ACCES DES FEMMES A LA TERRE ET A LA TECHNOLOGIE EN REPUBLIQUE DE
GUINEE
[Suite...]
Mme Diallo Ousmane Korka, Commission Economique pour
l'Afrique (CEA)
[sommaire]
II- PROBLEMATIQUE DE L'ACCES DES FEMMES AUX RESSOURCES EN GUINEE.
2.1 - Situation globale
2.1.1 La femme et la terre
Bien que ce problème foncier soit d'actualité et ne
soit pas une préoccupation exclusivement féminine, les
femmes sont malgré tout les plus défavorisées.
Dans le cas où individuellement ou collectivement, des parcelles
ont été attribuées aux femmes, la précarité
des droits fonciers ne leur permet pas d'envisager des investissements
ou des améliorations techniques parce que le propriétaire
peut décider à tout moment de reprendre ses terres.
2.1.1.1 Gestion fonciere
Le régime foncier Guinéen est marqué par la
coexistence d'un droit coutumier, largement appliqué par
les communautés, et d'une législation foncière
moderne promulguée en 1992.
Gestion coutumière de la terre
La gestion foncière en milieu rural est fondamentalement
marquée par des règles coutumières non écrites
et variables d'une ethnie à l'autre, d'une région
à l'autre.
D'une manière générale l'appropriation collective
de la terre, avec la concession par la communauté d'un simple
droit d'usage aux individus, constitue le fondement des principes
traditionnels de gestion de la terre.
Cependant, si dans le passé les disponibilités en
terres cultivables et le caractère essentiellement vivrier
de l'activité agricole facilitaient l'exercice de ces droits,
il n'en est plus de même aujourd'hui. La crise des systèmes
agro-écologiques due à la poussée démographique
et à la persistance de systèmes de production inadaptés
remet en cause les modes actuels de gestion foncière.
De même, l'exclusion des femmes de la propriété
et le droit que donne la coutume aux autochtones, rendent difficile
l'installation d'investisseurs extérieurs à la communauté.
La législation foncière moderne
L' ordonnance 0/ 92 / 019 du 30 Mars 1992 portant Code Foncier
et Domanial est l'instrument juridique de référence
pour la gestion du foncier de type absolu sur le sol et les immeubles
et comporte deux principales options.
- La reconnaissance de la propriété privée
garantie par l'Etat.
- La démocratisation et la décentralisation de la
gestion des ressources
foncières.
Ces options concourent à l'instauration de deux régimes
complémentaires:
a - Celui du plan foncier qui est un document administratif tenu
au niveau des communautés rurales de développement
( CRD ) pour le milieu rural . Le plan foncier se consacre la propriété
et est composé d'un document graphique d'ensemble, d'une
fiche parcellaire ( plan de l'immeuble ) et d'une fiche individuelle
portant l'Identification de l'ayant droit et leur qualité.
b - Celui du livre foncier tenu par le service de la conservation
foncière qui procède à la demande du requérant
et après enquête, à l'immatriculation des biens
immobiliers. Les droits réels ne sont garantis que s'ils
sont publiés sur le livre foncier.
D'autres projets de droits relatifs au foncier sont également
traités par le code civil, notamment en ce qui concerne les
contrats, les usages, la succession etc.
Synthèse de la Problématique foncière:.
L'évolution des structures sociales dans les campagnes et
le développement de l'agriculture conduisent de plus en plus
à l' apparition des problèmes fonciers. Il en est
déjà ainsi avec acuité dans les zones périurbaines
et dans la plupart des zones en développement où l'insertion
de l'agriculture dans l'économie marchande fait que l'accès
au foncier conditionne de plus en plus des résultats économiques
de l'activité agricole.
Par ailleurs, on assiste actuellement à l'arrivée
de nouveaux opérateurs ruraux (anciens fonctionnaires, investisseurs
nationaux et étrangers, projets de développement )et/
ou encore à l'apparition de nouveaux modes de gestion de
la terre ( plantations, production forestière, culture irriguée
). Ces nouveautés qui vont de pair avec des investissements
et des produits monétaires parfois importants, s'accommodent
mal avec les droits coutumiers qui sont non écrits, non monétaires
et difficilement transmissibles en dehors de la communauté
où ils s'exercent.
2.1.1.2 L'acces des femmes a la terre de culture
L'accès à la terre n'est pas une contrainte en soi
pour les femmes s'il s'agit de cultiver. Cependant elles ne gardent
ni le contrôle, ni le droit de propriété.
De façon générale, les activités agricoles
occupent deux types de champs: la tapade ( jardin de case ) et les
champs extérieurs qui peuvent se diviser en deux : champs
de cultures maraîchères et champs de céréales.
La tapade:
Quand la femme nouvellement mariée arrive dans la concession,
elle reçoit de son mari une parcelle ( portion de la tapade
à cultiver ). Chaque parcelle est sous l'entière responsabilité
d'une femme aidée de ses enfants; elle y cultive de façon
intensive des légumes, des tubercules, de l'arachide etc.
en petite quantité dont elle dispose et gère d'une
façon autonome. La grandeur de la parcelle dépend
de la superficie de la concession et du nombre d'épouses.
Les produits récoltés ici sont utilisés pour
nourrir la famille en période de soudure.
Les champs extérieurs:
En général, l'accès à la terre et le
droit de jouissance sont contrôlés par un chef de clan
ou par les sages du village. Les habitants du village accèdent
à des prêts ou à des dons selon la volonté
des chefs coutumiers d'une part et par héritage de père
à fils d'autre part. Ce qui veut dire que les femmes accèdent
aussi à la terre de culture selon la volonté du Mari.
Le système de mise en valeur adopté par le mari détermine
la part de chaque épouse. Dans le cas d'un morcellement du
champ familial par le chef de ménage, chacune des épouses
se voit attribuer une parcelle qu'elle cultive avec l'aide de ses
enfants. Mais le cas le plus fréquent est le champ familial
qui se retrouve dans toutes les régions. La femme n'a pas
le moindre contrôle; elle est utilisée comme aide familiale
au tant que les enfants qui y travaillent. Le mari demeure l'unité
de décision et de gestion.
