie
sénégalaise comme en témoignent ces quelques
données de base. Selon le Plan National d'Action de la Femme
Sénégalaise (MFEF, 1997), les femmes composent 52% de
la population. 60% d'entre-elles vivent et travaillent dans les zones
rurales où elles constituent 68% de la force de travail. Par
ailleurs, selon l'Enquête sur les Priorités (1998), 14%
des ménages ruraux sont dirigés par des femmes.
Toujours selon le Plan National de la Femme, ces dernières
assurent près de 70% de la production vivrière. Elles
sont également responsables de la chaîne alimentaire
depuis la production jusqu'à la consommation, en passant par
la transformation. C'est à elles qu'incombent toutes les tâches
domestiques qui les occupent entre cinq à huit heures par jour,
soit des journées de travail de 12 à 15 heures environ.
Concernant les activités de production elles assument la plupart
des travaux de riziculture. Elles sont impliquées aussi bien
dans les cultures de céréales que de rente. Elles interviennent
également dans la production et la commercialisation des légumes
et des fruits. Elles s'adonnent à l'élevage de petits
ruminants et de volaille, mais peuvent être propriétaires
de gros bétail.
L'importance numérique des femmes, mais aussi de leur participation
à l'économie rurale, leurs responsabilités, et
les obstacles considérables qu'elles continuent de rencontrer
pour accéder aux ressources, ont justifié les politiques
mises en oeuvre en leur faveur par le gouvernement, la coopération
internationale et les ONG, mais les résultats restent en deçà
des attentes.
La question foncière et les mécanismes d'accès
des femmes aux ressources naturelles et à la technologie constituent
les thèmes principaux de la présente recherche. Elle
s'appuie sur deux études de cas complétées par
des analyses documentaires et des interviews de personnes-ressources,
compétentes dans ce domaine du fait de leurs responsabilités
dans les mécanismes institutionnels chargés de l'agriculture
d'une part, et des femmes d'autre part, dans les ONG et la coopération
internationale. Les interviews ont également inclus des chercheurs,
des responsables d'associations féminines et de structures
oeuvrant pour la promotion économique et sociale des femmes
rurales de manière générale.
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I. CONTEXTE SOCIAL, ECONOMIQUE ET POLITIQUE DE L'ETUDE
1.1. Le secteur agricole
L'agriculture sénégalaise est confrontée à
de graves difficultés de nature à compromettre son développement,
parmi lesquels ont peut citer :
la faible capacité d'investissement de l'Etat, du secteur
privé et des producteurs ;
les contraintes du milieu naturel liées à des phénomènes
tels que la baisse constante de la pluviométrie, la baisse
du niveau des nappes souterraines, l'érosion des sols, la
dégradation des écosystèmes, le déboisement,
la salinisation, les attaques des criquets, etc.. ;
L'adoption dans le cadre des programmes d'ajustement structurel
d'une nouvelle politique agricole, marquée par le désengagement
de l'Etat, d'où la suppression des subventions, des ristournes
et des primes compensatoires en matière de commercialisation,
l'abandon des subventions aux intrants (engrais et pesticides),
la privatisation des services de fourniture de biens d'équipement
et la libéralisation des prix. Cette orientation s'est traduite
par une sérieuse baisse de la productivité et a contribué
à la diminution des revenus réels en milieu rural
;
L'importance du flux migratoire masculin, interne et international,
qui se traduit par une féminisation de plus en plus marquée
de l'agriculture.
Bien que dans la Déclaration de Politique de Développement
Agricole (D.P.D.A.) de juin 1994, les autorités reconnaissent
les insuffisances de la politique agricole, un grand nombre de choix
antérieurs a été conservé. C'est ainsi
que de manière globale, la priorité donnée dans
la planification nationale aux cultures d'exportation dominées
par les hommes est maintenue au détriment des secteurs de subsistance
ou dits informels où les femmes sont majoritaires.
Ainsi dans la basse vallée du Fleuve Sénégal,
site d'une de nos études de cas, les cultures irriguées
considérées comme prioritaires par la politique agricole
excluent les femmes dont les systèmes d'activités restent
basées sur la culture de décrue.
Dans le secteur rizicole (riziculture irriguée et riziculture
pluviale), les hommes constituent toujours le principal groupe ciblé
par les structures d'appui y compris dans les régions telles
que la Casamance où les femmes sont traditionnellement les
principales productrices, ou dans certaines zones de la vallée
du Fleuve Sénégal.
Les bailleurs de fonds jouent un rôle important dans le maintien
de ces orientations, eux qui fournissent entre 86 et 89% du financement
total de l'investissement public. (GRS, 1997).
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1.2. Contexte socio-culturel de l'étude
La société sénégalaise est caractérisée
par une hiérachisation très poussée entre les
hommes et les femmes, jeunes et vieux, castes supérieures et
inférieures. Dans tous les groupes ethniques, les femmes ont
un statut social inférieur et dépendant. C'est par le
mariage et la procéation qu'elles peuvent accéder à
un statut social plus valorisé. Une telle conception a un impact
négatif considérable sur leurs possibilités d'accéder
à l'éducation et à l'emploi, et sur leur pouvoir
de décision au sein de la famille et de la communauté,
et même concernant leurs corps et leur vie. Ainsi, bien que
les femmes sénégalaises jouent un rôle capital
de plus en plus reconnu dans tous les domaines de la vie économique
et social, elles demeurent encore dans leur majorité, défavorisées
dans l'accès non seulement aux instances de pouvoir et dans
les processus de prise de décision économique et politique,
mais aussi aux instruments de développement économique
et social.
Plusieurs lois ont été prises en leur faveur mais leur
application se heurte à de fortes résistances, aggravées
par l'analphabétisme qui frappe 78% des Sénégalaises
et la méconnaissance de leurs droits.
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1.3. Place des femmes dans les grandes orientations de développement
La prise en compte des préoccupations des femmes dans les
grandes orientations politiques du pays est relativement récente.
