RAPPORT SUR L'ACCES DES FEMMES A LA TERRE ET A LA TECHNOLOGIE
AU BURKINA FASO
[Suite...]
Mme Lydia Saloucou/Zoungrana, Consultante, Commission Economique
pour l'Afrique (CEA)
[sommaire]
IV. LE SYSTEME FONCIER AU BURKINA FASO
4.1. Les différentes procédures d'accès à
la terre
Le Burkina possède des textes portant sur la réorganisation
agraire et foncière depuis 1991 et avec une loi d'application
depuis 1996. Cependant son application sur le terrain reste à
faire et n'est même pas amorcée au niveau des populations
à la base qui ne connaissent point le contenu. Quelques chefs
traditionnels sont au courant de ces différents textes mais
restent sceptiques quant à son utilisation qui selon eux va
créer un climat de tractations sur les terres et de là
découlera une pression foncière selon eux. Cette situation
ne permettra pas à l'Etat de gérer comme eux les terres
de façon à permettre la jachère et aussi à
préserver les essences médicinales.Cette réforme
affirme que la terre appartient à l'Etat et ne peut faire l'objet
de vente au niveau des individus ; cette assertion constitue une réalité
seulement pour l'octroi des terres en zone aménagée.
On constate que dans les textes, on ne fait pas référence
de manière spécifique à l'accès des terres
pour les femmes.
D'est en ouest, comme du nord au sud, les procédures pour
l'acquisition de terres pour la culture restent presque identiques
avec cependant quelques variantes suivant l'ethnie, la présence
ou non d'intervenant dans la zone et bien sûr la disponibilité
de terres. La tradition reste encore une réalité bien
qu'il existe la Réorganisation Agraire et Foncière (RAF).
Le chef de terre constitue encore un élément clef dans
l'acquisition des terres pour la culture.
4.1.1. La définition du domaine foncier et ses prérogatives
la terre constitue de plus en plus une propriété
familiale
La terre n'appartient pas à un individu mais elle est collective,
elle appartient à l'ensemble des fils du terroir. Elle constitue
un bien collectif. Dans la pratique, la terre constitue un patrimoine
familial dont l'héritage se fait de père en fils ou
d'oncle à neveu. Les femmes ne peuvent hériter du fait
du système familial patriarcat et matrilinéaire qui
prévaut dans le système burkinabè pour l'ensemble
des différentes ethnies. L'élément de base est
constitué par les hommes. Cependant dans les sociétés
gourmantché, les jeunes filles peuvent avoir une portion de
terre de leur père pour travailler. Elle peut alors cultiver
ce qu'elle veut et la récolte lui appartient. Cette terre lui
est rarement retirée ; cependant elle fera l'objet d'une distribution
dès lors que la jeune fille sera mariée.
le chef de terre un passage obligé et de plus en plus formel
Au Burkina Faso, dans presque tous les villages, on rencontre des
chefs de terre à côté des chefs de village. Les
chefs de terre sont souvent les autochtones, c'est-à-dire les
premiers occupants du village. Ce sont eux qui détiennent les
rites et coutumes liés à la terre. La distribution des
terres se fait souvent en concertation avec les chefs de village.
Mais dans les zones de l'ouest où on assiste récemment
à de fortes migrations mossi, il existe des chefs de village
qui sont mossi. Dans ces cas, les chefs de terre sont autochtones
et sont les seuls habilité à donner de la terre. Dans
ce cas, seul le chef de terre légifère pour tout ce
qui porte sur la terre.
Pour ce qui concerne les terres aménagées, le chef
de terre participe de manière formelle quand on sait que les
terres appartiennent à l'Etat. Il pourra intervenir pour que
certaines familles soient prises en compte. Ici, il ne décide
pas mais sa présence permet de maintenir encore certaines traditions
pour ce qui concerne la mise en oeuvre des terres.
une distribution en fonction du droit d'aîné
La distribution de la terre se fait au niveau des familles autochtones
en fonction de la disponibilité de la terre et de l'ordre d'arrivée
des familles. De nos jours, les propriétaires terriens affirment
avoir hériter ces terres de leurs aïeux. Et cette transmission
se poursuivra de père en fils. Pour les autres cas, il s'agit
principalement de prêt de terre.
Les aînés sont généralement mieux nantis
en terre pour ce qui est de la qualité et de la quantité.
Par ricochet, on peut facilement tirer la conclusion que ce sont les
femmes des aînés qui auront plus de facilité pour
avoir des terres que les femmes des cadets. Dans tous lse cas, les
femmes sont dans une situation d'emprunt. On observe une situation
frappante dans la société gourounsi : la première
épouse joue un rôle dans l'organisation et la redistribution
du travial au sein du ménage sinon de la concession.
les limites de l'emprunt de terre
Les femmes comme les migrants ne peuvent généralement
pas être propriétaires des terres qu'elles utilisent.
Emprunter une terre suppose un certain nombre de restrictions telles
ne pas planter des arbres sauf sur demande spéciale car la
terre peut être sujet de retrait et cela suppose aussi une faiblesse
des aménagements à effectuer sur la parcelle donà
effectuer sur la parcelle donnée. En effet, les femmes ont
relevé le fait que dès "que le propriétaire
constate que ta parcelle est productive, il a tendance à te
la reprendre quitte à te trouver une autre terre"
De ce fait les femmes sont peu enclin à procéder à
des investissements sur leurs parcelles à cause des retraits.
