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RAPPORT DE LA SIXIEME CONFERENCE REGIONALE AFRICAINE SUR LES FEMMES SUR L'EXAMEN A MI-PARCOURS DES PLATEFORMES D'ACTION DE DAKAR ET DE BEIJING, 22-26 NOVEMBRE 1999, ADDIS ABEBA, ETHIOPIE


ANNEXE I

RECOMMANDATIONS DE LA SIXIEME CONFERENCE
REGIONALE AFRICAINE SUR LES FEMMES


Les participantes à la sixième Conférence régionale africaine sur les femmes ont à l'issue des débats formulé des recommandations parmi lesquelles:

· Renforcer le partenariat entre les gouvernements, les ONG, la société civile et les organismes des Nations Unies ;

· Renforcer les capacités des ONG ;

· Veiller à ce que le FNUAP s'assure que les questions soulevées par les conférences de Beijing et du Caire soient incorporées dans les programmes nationaux de recensement ;

· Veiller à ce que les ministres chargés des questions féminines participent à la Conférence des ministres de la CEA responsables de la planification pour que la problématique hommes/femmes soit intégrée dans les plans nationaux ;

· Recourir aux méthodes traditionnelles de règlement des conflits et associer les femmes au processus;

· Promouvoir la participation des hommes aux différentes réunions statutaires sur les femmes ;

· Promouvoir la participation des femmes aux mécanismes de règlement des conflits ;

· Veiller à ce qu'un nombre égal de femmes et d'hommes participent aux différentes réunions statutaires nationales et internationales ;

· Promouvoir une approche soucieuse de parité et d'équité au sein des différents départements de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international ;

· Elaborer des indicateurs spécifiques pour mieux mesurer les progrès accomplis par les gouvernements;

· Renforcer les mécanismes institutionnels chargés d'assurer la promotion des femmes et des filles en leur fournissant des ressources humaines, matérielles et financières, et améliorer leur statut ;

· Lancer un appel aux pays du Nord pour qu'ils fabriquent les produits antirétrovirus permettant de traiter l'infection par le VIH/sida à des coûts plus abordables et accessibles pour les populations africaines ;

· Lancer un appel aux femmes du Nord au sujet de la fabrication et la vente d'armes ;

· Faire en sorte que les Etats membres incorporent les données désagrégées par sexe dans les comptes nationaux ;

· Dans l'établissement des budgets nationaux, appliquer une approche tenant compte des besoins des femmes et des activités menées pour leur promotion;

· Créer des banques de données et des institutions en vue d'établir des données désagrégées par sexe ;

· Faire campagne auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) afin qu'elle accorde un délai de 15 ans aux pays africains pour se conformer aux conditions fixées par l'Organisation. Il convient également d'inclure les femmes dans les délégations nationales qui participent aux négociations et aux débats de l'OMC pour s'assurer qu'une approche prenant en compte les préoccupations des femmes, est appliquée;

· Prendre les actions nécessaires pour que la Banque africaine de développement (BAD) crée une banque de développement pour les femmes ;

· Redynamiser les mécanismes de prévention des conflits en Afrique ;

· Veiller à ce que les pays africains interdisent le commerce des armes légères ;

· Accroître le financement des activités intéressant les femmes ;

· Oeuvrer en faveur de mesures de la conversion de la dette des pays africains pour leur permettre de consacrer plus de ressources aux secteurs sociaux, en particulier à la réduction de la pauvreté;

· Lancer un appel à tous les gouvernements africains pour qu'ils œuvrent en faveur de la paix ;

· Prendre des mesures contre la traite des femmes et des enfants et leur exploitation

· Veiller à ce que, sur l'ensemble du continent, une marche soit organisée contre la pauvreté ;

· Mettre en œuvre l'initiative 20/20 ;

· Réduire les dépenses militaires des Etats ;

· Promouvoir une culture de la paix ;

· Respecter la Charte des Nations Unies sur la souveraineté nationale ;

· Former un mouvement de solidarité des femmes occupant des postes de niveau élevé qui mènerait des activités de sensibilisation dans les pays en guerre et dans les pays fabriquant des armes ;

· Former des agents sanitaires et doter les centres de santé du matériel nécessaire pour faire face aux urgences en obstétrique et réduire la mortalité maternelle et infantile ;

