ETUDE SUR L'ACCES DES FEMMES AUX RESSOURCES FONCIERES ET TECHNOLOGIQUES
AU SENEGAL
ANNEXE IV.
ACCES DES FEMMES AUX RESSOURCES DANS LE CONTEXTE DES CULTURES
IRRIGUEES, DANS LE DELTA DU FLEUVE SENEGAL
Introduction
Cadre de l'etude
I. ASPECTS GEOGRAPHIQUES
1.1. Le climat
1.2. Les sols
1.3. L'hydrologie
II. POPULATION, EMPLOI ET ACTIVITIES ECONOMIQUES
2.2. L'agriculture
2.3. Les activités non agricoles
2.3.1. Le commerce
2.3.2. L'artisanat
III. FONCIER TRADITIONNEL ET TECHNOLOGIE
3.1. Situation des femmes dans le foncier
traditionnel
3.1.1. La terre
3.1.2. L'eau
3.1.3. Les animaux
3.1.4. L'artisanat
3.1.5. La cueillette
3.1.6. La pêche
3.2. La technologie
3.2.1. Description de la technologie
3.3. Situation générale
IV. LES FEMMES DANS LE CONTEXTE DE L'IRRIGATION
4.1. Bref historique de l'irrigation
4.2. Le foncier
4.3. Les cultures irriguées.
4.3.1. La riziculture
4.3.2. Le maraîchage destiné
à la consommation familiale
4.3.3. L'arboriculture
V. REPARTITION SEXUELLE DU TRAVAIL DANS L'IRRIGATION
VI. LES STRATEGIES D'ACCES DES FEMMES AUX RESSOURCES
6.1. La terre
6.2. L'eau
6.3. Les animaux
6.4. La technologie
6.5. Le crédit
VII. DYNAMIQUE ORGANISATIONNELLE ET REPONSES
COMMUNAUTAIRES
7.1. Les organisations et institutions internes
7.2. Les organisations et institutions externes
7.3. Matérialisation des réponses
communautaires
7.4. Rôle et place des femmes dans le
processus de décision locale et la gestion des ressources
7.5. Analyse prioritaire dans la gestion des
ressources naturelles
CONCLUSION
[sommaire]
INTRODUCTION
Le Delta du fleuve Sénégal présente une image
de la femme marquée par le poids de la tradition qui lui confère
un statut de main-d'oeuvre dans l'irrigation. Elle fait face à
de multiples contraintes dans l'accès et dans l'utilisation
efficace des facteurs de production (la terre, le capital, l'eau,
la technologie,
).
L'organisation sociale du village de Ronkh reflète le modèle
de la société traditionnelle selon lequel, les femmes
sont tenues à l'écart des affaires qui concernent la
vie politique. Le village a conservé les conceptions traditionnelles
et la religion occupe une place importante dans le mode de vie des
populations composées uniquement de wolofs et de gër (caste
noble). Les relations de pouvoirs homme-femme sont déséquilibrées
en faveur des premiers. Ce sont eux qui décident de l'organisation
sociale et du comportement des femmes.
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CADRE DE L'ETUDE
Le village de Konkh fait partie d'un vaste ensemble appelé
Delta du Fleuve Sénégal localisé dans la partie
Nord du Sénégal. Le Delta selon le découpage
administratif correspond au département de Dagana subdivisé
en trois arrondissements : Rao, Ross Béthio et Mbane.
Ronkh selon la subdivision habituelle du Delta correspond à
l'arrondissement de Ross Béthio situé sur la rive gauche
du fleuve Sénégal au complément de la rivière
du Gorom LAMSAR. Il est relié à 21 km de Rosso Sénégal
et à 46 km de Ross Béthio.
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I. ASPECTS GEOGRAPHIQUES
Ils sont consitutés du climat, des
sols et de l'hydrologie
1.1. Le climat
Le climat est de type sahélien avec des influences soudaniennes
et maritimes. La pluviométrie est faible et les pluies mal
réparties dans le temps. En raison de sa situation sahélienne,
la zone enregistre une radiation solaire élevée toute
l'année. Ces conditions thermiques ainsi que le régime
des vents entraînent une forte évaporation qui varie
suivant les saisons.
La saison sèche correspond au cycle des vents chauds et secs
chargés de poussière soufflant sur l'ensemble de la
zone. L'harmattan s'observe surtout de Mars à Juin.
1.2. Les sols
Ronkh est caractérisé par un type de sol caractérisé
par la présence des sels solubles. La teneur élevée
de cette substance limite la productivité du sol et provoque
une modification importante de la végétation. On y considère
un seul groupe de sols alluviaux : les sols des cuvettes. Ils sont
aussi appelés "Hollaldé" en Pular et son fortement
argileux (60% en moyenne). Leur draînage est très mauvais.
Ils sont salés et provoquent la mort de la plupart des plantes
cultivées. Ils sont très difficiles à travailler
aussi bien à l'état sec qu'à l'état humide.
Ce sont les terres rizicoles par excellence, bien qu'on y cultive
également de la tomate et du sorgho.
1.3. L'hydrologie
Avant la mise en place du bouchon de Kheune et la mise en service
du barrage de Diama, cette zone était caractérisée
par une remontée systématique et précoce de la
langue salée dans le fleuve. L'édification de la digue
en 1984 et du barrage en 1986 ont arrêté la remontée
de la langue salée.
La revue de ces aspects géographiques révèle
des potentialités énormes dans le domaine de l'agriculture
mais aussi des contraintes quant à l'exploitation des superficies.
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II. POPULATION, EMPLOI ET ACTIVITIES ECONOMIQUES
2.2. L'agriculture
L'agriculture irriguée particulièrement le riz et le
maraîchage constituent la principale activité des villageois
(cf. A2 - A3) et l'unique source de revenus des hommes. Cette agriculture
est destinée à la consommation et la commercialisation.
Avec l'introduction de la double culture, la riziculture est pratiquée
pendant toute l'année, en association avec le maraîchage
chez quelques producteurs. En revanche, les femmes se sont surtout
investies dans les cultures des légumes et dans la transformation
du riz pour laquelle elles reçoivent une attribution en nature.
Quant à la riziculture d'hivernage, elles s'y sont timidement
impliquées.
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2.3. Les activités non agricoles
Elles concernent le commerce et l'artisanat
notamment la vannerie.
2.3.1. Le commerce
Cette activité occupe une place importante dans le calendrier
de la main-d'oeuvre féminine. Les produits vendus sont la friperie,
les ustensiles de cuisine, le savon, les chaussures, le sucre, le
thé en provenance de Saint-Louis, Richard Toll ou de Rosso
(Sénégal et Mauritanie). Le capital investi provient
de la vente du riz obtenu par le glanage dans la parcelle de l'époux.
Sur une superficie de 1 ha, elles peuvent obtenir 5 à 6 sacs
de riz de 80 kg.
Le commerce représente pour les femmes une actitvité
de survie qui leur permet de constituer un bénéfice
important qu'elles peuvent utiliser pour compenser les déficits
du budget familial et subvenir à leurs propres besoins (habillement,
mobilier), et ceux des enfants (habillement, fournitures scolaires,
).
Cela a fait dire à une femme que "ici, chaque femme qui
est de tour de cuisine se prend en charge pour tous les ingrédients
et condiments qui entrent dans la composition du repas, les hommes
n'apportent que le riz. Chez moi, j'assure à mes enfants qui
étudient à Saint-Louis, les fournitures scolaires, l'habillement
et l'argent de poche".
Les entretiens individuels ont montré que le commerce a eu
un impact sur le cadre de vie des femmes. Elles acquièrent
par la même occasion un début d'autonomie en pourvoyant
à leurs besoins sans l'aide du mari.
Toutefois, elles sont confrontées à un non remboursement
de certaines dettes, la cherté de la marchandise et les difficultés
de transport dues à l'enclavement du village. Par ailleurs,
du fait des charges qui leur incombent dans le ménage, elles
y réinvestissent souvent le capital et les bénéfices.
Les activités de commerce se développement surtout pendant
la récolte, période où la marchandise est troquée
contre du riz.
