ETUDE SUR L'ACCES DES FEMMES AUX RESSOURCES FONCIERES ET TECHNOLOGIQUES
AU SENEGAL
III. ACCES DES FEMMES AUX RESSOURCES EN MILIEU RURAL ET BESOINS
PRIORITAIRES (suite)
3.2. Les activités économiques des femmes, obstacles
et besoins
3.2.1. Les activités agricoles
La lourdeur et la pénibilité du travail féminin
en milieu rural sont observées et documentées depuis
de nombreuses années. Rappelons qu'un des objectifs fondamentaux
de l'Année Internationale et de la Décennie des Femmes
était leur allègement.
Dans le cadre de nos enquêtes qualitatives, l'élaboration
du calendrier saisonnier des femmes a permis de constater qu'elles
ont une importante charge de travail quelque soit la période
de l'année. Ces occupations sont d'ordre domestique et productrice.
Calendrier saisonnier des femmes de Bantancountou
Maounde
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PERIODE
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ACTIVITES
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Janvier - Avril (Ceedu)
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· Maraîchage (tomates,
gombo, "bissap", oignons
· Petit commerce (savon, légumes,
)
· Transformation de produits (noix palmistes,
)
· Filage de coton (activité qui se raréfie)
· Cérémonie familiales (mariages surtout)
· Voyages et visites de parents
· Préparation des repas |
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Mai-Juin (Ceccle)
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· Collecte de bois mort·
Cueillette de fruits sauvages
· Production de savons artisanaux
· Transformation du "néré"
· Préparation de l'huile de palme
· Préparation des rizières (nettoyage)
· Préparation des repas |
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Juillet-Octobre (Ndungou)
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· Travaux agricoles (riziculture
principalement)
· Production huile de palme
· Préparation des repas |
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Novembre - Décembre
(Jaawnde)
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· Ramassage d'arachide
· Récolte du riz (matin et soir)
· Ramassage de feuilles sauvages pour la sauce
· Récolte de l'oseille pour les repas
· Préparation des sols pour le maraîchage
· Aménagement des jardins collectifs
· Préparation des repas |
Dans ce village, d'après les résultats de notre enquête,
presque toutes les femmes valides âgées de 15 à
60 ans pratiquent l'agriculture. 97,8% d'entre-elles déclarent
s'adonner à cette activité, seule une femme n'est pas
concernée.
Il ressort également du calendrier saisonnier des femms que
du mois de Juillet au mois de Novembre, les activités agricoles
dominent. Pendant la période allant de Janvier à Avril
elles s'adonnent plutôt au maraîchage.
La riziculture est à Bantancountou Maoundé, la spécialité
des femmes. Les "faros" ou rizières qui constituent
leur domaine réservé se trouvent dans les bas-fonds
ou sur les pentes. La superficie emblavée par femme dépasse
rarement 2.500 m2. Plus de 95% d'entre-elles (femmes Peulhs et Madingues)
cultivent le riz. Les autres céréales (sorgho, fonio)
et les cultures de rente (arachide, mil) sont l'apanage des hommes.
Près de 85% d'entre-elles s'adonnent au maraîchage (oignons,
tomates, gombos, "bissap",
) dont une bonne partie
de la production est vendue au marché de Kolda, distant d'une
quinzaine de kilomètres.
Elles pratiquent également des cultures de case (tomates,
gombo et bissap) destinées à fournir les condiments
entrant dans la composition du repas familial.
Les travaux champêtres occupent les femmes soit la matinée
et l'après-midi (40% des femmes enquêtées), soit
toute la matinée (20% des femmes interrogées), soit
alors elles travaillent d'affilée de 8heures à 18 voire
19heures (20% des femmes de l'échantillon). Pour connaître
le nombre d'heures travaillées, elles ont comme repères,
les heures de prière ou de la position du soleil. Cependant,
depuis l'intervention de la SATEC ( une structure ayant encadré
les populations pour améliorer la production du riz dans les
années 1970) un temps de travail était bien déterminé.
Le produit de la récolte des femmes est essentiellement destiné
à leur grenier personnel. Dans cette zone, l'abondance de la
récolte est signe de prospérité ; mais actuellement,
rares sont les femmes qui parviennent à produire assez de riz
consommable sur une saison. L'autosuffisance alimentaire n'est pas
assurée et cela est en partie dû à l'inacessibilité
des intrants (semences améliorées, engrais, produits
phytosanitaires
) et à l'obsolescence ou à l'inexistence
des équipements et matériels agricoles.
A Ronkh, dans le delta du Fleuve, et de manère générale
dans l'irrigation, les hommes sont spécialisés dans
la riziculture et les femmes dans les cultures maraîchères
destinées à la consommation familiale. Cette division
sexuelle du travail trouve son fondement dans l'agriculture traditionnelle
où les tâches légères étaient exercées
par les femmes et les travaux les plus pénibles réservés
aux hommes.
Le maraîchage est caractérisé par des tâches
très répétitives auxquelles les femmes consacrent
environ trois à quatre heures par jour. Dans les jardins maraîchers,
les hommes se livrent à deux tâches uniquement : l'exécution
des plans et l'irrigation. Les femmes exécutent les plans et
font de l'irrigation, s'occupent des pépinières, de
l'arrosage, du repiquage, de l'épandage d'engrais et du désherbage.
La première remarque qu'impose cette division du travail est
que le maraîchage est une activité féminine. Les
hommes pour la plupart, n'y trouvent pas un intérêt en
raison des fortes astreintes horaires que cela impose. "Le maraîchage
est rigoureux et exigeant. C'est un travail de tous les jours qui
demande de la patience" estime la majorité des hommes
interrogés. Les femmes introduisent aussi des cultures de légumes
sur les bords des parcelles de riz et les canaux d'irrigation.
Comme pour Bantancountou Maoundé, le maraîchage permet
aux femmes de Ronkh de fournir les légumes consommés
par la famille, mais aussi de se procurer ds revenus monétaires
par la vente des surplus. Dans les coutumes de cette zone, c'est l'homme
producteur de riz et de mil qui apporte les céréales
et la femmes les condiments qui entrent dans la composition des repas.
Les variétés cultivées par les femmes sont :
la patate, l'oseille, le gombo, la courge et le "yoomb".
On remarque que depuis peu les hommes se lancent dans les variétés
commerciales telles que l'oignon, le melon, le chou et la tomate,
qu'ils écoulent sur les marchés des grandes villes et
de la capitale.
