RAPPORT SUR L'ACCES DES FEMMES A LA TERRE ET A LA TECHNOLOGIE
AU BURKINA FASO
Mme Lydia Saloucou/Zoungrana, Consultante, Commission
Economique pour l'Afrique (CEA)
SIGLES ET ABREVIATIONS
I. INTRODUCTION
1.1. Contexte et objectifs de l'étude
1.2. Méthodologie
II. LES HYPOTHESES DE TRAVAIL
2.1. Accès et contrôle des femmes à
la terre
2.2. Sur l'accès à la technologie
2.3. Par rapport aux différents acteurs qui
influencent sur la gestion des ressources (terre et technologie)
III. PRESENTATION SOMMAIRE DES ZONES DE L'ETUDE
3.1. Zone Gourounsi
3.2. Zone Gourmantché
3.3. Zone bobo, dioula, sénoufo
3.4. Zone du plateau mossi
IV. LE SYSTEME FONCIER AU BURKINA
4.1. Les différentes procédures
d'accès à la terre
4.2. Accès des femmes
à la terre
4.3. La place des femmes dans
le système de production
V. LES STRUCTURES D'INTERVENTION
5.1. Les intervenants dans le
domaine agricole
5.2. Les problèmes rencontrés
5.3. Les stratégies d'intervention
de structures
CONCLUSION
RECOMMANDATIONS
BIBLIOGRAPHIE
SIGLES ET ABREVIATIONS
MARA : Ministère de l'Agriculture et des Ressources Animales
PERSAP : Projet de renforcement des services agricoles
CILSS : Comité Inter-Etat de Lutte contre la Sècheresse
dans le Sahel
GERN : Gestion des Ressources Naturelles
PAAYZS : Projet d'Appui à l'Artisanat dans les provinces
du Yatenga, du Zandoma et du Sourou
DRA : Direction Régionale de l'Agriculture
SOFITEX : Société des Fibres et du Textiles
SPOFP : Service Provincial pour la Formation des Producteurs
SONACOR : Société Nationale de Commercialisation
du Riz
FED : Fonds Européen de Développement
ODE : Office des Eglises Evangélistes
CRPA : Centre Régional de Promotion Agricole
CNCA : Caisse Nationale de Crédit Agricole
[sommaire]
I. INTRODUCTION
1.1. Contexte et objectifs de l'étude
Aujourd'hui on s'accorde pour reconnaître que les femmes jouent
un rôle important dans l'économie des pays et plus particulièrement
dans l'agriculture pour les pays fortement agricoles et sous développés
comme le Burkina Faso. Cette conviction est traduite au niveau national
par l'élaboration des stratégies nationales pour l'intégration
des femmes au développement et plus récemment encore par
la création d'un ministère de la promotion de la femme.
L'économie du Burkina Faso repose presque exclusivement sur
le secteur agricole et pourtant l'agriculture reste encore fortement
soumise aux différents aléas climatiques et reste faiblement
modernisée. Pays sahélien, son climat n'est pas très
favorable à l'agriculture. Les pluies sont rares et les sols
pauvres en général.
Cependant, des efforts sont faits dans ce sens. En effet, le Burkina
Faso a adopté une politique agricole dont les différents
objectifs portent sur l'autosuffisance alimentaire, l'augmentation des
revenus des populations et la protection de l'environnement et depuis
1996, une réforme agraire et foncière a été
adoptée par l'Assemblée Nationale avec un certain nombre
de lois d'application.
L'agriculture dans ce pays concerne plus de 80% de la population avec
forte majorité des femmes. Leur nombre est renforcé par
les migrations des hommes vers les pays côtiers ou encore vers
les villes à la recherche de conditions de vie meilleures.
De ce fait, les femmes sont au début et à la fin de la
chaîne pour les activités agricoles. En effet, elles sont
massivement présentes dans le secteur de la production agricole
et de plus en plus dans le secteur de la transformation des produits
agricoles qui constitue aujourd'hui la principale source pour mener
des activités génératrices de revenus.
Dans la plupart des régions du pays, les femmes ont en charge
la transformation et la commercialisation des produits cultivés
comme spécificité.
Les femmes travaillent généralement sur des terres appartenant
à leurs maris. A l'inverse de l'importance du niveau d'occupation
des femmes dans le travail agricole, elles rencontrent de nombreuses
contraintes pour faire valoir leurs droits sur la terre. En outre elles
ont difficilement accès à la technologie moderne pour
le travail sur les champs. Les tâches faites par les femmes sont
les dernières à être améliorées.
On peut supposer que cette situation a des conséquences fâcheuses
sur la productivité en général et sur le développement
d'une manière globale car plus de 80% des femmes en milieu rural
sont actives dans le secteur agricole.
Elles travaillent sur des terres dont elles ne sont pas propriétaires.
Et les terres prêtées aux femmes sont souvent pauvres et
de petites tailles. A l'inverse, de plus en plus de femmes deviennent
des femmes chefs de ménages. Il leur revient alors d'assurer
la production pour l'ensemble des membres de la famille.
De plus en plus, les cultures vivrières sont souvent délaissées
aux mains des femmes tandis que les hommes s'adonnent à des cultures
de rente. Mais force est de constater que les situations des femmes
sur la question peuvent différer d'une région à
l'autre et aussi d'une ethnie à l'autre. Quelle est la situation
réelle des femmes par rapport à l'accès et au contrôle
de la ressource terre ? Et quelles sont les préoccupations des
femmes sur la question ?
La CEA se propose de faire une étude sur la situation réelle
des femmes par rapport à l'accès à la terre et
à la technologie afin de mieux étudier la question et
de proposer des solutions adéquates.
Les objectifs de l'étude ont été définis
de la manière suivante :
- identifier les besoins prioritaires des femmes pour l'accès
et le contrôle de la terre et de la technologie afin d'augmenter
leur niveau de productivité
- identifier les contraintes majeures pour l'accès, le contrôle
et l'utlisation des ressources
- identifier les acteurs et les institutions qui influent sur le contrôle
et la distribution des ressources
- identifier le mécanisme de gestion et de distribution des ressources
et la meilleure manière pour augmenter la participation des femmes
[sommaire]
1.2. Méthodologie
L'idée de départ est de pouvoir mettre en relief les situations
différentes et complexes que vivent les femmes par rapport surtout
à l'accès à la terre. De ce fait, l'échantillon
devrait être le plus divers possible.