Néanmoins, bien que la femme soit souvent marginalisée,
si elle accède à une terre, elle détient le
droit d'usage tant qu'elle reste avec son mari. En cas de divorce,
elle perd l'usufruit.
En Moyenne Guinée chez les peulhs et en Haute Guinée
chez les Malinkés, si le mari meurt, la femme conserve le
contrôle de sa parcelle par l'intermédiaire de son
fils aîné ou en se remariant avec un parent du défunt
époux.
Une autre forme d'accès pour la femme, est l'héritage.
Selon des informations reçues au Fouta Djallon, il arrive
que certains pères de famille partagent leurs terres aussi
bien aux filles qu'aux garçons; mais la parcelle de deux
filles est égale à celle d'un garçon. Il a
été précisé que cette façon de
partager découle des principes coraniques qui déterminent
le mode de partage de certains biens. Ces cas sont quand même
rares et la plus part des informateurs sont unanimes que les filles
n'héritent pas en présence des garçons.
Dans certaines zones de la Basse Guinée, chez les Soussous,
les femmes peuvent avoir accès à des champs personnels
qui leur sont attribués par leurs familles et sur lesquelles
elles exercent un plein contrôle. En effet si une femme a
les moyens de mettre en valeur une parcelle, il n'est pas exclu
qu'elle bénéficie d'un don à l'intérieur
de sa famille. Ce don est irrévocable, mais cependant, elle
n'a pas le droit de vendre la parcelle.
Les droits d'usage s'obtiennent aussi par des prêts:
Ils sont accordés aux femmes soit par le mari, soit par la
famille de la femme ou par une veuve qui possède des terres
par l'intermédiaire de ses enfants..
En Basse Guinée par exemple, les femmes peuvent accéder
à des terres dans les Mangroves et les casiers rizicoles
de plaine d'eau salée. Ces terres sont exclusivement et définitivement
contrôlées par elles tant qu'elles vivent sous le toit
du mari. Là une partie de la récolte est gérée
par la femme et l'autre partie est remise au mari pour l'alimentation.
Si la récolte est bonne, elle peut revendre une partie des
excédents pour subvenir à des besoins divers ( vêtements,
éducation des enfants, cas sociaux etc.)
En Moyenne - Guinée et plus précisément à
Lélouma, il existe une autre forme de prêt moyennant
un payement de la dîme qui représente le dixième
de la production obtenue.
En Guinée Forestière, les terres sont à la
disposition des femmes pour la simple raison que, ce sont elles
qui accomplissent la plupart des opérations culturales. Les
hommes se chargent des gros travaux notamment le défrichement,
le dessouchage et la clôture pour la première campagne.
Pour les campagnes consécutives, elles sont le plus souvent
les seules a travailler dans les champs. Cependant, toute la production
est contrôlée et gérée par le mari. Cet
état de fait ne leur donne pas le droit de propriété
et de gestion; elles subissent les mêmes conditions que les
autres femmes.
Basfonds et plaines:
Toujours grâce aux maris et aux familles, les femmes peuvent
bénéficier d'une portion de terre sous forme de prêt
à court ou à moyen terme dans les plaines en Haute-Guinée
et en Basse Guinée et à court terme (seulement pour
la contre-saison) dans les bas-fonds en Moyenne-Guinée et
en Guinée forestière. Cependant elles ne doivent ni
creuser des puits, ni planter des arbres pérennes, ni faire
des aménagements parce qu'à la bonne saison le propriétaire
reprend pour faire sa culture.
Une autre forme d'accès à l'usage des bas-fonds constatée
en Guinée forestière et plus précisément
à Lola, est la location non formelle moyennant le
versement d'une somme allant de 100 à 150 000 Francs guinéens
par campagne. Ce paiement est même considéré
comme un acte de reconnaissance au propriétaire terrien.
En Moyenne- Guinée et plus précisément à
Lélouma, il existe une autre forme d'accès pour les
groupements d'intérêt économique. Il s'agit
d'une négociation et d'une signature de contrat de 20
ans renouvelable formalisée par les cadres de la préfecture.
Le document est signé par le propriétaire terrien
et son dernier fils, les élus locaux et le président
du groupement avant d'être ratifiée par la justice.
Ce genre de négociation qui se fait surtout autour des périmètres
aménagés, a été initié par le
CECI, une ONG Canadienne évoluant en Guinée. Cette
stratégie est adoptée par la plus part des ONG et
des projets de développement rural intégré
du pays.
Superficie cultivée sous la responsabilité
des femmes ( en ha ) / région
|
Régions
|
Superficie totale des
parcelles exploitées. (en ha)
|
Parcelles exploitées
sous
la responsabilité des femmes
|
|
|
|
Superficie (ha)
|
Pourcentage (%)
|
| Boké |
96 880
|
19 007
|
19,6
|
| Faranah |
117 566
|
7 448
|
6,3
|
| Kankan |
197 536
|
517
|
0,3
|
| Kindia |
144 577
|
5 512
|
3,5
|
| Labé |
98 220
|
23 238
|
23,7
|
| Mamou |
753 224
|
21 326
|
28,3
|
| N'Zérékoré |
165 519
|
17 336
|
10,5
|
| Ensemble |
895 620
|
93 959
|
10,5
|
Source: Service National des Statistiques (
1995 ): Part de la femme dans les activités de production en
milieu rural.
Les plus grands pourcentages correspondent aux régions les
plus touchées par l'exode rural et l'émigration. A
l'absence du mari les femmes assurent la gestion et le contrôle
des terres exploitables.
les zones peri-urbaines:
Dans certaines zones périurbaines visitées, où
l'Agriculture commence à avoir une orientation de marché
avec une intensification des cultures de rente, les femmes peuvent
acheter des portions de terre pour les cultures maraîchères,
mais avec la négociation des maris ou d'un autre homme .
