Document distributed by: The African Centre for Gender and Development [ACGD]
A Division of : The United Nations Economic Commission for Africa [UNECA]

 

ETUDE SUR L'ACCES DES FEMMES AUX RESSOURCES FONCIERES ET TECHNOLOGIQUES AU SENEGAL



III. ACCES DES FEMMES AUX RESSOURCES EN MILIEU RURAL ET BESOINS PRIORITAIRES (suite)


3.2. Les activités économiques des femmes, obstacles et besoins

3.2.1. Les activités agricoles

La lourdeur et la pénibilité du travail féminin en milieu rural sont observées et documentées depuis de nombreuses années. Rappelons qu'un des objectifs fondamentaux de l'Année Internationale et de la Décennie des Femmes était leur allègement.

Dans le cadre de nos enquêtes qualitatives, l'élaboration du calendrier saisonnier des femmes a permis de constater qu'elles ont une importante charge de travail quelque soit la période de l'année. Ces occupations sont d'ordre domestique et productrice.

Calendrier saisonnier des femmes de Bantancountou Maounde

PERIODE
ACTIVITES
Janvier - Avril (Ceedu)
· Maraîchage (tomates, gombo, "bissap", oignons
· Petit commerce (savon, légumes, …)
· Transformation de produits (noix palmistes,…)
· Filage de coton (activité qui se raréfie)
· Cérémonie familiales (mariages surtout)
· Voyages et visites de parents
· Préparation des repas
Mai-Juin (Ceccle)
· Collecte de bois mort· Cueillette de fruits sauvages
· Production de savons artisanaux
· Transformation du "néré"
· Préparation de l'huile de palme
· Préparation des rizières (nettoyage)
· Préparation des repas
Juillet-Octobre (Ndungou)
· Travaux agricoles (riziculture principalement)
· Production huile de palme
· Préparation des repas
Novembre - Décembre (Jaawnde)
· Ramassage d'arachide
· Récolte du riz (matin et soir)
· Ramassage de feuilles sauvages pour la sauce
· Récolte de l'oseille pour les repas
· Préparation des sols pour le maraîchage
· Aménagement des jardins collectifs
· Préparation des repas

 

Dans ce village, d'après les résultats de notre enquête, presque toutes les femmes valides âgées de 15 à 60 ans pratiquent l'agriculture. 97,8% d'entre-elles déclarent s'adonner à cette activité, seule une femme n'est pas concernée.

Il ressort également du calendrier saisonnier des femms que du mois de Juillet au mois de Novembre, les activités agricoles dominent. Pendant la période allant de Janvier à Avril elles s'adonnent plutôt au maraîchage.

La riziculture est à Bantancountou Maoundé, la spécialité des femmes. Les "faros" ou rizières qui constituent leur domaine réservé se trouvent dans les bas-fonds ou sur les pentes. La superficie emblavée par femme dépasse rarement 2.500 m2. Plus de 95% d'entre-elles (femmes Peulhs et Madingues) cultivent le riz. Les autres céréales (sorgho, fonio) et les cultures de rente (arachide, mil) sont l'apanage des hommes.

Près de 85% d'entre-elles s'adonnent au maraîchage (oignons, tomates, gombos, "bissap",…) dont une bonne partie de la production est vendue au marché de Kolda, distant d'une quinzaine de kilomètres.

Elles pratiquent également des cultures de case (tomates, gombo et bissap) destinées à fournir les condiments entrant dans la composition du repas familial.

Les travaux champêtres occupent les femmes soit la matinée et l'après-midi (40% des femmes enquêtées), soit toute la matinée (20% des femmes interrogées), soit alors elles travaillent d'affilée de 8heures à 18 voire 19heures (20% des femmes de l'échantillon). Pour connaître le nombre d'heures travaillées, elles ont comme repères, les heures de prière ou de la position du soleil. Cependant, depuis l'intervention de la SATEC ( une structure ayant encadré les populations pour améliorer la production du riz dans les années 1970) un temps de travail était bien déterminé.

Le produit de la récolte des femmes est essentiellement destiné à leur grenier personnel. Dans cette zone, l'abondance de la récolte est signe de prospérité ; mais actuellement, rares sont les femmes qui parviennent à produire assez de riz consommable sur une saison. L'autosuffisance alimentaire n'est pas assurée et cela est en partie dû à l'inacessibilité des intrants (semences améliorées, engrais, produits phytosanitaires…) et à l'obsolescence ou à l'inexistence des équipements et matériels agricoles.

A Ronkh, dans le delta du Fleuve, et de manère générale dans l'irrigation, les hommes sont spécialisés dans la riziculture et les femmes dans les cultures maraîchères destinées à la consommation familiale. Cette division sexuelle du travail trouve son fondement dans l'agriculture traditionnelle où les tâches légères étaient exercées par les femmes et les travaux les plus pénibles réservés aux hommes.

Le maraîchage est caractérisé par des tâches très répétitives auxquelles les femmes consacrent environ trois à quatre heures par jour. Dans les jardins maraîchers, les hommes se livrent à deux tâches uniquement : l'exécution des plans et l'irrigation. Les femmes exécutent les plans et font de l'irrigation, s'occupent des pépinières, de l'arrosage, du repiquage, de l'épandage d'engrais et du désherbage.

La première remarque qu'impose cette division du travail est que le maraîchage est une activité féminine. Les hommes pour la plupart, n'y trouvent pas un intérêt en raison des fortes astreintes horaires que cela impose. "Le maraîchage est rigoureux et exigeant. C'est un travail de tous les jours qui demande de la patience" estime la majorité des hommes interrogés. Les femmes introduisent aussi des cultures de légumes sur les bords des parcelles de riz et les canaux d'irrigation.

Comme pour Bantancountou Maoundé, le maraîchage permet aux femmes de Ronkh de fournir les légumes consommés par la famille, mais aussi de se procurer ds revenus monétaires par la vente des surplus. Dans les coutumes de cette zone, c'est l'homme producteur de riz et de mil qui apporte les céréales et la femmes les condiments qui entrent dans la composition des repas. Les variétés cultivées par les femmes sont : la patate, l'oseille, le gombo, la courge et le "yoomb". On remarque que depuis peu les hommes se lancent dans les variétés commerciales telles que l'oignon, le melon, le chou et la tomate, qu'ils écoulent sur les marchés des grandes villes et de la capitale.