Les femmes restent sensibles sur cette question mais elles ne trouvent
la solution qu'en ne faisant pas d'aménagement. En effet, lors
des différentes discussions, il ressort largement que les femmes
ne veulent pas revendiquer un droit pérenne sur les terres
mais ce qui les gêne plutôt c'est le principe du retrait
souvent exercé de manières sauvage sur leurs terres
de culture par les propriétaires. Pour contourner cette situation,
certaines structures d'intervention négocie des contrats à
moyen terme pour les femmes afin qu'elles puissent y faire des aménagements
et qu'elles en puissent bénéficier.
4.1.2. La gestion de la production
La gestion de la production reste plus ou moins collective et est
représentée par l'existence des greniers familiaux.
Ces greniers contiennent le stock de vivres pour au moins une année
et ce stock est souvent fait à partir de la production céréalière
faite par les différents membres de la famille provenant des
champs familiaux.
une séparation des tâches au niveau de l'agriculture
Le système de production (économique) détermine
en grande partie l'approche des différentes catégories
de la population vis à vis de la terre. Pour une grand partie
des ethnies du Burkina, les femmes ont toujours travaillé la
terre du moins pour certaines étapes de la production des vivres
sur les champs familiaux.
En effet depuis les temps (assez lointain selon les interviewés),
les femmes s'occupaient généralement du semis et des
récoltes. Les grands travaux et le labour étaient assurés
par les hommes. Dans quelques rares ethnies telles les gourounsi ou
encore les dioula, les travaux champêtres restent l'anapage
des hommes. Les femmes s'occupaient généralement de
la cueillette et du commerce et pouvaient aussi s'occuper de leur
jardin personnel. Mais de nos jours, la différenciation des
tâches tend à s'amenuiser.
En se référant au tableau ci-dessous, on constate qu'il
y a eu des évolutions. Il est important de relever surtout
le fait que les femmes passent beaucoup plus de temps sur les champs
familiaux. Cette situation s'explique selon elles par différents
facteurs :
- les terres deviennent de plus en plus pauvres et comme alternative,
il faut étendre les champs sur de grandes surfaces
- avec les cultures de rente, les hommes ont tendance à élargir
les champs et à laisser les champs de vivres aux femmes
- les nouvelles techniques agricoles nécessitent l'utilisation
de plus de temps sur les champs.
Tableau récapitulatif des tâches
des hommes et des femmes
|
AVANT
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AUJOURD'HUI
|
|
Hommes
|
Femmes
|
Hommes
|
Femmes
|
|
Préparation du champ
|
|
Préparation du champ
|
Préparation du champ
|
|
-
|
Semis
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Semis (semoir)
|
Semis
|
|
Labour
|
-
|
Labour
|
Labour
|
|
Récolte
|
Récolte
|
Récolte
|
Récolte
|
|
-
|
Transport
|
Tranport (charrette, vélo)
|
Transport (tête)
|
l'homme pourvoyeur en nourriture pour la famille
D'une manière générale, le rôle de pourvoyeur
était dévolu aux hommes, mais les femmes sont tenues
d'apporter les condiments pour les sauces. En effet, traditionnellement,
ne dit-on en pays mossi "qu'une femme paresseuse se reconnaît
dans la qualité de sa sauce", il faut entendre par là
que la bonne sauce se rapporte à la qualité et à
la quantité des ingrédients (condiments) apportés.
Les femmes devaient soit cueillir des feuilles soit en faire la culture
sur les champs de case.
Historiquement ce sont les hommes qui devaient travailler la terre
pour nourrir la famille. Les femmes ont toujours aidé les hommes
sur les champs familiaux. En effet, selon les enquêtes individuelles
c'est avec le temps que les femmes ont acquis le droit d'avoir des
parcelles individuelles pour elles-mêmes. En effet dans la zone
de Satiri par exemple, "il y seulement vingt ans, il y avait
deux catégories de femmes de par le fait de la religion : les
femmes des maîtres coraniques ne travaillaient pas la terre.
Ce sont les élèves coraniques qui le faisaient ; les
femmes des élèves coraniques ont toujours travaillé
la terre au côté de leur mari. Avec le temps, elles se
sont réunies et ont fait pression pour avoir des parcelles
individuelles. Aujourd'hui presque toutes les femmes travaillent sur
des parcelles individuelles".
A l'inverse, chez les turka, ce sont les femmes qui constituaient
le pilier de l'agriculture. Les femmes turka ont toujours travaillé
très dur sur les champs pour nourrir la famille. Tous les gros
travaux champêtres sont assumés par elles. Aujourd'hui,
elles revendiquent de plus en plus des parcelles individuelles bien
qu'il leur reste peu de temps pour cela.
les parcelles individuelles des femmes, un fait récent
Dans certaines sociétés comme c'est le cas chez les
gourounsi, les femmes historiquement n'ont jamais travaillé
sur les terres appartenant aux hommes. De même dans l'ouest,
les femmes s'adonnaient plutôt au commerce, surtout les bobo
et les dioula.