Toutefois, les femmes font face à de nombreuses difficultés
qui constituent un frein au développement du commerce. On peut
citer :
· La cherté de la marchandise
· Les difficultés de transport dues à l'enclavement
du village
· Le réinvestissement du capital et des bénéfices
dans le foyer
· La période favorable au développement du commerce
est très réduite. Celle-ci correspond à la récolte
où la marchandise est évaluée et troquée
contre du riz. Cela a fait dire à une vendeuse de friperie
que "je ne pratique le commerce que lorsque la période
de la récolte du riz s'annonce. Je vais alors à Dakar
acheter de la friperie et chaque pièce est évaluée
et échangée contre du riz. Je gagne beaucoup parce qu'en
ce moment faute d'argent, le riz est bradé. Il ne me reivent
alors qu'à 6.000 FCFA à l'achat et il est revendu à
10.000 FCFA ou plus".
Ainsi, les femmes parviennent à réaliser des bénéfices
important, surtout lorsqu'elles disposent de liquidité. Elles
stockent le riz pour le revendre à meilleur prix. Cela leur
permet d'avoir des économies jusqu'à la prochaine campagne.
· Enfin, le non paiement des dettes contractées. Cette
contrainte a été à l'origine de l'abandon du
commerce par beaucoup de femmes. La raison avancée par l'une
d'entre elles est la suivante : "dans ce village, nous sommes
tous parents, pour cela nous évitons les disputes. Lorsqu'une
personne me doit de l'argent et se trouve dans l'impossibilité
de me payer, je ne peux pas la sommer publiquement de me rembourser.
Tout ce que je peux faire c'est négocier avec elle ou laisser
tomber. Dans la plupart des cas, on se résigne".
Cet exemple traduit l'aspect traditionnel du comportement des femmes
et les contraintes socio-culturelles qui pèsent sur elles.
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2.3.2. L'artisanat
L'artisanat est essentiellement orienté vers la vannerie.
L'hivernage est la période favorable à cette activité.
Elle occupait une place importante dans l'économie traditionnelle.
La construction du barrage a réduit considérablement
la matière première ce qui eut pour conséquence
la régression de la confection de nattes.
Dans l'ensemble, les activités non agricoles permettent aux
femmes d'avoir des revenus pour assurer les besoins alimentaires de
la famille et en même temps modifier leur cadre de vie. A Ronkh,
ce sont elles qui fournissent l'essentiel des revenus aux femmes.
En raison des multiples contraintes auquelles elles font face dans
l'agriculture, les femmes s'y sont impliquées.
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III. FONCIER TRADITIONNEL ET TECHNOLOGIE
Le village de Ronkh appartient selon la typologie des terres au domaine
des Hallaldé situé sur les cuvettes de décrue.
Ces superficies étaient cultivées en saison sèche
après le retrait des eaux du fleuve. Il existait des chefs
de terre alleplés "Laman" qui détenaient le
pouvoir politico-juridique. Les chefs étaient membres des familles
fondatrices du village. Du point de vue social, l'attribution n'était
pas individuelle mais lignagère. Sous cet angle, on peut dire
que le système traditionnel et moderne de la gestion des terres
se recoupent dans la mesure où la parcelle est toujours attribuée
au chef de famille en tenant compte du nombre de personnes en charge.
Ce n'est donc pas l'individu qui est doté de moyen de production,
mais le groupe dont la femme est partie intégrante.
L'agriculture de subsistance basée sur la culture de sorgho,
de la patate douce et des cucurbitacées confère un caractère
simple et peu varié à la technologie. Les outils sont
de fabrication artisanale et sont manipulés par les hommes
qui effectuent toutes les opérations culturales à l'exception
du semis pour lequel ils sont aidés par les femmes en raison
de l'importance de la main-d'oeuvre que l'opération requiert.
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3.1. Situation des femmes dans le foncier traditionnel
Jusqu'à une période très récente (1982
avec l'affectation par le foyer des jeunes de 30 ha aux groupements
femmes), la situation actuelle et passée se résumait
ainsi :
· Elles avaient leur part dans la superficie attribuée
au chef de famille. Cet état de fait leur confère un
statut de main-d'oeuvre agricole car venant essentiellement en aide
aux hommes.
Par ailleurs, les femmes accédaient difficilement à
l'eau du fait de la remontée de la langue salée dans
le fleuve. Quant aux animaux, ils ont été la propriété
des hommes.
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3.1.1. La terre
Elle était détenue par les familles fondatrices du
village : SONKO, GNILRE, NDIWAR. L'attribution était lignagère
et la gestion collective. Le mode d'occupation des terres reflétait
l'organisation sociale traditionnelle. Le champ était un espace
de production des valeurs sociales de solidarité et le prolongement
de la sociabilité. Les familles se retrouvaient ensemble pour
l'exploitation des superficies.
La promulgation de la loi de 1964 sur le domaine national choisit
d'ignorer toutes les formes traditionnelles d'appropriation, tandis
que la loi de 1972 consacrant la création et l'organisation
des communautés rurales confie au conseil rural la gestion
des zones de terroir. A charge pour lui de procéder à
l'attribution et à la désaffection des terres dont celles
des aménagements irrigués.
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3.1.2. L'eau
Traditionnellement, les populations de Ronkh vivaient au rythme des
crues du fleuve. L'agriculture se faisant en saison sèche après
le retrait des eaux. La position de la terre par rapport à
l'eau caractérisée est importante à cause du
caractère aléatoire des crues. Le problème de
l'accès à l'eau est crucial pour les femmes, car avec
la remontée de la langue salée dans le fleuve, l'eau
douce était limitée en quantité. Des puits étaient
creusés à des kilomètres du village et les femmes
parcouraient d'énormes distances pour trouver de l'eau.
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3.1.3. Les animaux
Le domaine de l'élevage était investi par les hommes
propriétaires des animaux domestiques (âne, cheval, mouton,
chèvre, vache). L'âne et le cheval étaient utilisés
comme moyen de transport dans les champs tandis que les vaches étaient
parquées à l'entrée du village et placées
sous la gestion du berger. Les animaux étaient essentiellement
nourris de son, de mil, d'herbes, de feuilles de mil et de patate.
Le rôle des femmes consistait à l'entretien des petits
ruminants (mouton, chèvre) de la concession.
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3.1.4. L'artisanat
Cette activité occupait une place très importante dans
l'économie traditionnelle. L'artisanat était le domaine
de prédilection des femmes. Elle étai essentiellement
centrée sur la confection de nattes. De l'avis d'une vieille
femme interviewée : "l'activité principale des
femmes au Walo était la vannerie. Les hommes allaient chercher
le roseau dans le fleuve et on le laissait en contact avec l'humidité
jusqu'au lendemain. Ensuite on le faisait aplatir avec un pilon et
puis on commençait à tresser. On pouvait ainsi confectionner
une natte tous les deux jours".
Ces propos révèlent deux aspects de l'artisanat : son
importance (elle était la seule source de revenus des femmes)
et l'absence d'utilisation de technologie. Il ne fait intervenir aucun
outil de travail ou de production. Cette activité exercée
par les femmes est aussi considérée comme le prolongement
de leurs travaux domestiques exercés manuellement.
La construction du barrage a considérablement réduit
le "tag" (variété de roseau utilisé
par les femmes wolofs). La rareté de la matière première
a fait perdre à l'artisanat son importance.
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3.1.5. La cueillette
Dans les grandes dépressions inondées par la crue et
par les eaux pluviales, poussaient des graminées sauvages appelés
nénuphar "Diakhar" et Echynocloa "Mbackett".
Les graminées étaient cueillies par les femmes à
l'aide d'un petit filet de pêche conçu pour l'occasion.
Elles pénétraient dans les eaux, les cueillaient à
la main et les mettaient dans le filet. Le travail était très
pénible. Les graines étaient décortiquées,
séchées pour être ensuite pilées avant
d'être préparées comme du riz.
Avant l'introduction de la riziculture, la cueillette et la culture
du mil ont joué un rôle important dans l'alimentation
familiale et ont assuré l'équilibre du régime
alimentaire.
Aujourd'hui, avec la construction du barrage de Diama et l'avènement
de la riziculture, la cueillette connaît un net recul en raison
de la transformation de l'écosystème, des systèmes
de production et des modèles alimentaires. Le riz est devenu
l'alimentation de base des populations du Delta au cours de ces vingt
dernières années.
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3.1.6. La pêche
La pêche a connu un réel développement avec la
construction du barrage. Elle était à la fois une activité
de femmes et d'hommes. Les femmes confectionnaient un filet spécial
accroché à un bâton qu'elle maniaient à
deux. Tandis que les hommes utilisaient de gros filets de pêche.
Tout comme la cueillette, la pêche n'était pas une activité
économique, elle était destinée à fournir
des ressources animales dans le but de diversifier le régime
alimentaire. Les espèces capturées par les femmes étaient
"le capitaine", "le yass", la carpe.
Comme pour la cueillette, la modification de l'écosystème
a entraîné la désuétude de cette activité
chez les femmes en raison de la disparition des grandes cuvettes inondées
par la crue.