· Renforcer l'UNIFEM en la dotant de ressources humaines, matérielles et financières ;

· Renforcer le Centre africain pour la femme en le dotant de ressources humaines matérielles et financières, étant donné la qualité et le nombre des activités qu'il mène ;

· Renforcer les capacités des femmes pour leur donner des moyens d'action dans le domaine économique ;

· Mettre en place un système de quota de 50 % pour améliorer la représentation des femmes aux postes de prise de décision ;

· Aider la CEA, l'OUA et l'UNICEF à lutter contre le trafic des drogues sous toutes ses formes et ses dérivés, pour sauver les garçons et les filles ;

· Faire en sorte que le Centre africain pour la femme aide les pays dans leurs efforts visant à créer des mécanismes de collecte de données fiables désagrégées par sexe;

· Encourager les stations de radio privées, indépendantes à diffuser des programmes spéciaux, en particulier à l'intention des femmes ;

· Renforcer les mécanismes de coordination au sein des organismes des Nations Unies, à tous les niveaux dans les pays ;

· Créer des mécanismes institutionnels de suivi de la mise en œuvre du Programme d'action et de la Plateforme d'action.

Deux pays, à savoir la Mauritanie et le Niger, ont maintenant ratifié la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes.



 

ANNEXE II-a

DECLARATION DE LA SIXIEME CONFERENCE
REGIONALE AFRICAINE SUR LES FEMMES

EXAMEN A MI-PARCOURS DE LA MISE EN OEUVRE
DU PROGRAMME ET DE LA PLATEFORME D'ACTION

 

 

Nous, participantes à la sixième Conférence régionale africaine sur les femmes, tenue à Addis-Abeba (Ethiopie) du 22 au 26 novembre 1999, en tant que représentants des gouvernements et de la société civile ;

Réaffirmant les engagements pris à Dakar, à savoir assurer la promotion des femmes, leur accès aux responsabilités, leur pleine participation aux processus de prise de décisions et leur accès aux ressources;

Réaffirmant en outre également que nous reconnaissons explicitement la dignité inhérente aux femmes et l'égalité des droits entre femmes et hommes ;

Reconnaissant que des efforts ont été faits au cours des cinq dernières années pour mettre en œuvre les Plateformes d'action, qui ont notamment débouché sur les réalisations suivantes :

· A ce jour, 47 pays africains ont ratifié la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes.

· La participation des femmes à la vie politique et à la prise de décision s'est accrue : un pays a dépassé l'objectif de 30% fixé en ce qui concerne la représentation au parlement et plusieurs autres sont sur le point d'atteindre cet objectif.
·
· Dans plusieurs pays, la réforme foncière a débouché sur une législation qui reconnait aux femmes le droit de posséder des terres, de les exploiter et d'en hériter. Le nombre de mécanismes créés spécialement pour les femmes par les principaux organismes financiers et bancaires afin de leur faciliter l'accès au prêt et au crédit a augmenté aussi. Les besoins des femmes sont également mieux connus et des efforts sont faits pour fournir les services essentiels qui permettent de répondre à ces besoins.

· Le militantisme résolu des femmes en faveur de la paix, a fait qu'aujourd'hui les femmes participent aux processus de paix en général, et a débouché sur la création du Comité des Femmes africaines pour la paix et le développement. Faisant appel à leurs compétences en matière de gestion communautaire et appliquant l'approche participative en matière de pouvoir, les femmes ont apporté une manière différente de voir sur le plan qualitatif, dans les négociations de paix et pour la consolidation de la paix.

· Un consensus s'est dégagé sur le fait que les droits des femmes font partie des droits fondamentaux et que la violence à l'encontre des femmes constitue l'une des formes les plus répandues de violation des droits fondamentaux.

· Des mesures encourageantes ont été prises par les pays pour promouvoir et protéger les droits des jeunes filles et leur assurer l'éducation, un bon état de santé et une vie de meilleure qualité.

· Les importantes activités menées pour sensibiliser à la question des mutilations génitales féminines ont contribué à faire reculer de cette pratique, ou à la faire remplacer dans quelques communautés rurales du continent par de nouveaux rites de passage .

· A la suite des révisions et réformes constitutionnelles, de nouveaux textes législatifs progressistes, qui répondent spécifiquement aux préoccupations des femmes, ont été adoptés.