Sur le plan de la succession des phases, on peut avoir le schéma
suivant :
- historiquement les femmes ne travaillaient pas la terre, elles
s'occupaient des activités domestiques, de la cueillette
et du ramassage des fruits ou des feuilles
- ensuite elles ont commencé à aider les maris sur
les champs familiaux en s'occupant de tâches spécifiques
- les femmes accèdent à des parcelles individuelles
pour des cultures spécifiques surtout les sauces et les cultures
de rente telle l'arachide
- les femmes font leur apparition sur les zones aménagées
sous forme de groupements
- quelques rares femmes ont des parcelles individuelles sur les
zones aménagées.
Aujourd'hui de plus en plus de femmes possèdent des parcelles
individuelles sur lesquelles elles travaillent. Cette situation est
vécue comme une incohérence par certains hommes. Ces
derniers affirment que dans la situation économique actuelle
difficile, les femmes devraient travailler durement sur les parcelles
familiaux à leurs côtés.
Dans le temps, les femmes possédaient les terres aux alentours
des concessions pour y mettre des plantes pour les condiments. Aujourd'hui,
elles cultivent beaucoup plus les céréales et aussi
de plus en plus les cultures de rente. Mais quelle analyse peut-on
faire de la situation des femmes face à l'accès à
la terre.
[sommaire]
4.2. Accès des femmes à la terre
4.2.1. Les principes de base
la femme a généralement une terre sous forme de prêt
Généralement, la femme n'a pas droit à la terre
pour toutes les sociétés étudiées ; seuls
les hommes possèdent la terre. Au Burkina plus de 59,7% des
femmes possèdent leur propre champ individuel (Plan d'action
pour l'accès des femmes aux services agricoles 1994-1998).
Pour avoir une portion de terre, la femme doit se référer
à un homme qui en général est son mari. Ce dernier
a l'obligation de lui trouver de la terre si petite soit-elle pour
ses propres cultures.
Dans les villages, la gestion des terres revient au chef de terre
qui en distribue aux différents chefs de familles. Avec le
temps, les limites des champs familiaux se dessinent. De ce fait la
gestion quotidienne revient aux différents chefs de famille
qui ont la possibilité de donner de la terre. C'est vers ces
nouveaux propriétaires que les femmes des groupements se dirigent
pour avoir de la terre.
Ches les gourmantché, l'accès à la terre des
femmes se fait par le système de rotation et de restauration
des sols. Elles se voient octroyer les terres les plus pauvres et
les moins aménagées pour l'exploitation d'une ou de
deux saisons. De ce fait, les femmes procèdent rarement à
l'aménagement de leurs terres dans la mesure où ces
terres sont susceptibles de retrait en très peu d'années.
difficile situation des femmes sur les terres aménagées
et dans les zones à forte pression foncière
Dans les zones à forte pression foncière, les terres
des femmes sont de plus en plus petites et quelquefois les femmes
ne peuvent pas avoir individuellement de la terre pour exploitation.
En effet dans les zones cotonnières de l'ouest, les terres
restent insuffisantes même pour les hommes (cas à Bérégadougou)
car les champs de coton occupent de l'espace, en outre c'est une zone
de forte migration. Les femmes travaillent généralement
sur les champs familiaux.
Pour les zones aménagées, on constate qu'au début
les femmes ont été purement et simplement oubiées.
En effet le peuplement des zones aménagées s'est fait
suivant le fait que l'on soit chef de famille ou non. De ce fait seuls
les hommes ont pu bénéficier de terres et les femmes
qui traditionnellement avaient une certaine indépendance avec
l'exploitation de champs individuels se retrouvent sans ressources
indépendantes.
Aujourd'hui on y apporte quelques corrections. Les groupements féminins
ont la possibilité d'avoir des parcelles à exploiter
communément. De même dans certaines zones, les femmes
ayant participé aux différents travaux d'aménagement
ont pu bénéficier de parcelles de cultures.
4.2.2. Les contraintes pour les femmes liées à la
production
La répartition sexuelle du travail possède des répercussions
importantes sur la productivité, les revenus et le temps de
travail (à partager entre les activités de production
et les activités de la reproduction).
la charge de travail
Les femmes constituent la principale main-d'oeuvre sur les champs
familiaux dans nos pays. En effet à peu près 91,5% des
femmes travaillent sur les champs familiaux (Plan d'action pour l'accès
des femmes aux services agricoles 1994-1998, p 19). Les femmes combinent
généralement les travaux ménagers aux travaux
champêtres et quelquefois avec des activités génératrices
de revenus.
Les calendriers effectués auprès des femmes lors des
enquêtes montrent qu'elles se lèvent dès quatre
heure du matin et ne peuvent se reposer qu'à partir de vingt
heure pendant la saison pluvieuse.
Vu cette situation structurelle, les femmes possèdent de petites
parcelles qui leur sont propres vu leur capacité des travail
sur ces champs.
Notons que dans la plupart des cas, les femmes ont seulement la possibilité
de travailler sur leur parcelle pour un temps déterminé.
La majeure partie de leur temps est consacré aux champs familiaux.