Face aux contraintes qu'elles rencontrent en matière de conservation
et d'écoulement de la production et en l'absence d'appui financier,
les femmes réduisent autant que faire se peut les variétés
se limitant aux légumes traditionnels qui peuvent être
transformés avec moins de risques. Pratiquant essentiellement
pour satisfaire les besoins familiaux et connaissant mal les autres
types de légumes, les femmes limitent leurs choix.
Il est intéressant dans ce cadre de rapporter les propos d'un
responsable de l'ASRADEC, une ONG intervenant dans cette zone et qui
appuie les femmes dans les activités de commercialisation de
leurs récoltes. Pour contribuer à la résolution
de problème de transports des produits agricoles, l'ONG a fourni
un camion au village qui en assure la gestion. Dans la réalité
ce sont les hommes qui le gèrent.
Comme c'est souvent le cas, les besoins spécifiques des femmes
qui découlent de leur situation spécifique, ne sont
pas satisfaits. En effet, la production des femmes est trop faible
pour remplir le camion qui est d'une grande contenance, et justifier
aux yeux des hommes son déplacement.
Au moment des récoltes, faute de moyen de transport, les femmes
sont obligées de brader leur production aux commerçants
venus des villes ou de demander à leurs maris d'aller vendre
leur production dans les petits marchés des environs.
Toujours à Ronkh, les femmes interviennent également
dans la riziculture mais à un moindre degré que les
hommes. Signalons que dans cette spéculation, les tâches
sont hebdomadaires ou mensuelles.
La répartition sexuelle du travail dans l'irrigation dépend
de plusieurs facteurs qui sont le type de culture (riziculture ou
maraîchage) et selon qu'elle est pratiquée sur un périmètre
irrigué privé, un grand aménagement ou un jardin
maraîcher.
Dans les périmètres irrigués privés les
femmes sont chargées du désharbage manuel, du sarclage,
de la chasse aux prédateurs, du vannage et de la mise en sac
de la récolte. Les hommes quant à eux s'occupent de
l'irrigation, des semis, de l'épandage d'engrais et du désherbage
chimique.
Dans les grands périmètres, les hommes irriguent et
procèdent au désherbage chimique. Les femmes quant à
elles, prennent en charge les semis, l'épandage, le désherbage
manuel, le sarclage, le vannage et la mise en sac de la récolte.
La comparaison entre les deux types d'aménagement (périmètres
irrigués privés et les grands périmètres),
montre d'une part un accroissement des travaux des femmes dans le
second cas et d'autre part, la spécialistion des hommes dans
les travaux techniques : irrigation et désherbage chimique
dû au fait que les femmes n'ont jamais été formées
dans ces techniques.
[sommaire]
3.2.2. Les activités économiques non agricoles
A Bantancountou Maoundé c'est surtout pendant la saison sèche
("Ceedu" et "Ceccele") que les femmes mènent
d'autres activités économiques en vue de se procurer
des revenus supplémentaires.
On peut citer les activités de transformation des produits
alimentaires forestiers (huile de palme et néré), la
cueillette et la commercialisation des fruits. L'exploitation des
produits forestiers appelle quelques remarques. En effet, elle est
surtout l'affaire des femmes Mandingues qui sont les plus dynamiques
dans ce domaine. Elles parcourent chaque jour une distance de quinze
kilomètres de Bantancountou Maoundé à Kolda,
la capitale régionale, pour commercialiser leur production.
La transformation des noix palmistes en huile et du néré
en "nététou" demande de gros efforts physiques
(pilage, traitement) et une patience qu'elles ne se lassent de fournir.
Dans ce village, les femmes sont fortement impliquées dans
l'élevage de la volaille et des petits ruminants (respectivement
57,8% et 31,1% de notre échantillon) dont elles ont la maîtrise
et le contrôle. Elles acquièrent ce petit bétail
soit par donation soit par un système d'échange ou parfois
par achat ou par héritage.
L'usage du système d'échange ou troc permet aux femmes
d'acheter du gros bétail. En effet, pour augmenter le troupeau,
il arrive que les femmes échangent plusieurs moutons ou chèvres
contre une vache laitière. Cependant ces bovins sont gérés
par les époux qui en assurent l'entretien et en tirent les
avantages avec la vente du lait. Ce bétail est aussi utilisé
par les hommes pour les travaux champêtres. Il profite quelquefois
aux femmes qui perçoivent cet acte comme une faveur, alors
qu'elles en sont propriétaires.
Quant aux femmes de Ronkh, leur princiaple activité non agricole
est le commerce. Les produits vendus sont la friperie, les ustensiles
de cuisine, le savon, les chaussures, le sucre, le thé, en
provenance de grandes villes telles que Saint-Louis, Richard Toll
ou Rosso (Sénégal et Mauritanie). Le capital investi
provient de la vente du riz obtenu par le glanage dans la parcelle
de l'époux. Les femmes entreprennent cette activité
pour se procurer les ressources financières destinées
à complèter la contribution du mari, qui souvent ne
suffit pas pour prendre en charge l'ensemble des besoins de la famille
en particulier dans les domaines de l'habillement, du mobilier, des
fournitures scolaires, etc. Une des femmes enquêtées
révèle, "ici, chaque femme qui est de tour de cuisine
apporte tous les ingrédients et condiments qui entrent dans
la composition du repas. Les hommes n'apportent que le riz. Chez moi,
j'assure à mes enfants qui étudient à Saint-Louis
les fournitures scolaires, l'habillement et l'argent de poche".
Les entretiens individuels ont montré que le commerce a eu
un impact sur le cadre de vie des femmes. Elles acquièrent,
par la même occasion, un début d'autonomie en pourvoyant
à leurs besoins sans l'aide du mari.
Dans les stratégies des femmes rurales, pour accroître
leurs revenus monétaires, il est important de mettre en exergue
les activités informelles telles que le commerce qui dans un
contexte marqué par la sècheresse, la baisse des rendements
et des revenus tirés de la production agricole et la généralisation
de la consommation de produits importés pour lesquels la famille
a besoin de liquidités, permettent dans une proportion non
négligeable, de satisfaire les besoins de la famille. Comme
le remarque une étude effectuée en 1997 (GRS, 1997),
"ce sont ces activités et les transferts monétaires
qu'elles entraînent, qui sont les principales sources de revenus
pour les ménages ruraux avant les productions agricoles, de
toute façon en baisse".