Le Burkina ne constitue pas une zone homogène tant du point
de vue des potentialités économiques (surtout agricoles)
que du point de vue des peuplements. Aussi nous avons choisi de diviser
le pays en cinq zones en rapport avec la géographie et la langue
(cf. Carte). Pour la collecte des données, seules quatre zones
ont été retenues à savoir :
la zone bobo et assimilés : département de Satiri, village
de Satiri
la zone gourounsi : département de Boura, village de Boura
la zone gourmantché : département de Mani, village de
Dakiri
la zone mossi : département de Mogtédo, village de Mogtédo.
Pour des questions matérielles, la cinquième région
n'a pas pu être touchée, il s'agit essentiellement des
peuls qui sont souvent des peuples nomades, vivant essentiellement de
l'élevage bien que de plus en plus ils commencent à se
sédentariser.
La méthodologie de terrain adoptée est de type participatif
dans la mesure où elle permet en outre au groupe cible lui-même
de faire l'analyse de sa situation et de dégager des voies de
solutions qui lui sont propres et qui peuvent être réalisées.
A cet effet des outils visualisés ont été élaborés
tel le diagramme sur la circulation des ressources ou encore le calendrier
journalier et saisonnier pour des hommes et des femmes dans une perspective
comparatiste et dynamique.
1.2.1. La démarche de collecte des données adoptée
Dans cette démarches, trois niveaux ont été
considérés à savoir :
Les groupes cibles (hommes/femmes) afin d'appréhender leur
vécu et leurs opinions par rapport à l'accès
des femmes à la terre et à la technologie
Les responsables coutumiers pour définir les lois, les règles
et les usages par rapport à la terre et les différentes
évolutions observées depuis ces dernières années
sur l'accès des femmes à la terre et à la technologie
Les structures d'intervention sur place pour définir leur approche
par rapport à la question mais aussi les contraintes rencontrées
vis-à-vis de l'accès des femmes à la terre et
à la technologie et le niveau de participation de ces dernières
aux activités de développement.
1.2.2. Le déroulement
La collecte s'est faite en trois temps :
Des entretiens individuels ont été effectués
avec des responsables de structures travaillant dans le domaine agricole,
dans le domaine spécifique de la vulgarisation et avec des
structures travaillant avec les femmes comme groupes cibles surtout
en milieu rural et dans le domaine agricole.
Nous avons alors essayé de toucher aussi bien les structures
privées que les structures publiques telles le MARA, le PERSAP,
le CILSS, le GERN, le Ministère de la Promotion de la Femme,
les DRA des villages, les représentants de la SOFITEX. Nous
avons tenu à rencontrer une
structure qui travaille dans le cadre du développement de l'artisanat
utilitaire surtout au niveau agricole (PAAYZS).
Cette étape a été initiée en premier lieu
mais s'est pourtant étendue tout au long de cette étude.
La collecte des données dans les villages échantillonnés
(Satiri, Boura, Mogtédo, Dakiri) a été effectuée
avec des hommes et des femmes pris individuellement ou en groupes
homogènes pour connaître la situation des femmes par
rapport à l'accès et au contrôle des ressources
terres et technologie. Sept jours ont été nécessaires
pour la collecte des données dans chaque village.
La restitution des données pour la validation des résultats
au niveau des villages à la fin du séjour pour la collecte
des données. La restitution a vu la participation d'un certain
nombre de villageois.
1.2.2. Les limites de l'étude
Elles existent et portent sur les aspects suivants :
De par l'échantillonnage, les peuls n'ont pas été
étudiés bien que nous sachons que l'agriculture reste
peu développée pour eux et que les femmes s'investissent
largement dans les activités connexes à l'élevage.
Bien que les peuls existent dans les villages ayant été
consultés, ils n'ont pas pu participer aux différents
entretiens de par leurs habitations éloigées de l'ensemble
des autres habitations et du fait qu'ils ne sont pas intégrés
directement dans les villages (existence de conflits entre les agriculteurs
et les éléveurs).
Les difficultés de généralisation
Les données recueillies sont spécifiques pour chaque
région car chaque ethnie possède une approche déterminée
sur la question foncière et sur l'accès des femmes à
celle-ci. De même, les évolutions subies par les villages
diffèrent de par la diversité des facteurs d'influence
entraînant les changements dans les villages. Les résultats
de cette étude montrent les grandes tendances.
Le contexte sociologique est quelque peu occulté
Il y a des tendances qui pourraient être généralisées
si l'on se base essentiellement sur les lois coutumières. Les
évolutions sont aussi là et sont déterminées
par un certain nombre de facteurs tels les aménagements, les
lois agraires, l'action des structures d'interventions. La difficulté
réside dans la capacité à déterminer le
degré d'influence de ces différents facteurs sur les
évolutions observées.
[sommaire]
II. LES HYPOTHESES DE TRAVAIL
Celles-ci ont été élaborées à partir
d'une revue bibliographique et des entretiens effectués avec
des responsables sur la question foncière au niveau de projets
et ONG et des structures étatiques intervenant dans le domaine
et en s'inspirant des objectifs définis par les TDR.
Ces différentes hypothèses de travail devant d'une part
servir de canevas pour la rédaction du rapport mais d'autre part
pour mener des discussions de groupe lors de la séance de restitution
générale afin de mieux approfondir la réflexion
sur la question et proposer des solutions intéressantes et utilisables.
2.1. Accès et contrôle des femmes à la terre
Notre définition rejoint quelque peu celle de l'approche gestion
des terroirs à savoir que c'est un espace naturel socialisé
avec des particularités agro-écologiques, avec une population
déterminée qui y projette des droits d'occupation et d'usage,
son système de production et ses techniques de conservation et
de préservation des ressources naturelles.
En conséquence quand nous utilisons le terme terre, cela ici
concerne essentiellement les surfaces cultivables et cultivées
avec les différentes sortes de sols qui implique un niveau déterminé
de rendement mais indique en outre la nature des semences à cultiver.
Hypothèse No. 1
La terre constitue en principe un patrimoine collectif, inaliénable
dont la gestion reste fortement entre les mains des hommes pour l'ensemble
des ethnies présentes au Burkina Faso. Ce sont les coutumes
qui régissent l'accès à la terre bien que le
Burkina se soit doter d'une RAF qui a été votée
depuis 1996.