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3.2. La technologie
Elle comprend l'ensemble des outils, procédés et techniques
utilisés dans l'agriculture, la pêche, l'élevage
et l'artisanat.
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3.2.1. Description de la technologie
L'agriculture traditionnelle wolof basée sur le sorgho, les
curcubitacées et la patate utilisait une technologie plutôt
rudimendaire. Celles-ci était composée de la houe pour
remuer le sol, d'un outil appelé "lumb" avec lequel
les femmes faisaient un trou dans le sol pour enfouir la semence,
d'une faucille pour la récolte, d'une pioche appelée
"gab" pour repiquer et déterrer la patate. L'ensemble
de ces opérations étaient exercées par les hommes,
les femmes n'intervenaient que dans le semis du sorgho. Elles étaient
confinées dans les tâches répétitives telles
que le désherbage manuel, le semis et la transformation du
produit de la récolte effectuée à l'aide d'un
mortier et d'un pilon. C'est dire que dans l'agriculture traditionnelle,
seuls les hommes avaient accès à la technologie. Dans
la représentation sociale des wolofs les travaux agricoles
sont trop dures pour être exercés par une femme. Ce qui
a fait dire à un des hommes interrogés que "avant
l'implication de la culture irriguée, les femmes allaient rarement
aux champs. Leur rôle consistait à venir en aide aux
hommes dans le semis, le désherbage et la protection du mil
contre les oiseaux. Elles s'occupaient plutôt des travaux domestiques".
Cette division du travail persiste, même lorsqu'elles sont
propriétaires de parcelles. Elles continuent de faire appel
aux hommes dans les tâches jugées pénibles telles
que l'irrigation ou le désherbage chimique.
L'élevage était pratiqué en collaboration avec
les Peulhs à qui était confiée la garde du troupeau
de boeufs. L'élevage domestique concernait la volaille, les
ovins et les caprins.
L'artisanat, activité spécifiquement féminine
est manuel. Les roseaux étaient collectés par les hommes
avec une faucille et les femmes se chargeaient de l'aplatir avec un
pilon.
Historiquement, les secteurs d'activités investis par les
femmes (la pêche, le vannage, la transformation des céréales)
ne leur donnaient pas un accès à la technologie. Le
fait que la production soit consommée dans la sphère
domestique selon la division sociale du travail explique leur marginalisation
dans l'accès aux outils. Leurs activités sont considérées
comme partie intégrante des tâches domestiques ne nécessitant
par l'intervention des outils.
L'introduction de la technologie moderne (décortiqueuse, moulin
à mil) a contribué à alléger les travaux
domestiques des femmes. Elles y accèdent par l'intermédiaire
de leur groupement pour mettre fin aux corvées de pilage. Dans
le domaine de l'eau, aucune technique n'avait été mise
en place pour assouplir les méthodes d'accès.
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3.3. Situation générale
La répartition sexuelle de la technologie se présentait
ainsi :
|
Outils d'hommes
|
Outils de femmes
|
|
Daba
|
Pioche pour femmes
|
|
Bêche
|
|
|
Pioche
|
"Lumb"
|
|
Houe
|
|
|
Faucille
|
|
Le "Lumb" ainsi que la pioche (celle-ci est plus petite
que celle utilisée par les hommes) étaient les seuls
outils auxquels les femmes avaient accès. Les autres parce
qu'ils étaient utilisés dans les travaux de préparation
du sol et de récolte étaient réservés
aux hommes.
Dynamique de changements
La partie réservée à la description de la technologie
présente un tableau où l'ensemble des travaux féminins
sont manuels. A l'exception du "lumb" utilisé dans
l'agriculture, d'un petit filet confectionné pour la pêche,
l'artisanat et la transformation du mil ne faisaient intervenir aucun
outil. Il faut attendre l'arrivée de l'irrigation avec l'implication
des femmes dans le maraîchage pour les voir diversifier la technologie.
Examinons à travers ce tableau l'évolution des outils
utilisés dans l'agriculture.
Outils actuellement utilisés par les
femmes dans l'agriculture
|
Inventaire
|
% de
femmes ayant
déclaré utiliser ces outils
|
|
Pelle
|
29 - 24,7 %
|
|
Pic
|
46 - 39,3 %
|
|
Houe
|
1 - 0,8 %
|
|
Faucille
|
14 - 11,9 %
|
|
Râteau
|
6 - 5,1 %
|
|
Autres
|
21 - 17,9 %
|
Jadis, seuls les hommes avaient accès à ces outils.
Les autres techniques sont la pioche, le coupe-coupe ainsi que des
outils traditionnels désignés sous le nom de "larmette",
"n'gope", "gros gros". Le pic et la pelle sont
les instruments les plus utilisés tandis que la houe et le
râteau sont les moins usités.
Si dans le domaine de l'artisanat il n'y a pas eu de changement dans
les méthodes travail, les décortiqueuses et les moulins
à mil sont venus remplacer les mortiers et les pilons auxquels
les femmes avaient recours. Aujourd'hui, une mini-rizerie a été
mise en place pour le volet transformation du riz. Mais celle-ci est
gérée par les hommes en raison du manque de capacité
noté chez les femmes.
Dans l'ensemble, les difficultés d'accès
aux femmes aux outils s'expliquent par le manque de dynamisme dans
l'agriculture et par l'adoption des variétés de cultures
traditionnelles qui font appel à des techniques peu variées.
Des changements ont été notés dans la transformation
des produits avec la mécanisation de ce secteur d'activité.
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IV. LES FEMMES DANS LE CONTEXTE DE L'IRRIGATION
L'introduction de la culture du riz a de plus en plus réduit
le rôle des femmes dans l'agriculture au profit du commerce.
En effet, ce sont les revenus tirés de cette activité
qui leur permettent de satisfaire les besoins alimentaires de la famille
et non plus la production agricole.
4.1. Bref historique de l'irrigation
L'irrigation comme technique de culture a été introduite
dans le Delta à partir de 1940 pour pallier le déficit
pluviométrique et couvrir les besoins du pays en céréales
notamment le riz. Elle a connu un réel développement
avec l'installation depuis 1968 d'une longue période de sècheresse
marquée aussi bien au niveau de la pluviométrie locale
que des crues du fleuve. A ces raisons d'ordre physique s'ajoutent
les causes socio-économiques liées au contexte de mutation
du système de production.
L'agriculture irriguée du Delta est très coûteuse
et nécessite à la fois des investissements importants
(aménagements, installation de station de pompage,
) et
des intrants en quantités importantes (engrais, herbicide).
C'est à partir de 1960 que des aménagements destinés
aux populations ont été lancés dans le Delta.
Ceux-ci, effectués sous l'égide de l'OAD de 1960 à
1964 seront repris par la SAED à partir de 1965. On distingue
deux types d'aménagement dans le Delta :
Les grands périmètres : ils représentent
16.500 ha, regroupent 18.000 attributaires et se distribuent entre
le Dagana 78% et le département de Podor. Spécialement
réservés à la culture du riz, ces aménagements
se caractérisent par leur fiabilité, leur efficacité
et leur souplesse dans l'utilisation offerte par l'installation de
pompages électriques dont ils sont équipés dans
la majorité des cas. Le plus important est localisé
à Boundoum. Lors de sa création, il ne concernait que
les chefs de famille en raison de l'importance de la demande. En 1996,
la situation des femmes se présentaient ainsi. Sur 4 SV pour
une superficie totale attribuée de 295,95 has, il y a eu 119
bénéficiaires dont 3 femmes. Il faut noter que la superficie
la plus importante (04,93 ha) a été affectée
à un homme (source : SAED 1996). Par l'intermédiaire
du groupement féminin, les femmes de Ronkh sont attributaires
de parcelles (10 ha) collectives dans ce périmètre.
L'accès des femmes aux grands périmètres résulte
d'un combat mené par l'ensemble des femmes du Moyen Delta.
En 1995, lors de la réhabilitation de ce périmètre,
la présidente du GPF de Boundoum-Barrage, au cours d'une réunion
en présence des BF (KFW) de la SAED, de l'UGPBB, a fait part
de la nécessité d'accéder aux GP. Cette proposition
était très mal accueillie par les hommes pour qui, les
femmes n'ont pas la capacité physique et le temps pour gérer
une parcelle. Or, de son avis, "nous participons aux travaux
rizicoles à côté de nos époux et de lourdes
charges nous incombent au sein du ménage. La taille de la famille
augmente, nous entretenons nos enfants (habillement, fournitures scolaires)
et nous subvenons à nos besoins aussi. Pour cela, nous devons
avoir des parcelles au même titre que les hommes".