Comme le note l'Etude Femmes Sénégalaises à l'Horizon
2015, du Ministère de la Femme, de l'Enfant et de la Famille
(1993) "l'examen des différents plans de développement,
de 1960 à nos jorus montre que les femmes n'ont pas été
considérées dans les grandes orientations économiques
et sociales exprimées dans les politiques nationales et les
plans globaux de développement. En effet, les quatre premiers
plans de développement qui couvrent la période de 1960
à 1977, sont quasiment muets sur leur sort. Aucun objectif
particulier les concernant n'y est mentionné".
Les plans suivants (VIIème et VIIIème plan, 1985-1993),
mis en oeuvre vers la fin de la décennie des Nations Unies
pour les femmes, dont l'objectif majeur, auquel avait sosucrit le
Sénégal, était l'amélioration de leurs
conditions de vie, en particulier celle des rurales, "ne renferment
aucune disposition pour les femmes notamment dans les stratégies
concernant les grands secteurs productifs (agriculture, industrie,
commerce)". Les priorités retenues pour les femmes touchent
le renforcement des capacités d'auto-organisation des groupements
féminins, par la facilitation de l'accès au crédit
et le soutien de leurs activités domestiques et productives.
L'exécution des lignes d'action soutenant ces objectifs, avait
été confiée exclusivement au secteur du développement
social, ce qui les marginalise par rapport aux grandes orientations
nationales.
C'est avec l'Année Internationale de la Femme et la décennie
pour la femme (1975-1985), dans le cadre des stratégies de
promotion féminine recommandées par la communauté
internationale, que le gouvernement, les agences internationales de
coopération, et les ONG ont commencé à mener
de manière soutenue, des actions diverses en direction des
femmes, les rurales en particulier. L'objectif de ces actions était
d'améliorer leurs conditions de vie, en les intégrant
dans les politiques, programmes et projets de développement.
Cette période est marquée par la mise en place de mécanismes
institutionnels (Secrétariat d'Etat et plus tard Ministère)
chargés de mettre en oeuvre les politiques de promotion féminine
du gouvernement.
En 1982, un Plan d'Action National de la Femme d'un coût de
18 milliards de FCFA, est élaboré dans l'objectif de
développer l'éducation et la formation, la santé
et la nutrition, l'emploi et les activités rémunératrices
et les droits des femmes en matière juridique et politique.
Son évaluation huit ans après par l'UNIFEM, montre que
le plan n'a pas atteint les résultats attendus. La principale
critique émise à son encontre est l'inarticulation entre
le plan et les grandes options de développement au niveau du
gouvernement, des bailleurs de fonds et des ONG, ce qui a eu pour
principal résultat de continuer à isoler les problèmes
des femmes des objectifs globaux de développement, ainsi que
des ressources allouées à la réalisation de ces
objectifs.
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1.3.1. Les femmes rurales dans les politiques de promotion des
femmes
Au niveau du gouvernement
Les politiques d'intégration des femmes au développement
ont été dirigées, en priorité, vers les
femmes du monde rural, dans le cadre de leurs activités agricoles,
d'élevage et de pêche. Deux mesures principales ont caractérisé
ces politiques : la constitution de Groupements de Promotion Féminine
et la mise en oeuvre de projets d'allègement des travaux domestiques
par l'introduction de technologies dites "appropriées"
(moulins à mil, concasseurs de noix de palme, décortiqueuse
de riz, claies de séchage de poissons, motopompes manuelles,
etc.).
Les groupements de promotion féminine
S'inspirant de l'expérience d'une politique mise en oeuvre
à l'indépenance du pays, qui visait à regrouper
les paysans (hommes) en coopératives de production et de commercialisation,
les pouvoirs publics ont favorisé le regroupement des femmes
autour d'activités économiques, dans le but de les encadrer,
de les équiper et de les financer de façon collective.
La constitution de groupements, qui existent aussi bien en milieu
urbain que rural, avait été facilitée par l'existence
d'associations féminines traditionnelles. Leur taille varie
selon la dimension des villages, le dynamisme des femmes et leur cohésion
sociale et politique.
En milieu rural, leurs principales activités sont l'agriculture,
le maraîchage, le crédit et surtout l'épargne
alimentée par des cotisations des membres. L'épargne
est faite dans l'objectif de réaliser une activité ou
de constituer un volant de sécurité. Elle est thésaurisée
dans la majorité des cas ou déposée pour une
faible proportion en banque. Il faut note r que les groupements avaient
en 1989 d'importants dépôts à la Caisse Nationale
pour le Crédit Agricole et dans le système bancaire.
L'Etude Femmes Sénégalais à l'horizon 2015 déjà
citée signale des dépôts de l'ordre de 150 millions
CFA.
Le processus de leur fédération entamé dans
les années 80 a donné naissance à la Fédération
Nationale des Groupements Féminins qui compte 4.000 groupements
adhérents. Selon le Plan d'Action de la Femme (1997), elle
regroupe environ 500.000 membres. La Fédération est
placée sous la tutelle du Ministère de la Femme, de
l'Enfant et de la Famille, dont elle est un partenaire important pour
la mise en oeuvre des Projets/Programmes concernant les femmes rurales.
Pour faciliter leur accès au crédit, les autorités
ont favorisé depuis 1989 leur structuration en groupement d'intérêt
économique (GIE), et attribué le statut d'ONG à
la Fédération.
La Fédération, qui pourrait jouer un rôle capital
dans l'essor des activités économiques féminines
en milieu rural, est cependant en butte à de nombreuses difficultés
qui freinent son expansion. En effet bien qu'elle soit présentée
comme le partenaire privilégié des pouvoirs publics,
les ressources matérielles et financières mis à
sa disposition restent faibles, ce qui limite les possibilités
de développer des actions de promotion de ses membres.
Ainsi dans le contexte de libéralisation en vigueur au Sénégal,
elle se révèle incapable à développer
et organiser les initiatives féminines pour viser un véritable
entreprenariat féminin, ou à changer les rapports de
force avec les bailleurs de fonds ou les mécanismes institutionnels
nationaux pour la prise en compte des perspectives des femmes rurales
dans leurs orientations. Par ailleurs, les relations étroites
entre les directions de la Fédération et le parti au
pouvoir qui ont entraîné une trop forte politisation
de la structure, peuvent entamer sa crédibilité auprès
des femmes.