Hypothèse No. 2
La femme ne possède point la terre. Elle ne peut hériter.
Elle est seulement utilisatrice de cette terre qu'elle obtient sur
prêt et avec une possibilité de retrait de celle-ci par
celui qui lui en concède
Hypothèse No. 3
Tout homme a une obligation morale et traditionnelle de trouver une
portion de terre pour sa ou ses femmes afin qu'elle y cultive ce qu'elle
veut dans la mesure de ses possibilités.
Hypothèse No. 4
La superficie de terre octroyée aux femmes est souvent petite.
Cette situation s'explique par différents facteurs dont, la
charge importante de travail de la femme, la non disponibilité
d'une main-d'oeuvre pour la femme, ou encore la pression foncière
Hypothèse No. 5
La connaissance des textes de la RAF est faible aussi bien pour les
hommes que pour les femmes ainsi que pour les responsables coutumiers.
Ce sont les coutumes qui régissent encore la gestion des terres
Hypothèse No. 6
La femme chef de ménage essentiellement la veuve, peut accéder
temporairement (plus ou moins durablement) à des terres lorsque
ses enfants sont en bas âge et lorsqu'elle n'est pas sous la
tutelle économique d'un autre homme
Hypothèse No. 7
Très peu de femmes ont accès aux terres aménagées
de manière personnelle tandis qu'elles sont nombreuses à
y travailler dans le cadre de Groupement de Village.
Hypothèse No. 8
Les projets travaillant dans le domaine agricole ont peu de résultats
par rapport à l'augmentation du niveau d'accès des femmes
à la terre du fait des traditions. De là découle
une faible participation des femmes aux activités des projets.
[sommaire]
2.2. Sur l'accès à la technologie
L'agriculture reste en général extensive et l'idée
de base est d'intensifier cette agriculture en augmentant en même
temps la productivité. Pour cela, il faut améliorer les
outils de travail et les techniques culturales (manière de faire).
Aussi dans le cadre de cette étude, le concept de technologie
porte essentiellement sur le matériel de travail en tant que
tel, les outils d'allègement du travail et sur les connaissances
nouvelles acquises dans l'amélioration des rendements des cultures.
Selon la FAO (1994) le Burkina Faso est classé parmi les pays
dont la technicité au niveau agricole est faible.
Hypothèse No. 1
L'homme est au centre de décision pour ce qui concerne la
possibilité d'accéder à de nouvelles technologies
agricoles et aussi par rapport à son utilisation parce que
la femme a besoin de l'accord du mari pour s'équiper.
Hypothèse No. 2
Les femmes ont peu de moyens pour s'équiper. Leur investissement
est prioritairement orienté vers les besoins en nourriture,
en vêtement et en santé de la famille plutôt que
vers les outils de travail
Hypothèse No. 3
Les services de vulgarisation ont priviligé l'équipement
des hommes au détriment de celui des femmes en travaillant
avec une approche basée sur les chefs de ménages.
Hypothèse No. 4
Les femmes travaillant sur les parcelles aménagées
ou dans les groupements ont la possibilité de s'équiper
facilement et de mettre en oeuvre les connaissances apprises sur le
plan agricole.
Hypothèse No. 5
L'existence des groupements qui mettent à la disposition de
la population des outils modernes de travail permettent aux femmes
d'utiliser aussi des charrues de nos jours sur leurs champs personnels.
Hypothèse No. 6
La charge de travail des femmes constitue un handicap pour les rendre
disponibles pour les formations sur les nouveaux outils de travail.
Hypothèse No. 7
Les différents matériels de travail agricole utilisent
des animaux de trait. Cette situation défavorise les femmes
qui bien que s'occupant des bêtes n'en sont pas propriétaires,
surtout pour le gros bétail.
Hypothèse No. 8
La mise en place de technologie appropriée telles les forages,
les moulins pour les femmes, permettent à celles-ci de gagner
du temps. Elle peuvent désormais travailler plus longtemps
sur leurs champs personnels ou sur les champs familiaux
Hypothèse No. 9
L'appui des structures a été et est essentiellement
orienté vers la mise en place d'infrastructures ou de crédits
pour les femmes que plutôt sur les équipements agricoles.
Hypothèse No. 10
Le principe d'utiliser des agents femmes pour atteindre les femmes
au niveau de la vulgarisation a eu des effets bénéfiques
sur les femmes et réduit les difficultés d'accès
des femmes aux services agricoles.
[sommaire]
2.3. Par rapport aux différents acteurs qui influencent sur
la gestion des ressources (terre et technologie)
Il s'agit ici de déterminer les différents acteurs qui
jouent un rôle en ce qui concerne la gestion des ressources, ce
qui devrait permettre de mieux situer les acteurs importants pouvant
être mise à contribution pour développer une stratégie
pouvant prendre en compte les intérêts des femmes par rapport
à la terre et à la technologie.
Hypothèse No. 1
Ce sont principalement les responsables coutumiers qui légifèrent
la gestion des ressources naturelles surtout de la terre. Le chef
de terre et quelquefois le chef de village constituent encore des
personnes clefs dans la gestion des terres.
Hypothèse No. 2
Les hommes sont prêts (de par la tradition) à trouver
une terre de culture pour leurs femmes, mais ils ne sont pas prêts
à ce qu'elles en deviennent les propriétaies
Hypothèse No. 3
L'Etat joue un grand rôle pour valoriser le rôle des
femmes dans l'économie. Cette sitution a été
renforcée par la mise en place du ministère de la promotion
de la femme.
Hypothèse No. 4
Les structures d'intervention pour ce qui concerne celles qui intègrent
une philosophie genre influent sur la répartition des terres
entre les femmes et les hommes même si petite soit-elle en mettant
en place les contrats de terre pour les femmes
Hypothèse No. 5
Les projets de développement qui travaillent dans le domaine
de la gestion des ressources naturelles, rencontrent de grandes difficultés
pour faire participer les femmes aux actions.
Hypothèse No. 6
Les femmes dans les villages sont de plus en plus conscientes qu'elles
sont lésées par rapport à la terre même
si elles ne revendiquent pas un droit formel et pérenne sur
la terre.
[sommaire]
III. PRESENTATION SOMMAIRE DES ZONES DE L'ETUDE
Note méthodologique
Comme décrit plus haut au niveau de la démarche méthodologique,
nous avons opté de travailler avec des zones bien définies
à partir de critères linguistiques et géographiques.