Les périmètres irrigués privés
: ils ont été réalisés à partir
d'initiatives et de financements privés entre 1989 et 1993
essentiellement dans le Delta. Ces aménagements ont été
construits au lendemain de la Nouvelle Politique Agricole caractérisée
par le désengagement de l'Etat et la responsibilisation des
producteurs. C'est dans ce contexte que les femmes ont été
attributaires dans les périmètres irrigués privés
par l'intermédiaire du groupement féminin ou des groupements
d'intérêt économique de producteurs.
L'avènement de l'irrigation a ainsi contribué à
accroître les inégalités sociales entre hommes
et femmes. Le critère d'attribution des parcelles dans les
grands périmètres est sélectif et ne concerne
que les hommes chefs de ménage.
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4.2. Le foncier
Le foncier moderne est régi par une loi sur le domaine national
depuis 1964. Selon celle-ci, le Delta autrefois classé zone
pionnière est devenue zone de terroir à partir de 1987
(cf. Profil historique). L'affectation des terres est prononcée
par le président de la communauté rurale après
avis du conseil rural. La gestion de l'eau dans les périmètres
est confiée à l'union des groupements des producteurs
de Boundoum-Barrage qui est chargée de la collecte auprès
des sections villageoises de producteurs. Tandis que dans les PIF
et les jardins maraîchers, le groupe motopompe constitue l'unique
accès à l'eau. Celui-ci fonctionne avec du gas-oil dont
le coût est évalué à environ 385.000 FCFA
en plus du salaire du pompiste pour une campagne, contre 60.000 FCFA
de coût hydraulique à l'ha dans le grand périmètre.
Sur une superficie de 7ha, le coût hydraulique était
évalué à 420.000 FCFA. Les femmes ont dû
payer une amende de 13.223 FCFA d'amende pour excès d'irrigation
dans leur parcelle.
Pour ce qui est des animaux, les femmes pratiquent l'élevage
de petits ruminants (ovin, caprin) et de la volaille. Même si
elles sont propriétaires de bovins, ceux-ci sont confiés
au berger du village qui exige à la fin du mois une somme de
350 FCFA par tête. Les chevaux et les ânes utilisés
comme moyens de transport appartiennent aux hommes. Les enquêtes
permettent de dire qu'à Ronkh, aucune femme n'est propriétaire
de chevaux et d'ânes.
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4.3. Les cultures irriguées
Elles sont regroupées en deux grands groupes : il s'agit de
la riziculture et du maraîchage. Si elles constituent pour les
hommes l'unique source de revenus, pour les femmes, elles sont associées
à l'artisanat et au commerce. L'arboriculutre quant à
elle, occupe une place marginale et ne concerne que les espèces
végétales non consommées.
4.3.1. La riziculture
Le choix pour la riziculture s'inscrit dans un contexte global de
production contribuant à réduire le déficit vivrier
du pays, mais aussi pour satisfaire les besoins de la famille en céréale.
Elle constitue l'alimentation de base des populations de Ronkh. La
culutre du riz bénéficie d'un appui logistique (construction
de grands aménagements répondant à ses exigences,
fourniture d'intrants et d'eau à crédit au sein des
sections villageoises). Les femmes parce qu'elles ne forment pas une
section villageoise, ne sont pas concernées par cette subvention.
Pour former une section villageoise, il faut cultiver une superficie
importante de l'ordre de 30 à 40 ha. Mais les femmes sont allocataires
de 10ha seulement. La seconde raison est révélatrice
de stratégies défensives adoptées par les femmes
dans la culture irriguée qui génère des revenus
consistants capables de participer à la formation de biens
immobiliers ou autres.
De plus, les produits de la récolte peuvent être stockés
plus longtemps que ne peuvent l'être ceux du maraîchage.
Les tâches féminines sont moins astreignantes tandis
que la partie technique est réservée aux hommes.
Néanmoins, elles ont fait face à des contraintes qui
limitent leur productivité. Ces contraintes sont les suivantes
:
Le manque de subvention et la non reconnaissance des objectifs de
production des femmes ;
L'éloignement de la parcelle de culture et les difficultés
de transport. La parcelle des femmes est située à
environ 15 km des habitations. Le camion qui assure la liaison n'est
pas toujours disponible. Le prix du transport est fixé à
6.000 FCFA (pour un groupe de 30 personnes) et de 2.000 FCFA pour
déplacer une charrette.
Le coût élevé de la riziculture irriguée.
Le tableau ci-dessous présente les charges d'exploitation
pour 1 ha.
Charge d'exploitation (1 ha)
|
Rubrique
|
Normes
|
Prix unitaire
|
Coût FCFA
|
| Coût hydraulique |
1 ha
|
60.000
|
60.000
|
|
| Semences |
140 kg
|
kg 235kg 235
|
32.000
|
282.000
|
| 18 / 46 / 0 |
100 kg
|
100
|
16.0000
|
15.800
|
| Urée |
200 kg
|
185
|
37.000
|
31.000
|
| Propany |
8 litres
|
3.300
|
26.000
|
24.000
|
| Weedone |
2 litres
|
5.000
|
10.000
|
24.000
|
| Furadan |
5 g
|
2.000
|
10.000
|
9.000
|
| Labour |
1 ha
|
42.000
|
|
42.500
|
| Off-Set |
1 ha
|
18.000
|
|
18.000
|
Source : (SAED)
Sur une superficie de 1ha, si on inclut le labour, les charges d'exploitation
s'élèvent à 251.500 FCFA. De tous les éléments
considérés, le coût de l'hydraulique et le coût
des engrais sont les plus élevés. Ils sont respectivement
de 60.000 à 53.000 FCFA à l'hectare. En revanche, ceux
des semences et des herbicides sont moins importants. Ils s'élèvent
à 32.000 et 36.000 FCFA.
Tous ces inputs concourent à l'augementation de la production
dans la culture irriguée. Ces facteurs combinés à
la gestion de la parcelle influent fortement sur les rendements. A
partir de là, il est aisé de comprendre toutes les difficultés
que rencontrent les femmes dans une agriculture contraignante et peu
ou pas du tout subventionnée.
Afin de réduire les dépenses occasionnées par
le transport, pour chaque opération culturale à effectuer,
les femmes prennent des ouvriers agricoles payés à raison
de 1.000 F à 1.500 F CFA la journée. Pour assurer la
partie technique (irrigation, drainage, gardiennage) deux personnes
ont été recrutées et reçoivent un salaire
de 20.000 FCFA par mois pendant toute la durée de la campagne
(5 mois).
Facture de campagne hivernage 1996 - 1997
|
Rubrique
|
Coûts FCFA
|
| Semence |
139.375
|
| 2e épandage d'engrais |
143.500
|
| Coût hydraulique |
420.00
|
| Union GPBB (Intérêt sur les charges) |
52.442
|
| Union GPBB (Charges communes) |
9.758
|
| Amende |
13.223
|
| Fonctionnement général |
88.669
|
Sur une superficie de 7ha, le montant de l'exigible s'élevait
à 886.967 FCFA. A cela s'ajoute les frais occasionnés
par le premier épandage d'engrais. Une somme de 500 FCFA a
été déboursée par toutes les femmes du
GPE pour l'achat de l'engrais. L'amende sur le coût hydraulique
est due au manque de surveillance pendant l'irrigation. Cette facture
de campagne a été payée en nature et le reste
de la production a généré à la vente,
des recettes d'environ 500.000 FCFA.
Ces différents facteurs (l'absence de subvention, l'éloignement
des parcelles de culture, le coût élevé de l'exploitation
à l'hectare, le recours aux ouvriers agricoles) constituent
autant d'obstacles à une forte productivité des champs
de riz des femmes.
Quatre campagnes ont été réalisées en
riziculture de 1989 à 1992 et les rendements tournaient autour
de 3,5 à 4 tonnes contre 4,5 à 5 tonnes pour les hommes.
Cette différence s'explique par le mode de gestion de la parcelle
(celle des femmes est gérée par des ouvriers agricoles)
et le non respect des charges d'exploitation (intrants).
[sommaire]
4.3.2. Le maraîchage destiné à la consommation
familiale
Il est davantage pratiqué par des femmes que par les hommes.