En zone mossi, elle a à peu près une heure pour s'occuper
de son champ personnel. De ce fait, elles ont de petites parcelles
dans la mesure où la dimension est fonction de la capacité
de chacune à travailler sa parcelle pour les zones ne connaissant
pas une pression foncière.
la difficulté d'accès à la main-d'oeuvre
Les enfants constituent quelques rares fois une main-d'oeuvre pour
aider les femmes sur leurs champs. L'utilisation de la main-d'oeuvre
enfantine se fait avec le consentement du mari et après les
travaux effectués sur les champs familiaux. Les filles constituent
la principale main-d'oeuvre pour les femmes. Quelques rares femmes
ayant des parcelles aménagées peuvent faire appel à
de la main-d'oeuvre payante de manière ponctuelle pour les
gros travaux. De même l'existence des prestations de cultures
par les groupements offrent une opportunité pour les femmes
de faire travailler rapidement leurs champs.
Les conditions de travail sont très difficiles car les femmes
travaillent toujours avec des instruments rudimentaires, ce qui les
fait passer un temps important pour de maigres résultats. L'énergie
utilisée est humaine et souvent après de durs labeurs
sur les champs familiaux.
le fardeau de la tradition
Ce sont les hommes seuls qui ont droit à la terre. Pour avoir
une terre, les femmes doivent nécessairement passer par un
homme. De manière tacite, les hommes doivent trouver des terres
à leurs femmes mais dans le cas des pressions foncières
elles ne peuvent accéder aux terres de manière personnelle
ou tout au plus, elles ont de petites parcelles de terres pauvres,
dénudées. Les populations affirment que les femmes n'ont
pas droit à la terre parce que ce sont des étrangères
(chez le père comme chez le mari).
De même, les hommes ne se sentent pas prêts aujourd'hui
encore à concéder des terres aux femmes pour toujours.
Cette situation s'explique aussi par le fait que la femme constitue
une main-d'oeuvre non négligeable pour la production familiale
et cette situation permet aux hommes de maintenir les femmes dans
une situation de dépendance vis-à-vis du grenier familial.
A l'inverse, la question importante qui se pose reste à savoir
si les femmes sont prêtes pour revendiquer des terres aux hommes
et sous quelle forme ?
de petites parcelles ou des parcelles dénudées
Les sols s'appauvrissent de plus en plus et les villageois vont de
plus en plus loin pour cultiver. Les femmes travaillent alors sur
les terres fatiguées et délaissées lorsque les
terres restent insuffisantes. Dans certains cas, elles travaillent
seulement sur les terres des hommes.
Dans les zones mossi, les femmes sont amenées à travailler
de plus en plus loin des villages. Pour cela, elles effectuent quatre
à six kilomètres pour y arriver et il leur reste peu
de temps pou y travailler et ensuite repartir à la maison pour
exécuter les autres travaux domestiques.
le cas spécifique des terres aménagées
Très peu de femmes ont accès aux terres aménagées.
Les femmes sont conscientes de leur situation mais en aucun cas elles
n'expriment leur mécontentement à l'endroit des hommes
ou des autorités.
Et pour les hommes, les femmes qui y travaillent devraient cultiver
des légumes plutôt que des cultures vivrières.
De même, les parcelles des femmes ne doivent pas être
aussi importantes que celles des hommes. Ils s'expliquent par les
termes suivants "l'homme est chef de l'ensemble de famille et
la femme n'a qu'elle-même à prendre en charge et pour
cela, il faut que les femmes soient en groupement pour accéder
à une parcelle".
Historiquement les terres aménagées par l'Etat ont
été exclusivement distribuées aux chefs de familles
qui sont généralement des hommes. Avec le temps les
femmes ont pu acquérir des terres à côté
de celles des hommes. Mais il est à remarquer que de nombreuses
femmes travaillent pour leur mari sur les parcelles aménagées.
Dans ce cadre, des femmes ont pu travailler de manière informelle
(occupation sauvage) sur les portions deleur mari en y cultivant des
plants de sauce pour la consommation familiale.
Aujourd'hui de plus en plus de femmes travaillent sur des terres
amnénagées de manière sommaire ou non.
Un certain nombre de conditions est requis pour accéder aux
terres aménagées :
- participer régulièrement aux travaux de construction
du périmètre aménagé
- être mariée
- verser une certaine somme déterminée.
Le fait de la participation effective aux travaux d'aménagement
constitue une réelle contrainte pour les femmes dans la mesure
où elle a de multiples occupations et ne pourraient être
disponible pendant un long temps.