Par zone seul un village a fait l'objet de la collecte de données
sur le terrain à proprement dite. Mais dans cette présentation
des zones, nous avons essayé de faire ressortir aussi les différentes
spécificités qui existent à l'intérieur
de chaque groupe.

[sommaire]
3.1. Zone Gourounsi
La zone gourounsi comprend essentiellement quatre provinces à
savoir : le Sanguié, la Sissili, le Naouri et le Ziro. Populairement
on affirme que les femmes gourounsi sont plus indépendantes que
les femmes de la zone mossi.
3.1.1. Présentation physique et humaine
La collecte des données s'est effectuée dans le village
de Boura.
Boura est un département situé dans la province de la
Sissili au sud du Burkina Faso, à quelques dix kilomètres
de la frontière avec le Ghana. Le département est à
cinquante kilomètres du chef-lieu de la province de Léo.
Elle est peuplée par les gourounsi qui représentent à
peu près 4,9% de la population selon "l'analyse des résultats
de l'enquête prioritaire sur les conditions de vie des ménages"
INSD 1993.
Les sols à Boura sont de deux types : les sols sablonneux et
les sols argileux. La production du riz se fait essentiellement sur
les sols argileux tandis que les céréales et les cultures
de rente (arachides) sur les autres types de sols.
Les sols sont devenus de plus en plus pauvres sous l'effet de l'érosion
et des actions humaines (coupe abusive de bois, les feux de brousse,
la pression démographique). Mais les cultures sont assez bien
réussies par rapport à d'autres zones du pays.
Le village de Boura possède un barrage à partir duquel
a été aménagé un périmètre
pour la culture du riz et des cultures maraîchères essentiellement
de contre saison.
Le village de Boura constitue une zone de forte migration. En effet,
sur les sept quartiers existants, quatre quartiers sont totalement peuplés
par des migrants. Ces migrants sont composés essentiellement
de mossi (en majorité), de dagara et de peuls.
La migration s'est accentuée depuis les dix dernières
années avec la forte migration des mossi à la recherche
de terres fertiles fuyant les zones arides du plateau mossi.
Aujourd'hui, le nombre moyen de migrant par an est d'environ dix (10)
selon les autorités.
Suivants les résultats provisoires du recensement général
de la population de 1996, la population locale du département
a été estimée à vingt deux mille quatre
vingt quatorze (22.094) habitants tandis que le village de Boura compte
trois mille trois cent quatre vingt treize (3.393) habitants dont mille
sept quarante une (1.741) femmes soit un taux de féminité
de 51,30%. Les ménages sont constitués de trois à
dix personnes en moyenne.
Les villageois affirment qu'il y a de plus en plus de femmes chefs de
ménage du fait des migrations mais aussi de par la présence
des veuves non remariées (le lévirat n'est plus automatique
et systématique).
On retrouve les trois religons importantes à savoir : la religion
musulmane, la religion animiste, la religion catholique et enfin la
religion protestante. Les habitants de Boura sont majoritairement musulmans
mais l'animisme reste présent dans toutes les cérémonies
de la vie surtout pour ce qui concerne les aspects de la terre.
L'organisation sociale repose sur la chefferie traditionnelle qui gère
encore les affaires courantes des villages. Les chefs traditionnels
(chef de village) travaillent en étroite collaboration avec les
délégués administratifs.
Les chefs de terre ont en charge les questions relatives à la
gestion foncière et tous les rites qui y sont liés.
L'organisation sociale et familiale reste fortement masculine. Cependant,
dans la tradition, les femmes ont un certain poids et forment une société
assez bien organisée à part enière. En effet, une
femme bien "entretenue" entraîne avec elle dans son
ménage ses soeurs qui seront ses coépouses. L'aînée
assure la gestion des autres femmes et elle a un certain nombre de droit
sur les autres. Ces différents droits constituent une forme de
contre-pouvoir face à l'autorité du mari.
3.1.2. Les caractéristiques socio-économiques
L'agriculture constitue la principale activité économique
du village de Boura. Cette région est connue comme une région
à forte production de tubercules et plus particulièrement
celle des ignames et des patates douces. Il existe en outre une fête
annuelle des ignames.
Les cultures vivrières restent aussi importantes tels le sorgho,
le maïs, le niébé. Elles servent pour une grande
partie à la consommation familiale et très faiblement
à la commercialisation. L'agriculture est associée à
un petit élevage familial de volailles et de petits ruminants.
A Boura, on rencontre essentiellement une agriculture pluviale qui
reste fortement dépendante des aléas climatiques. Le travail
s'effectue principalement avec les outils traditionnels tels la daba,
la houe, la pioche.
La pratique du semis en ligne est passée de mode sur presque
tous les champs familiaux et de plus en plus de personnes utilisent
des engrais chimiques ou organiques pour épandre sur les champs
de culture.
La présence du barrage et son aménagement permet à
la population de faire des cultures de contre saison telles les légumes
(choux, oignons, tomate,
) et le riz et des céréales
pendant la saison pluvieuse. Des hommes et des femmes y possèdent
de petites parcelles (0,5 ha) pour la culture.
L'organisation du travail se fait autour des groupements masculin et
féminin du périmètre avec l'appui technique de
la DRA pour l'adoption et l'application de nouvelles techniques agricoles.
Les difficultés rencontrées sont liées à
la présence insuffisante de l'eau qui cette année est
rare du fait de la mauvaise pluviométrie.
3.1.3. L'organisation familiale et la gestion des ressources
Le village est formé par un ensemble de concessions. Les concessions
sont formées par un certain nombre de ménages qui relèvent
de la même famille. Le nombre d'individus formant la famille tend
à se réduire. En effet selon les dires des populations
avec la modernité, les familles larges font place aux familles
restreintes, seulement composées de l'homme, de sa famille ou
de ses femmes, des enfants et des autres parents ou main-d'oeuvre familiale.
D'une manière générale, ce sont les hommes qui
doivent travailler la terre pour nourrir la famille. La production de
son champ, conservée au niveau du grenier devrait servir à
nourrir la famille.
Les femmes peuvent posséder des champs personnels. Leurs productions
leurs appartiennent. Elles peuvent aider les maris sur leurs champs
quand elles le souhaitent, elles n'en n'ont pas l'obligation.