· Il y a eu des efforts redoublés visant pour rendre les mécanismes nationaux de promotion des femmes plus efficaces dans le but de faire prendre en compte les besoins des femmes par l'ensemble des institutions, secteurs, politiques et programmes nationaux.

· La nécessité de prendre en considération les besoins et préoccupations des femmes dans tous les programmes et politiques est de plus en plus reconnue par certaines organisations intergouvernementales régionales qui ont mis en place des mécanismes à cet effet.

Nous notons avec une vive préoccupation que, malgré ces résultats encourageants, il subsiste des lacunes et des contraintes à savoir :

· Les nombreuses guerres et les conflits violents, dont sont de plus en plus victimes les populations civiles par le recours à diverses tactiques, notamment l'usage sans discernement d'armes antipersonnel, continuent d'épuiser les ressources du continent et perturbent l'idée négative selon laquelle l'exil prolongé ou le déplacement des populations est un mode de vie acceptable pour nombre d'Africains et servent à légitimer les formes les plus barbares de violence à l'égard des femmes et des enfants.

· La persistance des atteintes aux droits fondamentaux des femmes, des enfants et des hommes, notamment au droit à la vie dans la mesure où les guerres et les actions militaires prennent le pas sur la promotion du développement durable. En outre, les femmes, les hommes et les enfants souffrent beaucoup des embargos et des blocus.

· Les femmes sont toujours sous-représentées aux postes de prise de décisions et de responsabilité, en dépit des progrès accomplis,

· La pauvreté croissante touche de plus en plus de femmes, en particulier en milieu rural,

· Du fait que les femmes et les filles ne sont pas maîtresses de leur vie et n'ont que peu de choix, les expose en particulier à la pandémie de l'infection par le VIH/sida et a pour effet une dégradation de leur situation économique et sociale ; c'est là d'un obstacle de taille à la promotion des femmes et au développement de l'Afrique,

· Le manque de services de santé de qualité, en particulier dans le domaine de la santé en matière de reproduction est à l'origine des taux élevés de mortalité et de morbidité maternelle,

· Le manque de soins et de ressources permettant de répondre aux besoins particuliers des femmes handicapées et âgées ne fait que les marginaliser davantage.

· Les difficultés pour les femmes et les filles à accéder à l'éducation et à l'information leur enlèvent toute possibilité d'épanouissement, et les maintiendront dans l'ignorance des progrès scientifiques et technologiques qui caractérisent la fin du XXe siècle. De ce fait, conséquence, un grand nombre de femmes africaines entreront dans le troisième millénaire presque totalement démunies et marginalisées,

· L'insuffisance des ressources et le statut inapproprié des mécanismes nationaux sont des contraintes majeures qui entravent l'action de ces derniers pour renforcer le pouvoir d'action des femmes et d'assurer l'égalité entre les sexes ;

· Le manque au niveau institutionnel de données désagrégées par sexe, qui permettraient d'influer sur la formulation de politiques et de prendre des mesures répondant aux préoccupations des femmes.

· Le quasi-immobilisme de la Société et l'absence de structures permettant de formuler des politiques propres à faire accéder les femmes aux structures de pouvoir.

Nous sommes convaincues que de ce qui suit :

· Le nouveau millénaire offre l'occasion d'opérer des changements majeurs visant à assurer l'égalité entre les sexes : les responsables africains doivent voir là un défi à leur ingéniosité en tant que dirigeants;

· Les femmes sont des partenaires cruciales de développement et il faut utiliser leurs capacités et leurs compétences pour opérer des changements qualitatifs et assurer la Renaissance de l'Afrique ;

· La pleine participation des femmes à la prise de décision entraînera un partage équitable des ressources et un développement humain durable pour la Renaissance de l'Afrique ;

· Les femmes africaines doivent devenir des partenaires dans la gestion et la protection de l'environnement et il faudra, à cet égard, tenir compte de leur bon sens et de leur connaissance du milieu ;

· Pour inverser le mouvement de sous-développement, tous les gouvernements africains doivent mettre en œuvre les engagements qu'ils ont pris, à savoir donner des moyens d'action aux femmes et assurer l'égalité entre les sexes ;

En conséquence, nous exhortons tous ceux qui s'intéressent au développement du continent africain, y compris les organisations internationales, à :

· Traduire promptement les engagements en actions concrètes à l'aube du XXIe siècle ;

· Réaffirmer leur détermination à réitérer les engagements pris antérieurement pour trouver des solutions aux causes profondes de la discrimination à l'égard des femmes, des jeunes filles et de l'inégalité entre les sexes ;

· Mettre en place les ressources nécessaires ainsi que des mécanismes efficaces pour permettre aux femmes de jouir pleinement de leurs droits fondamentaux et des libertés premières, leur donner des moyens d'action et assurer l'égalité entre les sexes.