Tableau synthétique d'accès
à la terre par les femmes
en fonction de la situation matrimoniale
|
Catégorie de femme
|
Constats par rapport à
la terre
|
|
Jeune fille
|
Pas de terre spécifique, les jeunes filles
travaillent sur le champ familial et constitue une aide importante
pour le champ de la mère. C'est seulement dans le Gourma
que l'on constate que les jeunes filles peuvent bénéficier
de terre de la part du père qui sera redistribuée
dès lors qu'elle sera mariée.
|
|
Femme nouvellement mariée
|
Pas d'enfant, pas de charge. Le mari assure
tous les besoins de la femme. Elle n'a pas de parcelle individuelle
et n'en demande pas encore. Elle constitue une aide importante
pour le champ familial et quelquefois comme aide pour la belle-mère
dans les travaux champêtres pour cette dernière
|
|
Femme ayant quelques années
de mariage
|
Elle est considérée comme faisant
partie réellement du village. Elle a des enfants, ses
charges augmentent et de moins en moins le mari prend en considération
ses besoins et même quelquefois celui des enfants. Elle
a un champ individuel et elle continue à travailler sur
le champ familial. Les enfants constitue une main-d'oeuvre considérable
pour elle.
|
|
Femme vieille (ménopausée
ou non) ayant de belles-filles
|
Elle est un peu plus indépendante. Ses
enfants sont aussi plus ou moins indépendants. Dans la
plupart des cas, elle acquiert une parcelle plus importante.
Elle ne fournit plus de travail sur le champ collectif. Pour
son champ, ses belles-filles et ses fils peuvent lui fournir
des appuis.
|
[sommaire]
4.3. La place des femmes dans le système de production
4.3.1. Les exploitations familiales
Les exploitations familiales sont plus ou moins grandes suivant la
taille de la famille mais aussi la nature des cultures. Les cultures
de rente (coton) occupent de grands espaces dans l'ouest au détriment
des cultures vivrières. Les femmes sont de plus en plus sollicitées
pour la production des vivres.
Tous les membres de la famille travaillent sur les champs familiaux
et cette production sert à les nourrir durant toute l'année.
Les femmes ont la possibilité après le travail des champs
collectifs d'aller travailler sur leurs champs personnels. Ce travail
sur les champs personnels des femmes, du fait de leur charge de travail,
peut ne pas être régulier. Les champs des femmes sont
souvent mal débroussaillés. Le temps imparti pour travailler
sur les champs des femmes dépendant de plusieurs facteurs résumés
de la manière suivante :
|
Variables
|
Observations
|
|
Cultures vivrières uniquement
|
Les femmes disposent de peu de temps pour aller
travailler sur leur champ personnel soit une fois par semaine
(gourmantché) et dans l'après-midi et très
tôt le matin (mossi). La grandeur des champs des femmes
sont fonction de leurs capacités physiques et de la disponibilité
en terre et de la main-d'oeuvre enfantine (féminines
bien entendu). Les femmes possèdent leurs propres greniers
et les revenus obtenus leurs appartiennent personnellement
|
|
Une importance accordée
à la culture de rente comme c'est le cas dans la zone
ouest avec la production du coton
|
Les parcelles individuelles des femmes sont
assez petites. Les femmes deviennent les principales productrices
de vivres sur les champs de famille. Elles constituent en outre
une main-d'oeuvre importante pour la culture de rente effectuée
par le mari. La gestion de la production reste fortement entre
les mains des hommes.
|
|
Dans les zones aménagées
où les familles ont été déplacées
|
Les femmes ont été souvent oubliées
et elles forment une main-d'oeuvre pour les hommes. Avec l'avènement
de la révolution les groupements féminins ont
pu avoir des parcelles dans les zones aménagées.
Les femmes veuves peuvent hériter de la parcelle de leur
défunt mari
|
|
Les femmes avec des coépouses
|
Les femmes affirment avoir plus de liberté
pour travailler sur leurs champs personnels dès lors
qu'il existe des coépouses. Le système de rotation
pour les travaux domestiques leur permet de consacrer plus de
temps à leurs activités personnelles notamment
le champ.
|
Aujourd'hui, les femmes prennent en charge une partie du fonctionnement
des familles. Sollicitées comme aide sur les champs familiaux,
les vivres produits par les femmes personnellement servent souvent
de stock de sécurité. En effet, les femmes affirment
dans le plateau mossi que la ration octroyée par les hommes
pour la cuisine reste très insuffisante ("ce n'est de
la faute des hommes, il ne pleut pas assez") et elles ont l'obligation
de complèter cette ration, du moins pour nourrir ses enfants
,par sa propre production.
En outre, les hommes se tournent de plus en plus vers les activités
agricoles rapportant de l'argent. Ce sont les femmes qui doivent pourvoir
en nourriture pour toute la famille.
4.3.2. Le niveau d'équipement et de productivité
Les besoins d'équipement sont aussi importants pour les
deux sexes
De manière générale, l'agriculture reste traditionnelle
et fortement dépendante des aléas climatiques. Les houes
et les dabas constituent les principaux outils pour une agriculture
extensive sur brûlis, même si ça et là,
on constate des innovations culturales.
Cependant depuis 1989, le Burkina Faso s'est doté d'un système
de vulgarisation agricole pour l'ensemble du territoire. De manière
spécifique, le pays s'est doté d'un plan national pour
l'accès des femmes aux services agricoles 1994-1998. L'élaboration
de ce plan a permis à chaque structure régionale du
MARA (CRPA) de se doter d'un plan d'action dans lequel on doit favoriser
l'accès des femmes aux services de vulgarisation.
La vulgarisation a eu des résultats certains sur le plan organisationnel
et technique surtout pour les hommes et faiblement pour les femmes.
