RAPPORT DE LA SIXIEME CONFERENCE REGIONALE AFRICAINE SUR LES FEMMES
SUR L'EXAMEN A MI-PARCOURS DES PLATEFORMES D'ACTION DE DAKAR ET DE BEIJING,
22-26 NOVEMBRE 1999, ADDIS ABEBA, ETHIOPIE
F. PRESENTATION DU PROCESSUS D'EVALUATION (point 4 de l'ordre du
jour)
50. La sixième Conférence régionale africaine sur
les femmes est une réunion intergouvernementale statutaire dont
l'objectif principal est d'évaluer les progrès accomplis
dans la mise en uvre de la Plate-forme d'action adoptée
à Dakar en 1994 et du programme d'action défini à
Beijing en 1995 pour la promotion de la femme. En raison des contraintes
de temps, la présentation du processus d'évaluation n'a
pas été faite en plénière. Toutefois, le
processus s'est poursuivi tout au long des exercices d'évaluation
pendant les quatre jours de la Conférence.
[sommaire]
G. EVALUATION THEMATIQUE DE LA MISE EN OEUVRE DES PLATES-FORMES D'ACTION
DE DAKAR ET DE BEIJING (point 5 de l'ordre du jour)
51. Les représentants de la CEA, les mécanismes nationaux,
les organisations non gouvernementales nationales et internationales,
les universités et les organismes des Nations Unies ont pris
part à ces évaluations thématiques. Les résumés
des rapports d'évaluation préliminaires ont été
utilisés pour faciliter les discussions lors des douze journées
pleines consacrées aux activités parallèles menées
en atelier. Les ateliers ont examiné les domaines critiques de
la plate-forme d'action africaine.
52. Un consensus s'est dégagé sur le fait que les mécanismes
institutionnels fonctionnels, les programmes pertinents adaptés
au contexte, l'affectation réaliste de ressources, les cadres
politiques clairs et la mise au point de mécanismes d'audit et
de suivi sont essentiels si l'on veut mettre en uvre des actions
stratégiques. Les participants ont exprimé leurs préoccupations
face aux effets néfastes de la pandémie du VIH/SIDA, des
conflits civils et de la mondialisation, toutes choses qui limitent
la capacité des pays à traduire dans les faits les intentions
et déclarations contenues dans les plate-formes de Dakar et de
Beijing. Ils ont souligné l'importance d'une intégration
effective des questions de parité dans les programmes en tant
que stratégie institutionnelle fondée sur une double approche,
dont le premier volet devrait être axé sur des interventions
spécifiques et ciblées visant à renforcer le pouvoir
des femmes dans des domaines critiques particuliers, tandis que le second
devrait permettre de mener une analyse politique institutionnelle systématique
à partir d'une perspective " genre".
53. Environ 44 % de la population africaine, dont l'immense majorité
est constituée de femmes, vivent en dessous du seuil de pauvreté
de 39 dollars (par habitant) et par mois. Le fardeau disproportionné
de la pauvreté qui pèse sur les femmes dans le continent
n'a cessé de s'alourdir depuis 1995 tant en termes absolus que
relatifs. Dans l'élaboration des politiques et programmes macro
et micro-économiques et des stratégies de développement,
on a rarement tenu compte de l'impact qu'ils pouvaient avoir sur les
femmes et les petites filles, notamment celles qui vivent dans la pauvreté.
Même dans les pays où les indicateurs nationaux montrent
des améliorations, bon nombre de femmes en zone urbaine, et la
majorité des femmes en milieu rural, continuent de vivre dans
des conditions caractérisées par le sous développement
économique et la marginalisation sociale. Lors de l'atelier sur
les femmes, la pauvreté et la responsabilisation économique,
les participants se sont accordés à reconnaître
que les femmes ont un rôle capital à jouer dans l'économie
et dans la lutte contre la pauvreté. Ils ont souligné
la nécessité d'accélérer la mise en uvre
des actions visant à réduire la pauvreté à
travers l'élaboration de politiques et de programmes macro et
micro-économiques destinées à aider les femmes.
En outre, des lois et des pratiques administratives favorisant l'exercice
des droits
des femmes et leur accès aux ressources, sur un pied d'égalité
avec les hommes, devraient être mises en uvre. L'atelier
a souligné la nécessité de renforcer les capacités
institutionnelles pour permettre l'application effective des méthodes
de réduction de la pauvreté fondées sur la parité
entre les hommes et les femmes.
54. L'Afrique détient le taux d'analphabétisation le
plus faible au monde, soit 50 %, et ce taux demeure encore plus élevé
chez les femmes. La participation des femmes et des filles à
la science et à la technologie et leur visibilité dans
ces domaines seraient également marginales. Les participants
à l'atelier sur les femmes, l'éducation, la formation
et l'accès à la science et à la technologie ont
noté que les constitutions nationales reconnaissent l'éducation
comme un droit humain et comme un facteur essentiel à la réalisation
des objectifs d'égalité, de développement et de
paix. Les pays mettent de plus en plus l'accent sur les politiques et
programmes qui privilégient l'enseignement de la science et de
la technologie dans les écoles, notamment en faveur des filles.
Toutefois, la discrimination à l'égard des filles en ce
qui concerne l'accès à l'éducation persiste. Cette
situation est due aux attitudes traditionnelles négatives, à
l'enseignement et au matériel didactique sexistes et à
l'insuffisance des compétences et des ressources humaines, financières
et physiques. Les participants ont souligné la nécessité
de promouvoir une politique active et visible d'intégration de
la perspective " genre " dans tous les plans et programmes.
A cet effet, il importe de mener une analyse de l'impact que les facteurs
suivants ont respectivement sur les femmes et sur les hommes : acquisition
de compétences techniques, programme scolaire, accès et
rétention, mass-média et affectation des ressources.
55. Les contextes socio-économique et culturel dans lesquels
les gouvernements africains, les organisations nationales, sous-régionales
et internationales élaborent leurs stratégies de mise
en uvre des plate-formes d'action de Dakar et de Beijing posent
un certain nombre de défis. Les participants à l'atelier
sur les femmes, la famille et la socialisation ont souligné le
rôle central de la famille dans la promotion des objectifs d'égalité
et d'équité entre les hommes et les femmes. En tant qu'unité
de base de la société, la famille est un agent essentiel
de la socialisation et de l'émergence des rapports de force entre
les hommes et les femmes. L'atelier a souligné la nécessité
de renforcer la stabilité de la famille en tant qu'institution.
Les participants ont également mis l'accent sur la nécessité
de promouvoir la sensibilisation au sujet des valeurs intériorisées
de la domination masculine qui aggravent la subordination des femmes,
aussi bien dans le domaine public que privé. La priorité
devrait donc être donnée aux programmes qui accordent la
même importance aux femmes et aux hommes. Il s'agit notamment
de la mise en place de cadres juridiques et de codes de la famille,
de la couverture médiatique et de la recherche participative.