Il a été remarqué aussi que ces femmes ont
plus de facilité d'accès aux différentes ressources
parce qu'elles ont plus de chance d'obtenir les informations sur
les institutions de crédit et leurs mécanismes, éprouvent
plus de capacités de négociation et ont le sens d'organisation
plus développé etc.
2.1.1.3 Sécurité percue par les femmes
En général, les règles coutumières
déterminent les conditions foncières des femmes dans
les zones rurales.
Dans tous les sites visités, la sécurité foncière
des femmes est étroitement liée aux conditions matrimoniales
et au statut de la famille dans la société. Notre
étude a démontré que peu de femmes sont pour
le moment propriétaires de terres. L'accès, l'usage
et le transfert des terres sont conditionnés par les hommes.
Au moment de leur mariage, les femmes reçoivent des tapades,
mais elles ne possèdent pas le droit de propriété.
Une femme peut emprunter un lopin de terre pour les cultures céréalières
et maraîchères.
2.1.2 Acces des femmes aux technologies
2.1.2.1 la femme et la vulgarisation
Malgré la supériorité numérique des
femmes actives ( 53,3 % ) et le niveau d'implication des femmes
dans la production agricole, force est de reconnaître qu'elles
bénéficient peu de l'information et de la formation.
Les programmes de vulgarisation et de formation sont destinés
aussi bien aux hommes qu'aux femmes, mais, jusqu'à un passé
récent, dans la pratique, il apparaissait que ces dernières
bénéficient moins en nombre, des activités
de vulgarisation et principalement pour les activités spécifiquement
féminines à l'exception des cultures maraîchères.
Pourtant, il était reconnu qu'elles participent à
toute la chaîne de production de l'ensemble des spéculations
agricoles et animales.
Les destinataires des messages techniques de vulgarisation étaient
principalement les chefs d'exploitation qui sont généralement
les pères de famille (98%), alors qu'ils sont le plus souvent
plus gestionnaires qu'exécutants.
Par ailleurs, le processus d'établissement de diagnostic
des exploitations agricoles se concentrait surtout sur les hommes
en excluant les entretiens avec les femmes et les autres membres
du ménage.
En outre, même le personnel de la vulgarisation indique une
faible proportion des femmes. Bien que la Guinée dispose
d'un grand nombre de femmes diplômées en sciences agricoles,
on estime qu'elles représentent environ 6% de l'effectif
de la vulgarisation et encore moins pour la recherche agronomique.
Pour remédier à cet état de fait, le Ministère
de l'Agriculture a décidé en 1996 dans la mise en
oeuvre de son Programme National des Services Agricoles Phase II
(PNSA2) dans sa composante Promotion Rurale et Vulgarisation,
de créer une cellule chargée de l'appui aux femmes
rurales au niveau national qui est représentée au
niveau régional ;
d e recruter de plus en plus de vulgarisatrices sensées avoir
un contact plus facile avec les femmes
de former les cadres dans l'analyse sociale et du genre.
En outre, comme les réalités socioculturelles font
que la femme prise individuellement, n'a ni accès à
la terre, ni accès au crédit (en espèces ou
en nature), les femmes sont de plus en plus mobilisées donnant
naissance à des groupements autant en zone rurale qu'en zone
peri-urbaine. On estime environ 800 groupements de femmes à
vocation agricole dans tout le pays dont la constitution s'est avérée
essentielle pour une meilleure orientation des appuis.
S'appuyant sur l'analyse sociale et du genre, les activités
spécifiques des femmes sont prises en compte dans le diagnostic
des exploitations, l'analyse des problèmes et contraintes,
ainsi que l'identification des pistes de solution et le choix des
technologies à diffuser. Parallèlement des actions
de sensibilisation, d'information, de formation et d'appui sont
soutenues par certains projets de développement et ONG.
Ce qui a permis au SNPRV en collaboration avec ces partenaires
de développement d'initier des programmes spécifiques
de formation et d'appui aux groupements féminins ( octroi
de crédit, approvisionnement en intrants et encadrement technique,
alphabétisation fonctionnelle, formation en auto- promotion
et gestion ). L'alphabétisation et le développement
des capacités des agricultrices en auto-promotion et gestion
leur a permis de mieux s'organiser et gérer leurs activités.
La diffusion de thèmes relatifs à la transformation
et à la conservation des produits agricoles, à l'économie
du bois de chauffe, prouve à évidence la prise en
compte des activités spécifiques des femmes.
L'échange d'expérience entre les groupements est
organisé par des inter-visites dans les différentes
régions du pays. Aussi, des ONG comme SG2000, finance des
voyages d'étude dans la sous-région pour des représentantes
des groupements et personnel féminin de la Vulgarisation.
SG2000 assure en outre l'introduction de semences de base ( maïs
et soja ) pour une multiplication en vue de l'amélioration
du régime alimentaire. Quant à l'allégement
des tâches des femmes dans les activités post-recoltes,
l'ONG a importé des modèles de multi-batteuses et
des gratteuses de manioc pour une fabrication sur place au bénéfice
des groupements féminins.
2.1.2.2 La femme et la recherche
Il existe aussi ça et là des technologies de transformation
à l'état primaire de certains produits agricoles comme
la purée de tomate, le séchage des légumes
et des fruits, la transformation du manioc en gari, etc. soutenu
par certains projets ,ONG, ambassades et institutions nationales
et internationales ( AGFC, ACT, ambassade du canada, banque mondiale,
AFEG, PNUD etc.)
Mais cependant il a été constaté que ces acquis
bien qu'ils ne soient pas des moindres, sont encore insuffisants
et à l'etat embryonnaire . L'adoption et la diffusion de
ces technologies se heurtent toujours à un problème
de fonds.