Face aux contraintes qu'elles rencontrent en matière de conservation et d'écoulement de la production et en l'absence d'appui financier, les femmes réduisent autant que faire se peut les variétés se limitant aux légumes traditionnels qui peuvent être transformés avec moins de risques. Pratiquant essentiellement pour satisfaire les besoins familiaux et connaissant mal les autres types de légumes, les femmes limitent leurs choix.

Il est intéressant dans ce cadre de rapporter les propos d'un responsable de l'ASRADEC, une ONG intervenant dans cette zone et qui appuie les femmes dans les activités de commercialisation de leurs récoltes. Pour contribuer à la résolution de problème de transports des produits agricoles, l'ONG a fourni un camion au village qui en assure la gestion. Dans la réalité ce sont les hommes qui le gèrent.

Comme c'est souvent le cas, les besoins spécifiques des femmes qui découlent de leur situation spécifique, ne sont pas satisfaits. En effet, la production des femmes est trop faible pour remplir le camion qui est d'une grande contenance, et justifier aux yeux des hommes son déplacement.

Au moment des récoltes, faute de moyen de transport, les femmes sont obligées de brader leur production aux commerçants venus des villes ou de demander à leurs maris d'aller vendre leur production dans les petits marchés des environs.

Toujours à Ronkh, les femmes interviennent également dans la riziculture mais à un moindre degré que les hommes. Signalons que dans cette spéculation, les tâches sont hebdomadaires ou mensuelles.

La répartition sexuelle du travail dans l'irrigation dépend de plusieurs facteurs qui sont le type de culture (riziculture ou maraîchage) et selon qu'elle est pratiquée sur un périmètre irrigué privé, un grand aménagement ou un jardin maraîcher.

Dans les périmètres irrigués privés les femmes sont chargées du désharbage manuel, du sarclage, de la chasse aux prédateurs, du vannage et de la mise en sac de la récolte. Les hommes quant à eux s'occupent de l'irrigation, des semis, de l'épandage d'engrais et du désherbage chimique.

Dans les grands périmètres, les hommes irriguent et procèdent au désherbage chimique. Les femmes quant à elles, prennent en charge les semis, l'épandage, le désherbage manuel, le sarclage, le vannage et la mise en sac de la récolte.

La comparaison entre les deux types d'aménagement (périmètres irrigués privés et les grands périmètres), montre d'une part un accroissement des travaux des femmes dans le second cas et d'autre part, la spécialistion des hommes dans les travaux techniques : irrigation et désherbage chimique dû au fait que les femmes n'ont jamais été formées dans ces techniques.

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3.2.2. Les activités économiques non agricoles

A Bantancountou Maoundé c'est surtout pendant la saison sèche ("Ceedu" et "Ceccele") que les femmes mènent d'autres activités économiques en vue de se procurer des revenus supplémentaires.

On peut citer les activités de transformation des produits alimentaires forestiers (huile de palme et néré), la cueillette et la commercialisation des fruits. L'exploitation des produits forestiers appelle quelques remarques. En effet, elle est surtout l'affaire des femmes Mandingues qui sont les plus dynamiques dans ce domaine. Elles parcourent chaque jour une distance de quinze kilomètres de Bantancountou Maoundé à Kolda, la capitale régionale, pour commercialiser leur production. La transformation des noix palmistes en huile et du néré en "nététou" demande de gros efforts physiques (pilage, traitement) et une patience qu'elles ne se lassent de fournir.

Dans ce village, les femmes sont fortement impliquées dans l'élevage de la volaille et des petits ruminants (respectivement 57,8% et 31,1% de notre échantillon) dont elles ont la maîtrise et le contrôle. Elles acquièrent ce petit bétail soit par donation soit par un système d'échange ou parfois par achat ou par héritage.

L'usage du système d'échange ou troc permet aux femmes d'acheter du gros bétail. En effet, pour augmenter le troupeau, il arrive que les femmes échangent plusieurs moutons ou chèvres contre une vache laitière. Cependant ces bovins sont gérés par les époux qui en assurent l'entretien et en tirent les avantages avec la vente du lait. Ce bétail est aussi utilisé par les hommes pour les travaux champêtres. Il profite quelquefois aux femmes qui perçoivent cet acte comme une faveur, alors qu'elles en sont propriétaires.

Quant aux femmes de Ronkh, leur princiaple activité non agricole est le commerce. Les produits vendus sont la friperie, les ustensiles de cuisine, le savon, les chaussures, le sucre, le thé, en provenance de grandes villes telles que Saint-Louis, Richard Toll ou Rosso (Sénégal et Mauritanie). Le capital investi provient de la vente du riz obtenu par le glanage dans la parcelle de l'époux. Les femmes entreprennent cette activité pour se procurer les ressources financières destinées à complèter la contribution du mari, qui souvent ne suffit pas pour prendre en charge l'ensemble des besoins de la famille en particulier dans les domaines de l'habillement, du mobilier, des fournitures scolaires, etc. Une des femmes enquêtées révèle, "ici, chaque femme qui est de tour de cuisine apporte tous les ingrédients et condiments qui entrent dans la composition du repas. Les hommes n'apportent que le riz. Chez moi, j'assure à mes enfants qui étudient à Saint-Louis les fournitures scolaires, l'habillement et l'argent de poche".

Les entretiens individuels ont montré que le commerce a eu un impact sur le cadre de vie des femmes. Elles acquièrent, par la même occasion, un début d'autonomie en pourvoyant à leurs besoins sans l'aide du mari.

Dans les stratégies des femmes rurales, pour accroître leurs revenus monétaires, il est important de mettre en exergue les activités informelles telles que le commerce qui dans un contexte marqué par la sècheresse, la baisse des rendements et des revenus tirés de la production agricole et la généralisation de la consommation de produits importés pour lesquels la famille a besoin de liquidités, permettent dans une proportion non négligeable, de satisfaire les besoins de la famille. Comme le remarque une étude effectuée en 1997 (GRS, 1997), "ce sont ces activités et les transferts monétaires qu'elles entraînent, qui sont les principales sources de revenus pour les ménages ruraux avant les productions agricoles, de toute façon en baisse".