Les activités commerciales des femmes sont contrecarrées
par le non remboursement de certaines dettes, la cherté de
la marchandise et les difficultés de transport dues à
l'enclavement du village. De plus, avec les charges qui leur incombent,
la plupart se trouvent obligées de réinvestir les bénéfices,
et même souvent le capital dans les dépenses du foyer.
Les activités de commerce se développent surtout pendant
la récolte quand elles peuvent troquer leurs marchandises contre
du riz.
Pendant cette période, si elles disposent de liquidités,
elles parviennent à réaliser des bénéfices
importants. Elles peuvent alors stocker le riz troqué pour
le vendre plus tard à meilleurs prix réalisant des économies
qui dureront jusqu'à la campagne suivante.
On note, toujours à Romkh, que de plus en plus de femmes s'investissent
dans l'élevage. Sur les 70 femmes enquêtées, 27
ont déclaré pratiquer l'élevage soit un pourcentage
de 34,2%. Il concerne surtout les ovins, les bovins et la volaille.
L'élevage de caprins et de canards, en raison des préjugés
entachés à la pratique et de la faiblesse de la demande
intérieure et extérieure, est très peu exercé.
L'élevage de bovins est pratiqué en collaboration avec
les Peulhs qui se chargent de la garde du troupeau. En contrepartie,
ils reçoivent la somme de 350 FCFA par mois pour chaque tête.
Les ovins et la volaille font partie des animaux de la basse cour.
Ces animaux élevés sont destinés à la
vente lors des cérémonies familiales (baptême,
mariage), des fêtes de fin d'année et de la Tabaski.
Les stratégies d'accès aux animaux sont l'achat à
partir des recettes provenant de l'agriculture et l'embouche. Cette
méthode consiste à engraisser un animal qui leur a été
confié et à s'approprier les petits en contre partie.
En raison des multiples contraintes qui pèsent sur l'agriculture,
les femmes de Ronkh optent pour l'élevage considéré
comme un secteur productif, d'épargne et d'investissement.
L'artisanat est une activité non agricole qu'elles pratiquent
et qui est essentiellement orientée vers la vannerie. L'hivernage
est la période favorable à cette activité qui
occupait une place importante dans l'économie traditionnelle,
mais la construction du barrage a réduit considérablement
la matière première d'où la régression
de la production.
Dans l'ensemble, les activités non agricoles permettent aux
femmes d'avoir des revenus pour assurer les besoins alimentaires de
la famille et, en même temps modifier leur cadre de vie. A Ronkh,
comme à Bantancountou Maoundé, elles contribuent pour
une part considérable aux revenus des ménages.
[sommaire]
3.2.3. Les travaux domestiques
Dans les zones où s'est déroulée l'enquête,
seules les femmes âgées et celles qui ont des brus sont
dispensées des travaux domestiques. Ceux-ci incluent la collecte
de bois mort, la cueillette de feuilles sauvages, le ramassage de
l'arachide pour la sauce, l'approvisionnement en eau de la concession,
la préparation des repas et les soins aux enfants et aux personnes
âgées.
Ces activités quotidiennes sont exclusivement dévolues
aux femmes et quelles que soient les charges de travail qui pèsent
sur elles, elles ne sauraient s'y dérober, estimant comme les
femmes de Bantancountou Maoundé, que leur prise en charge justifie
en partie leur présence dans le foyer. En effet, beaucoup d'entre
elles pensent que si elles ont été mariées c'est
justement pour s'occuper de travaux domestiques et garantir la descendance.
Dans ce village, même pendant l'hivernage elles sont tenues
d'assurer quotidiennement les repas familiaux en plus de l'entretien
de leurs rizières. Celles d'entre elles qui ont de grandes
filles (12 - 15 ans) peuvent être assistées ou supplées
par ces dernières.
Pendant les années 80, du matériel d'allègement
des travaux domestiques avait été mis en place dans
beaucoup de villages. Mais avec le manque de suivi et l'absence de
maintenance, la majeure partie s'est détoriée. Avec
la dévaluation du FCFA et les politiques de désengagement
de l'Etat, leur remplacement ne semble pas à l'ordre du jour.
Cependant, malgré la contrainte posée par leurs occupations
domestiques, les femmes se consacrent aussi à des activités
agricoles et commerciales.
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3.2.4. Revenus et utilisation des revenus
Comme l'a montré l'analyse des activités agricoles
et non agricoles des femmes, l'essentiel de la production féminine
est destinée à la consommation familiale et leurs revenus
le plus souvent réinvestis dans la famille. Comme le note l'enquêtrice
qui a collecté les donnés à Bantancountou Maoundé,
"tout ce que fait la femme, tous les biens dont elle dispose,
qu'ils émanent de ses parents ou de son époux, sont
destinés aux intérêts du ménage. Et c'est
par cette contribution que la femme se valorise dans la famille conjugale
et vis-à-vis de la communauté. Par contre, l'homme peut
vendre une partie importante de sa production au détriment
des besoins alimentaires de la famille, sans risque d'être mal
jugé".
Toujours dans ce village, si la gestion des récoltes de riz
destinées à l'entretien du ménage est assurée
par la femme, les hommes arrivent toujours à s'impliquer dans
la gestion des revenus des autres activités qu'elles réalisent,
car la tradition leur donne un droit de regard sur les biens de leurs
épouses. D'après certaines femmes, quand ces revenus
commencent à croître et à devenir importants,
elles en confient la garde à leurs époux. Elles expliquent
cette attitude par le fait que ces derniers sont leurs plus proches
collaborateurs ou alors que c'est grâce à ceux-ci qu'elles
ont pu mener des activités génératrices de revenus.
Un cas patent d'accaparement des revenus des femmes par les hommes
se révèle à travers l'activité d'embouche
de vaches laitières qui depuis quelques années s'est
développée dans ce village, justifiant la création
de cinq groupements d'intérêt économique composés
d'hommes et de femmes qui traitent avec des structures de transformation
basées à Kolda. Chaque membre d'un GIE parvient à
écouler en moyenne dix (10) litres de lait par jour à
raison de 200 FCFA le litre, mais ce sont les hommes qui profitent
de ces revenus. En effet même si la commercialisation du lait
est traditionnellement réservée aux femmes, à
Bantancountou Maoundé, compte tenu des enjeux financiers, les
hommes se sont accaparés de ce secteur. Le paradoxe est que
la plupart des vaches appartiennent aux femmes qui n'en ont cependant
pas la libre disposition. Ces dernières affirment ne pas être
intéressées par les revenus tirés du produit
de leur bétail. Certaines reconnaissent cependant qu'elles
ne se laissent pas faire. Selon elles, les décisions prises
par leurs époux sur leur bétail sont des décisions
concertées. Il arrive même qu'elles décident de
vendre leurs vaches pour règler des problèmes de famille
ou lors des cérémonies (mariage, décès,
retour de la Mecque,
). Il faut souligner que même si elles
se concertent avec leurs époux pour connaître leur opinion,
il reste que l'avis de l'homme est tout compte fait déterminant
dans la décision de la femme.