· Redoubler d'efforts pour assurer la paix et la sécurité des personnes en Afrique, et reconnaissant le rôle de catalyseur que jouent les femmes dans les initiatives locales en faveur de la paix, veiller à ce qu'elles participent sur un pied d'égalité aux processus de paix à des niveaux élevés aux plans national et régional et qu'elles puissent influer sur ces derniers,

· Ratifier, s'ils ne l'ont pas déjà fait, la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, lever, d'ici à juin 2000, les réserves sur la Convention et accélérer sa mise en œuvre ;

· Intégrer totalement les dispositions de la Convention dans les législations des pays, afin que les femmes puissent les invoquer pour faire valoir leurs droits auprès des juridictions nationales.



 

ANNEXE II-b


PLAN D'ACTION DE L'AFRIQUE POUR ACCELERER LA MISE EN OEUVRE DU PROGRAMME D'ACTION DE DAKAR ET DE LA PLATEFORME D'ACTION E BEIJING EN VUE DE LA PROMOTION DE LA FEMME

(Période : 2000-2004)

 

Introduction
I. Mecanismes et strategies de coordination
II. Strategies et mecanismes de suivi d'evaluation de la mise en oeuvre de la plateforme et du programme d'action
III. Les femmes et la prise de decisions
IV. Mobilisation des ressources pour la mise en oeuvre des plates-formes d'action
V. Strategies et mecanismes pour l'integration de la problematique hommes/femmes dans les politiques, la plannification et la programmation
VI. Le VIH/SIDA et ses consequences pour la demarginalisation des femmes
VII. La contribution des femmes a la fourniture des biens et services essentiels a la societe africaine

 

 

[sommaire Annexe 2b]
[sommaire du rapport]

INTRODUCTION

Le Plan d'action régional a été formulé dans le cadre de l'examen à mi-parcours de la mise en œuvre de la Plateforme d'action de Dakar et du Programme d'action de Beijing. L'examen a été effectuée à l'occasion de la sixième Conférence régionale africaine sur les femmes, tenue du 22 au 26 novembre 1999 au siège de la Commission économique pour l'Afrique, à Addis-Abeba (Ethiopie). Il s'est fondé sur les rapports d'activité nationaux élaborés par les gouvernements de la plupart des pays africains et les contributions de tous les acteurs qui ont participé à la mise en œuvre des plans d'action. L'Organisation de l'unité africaine, la Banque africaine de développement, des organisations non gouvernementales, la Commission économique pour l'Afrique et les organismes des Nations Unies ont également élaboré des rapports. Ils ont permis de voir que des engagements ont été pris pour assurer la mise en œuvre des Plateformes d'action de Dakar et de Beijing.

Pendant les quatre ou cinq dernières années, la plupart des pays ont consacré des ressources financières et humaines à la mise en œuvre des plans d'action nationaux et réussi à accroître le taux de scolarisation des filles, à améliorer la couverture sanitaire, à créer des groupements féminins en vue de promouvoir la solidarité et la collaboration, à élargir la portée des campagnes et des programmes de sensibilisation à la question des droits fondamentaux des femmes, à mettre en place des programmes de micro-crédit et à élargir les programmes d'alphabétisation des adultes. Au moins 15 des pays qui ont présenté des rapports ont formulé des politiques nationales détaillées pour la promotion des femmes en vue d'aider les autres secteurs à tenir compte des préoccupations des femmes dans leurs politiques, plans et programmes. Dans la plupart des cas, les plans d'action nationaux ont porté sur des activités qui sortaient du cadre de l'examen à mi-parcours.