Les activités commerciales des femmes sont contrecarrées par le non remboursement de certaines dettes, la cherté de la marchandise et les difficultés de transport dues à l'enclavement du village. De plus, avec les charges qui leur incombent, la plupart se trouvent obligées de réinvestir les bénéfices, et même souvent le capital dans les dépenses du foyer. Les activités de commerce se développent surtout pendant la récolte quand elles peuvent troquer leurs marchandises contre du riz.

Pendant cette période, si elles disposent de liquidités, elles parviennent à réaliser des bénéfices importants. Elles peuvent alors stocker le riz troqué pour le vendre plus tard à meilleurs prix réalisant des économies qui dureront jusqu'à la campagne suivante.

On note, toujours à Romkh, que de plus en plus de femmes s'investissent dans l'élevage. Sur les 70 femmes enquêtées, 27 ont déclaré pratiquer l'élevage soit un pourcentage de 34,2%. Il concerne surtout les ovins, les bovins et la volaille. L'élevage de caprins et de canards, en raison des préjugés entachés à la pratique et de la faiblesse de la demande intérieure et extérieure, est très peu exercé.

L'élevage de bovins est pratiqué en collaboration avec les Peulhs qui se chargent de la garde du troupeau. En contrepartie, ils reçoivent la somme de 350 FCFA par mois pour chaque tête. Les ovins et la volaille font partie des animaux de la basse cour. Ces animaux élevés sont destinés à la vente lors des cérémonies familiales (baptême, mariage), des fêtes de fin d'année et de la Tabaski.

Les stratégies d'accès aux animaux sont l'achat à partir des recettes provenant de l'agriculture et l'embouche. Cette méthode consiste à engraisser un animal qui leur a été confié et à s'approprier les petits en contre partie. En raison des multiples contraintes qui pèsent sur l'agriculture, les femmes de Ronkh optent pour l'élevage considéré comme un secteur productif, d'épargne et d'investissement.

L'artisanat est une activité non agricole qu'elles pratiquent et qui est essentiellement orientée vers la vannerie. L'hivernage est la période favorable à cette activité qui occupait une place importante dans l'économie traditionnelle, mais la construction du barrage a réduit considérablement la matière première d'où la régression de la production.

Dans l'ensemble, les activités non agricoles permettent aux femmes d'avoir des revenus pour assurer les besoins alimentaires de la famille et, en même temps modifier leur cadre de vie. A Ronkh, comme à Bantancountou Maoundé, elles contribuent pour une part considérable aux revenus des ménages.

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3.2.3. Les travaux domestiques

Dans les zones où s'est déroulée l'enquête, seules les femmes âgées et celles qui ont des brus sont dispensées des travaux domestiques. Ceux-ci incluent la collecte de bois mort, la cueillette de feuilles sauvages, le ramassage de l'arachide pour la sauce, l'approvisionnement en eau de la concession, la préparation des repas et les soins aux enfants et aux personnes âgées.

Ces activités quotidiennes sont exclusivement dévolues aux femmes et quelles que soient les charges de travail qui pèsent sur elles, elles ne sauraient s'y dérober, estimant comme les femmes de Bantancountou Maoundé, que leur prise en charge justifie en partie leur présence dans le foyer. En effet, beaucoup d'entre elles pensent que si elles ont été mariées c'est justement pour s'occuper de travaux domestiques et garantir la descendance. Dans ce village, même pendant l'hivernage elles sont tenues d'assurer quotidiennement les repas familiaux en plus de l'entretien de leurs rizières. Celles d'entre elles qui ont de grandes filles (12 - 15 ans) peuvent être assistées ou supplées par ces dernières.

Pendant les années 80, du matériel d'allègement des travaux domestiques avait été mis en place dans beaucoup de villages. Mais avec le manque de suivi et l'absence de maintenance, la majeure partie s'est détoriée. Avec la dévaluation du FCFA et les politiques de désengagement de l'Etat, leur remplacement ne semble pas à l'ordre du jour.

Cependant, malgré la contrainte posée par leurs occupations domestiques, les femmes se consacrent aussi à des activités agricoles et commerciales.

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3.2.4. Revenus et utilisation des revenus

Comme l'a montré l'analyse des activités agricoles et non agricoles des femmes, l'essentiel de la production féminine est destinée à la consommation familiale et leurs revenus le plus souvent réinvestis dans la famille. Comme le note l'enquêtrice qui a collecté les donnés à Bantancountou Maoundé, "tout ce que fait la femme, tous les biens dont elle dispose, qu'ils émanent de ses parents ou de son époux, sont destinés aux intérêts du ménage. Et c'est par cette contribution que la femme se valorise dans la famille conjugale et vis-à-vis de la communauté. Par contre, l'homme peut vendre une partie importante de sa production au détriment des besoins alimentaires de la famille, sans risque d'être mal jugé".

Toujours dans ce village, si la gestion des récoltes de riz destinées à l'entretien du ménage est assurée par la femme, les hommes arrivent toujours à s'impliquer dans la gestion des revenus des autres activités qu'elles réalisent, car la tradition leur donne un droit de regard sur les biens de leurs épouses. D'après certaines femmes, quand ces revenus commencent à croître et à devenir importants, elles en confient la garde à leurs époux. Elles expliquent cette attitude par le fait que ces derniers sont leurs plus proches collaborateurs ou alors que c'est grâce à ceux-ci qu'elles ont pu mener des activités génératrices de revenus.

Un cas patent d'accaparement des revenus des femmes par les hommes se révèle à travers l'activité d'embouche de vaches laitières qui depuis quelques années s'est développée dans ce village, justifiant la création de cinq groupements d'intérêt économique composés d'hommes et de femmes qui traitent avec des structures de transformation basées à Kolda. Chaque membre d'un GIE parvient à écouler en moyenne dix (10) litres de lait par jour à raison de 200 FCFA le litre, mais ce sont les hommes qui profitent de ces revenus. En effet même si la commercialisation du lait est traditionnellement réservée aux femmes, à Bantancountou Maoundé, compte tenu des enjeux financiers, les hommes se sont accaparés de ce secteur. Le paradoxe est que la plupart des vaches appartiennent aux femmes qui n'en ont cependant pas la libre disposition. Ces dernières affirment ne pas être intéressées par les revenus tirés du produit de leur bétail. Certaines reconnaissent cependant qu'elles ne se laissent pas faire. Selon elles, les décisions prises par leurs époux sur leur bétail sont des décisions concertées. Il arrive même qu'elles décident de vendre leurs vaches pour règler des problèmes de famille ou lors des cérémonies (mariage, décès, retour de la Mecque,…). Il faut souligner que même si elles se concertent avec leurs époux pour connaître leur opinion, il reste que l'avis de l'homme est tout compte fait déterminant dans la décision de la femme.