Il faut souligner qu'à la suite de la Quatrième Conférence
des Femmes tenue à Beijing en Septembre 1995, le Ministère
de la Femme, de l'Enfant et de la Famille a, en collaboration avec
les ONG, mis au point le deuxième Plan d'Action de la Femme
dont l'objectif principal est le renforcement des capacités
et de leadership des femmes, le développement de leurs activités
économiques, par l'amélioration notamment de leur accès
à la terre, au crédit et à la formation technique.
Au niveau des institutions de coopération internationale
et des ONG
Les institutions internationales ont joué un rôle important
dans l'intégration de programmes destinés aux femmes
dans les politiques nationales, dans le cadre de la mise en oeuvre
des priorités et stratégies de la décennie des
femmes à partir des années 80 (Femmes 2015, 1993). Les
projets régionaux des agences des Nations Unies, ou de la coopération
bilatérale virent le jour dans presque toutes les régions
du Sénégal. Sous la pression des bailleurs de fonds,
la plupart des projets nationaux de développement rural, ont
dû greffer un volet féminin dans leurs opérations.
Dans le cadre de ces volets, les femmes mènent des activités
de maraîchage, de petit élevage ou d'embouche bovine.
Destinées à générer des revenus pour les
femmes, elles n'ont pas atteint les résultats escomptés.
Certes, et selon les femmes elles-mêmes, les volets féminins
ont permis d'atténuer l'exclusion dont elles étaient
généralement l'objet. Mais du fait du caractère
dérisoire des investissements accordés à ces
volets comparé au budget global du projet, de la marginalité
des activités prévues par rapport au programme de réalisation
du projet, de la faiblesse de l'appropriation des technologies, de
l'absence de maintenance des insfrastructures à la fin des
projets, des difficultés d'écoulement des produits du
maraîchage, de la couture, de l'artisanat, ils n'ont pas fondamentalement
changé les conditions des femmes rurales.
Les femmes demeurent aujourd'hui encore, pratiquement excluses des
projets nationaux de grande envergure portant sur les cultures telles
que le coton ou le riz, qui sont gérées par les principales
structures d'encadrement du monde paysan. Le Plan d'Action de la Femme
remarque que "les femmes rurales sont toujours dénombrées
comme femmes au foyer, ménagères ou aides familiales,
et non comme productrices".
Au niveau des Organisations non Gouvernementales (ONG)
Les données sur l'intervention des ONG dans la promotion de
la femme rurale sont rares. Les interviews avec certains responsables
d'ONG montrent que cette intervention, plutôt récente,
a également été influencée par l'Année
Internationale et la Décennie des femmes. Elle a lieu dans
le cadre de petits projets visant l'accès des femmes aux ressources
naturelles, au crédit et à la technologie. Les actions
des ONG qui manquent souvent d'envergure, ne sont pas toujours durables
du fait de la dépendance de leurs promoteurs des financements
extérieurs.
L'agrégation artificielle de volets féminins, sans
avenir dans les projets nationaux, atteste de la persistance de l'ignorance
du rôle productif des femmes dans l'économie rurale.
Les deux études de cas effectuées dans le cadre de cette
recherche, de même que les résultats d'autres recheches
sur le même thème (Sow, 1991) en témoignent. Or
c'est cette situation dénoncée plus de deux décennies
auparavant, qui avait été à l'origine de l'institution
d'une année internationale, puis d'une décennie de la
femme.
Un autre facteur aggravant est la négligence de l'impact des
rapports sociaux entre les sexes, qui, en assignant aux hommes et
aux femmes des rôles et des status inégalitaires, constituent
un obstacle fondamental à la promotion des femmes.
Dans un entretien avec un cadre féminin de haut niveau travaillant
à l'Unité de Politique Agricole du Ministère
de l'Agriculture, chargé comme son nom l'indique de la définition
des politiques et stratégies agricoles nationales, celle-ci
reconnaissait que "il n'y a pas de politique spécifique
pour les femmes. Aucune différence n'est faite entre les hommes
et les femmes. Lors de la préparation d'un projet, des études
sont faites pour voir comment on peut les concerner davantage. De
leur côté les agents intervenant sur le terrain peuvent
indirectement voir au niveau des collectivités locales comment
mieux impliquer les femmes. Mais il faut dire que ce n'est pas le
rôle du Ministère, de prendre cette question en charge".
Or il existe des différences structurelles dans la situation
des hommes et des femmes. Ce sont les premiers qui contrôlent
la terre, principale source de revenu en zone rurale, et qui détiennent
le pouvoir de décision dans les familles et dans les structures
institutionnelles de la communauté.
Ni les législations modernes, ni les nouvelles orientations
visant la décentralisation des instances politiques n'ont pu
venir à bout de cette inégalité de base.
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II. METHODOLOGIE ET CADRE DE LA RECHERCHE
2.1. Objectifs de la recherche
La présente recherche a pour objectif de :
(i) Identifier les besoins prioritaires des femmes par rapport
à l'accès à la terre et aux technologies et
leur contrôle sur celles-ci ;
(ii) Identifier les obstacles majeurs à l'accès,
au contrôle et à l'utilisation effective des ressources
susmentionnées ;
(iii) Identifier les acteurs et les institutions ayant une influence
sur le contrôle et la distribution des ressources
(iv) Identifier les mécanismes de gestion et de distribution
de ressources ainsi que les meilleures façons d'assurer la
particiaption des femmes.
Les outils employés dans le cadre de cette étude ont
favorisé les méthodes quantitatives et qualitatives.
Des interviews de personnes ressources compétentes et l'analyse
documentaire ont précédé les travaux de terrain.
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2.2. La collecte des données
Pour l'enquête quantitative, des questionnaires adaptés
aux réalités de chaque zone d'étude en rapport
avec les termes de référence de la recherche ont été
élaborés. De manière générale les
thèmes ont porté sur :
les caractéristiques démographiques
les occupations domestiques
la tenure foncière et les stratégies d'appropriation
foncière
les activités agricoles et non agricoles
les espèces cultivées
la répartition des activités agricoles selon les sexes
la technologie, l'eau, le crédit, les autres ressources disponibles
les formes d'appui.