2.1.3 La femme et les moyens de production
Qu'il s'agisse de production agricole, de transformation, d'artisanat
ou de commerce, l'accès des femmes aux moyens de production
et le contrôle qu'elles exercent sur ces moyens est de première
importance.
La majeure partie des équipements est sous le contrôle
des hommes, mais du point de vue utilisation, on ne retrouve pas la
même proportion entre les deux sexes.
En effet, selon les enquêtes agricoles de 1996, les femmes
ne gèrent pas plus de 28% des houes et bêches alors quelles
utilisent près de 72% des quantités totales du type;
pour les coupe-coupe/machettes la même proportion passe de 18%
pour la gestion à 36% pour l'utilisation. Ces résultats
se justifient en partie par la nature de l'équipement et par
le statut de la femme au sein des exploitations agricoles. Quant il
s'agit de louer les services d'un matériel, la charge de négocier
et de conclure le marché au compte de l'exploitation revient
au chef d'exploitation, qui est à 98% des cas, les hommes.
L'utilisation d'outils rudimentaires pour le travail de la terre,
la transformation des aliments , la production du sel, l'extraction
d'huile de palme, le décorticage des céréales,
la fabrication du beurre de karité etc. augmente la pénibilité
des tâches et le temps consacré à ces activités.
Elle a une incidence négative sur la production en terme de
quantité et de qualité.
Le prix de vente de ces produits, lorsqu'elles les commercialisent
ne tient pas compte des heures consacrées à la transformation.
La possibilité pour les femmes de se procurer d'outillages
et autres équipements se heurte à un manque de fonds.
En effet l'enquête agricole de 1995 a tenté d'apprécier
la responsabilité des femmes dans la gestion du matériel
agricole disponible au sein de l'exploitation. Par tradition le chef
d'exploitation est généralement le père de famille
et conséquemment tout le matériel disponible est sous
sa responsabilité.
Des résultats de l'enquête, il se dégage alors
que le matériel est géré dans sa plus grande
partie par les hommes même si l'accès est permis aux
femmes. La responsabilité des femmes est plus étendue
sur les houes (plus de 29%) et les arrosoirs (plus de 38%).
Des équipements agricoles (en nombre limité) tels que
le semoir attelé, le tracteur et autres matériels motorisés,
charrue etc. relèvent exclusivement de la responsabilité
des hommes.
Matériel Agricole géré par les Femmes,
selon le type et l'appartenance
| |
Loué ou emprunté
|
Acheté
|
| Matériel. Agr. |
G. Par Femmes
|
Total
|
G. Par Femmes
|
Total
|
| |
Effectif
|
%
|
|
Effectif
|
%
|
|
| Houe/bêche |
16.358
|
27.5
|
29.562
|
888.330
|
29.7
|
2.990.354
|
| Coupe-c/mach |
5.292
|
18,3
|
28.870
|
203.348
|
13,7
|
1.485.343
|
| Hache |
1.178
|
9,3
|
12.689
|
190894
|
19,3
|
988.083
|
| Faucille |
4.054
|
12,2
|
33.206
|
216.307
|
17,0
|
1.269.806
|
| Arrosoir |
2.448
|
51,2
|
4.776
|
28.317
|
38,4
|
73.841
|
| Brouette |
0
|
0,0
|
2.102
|
985
|
3,6
|
27.102
|
| Charrue |
586
|
5,5
|
10.702
|
842
|
0,6
|
132.727
|
| Charrette attelée |
186
|
13,3
|
1.397
|
372
|
4,2
|
8.836
|
| Herse attelée |
186
|
2,7
|
6.949
|
525
|
1,0
|
52.856
|
Source : MAEF / Service National des Statistiques
Agricoles ( 1995 ): Part de la femme
dans les activités de production en milieu rural.
2.1.4 L'accès des femmes au crédit
Bien qu'il n'existe pas de loi qui empêche l'accès des
femmes au crédit, elles font face à un plus grand nombre
d'obstacles que les hommes. D'une part elles ignorent souvent l'existence
même des facilités de crédit et les moyens d'y
accéder; dans le cadre des projets, l'information est le plus
souvent communiqué par les agents techniques qui s'adressent
généralement aux hommes.
D'autre part les procédures sont souvent complexes et ne sont
pas à la portée des femmes qui sont la plus part analphabètes.
Aussi, il ressort de plusieurs études socio-économiques
en milieu rural que le revenu agricole du paysan est faible, plus
particulièrement celui des femmes. Cette situation handicape
sérieusement la participation des femmes aux activités
qui concourent au développement économique.
Enfin, l'obtention du crédit dans les institutions financières
commerciales est inaccessible aux femmes dont le capital est le plus
souvent constitué d'animaux et de bijoux. Le groupement en
association est souvent le moyen adopté pour accéder
plus facilement à un prêt.
Une institution à vocation de développement n'existant
pas, l'accès des femmes au crédit, outre les systèmes
informels tels que les tontines, est essentiellement limité
aux facilités mise en place par quelques programmes et projets
de développement dont le rayon d'action est souvent très
limité.
Dans le domaine du crédit agricole à un moment donné,
les projets se sont désengagés de la distribution du
crédit au profit de deux réseaux spécialisés
( crédit rural et crédit mutuel )
Le premier est un projet de crédit qui touche l'ensemble des
activités agricoles et non agricoles du secteur rural, incluant
le commerce, l'artisanat et la transformation primaire des produits.
Le second, est un projet de crédit ayant pour objectif de
développer un réseau de caisses mutuelles d'épargne
et de crédit en milieu rural.
Mais seulement ces réseaux ne sont pas en mesure de satisfaire
l'ensemble des besoins, et il a fallu faire appel à d'autres
formules (dotations de fond de roulement par les projets aux organisations
paysannes).
En plus, ils sont confrontés à des problèmes
de viabilité financière qui a conduit à favoriser
les activités les plus économiques et même à
se restructurer.
La source de crédit la plus utilisée par les femmes
est la tontine. Le crédit mutuel et les ONG accordent plus
de crédit aux hommes qu'aux femmes.