56. Les gouvernements africains ont déjà ratifié
les instruments relatifs aux droits de l'homme, notamment la Convention
pour l'élimination de toutes les formes de discrimination à
l'égard des femmes et la Convention relative aux droits de l'enfant
et en ont adopté les protocoles pertinents. Les participants
à l'atelier sur les droits légaux et humains de la femme
ont relevé des réalisations significatives comme la promulgation
de constitutions et de lois progressistes et l'amélioration des
cadres politiques dans un certain nombre de pays. Les initiatives sous-régionales
montrent également qu'ils existent effectivement des cadres politiques
et législatifs efficaces pour la mise en uvre des plate-formes
d'action. Toutefois, face à une discrimination qui continue de
jure et de facto contre les femmes subsistant ce phénomène
est dû à une combinaison de facteurs, notamment la coexistence
de deux ou trois systèmes juridiques et la faible volonté
politique par rapport à la mise en uvre des plate-formes.
Il a été constaté qu'un certain nombre de pays
n'ont pas encore soumis de rapports aux organismes de suivi. La protection
effective et durable des droits humains de la femme nécessite
des ressources adéquates et une synergie des actions d'appui.
Les participants ont recommandé une mise en uvre renforcée
des législations et des cadres politiques qui tiennent compte
des questions de parité. Ils ont également demandé
que soient levées les réserves émises sur les instruments
relatifs aux droits de l'homme.
57. La production et la diffusion de données et d'informations
ventilées par sexe en vue de la planification et de l'évaluation
sont essentielles à la mise en uvre effective des politiques
et programmes en faveur des questions de parité. Les participants
à l'atelier sur les données désagrégées
par sexe ont noté que les statistiques sur les questions de parité
vont au-delà d'une simple catégorisation hommes-femmes.
L'accent devrait être sur les questions qui intéressent
particulièrement les femmes et les hommes, les filles et les
garçons et qui touchent à leurs rôles respectifs
dans la société. Les participants se sont accordés
sur le fait que les statistiques concernant les individus devaient être
compilées, analysées et présentées par sexe
et par âge et reflétées les problèmes et
les questions touchant respectivement les femmes et les hommes dans
la société. A cet égard, il faut une méthode
de progression systématique allant de la statistique de base
vers un niveau général de comptabilité nationale.
Il importe également de créer des cadres législatifs
et politiques permettant de tirer parti des capacités des organismes
chargés des statistiques nationales, des centres d'étude
pour les femmes, des instituts de recherche et des organisations internationales.
Les actions devraient viser le développement et permettre de
tester les indicateurs appropriés et les méthodologies
de recherche avec pour objectif de renforcer l'analyse et le suivi des
questions de parité et d'évaluer la mise en uvre
des objectifs du programme d'action. La fourniture des ressources humaines
et financières suffisantes en est également un préalable
important.
58. La participation des femmes, sur un pied d'égalité
avec les hommes, à la vie politique et à la prise de décisions
joue un rôle important dans le processus général
de promotion de la femme. L'atelier sur l'accès des femmes aux
responsabilités politiques a convenu que l'égalité
dans le processus de prise de décision politique joue une fonction
de levier sans laquelle les décideurs gouvernementaux risquent
de ne pas entreprendre l'intégration effective des questions
de parité dans les politiques. Les participants ont relevé
que les rapports de force qui empêchent les femmes de jouer un
rôle pleinement actif en politique agissent à plusieurs
niveaux de la société, aussi bien individuel que public.
Il a été souligné que les stratégies visant
à accroître la participation des femmes en politique comme
les systèmes de quota, les mesures volontaristes en faveur des
femmes et les réformes constitutionnelles et juridiques aboutissent
aux résultats escomptés si elles sont accompagnées
de mesures contraignantes et de mécanismes de renforcement des
capacités du gouvernement et de tous les partis politiques. La
question fondamentale qu'il convient d'examiner à cet égard
est la gestion efficace des programmes en vue de garantir l'accès,
la participation et la transformation des cadres opérationnels
et juridiques.
59. Cinq ans après Beijing, les femmes africaines ont un besoin
spécifique dans le domaine des stratégies de santé.
Les participants à l'atelier sur les femmes, la santé,
la reproduction, la planification familiale et la population ont noté
un certain nombre de défaillances dans les politiques et programmes
nationaux de santé et les mécanismes institutionnels des
pays. Un consensus s'est dégagé sur le fait que le taux
accéléré de mortalité infantile et l'impact
de la pandémie du VIH/SIDA continuent de priver la femme africaine
d'une bonne santé physique et mentale. A cet égard, les
participants ont souligné la nécessité d'adopter
des politiques et pratiques non discriminatoires et de mettre en place
des programmes multi-sectoriels pour garantir le droit des femmes à
accéder aux niveaux de santé les plus élevés
tout au long de leur vie au même titre que les hommes.
60. Les années de conflits prolongés entre Etats en Afrique
ont eu un effet destructeur sur les populations et les infrastructures
socio-économiques du continent. Le cycle de la violence a entraîné
des fractures sociales, politiques et psychologiques profondes. Les
femmes et les enfants sont les principales victimes de la résurgence
des conflits, des préjudices ethniques et religieux et du sentiment
croissant d'insécurité aux niveaux des ménages
et de la communauté. Sur environ vingt millions de réfugiés
recensés dans le monde, 35 % se trouvent en Afrique, dont au
moins 80 % de femmes et d'enfants. L'atelier sur les femmes et la paix
a noté que cette tendance compromet des décennies de progrès
économique, aggrave la pauvreté, en particulier chez les
femmes, et entrave le développement durable. Les femmes africaines
ont cependant commencé à jouer un rôle important
dans les initiatives et structures en faveur de la paix. Le Comité
des femmes africaines pour la paix, composé exclusivement de
femmes, en est un exemple éloquent. Les participants se sont
accordés à reconnaître que pour que les femmes africaines
jouent un rôle égal à celui des hommes en matière
de sécurité et de maintien de la paix, il faudra les responsabiliser
sur les plans politique et économique. Les femmes doivent également
être suffisamment représentées à tous les
niveaux de prise de décisions.
61. Les femmes africaines ont joué un rôle essentiel dans
la gestion des ressources naturelles à travers la mise au point
de modes de production durables et soucieux de l'environnement. Cette
situation a été relevée lors de la Conférence
des Nations Unies sur l'environnement et le développement et
au cours des diverses conférences de suivi. L'atelier sur les
femmes et l'environnement a noté que les femmes africaines dépendent
essentiellement de l'environnement et des ressources naturelles pour
leur subsistance. Comme la dégradation de l'environnement continue
d'être un problème majeur en Afrique, les femmes continuent
également de souffrir, en particulier en ce qui concerne la production
agricole et la gestion du foyer. Les participants ont convenu qu'il
est nécessaire de s'assurer que les expériences et les
compétences techniques que possèdent les femmes dans les
domaines de la gestion et de l'utilisation des ressources naturelles
sont mises à contribution dans l'élaboration des politiques
sur les programmes de protection et de réhabilitation de l'environnement.