Les méthodologies qualitatives utilisées sont le focus
group et la Méthode Active de Recherche et de Planification
Participatives (MARP) connue sous le sigle anglais Diagnostic Participatory
(DP) ou Rapid rural Appraisal (RRA).
Le focus group est une méthode qualitative de recherche sociale
qui place plusieurs porteurs d'information dans une structure égalitaire
de communication. Il a consisté pour chaque étude de
cas à recruter un nombre représentatif de groupes homogènes
pour susciter une discussion ouverte à partir d'une grille
d'entrevue définissant les grands thèmes de la recherche
et à en faire une analyse-synthèse devant permettre
de relever les messages-clés émis par les femmes (et
aussi les hommes) de même que les points de convergence et de
divergence. La méthode du focus group a été utilisée
dans la rercherche des opinions.
La Méthode Active de Recherche Participative (MARP) est un
processus d'apprentissage itératif et cumulatif qui implique
une approche interdisciplinaire des réalités d'une localité
donnée. Dans ce processus, l'identification, l'analyse des
problèmes locaux et leurs solutions émanent tout d'abord
des populations elles-mêmes ; les personnes ressources n'étant
que des facilitateurs. Cette méthode, fondée sur l'implication
des populations, leur permet surtout de maîtriser les outils
méthodologiques, de faire l'auto-analyse de leurs propres situations,
de planifier, d'exécuter et d'évaluer leurs actions.
Elle a fait appel à toute une gamme d'outils et de techniques
d'analyse spécialement sélectionnés selon les
points que rapportent les termes de référence pour faciliter
la compréhension et une perception justes des problèmes
posés. Ces outils et ces techniques d'analyse ont nécessité
des rencontres individuelles et des séances collectives. Ce
qui fait la valeur de l'information issue de ce processus est l'importance
accordée au recueil et à la compréhension des
points de vue, des comportements et des attitudes des femmes.
L'observation participante menée par les enquêtrices
a permis l'observation de la situation sociale des femmes. Par exemple,
des séjours répétés dans les deux sites
ont permis d'observer les activités des femmes en cette période
de saison sèche et celles des hommes et de formuler des questions
pertinentes sur la division sexuelle du travail dans la communauté.
La collecte de données secondaires sur les sites choisis a
marqué le début du processus MARP et s'est poursuivie
jusqu'à la rédaction des rapports provisoires. Les données
secondaires sont constituées par l'ensemble des études
et des monographies effectuées sur le site comprenant des documents
de projet, de l'administration et des statistiques.
Les interviews semi-structurées individuelles et collectives
ont permis d'obtenir des informations intéressantes. Dans les
deux cas, les interviews ont ciblé les informateurs/trices
clés des communautés choisies incluant les responsables
d'ONG, d'associations, de conseils ruraux, de sous-préfectures,
de groupements féminins, etc
Les cartes. Elles ont pour objectif d'amener les communautés
qui les élaborent elles-mêmes à représenter
leur terroir. Celles-ci font les premiers dessins par terre, puis
les reproduisent sur du papier padex. Les cartes ont permis d'identifier
les ressources disponibles et leurs modes d'utilisation (carte des
ressources) et de placer les différentes infrastructures existant
au niveau de la communauté.
La lecture des cartes validées par les populations a mis en
lumière la féminisation de la force du travail, les
difficultés dans l'accès à la technologie, et
au crédit, de même que les pratiques locales de gestion
des ressources naturelles. Les cartes ont servi de support aux discussions
de groupe sur les thèmes de la recherche.
Le diagramme de venn est un outil d'analyse organisationnelle et
institutionnelle qui a permis d'inventorier les structures externes
et internes qui dans les deux sites des études de cas, oeuvrent
pour la promotion des femmes en ce qui concerne l'accès aux
ressources et à la technologie. Cet outil amène les
porteuses d'information à juger les structures à travers
l'impact et les influences de leurs interventions. Le terroir est
schématiquement représenté par un grand cercle
et la taille des structures est fonction de l'importance que les populations
leur accordent. Dans les deux études de cas, cet outil a permis
d'analyser les réponses communautaires, les interventions extérieures
et les dynamiques de concertation et de conflits.
Le profil historique a permis de cerner dans les deux sites l'évolution
de l'accès des femmes aux ressources et à la technologie
et les évènements marquants en ce qui concerne les pratiques
de gestion locale des ressources naturelles.
Les calendriers des activités réalisés dans
les deux sites avec les hommes et les femmes ont permis d'affiner
l'analyse de la division sexuelle du travail durant toute la période
de l'année, et de mettre à jour la répartition
des rôles et des responsabilités dans les pratiques locales
de gestion des ressources naturelles et de la technologie.
La pyramide de priorisation des contraintes de l'agriculture à
Ronkh a permis dans un premier temps, d'élaborer une liste
des obstacles rencontrés. Les éléments contenus
dans la liste ont ensuite été classés par ordre
d'importance de la base au sommet de la pyramide. La pollution de
l'eau est considérée comme la principale contrainte
des cultures irriguées.
La triangulation c'est-à-dire la vérification de l'information
à travers plusieurs sources, a été un des principes-clés
du processus MARP. Le recours à des sources diversifiées
a aidé à confirmer ou infirmer les informations livrées
par les outils.
La restitution des résultats aux populations se place dans
la logique participative de la recherche et a permis un partage de
l'information avec les communautés ciblées.
Les méthdologies quantitatives et qualitatives ont permis
de répondre aux attentes relatives à la recherche en
dépit de certaines difficultés liées à
:
la faiblesse du budget alloué à l'étude, qui
n'a pas permis de mener l'étude dans un plus grand nombre
de sites
la collecte des données sur le terrain dans une période
préélectorale
la lourdeur des tâches féminines pouvant les rendre
indisponibles pour les séances collectives.