A Ronkh, les activités féminines génèrent peu de revenus du fait des charges d'exploitation très élevées dans les champs irrigués. Le tableu suivant représentatif des coûts d'exploitation de la parcelle des femmes située dans le Grand Périmètre, permet de s'en faire une idée.

Facture de campagne hivernage 1996-1997

RUBRIQUE
COUTS FCFA
Semence
139.375
2e épandage
d'engrais
143.500
Coût hydraulique
420.000
Union GPBB
(Intérêt sur les charges)
52.442
Union GPBB
(Charges communes)
9.758
Amende
13.223
Fonctionnement général
88.669


Sur une superficie de 7 hectares, le montant de l'exigible s'élevait à 886.967 FCFA. A cela s'ajoutent les frais occasionnés par le premier épandage d'engrais, soit 300.000 FCFA. Si les ouvriers agricoles négligent de surveiller les pompes pendant l'irrigation, ce qui est fréquent, elles doivent payer une amende de 13.223 FCFA environ. Les charges totales se montaient à environ 1.204.967 FCFA, payées en nature. Après la commercialisation du reste de la production, les femmes ont obtenu une recette d'environ 500.000 FCFA.

Entre 1989 et 1992, les femmes ont réalisé quatre campagnes en riziculture. Pour chaque campagne, les rendements obtenus ont été de l'ordre de 3,5 à 4 tonnes contre 4,5 à 5 tonnes pour les hommes. Cette différence s'explique par le mode de gestion de la parcelle, les femmes la confiant à des ouvriers agricoles, alors que les hommes gèrent eux-mêmes leurs parcelles et sont aidés par leurs épouses et leurs enfants. La faible utilisation des intrants par les femmes constituent un autre obstacle.

En 1992, pour améliorer leurs revenus, les femmes du groupement d'intérêt économique de Ronkh avaient demandé un crédit pour l'installation d'une mini-rizerie, pour prendre en charge contre rétribution, les opérations de décorticage du riz dans la zone. Aucune étude de marché n'avait été faite préalablement à l'installation de la rizerie et les femmes n'avaient pas reçu de formation sur le fonctionnement des machines. Pour toutes ces raisons, l'infrastructure n'a pas été compétitive à l'échelle régionale, les producteurs de Ronkh préférant faire appel à d'autres rizeries situées dans la périphérie.

Paralysée par le non remboursement des prestations de services et par la faiblesse de la production, la rizerie a cessé ses activités au bout de trois ans. La surveillance des comptes a été confiée à un homme chargé de collecter l'argent et de payer les dettes dues à la Caisse Nationale de Crédit Agricole qui avait fourni les fonds. La banque a suspendu tout crédit au groupement féminin.

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3.2.5. Accès aux ressources forestières et à l'arboriculture

Le climat de type sahélien qui règne au Sénégal n'a pas favorisé le développement des forêts et par conséquent des activités de l'arboriculture. Cependnat, dans ceux qui existent, les femmes se livrent à des activités de cueillette et d'exploitation du bois pour l'énergie domestique, bien que sa transformation en charbon soit une activité masculine. La forêt est aussi une source importante de plantes médicinales, matière première des produits de la pharmacopée traditionnelle, dans laquelle elles occupent une place importante.

Il existe d'autres espèces qui profitent aux femmes comme certaines feuilles qui sont utilisées dans l'alimentation (baobab). L'importance des vergers d'anacardiers, de manguiers et de papayers dénotent l'intérêt que les villageois accordent à l'arboriculture, mais le plus souvent, ces vergers appartiennent aux hommes et les femmes n'interviennent que dans l'écoulement des produits. A Bantancountou Maoundé, le palmier à huile et le néré aux abords de la vallée et dans la forêt sont exploités par les femmes et quelques hommes qui pour la plupart sont des étrangers à la recherche de vin de palme.

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3.3. L'accès aux technologies, obstacles et besoins

Au niveau des équipements

Une des mesures importantes dans les politiques de promotion féminine dans les années 70 et 80 consistait en l'introduction de technologies dites "appropriées" (moulins à mil, concasseurs de noix de palme, décortiqueuses de riz, claies de séchage de poisssons, motopompes manuelles, etc.), dans le cadre de la mise en oeuvre de projets d'allègement des travaux domestiques. Ces initiatives, qui ont constitué les principales opportunités d'accès des femmes aux technologies, visaient non pas l'acquisition de compétences agricoles techniques, mais pour l'essentiel, l'amélioration de leurs conditions de femmes au foyer. Une telle conception perdure comme le montre une initiative récente de l'Amicale Socio-Economique Sportive et Culturelle des Agriculteurs de Walo, une des principales structures associatives de Ronkh, qui a installé cinq machines à coudre pour soutenir les activités menées par les femmes.

Comme en témoigne l'exemple précédent et l'analyse des politiques agricoles, les femmes ont été peu concernées par l'amélioration des procédés culturaux et la modernisation de l'agriculture. L'enquête menée à Ronkh a montré que les femmes n'ont accédé aux aménagements hydrauliques qu'en 1983. A Bantancountou Maoundé, la SATEC, une structure d'encadrement financée par la Chine populaire, s'est davantage intéressée aux hommes, bien que dans la zone, la riziculture concerne plus spécifiquement les femmes.

Aujourd'hui encore, l'équipement utilisé par les femmes de Ronkh se limite à une petite houe servant pour le semis dans l'agriculture traditionnelle, à la pelle (24,7%), au pic (39,3%), à la faucille (11,9%) et au râteau (5,1%). Aucune technologie n'étant mise en place pour satisfaire leurs besoins spécifiques dans l'irrigation, elles se trouvent obligées de louer des motopompes qui appartiennent aux hommes, ou de parcourir de longues distances pour puiser l'eau du fleuve dans des seaux.