Pour ce qui est de l'utilisation du crédit selon l'enquête
agricole permanent de 1995, 32 % vont à la consommation familiale
et prés de 33 % à l'achat de marchandises pour le petit
commerce. Pour les activités agricoles nous n'avons que 16
% qui se repartissent entre l'achat de matériel 2,70 % d'engrais
et pesticides pour 2,39 % et enfin l'achat de semences ou plantules
pour 11,10 %.
Effectif des bénéficiaires de crédit selon
la nature
|
Source
de crédit
|
Effectif
Total
|
%
|
Effectif féminin
|
%
|
| Crédit rural |
11844
|
17,06
|
3099
|
21,41
|
| Crédit mutuel |
1331
|
1,92
|
145
|
1
|
| ONG |
946
|
1,36
|
145
|
1
|
| Tontine |
14636
|
21,08
|
5971
|
41,25
|
| Projet |
6527
|
9,40
|
481
|
3,32
|
| Caisse Villageoise |
5791
|
8,34
|
2143
|
14,80
|
| Connaissance/Usurier
|
28354
|
40,84
|
2492
|
17,21
|
| TOTAL |
69429
|
|
14476
|
|
| % |
100
|
100
|
|
100
|
Source: MAEF / Service National des Statistiques
Agricoles ( 1995 ): Part de la femme dans les activités de
production en milieu rural.
Enfin, l'obtention du crédit dans les institutions financières
commerciales est inaccessible aux femmes dont le capital est le plus
souvent constitué d'animaux et de bijoux. Le regroupement en
association est souvent le moyen adopté pour accéder
plus facilement à un prêt.
En outre, l'évolution des groupements vers certaines formes
supérieures d'organisations( unions et fédérations
) constitue un atout dans la prise en charge de certaines fonctions
d'approvisionnement en intrant, crédit et commercialisation.
[sommaire]
III. PRINCIPALES CONTRAINTES DES FEMMES À L'ACCÈS
ET AU CONTRÔLE DES RESSOURCES
3.1 Contraintes transversales
Le mode d'organisation de la société: ( persistance
des coutumes et moeurs)
En effet dans la société Guinéenne, surtout dans
les zones rurales, la femme est considérée comme une étrangère
non seulement dans sa famille mais aussi dans son ménage. Ceci
parcequ'elle est appelée à quitter d'un jour ou l'autre
chez ses parents pour son ménage ou de quitter son ménage
par le divorce.
La marginalisation des femmes dans l'accès aux facteurs de
production
Si partout en Guinée, les femmes peuvent, dans une certaine
mesure accéder à la terre, en tant qu'usagères,
dans la plupart des systèmes traditionnels, elles ne peuvent
l'avoir en héritage. Elle ne peuvent donc ni en être propriétaires,
ni en assurer le contrôle. Il en est de même pour les équipements,
l'outillage et certaines infrastructures de base.
La situation n'est pas différente pour les intrants, les technologies
et la formation. En principe les femmes et les hommes ont accès
au même titre aux engrais, aux semences, aux produits phytosanitaires
et vétérinaires; mais on a partout noté une facilité
plus grande pour les hommes. De même, les technologies nouvelles
sont plus accessibles aux hommes qu'aux femmes. Cette disparité
est la conséquence de la faiblesse ou du manque de formation
des femmes rurales dont une majorité écrasante est analphabète.
Toutes les études montrent que dans les zones rurales, le taux
d'analphabétisme des femmes et des hommes est très élevé
avec cependant un accent particulier en ce qui concerne les femmes.
En 1996, 81 % des femmes étaient analphabètes tandis que
ce taux n'était que de 56 % pour les hommes (MEPU/FP/UNICEF 1996).
Les programmes de développement rural axés sur la vulgarisation
des techniques agricoles touchent plus d'hommes que de femmes puisque
les vulgarisateurs s'adressent presque toujours aux chefs de famille,
ce qui exclu implicitement les femmes. L'inadéquation du système
de communication et le manque d'équipements font que l'accès
à l'information et à la technologie est encore insuffisant.
La faiblesse des moyens financiers
Les indicateurs montrent que les disparités de genre sont encore
plus criantes pour les aspects liés à l'accès au
marché et aux services financiers (épargne et crédit).
Dans le contexte actuel de la " mondialisation ", le non respect
des normes de production et des exigences de qualité, limite
l'accès des hommes et des femmes aux marchés internationaux.
Par ailleurs, le manque d'informations sur les opportunités offertes
sur le marché représente un handicap supplémentaire
pour les opératrices économiques.
Les ressources monétaires proviennent d'origines diverses. N'ayant
pas de contrôle sur les fonds propres constitués de l'épargne
du ménage, les femmes se sont associées par affinité
et ont décidé de commun accord d'un montant à payer
par chaque membre selon une périodicité précise.
La somme collectée revient à tour de rôle à
chacune des membres. Des multiples tontines ont été ainsi
constituées et apparaissent aujourd'hui, comme le moyen de financement
le plus utilisé par les guinéennes et les " moins
nantis " de manière générale. Elles représentent
41 % des utilisateurs de cette source contre 59 % ,d'hommes. Les tontines
ont permis à beaucoup d'entre elles de mettre en place une activité
génératrice de revenus.
Face à l'inexistence ou à l'insuffisance des formes de
mobilisation de l'épargne, les populations ont investi sur plusieurs
formules en vue de satisfaire leurs besoins de financement. On remarque,
cependant, que tant pour les prêts à intérêts
consentis par des commerçants à des taux d'usure (30 et
40 %) que pour les crédits fournisseurs ou les hypothèques
sur la récolte contractées pendant les périodes
de soudure, les femmes sont très peu représentées
au niveau des créanciers, comme parmi les débiteurs.
Les conditions de crédit des systèmes financiers décentralisés
des institutions de crédits existants (taux d'intérêt,
garanties, échéances de remboursement etc.) et les préjugés
socio-culturels limitent l'accès des femmes à ces structures.