Ces derniers n'hésitent pas à dire que "le maraîchage
est une activité de femmes" en raison des tâches
répétitives à effectuer. Les femmes y consacrent
environ trois à quatre heures par jour. Tandis que dans la
riziculture, les tâches sont hebdomadaires ou mensuelles. De
plus, les femmes le choisissent et le jugent utile parce qu'il leur
permet de diversifier leurs revenus et d'utiliser les légumes
dans la sauce qu'elles doivent préparer quotidiennement. Il
est communément admis que (en raison du calendrier de la main-d'oeuvre
qui emploie beaucoup plus d'hommes dans la riziculture que de femmes),
c'est l'homme qui apporte les céréales et les femmes
les condiments qui entrent dans la composition des repas. Les variétés
cultivées par les femmes sont : la patate, l'oseille, le gombo,
la courge et le "yoomb" tandis que les hommes se sont lancés
dans les variétés commerciales comme l'oignon, le melon,
le chou, la tomate.
On remarque que les femmes se sont investies dans les variétés
traditionnelles qui peuvent être transformées avec moins
de risque (périssement de la production) tandis que les hommes
se sont orientés vers le maraîchage moderne. Cela s'explique
en partie par la lenteur de l'évolution des connaissances dans
le domaine de l'agriculture chez les femmes et par le fait que chez
elles cette activités est destinée à la consommation.
Les contraintes liées au développement du maraîchage
sont les suivantes :
L'absence d'un appui financier (le maraîchage ne bénéficie
d'aucune subvention);
Le problème de l'écoulement de la production
Le fait qu'elles ne disposent pas de méthodes de conservation
des produits.
Face à ces difficultés, les femmes réduisent
autant que faire se peut les variétés à introduire
pour limiter les risques.
[sommaire]
4.3.3. L'arboriculture
Elle est la moins importante des cultures irriguées. L'arboriculture
a été pratiquer par les femmes dans le cadre des activités
de reboisement initiées par les groupements de femmes. Il existe
aussi des cas individuels de femmes qui introduisent quelques pieds
de manguiers sur les bords des jardins maraîchers. Les espèces
reboisées ont été le flamboyant, le prosopis,
l'eucalyptus,
). Cette activité avait en 1991 dégagé
des recettes dépassant 836.360 FCFA selon la taille et l'épaisseur
de l'arbre. C'est dire que ce secteur d'activité est porteur
et mérite une protection contre l'exploitation anarchique.
Les arbres avaient subi une exploitation abusive de la part des populations.
Aucune norme d'exploiration n'avait été respectée
(protection des espèces en voie de disparition et des arbustes).
Cette exploitation abusive a entraîné la réduction
du couvert végétal.
Les femmes ont très peu adhéré à l'arboriculture
qui selon elles, ne génère pas de revenus pour leurs
besoins personnels. Les recettes sont faibles comparées aux
efforts fournis pour l'entretien des plants (arrosage).
[sommaire]
V. REPARTITION SEXUELLE DU TRAVAIL DANS L'IRRIGATION
La répartition sexuelle du travail dans l'irrigation dépend
de plusieurs facteurs dont le type de culture (riziculture ou maraîchage)
et selon qu'il est pratiqué sur un périmètre
irrigué privé, un grand aménagement ou un jardin
maraîcher. Les tableaux ci-dessous indiquent la répartition
du travail dans les périmètres irrigués privés.
Répartition des rôles dans les
périmètres irrigués privés
|
Hommes
|
Femmes
|
|
Irrigation
|
Désherbage manuel ou
sarclage
|
|
Semis
|
Chasse oiseaux
|
|
Epandage d'engrais
|
Vannage
|
|
Désherbage chimique
|
Mis en sac
|
Répartition des rôles dans les
grands périmètres
|
Hommes
|
Femmes
|
|
Irrigation
|
Semis
|
|
Désherbage chimique
|
Epandagex
|
|
|
Désherbage manuel ou
sarclage
|
|
|
Vannage
|
|
|
Mis en sac
|
La comparaison entre les deux types d'aménagement à
savoir les périmètres irrigués privés
et les grands périmètres, révèle un accroissement
des travaux des femmes dans le second tableau. Elle traduit une volonté
pour les femmes de participer à toutes les phases de la production,
du semis jusqu'à la transformation, mais en même temps,
de reconquérir ce pouvoir de gestion et de contrôle de
la production perdu avec l'avènement de la culture irriguée.
Aux hommes est réservée la partie technique : l'irrigation
et le désherbage chimique en raison de leur pénibilité
et du danger qu'ils représentent pour une femme.
Dans les jardins maraîchers, la répartition du travail
se fait suivant le tableau ci-dessous :
Répartition des tâches entre hommes et femmes
dans les jardins maraîchers du groupement
|
Opérations
|
Femmes
|
Hommes
|
| Exécution des plans |
X
|
X
|
| Pépinières |
X
|
|
| Irrigation |
|
X
|
| Arrosage |
X
|
|
| Repiquage |
X
|
|
| Epandage d'engrais |
X
|
|
| Désherbage |
X
|
|
La première remarque qu'impose ce tableau est que le maraîchage
pour la susbistance est une activité de femmes. Les hommes
pour la plupart n'y trouvent pas un intérêt en raison
des fortes astreintes horaires que cela impose. "Le maraîchage
est rigoureux et exigeant. C'est un travail de tous les jours qui
demande de la patience
" pense la majorité des hommes
interrogés. Les femmes introduisent aussi sur les bords des
parcelles de riz et les canaux d'irrigations des cultures de légumes.
[sommaire]
VI. LES STRATEGIES D'ACCES DES FEMMES AUX RESSOURCES
Qu'il s'agisse de femmes isolées ou du groupement de promotion
féminine, les stratégies déployées convergent
vers les objectifs suivants :
Accès à la terre et sa mise en valeur
Accéder au crédit à moindre coût ou par
don de financement
Accéder aux animaux dans la mesure où l'élevage
est une activité productive et rentable
Accéder à l'eau sans difficulté
Accéder à l'équipement dans le domaine de l'artisanat,
de l'agriculture.
C'est ainsi qu'on peut distinguer aussi bien chez les femmes prises
individuellement que collectivement (au sein du groupement de promotion
féminine), la mise en oeuvre de stratégies défensives
en réaction à des évènements survenus
et des stratégies offensives c'est-à-dire prospectives.
Ces deux types de stratégies s'inscrivent dans le court et
le moyen terme.
[sommaire]
6.1. La terre
Les groupements de promotion féminine dans le contexte du
Delta ont été crées dans le but d'accéder
au foncier et de jouer un rôle dans le développement
agricole de la région. Laissées pour compte dans l'accès
aux ressources, les femmes se sont mobilisées autour de ces
structures où elles projettent un ensemble de besoins auxquels
celui-ci doit répondre coformément à leurs aspirations.
Pour cela, l'accès à la terre constitue le premier
point d'adhésion au groupement de sorte que ces structures
perdent leur dynamisme lorsque ce besoin n'est pas satisfait. La situation
des femmes par rapport au foncier se présente ainsi :
|
Collective
|
Individuelle
|
|
57 - 95 %
|
3 - 5 %
|
Le tableau montre que 95% des femmes ont eu accès à
la terre par l'intermédiare du groupement féminin tandis
que 5% exploite individuellement un lopin dans un groupement d'intérêt
économique de producteur. Les terres rizicoles de groupement
féminin sont exploitées collectivement et sont situées
dans le grand périmètre de Boundum. En revanche, celles
destinées aux cultures marîchères sont exploitées
individuellement. Chaque femme exploite une superficie de 2m sur 30
sur une superficie totale de 10 ha.
[sommaire]
6.2. L'eau
L'exploitation des superficies dans le grand périmètre
donne aux femmes l'accès à l'eau par l'intermédiaire
du réseau d'irrigation. Ainsi, le groupement féminin
est affilié à une section villageoise pour pouvoir disposer
d'eau à crédit et rembourser à la fin de la campagne.
Ce procédé est désigné par le terme de
"yobale" en wolof qui traduit l'idée de prise en
charge, de garantie de la parcelle des femmes. Dans les jardins maraîchers,
elles louent un groupe motopompe chargé d'amener l'eau dans
les canaux d'irrigation puis utilisent des seaux pour arroser.
[sommaire]
6.3. Les animaux
De plus en plus, les femmes s'investissent dans l'élevage.
En effet, sur 11 crédits alloués à l'embouche
par la caisse de crédit et d'épargne de Ronkh (CPECR),
6 ont été contractés par les hommes soit 54,6%.
Les tableaux ci-dessous dressent la répartition des espèces
élevées par les femmes et le mode d'acquisition.