Les femmes doivent également participer au processus de prise
de décisions à tous les niveaux.
62. La Plate-forme de Dakar et le Programme d'action de Beijing assignent
une lourde responsabilité aux gouvernements en ce qui concerne
les activités de mise en uvre, de coordination et de suivi.
L'atelier sur les mécanismes institutionnels a défini
le mécanisme national comme une structure unique ou un ensemble
de structures mises en place par un pays pour promouvoir l'égalité
entre les hommes et les femmes. Les participants ont noté que
la plupart des mécanismes nationaux qui ont été
institutionnalisés après Beijing ont eu des impacts divers.
Les participants ont convenu que l'efficacité des mécanismes
nationaux a été compromise par un certain nombre de facteurs,
notamment leur emplacement géographique et leur statut, les changements
de priorités opérés par les gouvernements du fait
de la crise économique et l'insuffisance des ressources financières,
humaines et techniques. L'absence de mécanismes de suivi ayant
des objectifs clairs et des mandats bien définis dans le temps
pour garantir la mise en uvre a également été
un des obstacles. Les mécanismes nationaux doivent donc examiner
tous les politiques et programmes nécessaires en vue d'une intégration
effective des questions de parité et d'égalité
dans les programmes en tant que stratégie institutionnelle.
63. En Afrique, les secteurs de la communication, de l'information
et des arts offrent des réseaux potentiels qui peuvent être
mis à contribution pour la promotion des femmes. Les participants
à l'atelier ont convenu que ces réseaux devraient être
utilisés pour influencer l'action publique et les attitudes et
comportements des individus, notamment les jeunes adultes et les enfants.
Les participants ont recensé les principales contraintes que
sont la rareté des ressources, les taux d'analphabétisme
élevés et la faible proportion des femmes propriétaires
des médias et des systèmes de communication. Ils ont exprimé
leurs préoccupations face à la projection persistante
d'images négatives et dégradantes de la femme dans les
médias, encore que quelques améliorations aient été
enregistrées dans ce domaine. Les participants ont invité
les principaux acteurs à consolider aussi bien les organismes
publics que privés. Cette action devrait être menée
de manière intégrée à travers l'adoption
des mesures ci-après : mobilisation des ressources, élaboration
de cadres législatifs et politiques appropriés et promotion
des programmes et activités qui accordent une place de choix
aux questions de parité entre les hommes et les femmes. La formation
et le renforcement des capacités, la participation du secteur
privé et l'établissement de réseaux sont des stratégies
importantes pour la responsabilisation des femmes grâce au système
de communication.
64. Les actions menées dans un certain nombre de pays depuis
1995 montrent une plus grande compréhension des besoins particuliers
de la petite fille en Afrique. Cependant, les participants à
l'atelier sur la petite fille se sont déclarés préoccupés
par le fait que les indicateurs disponibles continuent de mettre en
évidence la discrimination de la petite fille depuis l'enfance
jusqu'à l'âge adulte. Les participants ont soutenu que
les attitudes et pratiques néfastes qui font courir des risques
à la petite fille doivent changer d'urgence. Il s'agit notamment
du harcèlement et de l'exploitation sexuels et d'autres politiques
liées à la santé et au bien-être de la petite
fille, en particulier la menace du VIH/SIDA. Les participants ont souligné
la nécessité de veiller à ce que les cadres politiques
et législatifs répondent convenablement aux préoccupations
de la petite fille dans différentes circonstances. Des programmes
et des activités appropriés devraient être mis en
place et exécutés effectivement grâce au partenariat.
Il a été convenu qu'une attention particulière
soit accordée aux besoins de la petite fille handicapée
en raison de son double handicap.
[sommaire]
H. FORUM SPECIAL SUR LA PAIX ET LE DEVELOPPEMENT (point 6 de l'ordre
du jour)
65. Le Forum spécial sur la paix et le développement
a été organisé sous les auspices du Comité
" Femmes africaines pour la paix et le développement ",
l'une des organisations qui jouent un rôle de premier plan dans
la promotion de la paix dans la région. L'objectif du Forum était
d'offrir aux femmes africaines une plateforme pour leur permettre d'exprimer
leurs préoccupations au sujet de la guerre et de la paix.
66. Le Forum était présidé par Son Excellence,
Dr Speciosa Wandira Kazibwe, Vice-Présidente de la République
d'Ouganda et Présidente du Comité " Femmes africaines
pour la paix et le développement ". Mme Specioza a d'abord
invité les participants à observer une minute de silence
à la mémoire des victimes de la guerre avant de passer
la parole à M. K.Y. Amoako, Secrétaire exécutif
de la CEA pour son allocution de bienvenue.
67. Dans son allocution d'ouverture, M. K.Y. Amoako a relevé
que le Forum est une occasion spéciale à la fois pour
un souvenir douloureux et pour une célébration : souvenir
douloureux parce que bon nombre de participantes à ce forum ont
vécu l'expérience du fléau de la guerre et de la
violence ou ont entendu parler des expériences de leurs surs
et frères originaires des pays perturbés par les conflits
; célébration parce qu'on rend hommage à la force,
au courage et à la vision des femmes africaines qui continuent
de se battre pour la paix. Il a noté que ces dernières
années, les femmes ont commencé à transformer leurs
expériences en une nouvelle forme de militantisme et de plaidoyer
pour la paix et que leurs énergies et leur zèle ne peuvent
qu'entraîner le progrès au nouveau millénaire. M.
K.Y. Amoako a ensuite noté que le Comité " Femmes
africaines pour la paix et le développement " n'a été
lancé que l'année dernière et qu'il est heureux
de constater que ce dernier a déjà commencé sa
mission avec détermination et engagement et que les femmes voient
déjà en lui un outil par lequel elles peuvent influencer
les décisions à un haut niveau et une structure nécessaire
au renforcement du militantisme des femmes en faveur de la paix. Il
a également loué la Fédération des réseaux
des femmes africaines pour la paix pour l'action collective qu'elle
a menée. Il a conclu son intervention en remerciant les participants
pour le sérieux avec lequel ils ont entrepris l'examen de Beijing+5.
68. Son Excellence la Vice-Présidente de la République
d'Ouganda a ensuite pris la parole pour prononcer son discours préliminaire.