Dans certaines préfectures par exemple, les femmes d'un groupement
maraîcher ont affirmé n'avoir jamais pris l'initiative
d'adresser une requête de financement au crédit rural,
par peur d'aller en prison pour non respect des conditions du crédit.
Plusieurs lignes de crédit ont été mises en place
par les projets de développement, notamment dans les zones rurales.
Elles ciblent principalement les groupements féminins ou mixtes.
A titre d'exemple le PAIB (PNUD), le CENAFOD, l'Association pour la
Promotion Economique de Kindia etc.. offrent des crédits de financement
en zone rurale. Elles sont plus favorables aux femmes mais leur capacité
à couvrir les besoins globaux des femmes reste limitée.
L'exclusion des femmes du contrôle de la production et des
revenus
D'entrée de jeu, il faut souligner que les femmes rurales travaillent
en générale, pour le compte du ménage et/ou de
la famille. En milieu rural, elles pratiquent une agriculture de subsistance
et ne perçoivent pas de rémunération pour leur
travail. 78,6 % d'entre elles ont un statut d'aides familiales dans
leurs occupations. Elles ne contrôlent donc pas les ressources
générées par les cultures, même si elles
représentent une force de travail considérable. (PNDH/Guinée
).
La fraction de la production destinée à la commercialisation
afin de générer un revenu provient du champ du mari. Il
en est de même du bétail commercialisé. La femme
ne peut tirer que des revenus modiques de ses activités maraîchères,
de transformation artisanale et agricole ou de commercialisation de
produits laitiers.
La production sert généralement à assurer les
besoins alimentaires du ménage, l'augmentation du patrimoine
familial et le renouvellement des intrants. Il apparaît ainsi
que le contrôle de la production et du revenu généré
par le travail du ménage (ou de la famille) échappe totalement
à la femme.
Dans ces conditions, les efforts consentis pour la viabilisation du
milieu rural, l'aménagement des domaines et des infrastructures
ainsi que le renforcement des unités économiques pour
améliorer les conditions de vie des populations rurales profitent
plus aux hommes qu'aux femmes.
[sommaire]
3.2 Contraintes internes
La faiblesse du niveau d'organisation
Il est important de noter que les regroupements professionnels restent
encore faibles. Environ 83,5 % des activités économiques
sont menées par des individus (ou des ménages) contre
seulement 16,5 % qui sont contrôlées par des groupements.
Les groupements qui sont présents dans la commercialisation des
produits représentent 19,6 % avec une grande implication des
femmes. Un autre type de groupement (9,8 %) réalise des tontines
crédit en faveur de ses membres, 8,9 % de groupements sont regroupés
autour des ONGs (femmes/développement rural 1996).
Trois types de structures interviennent sur le terrain : les organisations
féminines composées uniquement des femmes sont très
répandues en milieu rural mais leur efficience est encore limité
; les organisations masculines initiées et gérées
par les hommes sont plus timides tandis que les organisations mixtes
composées des femmes et d'hommes font leur apparition. On estime
à 10 % celles qui sont dirigées par des femmes.
D'autres obstacles comme l'esprit de soumission, le manque de confiance
en soi, le faible niveau d'information et de formation et L'analphabétisme
constituent des facteurs internes favorisant la marginalisation des
femmes à l'accès aux ressources.
[sommaire]
3.3 Contraintes externes
La gestion foncière
Elle est fortement tributaire de la mise en oeuvre du code foncier
et domanial.
En effet, depuis sa promulgation en 1992, le code foncier connaît
des problèmes d'application et d'interprétation. Malgré
la publication de plusieurs textes d'application, la législation
foncière reste faiblement appliquée dans la réalité.
Les contraintes à la mise en application sont non seulement d'ordre
organisationnel mais aussi sont dûes aux différences entre
la logique de la gestion coutumière et celle du droit foncier
moderne.
Elle se caractérise par:
- La faible diffusion du code foncier et domanial
Le code reste un document connu surtout par les professionnels des
questions foncières et en dépit des séminaires
organisés par la " land tenure center " sur financement
de l'USAID dans les quatre régions naturelles, le code est mal
connu des populations, des élus, et même de certains cadres
de l'administration. En effet, certaines personnes qui sont chargées
des institutions étatiques ne connaissent pas les textes législatifs
en vigueur sur le foncier. Quant au code foncier et domanial, il est
ignoré de la plus part des gens rencontrés car certains
pensent même qu'il ne concerne que le milieu rural.
- Difficultés institutionnelles
La mise en oeuvre de la politique de gestion foncière pour le
milieu rural relève du service national des ressources foncières
qui dispose d'un représentant au niveau de chacune des directions
préfectorales du développement rural et de l'environnement,
mais l'administration du foncier (service de la conservation foncière)
relève du Ministère de l'urbanisme et de l'habitat.
- L'insuffisante décentralisation foncière
Le rapport de la F.A.O. sur la réglementation foncière
rurale ( juin 1996 ) en ce qui concerne la gestion décentralisée
des espaces ruraux fait le constat que " les seuls titulaires des
droits sur la terre admis par le code foncier et domanial sont les personnes
physiques ou morales . Les droits des collectivités coutumières,
ceux des villages par exemple dans la gestion des terroirs villageois,
ne peuvent être reconnus par le code tant que la collectivité
n'est pas constituée en personne morale, or la collectivité
territoriale la plus locale reconnue par la loi est la communauté
rurale du développement qui contient de nombreux villages et
ne peut être considérée comme un niveau de décision
locale endogène en matière foncière ".
Quant à l'interaction entre les deux systèmes, le constat
général est que les propriétaires coutumiers sont
soucieux de la reconnaissance de leurs droits sur la terre en vue de
leur sécurisation. L'état de son côté envisage
sa participation pour apporter la preuve de son droit sur la terre afin
d'assurer sa sécurité pour toutes les couches sociales.