A Ronkh, les activités féminines génèrent
peu de revenus du fait des charges d'exploitation très élevées
dans les champs irrigués. Le tableu suivant représentatif
des coûts d'exploitation de la parcelle des femmes située
dans le Grand Périmètre, permet de s'en faire une idée.
Facture de campagne hivernage 1996-1997
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RUBRIQUE
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COUTS FCFA
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Semence
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139.375
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2e épandage
d'engrais
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143.500
|
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Coût hydraulique
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420.000
|
|
Union GPBB
(Intérêt sur les charges)
|
52.442
|
|
Union GPBB
(Charges communes)
|
9.758
|
|
Amende
|
13.223
|
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Fonctionnement général
|
88.669
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Sur une superficie de 7 hectares, le montant de l'exigible s'élevait
à 886.967 FCFA. A cela s'ajoutent les frais occasionnés
par le premier épandage d'engrais, soit 300.000 FCFA. Si les
ouvriers agricoles négligent de surveiller les pompes pendant
l'irrigation, ce qui est fréquent, elles doivent payer une
amende de 13.223 FCFA environ. Les charges totales se montaient à
environ 1.204.967 FCFA, payées en nature. Après la commercialisation
du reste de la production, les femmes ont obtenu une recette d'environ
500.000 FCFA.
Entre 1989 et 1992, les femmes ont réalisé quatre campagnes
en riziculture. Pour chaque campagne, les rendements obtenus ont été
de l'ordre de 3,5 à 4 tonnes contre 4,5 à 5 tonnes pour
les hommes. Cette différence s'explique par le mode de gestion
de la parcelle, les femmes la confiant à des ouvriers agricoles,
alors que les hommes gèrent eux-mêmes leurs parcelles
et sont aidés par leurs épouses et leurs enfants. La
faible utilisation des intrants par les femmes constituent un autre
obstacle.
En 1992, pour améliorer leurs revenus, les femmes du groupement
d'intérêt économique de Ronkh avaient demandé
un crédit pour l'installation d'une mini-rizerie, pour prendre
en charge contre rétribution, les opérations de décorticage
du riz dans la zone. Aucune étude de marché n'avait
été faite préalablement à l'installation
de la rizerie et les femmes n'avaient pas reçu de formation
sur le fonctionnement des machines. Pour toutes ces raisons, l'infrastructure
n'a pas été compétitive à l'échelle
régionale, les producteurs de Ronkh préférant
faire appel à d'autres rizeries situées dans la périphérie.
Paralysée par le non remboursement des prestations de services
et par la faiblesse de la production, la rizerie a cessé ses
activités au bout de trois ans. La surveillance des comptes
a été confiée à un homme chargé
de collecter l'argent et de payer les dettes dues à la Caisse
Nationale de Crédit Agricole qui avait fourni les fonds. La
banque a suspendu tout crédit au groupement féminin.
[sommaire]
3.2.5. Accès aux ressources forestières et à
l'arboriculture
Le climat de type sahélien qui règne au Sénégal
n'a pas favorisé le développement des forêts et
par conséquent des activités de l'arboriculture. Cependnat,
dans ceux qui existent, les femmes se livrent à des activités
de cueillette et d'exploitation du bois pour l'énergie domestique,
bien que sa transformation en charbon soit une activité masculine.
La forêt est aussi une source importante de plantes médicinales,
matière première des produits de la pharmacopée
traditionnelle, dans laquelle elles occupent une place importante.
Il existe d'autres espèces qui profitent aux femmes comme
certaines feuilles qui sont utilisées dans l'alimentation (baobab).
L'importance des vergers d'anacardiers, de manguiers et de papayers
dénotent l'intérêt que les villageois accordent
à l'arboriculture, mais le plus souvent, ces vergers appartiennent
aux hommes et les femmes n'interviennent que dans l'écoulement
des produits. A Bantancountou Maoundé, le palmier à
huile et le néré aux abords de la vallée et dans
la forêt sont exploités par les femmes et quelques hommes
qui pour la plupart sont des étrangers à la recherche
de vin de palme.
[sommaire]
3.3. L'accès aux technologies, obstacles et besoins
Au niveau des équipements
Une des mesures importantes dans les politiques de promotion féminine
dans les années 70 et 80 consistait en l'introduction de technologies
dites "appropriées" (moulins à mil, concasseurs
de noix de palme, décortiqueuses de riz, claies de séchage
de poisssons, motopompes manuelles, etc.), dans le cadre de la mise
en oeuvre de projets d'allègement des travaux domestiques.
Ces initiatives, qui ont constitué les principales opportunités
d'accès des femmes aux technologies, visaient non pas l'acquisition
de compétences agricoles techniques, mais pour l'essentiel,
l'amélioration de leurs conditions de femmes au foyer. Une
telle conception perdure comme le montre une initiative récente
de l'Amicale Socio-Economique Sportive et Culturelle des Agriculteurs
de Walo, une des principales structures associatives de Ronkh, qui
a installé cinq machines à coudre pour soutenir les
activités menées par les femmes.
Comme en témoigne l'exemple précédent et l'analyse
des politiques agricoles, les femmes ont été peu concernées
par l'amélioration des procédés culturaux et
la modernisation de l'agriculture. L'enquête menée à
Ronkh a montré que les femmes n'ont accédé aux
aménagements hydrauliques qu'en 1983. A Bantancountou Maoundé,
la SATEC, une structure d'encadrement financée par la Chine
populaire, s'est davantage intéressée aux hommes, bien
que dans la zone, la riziculture concerne plus spécifiquement
les femmes.
Aujourd'hui encore, l'équipement utilisé par les femmes
de Ronkh se limite à une petite houe servant pour le semis
dans l'agriculture traditionnelle, à la pelle (24,7%), au pic
(39,3%), à la faucille (11,9%) et au râteau (5,1%). Aucune
technologie n'étant mise en place pour satisfaire leurs besoins
spécifiques dans l'irrigation, elles se trouvent obligées
de louer des motopompes qui appartiennent aux hommes, ou de parcourir
de longues distances pour puiser l'eau du fleuve dans des seaux.