Espèces élevées par les
femmes
|
Bovin
|
Ovin
|
Caprin
|
Volaille
|
Canne
|
|
12
27,9 %
|
13
30,2 %
|
9
11,6 %
|
12
27,9 %
|
1
2,3 %
|
Mode d'acquisition par les femmes
|
Achat
|
Héritage
|
Confiage
|
|
18
75 %
|
1
4,1 %
|
5
20,8 %
|
Sur les 70 femmes enquêtées, 27 ont déclaré
pratiquer l'élevage soit un pourcentage de 34,2%. Elle concerne
surtout les ovins, bovins et la volaille. L'élevage de caprin
et de canne , en raison des préjugés entachés
à la pratique et de la faiblesse de la demande intérieure
et extérieure, est très peu exercé.
L'élevage de bovin est pratiqué en collaboration avec
les Peulhs qui se chargent de la garde du troupeau. En contrepartie,
ils reçoivent la somme de 350 FCFA par mois pour chaque tête.
Les ovins et la volaille font partie des animaux de la basse cour.
Les premiers ovins et la volaille sont nourris de son, de riz, d'herbe,
de matières organiques, les seconds de graines de riz.
Périodiquement, le village reçoit la visite des agents
d'élevage qui administre aux animaux des injections et des
comprimés.
Ces animaux élevés sont destinés à la
vente lors des cérémonies familiales (baptême,
mariage), des fêtes de fin d'année et de la Tabaski.
Les stratégies d'accès aux animaux sont l'achat à
partir des recettes provenant de l'agriculture et l'embouche. Cette
méthode consiste à engraisser un animal qui leur a été
confié et, s'approprier les petits en contrepartie. En raison
des multiples contraintes qui pèsent sur l'agriculture, les
femmes de Ronkh optent pour l'élevage considéré
comme un secteur productif, d'épargne et d'investissement.
[sommaire]
6.4. La technologie
Les stratégies d'accès à la technologie concernent
le groupement féminin. Il s'agit là de l'acquisition
de matériels réformés ou par don, ou par financement
utilisé pour l'achat d'un GMP, d'un moulin, d'une décortiqueuse.
La technologie utilisée pour mettre fin aux corvées
de pilage du mil et du riz a été introduite.
[sommaire]
6.5. Le crédit
L'épargne constitue la principale stratégie individuelle
d'accès au crédit. Elle est réalisée par
l'intermédiaire des tontines ou de la caisse populaire de crédit
dont les conditions d'accès sont plus souples et plus accessibles
qu'au niveau d'institition comme la CNCAS. Les bailleurs de fonds
et les instititions de financement (CNCAS) ont posé comme condition
à l'accès au crédit, l'élargissement de
la base sociale du groupement féminin.
[sommaire]
VII. DYNAMIQUE ORGANISATIONNELLE ET REPONSES COMMUNAUTAIRES
L'analyse des aspects organisationnels se base sur l'outil appelé
diagramme de Venn ainsi que sur des entretiens semi-structurés
individuels menés auprès des responsables des organisations
et institutions locale.
L'objectif recherché est de recenser toutes les structures
internes et externes oeuvrant dans le cadre de l'accès aux
ressources (terre, eau, animaux, technologie), déterminer leurs
implications dans la gestion des ressources naturelles et identifier
leur mode de participation à travers les différentes
actions menées.
[sommaire]
7.1. Les organisations et institutions internes
Ce sont toutes les associations, organisations et institutions locales
qui, de par leurs actions ont tenté de contribuer à
la promotion économique et sociale des femmes de Ronkh en apportant
des réponses aux problèmes que posent leur accès
à la gestion des ressources naturelles, à la technologie,
à la terre, à l'eau et aux animaux.
Elles sont au nombre de neuf : le FAR, l'ASESCAW, l'ASC YALAKAR,
le COFAR, le COMITE, les Sections Villageoises, l'Union locale, le
Groupement féminin, la Caisse Populaire de Crédit de
Ronkh.
Le Foyer des Agriculteurs de Ronkh (FAR)
Le foyer des jeunes est créé à Ronkh en 1963.
Il regroupe des hommes et des femmes âgés de 15 à
60 ans. Le statut d'association a été reconnu officiellement
en 1967. Le foyer était le lieu d'activités socio-culturelles,
éducatives, mais aussi, d'activités économiques
avec la mise en valeur de leur superficie attribuée par la
communauté rurale.
Il a aussi servi de base à l'implication des femmes dans la
culture irriguée (avec l'exploitation de champs collectifs)
et à l'émancipation économique des jeunes qui
comme les femmes étaient sous la domination des anciens.
En 1967, une femme pour la première fois à Ronkh est
nommée président du foyer. Les témoignages de
la présidente du GPF sur ce point sont éloquents "lorsque
le foyer est né en 1963, les hommes ont recruté notre
association de type traditionnel pour constituer la section féminine.
A l'époque c'était très difficile et les parents
considéraient l'implication des filles comme une forme de perdition.
Quant j'ai été désignée comme présidente,
j'ai commencé à parler en public, à diriger des
réunions et à m'habituer à la vie associative.
C'est par là que j'ai débuté et je suis devenue
aujourd'hui conseillère rurale". Ces propos montrent que
les femmes ont joué un rôle important dans le foyer des
jeunes. Elles ont été impliquées dans les prises
de décision et dans le bureau (environ quatre femmes en étaient
membres).
A partir de 1993, le foyer est scindé en trois sections érigées
en groupement d'intérêt économique (GIE) pour
accéder au crédit au niveau de la CNCAS. Cette mutation
du foyer lui a fait perdre de son importance au profit des GIE dont
la riziculture constitue la principale activité. Il a ainsi
sombré dans la léthargie de 1993 à Novembre 1998.
Actuellement le foyer est confronté à des difficultés
financières dues au non recouvrement du crédit contracté
à la CNCAS entraînant sa suspension depuis 1995.
L'ASESCAW (Amicale socio-économique sportive et culturelle
des agricultures du Walo)
L'ASESCAW est la plus ancienne des organisations fédératives
du Delta. Elle a été créée en 1967 et
a pris le statut d'ONG en 1987. Elle compte en plus du foyer de Ronkh
environ 180 autres (chaque foyer coordonne les GIE du village où
il est implanté), plus de 20.000 adhérents (dont une
partie dans le département de Louga), un domaine foncier de
plus de 5.200 ha de riziculture. L'ASESCAW regroupe tous les villages
du Walo compris entre Mbagam et Kheune ainsi que toute la communauté
rurale de Mbane, Ross Béthio, Keur Monar Sarr et Rao.
Ses domaines d'intervention sont la riziculture, le maraîchage,
l'élevage, le reboisement, l'artisanat, l'action sociale, la
formation. Dans les rapports avec les autres acteurs qui interviennent
dans le développement de la région (CNCAS, SAED, opérateurs
économiques privés,
), l'ASESCAW joue un rôle
croissant de même que dans l'appui aux organisations de base
de producteurs (GIE) et du groupement féminin de Ronkh.
Tout comme le FAR, l'ASESCAW a enregistré des grands succès
à ses débuts à travers la participation des femmes
à l'élevage, à l'alphabétisation et à
la teinture. Elle les a aussi formé en technique de riziculture
pendant 21 jours.
L'ASC YALAKAR
Plus connue sous le nom de ASC, l'Association Sportine Culturelle
de YALAKAR est principalement tournée vers le football durant
les navétanes. Elle constitue pour ses membres le point mobilisateur,
tandis que le volet culturel (théâtre, lutte) est réservé
au foyer et lui a valu une grande renommée à ses débuts.
Les intervenants ont reproché à cette ASC de n'avoir
pas orienté ses actions vers la promotion de la femme et de
n'avoir eu aucun impact sur les activités des femmes.
Celles-ci ne jouent aucun rôle au sein de l'ASC dont les activités
sont orientées uniquement vers le football.
La Coordination des Organisations Fédératives des
Agricultures de Ronkh (COFAR)
La COFAR est l'une des dénominations prise par les fédérations
villageoises. Elle est née en 1993 et est constituée
de 140 GIE répartis en cinq OFAR (organisation fédérative
des agriultures de Ronkh).
Chaque OFAR compte 28 GIE qui se regroupent par affinité,
c'est-à-dire en fonction de relation d'appartenance au même
terroir géographique ou d'opportunité. La CNCAS fera
des OFAR ses interlocutrices pour une meilleure garantie des crédits
qu'elle alloue aux GIE. Les GIE de Ronkh sont alors réunis
en 5 OFAR. Le Groupement de Promotion Féminine (Femmes Bokk
Jom de Ronkh) érigé en GIE parce qu'il n'y avait pas
d'autre solution pour accéder au crédit y a adhéré.
Les GIE affiliés à la COFAR sont paralysés depuis
1995. Le crédit octroyé par la CNCA d'une valeur de
plus d'un milliard de FCFA n'a pas été remboursé.