Avec l'évolution, les hommes se sont tournés vers la production
du coton. Les femmes sont obligées de travailler sur les champs
des hommes pour la culture vivrère mais en outre, quelquefois,
elles sont obligées de pourvoir la famille en nourriture lorsque
elles deviennent chef de ménage.
3.1.4. L'accès à la terre
Dans le village visité, il n'existe pas une forte pression foncière.
Les autochtones comme les migrants possèdent des champs pour
les cultures vivrières et de rente dans des portions jugées
satisfaisantes.
Les terres se répartissent généralement en deux
catégories : les terres affectées aux différentes
familles qui à la longue constituent un bien familial propre
et les terres "en reste" qui sont directement gérées
par le chef de terre. D'une manière générale, il
existe un chef de terre qui légifère avec le chef de village
sur les questions relatives à la terre.
Pour avoir de la terre, il suffit d'en faire la demande et le chef
de village avec le chef de terre en étudient la possibilité.
Seuls quelques sacrifices (don de poulet) sont exécutés
à cet effet. Ce sont les hommes généralement qui
en font la demande au niveau des structures traditionnelles même
pour le cas des migrants. Ainsi le migrant a besoin d'un tuteur parmi
la population autochtone pour être à même de demander
de la terre pour la culture. Aujourd'hui, les groupements doivent se
référer directement au chef pour avoir une terre pour
la mise en oeuvre de certaines de ses activités.
La terre constitue un bien collectif et est distribuée aux différents
chefs de ménage qui sont généralement des hommes.
Les femmes ont des parcelles de culture personnelles à travers
leurs maris. Les terres des femmes sont de plus en plus pauvres et les
populations affirment que cette situation frappe aussi bien les hommes
que les femmes, mais les femmes restent les plus lésées.
La possibilité de travailler sur la zone aménagée
reste réduite. Quelques rares femmes et les différents
groupements y ont des parcelles pour travailler de manière individuelle
et personnelle. Cette attribution s'est faite suivant un cahier de charge
par les autorités administratives et surtout en fonction du travail
fournit par l'intéressé pendant les différents
travaux d'aménagement.
3.1.5. Les structures d'intervention
Le village de Boura connaît peu d'intervenants. Cependant au
niveau de l'agriculture, on dénombre la présence du CRPA
ou la DRA et de l'agent coton qui, l'un comme l'autre, procède
à la vulgarisation de nouvelles technologies de travail dans
le domaine agricole. Leur groupe cible reste principalement la population
mais ce sont surtout les hommes qui constituent la majorité de
leurs groupes bénéficiaires surtout pour la culture des
champs de coton et du marîchage. A travers l'activité coton,
les populations reçoivent l'appui de la SOFITEX pour l'approvisionnement
et la commercialisation en rapport avec le coton ainsi que les appui-conseils.
C'est essentiellement à travers cette structure que de nombreuses
familles ont pu se doter de matériel de travail telles la charrue,
la houe manga. Dans le cadre de la vulgarisation agricole, le projet
PERSAP intervient en direction de la population. La commercialisation
du riz de la zone maraîchère se fait à travers la
SONACOR.
Les femmes travaillant sur les parcelles aménagées ont
aussi accès aux différentes informations relatives à
la production moderne agricole et elles ont pu ainsi avoir accès
au petit matériel de travail pour leurs parcelles. A travers
la structure d'appui qu'est l'ODE sur la zone aménagée,
les femmes ont pu bénéficier d'un crédit embouche.
L'environnement travaille aussi en direction des femmes surtout sur
les aspects de commercialisation du poisson tandis qu'avec principalement
les hommes, il travaille sur le reboisement et la mise en place de pépinières.
Le service de l'environnement travaille avec succès avec des
hommes et des femmes pour ce qui concerne le stockage du bois de chauffe
et du charbon de bois. Cela permet une meilleure gestion de l'environnement
et constitue en même temps une source de revenus non négligeable
pour les populations. Dans ce cadre le service de l'environnement travaille
égligeable pour les populations. Dans ce cadre le service de
l'environnement travaille à travers le projet BKF du 6ème
FED.
[sommaire]
3.2. Zone Gourmantché
La zone gourmantché est composée de cinq provinces : le
Gourma, la Tapoa, la Gnagna, la Kompienga, le Komandjari. Cette zone
a beaucoup de similitudes avec celle des mossi tant du point de vue
physique, économique que humain. La collecte de données
s'est effectuée dans le village de Dakiri.
3.2.1. Présentation physique et humaine de la zone étudiée
Dakiri est un département situé dans la province de la
Gnagna à l'Est du Burkina Faso et à plus de 80 kilomètres
du chef-lieu du département de Bogandé. Là on y
trouve une grande plaine pour les activités de maraîchage
et de riziculture. Les sols de type argileux et latéritiques
sont généralement pauvres. La pluviométrie reste
insuffisante et les récoltes qui en résultent sont alors
faibles. Les forêts disparaissent et l'érosion constitue
un phénomène important.
La population est constituée fortement de gourmantché
qui représentent comme les gourounsi 4,9% de la population au
Burkina Faso. Il existe dans la zone d'autres ethnies, principalement
les mossi, les peuls et des populations du Niger tels les haoussa ou
des germa. La religion principale reste animiste tandis que les populations
se convertissent à de nouvelles religions (islam et christianisme).
Le niveau de scolarisation reste très faible surtout pour les
filles. Les mariages restent encore précoces. De nombreuses filles
se marient vers l'âge de quinze ans et ces dernières sont
encore données en mariage par leurs parents. Les traditions restent
encore très vivaces.
3.2.2. Les caractéristiques socio-économiques
L'économie reste fortement agricole. C'est une agriculture de
subsistance avec une faible utilisation des outils et des techniques
modernes de culture. On y cultive essentiellement des céréales
telles le maïs, le sorgho et d'autres cultures telles le pois de
terre, les arachides et le niébé. Depuis quelques années,
la culture du coton a acquis une certaine importance. L'utilisation
de traction asine puis bovine devient de plus en plus importante. Cependant,
le niveau d'équipement agricole est très faible si on
se rapporte à l'ensemble de la population.
L'équipement agricole ne concerne que quelques familles qui travaillent
avec la traction asine et des charrettes surtout pour les cultures de
rente et de plus en plus pour les cultures vivrières.