Les enquêtrices qui ont collecté les donnés à
Ronkh notent que "les activités développées
grâce à l'appui des organisations extérieures
intervenant dans le village, ont eu peu d'impact sur l'acquisition
des technologies par les femmes désavantagées par la
répartition sexuelle du travail". Mais dans le domaine
de l'allègement des tâches domestiques, les décortiqueuses
et les moulins à mil sont venus progressivement remplacer les
mortiers et les pilons auxquels les femmes avaient recours.
A Bantancountou Maoundé, l'absence de technologies adéquates,
tant au niveau de l'exploitation agricole (charrues), que dans les
familles (moulin, décortiqueuses) est un problème majeur
pour les femmes appelées à assurer les tâches
exigeant beaucoup de main-d'oeuvre et de temps.
Dans ce village, pour près de la moitié des femmes
interrogées, soit 46,6% de l'échantillon, la houe constitue
l'instrument de travail principal. Le barra, une sorte de petite houe
locale employée dans les travaux de sarclage, et le couteau
sont utilisés respectivement par 35,6% et 44% des enquêtées.
En dehors d'un moulin à mil qui n'est pratiquement pas fonctionnel,
les femmes du village ne disposent d'aucun autre matériel de
transformation.
Les femmes travaillent dans les bas-fonds et les pentes au sol boueux
rempli d'eaux pendant l'hivernage, période des grands travaux.
Elles pataugent pieds nus dans cette eau boueuse sans bottes avec
tous les risques de contracter des maladies hydriques. Ces agricultrices
(97,8% de l'échantillon) travaillent aussi presque les mains
nues avec le barra comme seul matériel.
Dans l'enquête déjà citée (Sow, 1991),
l'auteur fait exactement les mêmes constatations dans sa description
des conditions de travail des femmes dans les groupements "les
femmes travaillent à mains nues. Elles n'utilisent pratiquement
pas d'outils de culture même traditionnels. Elles ont des instruments
rudimentaires pour tracer les sillons, puiser l'eau et arroser que
l'on ne retrouve dans aucun des champs d'hommes organisés par
la SAED. Les femmes doivent naturellement puiser l'eau et arroser
les plantes avec des seaux ou des pots de tomate concentrée
percés".
Si dans la culture irriguée pratiquée dans le nord
du pays les animaux ne sont pas utilisés, dans le sud, la culture
attelée est en usage. A Bantancountou Maoundé, pour
les besoins de leurs activités agricoles, les femmes utilisent
un équipement de culture attelé. Ainsi 53% des enquêtées
disposent de bovins et charrettes pour les activités rizicoles
contre 40% qui déclarent ne pas en disposer du tout. Mais seulement
11% des femmes possèdent leur propre matériel. La majorité
d'entre elles l'empruntent soit à leur famille (22,2%) soit
à leur conjoint (13,3%). Cette situation parait paradoxal quand
on sait que la majeure partie du bétail appartient aux femmes.
Toujours dans ce village, on note peu d'insfrastructures de transformation
et lorsqu'elles existent, elles sont souvent accaparées par
les hommes. Par exemple, les femmes avaient obtenu d'une associaiton
travaillant au développement du village, l'installation d'un
moulin à céréales dont elles ont été
obligées de confier la gestion à un homme parce qu'elles
sont toutes analphabètes et n'ont pas les compétences
requises pour remplir les fiches mensuelles du moulin.
Il n'y a pas non plus de matériel d'exhaure pour l'approvisionnement
en eau. C'est le puisage manuel avec une poulie comme support qui
prédomine. Un effort supplémentaire s'impose aussi aux
femmes de ce village pour la collecte du bois. Elles sont, en effet,
obligées de parcourir une distance d'environ deux kilomètres
pour accéder aux zones boisées et ne disposent pas en
général de charrette pour évacuer les fagots
de bois collectés. Pour la cuisine, l'usage du charbon ou du
gaz n'est pas courant.
Il ressort des cas étudiés que les seules technologies
introduites auprès des femmes rurales sont celles liées
à l'allègement des travaux domestiques.
Du fait de l'exiguïté de leurs parcelles, les machines
se révèlent inappropriées. Elles continuent donc
de recourir au petit matériel traditionnel qui ne favorise
pas une productivité importante.
Au niveau des intrants
Dans les terres de bas-fonds où les femmes de Bantancountou
Maoundé pratiquent la riziculture, on note un appauvrissement
des sols consécutif à leur utilisation répétée
et de la baisse de la pluviométrie. L'apport d'intrants fumiers
ou organiques devient nécessaire. Mais seules 22,2% des femmes
interrogées ont déclaré disposer de fumier pour
leurs activités agricoles. Elles utilisent rarement les produits
phytosanitaires. Celles qui les utilisent sont obligées de
passer par leurs maris qui peuvent se les procurer auprès de
la communauté rurale, des ONG ou par des dons.
A Ronkh, le coût élévé des intrants constitue
une difficulté majeure pour les femmes. Toujours concernant
le problème de l'accès aux intrants, Sow F. (1991) dans
son étude déjà évoquée, arrive
aux mêmes conclusions. Elle révèle que "les
femmes enquêtées disposent de semences (77,62%) ou du
fumier (39%). Les autres intrants plus sophistiqués et coûteux
leur sont plus difficile à acquérir. Ainsi l'engrais
blanc est utilisé par 1,75% des enquêtées, l'urée
par 6,74%, les herbicides par 0,63%.
Pour l'accès aux intrants, les femmes sont souvent dépendantes
de leurs époux pour s'en procurer.
Dans le cadre de nouvelles orientations de l'agriculutre, la production,
la vente et la distribution des engrais sont désormais confiées
à des sociétés privées qui fonctionnent
avec une logique de marché.
La dévaluation du FCFA a aussi eu un impact considérable
sur les capacités des populations rurales de façon générale
à acheter des équipements du fait du renchérissement
très important du prix du matériel.
Une des contraintes dans ce domaine est qu'au Sénégal,
l'équipement lourd est généralement importé
et même le matériel fabriqué localement utilise
des intrants importés.