Depuis quelques années, on note des aménagements sur
les terres de cultures surtout sur le plateau mossi. Avec l'appui
technique et financier d'intervenants, des villageois érigent
les cordons pierreux sur leurs champs afin de préserver le
sol de l'érosion. Les activités CES se multiplient essentiellement
avec les hommes.
Les hommes = centre de décision en matière d'équipements
L'homme est le centre de décision au niveau du ménage
dans l'acquisition des outils de travail et dans l'organisation du
travail ainsi que la gestion de la production. Généralement
c'est le mari qui achète les outils de travail. Les femmes
pouvant s'acheter des charrues doivent dans un premier temps le décider
avec le mari.
Il est à remarquer que si les équipements agricoles
demandent une certaine disponibilité financière, il
existe un petit hic pour les femmes. Les outils de travail agricoles
portent sur les différentes tractions portant sur des animaux
tels les boeufs ou les ânes. Les femmes sont rarement propriétaires
de tels animaux.
Les structures d'appui à l'équipement pour les hommes
De même les structures d'appui pour les crédits équipements
ont orienté leurs interventions sur les hommes car ce sont
eux qui font les cultures de rente et donc susceptibles de pouvoir
honorer leur crédit. La CNCA constitue la principale institution
financière pour les paysans. Mais elle travaille souvent à
travers la SOFITEX. Ce qui limite une participation des femmes.
Les femmes ont faiblement accès à la technologie afin
d'augmenter leur productivité. Cette situation peut s'expliquer
de deux façons :
- L'organisation et la gestion au niveau du ménage qui met
en arrière plan les femmes pour les prises de décision
par rapport aux nouvelles technologies mais aussi par rapport aux
outils de travail.
- La politique de vulgarisation appliquée par les structures
étatiques et les structures non gouvernmentales.
L'accessibilité aux outils de travail moderne suppose des
ressources financières assez importantes. On remarque cependant
que les femmes exerçant des activités commerciales rentables
(dolotières), s'équipent plus facilement, surtout pour
ce qui concerne les moyens de transport.
Les femmes sont généralement bien pauvres et elles
assument une multitude de responsabilités financières
au niveau du foyer qui ne leur permettent pas d'accumuler de l'argent.
Il leur est de plus en plus difficiles d'avoir des économies.
Elles ont peu d'argent propre pour accéder à la charrue.
Il faut passer par les groupements pour y accéder.
Au niveau des groupements, le petit crédit est octroyé
pour mener des activités génératrices de revenus.
Le taux octroyé est bien faible et les femmes ne peuvent pas
compter sur les bénéfices pour améliorer les
conditions de travail dans les champs. Seul le PDISAB à travers
sa politique de sécurisation foncière pour les femmes
a essayé de privilégier les femmes. Le matériel
pour les femmes sont subventionnés à 75% contre 40%
pour les hommes. Résultats les hommes ont essayé de
contourner cette règle en s'alignant derrière les femmes.
Les femmes constituent des utilisatrices des nouvelles technologies
surtout pour les outils de travail, mais elles les utilisent dans
les champs familiaux. Mais par le système de prêt qui
est de mise dans les villages, les femmes utilisent quelques outils
modernes pour labourer leurs champs. Les femmes ont de plus en plus
accès à l'information et à la formation sur les
nouvelles techniques mais restent très peu des utilisatrices
sur leurs champs.
Tableau synthétique par rapport
aux nouvelles technologies dans le temps
|
Années
|
Activités initiées
|
Résultats obtenus
|
|
1965
|
Mise
en place des ORD, création de la cellule d'animation féminine |
Accroissement des revenus des femmes, initiation
d'activités dites féminines (couture, tissage,
cuisine,
)Santé maternelle et infantile
|
|
1985
|
Formation
des animatrices en agriculture |
Accroissement des groupements féminins.
Plus de femmes touchées par la vulgarisation agricoleDe
120 animatrices en 1966, on a plus de 300 de nos jours
|
|
1989
|
Adoption d'une politique
nationale de vulgarisation agricole |
Seulement 15% des femmes ont pu accéder
à des services de vulgarisationFormulation de projets
et de programmes spécifiques pour les femmes dans le
domaine agricole
|
|
1994-1997
|
Plan d'action national
pour l'accès des femmes aux services agricoles |
Document de référence pour travailler
en direction des femmes
|
4.3.3. Les périmètres aménagés
Les femmes ont accès à ces zones à travers les
structures d'intervention.
De par la situation pluviométrique du Burkina, la possibilité
de pouvoir travailler pendant la saison sèche constitue une
opportunité autant pour les femmes que pour les hommes. Le
maraîchage constitue une alternative très recherchée.
Les femmes ont souvent accès aux terres de manière
collective. Mais de plus en plus avec la mise en place des projets
et ONG travaillant dans le domaine du mariage, on rencontre des périmètres
féminins. Ces terres ont été attribuées
au groupement de femmes. Mais dans les faits, les parcelles sont distribuées
individuellement entre les femmes. Dans les autres zones maraîchères
dominées par les hommes, une parcelle ou plus est généralement
attribuée aux groupements des femmes. Les femmes travaillent
généralement sur des parcelles maraîchères
pour la production du riz ou des légumes. Les outils de travail
restent encore rudimentaires (pioche, daba) et les nouveaux instruments
appartiennent généralement à l'ensemble du groupe.