L'élevage de type familial constitue encore un fait fortement
masculin. En effet, dans les différentes familles, on observe
l'élevage de la volaille et des petits ruminants. L'élevage
du gros bétail reste un privilège pour quelques familles,
qui dans la plupart des cas, les confient à des peuls pour la
transhumance. Pour les labours, des familles possèdent quelques
boeufs de trait qui vivent au sein des concessions.
3.2.3. L'organisation familiale et la gestion des ressources
L'organisation familiale est de type patrilinéaire. Tout tourne
autour des hommes et les prises de décisions sont faites par
les hommes. Les femmes interviewées possèdent une image
assez négative d'elles-mêmes. Si ce sont les hommes qui
décident de tout, les femmes travaillent beaucoup sur les champs
des maris et les hommes reconnaissent qu'elles participent beaucoup
à la survie économique des ménages.En effet, en
plus des champs familiaux, elles possèdent des portions de champs
personnels dont les récoltes leurs sont propres. On constate
généralement que ces récoltes servent à
complèter l'alimentation de la famille ou pour la satisfaction
de certains de ses besoins de survie. Pour la vente de la production
de la femme, c'est le mari qui l'effectue mais il n'a pas le droit d'utiliser
cet argent sans se référer à la femme. Elles vendent
rarement les vivres.
Du fait des rendements faibles, les hommes vendent rarement les vivres.
Après diverses cérémonies rituelles, après
les récoltes et le stockage de la production familiale, le chef
de famille ordonne de consommer les vivres. Sauf pour quelques familles
où les femmes informent le mari avant d'enlever des vivres du
grenier, les femmes s'organisent entre elles dans la famille, gèrent
et rationnent la famille en vivres. De ce fait, elles sont obligées
aussi d'utiliser leurs propres productions pour arriver à joindre
les deux saisons.
3.2.4. L'accès à la terre
L'accès à la terre s'effectue à travers le chef
de terre. Dans les faits, chaque famille autochtone possède un
certain nombre de terres qui constituent à la longue un patrimoine
familial. Les femmes peuvent avoir un droit d'utilisation à la
terre par l'intermédiaire de leur mari. Une femme n'a aucun droit
direct sur la terre et de ce fait, elles ne peuvent hériter de
la terre car la femme constitue une étrangère pour le
village de ses parents et autant pour celui de son mari. Mais son mari
a le devoir de lui trouver de la terre pour qu'elle en fasse son champ
personnel.
Généralement les femmes utilisent de petites portions
de terres qui leur servent de parcelles individuelles acquises grâce
au système de rotation et de restauration des sols. Elles se
voient octroyer les terres les plus pauvres et les moins aménagées
pour les exploiter pour une ou deux saisons. L'occupation des terres
par les femmes est temporaire et très limitée dans le
temps, même de nos jours.
L'accès à la terre pour les femmes comme pour les hommes
au niveau de la plaine s'est faite à travers la participation
effective et soutenue durant les travaux de l'aménagement des
personnes désireuses d'y travailler. En effet soixante deux femmes
ont pu travailler avec les hommes en apportant de l'eau pour les travaux
d'aménagement et ont pu ainsi bénéficier de parcelles
individuelles comme les hommes. Sur cette plaine, les femmes comme les
hommes ont pu bénéficier de quelques formations et d'outils
de travail autres que la daba à savoir des charrues, des pinettes,
des arrosoirs. Les producteurs pratiquent le semis en ligne et utilisent
des engrais et des insecticides pour augmenter les rendements.
3.2.5. Les structures d'intervention
Il existe un certain nombre de structures qui travaille dans le domaine
agricole. Les plus importants sont : le SPOFPP et le CRPA qui sont des
structures étatiques et le FED (de 1987 à 1990) ainsi
que le projet sensibilisation autour des barrages (1995 à 1997)
qui sont des ONG. La particularité dans cette zone est constituée
par la présence d'une ONG dont l'action porte essentiellement
sur l'alphabétisation, il s'agit de l'association Tin Tua. Cette
structure travaille aussi en direction des femmes.
Le service provincial de l'organisation et de la formation professionnelle
des producteurs (SPOFPP) travaille à doter les producteurs de
certaines techniques à travers un certain nombre de formations.
Ces différentes formations portent essentiellement sur l'organisation
des paysans, la gestion financière, les techniques culturales
(riz et maraîchage), la transformation et la conservation des
récoltes, etc
Le SPOFPP travaille autant avec les hommes
qu'avec les femmes sur la zone aménagée. Cependant nous
avons pu noter que sur trente auditeurs d'une formation, il y a seulement
cinq femmes. Bien que cette différence soit frappante, il est
à noter que le nombre des femmes est inférieur à
celui des hommes sur les parcelles de la zone aménagée.
La direction régionale de l'agriculture a un agent dans le village
de Dakiri qui travaille avec l'ensemble de la population. Son travail
consiste à faire des formations relatives aux nouvelles techniques
de production et de procéder au suivi des actions initiées
dans ce sens par les producteurs.
Le service de l'élevage mène des actions qui tendent
à encourager les producteurs pour la culture fourragère
et pour l'obtention et le développement de l'élevage.
Il travaille avec les femmes dans le cadre de l'embouche ovine.
Tin Tua vise la promotion des producteurs à travers l'alphabétisation.
En outre pour intéresser plus les populations, elle mène
des actions concrètes en direction des femmes telles le tissage
et le moulin.
[sommaire]
3.3. Zone bobo, dioula, sénoufo
La zone bobo est composée de plusieurs provinces à savoir
: le Sourou, le Nayala, le Mouhoun, le Houet, les Balés, le Tuy,
la Bougouriba, la Comoé, le Kénédoguou, la Léraba,
le Banwa, la Kossi, le Ioba, le Poni, le Noumbiel. Cette zone est la
plus riche du Burkina de par les conditions climatiques et ses sols.
C'est une zone d'accueil pour les migrants agricoles. C'est aussi une
zone de forte production cotonnière. Le coton constitue une source
de fortes devises monétaires pour les populations. La collecte
de données s'est effectuée dans le village de Satiri.
3.3.1. Présentation physique et humaine
Satiri , constituée par une commune de seize villages, se situe
à quarante kilomètres de Bobo-Dioulasso sur l'axe Bobo
- Dédougou. Le département de Satiri compte trente-cinq
mille trois cent soixante dix huit (35.378) habitants dont dix sept
mille cinq cent trente un (17.531) hommes et dix-sept mille huit cent
quarante sept femmes.