L'inadaptation du matériel technologique aux activités
agricoles de même que l'absence de maintenance ont été
souvent dénoncées et plusieurs évaluations ont
révélé que beaucoup de matériels ont été
abandonnés sur place faute de pièces de rechange ou
à cause de coûts élevés de réparation
(forages, motopompes, etc
).
[sommaire]
3.4. Accès à la main-d'oeuvre, obstacles et besoins
L'accès des femmes à la main-d'oeuvre varie selon les
contextes considérés. Ainsi pour les tâches très
dures, les femmes de Bantancountou Maoundé, dans le cadre de
leurs activitiés sont parfois appuyées par leurs maris
ou les hommes de la famille (57,8% de l'échantillon). Grâce
aux formes traditionnelles d'entraide restées vivaces, une
femme démunie ou malade peut toujours bénéficier
du soutien groupé des autres femmes pour l'entretien de sa
rizière. Toujours en cas de maladie, ou de contrainte majeure,
des jeunes gens et des jeunes filles assurent des prestations de services
dans ses rizières. Le recrutement d'ouvriers agricoles par
les femmes n'est pas courant. Cette pratique est connue pour les grands
travaux hivernales surtout chez les hommes. Les rizières étant
considérées comme des terres de seconde catégorie
(avec des dimensions réduites et dont les produits ne sont
pas monnayés), le recours à cette force de travail n'est
pas nécessaire. C'est seulement de façon ponctuelle
que les femmes font appel à un groupe de jeunes pour les aider
dans des tâches précises ; et ce sans rémunération.
Pour les travaux de labour, les femmes sont souvent appuyées
par les hommes ou alors par les autres membres de la famille qui mettent
à leur disposition des animaux (boeufs surtout). Il faut dire
que si ces derniers acceptent de les aider, ils le font souvent après
la fin de leurs travaux champêtres.
La situation est différente à Ronkh où les femmes
du groupement ne bénéficient ni de l'aide de leurs maris,
ni de celle de leurs fils. Elles ne peuvent, non plus, se servir de
leurs équipements agricoles (tracteur et pulvérisateur).
Les hommes justifient leur refus de les aider par le fait qu'il s'agit
de terres et de tâches collectives.
Le groupement féminin, dont les membres n'ont pas été
formés pour assurer le travail d'irrigation (construction de
diguettes et maniement des motopompes), a recruté des ouvriers
agricoles pour assurer un certain nombre de tâches dans leur
pracelle sise dans le périmètre aménagé.
Par ailleurs, l'irrigation doit être effectuée jour
et nuit et les femmes retenues au foyer la nuit pour leurs occupations
domestiques ne peuvent pas l'assurer. Pour toutes ces raisons, le
groupement féminin est obligé de recruter des ouvriers
agricoles et des techniciens à des prix élevés,
contrairement aux hommes qui ont les connaissances techniques et bénéficient
de l'aide de leurs épouses dans leurs champs.
[sommaire]
3.5. Accès à la formation, obstacles et besoins
Dans les années 60, des programmes de formation technologiques
ont été mis en oeuvre par les pouvoirs publics dans
l'objectif de renforcer les capacités de la paysannerie. Ils
ont été principalement dirigés vers les hommes
qui ont eu des opportunités pour acquérir de nouvelles
qualifications et de voir s'améliorer leur productivité.
Les rares formations reçues par les femmes l'ont été
dans le cadre de l'amélioration de leurs compétences
à remplir leur rôle d'épouse et de mère,
d'où leur retard sur le plan des connaissances technologiques.
Leurs contacts avec les services de vulgarisation sont souvent minimes,
dispersés et non coordonnés.
Les femmes qui ont pu bénéficier des programmes d'intégration
au développement ont reçu des formations en alphabétisation
fonctionnelle, en gestion, en transformation de produits agricoles,
en couture, en teinture et en embouche ovine et bovine.
Rares sont celles qui ont bénéficié d'une formation
aux techniques agricoles modernes. A Ronkh par exemple, au niveau
des unités techniques de la SAED chargées de la formation
et du recyclage des hommes, des conseillers agricoles sont recrutés
pour dispenser régulièrement des formations. Pour assurer
l'encadrement des femmes, la société a formé
des conseillères en promotion féminine sorte d'animatrices
rurales qui dispensent des cours d'alphabétisation, forme les
femmes dans les techniques de transformation des produits et les sensibilise
dans les domaines de l'hygiène, de la puériculture et
de la planification familiale. La conseillère qui n'était
pas recrutée par la SAED a arrêté son intervention
faute de moyens de déplacement.
Bien qu'intégrées dans l'activité rizicole depuis
une quinzaines d'années, les femmes, même celles qui
sont organisées dans les groupements, continuent d'ignorer
les techniques d'irrigation et la manipulation des pulvérisateurs
utilisés dans le cadre du désherbage chimique. Les ONG
et organisations internationales qui assistent le village ont également
essayé d'aider les femmes. En 1987, dans le cadre d'une formation
financée par la FAO en faveur de dix neuf participants du village,
quinze hommes et quatre femmes ont été formés.
Les femmes ont reçu une formation en gestion et en économie
familiale.
En 1992, la SAED a organisé une formation destinée
à plusieurs villages. Deux femmes du groupement de Ronkh y
ont participé. Le thème de la formation était
"Environnement et Protection des Sols". Enfin en 1997, la
Fédération des ONG du Sénégal a invité
trois femmes du groupement à une formation sur la transformation
et la conservation de certains produits agricoles.
Le principal constat qui se dégage est que l'inadaptation
des formations proposées et la faiblesse du nombre de femmes
qui y participent ne permettent pas de satisfaire leurs besoins considérables
de formation dans le domaine des techniques agricoles.
[sommaire]
3.6. L'accès à l'eau, obstacles et besoins
Du fait de la division sexuelle du travail, les priorités
d'accès à l'eau des hommes et femmes diffèrent.
Si les deux groupes ont besoin d'eau pour leurs activités agricoles,
il s'y ajoute pour les femmes, la charge d'approvisionner la famille
en eau pour la boisson, le ménage et les soins corporels.
Pour les femmes rurales, l'insuffisance et l'éloignement des
points d'eau constituent deux contraintes majeures. Par exemple à
Bantancountou Maoundé, il n'existe que deux puits pour l'ensemble
du village. Des études très récentes ont révélé
que malgré les efforts du gouvernement et des ONG visant à
faciliter l'accès des populations à l'eau, près
de ¾ des ménages ruraux continuent de s'approvisionner
directement à partir des cours d'eau permanents ou saisonniers
ou des puits qui ne remplissent pas toujours les conditions d'hygiène
requises (GRES, 1997).