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2.3. Choix des sites
La collecte des données s'est effectuée sur la base
d'une enquête menée dans deux sites différents
situés l'un dans la région de Saint-Louis au Nord du
pays et l'autre dans la région de Kolda, au Sud-Est, en Haute
Csamance. Ce choix a été effectué dans l'objectif
de mettre en évidence les aspects communs dans la situation
des femmes d'une part et d'autre part les différences liées
aux coutumes et aux contextes agricoles.
L'étude de cas No. 1 concerne la communauté de BANTANCOUNTOU
MAOUNDE sise dans la région de Kolda, en Haute Casamance, au
Sud-Est du Sénégal. La majorité des femmes de
ce village s'adonnent à l'agriculture (97,8% des femmes enquêtées)
et apportent un soutien considérable aux économies familiales.
Leurs accès à la terre est toujours limité et
elles demeurent confinées dans les zones de bas-fonds où
les ressources foncières se réduisent de plus en plus.
Les surfaces disponibles pour la riziculture, principale activité
agricole féminine, dimninuent progressivement du fait de la
poussée démographique, contrairement à celles
réservées aux hommes, situées dans les zones
du plateaux, qui elles, sont en constante expansion. Dans cette communauté,
l'élevage qui est une activité très rentable
est accaparé par les hommes, bien que l'essentiel du bétail
appartienne aux femmes, mais celles-ci ne bénéficient
presque pas des revenus tirés de cette activité.
Les femmes s'occupent également de la transformation et de
la commercialisation des produits forestiers (noix plamistes, néré,
) qui leur procurent des revenus substantiels. Enfin l'insuffisance
et le caractère rudimentaire des équipements de transformation
et l'enclavement du village réduisent fortement le profit tiré
de la vente de produits. Les femmes ne sont pas impliquées
dans les processus de prise de décision locale dominés
par les hommes.
L'étude de cas No. 2 concerne la communauté de RONKH
sise dans la région de Saint-Louis au Nord du pays, dans la
basse vallée du Fleuve Sénégal. Cette communauté
a enregistré depuis 1965, de profondes mutations liées
d'une part aux aménagements hydro-agricoles effectués
par l'Etat et d'autre part au déficit pluviométrique
qui a entraîné un quasi abandon des terres de cultures
sous pluie appelées "Diery". Une telle situation
rend les enjeux fonciers particulièrement aigus. La caractéristique
du village de Konkh contiguë du Fleuve Sénégal
est que les terres agricoles sont essentiellement celles situées
à la périphérie immédiate du fleuve et
inondables dénommées terres du "Waalo". Cette
situation a entraîné de nouveaux modèles d'appropriation
de la terre liés en grande partie à la logique de marché
ayant déterminé les aménagements hydro-agricoles.
Le village de Ronkh présente une image de la femme marquée
par le poids de la tradtion. Dans la riziculture irriguée,
elles ont toujours un statut d'aide familiale dans les champs du mari.
Elles font face à une série de contraintes liées
à l'accès à l'eau et à l'utilisation efficace
des facteurs de production comme la terre, la technologie, le crédit.
Les femmes s'adonnent aussi au commerce, à l'artisanat et au
maraîchage. Il apparaît globalement qu'elles sont tenues
en marge des affaires politiques et des pôles de décision
locale en dépit des initiatives qu'elles prennent dans tous
les domaines de la vie sociale et économique, et l'appui qu'elles
reçoivent des structures extérieures de développement
face aux contraintes que le milieu leur impose.
[sommaire]
2.4. L'analyse documentaire
Au Sénégal, la production de littérature dans
le domaine de l'accès des femmes aux ressources et à
la technologie en milieu rural est caractérisée par
son ancienneté, peu d'études ayant été
faites pendant les années 90, sa spécificité
dans la mesure où il s'agit de documents sectoriels, et/ou
des études de cas. Les démarches méthodologiques
sont souvent classiques, bien qu'on note une tendance récente
à l'utilisation de l'approche de genre pour mieux refléter
les différences entre les situations sociales des hommes et
celles des femmes, et les relations de pouvoir qui les lient. Les
études les plus pertinentes ont été résumées
et constituent l'annexe No. 2 de la recherche.
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III. ACCES DES FEMMES AUX RESSOURCES EN MILIEU RURAL ET BESOINS
PRIORITAIRES
3.1. La terre
Dans les zones rurales, la terre demeure encore une importante, sinon
la principale source de revenus et le premier moyen de subsistance.
3.1.1. Le régime foncier au Sénégal
Le régime traditionnel
Bien qu'ils varient selon le groupe ethnique considéré,
tous les régimes fonciers traditionnels reposent sur l'appropriation
collective de la terre à la différence des pays européens.
Il est aussi à noter que quelque soit le régime foncier
considéré, les femmes ont toujours des droits fonciers
inférieurs à ceux des hommes. Considérés
comme responsables des unités domestiques et des familles dont
ils doivent assurer la subsistance, c'est à ces derniers que
la terre est affectée. Ils en assurent la gestion, la répartition
entre les membres de la famille et la préservation pour l'intérêt
supérieur de la famille attributaire. Il faut souligner que
l'Islam, religion à laquelle appartiennent 94% des Sénégalais
a maintenu et renforcé l'accaparement des terres par les hommes,
à travers son système d'héritage, particulièrement
défavorable aux femmes.
Régime foncier traditionnel dans les zones concernées
par la présente recherche
- Chez les Peulhs et Mandingues vivant en Moyenne Casamance où
est situé le village de Bantancountou Maoundé, site
de notre première étude de cas, la terre se transmet
de père en fils. Mais ses règles d'attribution concèdent
aux femmes des droits d'usage relativement importants.
- Chez les Wolofs, groupe ethnique majoritaire au Sénégal
et à Ronkh, qui est le village choisi comme site de la deuxième
étude de cas, ce sont les maîtres de la terre, appelés
Lamanes, qui autorisent les individus à exploiter une terre
après payment d'une redevance plus ou moins symbolique. Les
femmes ont un droit d'usage annuel du sol et de ses produits sur les
champs individuels placés sous l'autorité du chef de
famille.
De profondes réformes juridiques relatives au foncier ont
été votées après l'indépendance
du Sénégal en 1960, mais aujourd'ui encore, la plupart
des systèmes traditionnels de gestion de la terre perdurent
notamment son contrôle par les hommes qui se chargent de l'attribuer
aux différents membres de la famille.