Elle a exprimé sa gratitude au Gouvernement de la République
fédérale démocratique d'Ethiopie pour l'accueil
chaleureux réservé aux délégués à
Addis-Abeba. Elle s'est également félicitée de
la présence de Mme Stella Obasanjo, Première dame du Nigeria,
et remercié Mme Angela King, Conseillère spéciale
sur les questions de parité et sur la promotion de la femme,
présence qui atteste de l'importance que l'Organisation des Nations
Unies attache à la paix. Pour leur soutien agissant au Comité
des femmes africaines pour la paix et le développement et à
tous les autres programmes visant à promouvoir la cause des femmes,
elle a rendu hommage au Secrétaire exécutif de la CEA,
M. K.Y. Amoako pour son soutien et son attachement à la cause
des femmes africaines, à M. Salim A. Salim, Secrétaire
général de l'OUA pour l'intérêt qu'il attache
à la promotion de la femme africaine, intérêt qui
s'est traduit par la création, en collaboration avec la CEA,
du Comité " Femmes africaines pour la paix et le développement
", à Mme Joséphine Ouedraogo, Directeur du Centre
africain pour la femme et à M. Sam Ibok, Directeur du Département
politique et Chef du Centre de gestion des conflits de l'OUA.
69. Mme Specioza Wandira a déclaré que le Comité
est fier d'offrir un cadre permettant aux femmes d'exprimer leurs préoccupations,
de renforcer leur rôle, leur mandat et leur pouvoir dans le cadre
de la promotion de la paix et du développement en Afrique. Elle
a estimé que le 21ème siècle doit être pour
les Africains un siècle spécial, le siècle de l'Afrique,
comme le 19ème fut celui de l'Europe et le 20ème celui
de l'Amérique. D'où la nécessité d'une planification
rigoureuse du processus d'émancipation sociale, politique et
économique, une planification qui ne devrait pas se contenter
de faire des Africains des imitateurs aveugles, mais bien une planification
précédée d'une analyse minutieuse du passé
du continent, et se fondant sur une définition claire de la vision
des Africains pour l'avenir et des stratégies appropriées
pour remédier à la situation spécifique de l'Afrique.
Mme Specioza a constaté, pour s'en féliciter, que la voix
des " damnés de la terre " est entendue dans la plupart
des régions du continent et que les hommes commencent également
à réagir positivement et à soutenir la cause des
femmes ; le défi qui interpelle les Africains est l'adoption
de stratégies qui permettraient de remédier à la
situation actuelle. Elle a ensuite exhorté les gouvernements
africains à soutenir, d'une même voix, la candidature de
Mme Miriam K. Were au poste de Directeur exécutif du FNUAP, faisant
valoir que les femmes ont besoin d'un certain nombre de postes importants
de prise de décisions pour être en mesure d'influencer
la situation. Mme Specioza a conclu son intervention en exprimant
au nom du Président ougandais, Son Excellence Yoweri Kaguta Museveni,
ainsi qu'au nom du peuple ougandais et en son nom personnel, sa gratitude
à tous les participants pour leur contribution au succès
de la sixième Conférence et du Forum sur la paix.
70. Trois femmes originaires de la Somalie, de Sierra Leone et du Burundi
ont respectivement pris la parole pour partager leurs expériences
personnelles de la guerre. Elles ont fait une description saisissante
de la manière dont la guerre a différemment affecté
les femmes et les hommes.
71. Ensuite, une représentante du FERFAP, Dr Miriam Maïga
a donné lecture des résolutions votées par les
femmes dans le cadre des tentes de la paix.
72. La représentante d'UNIFEM a remis le flambeau de la paix
à S.E. Dr Specioza Wandira Kazibwe qui l'a remis à son
tour à S.E. Mme Stella Obasanjo, Première dame du Nigeria.
Mme Obasanjo a ensuite prononcé son allocution.
73. Dans son intervention, S.E. Mme Stella Obasanjo a exprimé,
en son nom personnel, sa gratitude à S.E. Dr Specioza Wandira
Kazibwe et a félicité le Comité " Femmes africaines
pour la paix et le développement " pour l'organisation de
ce forum ; elle a ensuite rendu hommage à la Commission économique
pour l'Afrique pour les efforts déployés dans la recherche
de la paix dans notre continent. Elle a déclaré que l'absence
de conflit est un minimum irréductible pour la promotion du développement
dans toutes les régions du monde et que la nécessité
de la paix, en tant que condition sine qua non au développement,
a été renforcée par la rude concurrence que se
livrent l'Afrique et les autres nouveaux marchés pour les capitaux
étrangers. Elle a ensuite affirmé que la plupart des conflits
sont déclenchés par des querelles entre dirigeants politiques,
en général des hommes, et que la majorité des personnes
qui portent des armes sont aussi des hommes. Elle a relevé qu'il
est désormais établi que les femmes et les enfants sont,
en fin de compte, les victimes de certaines des pires atrocités
de la guerre et que ceux d'entre eux qui ne perdent pas leur vie, perdent
leur dignité et sont marquées émotionnellement
et physiquement tout au long de leur vie. Les belligérants violent
souvent les femmes et les petites filles avec une impunité bestiale
; par ailleurs, chaque conflit prolongé a son lot des récits
terrifiants des femmes forcées de devenir des esclaves sexuelles
ou de servir dérisoirement de " femmes de confort ".
74. Elle a rendu hommage aux nombreux hommes et femmes qui s'efforcent,
jour et nuit, à leurs risques et périls, d'obtenir que
les femmes ne soient plus violées en situation de guerre, tout
en relevant que beaucoup reste à faire. Les gouvernements, les
organisations non gouvernementales, les collectivités locales,
les organisations internationales et la communauté internationale
doivent donc redoubler d'efforts pour mettre un terme au fléau
de la guerre. Elle a ensuite invité les femmes africaines à
jouer un rôle plus actif pour sauver le continent de la malédiction
des conflits perpétuels et a exhorté en particulier les
femmes dont les conjoints occupent des postes politiques importants
et influents à approfondir la réflexion sur la manière
dont on pourrait éviter les guerres insensées qui entraînent
la misère chez bon nombre de femmes. Elle a en outre déclaré
qu'elle a bon espoir que les femmes africaines s'acquitteraient de cet
important devoir moral qui consiste à toujours encourager les
hommes à préférer la démocratie à
la dictature, le dialogue à l'affrontement et à la violence,
et la justice à l'injustice.
75. Le représentant de l'OUA, M. Djinnit Said a pris la parole
au nom du Secrétaire général de l'OUA, le Dr Salim
Ahmed Salim. Il a transmis aux participants les salutations et le soutien
du Dr Salim Ahmed Salim, expliquant que ce dernier n'a pas pu assister
au forum pour des raisons indépendantes de sa volonté.
Il a déclaré que la prévention, la gestion et le
règlement des conflits occupent désormais le rang de priorité
le plus élevé parmi les activités de l'OUA et sont
au centre de tous les efforts que déploient les dirigeants et
les peuples africains, y compris les femmes, comme on a pu clairement
le constater lors de la Conférence et du Forum. Il a souligné
que malgré le traumatisme causé par les guerres et les
déplacements, les femmes ont été un facteur de
stabilisation au sein de leur famille et de leur communauté et
elles ont nettement contribué à la préservation
de la dignité humaine et de l'ordre social en situation de chaos
et de troubles sociaux ; il a ajouté que les expériences
des femmes africaines évoquées plus haut constituent un
témoignage éloquent des souffrances qu'elles ont endurées
en zones de conflit, et cela devrait renforcer la détermination
et l'engagement des Africains à faire face à ce fléau
de manière décisive.