Un grand nombre de forages avait été mis en place dans
le cadre des programmes d'allègement des travaux ménagers.
Ils sont surtout utilisés pour usage domestique, pour abreuver
le cheptel et en troisième lieu pour l'agriculture. Chaque
forage est dirigé par un Comité de Gestion élu
par une assemblée générale. Mais les femmes en
sont souvent exclues, alos que l'équipement les sert principalement.
Leur maintenance étant rarement assurée, ils tombent
fréquemment en panne.
Or, avec le cycle de sècheresse qui s'est installé
dans les pays du Sahel, le forage est devenu une nécessité.
Mais c'est un équipement dont le coût est particulièrement
élevé, comme l'ont confirmé les entretiens avec
les responsables de la Direction de l'Hydraulique au Ministère
de l'Equipement et de l'Hydraulique.
Pour cette raison, son installation est souvent effectuée
par l'Etat ou par les bailleurs de fonds ou par des privés
qui en ont les moyens. Les responsables rencontrés ont estimé
le prix d'un forage à environ 20 millions CFA, dépendant
de la proximité de la nappe phréatique. Si celle-ci
est éloignée, le coût peut atteindre 50 à
60 millions FCFA.
Le prix d'un puits de bonne qualité est également élevé
au regard des capacités financières des ruraux, hommes
ou femmes et des groupements.
La demande d'installation d'un forage doit être faite par la
communauté compte tenu des priorités qu'elle a listées.
Une telle condition constitue un obstacle de taille pour les femmes
car les priorités établies par la communauté
peuvent être différentes de celles des femmes. Les procédures
à effectuer auprès des services de l'hydraulique pour
obtenir un forage sont longues et compliquées, ce qui constitue
un autre facteur rédhibitoire pour les femmes qui le plus souvent
n'ont pas l'information adéquate.
Dans les deux sites de nos études de cas, le manque d'eau
constitue un obstacle sérieux au développement des activités
féminines dans la riziculture comme dans le maraîchage.
A Ronkh, bien que la riziculture irriguée soit pratiquée
depuis 1965, les femmes ont dû attendre dix huit ans avant d'accéder
en 1983 à l'eau distribuée par le réseau d'irrigation.
Pour chaque campagne, les femmes déboursent 60.000 FCAF par
hectare ce qui revient à 600.000 FCFA pour les dix hectares
qui leur sont attribués.
Dans les jardins maraîchers, l'unique accès à
l'eau est constitué par les groupes motopompes qu'elles louent
aux hommes qui en sont propriétaires. Les femmes qui s'adonnent
au maraîchage en dehors de ces surfaces aménagées,
puisent l'eau du fleuve dans les récipients inadéquats
qu'elles portent sur la tête jusqu'à leurs champs distants
quelquefois de plusieurs centaines de mètres.
[sommaire]
3.7. L'accès au crédit, obstacles et besoins
L'accès au crédit au niveau formel du système
bancaire est une contrainte majeure pour l'ensemble du secteur agricole.
Au Sénégal, l'on note un déficit de banques
offrant des prestations de services à destination du monde
rural. Une seule banque, la Caisse Nationale de Crédit Agricole
(CNCA), créée par l'Etat en 1984, intervient en milieu
rural. L'examen des concours apportés par les banques au Sénégal
montre que le secteur agricole n'a pas bénéficié
de financements importants, mais seulement d'environ 5% en moyenne
annuelle du montant total des crédits (Femmes 2015, 1993).
Concernant le financement bancaire des activités féminines,
les données sont rares. Elles le sont davantage encore pour
les rurales. Il n'a pas été possible, lors de la visite
faite à la CNCA, d'obtenir des informations sur la répartition
des crédits et les montants désagrégés
par sexe. La CNCA, comme les autres banques affirme ne pas faire de
différence entre les hommes et les femmes, le seul critère
retenu est la bancabilité ou non de l'affaire. Il n'a pas été
possible au niveau de la répartition des crédits, de
savoir quelles activités ont été financées
par sexe, ni les niveaux de crédits attribués selon
qu'il s'agit d'achat de terre, de semences, d'intrants ou autre.
L'étude Femmes Sénégalaises à l'horizon
2015 (1993), apporte néanmoins quelques informations. Se référant
aux utilisations déclarées à la Centrale des
Risques (Novembre 1991), elle constate que "les femmes ont bénéficié
d'environ 1% du montant total des crédits déclarés.
Au sein même des femmes, la situation est assez contrastée,
une petite fraction d'entre elles (les femmes en milieu urbain), concentrant
l'essentiel des prêts. Donc les activités des femmes
surtout en milieu rural continuent d'être financées,
de façon majeure, par le système financier informel".
A Ronkh, pendant plusieurs années, seuls les hommes membres
d'unités villageoises ont pu recevoir des crédits de
la CNCA. Quand elles se sont constituées en groupement d'intérêt
économique (GIE), les femmes ont pu bénéficier
d'un crédit d'un montant de plus de 30 millions de FCFA pour
monter la mini-rizerie en 1989. Ce crédit a été
octroyé en trois tranches : deux pour le matériel et
un pour le fonctionnement. Mais l'activité s'étant révélée
peu rentable, le crédit a été suspendu.
Le groupement continue donc de recourir à l'épargne
réunie par les tontines dont les femmes sont membres. Elles
peuvent aussi s'adresser à la Caisse Populaire de Crédit
où les conditions d'accès sont plus souples et plus
accessibles qu'auprès d'institutions comme la CNCA.
Les femmes de Bantancountou Maoundé quant à elles avouent
n'avoir jamais bénéficié de crédit.
Les besoins de financement des activités productives des femmes
restent pour l'essentiel insatisfaits du fait principalement des contraintes
inhérentes au système bancaire. Au Sénégal,
son activité s'exerce dans le cadre des règlementations
bancaires définies par l'UEMOA, d'où leur manque de
flexibilité. La recherche de rentabilité qui est son
option fonamentale diminue son intérêt pour le monde
rural marqué par la faiblesse des revenus. Les garanties exigées
par les banques et auxquelles les prêts doivent être adossés
restent l'obstacle principal à l'accès au crédit
pour l'ensemble de la paysannerie en particulier pour les femmes.
Les taux d'intérêt sont très élevés.