Selon certains des services déconcentrés rencontrés,
la coutume est incontournable pour favoriser l'accès et la gestion
saine et durable de la terre aux femmes. Une collaboration des deux
systèmes est nécessaire.
En plus des contraintes externes citées, il faut noter aussi:
Le faible niveau de recherche
La non disponibilité des technologies adaptées aux préocupations
des femmes
La faible rentabilité des technologies existantes qui representent
des facteurs limitants la promotion de la production agricole et l'epanoissement
des femmes en milieu rural
[sommaire]
IV. ACTEURS ET INSTITUTIONS QUI INFLUENT SUR LE CONTROLE ET LA REPARTITION
DES RESSOURCES
D'une manière générale toute la société
guinéenne influe sur la gestion et la repartition de ces ressources,
mais les principaux acteurs peuvent être les suivants:
les chefs de famille qui ont une influence directe sur la repartition
et
le controle de la terre par leurs épouses.
les chefs religieux et les conseils de sages qui influent sur la decision
de repartition de la terre aux chefs de famille.
les conseils de districts et communautaires qui sont les elus locaux
et qui veillent à l'application correcte des lois.
les prefets et sous-prefets qui sont les instances superieures qui
ont la charge de l'application des lois et codes en vigueur.
les commissions foncières sous préfectorales et des
bureaux de conservation forestière qui sont chargées
de l'information, de l'application et de la diffusion des lois et
codes.
les organisations paysannes, ONG, projets de developpement, institutions
de credits et chambres d'agriculture qui ont la charge de former,
d'informer et de sensibiliser toutes les couches sociales, et d'assurer
l'approvisionnent en facteurs de production;
les ministères techniques qui ont la charge de trouver les
strategies et les moyens humains et financiers et
les institutions républicaines qui ont charge d'accepter, de
ratifier les lois et les codes et de faire valoir les droits de chacun.
[sommaire]
V. CONCLUSIONS ET SUGGESTIONS
Au terme de ces consultations, nous avons pu faire les remarques
suivantes:
Le Gouvernement Guinéen a su mettre en place dans le cadre de
sa politique de décentralisation des structures d'encadrement,
qui malgré les moyens limités et quelquefois inexistants,
font un travail de promotion d'un développement ciblé
vers l'organisation du monde rural.
L'Etat Guinéen a également décentralisé
la reconaissance des associations et des groupements dont il encourage
la formation. Les récépissés de reconnaissance
sont délivrés au niveau des préfectures. Il permet
aux groupements et associations de bénéficier de supports
techniques et financiers
Par ailleurs, les textes qui régissent les droits sont favorables
à tout égards à l'équité entre hommes
et femmes. C'est leur mise en oeuvre qui souffre d'entorse souvent à
cause de la méconnaissance des femmes de leurs droits. Ce fait
est une conséquence de l'analphabétisme élevé
dont souffrent les femmes en général et les femmes rurales
en particulier.
La description du rôle de la femme, l'analyse de son efficacité
sur le terrain et la disponibilité de textes favorables à
son épanouissement autorisent des espoirs certains pour un meilleur
accès de celles-ci à la terre et aux technologies.
Les différents programmes en cours (formation, animation, sensibilisation
et vulgarisation) mêmes s'ils ne touchent que timidement les femmes
rurales contribuent toutefois à renforcer leur efficacité.
La poursuite des efforts en vue d'améliorer les résultats
déjà enregistrés constituent des facteurs de réussite
dans le processus d'épanouissement de la femme en Guinée.
Les suggestions suivantes ont été formulées dans
ce but :
[sommaire]
5.1 La terre
Pour l'instant, il se dégage l'impression que les femmes rurales
n'ont pas la capacité d'acheter des terres compte tenu des faibles
revenus générés par leurs activités économiques
et les demandes pressantes des besoins de la famille.
C'est pourquoi, pour le moment, l' issue la plus sûre serait
celle d'utiliser :
les groupements professionnels d'intérêt économique
qui garantissent l'accès à l'usage des terres octroyées
le plus souvent par les communautés rurales. En effet, les
chefs et les sages des sites visités ont toujours rassuré
que les terres exploitées par les groupements féminins
resteront avec elles tant qu'elles resteront regroupées. Ils
ont même certifié que l'usage pouvait passer des mères
aux filles à condition que ces dernières soient mariées
dans la contrée et intègrent le groupement.
Les négociations et signatures des contrats initiés
par les ONG et les projets de développement qui favorisent
la sécurisation et l' utilisation à long terme des domaines
par les groupes de femmes.
Ces deux expériences qui donnent déjà des bons
résultats encouragent des investissements durables par les institutions
et améliorent considérablement la production et le revenu
des femmes dans les zones rurales.
A cause des coutumes et moeurs de la société qui ne
permettent pas pour l'instant à la femme d'être propriétaire,
on pourrait adopter un système tel que:
La sensibilisation de la communauté à l'octroi d'un
domaine commun au sein du quel chaque membre du groupe exploite et
gère une parcelle individuelle ;
La sensibilisation les parents et l'éducation de la communauté
sur l'héritage des terres par les femmes, la fertilisation
des portions de terre qu'elles obtiennent par le biais de techniques
endogènes en attendant la disponibilité des engrais
minéraux.
La diffusion des textes et l'application du code foncier et domonial
et du code civil
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5.2 Technologies
L'accès des femmes à la technologie qui permet l'amélioration
de la sécurité alimentaire nationale est une affaire très
complexe qui mérite le support de tout un chacun pour réussir.
C'est pourquoi l'environnement efficace qui permettrait d'atteindre
cet objectif doit être non seulement politique, mais aussi technique
afin d'améliorer les connaissances de la problématique
des femmes en général et des agricultrices en particulier.
Ceci etant, nous suggerons:
La représentation efficace des femmes dans les instances de
décision;
Le changement d'attitude et de comportement de la société
quant au rôle de la femme ;
Le financement pour la recherche spécifique orientée
sur les activités des femmes.