Toutefois, les rapports d'évaluation ont présenté de façon explicite les problèmes rencontrés lors de la mise en œuvre, et dans certains cas, les moyens de résoudre ces problèmes au cours de la phase suivante ont été proposés. Le Plan d'action régional suivant porte sur les problèmes les plus communement rencontrés; le but étant de fournir un cadre qui permette de régler ces problèmes.

Cadre conceptuel

Cinq ans se sont écoulés depuis l'adoption de la Plateforme d'action de Dakar. Entre temps, beaucoup de faits nouveaux sont survenus et d'engagements pris depuis la Conférence de Beijing, qui offrent un nouveau cadre pour la formulation du Plan d'action régional africain pour les cinq prochaines années. Au nombre des faits nouveaux figurent les nombreuses et pertinentes recommandations issues de la Conférence mondiale sur les établissements humains (Habitat II, Istanbul, 1996) et plus récemment (juin 1999), les conclusions et recommandations de la troisième Réunion du comité de suivi de la mise en œuvre de la Plateforme d'action de Dakar et du Programme d'action de la Conférence internationale sur la population et le développement adoptés par l'Assemblée générale des Nations Unies à sa session extraordinaire en juin 1999.

Les politiques macro-économiques et la mondialisation ont eu un certain nombre de conséquences négatives, notamment la destruction du tissu social et l'accroissement du nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté. Dans beaucoup de pays africains, c'est aux femmes qu'il incombe de plus en plus de prendre soin des pauvres, des personnes âgées, des petits enfants orphelins et des personnes malades. Nombre de ménages ont à leur tête des femmes et des enfants (orphelins) pauvres. La famille est, en général, la première source de protection économique et sociale de ceux qui ne peuvent pas se prendre en charge du fait de leur infirmité, de la maladie, de la vieillesse, de l'inflation, de la modicité des salaires, du chômage, ou de leur déplacement à l'intérieur du pays. Malheureusement, l'urbanisation et le mode de vie qu'elle implique ainsi que la pauvreté résultant des mauvaises performances de la plupart des économies africaines, ont affaibli et rendu inefficace le système de protection sociale traditionnel africain. Aussi, est-ce surtout aux femmes que cette tâche incombe car elles doivent prendre soin des personnes pauvres et sans ressources, en plus de leurs rôles dans les domaines de la production et de la reproduction.

C'est pourquoi il convient d'adopter de nouvelles politiques, à savoir passer seulement prendre en compte un seul facteur mais passer à une approche multisectorielle plus globale du bien-être et de la sécurité des populations. Les gouvernements devraient songer d'abord à adopter des mesures novatrices pour répondre à ce problème. Etant donné l'urgence de cette question, les gouvernements devraient envisager de créer, là où ils n'existent pas, de nouveaux mécanismes et de renforcer ceux qui existent. Certains pays ont déjà fait un pas dans cette direction.

Ces exemples, qu'il est vivement recommandés, de suivre de pair avec les programmes d'allégement de la pauvreté pour alléger les lourdes responsabilités qu'assument les femmes en prenant soin de ceux qui ne sont pas en mesure de se prendre en charge.

C'est dans le cadre de ces importantes transformations structurelles, qui offrent des possibilités et des défis, que le présent plan devrait être interprété.

Objectifs

Le Plan d'action régional a pour objet de féliciter à la mise en œuvre de la Plateforme d'action de Dakar et du Programme d'action de Beijing dans le cadre de plans d'action nationaux, sous-régionaux et régionaux. Le Plan est une synthèse des stratégies et des mécanismes proposés pour lever un certain nombre de contraintes qui, de l'avis général, ont sérieusement entravé ces cinq dernières années la mise en œuvre de la Plateforme d'action de Dakar et du Programme d'action de Beijing.

Ces contraintes peuvent être classées en six catégories :

1. Bien que la plupart des pays aient élaboré des plans d'action nationaux complets en vue de la mise en œuvre de la Plateforme d'action et du Programme d'action, seuls quelques-uns ont défini des stratégies concrètes en vue de coordonner les activités que les divers acteurs ont effectivement mises en œuvre dans divers secteurs. Le chevauchement des efforts et le gaspillage de précieuses ressources au détriment des bénéficiaires visés, ont suscité de vives préoccupations dans la plupart des pays. Certes, des initiatives ont été prises pour confier le rôle de coordination à une structure donnée dans quelques pays, mais la plupart de ces structures n'avaient pas le mandat nécessaire ni les moyens ou ressources indispensables pour jouer effectivement ce rôle.