Ainsi, à Bantancountou Maoundé, en Haute Casamance,
les terres de bas-fonds exploitées par les femmes et réservées
à la riziculture, sont toujours sous la tutelle du chef de
village. Mais elles se transmettent le plus souvent au sein de la
cellule familiale de belle-mère à bru et dans une moindre
mesure de mère en fille. Bien qu'il existe un Conseil rural
dont un des rôles essentiels est la gestion des terres, celui-ci
n'est jamais intervenu dans l'attribution des rizières. A Ronkh,
dans le delta du Fleuve, où la pression foncière est
forte, et où les hommes eux-mêmes accèdent difficilement
à la terre, les femmes ne sont pas attributaires de terres
familiales.
Le régime moderne
Depuis 1964, la Loi no. 64-46 dite du Domaine National promulguée
le 17 Juin 1964 organise le foncier. Les terres du domaine national
couvrent environ les 95% de la superficie du pays, mais elles ne constituent
pas une entité homogène. L'article 4 de la loi les classe
en quatre catégories en fonction de leur destination, à
savoir les zones urbaines, les zones classées, les zones pionnières
et les zones de terroir. Les zones urbaines, pionnières et
classées relèvent des structures de l'Etat, tandis que
les zones rurales sont gérées sous l'autorité
de l'Etat, par le Conseil rural dans les conditions fixées
par les décrets d'application, notamment ceux no. 64-573 du
30 juillet 1964, no. 72-1288 du 27 octobre 1972. Dans les différentes
réformes qui ont suivi le vote de cette loi, (réforme
de l'administration territoriale en 1972, loi portant sur les collectivités
locales de 1997), l'Etat a confié la maîtrise et la gestion
des terres en milieu rural, aux organes émanant des communautés,
que sont les Conseils ruraux.
L'affectation des terres et leur désaffectation est du resort
du Conseil rural qui contrôle l'exercice du droit d'usage et
autorise l'installation d'habitations et de campements.
Deux conditions essentielles sont prévues pour l'affectation
des terres :
celles-ci doivent ête allouées aux membres de la communauté,
groupés ou non en association;
les bénéficiaires sont tenus d'assurer directement
ou avec l'aide de leur famille la mise en valeur de ces terres conformément
au programme particulier du terroir. La précision relative
à la mise en valeur s'inscrit dans une logique d'ensemble
de la loi sur le domaine national qui veut rendre la terre accessible
à chacun, sans exclure les entreprises et les sociétés.
Il faut souligner que seules les terres sans titre foncier peuvent
être affectées par le Conseil. Dans le cas de terres
appartenant à des chefs de familles qui ne les exploitent pas,
le Conseil sert d'intermédiaire entre le requérant et
la propriétaire de la terre qui accepte ou non de la prêter.
Mais il faut noter que la loi est toujours mal connue des ruraux,
même des conseillers ruraux, et qu'elle rencontre encore des
résistances dans son application.
Notons que sous l'influence des institutions financières internationales
installées dans le pays, il se dessine des perspectives d'évolution
vers une option libérale autorisant la privatisation de la
terre. Si une telle perspective se confirme, les inégalités
de sexe qui déjà défavorisent les femmes dans
l'accès aux ressources de manière générale,
seront aggravées par les inégalités de classe,
les femmes constituant la frange la plus pauvre de la société
sénégalaise. (Plan d'Action de la Femmes 1997 - 2001).
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3.1.2. Les structures institutionnelles de pouvoir au niveau rural
Le Conseil rural
Depuis 1972, les villages d'un même terroir ayant des intérêts
communs et la capacité de les gérer sont regroupés
en communauté rurale. Le Conseil rural, qui est l'organe de
délibération et d'orientation de la politique de développement
de la collectivité, comprend un Président et des Conseillers.
Tous les ans, les membres du Conseil Rural sont élus, au suffrage
universel direct, sur la base de listes présentées par
les partis politiques.
Sur 320 Conseils ruraux dans lesquels siègent 9.600 Conseillers
(soit 30 conseillers par Conseil), on compte moins de 90 conseillères,
soit 9,09%. Deux Conseils ruraux sont présidés par des
femmes. Au niveau des sites des études de cas, on note 3 femmes
membres du Conseil Rural à Ronkh, mais aucune des femmes de
Bantancountou Maoundé n'est conseillère.
Selon les textes, 25% de tous les postes de décision devraient
revenir à des femmes. Mais ce quota n'est pas respecté.
Une Conseillère de la région Louga, rencontrée
au Conseil National des Ruraux remarque "dans les villages, les
gens n'ont pas l'habitude de voir des femmes occuper des postes de
décision. Les pratiques des partis politiques contribuent aussi
à les défavoriser. Lors des élections rurales,
les femmes sont toujours placées en bas des listes des partis
politiques en compétition. Mais il y a un autre fait plus grave,
une femme même élue, n'est pas assurée de conserver
sa place. Dès qu'il y a un problème, on l'enlève
pour mettre un homme".
Cette même informatrice relève que souvent les conseillères
élues sont des "femmes alibis" qui n'osent pas s'affirmer
dans la défense des intérêts des femmes.
Cette situation a été confirmée dans un document
intitulé :"Le foncier et la décentralisation de
la gestion des ressources naturelles" élaboré dans
le cadre de la préparation d'une conférence régionale
des pays du Comité Inter-Etats de Lutte contre la Sècheresse
au Sahel (CILSS) à la suite d'enquêtes menées
dans six des dix régions que compte le pays. Ses auteurs notent
que "le Conseil rural est une institution totalement dominée
par les hommes. Les femmes sont particulièrement marginalisées
dans les discussions tournant autour des processus d'appropriation
des terres, des règlements des conflits fonciers et de la problématique
de la décentralisation".
Le Conseil National de Concertation et de Coopération des Ruraux
C'est une structure créée en 1993 par les producteurs
eux-mêmes et qui se donne pour objectif de favoriser la concertaion
avec l'Etat et les autres partenaires publics et privés du
développement pour assurer une meilleure prise en compte de
la place et des intérêts des producteurs dans les politiques
et programmes de dévelopement rural et urbain.