Les enquêtrices qui ont collecté les donnés à Ronkh notent que "les activités développées grâce à l'appui des organisations extérieures intervenant dans le village, ont eu peu d'impact sur l'acquisition des technologies par les femmes désavantagées par la répartition sexuelle du travail". Mais dans le domaine de l'allègement des tâches domestiques, les décortiqueuses et les moulins à mil sont venus progressivement remplacer les mortiers et les pilons auxquels les femmes avaient recours.

A Bantancountou Maoundé, l'absence de technologies adéquates, tant au niveau de l'exploitation agricole (charrues), que dans les familles (moulin, décortiqueuses) est un problème majeur pour les femmes appelées à assurer les tâches exigeant beaucoup de main-d'oeuvre et de temps.

Dans ce village, pour près de la moitié des femmes interrogées, soit 46,6% de l'échantillon, la houe constitue l'instrument de travail principal. Le barra, une sorte de petite houe locale employée dans les travaux de sarclage, et le couteau sont utilisés respectivement par 35,6% et 44% des enquêtées. En dehors d'un moulin à mil qui n'est pratiquement pas fonctionnel, les femmes du village ne disposent d'aucun autre matériel de transformation.

Les femmes travaillent dans les bas-fonds et les pentes au sol boueux rempli d'eaux pendant l'hivernage, période des grands travaux. Elles pataugent pieds nus dans cette eau boueuse sans bottes avec tous les risques de contracter des maladies hydriques. Ces agricultrices (97,8% de l'échantillon) travaillent aussi presque les mains nues avec le barra comme seul matériel.

Dans l'enquête déjà citée (Sow, 1991), l'auteur fait exactement les mêmes constatations dans sa description des conditions de travail des femmes dans les groupements "les femmes travaillent à mains nues. Elles n'utilisent pratiquement pas d'outils de culture même traditionnels. Elles ont des instruments rudimentaires pour tracer les sillons, puiser l'eau et arroser que l'on ne retrouve dans aucun des champs d'hommes organisés par la SAED. Les femmes doivent naturellement puiser l'eau et arroser les plantes avec des seaux ou des pots de tomate concentrée percés".

Si dans la culture irriguée pratiquée dans le nord du pays les animaux ne sont pas utilisés, dans le sud, la culture attelée est en usage. A Bantancountou Maoundé, pour les besoins de leurs activités agricoles, les femmes utilisent un équipement de culture attelé. Ainsi 53% des enquêtées disposent de bovins et charrettes pour les activités rizicoles contre 40% qui déclarent ne pas en disposer du tout. Mais seulement 11% des femmes possèdent leur propre matériel. La majorité d'entre elles l'empruntent soit à leur famille (22,2%) soit à leur conjoint (13,3%). Cette situation parait paradoxal quand on sait que la majeure partie du bétail appartient aux femmes.

Toujours dans ce village, on note peu d'insfrastructures de transformation et lorsqu'elles existent, elles sont souvent accaparées par les hommes. Par exemple, les femmes avaient obtenu d'une associaiton travaillant au développement du village, l'installation d'un moulin à céréales dont elles ont été obligées de confier la gestion à un homme parce qu'elles sont toutes analphabètes et n'ont pas les compétences requises pour remplir les fiches mensuelles du moulin.

Il n'y a pas non plus de matériel d'exhaure pour l'approvisionnement en eau. C'est le puisage manuel avec une poulie comme support qui prédomine. Un effort supplémentaire s'impose aussi aux femmes de ce village pour la collecte du bois. Elles sont, en effet, obligées de parcourir une distance d'environ deux kilomètres pour accéder aux zones boisées et ne disposent pas en général de charrette pour évacuer les fagots de bois collectés. Pour la cuisine, l'usage du charbon ou du gaz n'est pas courant.

Il ressort des cas étudiés que les seules technologies introduites auprès des femmes rurales sont celles liées à l'allègement des travaux domestiques.

Du fait de l'exiguïté de leurs parcelles, les machines se révèlent inappropriées. Elles continuent donc de recourir au petit matériel traditionnel qui ne favorise pas une productivité importante.

Au niveau des intrants

Dans les terres de bas-fonds où les femmes de Bantancountou Maoundé pratiquent la riziculture, on note un appauvrissement des sols consécutif à leur utilisation répétée et de la baisse de la pluviométrie. L'apport d'intrants fumiers ou organiques devient nécessaire. Mais seules 22,2% des femmes interrogées ont déclaré disposer de fumier pour leurs activités agricoles. Elles utilisent rarement les produits phytosanitaires. Celles qui les utilisent sont obligées de passer par leurs maris qui peuvent se les procurer auprès de la communauté rurale, des ONG ou par des dons.

A Ronkh, le coût élévé des intrants constitue une difficulté majeure pour les femmes. Toujours concernant le problème de l'accès aux intrants, Sow F. (1991) dans son étude déjà évoquée, arrive aux mêmes conclusions. Elle révèle que "les femmes enquêtées disposent de semences (77,62%) ou du fumier (39%). Les autres intrants plus sophistiqués et coûteux leur sont plus difficile à acquérir. Ainsi l'engrais blanc est utilisé par 1,75% des enquêtées, l'urée par 6,74%, les herbicides par 0,63%.

Pour l'accès aux intrants, les femmes sont souvent dépendantes de leurs époux pour s'en procurer.

Dans le cadre de nouvelles orientations de l'agriculutre, la production, la vente et la distribution des engrais sont désormais confiées à des sociétés privées qui fonctionnent avec une logique de marché.

La dévaluation du FCFA a aussi eu un impact considérable sur les capacités des populations rurales de façon générale à acheter des équipements du fait du renchérissement très important du prix du matériel.

Une des contraintes dans ce domaine est qu'au Sénégal, l'équipement lourd est généralement importé et même le matériel fabriqué localement utilise des intrants importés.