2. Une autre faiblesse des plans d'action nationaux, c'est qu'ils ne mentionnent pas les mécanismes de suivi et d'évaluation du processus de mise en œuvre, qui devraient se fonder sur un ensemble clairement formulé d'indicateurs. En l'absence d'un tel mécanisme, il était impossible d'évaluer correctement les progrès accomplis et, partant d'apporter, là où il le faut, des correctifs au processus.

3. Presque tous les pays ont passé sous silence la question de la responsabilité. Bien qu'il y ait eu un engagement explicite à assurer la mise en œuvre de la Plateforme d'action de Dakar et du Programme d'action de Beijing, tel qu'il ressort des déclarations et des résolutions que les gouvernements ont adoptées, les rapports nationaux n'ont pas mentionné la question de la responsabilité devant les populations qui devraient être les bénéficiaires des programmes d'action. Le silence observé à cet égard est la preuve qu'on se désintéresse de la question et qu'on ne fait que formuler des vœux pieux, attitude qui ne fait que perpétuer le statu quo au détriment de la promotion des femmes, de l'égalité entre les sexes et du développement durable.

4. Dans les plans d'action, l'idée d'intégrer la problématique hommes/femmes dans les politiques, plans et programmes dans tous les secteurs a été acceptée comme étant la stratégie la plus efficace pour assurer la parité. Ainsi, dans cette stratégie, tous les secteurs sont-ils chargés de mettre en œuvre les programmes d'action. Malheureusement, à ce jour, quelques pays seulement ont élaboré des politiques nationales détaillées de promotion des femmes ou défini des politiques sectorielles tenant compte des besoins et préoccupations des femmes. Parallèlement, il est toujours difficile d'avoir un nombre de femmes suffisamment qualifiées aux postes de prise de décisions, ce qui repousse encore à plus tard toute possibilité de demander des comptes. Il importe de s'assurer que les femmes qui occupent des postes de prise de décisions ont les compétences et les capacités nécessaires pour analyser et évaluer les politiques et les programmes dans une perspective égalitaire.

5. Les pays qui ont mis en œuvre le Plateforme d'action de Dakar et du Programme d'action de Beijing, dont les objectifs sont l'égalité, le développement et la paix ont eu à faire face à une grave pénurie de ressources du au fait qu'il était difficile d'accèder à ces ressources aux niveaux national, sous-régional et régional. La législation en vigueur, les politiques de libéralisation économique, la privatisation, le remboursement de la dette, les programmes d'ajustement structurel et la détérioration des termes de l'échange ne permettent pas de répondre aux besoins des populations marginalisées et démunies d'Afrique, en particulier les femmes. La grande inégalité économique qui ne fait que s'aggraver a eu comme conséquences l'insécurité, la misère et l'inefficacité et a sapé les bases du système d'entraide familiale, institutionnalisant ainsi la pauvreté. Il ressort des rapports publiés récemment que les 16 % les plus riches du monde consomment 80 % des ressources naturelles de la planète. Or la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples garantit à tous les peuples le droit de disposer librement de leurs richesses et de leurs ressources naturelles... dans leur intérêt exclusif et, en aucun cas, un peuple ne saurait être privé de ce droit. (article 21.1).

6. La société africaine est confrontée à un certain nombre de nouveaux problèmes d'importance cruciale se posent dans son ensemble. Les gouvernements et toute la population doivent se pencher sur ces questions pour les résoudre une fois pour toutes. Deux de ces questions, à savoir l'infection par le VIH/sida et le problème des nécessiteux et des personnes sans ressources, constituent des menaces en particulier du fait de leur gravité et de leurs conséquences.

Dans la plupart des pays africains, la pauvreté s'aggrave d'année en année, le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté augmentant par millions. Les moyens dont disposait la famille élargie pour prendre en charge ces personnes, ce rôle incombait pour l'essentiel aux femmes, - ont été réduits à néant, comme en témoigne le grand nombre de mendiants de tous âges et d'enfants des rues dans les villes. Il convient de répondre à la question de savoir où se situent les responsabilités en ce qui concerne les victimes de l'infection par le VIH/sida et de la pauvreté et de prendre d'urgence les mesures qui s'imposent avant de considérer cette situation comme normale, en fin de compte, d'assister à la mort du continent.