Le Conseil National de Concertation et de Coopération des
Ruraux est composé de neuf membres parmi lesquels la Fédération
nationale des Groupements de Promotion Féminine.
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3.1.3. L'impact des nouvelles dispositionss ur l'accès des
femmes à la terre
De manière générale, les textes juridiques du
Sénégal reconnaissent les mêmes droits aux hommes
et aux femmes. La loi sur le domaine national ou celle portant sur
les collectivités locales, n'introduisent pas de discrimination
entre les sexes. Cependant, l'accès au foncier est toujours
un problème curcial dans la vie des femmes rurales. Il n'est
pas inutile de rappeler que l'écrasante majorité des
femmes interrogées (97,8% pour Bantancountou Maoundé
et 90% pour Ronkh) se disent agricultrices et interviennent massivement
dans la culture du riz d'autosubsistance, et dans le maraîchage.
Une autre enquête (Sow, 1991) présente les mêmes
pourcentages avec 90,75% des femmes de son échantillon qui
cultivent effectivement la terre. Mais quels sont les besoins en terre
de ces agricultrices et comment les satisfont-elles ?
La situation des femmes de Ronkh est fortement marquée par
le contexte des aménagements irrigués introduits en
1965 et par la pression foncière. Les maris jugeant leurs propres
champs trop petits, en refusent tout morcellement au profit des femmes
et la société d'aménagement, la SAED, n'a alloué
des terres dans les zones aménagées, qu'aux hommes.
Les femmes considérées comme aides familiales interviennent
dans les champs de leurs maris et reçoivent une compensation
en nature. Sur une production totale d'environ 4 tonnes, le mari leur
octroie 5 à 6 sacs de 80 Kg de riz chacune.
Dans le cas de Bantancountou Maoundé, 40% des femmes interrogées
ont reçu la terre de leur mari et 31,1% de la famille de celui-ci,
soit près de 71,1% qui ont reçu une terre cultivable
par le biais du mariage. En effet chez les Peulhs et les Mandingues,
l'époux est tenu de fournir à sa femme une parcelle
de culture. Chaque femme mariée a droit à un faro (rizière
de bas-fonds) où elle pratique ses propres cultures. Ce droit
d'usage est concédé aux femmes pour leur permettre de
contribuer aux charges du ménage en fournissant le riz qu'il
consomme. 2,2% des femmes ont reçu une parcelle de terre de
leur père lors de leur mariage. Les veuves peuvent continuer
à exploiter les terres de la famille de leur défunt
mari surtout pour l'entretien de leurs enfants. Il faut préciser
que cela est possible tant qu'elles restent dans la famille ou qu'elles
se remarient avec un de ses membres. Agées, elles seront prises
en charge par leurs enfants.
L'acquisition personnelle à la suite d'emprunt ou de transaction
est très faible (0,7%). Aucune femme de ce village n'est propriétaire
de la terre.
Les jeunes filles célibataires ne disposent pas de parcelles
pour leur propre compte, mais leurs mères peuvent leur attribuer
des lopins (kamania) pour leur permettre d'avoir des revenus et acheter
des habits et des cosmétiques. Parfois elles monnaient leur
force de travail en échange d'une rémunération.
Ces constats sont confirmés par une étude antérieure
effectuée dans trois régions du pays : le Centre appelé
bassin arachidier, la Moyenne et la Basse Casamance, dans le Sud du
pays (Sow, 1991). L'enquête qui a concerné un échantillon
de 800 femmes réparties dans 23 villages révèle
que "56,12% des femmes ont reçu de leur mari, la parcelle
de terre qu'elles cultivent, 8,75% des femmes de l'échantillon
ont reçu leur terre de la famille de leur conjoint. Il s'agit
le plus souvent de veuves qui disposent des terres pour entretenir
leurs enfants, tant qu'elles restent seules dans la famille du défunt
ou sont remariées à l'un de ses membres (frère,
cousin, ami, etc
). sur l'ensemble des régions visiées
par cette enquête, la famille reste la principale pourvoyeuse
de terre comme en témoigne 65,2% des femmes interrogées".
Avec la création des groupements féminins, des changements
sont observés. Dans nos deux études de cas, la constitution
en groupements a permis aux femmes d'accéder à la terre.
A Ronkh, 95% des femmes ont eu accès à la terre dans
les aménagements irrigués et 5% d'entre-elles exploitent
un lopin dans un groupement d'intérêt économique
de producteurs. Au niveau de Bantancountou Maoundé, les femmes
regroupées ont obtenu de la communauté une importante
parcelle de terre leur permettant d'étendre leurs cultures
maraîchères.
Concernant l'accès des femmes à la terre et leurs besoins,
l'examen de ces données permet d'avancer les constats suivants
:
malgré l'existence de la loi sur le domaine national, les
modes de dévolution familiale de la terre prédominent
encore. C'est toujours l'homme, chef de famille qui gère
les terres familiales et les redistribue. Les paysannes qui accèdent
à la terre le font par le biais de leur mari ou d'un membre
de la famille du mari ;
les besoins des femmes en terres cultivables restent importants
alors que les surfaces disponibles s'amenuisent ;
les groupements féminins donnent aux femmes des capacités
de négocier collectivement et d'obtenir des terres;
les politiques agricoles "neutre en matière de sexe"
en ne les reconnaissant comme productrices à part entière
et en respectant l'idéologie dominante dans la dévolution
des terres, ont amoindri les possibilités des femmes d'y
accéder ;
les structures de développement du monde rural qui attribuent
la terre n'ont pas changé les modes d'attribution. L'exemple
de Ronkh, dans la vallée du Fleuve a montré que c'est
aux hommes que la société pour l'aménagement
(SAED) a octroyé la terre en tenant compte du nombre de personnes
à charge, dont la femme est partie intégrante.
A Bantancountou Maoundé, la SATEC, une société
financée par la Chine populaire a également fonctionné
selon la logique des sociétés d'intervention déjà
décrite telle que la SAED. Son objectif était l'amélioration
de la production rizicole pour en faire une source de revenus potentiels.