La religion principale est la religion musulmane et concerne à
peu près 99% de la population. On recense plus de dix mosquées
dans la zone. Pour des raisons de religion, les femmes autrefois ne
travaillaient pas la terre, les femmes s'adonnaient plutôt à
des activités commerciales. Le village de Satiri constitue aussi
une zone de forte migration agricole. C'est une zone à forte
migration mossi. En effet, il existe des quartiers exclusivement peuplés
par les mossi.
L'ethnie majoritaire est constituée par les bobo-dioula qui
vivent avec des migrants à savoir : les mossis, les bwaba, les
dafing, les gourounsi et les peuls. Tous les migrants excepté
les peuls sont des agriculteurs. La population bobo est estimée
à 6,1% de la population.
3.3.2. Les caractéristiques socio-économiques
L'économie est principalement basée sur l'agriculture
vivrière qui porte sur les cultures suivantes : le maïs,
le sorgho et sur les cultures de rente : coton, arachide, sésame.
Dans les villages alentours, des femmes et des hommes travaillent sur
des parcelles de maraîchage pendant la saison sèche essentiellement
dans le village de Sala.
Avec la culture du coton, les exploitations familiales se sont dotées
de charrues, charrettes et les différentes houes pour les travaux
de champs. Ces outils servent aussi bien pour les champs de coton que
pour les champs de cultures vivrières. Les différentes
techniques culturales surtout l'emploi des engrais s'effectuent sur
les champs des hommes et plus particulièrement sur les champs
de coton. Les rendements sont devenus importants mais les surfaces exploitées
aussi, entraînant quelquefois des conflits liés à
la terre entre autochtones et migrants. Il existe un besoin constant
d'extension des surfaces cultivables du fait de l'appauvrissement des
sols et de la culture du coton !
Outre l'agriculture, les principales activités économiques
portent sur l'arboriculture et l'élevage. Les femmes sont beaucoup
concernées par le commerce et les activités artisanales.
Les femmes du village de Satiri sont obligées de se rendre dans
les marchés voisins parce que le village n'en possède
pas un.
3.3.3. L'organisation familiale et la gestion des ressources
Traditionnellement ce sont les hommes qui pourvoient en nourriture pour
toute la famille. Les hommes travaillent sur les champs familiaux aidés
quelquefois par leurs femmes. La main-d'oeuvre reste hautement familiale
et non rémunérée. Les femmes possèdent des
terres prêtées par leurs maris et pratiquent des cultures
vivrières pour complèter la production du champ familial.
La production de la femme lui appartient et donc l'utilisation lui est
propre.
Dans cette zone, il faut noter que les femmes turka et toussian travaillent
durement sur les champs. Ce sont de grands travailleurs. En effet pendant
une quinzaine d'années, le prétendant travaille sur les
champs des beaux parents (prestations matrimoniales de culture) afin
d'accéder à la main de sa future femme. La femme en rejoignant
son foyer devient la main-d'oeuvre principale de la famille. Souvent
les femmes doivent en outre assurer les vivres pendant la saison sèche,
le grenier familial est seulement entamé durant la saison des
pluies. Les hommes passant généralement le temps à
extraire le bangui (boisson alcolisée provenant du ronier).
De nos jours, avec la culture du coton, beaucoup de travaux champêtres
sont délaissées aux mains des femmes, les cultures vivrières
constituent de plus en plus l'affaires des femmes et les cultures de
rente aux hommes. Cependant les femmes assurent aussi une partie de
la main-d'oeuvre sur les champs de coton.
3.3.4. L'accès à la terre
Le domaine foncier coutumier appartient au chef de terre du village
mais chaque quartier possède son domaine foncier qui est géré
par le chef de terre du quartier. Ces derniers peuvent octroyer et procéder
au retrait des terres sans obligatoirement se référer
au chef de terre du village. La terre constitue un bien collectif et
est redistribué entre les différentes familles qui constituent
la société. Le principe de base est que "on ne peut
refuser de donner la terre à qui veut la travailler pour se nourrir".
Les différences d'accès résident au niveau des
démarches à entreprendre pour différentes catégories
sociales telles les autochtones, les migrants, les femmes. La vente
de terre est interdite au niveau des coutumes.
L'accès à la terre se fait généralement
par l'intermédiaire des hommes à travers le système
traditionnel de type patrilinéaire. Chaque quartier possède
alors son chef de terre qui gère un territoire et vers lesquel
on peut s'adresser pour des questions relatives à la terre. Les
terres sont généralement réparties entre les familles
autochtones présentes et la succession se fait de père
en fils.
Avec l'arrivée des migrants fuyant la sècheresse des
régions du nord, un certain nombre de terres ont été
octroyées à ces derniers qui en retour ont pu octroyer
des terres à leurs femmes. Pour ce faire, le migrant est obligé
de se trouver un hôte autochtone qui sera son intermédiaire
avec le chef de terre. Le chef de terre pourra céder la parcelle
demandée directement si celle-ci lui appartient ou s'adresser
à celui qui en est le propriétaire.
Les femmes peuvent avoir des terres pour la culture personnelle. Mais
d'une manière générale, les femmes travaillent
sur les terres de leurs maris. Pour avoir une parcelle, la femme s'adresse
à son mari qui suivra les différentes procédures
pour acquérir une terre de culture et pourra ainsi la prêter
à la femme pour ses cultures. Les champs des femmes sont généralement
proches de champs familiaux. De manière générale,
les femmes bobo-dioula ne pratiquent pas l'agriculture car elles sont
principalement des commerçantes. Autrefois, elle participaient
seulement à l'étape du semis et à l'étape
des récoltes.
3.3.5. Les structures d'intervention
Il existe très peu de structures qui interviennent dans la zone.
Cependant on note ici encore la présence du CRPA et de l'environnement
ainsi que de la SOFITEX. Ces structures travaillent essentiellement
dans le domaine agricole pour des formations en techniques culturales.
Elles travaillent surtout avec les hommes. Ces différentes internventions
portent sur l'acquisition de nouvelles techniques culturales et sur
l'obtention de crédit équipement.