Le Plan d'action régional aborde les questions susmentionnées dans le cadre de la Plateforme d'action de Dakar et du Programme d'action de Beijing et des domaines prioritaires auxquels les différents acteurs devraient s'intéresser particulièrement. Il propose un cadre dans lequel pourraient s'inscrire les stratégies et mécanismes permettant de trouver des solutions à ces questions et de les mettre en œuvre aux plans national, sous-régional, et régional. Ainsi, le but ultime du Plan d'action africain est-il d'accélérer la mise en œuvre de la Plateforme d'action et du Programme d'action au cours des cinq prochaines années, à l'issue desquelles les résultats obtenus pendant la décennie qui a suivi la Conférence de Beijing, seront évalués.

[sommaire Annexe 2b]
[sommaire du rapport]

I. MECANISME ET STRATEGIES DE COORDINATION

Justification

Les gouvernements se sont engagés à mettre en œuvre le Plateforme d'action de Dakar et du Programme d'action de Beijing, et les ONG, les organismes spécialisés des Nations Unies et les autres structures participent à ces activités aux plans local, national, sous-régional, régional et international. Depuis la Conférence de Beijing, nombre de structures ont été mises en place à tous les niveaux pour promouvoir l'égalité entre les sexes. Les Etats membres se sont efforcés de faire participer leurs institutions à la formulation des politiques, des programmes et des plans en vue de mettre en pratique les recommandations de la Plateforme d'action de Dakar et du Programme d'action de Beijing. Il est difficile d'obtenir la participation et la coopération de la multitude d'institutions gouvernementales, de la société civile, du secteur privé et des ONG. Les institutions nationales, sous-régionales et régionales n'ont ni statut ni mandat bien définis, ni de compétences pour l'analyse des questions de parité et d'équité, elles souffrent également de maux tels que l'insuffisance du financement et de l'équipement, la centralisation des pouvoirs de décision, le manque de moyens de mobilisation, l'approche non professionnelle de la question des femmes et le manque de coordination.

La multiplicité des structures et des acteurs, la diversité des stratégies mises en œuvre, et la mauvaise coordination des activités empêchent la mise en œuvre harmonieuse des plans d'action nationaux et l'évaluation objective de ces derniers. Chaque pays doit élaborer des stratégies et mettre en place un mécanisme de coordination des activités de promotion de la femme, assurer non seulement la mise en œuvre harmonieuse, le suivi et l'évaluation de celles-ci mais également prendre les mesures correctives nécessaires et améliorer la planification. En fait, la mise en œuvre de la Plateforme d'action de Dakar et du Programme d'action de Beijing serait facilitée facile si tous les acteurs collaboraient des liens étroits et partageaient l'information.

Vision

Chaque Etat membre coordonne régulièrement, par le biais d'un mécanisme approprié implanté à la Présidence ou au niveau des services du Premier Ministre ou à tout autre niveau élevé, les diverses activités à entreprendre pour promouvoir l'égalité des sexes entre les divers acteurs en ce qui concerne les 12 domaines critiques. La coordination permet d'éviter les chevauchements, de gagner du temps, d'économiser les ressources et d'avoir un impact maximal.

Objectifs stratégiques

Au niveau national

1. Créer un comité national consultatif et de coordination au niveau le plus élevé de l'Etat, qui décidera de sa composition. Les ministères et acteurs, y compris la société civile, seraient représentés au sein de ce comité, qui sera chargé de concevoir, de coordonner et d'évaluer la mise en œuvre des engagements pris par le Gouvernement. Le comité sera habilité à assurer le respect des engagements pris et à s'assurer qu'ils ont été mis en œuvre.

2. Créer et renforcer les capacités du comité national consultatif et de coordination en vue d'intégrer les femmes au processus de développement.

3. Communiquer aux partenaires les documents officiels relatifs aux politiques, aux programmes officiels et à la planification.

4. Créer ou renforcer les capacités des organismes des Nations Unies dans chaque pays pour leur permettre de travailler en collaboration avec le Comité national.