La CNCA qui offre des prêts à court terme destinés
à couvrir les besoins en équipements, exige un autofinancement
à hauteur de 20% de la somme demandée. Ses taux d'intérêt
varient de 11,50% pour les groupements d'intérêt économique
à 12 pour les individus. De l'avis des femmes de Ronkh, "la
CNCA ne facilite pas l'accès des femmes au crédit. Le
taux d'intérêt est trop élevé, dans l'ordre
de 13%, tandis que leurs activités de par leurs dimensions
réduites ne permettent pas de dégager suffisamment de
revenus pour fournir un apport".
Or, les besoins des ruraux, les femmes en particulier, sont relativement
modestes. Selon l'étude Femmes 2015, "au niveau des individus
(homme ou femme), 80% des besoins exprimés en zone rurale couvrent
une fourchette comprises entre 10.000 et 100.000 F". Ce point
de vue a été confirmé par la responsable de la
Cellule d'Assistance Technique aux Caisses Populaires d'Epargne et
de Crédit au Ministère de l'Economie, des Finances et
du Plan qui estime que "les montants des prêts individuels
est relativement modeste : entre 20.000 et 50.000 FCFA. Même
au niveau des groupements, les femmes continuent de demander des sommes
peu importantes, tournant autour de 5 millions par groupement".
Selon nos enquêtes, les femmes ont besoin de crédit
pour acheter des intrants agricoles tels que les semences, les engrais
et les insecticides et pour faire du commerce , et un crédit
à moyen terme pour l'acquisition d'équipements (outils
et matériel) afin de réduire la part du travail manuel
ou pour développer leurs activités génératrices
de revenus.
L'ignorance des femmes des procédures bancaires et une certaine
peur de la banque constituent d'autres obstacles à leur accès
à cette institution. C'est l'une des raisons évoquées
par les femmes de Bantancountou Maoundé pour ne pas demander
de crédit, qui déclarent à l'unisson n'avoir
aucune information sur les systèmes de crédit agricole
"qui ne font pratiquement pas partie de leur univers".
Les limites de financement formels et informels en zone rurale ont
amené les bailleurs de fonds et certaines ONG à soutenir
des expériences innovatrices en matière d'épargne
et de crédit, utilisant des démarches variées.
On peut distinguer :
L'approche caisses mutuelles d'épargne-crédit caractérisée
par une gestion communautaire des finances du groupe. L'épargne
est collectée au niveau du village et fructifiée par
les crédits accordés soit à des individus, soit
à des groupes membres de l'institution. Il n'est généralement
pas exigé d'avoir épargné pour emprunter une
première fois, une telle caisse existe à Ronkh. Elle
a été créée en 1993 dans l'objectif de
stimuler l'épargne au sein de la population et de lui donner
les moyens de développer leurs activités économiques.
Les ressources sont constituées d'épargne, de subvention
et de part sociale d'un montant de 1.000 FCFA par adhérant.
Le crédit concerne les hommes et les femmes qui s'investissent
dans le commerce, l'agriculture, la pêche et l'embouche. Les
conditions d'octroi du crédit exigent la qualité de
membre acquis par le versement d'un droit d'adhésion de 500
FCFA, une épargne d'une somme minimum égale à
5.000 FCFA, l'inscription au moins un mois avant la date de formulation
de la demande et une garantie matérielle supérieure
ou égale à la somme sollicitée.
L'avènement de cette caisse a permis aux femmes de développer
leurs activités de commerce et de s'investir aussi dans le
nouveau créneau porteur qu'est l'élevage.
Le taux d'intérêt est fixé à 3% par mois
pendant quatre mois pour le petit commerce et la pêche tandis
que pour l'élevage et l'agriculture, le crédit est alloué
sur une période de six mois.
L'examen de la situation des femmes au moment où cette enquête
s'effectuait révèle que sur 107 demandes reçues,
34 ont concerné des hommes et 72 des femmes soit un pourcentage
respectif de 32,72% et 67,28%.
Toutefois, la formulation du compte d'exploitation constitue un frein
à l'utilisation efficace du crédit par les femmes. Lorsque
celui-ci est mal formulé, il entraîne le rejet systématique
de la demande. De plus la caisse ne dispose pas de suffisamment de
fonds pour satisfaire toutes les demandes qui lui sont soumises.
L'expérience asiatisque de la Grameen Bank en Asie a également
inspiré les ONG avec la mise en oeuvre de l'approche crédit
solidaire. Dans ce système, l'élément fondamental
est constitué par un groupe de cinq personnes environ qui sont
solidaires et s'engagent à payer le crédit en cas de
défaillance du membre emprunteur.
La tontine qui est une forme d'épargne particulièrement
populaire en milieu féminin joue également un rôle
important dans la mise à disposition de fonds en faveur des
femmes, surtout au niveau individuel. Le principe de la tontine est
de collecter régulièrement les revenus monétaires
de ses membres qui chacun à leur tour, peuvent utiliser à
leur profit personnel la masse de revenus ainsi réunie. Les
femmes constituent la grande majorité des membres des tontines.
A Ronkh, comme à Bantancountou Maoundé, les femmes sont
membres d'associations tontinières.
On peut retenir dans le cas du crédit aussi, que les besoins
des femmes restent globalement insatisfaits, surtout dans le cadre
du système bancaire formel. C'est le crédit informel
qui constitue la principale source de financement des activités
féminines en milieu rural..
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CONCLUSION
La plupart des obstacles à l'accès des femmes aux ressources
foncières et technologiques identifiés dans le cadre
de cette étude, sont connus depuis plus de deux décennies.
Leur admission a été à l'origine de la mise en
oeuvre de politiques de promotion des femmes qui dans l'ensemble se
sont révélées incapbles de changer les conditions
de vie et la position sociale des femmes en milieu rural.
Or aujourd'hui encore bien que l'importance de leur rôle dans
le secteur agricole soit acceptée et qu'on parle même
d'une certaine féminisation de l'agriculture, les paysannes
continuent à ne pas être reconnues comme des productrices
à part entière et restent toujours marginalisées
dans les politiques macro économiques. L'ignorance des rapports
sociaux inégalitaires entre les sexes dans la mise en oeuvre
de ces politiques, prive les femmes des possibilités de renforcer
leur pouvoir et leurs capacités.
Il est temps de reconnaître le poids de ces contraintes sur
la vie des femmes rurales en manifestant une volonté politique
plus claire dans la mise en oeuvre des mesures institutionnelles,
techniques et juridiques destinées à transformer les
conditions de vie, mais aussi la position sociale des femmes.
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