Cette zone reste principalement une zone de coton et de ce fait, bénéficie
de l'intervention importante de la SOFITEX. Mais le coton reste une
activité accaparée par les hommes même si les femmes
y travaillent sur les champs.
La collaboration avec la CNCA a permis à un certain nombre de
famille d'avoir du matériel agricole à crédit.
Cette structure travaillent en collaboration avec la SOFITEX et par
conséquent ce sont les hommes essentiellement qui ont acquis
des charrues et des charrettes pour travailler sur les champs de coton.
[sommaire]
3.4. Zone du plateau Mossi
La zone mossi est constitué par un vaste ensemble de provinces
à savoir : le Boulkiendé, le Ganzourgou, le Bazéga,
le Yatenga, le Kadiogo, le Passoré, le Zouendwéogo, le
Kouritenga, le Namentenga, le Bam, le Zandoma, le Lorum, le Boulgou,
le Koulpelgo. C'est une zone de départ pour les migrations agricoles.
3.4.1. Présentation physique et humaine du village
Depuis 1983, le village de Mogtédo relève du département
de Mogtédo dans la province du Ganzourgou. Le village subit un
climat de type tropical avec neuf mois de saison sèche contre
trois pour la saison pluvieuse.
Suivant la légende le village de Mogtédo est né
de Naba Suka, venu de Sourgou dans la province du Boulkiemdé
pour un problème de succession. C'est une zone largement peuplée
par les mossis qui constituent 48% de l'ensemble de la population au
Burkina. Cette situation est remarquable avec le déplacement
de migrants sur les zones aménagées.
Les sols sont généralement de type argileux et latéritiques
et sont peu fertiles à la culture. On constate une forte érosion
des sols due aux vents et aux ruissellements des eaux.
3.4.2. Les caractéristiques socio-économiques
Le village de Mogtédo est connu pour ses activités de
maraîchage qui approvisionnent les grandes villes aux alentours
du département.
La plaine aménagée de Mogtédo a été
construite en 1962 et a une superficie de 108 hectares. Pour son exploitation,
une coopérative agricole et maraîchère a été
mise en place. Celle-ci est chargée d'organiser la production
et la commercialistion. L'activité de riziculture est assez bien
développée pour les hommes tandis que les femmes ont pu
avec le temps avoir des portions de terres pour exercer des activités
de maraîchage en groupe.
Dans l'ensemble la population pratique la culture vivrière et
on y cultive du sorgho, du maïs, du niébé ; la production
suffit seulement à nourrir la famille.
3.4.3. L'organisation familiale et la gestion des ressources
L'organisation sociale est de type patriarcat. Ce sont les hommes qui
dirigent. En effet, même une femme chef de ménage subit
encore l'influence d'un des membres masculins de la famille de son mari,
généralement les frères de ce dernier. Les femmes
passent la majeure partie de leur temps sur les champs familiaux durant
la saison pluvieuse.
D'une manière générale, la femme a une portion
de terre qui lui sert de champ personnel où elle peut y cultiver.
Elle choisit ce qu'elle veut y cultiver mais traditionnellement le champ
lui est alloué pour y faire du gombo. Elle bénéficie
pour cela d'un temps déterminé pour y travailler. Quelquefois
le mari peut lui donner un coup de main pour les travaux importants
ou encore elle a recours aux associations de travail qui pratiquent
de la prestation de culture contre rémunération.
De manière générale, les filles aident leur mère
sur son champ. La production issue de ce champ appartient intégralement
à la femme mais est principalement utilisée pour le fonctionnement
de son ménage.
La technologie reste fortement traditionnelle, c'est-à-dire
que l'on pratique encore la culture sur brûlis et ce sont les
dabas qui constituent les principaux outils de travail. Quelques familles
ainsi que les différents groupements possèdent des charrues.
3.4.4. L'accès à la terre
Traditionnellement l'accès de la terre à Mogtédo
est gratuite pour toute personne voulant la mettre en oeuvre. La terre
appartient aux ancêtres et donc aux hommes du village. Dans la
société mossi, il existe une dichotomie dans le pouvoir
: le pouvoir sur les gens et le pouvoir sur la terre. Il y a une forte
interférence entre les deux types de pouvoir : une forte collaboration
est nouée entre le chef de terre et le chef de village.
Aujourd'hui avec la zone aménagée, il appartient à
la préfecture et à la coopérative d'octroyer des
terres en collaboration directement avec le chef de terre. Ce dernier
conserve alors un pouvoir symbolique. Il peut suggérer, voir
même influencer, mais il ne décide plus.
Autrefois, il avait une certaine disponibiité en terre pour
les hommes et donc ils pouvaient satisfaire facilement leurs femmes.
Aujourd'hui la population a augmenté et donc les terres restent
insuffisantes mais les hommes donnent toujours de la terre à
leurs femmes pour leurs cultures personnelles. Seulement, les femmes
se plaignent de la pauvreté de leurs terres et elles ont difficilement
accès à des parcelles sur les zones aménagées.
Les femmes restent insatisfaites par rapport à la superficie
des terres acquises pour n'importe quel type de culture.
Les femmes ont rarement accès individuellement à une
terre sur la zone aménagée. Des groupements féminins
ont pu bénéficier des parcelles de culture. Cette situation
constitue déjà une évolution. En effet, dans l'aménagement
des vallées des volta, les procédures avaient complètement
oublié les femmes. Avec la révolution, les femmes sont
apparues de plus en plus sur la zone aménagée. Mais cette
situation reste pas satisfaisante pour les femmes tandis que les hommes
n'approuvent pas totalement leur présence. Pour eux "à
part les arachides et les légumes au bord de la retenue d'eau,
nous ne voyons pas ce qu'elles peuvent faire comme culture". Il
faut ajouter que les femmes veuves peuvent hériter de la parcelle
de leur défunt mari lorsqu'elle n'a pas un grand fils qui puisse
travailler sur la parcelle.
3.4.5. Les structures d'intervention
La coopérative est une structure interne qui permet de fournir
des intrants à la population travaillant sur la zone aménagée.
Cette structure octroie sous forme de crédits des intrants aux
femmes.
Le CRPA ainsi que d'autres services étatiques travaillent généralement
avec toute la population essentiellement avec les hommes et les différents
groupements dont les activités portent sur l'agriculture. Il
existe à cet effet des agents de terrain qui sillonnent les différents
villages.
[sommaire]