Les participants ont reproché à la COFAR d'avoir fonctionné
pendant une période très courte (2 ans) et de n'avoir
pas ou apporter une réponse adéquate au problème
d'accès des femmes au crédit. Tout au plus, elle a participé
à accroître leurs difficultés au niveau de l'institution
de financement qu'est la CNCAS.
Les enquêtes ont montré que les femmes ne sont pas représentées
dans les instances de décision de la COFAR et n'y jouent aucun
rôle. Les demandes de crédit sont formulées par
les hommes qui servent d'intermédiaire entre la CNCAS et les
GIE affiliés à la COFAR, la présidente et la
trésorière du GIE n'intervenant que pour la signature.
Le comité de santé
Il a été créé en 1988 dans l'objectif
d'informer et de sensibiliser les populations en particulier les femmes
sur les pratiques d'hygiènes pour lutter contre les maladies
(diarrhée, paludisme, billharziose,
). Des causeries sont
organisées sur les méthodes de purification de l'eau
et sur le respect du calendrier de vaccination des enfants. Trois
femmes ont été formées en IEC (Information, Education,
Communication) pour effectuer cette mission. Cela s'est traduit par
des améliorations considérables dans le comportement
des femmes. Les principes énoncés sont respectés
ce qui a pour conséquence la réduction des maladies.
Les Sections Villageoises de Coopérative (SVC)
Les sections villageoises ont été créées
en 1983 dans le cadre de la réforme du mouvement coopératif.
A Ronkh, elles sont au nombre de 10 dont les 5 ont été
formées en 1996-1997 à la suite de l'extension du périmètre
de Boundoum. Les sections villageoises sont éligibles au crédit
au même titre que les GIE. Les sections V7 et 10 prennent en
charge respectivement les 7ha et 3ha affectés au groupement
de promotion féminine, en engrais, herbicide. Ces intrants
sont remboursés à la fin de la campagne.
A part cet appui financier (fourniture d'intrants) apporté
au groupement par les 5 V7 et 10, ces structures sont composées
et dirigées par les hommes. Les femmes membres de sections
villageoises ne jouent aucun rôle dans les prises de décisions.
Dans la mentalité des femmes, le foncier relève du domaine
des hommes.
L'union locale
Elle a été créée en 1997 dans le but
de décentraliser les activités de l'Union des Groupements
de producteurs de Boundoum-Barrage. L'objectif est de regrouper toutes
les sections du village au sein d'une même structure, de contrôler
et veiller à l'utilisation efficace du crédit alloué
par la CNCA et de servir d'intermédiaire entre les fournisseurs
et les responsables de sections villageoises.
Le Groupement de Promotion Féminine Bokk Jom de Ronkh (GPF)
Le GPF est une association qui regroupe toutes les femmes du village
âgées de 18 ans. Il a été formé
à partir de la section féminine du foyer de jeunes en
1987. Le groupement est composé de 393 femmes et depuis 1989,
comprend un groupement d'intérêt économique. Grâce
à cette structure, elles ont pu accéder au crédit
pour mettre en oeuvre une mini rizerie destinée à leurs
membres qui maîtrisent la transformation du riz. En 1983 déjà,
le foyer des jeunes avait attribué à la section féminine
une superficie de 30 ha dans les périmètres irrigués
privés (PIP) dont 10 ha des terres ont été affectés
au maraîchage, 10 ha à la riziculture et les 10 restants
au reboisement. Cette activité s'est déroulée
de 1988 à 1995 à environ 1,5 km du village.
Toutefois, malgré l'accès des femmes à la terre,
au crédit, les résultats escomptés (promotion
économique et sociale de ses membres) sont loin d'être
atteints.
Les activités initiées sont ponctuelles, ne sont pas
suivies et n'ont pas de finalité. Une partie seulement du groupement
est impliqué (les responsables) et les hommes ne sont pas associés
à ses activités. La base n'est pas consultée
dans les prises de décisions. Celles-ci se prennent au sommet
et la base est informée après.
[sommaire]
7.2. Les organisations et institutions externes
Ce sont toutes les structures qui n'appartiennent pas à Ronkh
et qui ont eu à mener des actions pour améliorer les
conditions de vie des femmes. Il s'agit à présent de
faire une présentation de ces organes et de montrer leurs limites.
La Société Nationale d'Aménagement et d'Exploitation
des terres du Delta du fleuve Sénégal (SAED)
Cette société existe depuis 1965. Dans le passé,
elle avait en charge l'approvisionnement du monde rural en intrants
et l'attribution des terres aux chefs de ménage. En 1984, conformément
à la nouvelle politique agricole, elle s'est désengagée
des secteurs relatifs à la commercialisation, au crédit
et à la production pour se consacrer à des missions
plus fondamentales tournées vers la pérennisation des
ressources naturelles et leur environnement. Afin d'intégrer
les femmes dans le processus de développement agricole, elle
a formé des conseillères en promotion féminine
dont le rôle consite à appuyer les femmes.
Mais de l'avis d'une participante, "la SAED n'a pas pris en
compte les préoccupations des femmes. Elles ne travaille qu'avec
les hommes et a contribué à notre marginalisation dans
l'agriculture". Ces propos témoignent de la réduction
du champ d'action de la conseillère en promotion féminine.
Celle intervenant dans le moyen Delta ne dispose pas de moyens matériels
pour couvrir les sept villages du casier du Boundoum.
Somme toute, la présence de la SAED à Ronkh n'a eu
aucun impact sur les femmes. Le conseiller agricole travaille en collaboration
avec les hommes attributaires dans le GP. De plus, le CPF n'intervient
pas dans le village par manque de moyen de déplacement.
La Caisse Nationale de Crédit Agricole de Saint-Louis (CNCAS)
La CNCAS permet l'accès au crédit aux producteurs constitués
en groupement d'intérêt économique. Les femmes
de Ronkh par l'intermédiaire de cette institution ont bénéficié
d'un crédit d'un montant de plus de 30 millions de FCFA pour
monter la mini-rizerie en 1989. Ce crédit a été
octroyé en trois tranches : deux pour le matériel et
un pour le fonctionnement.
De l'avis des femmes interviewées, le CNCAS ne leur facilite
pas l'accès au crédit. Le taux d'intérêt
est trop élevé, dans l'ordre de 13% tandis que leurs
activités, du fait de leur caractère limité,
ne permettent pas de dégager suffisamment de revenus pour fournir
un apport.
Le Fonds Economiques de Développement (FED)
Le FED est une institution internationale d'appui au développement.
Sa première intervention à Ronkh remonte à 1994
avec la construction d'une école primaire de six classes. Le
FED finance également le PAF (Plan d'Action des Femmes) à
70% en partenariat avec la communauté rurale de Rosso Béthio
Sénégal. Celui-ci n'est pas encore exécuté.
La réalisation de ce plan est un des objectifs majeurs que
se sont fixés le FED et la communauté rurale. Ce programme
comprend plusieurs volets dont l'agriculture (riziculture et maraîchage)
et le commerce. Il a pour ambition de doter les femmes d'un appui
financier pour exploiter les potentialités disponibles.
L'ONG OXFAM Grande Bretagne
L'intervention de cette ONG à Ronkh a débuté
en 1996 avec un financement destiné aux populations dans le
domaine du commerce et du maraîchage. Le premier s'adresse uniquement
aux femmes. Ces dernières jugent que le délai de remboursement
est trop court (3 mois) pour un montant de 50.000 FCFA si l'on sait
qu'à Ronkh le commerce est périodique.
Cette ONG donne la priorité au commerce considéré
comme le secteur le plus attractif pour les femmes. Actuellement,
six femmes ont pu en bénéficier.
L'ONG Se Servir de la Saison Sèche en Savane et au Sahel
(6S)
Dans le cadre des activités développées par
l'ASESCAW, cette ONG a eu à financer les activités d'élevage
de bovins en 1978 et une décortiqueuse pour faciliter aux femmes
la transformation du riz.
L'intervention de cette ONG à Ronkh a permis aux femmes d'accéder
à la technologie et d'explorer un nouveau domaine qui est l'élevage.
La décortiqueuse qu'elle a installée a contribué
à réduire les corvées de pilage du riz et à
réaliser un gain de temps dans la transformation.
La KFW
C'est une ONG allemande spécialisée dans les travaux
publics. Elle a réalisé de 1991 à 1997 un programme
de réhabilitation et d'extension sur une surface de 3.295 ha
dans le casier de Boundoum. La construction d'un hangar pour le stockage
du paddy, l'implantation d'un château d'eau pour l'adduction
d'eau potable à Ronkh ainsi que dans les autres villages composant
le casier font partie de ses mesures d'accompagnement.