76. Il a exprimé le soutien de l'OUA aux efforts déployés
par les femmes en vue de la paix et du développement et a rappelé
que bien avant la Plate-forme d'action de Dakar et le Programme d'action
de Beijing, l'OUA, la CEA et le gouvernement ougandais avaient organisé
une conférence régionale sur les femmes, la paix et le
développement à Kampala (Ouganda) en novembre 1993. Il
a rappelé aux participants que les mécanismes recommandés
par ladite conférence ont été examinés lors
des rencontres qui ont suivi, puis entérinés par la 66ème
session ordinaire du Conseil des Ministres de l'OUA et la 33ème
session ordinaire de la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement
tenue à Harare (Zimbabwe) en 1997. Ce mécanisme est le
Comité Femmes africaines pour la paix et le développement
(FAPD) créé en avril 1998 et lancé officiellement
en novembre 1998. Il a souligné l'appui de l'OUA aux objectifs
et activités du Comité et sa détermination à
établir un véritable partenariat avec les femmes et avec
d'autres organisations concernées à travers la mise en
uvre de programmes et de projets pratiques.
77. En conclusion, il a rendu hommage aux femmes africaines pour le
rôle historique et fondamental qu'elles ont joué dans le
processus d'émancipation des peuples d'Afrique et pour le fait
que, comme l'a dit un célèbre poète français
: "la femme est l'avenir de l'homme ".
PRINCIPAUX RESULTATS
I. CONCLUSION DES ATELIERS (point 7 de l'ordre du jour)
78. Les 12 ateliers sur les domaines critiques énumérés
dans le Programme d'action de Beijing se sont bien déroulés
et les débats ont été bien suivis. Les conclusions
des ateliers sont récapitulées à l'Annexe III.
[sommaire]
J. LE PLAN D'ACTION AFRICAIN - PERIODE 2000 - 2004 (point 8 de l'ordre
du jour)
79. Un Comité de rédaction composé des représentants
des délégations nationales et des organismes des Nations
Unies a examiné le projet de plan d'action africain qui leur
a été envoyé par le secrétariat avant la
Conférence. L'examen de ce projet s'est déroulé
sous la présidence de S.E. Mme Rabea Mechernene, Ministre algérienne
de la solidarité nationale et de la famille et Première
Vice-Présidente de la sixième Conférence régionale
sur les femmes. Cet exercice a duré, au total, un jour et demi
pendant la tenue de la Conférence. Un travail difficile et fouillé
a permis de passer en revue, d'amender et d'améliorer le projet
de document qui a été par la suite adopté par la
Conférence.
80. L'objectif du plan d'action africain est de servir de cadre à
la mise en uvre accélérée de la plate-forme
de Dakar et du programme d'action de Beijing. De manière générale,
il contient des principes directeurs à mettre en uvre dans
le cadre des mécanismes de coordination des activités
de suivi et d'évaluation. Il indique également les moyens
de mobiliser les ressources et souligne la nécessité de
faire face à la pandémie du VIH/SIDA. Le plan insiste
par ailleurs sur la nécessité pour les femmes de jouer
un rôle égal à celui des hommes dans la réalisation
et le maintien de la paix. En outre, il suggère des stratégies
visant à réduire les pénibles travaux ménagers
des femmes, ce qui leur permettrait de participer plus activement à
des initiatives beaucoup plus productives du point de vue économique.
81. De façon plus précise, le plan d'action met l'accent
sur la nécessité pour les mécanismes nationaux
de consultation et de coordination de promouvoir l'égalité
entre les hommes et les femmes. A l'échelle nationale, cela doit
se faire au niveau le plus élevé de l'Etat avec la participation
d'autres partenaires comme la société civile. Selon le
plan, les indicateurs de succès en ce qui concerne l'évaluation
de l'efficacité des mécanismes de coordination, devraient
être présentés sous forme de termes numériques
mesurables.
82. Dans le domaine du suivi et de l'évaluation, le plan reconnaît
la nécessité de renforcer les mécanismes de suivi
et d'évaluation en vue de mesurer avec précision les progrès
accomplis. A cet égard, le plan d'action insiste sur le fait
qu'il est nécessaire de créer des équipes techniques
chargées d'entreprendre les activités de suivi et d'évaluation
dans les douze domaines critiques. Cette mission nécessitera
une certaine formation en analyse des politiques et en techniques d'évaluation
des réalisations en ce qui concerne les questions de parité.
83. Un développement global ne peut être réalisé
que si les femmes ont un meilleur statut social, économique et
politique. Pour qu'il en soit ainsi, il faut un environnement favorable
leur permettant de participer à la prise de décisions.
Compte tenu de cette réalité, le plan recommande le recours
aux mesures volontaristes en faveur des femmes pour réduire le
fossé qui existe entre les hommes et les femmes dans les structures
de prise de décisions. Ainsi par exemple, des mesures peuvent
être prises pour que les délégations nationales
soient composées d'au moins 33 % de femmes professionnelles des
domaines concernés. De même, les délégations
qui assistent aux réunions sur la parité et les questions
concernant les femmes devraient être composées de 33 %
d'hommes.
84. Le manque de ressources suffisantes pour la mise en uvre
des plate-formes en explique le faible taux d'exécution. Des
solutions s'imposent à deux niveaux. Premièrement, il
y a la pénurie absolue des ressources humaines, financières
et techniques dont les pays ont besoin pour la mise en uvre. Deuxièmement,
il y a l'accès aux ressources disponibles qui se reflète
dans la concurrence entre les parties prenantes pour des ressources
limitées. Le Plan d'action recommande l'affectation d'un minimum
de 1 % du budget aux activités ayant trait à la promotion
de la femme. En outre, le Plan propose que les fonds provenant de l'annulation
de la dette soient réorientés au profit des activités
d'intégration des questions de parité dans les programmes.
85. Comme l'égalité entre les hommes et les femmes ne
peut être réalisée tant qu'on ne reconnaît
pas la nécessité d'intégrer la perspective "
genre " dans les politiques, la planification et l'évaluation
des projets, des mesures concrètes devraient être prises
pour atteindre cet objectif, notamment par des actions de sensibilisation
et de formation. La collecte et l'utilisation de données ventilées
par sexe sont également des moyens importants pour accélérer
l'intégration de la perspective genre dans l'élaboration,
la planification et la programmation des politiques.
86. Le Plan stipule par ailleurs que dans le cadre de la lutte contre
le VIH/SIDA, l'accent devrait être davantage mis sur la prévention.