L'inadaptation du matériel technologique aux activités agricoles de même que l'absence de maintenance ont été souvent dénoncées et plusieurs évaluations ont révélé que beaucoup de matériels ont été abandonnés sur place faute de pièces de rechange ou à cause de coûts élevés de réparation (forages, motopompes, etc…).

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3.4. Accès à la main-d'oeuvre, obstacles et besoins

L'accès des femmes à la main-d'oeuvre varie selon les contextes considérés. Ainsi pour les tâches très dures, les femmes de Bantancountou Maoundé, dans le cadre de leurs activitiés sont parfois appuyées par leurs maris ou les hommes de la famille (57,8% de l'échantillon). Grâce aux formes traditionnelles d'entraide restées vivaces, une femme démunie ou malade peut toujours bénéficier du soutien groupé des autres femmes pour l'entretien de sa rizière. Toujours en cas de maladie, ou de contrainte majeure, des jeunes gens et des jeunes filles assurent des prestations de services dans ses rizières. Le recrutement d'ouvriers agricoles par les femmes n'est pas courant. Cette pratique est connue pour les grands travaux hivernales surtout chez les hommes. Les rizières étant considérées comme des terres de seconde catégorie (avec des dimensions réduites et dont les produits ne sont pas monnayés), le recours à cette force de travail n'est pas nécessaire. C'est seulement de façon ponctuelle que les femmes font appel à un groupe de jeunes pour les aider dans des tâches précises ; et ce sans rémunération. Pour les travaux de labour, les femmes sont souvent appuyées par les hommes ou alors par les autres membres de la famille qui mettent à leur disposition des animaux (boeufs surtout). Il faut dire que si ces derniers acceptent de les aider, ils le font souvent après la fin de leurs travaux champêtres.

La situation est différente à Ronkh où les femmes du groupement ne bénéficient ni de l'aide de leurs maris, ni de celle de leurs fils. Elles ne peuvent, non plus, se servir de leurs équipements agricoles (tracteur et pulvérisateur). Les hommes justifient leur refus de les aider par le fait qu'il s'agit de terres et de tâches collectives.

Le groupement féminin, dont les membres n'ont pas été formés pour assurer le travail d'irrigation (construction de diguettes et maniement des motopompes), a recruté des ouvriers agricoles pour assurer un certain nombre de tâches dans leur pracelle sise dans le périmètre aménagé.

Par ailleurs, l'irrigation doit être effectuée jour et nuit et les femmes retenues au foyer la nuit pour leurs occupations domestiques ne peuvent pas l'assurer. Pour toutes ces raisons, le groupement féminin est obligé de recruter des ouvriers agricoles et des techniciens à des prix élevés, contrairement aux hommes qui ont les connaissances techniques et bénéficient de l'aide de leurs épouses dans leurs champs.

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3.5. Accès à la formation, obstacles et besoins

Dans les années 60, des programmes de formation technologiques ont été mis en oeuvre par les pouvoirs publics dans l'objectif de renforcer les capacités de la paysannerie. Ils ont été principalement dirigés vers les hommes qui ont eu des opportunités pour acquérir de nouvelles qualifications et de voir s'améliorer leur productivité.

Les rares formations reçues par les femmes l'ont été dans le cadre de l'amélioration de leurs compétences à remplir leur rôle d'épouse et de mère, d'où leur retard sur le plan des connaissances technologiques. Leurs contacts avec les services de vulgarisation sont souvent minimes, dispersés et non coordonnés.

Les femmes qui ont pu bénéficier des programmes d'intégration au développement ont reçu des formations en alphabétisation fonctionnelle, en gestion, en transformation de produits agricoles, en couture, en teinture et en embouche ovine et bovine.

Rares sont celles qui ont bénéficié d'une formation aux techniques agricoles modernes. A Ronkh par exemple, au niveau des unités techniques de la SAED chargées de la formation et du recyclage des hommes, des conseillers agricoles sont recrutés pour dispenser régulièrement des formations. Pour assurer l'encadrement des femmes, la société a formé des conseillères en promotion féminine sorte d'animatrices rurales qui dispensent des cours d'alphabétisation, forme les femmes dans les techniques de transformation des produits et les sensibilise dans les domaines de l'hygiène, de la puériculture et de la planification familiale. La conseillère qui n'était pas recrutée par la SAED a arrêté son intervention faute de moyens de déplacement.

Bien qu'intégrées dans l'activité rizicole depuis une quinzaines d'années, les femmes, même celles qui sont organisées dans les groupements, continuent d'ignorer les techniques d'irrigation et la manipulation des pulvérisateurs utilisés dans le cadre du désherbage chimique. Les ONG et organisations internationales qui assistent le village ont également essayé d'aider les femmes. En 1987, dans le cadre d'une formation financée par la FAO en faveur de dix neuf participants du village, quinze hommes et quatre femmes ont été formés. Les femmes ont reçu une formation en gestion et en économie familiale.

En 1992, la SAED a organisé une formation destinée à plusieurs villages. Deux femmes du groupement de Ronkh y ont participé. Le thème de la formation était "Environnement et Protection des Sols". Enfin en 1997, la Fédération des ONG du Sénégal a invité trois femmes du groupement à une formation sur la transformation et la conservation de certains produits agricoles.

Le principal constat qui se dégage est que l'inadaptation des formations proposées et la faiblesse du nombre de femmes qui y participent ne permettent pas de satisfaire leurs besoins considérables de formation dans le domaine des techniques agricoles.

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3.6. L'accès à l'eau, obstacles et besoins

Du fait de la division sexuelle du travail, les priorités d'accès à l'eau des hommes et femmes diffèrent. Si les deux groupes ont besoin d'eau pour leurs activités agricoles, il s'y ajoute pour les femmes, la charge d'approvisionner la famille en eau pour la boisson, le ménage et les soins corporels.

Pour les femmes rurales, l'insuffisance et l'éloignement des points d'eau constituent deux contraintes majeures. Par exemple à Bantancountou Maoundé, il n'existe que deux puits pour l'ensemble du village. Des études très récentes ont révélé que malgré les efforts du gouvernement et des ONG visant à faciliter l'accès des populations à l'eau, près de ¾ des ménages ruraux continuent de s'approvisionner directement à partir des cours d'eau permanents ou saisonniers ou des puits qui ne remplissent pas toujours les conditions d'hygiène requises (GRES, 1997).