Au niveau sous-régional

5. Au niveau de chaque organisation intergouvernementale sous-régionale, créer ou renforcer un mécanisme de promotion des femmes chargé d'assurer le suivi de la mise en œuvre de la Plateforme d'action de Dakar et du Programme d'action de Beijing.

Au niveau régional

6. Renforcer la capacité des structures actuelles de promotion de la femme des OIG régionales pour leur permettre de mieux suivre la mise en œuvre de la Plateforme d'action de Dakar et du Programme d'action de Beijing.

Actions stratégiques

Niveau national

7. Créer un comité national consultatif et de coordination en vue de la promotion de l'égalité entre les sexes.

8. Dispenser une formation sur les questions liées à la parité entre les sexes à tous les partenaires de développement nationaux, bilatéraux et multilatéraux.

9. Sous la direction du Coordonnateur résident des Nations Unies, créer un mécanisme consultatif et de coordination pour les organismes des Nations Unies afin de contribuer à la mise en œuvre des Plans d'action. Ce mécanisme fournira un appui technique et financier aux équipes nationales chargées de suivre la mise en œuvre de la Plateforme d'action et du Programme d'action.

10. Faire en sorte que les organismes des Nations Unies prennent la direction de ces activités en coordination avec les organisations nationales, sous-régionales et régionales, les experts en formation à l'analyse des questions de parité et d'équité et des questions connexes.


Niveau sous-régional

1) Créer ou renforcer un mécanisme de promotion féminine qui sera chargé de suivre la mise en œuvre de la Plateforme d'action de Dakar et du Programme d'action de Beijing au niveau de chaque OIG régionale.

2) Ce mécanisme devrait être placé à un niveau suffisamment élevé pour pouvoir influer directement sur la prise de décision, et disposer de ressources suffisantes pour ses programmes et activités.

3) Les OIG sous-régionales devraient travailler en étroite collaboration avec les centres de développement sous-régionaux pour s'assurer de la complémentarité des activités de planification, mettre en œuvre les programmes et assurer la coordination des activités.

Niveau régional

1. Améliorer la situation et accroître les ressources humaines et financières des services de promotion des femmes à la BAD, à la CEA et à l'OUA pour les aider à coordonner, suivre et évaluer la mise en œuvre de la Plateforme et du Programme d'action.

2. Implanter stratégiquement les mécanismes de promotion de l'égalité entre les sexes au sein de l'OUA, de la BAD et de la CEA à des niveaux aussi proches que possible du niveau de la prise de décision pour leur permettre d'influer directement sur la formulation des politiques.

3. Créer un mécanisme institutionnel au niveau ministériel dans le cadre du Traité instituant la Communauté économique africaine pour suivre et évaluer les efforts visant à promouvoir l'égalité entre les sexes.

4. Les Etats membres se chargeront de fournir les ressources nécessaires à l'intégration des femmes au processus de développement.

Acteurs

Les membres des organisations gouvernementales, intergouvernementales et les organismes des Nations Unies, les ONG, la société civile et les responsables du secteur privé, en s'associant effectivement à ces efforts, ont un rôle important à jouer pour promouvoir l'égalité entre les sexes.

Indicateurs

11. Création et fonctionnement de comités nationaux consultatifs et de coordination pour la promotion de l'égalité entre les sexes.

12. Nombre de personnes et de structures formées à l'analyse différentielle en fonction du sexe.

13. Nombre de personnes et de structures recevant des documents officiels.

14. Mise en place et bon fonctionnement d'un mécanisme de promotion des femmes dans chaque OIG sous-régionale.

15. Nombre de programmes suivis et évalués par les services de promotion des femmes à la BAD, à la CEA et à l'OUA.

Calendrier

Au cours des quatre prochaines années, chaque pays devrait mettre en place un comité national consultatif et de coordination fonctionnel en vue de promouvoir l'égalité entre les sexes et un mécanisme de consultation et de coordination dans les bureaux nationaux des Nations Unies pour contribuer à la mise en œuvre des plans d'action nationaux

Ressources

En collaboration avec les partenaires de développement, y compris les organismes bilatéraux et multilatéraux de coopération, les Etats membres devraient s'employer à fournir, aux niveaux national, sous-régional et continental, les ressources nécessaires à la mise en œuvre de projets assurant l'intégration de la femme au processus de développement.

[sommaire Annexe 2b]
[sommaire du rapport]

 

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