A cet égard, les stratégies de prévention doivent
s'attaquer aux structures qui mettent les femmes dans une situation
sociale défavorable et doter les femmes de moyens d'action. Le
plan d'action africain a pour ambition de réduire le taux d'infection
du VIH/SIDA de 50 % d'ici à l'an 2000. Il faudra des efforts
considérables pour démystifier ce phénomène.
Par conséquent, il est nécessaire d'organiser des campagnes
d'information et d'éducation à tous les niveaux. C'est
un fait que les approches communautaires ont, à ce jour, joué
un rôle majeur dans la création d'un environnement favorable
aux personnes affectées, mais il incombe au gouvernement de mettre
en place des mécanismes institutionnels pour faire face à
la pandémie. A cet égard, pour remédier à
ce problème, le plan préconise une approche multisectorielle
interorganisations grâce à l'établissement de partenariats.
87. Le Plan d'action reconnaît l'existence du problème
multidimensionnel de la pauvreté et souligne la nécessité
de créer des marchés nationaux, sous-régionaux
et régionaux pour les produits de la région. Comme les
femmes constituent le groupe le plus touché, l'objectif du plan
est de les aider à être plus actives dans les petites et
moyennes entreprises. Pour réaliser cet objectif, il importe
de renforcer les capacités des femmes et d'adopter des politiques
et des lois qui leur créent des opportunités. Le texte
intégral du Plan d'action africain, tel qu'adopté par
la Conférence, se trouve à l'annexe
II b.
[sommaire]
K. MODALITES DE PARTICIPATION DE L'AFRIQUE A L'EXAMEN MONDIAL A MI-PARCOURS
DE LA MISE EN OEUVRE DES PLATES-FORMES D'ACTION - BEIJING +5
(point 9 de l'ordre du jour)
88. Un comité de rédaction composé des représentants
des délégations nationales, des ONG sous-régionales
et régionales et des organismes des Nations Unies a examiné
un projet de document préparé par le secrétariat
de la CEA. Le comité était présidé par S.E.
Mme Janat Mukwaya, Ministre ougandaise des questions de parité,
du travail et du développement social et avait pour facilitatrices,
Mme Angela King et Mme Rosaline Odera, Présidente du comité
préparatoire de la session extraordinaire de l'Assemblée
générale Beijing + 5.
89. Les modalités définissent les rôles des Etats
membres, des ONG, du Comité "Femmes et développement
" et de la CEA. A cet égard, les Etats membres devraient
s'efforcer d'inclure dans leurs délégations, les Ministres
des finances et de la planification, ainsi que des représentants
de la jeunesse et des handicapés. Les ONG ayant un statut consultatif
auprès du Conseil économique et social devraient choisir
un ou une représentant(e) qui sera leur porte-parole en plénière.
La sélection de ce(tte) représentant(e) devrait répondre
à des critères pertinents. Au cas où la Conférence
mondiale recommanderait l'intervention de moins de cinq porte-paroles
des ONG, des consultations seront menées pour que l'Afrique soit
représentée.
90. Le Comité Femmes et développement aura les responsabilités
ci-après : coordination et harmonisation de la position des Etats
africains ; action visant à assurer une large participation active
des Etats africains à la réunion du comité préparatoire
prévue en mars et à la session extraordinaire de juin
2000. Le rôle de la CEA sera de fournir à temps les documents
essentiels aux différents acteurs concernés à New
York, notamment le plan d'action africain et le projet de déclaration.
La CEA sera également chargée de faciliter la participation
de l'Afrique à la session extraordinaire de l'Assemblée
générale de juin 2000 (voir Annexe V pour le texte intégral
sur les modalités de participation de l'Afrique à la session
extraordinaire Beijing + 5).
[sommaire]
L. DECLARATION DE LA CONFERENCE (point 10 de l'ordre du jour)
91. Un comité de rédaction comprenant les représentants
des délégations nationales, des ONG sous-régionales
et régionales et des organismes des Nations Unies a examiné
un projet de document préparé par le secrétariat
sur la Déclaration de la Conférence. Le groupe était
dirigé par Mme Mary Shawa, Secrétaire général
adjoint du Ministère de la femme, de la jeunesse et des services
communautaires du Malawi.
92. Dans la déclaration qu'ils ont adoptée au terme de
leurs travaux, les participants ont réaffirmé leur attachement
à la Plate-forme de Dakar et au Programme d'action de Beijing
et à l'égalité des droits et à la dignité
intrinsèque des hommes et des femmes. Ils ont reconnu les progrès
réalisés dans la mise en uvre des plate-formes à
travers notamment les actions ci-après : ratification de la Convention
pour l'élimination de toutes les formes de discrimination à
l'égard des femmes par quarante-sept pays africains ; participation
accrue des femmes aux affaires politiques et à la prise de décisions
; accélération du processus de réformes foncières
grâce à des procédures législatives permettant
aux femmes d'exploiter, de posséder et d'hériter la terre
; existence d'un militantisme et d'une sensibilisation accrus et dynamiques
en faveur de la paix, qui placent la femme au centre des processus de
paix ; sensibilisation à l'échelle mondiale aux faits
que les droits de la femme sont des droits humains et que la violence
à l'égard des femmes est la forme la plus répandue
de violation des droits fondamentaux de la personne.
93. Les participants ont toutefois exprimé leurs préoccupations
face aux contraintes qui continuent d'entraver les processus de mise
en uvre, notamment : la prévalence des guerres et des conflits
violents ; la sous- représentation systématique des femmes
aux postes de prise de décisions et de direction ; la qualité
peu satisfaisante des services de santé en matière de
reproduction ; les inégalités persistantes fondées
sur le sexe dans le domaine de l'éducation, de la science et
de la technologie ; le manque d'intérêt et l'inexistence
de ressources devant être canalisées pour répondre
aux besoins spécifiques des femmes et des handicapés.
94. Compte tenu de ces lacunes, les participants ont exhorté
toutes les parties prenantes à accélérer la transition
en passant de la parole aux actes et à mobiliser les ressources
humaines, matérielles et financières appropriées
pour permettre aux femmes de jouir de leurs droits humains et de leurs
libertés fondamentales (voir en annexe pour le texte intégral
de la Déclaration).
[sommaire]
M. QUESTIONS DIVERSES (point 11 de l'ordre du jour)
95. Un certain nombre de questions ont été soulevées
au titre de ce point de l'ordre du jour. La Fédération
africaine des femmes entrepreneurs a noté que bien que le fardeau
de la dette et la mondialisation soient les principaux facteurs d'appauvrissement
de l'Afrique, la plate-forme d'action ne fait aucune allusion particulière
à la dette, à la réduction de la pauvreté
ou aux modalités qui permettraient aux femmes africaines de tirer
avantage de la mondialisation. Des réserves ont également
été exprimées au sujet de la restructuration du
PNUD qui a eu des effets sur le fonctionnement des bureaux régionaux.
Les participants ont exprimé leur préoccupation devant
cette restructuration qui pourrait avoir un impact négatif sur
l'intégration des questions de parité dans les programmes.
