Le 18 novembre marque la Journée africaine de la statistique. C’est en mai 1990 que la vingt-cinquième session
de la Commission économique pour l'Afrique (CEA)/seizième réunion des ministres africains de la planification et du
développement économique a décidé qu’une journée de la statistique sera célébrée chaque année afin
de «sensibiliser le grand public au rôle important que jouent les statistiques dans tous les aspects
de la vie sociale et économique dans nos pays et sur le continent.»
Le thème: Défis de la hausse des prix des denrées alimentaires et du développement agricole en
Afrique: le rôle des statistiques a été retenu pour la célébration de cette année.
L’agriculture demeure le secteur dominant dans la plupart des économies africaines. Elle contribue notablement au produit
intérieur brut (PIB), aux exportations nationales et à la création d’emplois. En outre, la plupart des industries et des services dans
les pays africains dépendent de ce secteur. Il va sans dire que la bonne santé du secteur agricole a un impact considérable sur
les pauvres vivant en milieux ruraux, mais également sur ceux des milieux urbains, qui consacrent une grande part du total de
leurs dépenses à l’achat de denrées alimentaires de base. L’élargissement prévu du secteur agricole et l’amélioration de son
efficacité offrent donc des possibilités d’accroître la richesse, de réduire la pauvreté et d’engager les pays africains sur la voie
d’un développement durable.
La récente flambée des prix des denrées alimentaires et les crises alimentaires signalées en Afrique de l’Est, menacent
la croissance économique, la paix et la sécurité. Les chances d’atteindre les objectifs de développement définis,
au niveau national, dans les stratégies de création de richesse et de réduction de la pauvreté
et dans d’autres programmes sectoriels de développement, au plan régional, dans des initiatives
comme le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) et, au plan international,
dans les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) sont donc gravement compromises.
En raison des disparités grandissantes au sein des sociétés africaines dues à la hausse des prix et aux pénuries alimentaires,
il est nécessaire de multiplier les efforts concertés aux niveaux national et sous-régional pour exploiter le potentiel du secteur
agricole en faveur du développement national et pour comprendre les effets du changement climatique sur l'agriculture. Les
participants à la Table ronde ministérielle sur des questions d'actualité sociale et économique,organisée lors de la réunion
annuelle conjointe de la Conférence des ministres de l'économie et des finances de l'Union Africaine et de la Conférence des
ministres africains des finances, de la planification et du développement économique de la CEA tenue à Addis-Abeba du
31 mars au 2 avril 2008, ont noté "qu'il faudrait cependant pour cela engager une transformation
structurelle du secteur agricole du continent, reposant sur une meilleure utilisation de la science et de la technologie, le
développement de l'infrastructure et l'accès au marché afin d'accroître le rendement et la productivité. "
Le NEPAD a élaboré un programme collectif intitulé- le Programme intégré pour le développement de l'agriculture en
Afrique (CAADP), qui vise à atteindre un taux de croissance annuel du produit intérieur brut agricole de 6%, à réduire la
pauvreté et à parvenir à la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Le programme CAADP à pour principal objectif d’aider les
pays africains à améliorer leur croissance économique par un développement soutenu par l'agriculture. Le programme
s’appuie sur quatre piliers qui correspondent aux domaines prioritaires d'investissement agricole en Afrique, à
savoir: a) la gestion des terres et des ressources en eau; b) les infrastructures rurales et capacités commerciales pour
améliorer l'accès aux marchés; c) l’augmentation des réserves alimentaires et la réduction de la faim et, enfin,
d) la recherche agricole ainsi que la l’adoption et la diffusion de la technologie. Bien que le programme CAADP ait
une portée continentale, ses mécanismes de mise en œuvre nécessitent la tenue aux niveaux régional et national de
tables rondes permettant aux parties prenantes de s’entendre sur les programmes d'investissement, les modalités de
financement, les politiques sectorielles, l'examen et le dialogue nécessaires pour obtenir de tous les pays qu’ils adhèrent
entièrement au Programme. Le programme CAADP vise donc à garantir que la promotion de la croissance du secteur fasse
intégralement partie des efforts de développement national.
La planification du secteur agricole, sa gestion et son suivi devraient se fonder sur des éléments d’appréciation solides,
étant donnée l’importance de ce secteur pour l'économie et le bien-être des États africains. Pour cela, il faudrait disposer
constamment de données statistiques complètes, fiables, cohérentes, fournies en temps voulu et dans un format qui en
favorise une utilisation judicieuse. De telles données et informations représentent des ressources cruciales, indispensables
pour éclairer la conception et la mise en œuvre des politiques et des programmes, mesurer les progrès et rendre compte
des résultats en matière de développement. Elles peuvent aussi servir à d’autres fins, comme par exemple constituer
des intrants dans la compilation des comptes nationaux.
L’absence de données de qualité concernant l'agriculture et les domaines connexes demeure un obstacle majeur au
développement de ce secteur dans de nombreux pays africains. Bien que familiarisés depuis quatre décennies avec la
collecte de statistiques agricoles, les pays du continent n'ont pas, en général, développé de systèmes nationaux de
statistiques agricoles structurés, assortis d'objectifs et d'une orientation stratégique bien définis. Les systèmes actuels
sont fragiles, généralement non coordonnés et non intégrés dans des systèmes globaux de statistiques nationales,
de même qu’ils manquent de ressources et sont pour l’essentiel non viables. Ces dernières années de nombreux
pays n'ont pas entrepris de recensements agricoles, alors que l’information qu’ils génèrent est essentielle si l’on
veut obtenir une image précise de la structure et de l'organisation du secteur agricole. De même, nombreux sont les
pays qui ne mènent pas d'enquêtes agricoles régulières et qui, par conséquent, ne disposent pas de données agricoles
actualisées permettant de mesurer la performance des politiques et programmes au fil du temps. Les données
provenant de sources administratives telles que les services d'information agricole sont souvent incomplètes et difficiles
à relier avec les données socioéconomiques provenant des enquêtes sur les ménages agricoles.
À ne considérer que la croissance économique, l’on risque de donner une image trompeuse de la santé et du
bien-être de nos populations. La croissance économique est une condition nécessaire mais pas suffisante. Elle peut
souvent être un indicateur d’un accroissement des cultures vivrières, qui peut se traduire que par des disparités plus
grandes entre les couches aisées et les pauvres d'un pays. En tant que statisticiens, il nous incombe de mesurer la
répartition des ressources au sein de nos pays. À cet effet, une importante composante de notre arsenal de données
consiste dans les enquêtes sur le niveau de vie des ménages. Il nous faut de meilleures informations, sur la nutrition
et son impact sur la santé des populations.
Les célébrations de la Journée africaine de la statistique de cette année visent donc, d’une part, à souligner la
nécessité pour les pays de faire davantage d'efforts pour améliorer la collecte, la gestion et l'utilisation des données
et informations agricoles au service du développement national et, d’autre part, à arriver à comprendre comment atténuer
les effets néfastes du changement climatique sur la production agricole.
La Commission économique pour l'Afrique souhaite plein succès à toutes les activités envisagées dans
le cadre de la célébration de la Journée africaine de la statistique.