[sommaire]
V. LES STRUCTURES D'INTERVENTION
5.1. Les intervenants dans le domaine agricole
Historiquement, les femmes ont été oubliées
ou plutôt dissipées dans les actions de développement
pour les questions agricoles avec la prise en compte seulement du
chef de ménage
Depuis 1966, des efforts ont été faits dans ce sens
et aujourd'hui plus de trois cents agents féminins travaillent
dans le domaine agricole avec les femmes. Cette prise en compte des
femmes s'est en outre traduite dans la multiplication de groupements
féminins à travers le Burkina. Ils sont assez divers
tant au niveau étatique que parmi les projets.
D'une manière générale, la vulgarisation s'est
effectuée en direction des hommes parce que se sont eux les
propriétaires terriens alors que les femmes travaillent beaucoup
dans l'agriculture. Les champs école ou champs de démonstration
se sont faites avec les hommes. Les intervenants dans le domaine agricole
soulignaient un certain nombre de difficultés à travailler
avec les femmes.
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5.2. Les problèmes rencontrés
au niveau des activités culturales
Les activités de vulgarisation technique doivent aboutir à
des changements des manières de travailler, de se comporter
alors que le centre de décision se trouve seulement au niveau
des hommes. Les femmes avant de faire des aménagements doivent
se référer à leur conjoint ou au priopriétaire
de la parcelle.
Les activités de vulgarisation ont pour effet d'augmenter
sensiblement la demande de travail supplémentaire pour les
femmes en faveur des hommes. Les activités de CES demandent
beaucoup de disponibilité et de la force de travail, ce qui
reste difficile pour les femmes. Cette situation se traduisant souvent
par une faible participation des femmes. Notons que les villages sont
en général dépourvu d'équipements pour
l'allègement des tâches des femmes (moulin, puits).
au niveau des équipements agricoles
L'acquisition des équipements agricoles se fait généralement
à travers les différents crédits octroyés
par les structures travaillant dans le domaine agricole. Depuis les
trois dernières années, l'Etat commence à se
désengager dans l'appui à l'équipement à
stravers le CRPA. Les paysans ont maintenant recours aux institutions
financières ou à travers les ONG. Un certain nombre
de critères d'octroi sont alors demandés entre autre
la possibilité de garantir un bien. Cette situation défavorise
encore les femmes.
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5.3. Les stratégies d'intervention des structures
La vision à travers les groupements féminins
Pour atteindre les femmes, les stuctures ont opté de travailler
avec les groupements féminins. Ces organes permettent de transcender
certaines limites inhérentes à la position des femmes.
A travers le groupement, les femmes peuvent prendre certaines décisions
très importantes qui peuvent avoir des effets sur leur ménage.
De même, dans le cadre de l'octroi des crédits équipements,
le groupement constitue la caution solidaire. Cette sitation permet
aux femmes individuellement d'avoir du matériel agricole.
Il reste nécessaire de noter que les équipements en
direction des femmes portent faiblement sur le matériel agricole.
Les femmes sont plutôt demandeuses d'équipement pour
l'allègement des tâches domestiques.
octroi des terres pour dix à vingt ans (PDISAB, Promo Femmes
et Développement)
De par la situation des femmes par rapport à la terre, très
peu de structures ont opté de travailler dans ce domaine avec
les femmes. Cependant quelques ONG ont fait des tentatives heureuses
: la mise en place d'un contrat ! Le principe de base est d'établir
un contrat écrit de jouissance de terre pour les femmes pendant
une période déterminée sans une possibilité
de retrait. Ce contrat étant souvent établi avec les
représentants des structures coutumières et l'administration
ainsi que le préfet.
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CONCLUSION
Cette étude permet de relever un certain nombre de constats
importants qui devront orienter les actions de promotion pour les
femmes par rapport à un meilleur accès à la terre.
La situation de la femme à la terre n'est pas très critique
mais elle s'accompagne d'effets pervers.
oubli des femmes dans la règlementation traditionnelle
et moderne
La règlementation en vigueur pour l'accès à
la terre reste celle éditée par les coutumes. En plus
la RAF ne spécifie pas des conditions d'accès spécifiques
pour les femmes. Pourtant on sait que la femme ne vit pas les mêmes
situations que les hommes vis-à-vis de la terre (cf plan national
d'action pour l'intégration des femmes au développement,
les différents discours politiques en faveur des femmes).
La tradition n'a généralement pas oubliée les
femmes au sens le plus strict. Les femmes ont accès à
la terre. Les hommes ont une obligation morale de trouver de la terre
pour leur femme. En revanche la femme constitue une main-d'oeuvre
importante pour cette agriculture domestique et peu développée.
l'accès des femmes à la terre, un moyen de contrôle
exercé par les hommes sur les femmes
L'analyse de la situation des femmes par rapport au foncier reste
complexe et divers suivant les ethnies. Mais il ressort franchement
que la terre constitue au Burkina Faso un moyen de contrôle
que les hommes exercent sur les femmes, surtout lorsque de manière
tacite la tradition reconnaît le droit d'avoir une parcelle
individuelle à la femme. Les raisons suivantes peuvent être
énoncées :
- la femme constitue une aide importante pour l'agriculture familiale.