L'institutionalisation d'une politique appropriée d'approvisionnement
en intrants
L'appui à la commercialisation, au stockage et à la
petite transformation
Au fur et à mesure qu'on renforce la recherche agronomique en
matière de technologies améliorées, les femmes
rurales ont une chance de faire partie de cette amélioration.
C'est pourquoi, en développant ces technologies pour les femmes,
on devrait tenir compte de :
Leur acceptabilité par les femmes, de leur disponibilité
et de leur accessibilité afin qu'elles permettent:
D'améliorer les équipements pour les besoins immédiats.
De pourvoir les femmes en technologies appropriées moins fatiguantes,
économiques, facilement maniables et simple s'il s'agit des
machineries;
De vulgariser la traction animale pour le labour et le transport;
D'introduire des herbicides non toxiques à bon prix pour leur
permettre une meilleure économie du temps consacré à
l'entretien des cultures
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5.3 Crédit
Une stratégie pour résoudre ce problème serait
:
D'instaurer des fonds de roulement qui ne demandent pas la cosignature
du mari ou une garantie.
Etablir un système de crédit par groupe ou des groupements
crédit pour faire profiter le maximum possible de femmes ;
Pourvoir des unités de crédit pour le travail des femmes
en tenant compte des activités de transformation;
La revue à la baisse des taux d'intérêt par les
institutions de crédit existantes .
L'encouragement des tontines et l'extension des caisses villageoises
existantes
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5.4 Utilisation des groupements (féminins, mixtes)
Travailler avec les groupements permet l'adoption des messages techniques,
facilite l'apprentissage et la compréhension, l'obtention des
ressources et facteurs de production et permet d'atteindre un large
groupe à la fois;
Les groupements féminins permettent aux femmes de mieux communiquer
et de prendre leurs propres décisions.
L e travail en groupe permet aussi d'améliorer l'utilisation
des vulgarisateurs et donne plus de confiance aux maris.
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5.5 Formation des agents de developpement à la base
L'idéal serait d'avoir des AVB féminins pour éviter
tout problème socioculturel et faciliter la confiance des femmes
en elles. Mais compte tenu de la réalité de terrain en
matière de services agricoles, la formation appropriée,
la sensibilisation et la motivation des agents de base masculins permettraient
d'atteindre les femmes.
5.5.1 En tant que chercheur
Chercher les informations sur les rôles des hommes et des femmes
déjà à la phase du diagnostic ;
Incorporer ces contraintes dans la planification des programmes de
recherche ;
Conduire des essais aussi bien dans les champs des hommes que des
femmes ;
Dans l'établissement des programmes, prendre en compte les
retombées sociales et économiques des resultats sur
les deux couches (hommes et femmes ) ;
Développer des expérimentations sur les problèmes
aussi bien des petits exploitants et exploitantes que sur les tapades
Dans la définition des problèmes et solutions, essayer
de voir au delà de la production et du rendement pour inclure
les problèmes de récolte, de stockage, de transformation,
de préparation, de goût et de nutrition.
Inserer dans la selection variétale participative les appréciations
des femmes (facilité de transformation et le goût )
5.5.2 En tant que Vulgarisateur
Chercher les informations, observer et partager avec le chercheur
la compréhension des rôles et relations qui existent
entre les paysans et paysannes sur une spéculation donnée
et sur les activités ;
Visiter aussi bien les champs des hommes que ceux des femmes ;
Encourager la participation des femmes dans les discussions en s'adressant
directement à elles ;
Trouver un moyen de recruter les femmes comme paysannes de contact
(surtout celles qui sont chef de famille) ;
Présenter de nouvelles technologies d'une manière simple
et accessible aussi bien aux hommes qu'aux femmes ;
Trouver une alternative dans la diffusion des thèmes en tenant
compte des contraintes de temps et de mobilité des femmes.
Faciliter le regroupement des femmes en tenant compte des traditions
et en utilisant les groupements et groupes traditionnels (groupes
de crédits, d'épargne, d'entraide etc.)
5.5.3 En tant qu'agriculteur
Encourager la participation de la femme aux activités de vulgarisation,
aux réunions, aux sessions de planification aux journées
portes ouvertes et toutes autres activités agricoles de la
place.
Décide avec elles ce que vous devez faire pour votre bonheur.
Aide lui dans l'acquisition d'une portion de terre c'est pour vous
et vos enfants.
5.5.4 En tant que décideur ou planificateur
Tenir compte du genre, des besoins aussi bien des hommes que des femmes,
de leurs contraintes dans les conceptions des programmes, le suivi
et l'évaluation ;
Incorporer l'analyse sociale et du genre dans tous les programmes
de formation agricole ;
Trouver des innovations et stratégies qui permettent d' atteindre
les femmes rurales. Par exemple commencer par élever le nombre
des femmes vulgarisatrices dans les régions où il y'a
des contraintes culturelles ;
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5.6 Conclusions
La participation de la femme à l'ensemble des activités
économiques, sociales et culturelles est indéniable. Malgré
cette forte participation jugée dynamique, les femmes ont faiblement
accès aux services publics comme le crédit, la formation
et l'encadrement. Mieux, des considérations socioculturelles
pèsent encore lourdement sur elles et les défavorisent
par rapport aux hommes.
Les femmes sont les premières victimes de l'analphabétisme.
Cette situation, en plus des considérations coutumières
et religieuses, les place dans une situation de dépendance et
d'infériorité permanente.
En raison de leur rôle économique et social, il est indispensable
de renforcer le soutien aux activités des femmes, en leur facilitant
l'accès aux crédits, à la terre et aux intrants,
en les aidant à mieux définir leurs besoins de développement
et en facilitant leur insertion dans des activités économiques
durables et porteuses de marché. Ces stratégies pourraient
être renforcées par la maîtrise des techniques améliorées
relatives aux diverses activités rurales et par un encadrement
approprié, notamment à travers l'organisation des femmes
en groupements ou associations.
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