Un grand nombre de forages avait été mis en place dans le cadre des programmes d'allègement des travaux ménagers. Ils sont surtout utilisés pour usage domestique, pour abreuver le cheptel et en troisième lieu pour l'agriculture. Chaque forage est dirigé par un Comité de Gestion élu par une assemblée générale. Mais les femmes en sont souvent exclues, alos que l'équipement les sert principalement. Leur maintenance étant rarement assurée, ils tombent fréquemment en panne.

Or, avec le cycle de sècheresse qui s'est installé dans les pays du Sahel, le forage est devenu une nécessité. Mais c'est un équipement dont le coût est particulièrement élevé, comme l'ont confirmé les entretiens avec les responsables de la Direction de l'Hydraulique au Ministère de l'Equipement et de l'Hydraulique.

Pour cette raison, son installation est souvent effectuée par l'Etat ou par les bailleurs de fonds ou par des privés qui en ont les moyens. Les responsables rencontrés ont estimé le prix d'un forage à environ 20 millions CFA, dépendant de la proximité de la nappe phréatique. Si celle-ci est éloignée, le coût peut atteindre 50 à 60 millions FCFA.

Le prix d'un puits de bonne qualité est également élevé au regard des capacités financières des ruraux, hommes ou femmes et des groupements.

La demande d'installation d'un forage doit être faite par la communauté compte tenu des priorités qu'elle a listées. Une telle condition constitue un obstacle de taille pour les femmes car les priorités établies par la communauté peuvent être différentes de celles des femmes. Les procédures à effectuer auprès des services de l'hydraulique pour obtenir un forage sont longues et compliquées, ce qui constitue un autre facteur rédhibitoire pour les femmes qui le plus souvent n'ont pas l'information adéquate.

Dans les deux sites de nos études de cas, le manque d'eau constitue un obstacle sérieux au développement des activités féminines dans la riziculture comme dans le maraîchage.

A Ronkh, bien que la riziculture irriguée soit pratiquée depuis 1965, les femmes ont dû attendre dix huit ans avant d'accéder en 1983 à l'eau distribuée par le réseau d'irrigation. Pour chaque campagne, les femmes déboursent 60.000 FCAF par hectare ce qui revient à 600.000 FCFA pour les dix hectares qui leur sont attribués.

Dans les jardins maraîchers, l'unique accès à l'eau est constitué par les groupes motopompes qu'elles louent aux hommes qui en sont propriétaires. Les femmes qui s'adonnent au maraîchage en dehors de ces surfaces aménagées, puisent l'eau du fleuve dans les récipients inadéquats qu'elles portent sur la tête jusqu'à leurs champs distants quelquefois de plusieurs centaines de mètres.

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3.7. L'accès au crédit, obstacles et besoins

L'accès au crédit au niveau formel du système bancaire est une contrainte majeure pour l'ensemble du secteur agricole.

Au Sénégal, l'on note un déficit de banques offrant des prestations de services à destination du monde rural. Une seule banque, la Caisse Nationale de Crédit Agricole (CNCA), créée par l'Etat en 1984, intervient en milieu rural. L'examen des concours apportés par les banques au Sénégal montre que le secteur agricole n'a pas bénéficié de financements importants, mais seulement d'environ 5% en moyenne annuelle du montant total des crédits (Femmes 2015, 1993).

Concernant le financement bancaire des activités féminines, les données sont rares. Elles le sont davantage encore pour les rurales. Il n'a pas été possible, lors de la visite faite à la CNCA, d'obtenir des informations sur la répartition des crédits et les montants désagrégés par sexe. La CNCA, comme les autres banques affirme ne pas faire de différence entre les hommes et les femmes, le seul critère retenu est la bancabilité ou non de l'affaire. Il n'a pas été possible au niveau de la répartition des crédits, de savoir quelles activités ont été financées par sexe, ni les niveaux de crédits attribués selon qu'il s'agit d'achat de terre, de semences, d'intrants ou autre.

L'étude Femmes Sénégalaises à l'horizon 2015 (1993), apporte néanmoins quelques informations. Se référant aux utilisations déclarées à la Centrale des Risques (Novembre 1991), elle constate que "les femmes ont bénéficié d'environ 1% du montant total des crédits déclarés. Au sein même des femmes, la situation est assez contrastée, une petite fraction d'entre elles (les femmes en milieu urbain), concentrant l'essentiel des prêts. Donc les activités des femmes surtout en milieu rural continuent d'être financées, de façon majeure, par le système financier informel".

A Ronkh, pendant plusieurs années, seuls les hommes membres d'unités villageoises ont pu recevoir des crédits de la CNCA. Quand elles se sont constituées en groupement d'intérêt économique (GIE), les femmes ont pu bénéficier d'un crédit d'un montant de plus de 30 millions de FCFA pour monter la mini-rizerie en 1989. Ce crédit a été octroyé en trois tranches : deux pour le matériel et un pour le fonctionnement. Mais l'activité s'étant révélée peu rentable, le crédit a été suspendu.

Le groupement continue donc de recourir à l'épargne réunie par les tontines dont les femmes sont membres. Elles peuvent aussi s'adresser à la Caisse Populaire de Crédit où les conditions d'accès sont plus souples et plus accessibles qu'auprès d'institutions comme la CNCA.

Les femmes de Bantancountou Maoundé quant à elles avouent n'avoir jamais bénéficié de crédit.

Les besoins de financement des activités productives des femmes restent pour l'essentiel insatisfaits du fait principalement des contraintes inhérentes au système bancaire. Au Sénégal, son activité s'exerce dans le cadre des règlementations bancaires définies par l'UEMOA, d'où leur manque de flexibilité. La recherche de rentabilité qui est son option fonamentale diminue son intérêt pour le monde rural marqué par la faiblesse des revenus. Les garanties exigées par les banques et auxquelles les prêts doivent être adossés restent l'obstacle principal à l'accès au crédit pour l'ensemble de la paysannerie en particulier pour les femmes.