Les femmes originaires des pays africains d'expression portugaise ont
également adressé une lettre ouverte à la Conférence
dans laquelle elles demandent que l'on mette un terme à la discrimination
linguistique dont elles sont victimes dans la mesure où la langue
portugaise n'est pas utilisée lors des grandes conférences.
96. La question de la paix a été soulevée et la
Conférence a conclu ses délibérations en réitérant
son attachement aux Déclarations de Zanzibar et à l'Agenda
pour la paix et en entérinant l'Appel d'Alger de l'Organisation
des femmes africaines et les Déclarations faites au titre de
la Tente de la Paix lors de la sixième Conférence sur
les femmes. Ces déclarations ont déploré la persistance
des conflits violents et de l'instabilité politique ainsi que
l'absence de processus de démocratisation. Elles ont relevé
que l'effet combiné de ces maux est la marginalisation de l'Afrique,
ce qui l'empêche de participer aux négociations de paix.
Les deux déclarations préconisent notamment : l'annulation
de la dette, la promotion des droits humains et l'élimination
de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes,
la démilitarisation et le désarmement, la participation
des femmes aux processus politique, économique et de prise de
décisions (voir l'Annexe VII pour le texte intégral des
Déclarations).
97. Les ONG ont invité les gouvernements africains à
instituer des structures constitutionnelles et juridiques participatives
en vue de proscrire et d'éliminer toutes les formes d'oppression
patriarcale et de discrimination à l'égard des femmes.
Dans leur déclaration, les ONG ont souhaité que l'allégement
de la dette serve de mécanisme de réduction de la pauvreté
en vue de réaliser la justice sociale et l'équité
entre les hommes et les femmes. En outre, la déclaration recommande
la mise en uvre de la Déclaration de Zanzibar pour une
culture de la paix.
98. Les femmes parlementaires africaines ont demandé la création
d'un forum dont les objectifs seraient : de renforcer la voix des femmes
parlementaires africaines, de consolider les efforts et les ressources
des parlementaires, d'amender et de voter des lois pertinentes en faveur
des femmes et pour leur bien-être.
99. Dans une déclaration sur les femmes handicapées,
les participants ont souligné la marginalisation des personnes
handicapées en général et des femmes handicapées
en particulier. La déclaration invite tous les pays africains
à ratifier les règles édictées par l'Organisation
des Nations Unies pour l'égalisation des chances pour les personnes
handicapées.
100. La Déclaration sur la jeunesse préconise la participation
active des jeunes à toutes les rencontres. Dans leur déclaration,
les jeunes ont demandé que le thème " la place, le
rôle et la contribution des jeunes dans la mise en uvre
des plate-formes d'action de Dakar et de Beijing " soit inscrit
à l'ordre du jour de la sixième Conférence régionale
africaine sur les femmes ainsi qu'à celui de la réunion
du comité préparant l'examen de Beijing + 5.
101. Les pays de l'océan Indien présents à la
Conférence ont souligné les résultats peu satisfaisants
enregistrés dans la mise en uvre des plate-formes d'action
et ont reconnu l'urgente nécessité d'accélérer
ce processus et la mise en uvre des recommandations de la sixième
Conférence dans toutes les régions du continent. A cet
égard, les pays ci-après de l'océan Indien - Comores,
Maurice, Seychelles et Madagascar ont
demandé à être regroupés dans une sous-région
à part entière dénommée " les îles
de l'Océan Indien". A défaut, ils ont suggéré
que les Comores et les Seychelles soient intégrés dans
la sous-région " Afrique de l'Est ", et que Maurice
et Madagascar fassent partie de la sous-région " Afrique
australe ".
102. Les participants ont également été informés
de la " marche mondiale " du millénaire qui est une
occasion pour les femmes africaines d'affirmer leur solidarité
avec les autres femmes du monde à travers leur participation
à cette manifestation. Elles pourraient ainsi mener des démarches
efficaces dans deux domaines critiques particulièrement délicats,
à savoir la violence à l'égard des femmes et la
féminisation de la pauvreté. Les Ministres chargés
des questions de parité et des affaires féminines ont
donc été invités à appuyer les femmes dans
leurs pays respectifs à travers l'organisation d'une marche nationale
tandis que le Centre africain pour la femme a été appelé
à aider la Commission économique pour l'Afrique à
organiser une marche au niveau régional
[sommaire]
N. CERENONIE DE CLOTURE (point 12 de l'ordre du jour)
103. La cérémonie de clôture de la sixième
Conférence régionale africaine sur les femmes a eu lieu
le 26 novembre 1999 à 16 heures précises. S.E. Mme Agnes
Alafi, Ministre chargée de la famille et des affaires sociales
de la République du Tchad, a adressé une motion de remerciement
au Gouvernement éthiopien, aux organisateurs de la Conférence
et aux participants. Mme Lalla Ben Barka, Secrétaire exécutif
adjoint de la CEA a reconnu l'importance de la sixième Conférence
régionale pour l'évaluation des réalisations et
des obstacles et pour la mise en uvre accélérée
de la Plate-forme de Dakar et du Programme d'action de Beijing. Elle
a formulé l'espoir que le troisième millénaire
soit marqué par l'égalité entre les femmes et les
hommes en ce qui concerne les opportunités de développement.
104. Le Secrétaire exécutif adjoint a relevé les
domaines dans lesquels des efforts supplémentaires sont nécessaires.
Il s'agit notamment : d'un renouvellement de l'engagement à mettre
en uvre des politiques répondant aux intérêts
stratégiques des femmes ; l'appropriation collective des mécanismes
et politiques pertinents ; des pressions sur les gouvernements et les
institutions afin qu'ils établissent des liens appropriés
entre les objectifs, la réalisation des objectifs et l'obligation
de rendre compte aux populations ; l'établissement et la consolidation
des alliances ; l'établissement de partenariats et de réseaux
en vue d'une participation accrue de la société civile,
des milieux d'affaires, des médias, de la jeunesse, des groupements
de femmes et des universités à ce processus.
105. Elle a déclaré que la sixième Conférence
régionale a permis de renforcer les mécanismes institutionnels
et de stimuler la réflexion collective sur tous les domaines
critiques de la Plate-forme et du Programme d'action, ce qui a facilité
l'actualisation et la redéfinition des priorités. Elle
a déclaré que la Conférence a permis de définir
plus clairement des liens fondamentaux entre les actions, notamment
la possibilité de constituer une épargne à partir
des opérations d'allégement et d'annulation de la dette
en faveur des programmes relatifs aux questions de parité.
106. Le Secrétaire exécutif adjoint a déclaré
que la Conférence a mis en évidence les défis liés
à l'amélioration de la qualité de la vie des femmes,
en particulier dans les domaines du renforcement des capacités
et de la formation, de la protection des droits et de la participation
aux structures de prise de décisions, y compris les processus
de paix et les négociations. Elle a également appuyé
l'idée d'une assistance spéciale destinée à
la protection de la petite fille.