Toutefois, même si la KFW a contribué à améliorer
le cadre de vie des populations, celles-ci jugent le prix de la bassine
d'eau fixée à 25 FCFA trop élevé.
La FAO (Fonds des Nations Unies pour l'Agriculture)
C'est une agence des Nations Unies qui oeuvre pour le développement
de l'agriculture et l'autosuffisance alimentaire. Son intervention
à Ronkh était axée sur les méthodes d'acquisition
de la connaissance en agriculture, en transformation des produits
de la récolte et en économie domestique.
Mais ces formations dispensées ont, dans les domaines précités
eu très peu d'impact sur le niveau de connaissance des femmes.
Elles ont été de courte durée et n'ont concerné
qu'une minorité d'entre elles.
La Fédération des ONG du Sémégal
La FONGS est une ONG sénégalaise dont le siège
se trouve à Thiès. Elle intervient dans la formation
en économie familiale, conservation des produits maraîchers
et fabrication de savon. Les mêmes critiques que celles formulées
contre la FAO lui ont été adressées.
L'Union des Groupements de Producteurs de Boundoum Barrage (UGPBB)
L'Union des producteurs de Boundoum Barrage regroupe plus de 32 sections
villageoises et de groupements féminins. Chaque section villageoise
comprend en son sein des organisations paysannes. L'Union assure toutes
les actions liées à la gestion de l'eau, à l'entretien
des équipements (station de pompage, appareillage hydraulique,
). Pour en faciliter la gestion interne, il a été
créé dans chaque village une union locale qui collecte
les sommes payées par les organisations payannes pour accéder
à l'eau.
L'UGPBB n'a joué aucun rôle dans l'amélioration
du statut des femmes. Aucune action n'a été menée
pour alléger ou faciliter aux femmes l'accès à
l'eau.
Services des Eaux et Forêt/PNUD
C'est une organisation sénégalaise chargée de
la protection de l'environnement. Elle a financé les plants
pour le reboisement du village. Cette activité a été
menée conjointement avec le PNUD (Programme des Nations Unies
pour le Développement). En 1986, plus de 1.000 pieds d'arbre
ont été plantés sur une superficie de 10 ha par
les femmes
[sommaire]
7.3. Matérialisation des réponses communautaires
Accès à la terre : le foyer des agriculteurs
de Ronkh est la première association à avoir donné
l'accès aux femmes par l'intermédiaire du groupement
féminin. En 1983, celui-ci a cédé 30 ha de son
patrimoine foncier aux femmes constituées en section pour mieux
défendre leurs intérêts. Les 10 ha étaient
affectés à la riziculture et 10 autres au maraîchage.
Mais, les difficultés d'accès au crédit ont été
la cause de la faiblesse de la productivité des femmes dans
l'agriculture. Quatre campagnes en riziculture ont été
réalisées de 1989 à 1992 et les rendements tournaient
autour de 3,5 à 4 tonnes à l'ha contre 4,5 à
5 pour les hommes. Cette différence dans la production s'explique
par le mode de gestion de la parcelle (celle des femmes est gérée
par des ouvriers agricoles) et le non respect des charges d'exploitation
(intrants).
Le second point de satisfaction a été l'attribution
d'une superficie de 10 ha dans la cuvette de Boundoum. Les femmes
s'étaient vues exclues de l'attribution de ces terres au profit
des hommes reconnus comme chef de famille. Lors de la réhabilitation
de la cuvette, les bailleurs de fonds (KFW) avaient exigé la
part des femmes dans le grand périmètre. Cette affectation
est une promesse de la communauté rurale.
Accès à l'eau : pour leur faciliter l'accès
dans les parcelles de culture, les femmes ont pu disposer d'un groupe
motopompe (GMP) grâce au financement accordé par la fondation
de France en 1985. Malheureusement, la motopompe n'a fonctionné
que pendant deux ans (1986-1988) dans le cadre des activités
de reboisement. Celui-ci est actuellent en panne et non réparé
faute d'argent. La parcelle située dans la cuvette de Boundoum
est alimentée en eau par le réseau de la SAED. Cette
eau utilisée est remboursée à l'union locale
à la fin de la campagne.
Jadis, les groupements féminins n'avaient pas accès
à ces eaux parce que exclus de l'attribution des groupes motopompes.
Les femmes intègrent ainsi un système qui leur est étranger
et pour lequel elles ne disposent d'aucune connaissance. Cette méconnaissance
est renforcée par une idée communément répandue
dans le milieu selon lequel l'irrigation est une activité masculine.
"Les femmes ne peuvent pas irriguer la nuit ni construire des
diguettes avec une pelle ou un sac rempli de sable pour canaliser
l'eau".
Les corvées d'eau à usage domestiques ont été
allégées grâce à la construction en Mars
1998 d'un château d'eau. Des bornes fontaines ont été
construites dans le village pour permettre l'alimentation des ménages.
Elles sont gérées par des femmes qui se sont portées
volontaires. Le prix de la bassine d'eau est de 25 FCFA. Une partie
de cet argent est destiné à l'entretien de l'ouvrage
et le reste revient à la gestionnaire
Accès aux animaux : dans le domaine de l'élevage,
les structures ont répondu timidement aux problèmes
que rencontrent les femmes. De 1983 à 1985, le FAR avait initié
un projet avicole avec les femmes. Un poulailler a été
construit pour abriter la volaille. Ce projet avait connu un plein
succès à ses débuts mais avec l'humidité
créée par la nappe d'eau, les animaux ont commencé
à mourir.
Les recettes provenant de l'agriculture et des cotisations ont pu
financer le premier moulin à mil des femmes. Après cinq
années de prestation de service, celui-ci a généré
un autre moulin que les femmes appelaient "moulin mère"
et "moulin fille". En 1985, les 5 millions de FCFA accordés
par la Fondation de France ont servi à l'achat d'une décortiqueuse
et d'un groupe motopompe. Après plusieurs années de
fonctionnement, les deux moulins et la décortiqueuse ont été
vendus pour mettre sur pied une technologie plus performante soit
une rizerie. Les femmes se sont alors constituées en groupement
d'intérêt économique en 1989 pour accéder
au crédit. La CNCAS leur a alors accordé un crédit
de 12 millions pour monter cette industrie. Pour la moderniser, la
section villageoise a contribué pour 13 millions de FCFA pour
l'achat d'un levier, d'un groupe électrogène et pour
la construction d'un bâtiment. La rizerie n'a fonctionné
que pendant trois années (de 1992 à 1995). Elle n'est
plus sollicitée par les producteurs en raison de la suspension
des GIE du COFAR depuis 1995.
Le non remboursement des prestations de service ainsi que la faiblesse
de la production ont causé la paralysie de la rizerie. Le crédit
contracté à la CNCAS n'est remboursé qu'à
50%. Les capacités de l'industrie sont trop limitées.
Elle n'est pas compétitive à l'échelle régionale
et les producteurs de Ronkh recourent à d'autres infrastructures
situées dans la périphérie.
La gestion des ressources naturelles : les activités
de reboisement, de protection de l'eau sont sous la responsabilité
des femmes. Dans la conception des hommes, l'arboriculture est une
activité féminine.
Dans la gestion de l'eau, les actions entreprises ont consisté
à la création d'un comité de gestion de l'eau.
Bien que des efforts aient été consentis par les structures
internes et externes pour faciliter l'accès aux ressources
aux femmes, ils ont eu peu d'impact sur la productivité des
activités féminines.
[sommaire]
7.4. Rôle et place des femmes dans le processus de décision
locale et la gestion des ressources
La communauté rurale de Rosso Sénégal est l'organe
qui représente l'Etat au niveau local. Elle est composée
de conseillers élus dans les villages respectifs de l'ensemble
de la communauté rurale. Les conseillers sont élus et
chargés de défendre les intérêts de la
population concernée. Sur les 32 membres que compte le Conseil
rural, trois sont des femmes dont l'une est à la tête
de la commission féminine. Cet organe a pour mission de représenter
les femmes, de les assister et de défendre leurs intérêts
politiques. Dans cette perspective, un plan d'action de la femme a
été élaboré en 1998 pour appuyer le groupement
de promotion féminine. Ce plan doit être financé
à 70% par le FED, à 20% par la communauté rurale
et les 10% constitue la participation des populations. Il est destiné
à accorder du crédit aux femmes pour développer
des activités rémunératrices.
Les femmes sont de plus en plus impliquées dans le processus
de décision locale. Jusqu'en 1996, il n'y avait qu'une seule
femme conseillère rurale. Aujourd'hui, elles sont au nombre
de trois.