Bien que dans cette zone les femmes aient toujours eu, selon les traditions
les plus anciennes, le monopole de la culture de riz, la structure
d'encadrement s'est adressée aux hommes, dont elle a contribué
à l'accroissement des revenus monétaires. Les femmes
qui n'ont pas bénéficié de son encadrement ont
continué à cultiver selon les méthodes traditionnelles
et pour les mêmes buts : l'autoconsommation.
Il n'est pas inutile de s'appesantir sur le cas de la culture irriguée
qui illustre les politiques des strcutures d'encadrement pour toutes
les grandes cultures de rente.
L'agriculture irriguée du Delta est très coûteuse
et nécessite à la fois des investissements importants
(aménagements, installation de station de pompage
) et
des intrants en quantités importantes (engrais, herbicide).
Elle permet de cultiver toute l'année.
On distingue deux types d'aménagement dans le Delta
:
Les grands périmètres : qui représentent 16.500
ha et regroupent 18.000 producteurs. Spécialement réservés
à la culture du riz, ces aménagements se caractérisent
par leur fiabilité, leur efficacité et leur souplesse
grâce aux opportunités offertes par l'installation d'un
système de pompage électrique dont ils sont équipés
dans la majorité des cas. Lors de leur création, ils
ne concernaient que les chefs de famille, les femmes travaillant dans
la parcelle de leur mari. On peut dire que dès son avènement,
l'irrigation a profondément contribué à accroître
les inégalités sociales entre hommes et femmes.
Les grands périmètres sont divisés en sections
villageoises de coopératives couvrant chacune une superficie
de 30 hectares environ et dont les exploitants sont éligibles
pour le crédit et les subventions. En 1996, une surface totale
de 295,95 ha a été allouée à 119 bénéficiaires
dont 3 femmes. Par l'intermédiaire du groupement féminin,
les femmes de Ronkh ont reçu collectivement une parcelle de
10 hectares dans ce périmètre. Mais cette superficie
est trop réduite pour prétendre aux subventions, crédits
et divers autres avantages alloués aux sections villageoises.
Leur accès aux grands périmètres résulte
d'un combat mené par l'ensemble des femmes du Moyen Delta.
En 1995, lors de la réhabilitation de ce périmètre,
la présidente du groupement féminin au cours d'une réunion
en présence des bailleurs de fonds internationaux de la SAED,
avait vigoureusement défendu le droit des femmes d'accéder
aux grands périmères. Argumentant sa position, elle
a déclaré "nous participons aux travaux rizicoles
à côté de nos époux et de lourdes charges
nous incombent au sein du ménage. La taille de la famille augmente,
nous entretenons nos enfants (habillement, fournitures scolaires)
et nous subvenons à nos besoins aussi. Pour cela, nous devons
avoir des parcelles au même titre que les hommes"
Bien que la demande du groupement ait été très
mal accueillie par les hommes pour qui les femmes n'ont ni la capacité
physique ni le temps pour gérer une parcelle, celles-ci ont
obtenu satisfaction.
Les périmètres irrigués privés : ils
ont été réalisés à partir d'initiatives
et de financements privés entre 1989 et 1993 essentiellement
dans le Delta. Ces aménagements ont été construits
dans le cadre de la mise en oeuvre des politiques de désengagement
de l'Etat et de responsabilisation des producteurs, décidées
à partir de 1983. C'est dans ce contexte que les femmes ont
été attributaires dans les périmètres
irrigués privés par l'intermédiaire du groupement
féminin ou des GIE de producteurs.
Un des constats amers et récurrents des membres de groupements
qui, suite à d'âpres négociations, se voient attribuer
des terres, est l'éloigement de celles-ci, et quelque fois
leur mauvaise qualité.
A Ronkh les terres obtenues par les femmes sont distantes de 15 kilomètres
du village. Les moyens de transport pour s'y rendre sont rares. Les
femmes y vont par camion et celui qui assure la liaison n'est pas
toujours disponible. Le prix du transport est de 6.000 FCFA pour un
groupe de 30 personnes ou 2.000 FCFA si elles louent une charrette
pour quatre personnes. Afin de réduire les dépenses
occasionnées par le transport, les femmes, pour chaque opération
culturale à effectuer, recrutent des ouvriers agricoles payés
à raison de 1.000 F à 1.500 FCFA la journée.
Pour assurer la partie technique (irrigation, drainage, gardiennage)
deux personnels doivent être engagés. Un salaire de 20.000
FCFA par mois leur est attribué pendant toute la durée
de la campagne (5 mois).
En l'absence d'un suivi régulier de la parcelle, sa productivité
reste faible. Selon les femmes, les rendements en riz sont de l'ordre
de 3 à 4 tonnes par campagne contre 4 à 5 pour les hommes.
Accès individuel à la terre
Tout individu vivant dans une communauté rurale peut, indépendamment
de son sexe, se faire attribuer une terre vacante. Mais dans nos enquêtes,
aucune des femmes interrogées n'en a reçu du Conseil
rural. A Bantancountou Maoundé, il est apparu dans le cadre
d'une discussion lors d'un focus group que les femmes du village connaissent
l'existence du Conseil rural qui gère le patrimoine foncier
du terroir, mais aucune n'avait connaissance des textes sur le domaine
national. Selon Sow (1991), elles sont seulement 3 sur son échantillon
de 800 femmes à être concernées par les dispositions
de la loi sur le Domaine National. Elle ajoute, "il est vrai
que 97,25% des femmes interrogées affirment ne s'être
jamais adressées à cette instance en leur nom personnel.
Une telle requête remarquent-elles serait perçue comme
une offense à l'honneur familial et surtout à celle
du conjoint".
Ce point de vue a été confirmé par un cadre
du Ministère de l'Agriculture intervenant dans les services
de l'expansion rurale qui constate que "les Conseils ruraux étant
des émanations des populations d'une même collectivité,
tout le monde se connaît. Les femmes qui déposent des
requêtes y ont un oncle, un frère ou un cousin, qui pourraient
estimer l'honneur de la famille ternie par une telle démarche".
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