Les taux d'intérêt sont très élevés. La CNCA qui offre des prêts à court terme destinés à couvrir les besoins en équipements, exige un autofinancement à hauteur de 20% de la somme demandée. Ses taux d'intérêt varient de 11,50% pour les groupements d'intérêt économique à 12 pour les individus. De l'avis des femmes de Ronkh, "la CNCA ne facilite pas l'accès des femmes au crédit. Le taux d'intérêt est trop élevé, dans l'ordre de 13%, tandis que leurs activités de par leurs dimensions réduites ne permettent pas de dégager suffisamment de revenus pour fournir un apport".

Or, les besoins des ruraux, les femmes en particulier, sont relativement modestes. Selon l'étude Femmes 2015, "au niveau des individus (homme ou femme), 80% des besoins exprimés en zone rurale couvrent une fourchette comprises entre 10.000 et 100.000 F". Ce point de vue a été confirmé par la responsable de la Cellule d'Assistance Technique aux Caisses Populaires d'Epargne et de Crédit au Ministère de l'Economie, des Finances et du Plan qui estime que "les montants des prêts individuels est relativement modeste : entre 20.000 et 50.000 FCFA. Même au niveau des groupements, les femmes continuent de demander des sommes peu importantes, tournant autour de 5 millions par groupement".

Selon nos enquêtes, les femmes ont besoin de crédit pour acheter des intrants agricoles tels que les semences, les engrais et les insecticides et pour faire du commerce , et un crédit à moyen terme pour l'acquisition d'équipements (outils et matériel) afin de réduire la part du travail manuel ou pour développer leurs activités génératrices de revenus.

L'ignorance des femmes des procédures bancaires et une certaine peur de la banque constituent d'autres obstacles à leur accès à cette institution. C'est l'une des raisons évoquées par les femmes de Bantancountou Maoundé pour ne pas demander de crédit, qui déclarent à l'unisson n'avoir aucune information sur les systèmes de crédit agricole "qui ne font pratiquement pas partie de leur univers".

Les limites de financement formels et informels en zone rurale ont amené les bailleurs de fonds et certaines ONG à soutenir des expériences innovatrices en matière d'épargne et de crédit, utilisant des démarches variées. On peut distinguer :

L'approche caisses mutuelles d'épargne-crédit caractérisée par une gestion communautaire des finances du groupe. L'épargne est collectée au niveau du village et fructifiée par les crédits accordés soit à des individus, soit à des groupes membres de l'institution. Il n'est généralement pas exigé d'avoir épargné pour emprunter une première fois, une telle caisse existe à Ronkh. Elle a été créée en 1993 dans l'objectif de stimuler l'épargne au sein de la population et de lui donner les moyens de développer leurs activités économiques. Les ressources sont constituées d'épargne, de subvention et de part sociale d'un montant de 1.000 FCFA par adhérant. Le crédit concerne les hommes et les femmes qui s'investissent dans le commerce, l'agriculture, la pêche et l'embouche. Les conditions d'octroi du crédit exigent la qualité de membre acquis par le versement d'un droit d'adhésion de 500 FCFA, une épargne d'une somme minimum égale à 5.000 FCFA, l'inscription au moins un mois avant la date de formulation de la demande et une garantie matérielle supérieure ou égale à la somme sollicitée.

L'avènement de cette caisse a permis aux femmes de développer leurs activités de commerce et de s'investir aussi dans le nouveau créneau porteur qu'est l'élevage.

Le taux d'intérêt est fixé à 3% par mois pendant quatre mois pour le petit commerce et la pêche tandis que pour l'élevage et l'agriculture, le crédit est alloué sur une période de six mois.

L'examen de la situation des femmes au moment où cette enquête s'effectuait révèle que sur 107 demandes reçues, 34 ont concerné des hommes et 72 des femmes soit un pourcentage respectif de 32,72% et 67,28%.

Toutefois, la formulation du compte d'exploitation constitue un frein à l'utilisation efficace du crédit par les femmes. Lorsque celui-ci est mal formulé, il entraîne le rejet systématique de la demande. De plus la caisse ne dispose pas de suffisamment de fonds pour satisfaire toutes les demandes qui lui sont soumises.

L'expérience asiatisque de la Grameen Bank en Asie a également inspiré les ONG avec la mise en oeuvre de l'approche crédit solidaire. Dans ce système, l'élément fondamental est constitué par un groupe de cinq personnes environ qui sont solidaires et s'engagent à payer le crédit en cas de défaillance du membre emprunteur.

La tontine qui est une forme d'épargne particulièrement populaire en milieu féminin joue également un rôle important dans la mise à disposition de fonds en faveur des femmes, surtout au niveau individuel. Le principe de la tontine est de collecter régulièrement les revenus monétaires de ses membres qui chacun à leur tour, peuvent utiliser à leur profit personnel la masse de revenus ainsi réunie. Les femmes constituent la grande majorité des membres des tontines. A Ronkh, comme à Bantancountou Maoundé, les femmes sont membres d'associations tontinières.

On peut retenir dans le cas du crédit aussi, que les besoins des femmes restent globalement insatisfaits, surtout dans le cadre du système bancaire formel. C'est le crédit informel qui constitue la principale source de financement des activités féminines en milieu rural..

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CONCLUSION

La plupart des obstacles à l'accès des femmes aux ressources foncières et technologiques identifiés dans le cadre de cette étude, sont connus depuis plus de deux décennies. Leur admission a été à l'origine de la mise en oeuvre de politiques de promotion des femmes qui dans l'ensemble se sont révélées incapbles de changer les conditions de vie et la position sociale des femmes en milieu rural.

Or aujourd'hui encore bien que l'importance de leur rôle dans le secteur agricole soit acceptée et qu'on parle même d'une certaine féminisation de l'agriculture, les paysannes continuent à ne pas être reconnues comme des productrices à part entière et restent toujours marginalisées dans les politiques macro économiques. L'ignorance des rapports sociaux inégalitaires entre les sexes dans la mise en oeuvre de ces politiques, prive les femmes des possibilités de renforcer leur pouvoir et leurs capacités.

Il est temps de reconnaître le poids de ces contraintes sur la vie des femmes rurales en manifestant une volonté politique plus claire dans la mise en oeuvre des mesures institutionnelles, techniques et juridiques destinées à transformer les conditions de vie, mais aussi la position sociale des femmes.

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A Division of : The United Nations Economic Commission for Africa [UNECA]