107. Elle a mis en relief la nécessité d'une action urgente
visant à réduire les taux étonnamment élevés
de mortalité maternelle et infantile et d'analphabétisme
chez les femmes et les filles et a souligné le manque d'accès
de celles-ci à l'eau potable. Elle a en outre insisté
sur l'importance du partenariat avec la société civile
pour l'amélioration de la qualité de la vie des femmes.
Elle a invité les chercheurs et les institutions de recherche
à produire et à utiliser des données désagrégées
par sexe.
108. Evoquant la nécessité d'accélérer
la mise en uvre des plate-formes, elle a invité les Etats
à renforcer leur participation et leur engagement à ce
processus et a indiqué que l'Organisation des Nations Unies appuie
l'utilisation de l'analyse différentielle et le recours aux mesures
volontaristes en faveur des femmes et des petites filles pour permettre
à la société de réaliser l'équilibre
et l'égalité entre les hommes et les femmes.
109. Elle a remercié toutes les institutions spécialisées
des Nations Unies ainsi que la Banque africaine de développement,
la Banque mondiale et l'OUA pour leur collaboration et leur contribution.
Des remerciements particuliers ont été adressés
aux gouvernements du Canada, de France et de Suède pour leur
concours financier à l'organisation de la Conférence ainsi
qu'au Comité Femmes et développement (ex. ARCC) dont les
membres n'ont ménagé aucun effort pour la tenue de cette
conférence.
110. En conclusion, elle a invité les Chefs d'Etat africains
des pays membres de l'OUA et de la CEA à renouveler leurs efforts
pour la mise en uvre des plate-formes d'action et a remercié
le Gouvernement éthiopien d'avoir si gracieusement accepté
d'abriter la Conférence, en particulier S.E. Tadelech Haile Michael,
Ministre chargée des questions féminines au Bureau du
Premier Ministre. Elle a félicité le personnel et les
consultants du Centre africain pour la femme et son Directeur, Mme Joséphine
Ouedraogo, pour l'excellente qualité du travail accompli et a
loué les participants pour leur dynamisme et leur engagement.
111. M. Salim Ahmed Salim, Secrétaire général
de l'OUA a loué le "sérieux" des participants
et s'est félicité des objectifs et du caractère
opportun de la Conférence ainsi que de l'esprit de partenariat
et de solidarité qui a prévalu au cours des travaux. Il
a réaffirmé l'engagement de l'OUA à assurer la
responsabilisation économique et l'émancipation politique
des femmes et pour un rôle accru de celles-ci dans les processus
de gestion de la paix, y compris dans le cadre des programmes de l'OUA
pour la reconstruction, le relèvement et l'intégration
au lendemain des conflits. Il a également souligné que
l'OUA continuera de soutenir sans relâche les activités
du Comité Femmes africaines pour la paix et le développement.
112. Evoquant les possibilités actuelles et à venir pour
la réorientation des actions, il a recommandé que les
femmes africaines examinent le Traité d'Abuja instituant la Communauté
économique africaine dans le but de s'en servir. Ledit traité
reconnaît la nécessité de renforcer le pouvoir économique
des femmes et de les inclure dans le processus d'intégration.
Il a rappelé aux participants le consensus qui s'est dégagé
lors du récent sommet de l'OUA pour accélérer le
processus de formation d'une Union africaine. Il en a conclu que de
nouvelles stratégies régionales sur les questions de parité
sont essentielles pour faire face au nouveau millénaire.
113. Il a noté que malgré les progrès enregistrés
dans la promotion des programmes concernant les femmes et en dépit
du niveau de sensibilisation atteint en ce qui concerne les questions
de parité en Afrique, de nombreux obstacles redoutables restent
à surmonter si les femmes africaines veulent être totalement
émancipées pour jouer le rôle qui leur revient de
droit dans la société. Il a déclaré qu'aucune
société ne peut vivre dans une situation de semi-liberté,
semi-esclavage, et que la réalité, c'est que la libération
des femmes implique également celle des hommes. Il en a conclu
que le courage des idées est désormais nécessaire
" pour pouvoir passer de la stratégie à l'action".
114. Le Secrétaire général s'est félicité
du plan quinquennal d'action régionale et a reconnu qu'il ne
servirait pas seulement à préparer l'examen mondial à
mi-parcours de juin 2000, mais qu'il permettrait également de
consolider les efforts collectifs de suivi des travaux de la Conférence
durant le troisième millénaire.
115. Dans son discours de clôture, la Présidente de la
Conférence, S.E. Jeanne Dambendzet, Ministre des affaires publiques,
de la famille et de la promotion de la femme de la République
du Congo - Congo-Brazzaville, s'est vivement félicitée
de la contribution de la Conférence et a déclaré
que la tâche n'était pas terminée, et qu'elle ne
commencerait véritablement que lorsque les participants retourneraient
dans leurs pays respectifs pour sensibiliser les gouvernements, la société
civile et le public. Elle a relevé, pour s'en féliciter,
la maturité des femmes africaines, leurs compétences et
leurs capacités croissantes à contribuer aux activités
et aux processus de développement.
116. De l'avis de la Présidente, la Conférence est allée
au-delà de l'évaluation et a mis l'accent sur la réflexion
collective sur les politiques et les actions à venir, les partenaires
et les institutions, tout en reconnaissant la nécessité
de faire participer davantage les hommes, à partir d'une perspective
mettant l'accent sur les questions de parité entre les sexes.
Elle a inspiré des actions individuelles et collectives qui devraient
désormais être traduites dans les faits au niveau national.
Des actions particulières étaient nécessaires pour
sensibiliser les collectivités et les dirigeants, et vaincre
la résistance à la reconnaissance des droits et de la
contribution des femmes. La Conférence a permis de baliser le
terrain pour l'avenir, en confiant un rôle central aux femmes
en tant que force novatrice dans le cadre de la réalisation d'un
développement durable.
117. La Présidente a préconisé l'intensification
des actions en faveur de l'annulation de la dette et l'utilisation de
l'épargne dégagée dans des programmes spéciaux
en faveur des femmes et des filles. Elle a ajouté que la mobilisation
des femmes africaines est capitale pour la démocratisation, d'où
la nécessité de conjuguer les efforts pour aider l'Afrique
à faire face aux changements découlant de la mondialisation.
118. Avant de déclarer la Conférence close, la Présidente
a remercié le Gouvernement de la République fédérale
démocratique d'Ethiopie et tous ceux qui ont contribué
au succès de la rencontre. Elle a exprimé sa gratitude
aux participants pour leurs importantes contributions et leur a souhaité
un bon retour dans leurs pays respectifs où elle espère
qu'ils feront une large diffusion des messages et résultats des
travaux de la Conférence et s'emploieront à assurer la
mise en uvre résolue de leurs plans d'action nationaux.
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