Les hommes riches et importants s'évaluent outre les critères
de naissance en terme de capacité d'autosuffisance alimentaire.
Le travail effectué par la femme pour les femmes est sous
évalué ou plutôt occulté par l'existence
de ces greniers familiaux. Leur gestion revient généralement
à l'homme.
- Le système de répartition et de travail de la terre
permet de maintenir la femme sous la dépendance économique
de l'homme. Bien que les homnmes reconnaissent que la production
du champ personnel des femmes servent essentiellement à la
famille, "c'est eux qui donnent à manger aux femmes".
La femme divorcé perd automatiquement le bénéfice
de sa terre.
les terres de qualité pour les hommes
Le problème d'accès à la terre se pose généralement
dans le cas de la pression foncière mais aussi pour les femmes
des migrants. Sinon les femmes ont accès à la terre.
Le problème principal des femmes par rapport à la terre
porterait surtout sur la qualité de la terre octroyée.
De même les femmes ont difficilement accès aux terres
aménagées. Aucune condition par rapport aux critères
d'attribution ne prend en compte la situation spéciale des
femmes. Bien au contraire, cela contribue à la mettre de côté
! Si les femmes sont conscientes de cette situation, elles n'en prennent
pas conscience de manière collective. De même , tout
en constatant une protestation silencieuse, elles ne se sentent pas
capable d'aller à l'encontre de la pratique. Elles acceptent
leur situation d'être une éternelle étrangère
! Cette situation pourrait aussi s'expliquer par le faible niveau
d'alphabétisation des femmes.
l'accès des femmes à la terre, un fait structurel
Plusieurs raisons expliquent cette situation.
- Les femmes ont le devoir de travailler d'abord pour les champs
familiaux. Les semis des champs collectifs doivent être terminés
avant que les femmes ne puissent le faire sur leur champ personnel.
De ce fait, elles ne peuvent pas cultiver certaines variétés.
- Les femmes disposent de peu de temps et de main-d'oeuvre pour
les travaux sur la terre. Même dans le cas où elle
demanderait une grande portion de terre, elle ne pourrait la cultiver.
La charge domestique de la femme constitue un facteur limitant.
Les femmes choisissent généralement de travailler
sur de petites parcelles de terre. Peut-elle alors prétendre
à l'équipement ?
Les femmes comme les hommes ont faiblement accès à
la technologie. La situation est encore plus difficile pour les femmes.
Il faut distinguer aux moins deux situations :
- Le matériel agricole : les femmes sont peu propriétaires
d'outils de travail du fait que d'une part la prise de décision
est faite par l'homme et d'autre part, elle a peu de moyen pour
y accéder. Les structures d'intervention ont plutôt
misé sur la technologie d'allègement des tâches
et le petit crédit pour les activités génératrices
de revenus des femmes. Il existe à cet effet un Fonds aux
activités génératrices des Femmes.
- La vulgarisation agricole a été principalement
dirigée vers les hommes, ce qui ne signifie pas que les femmes
ne les appliquent pas sur les champs familiaux. Des efforts ont
été faits dans le sens de la prise en compte des femmes
depuis quelques années. Mais les femmes restent surchargées
pour pouvoir participer pleinement aux activités de sensibilisation.
Car dans de nombreux villages encore, il n'existe pas de moulin
ni de forage.
Les femmes sont généralement peu demandeuses de technologie
de par la nature de leurs champs et du fait qu'elles ont difficilement
accès aux formations. Mais force est de constater qu'elles
constituent dans une portion très raisonnable, des bénéficiaires
indirects.
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LES RECOMMANDATIONS
Les recommandations s'appuient largement sur les conclusions de l'étude
et portent sur trois aspects.
Recommandation no. 1
Une relecture de la RAF s'impose dans la mesure où les textes
ne font pas mention des distinctions de sexe. Il faudrait de manière
volontariste proposer des lois qui permettent aux femmes d'avoir
un accès pérenne à la terre
Recommandation no. 2
Les femmes connaissent des situations fort difficiles pour avoir
de la terre sur les zones aménagées. Il devient urgent
de revoir les critères d'éligibilité des occupants
des parcelles.
Recommandation no. 3
La productivité des champs dans notre système agro-foresterie
précaire et fragile dépend en général
de la superficie de terre cultivée et des techniques culturales.
Les femmes pourront avoir de grandes parcelles à partir du
moment où elles seront quelque peu déchargées
des activités domestiques. Il devient important de pourvoir
les villages en technologie d'allègement (moulins, charrettes,
forages,
).
Recommandation no.4
Les structures intervenant dans le domaine agricole devraient épouser
l'approche genre et surtout développer des mesures d'accompagnement
pour permettre aux femmes de mieux participer (le moment de la vulgarisation,
le lieu
).
Recommandation no. 5
Pour mieux stimuler la productivité des femmes, il faut que
l'Etat valorise les types de cultures faites par les femmes quand
on sait que les cultures rentables sont accaparées par les
hommes.
Recommandation no. 6
Les femmes manquent de confiance en elles-mêmes et ont une
image négative d'elles-mêmes. Il est important de leur
redonner confiance surtout à travers les formations techniques
et l'alphabétisation.
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