Conférence de suivi du Sommet mondial pour le développement social pour les sous-régions de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale

PROJET DE RAPPORT
TABLE DES MATIERES

  1. INTRODUCTION
  2. PARTICIPATION
  3. ORDRE DU JOUR ET ORGANISATION DES TRAVAUX

A. Election du Bureau
B. Adoption de l’ordre du jour

  1. COMPTE RENDU DES TRAVAUX
    1. Ouverture officielle
    2. Présentations thématiques
    3. Conclusions et recommandations des
    4. Groupes de travail sur les questions thématiques

    5. Communications nationales sur les progrès accomplis depuis Copenhague
    6. E. Session spéciale sur les perspectives de la société civile

    7. (Forum des ONG)

    1. Adoption du rapport
    2. Clôture de la Conférence
  1. ANNEXES

Annexe 1: Déclaration de Ouagadougou
Annexe 2: Motion de remerciements
Annexe 3: Ordre du jour
Annexe 4 : Liste des participants
Annexe 5 : Liste des documents

  1. INTRODUCTION

    1. La Conférence de suivi du Sommet mondial pour le développement social pour les sous-régions d’ Afrique centrale et de l’ Ouest s’est tenue à Ouagadougou, Burkina Faso, du 28 au 30 septembre 1999. La Conférence qui était conjointement organisée par la Commission économique pour l’ Afrique (CEA) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), avait pour objet d’examiner les progrès accomplis dans la mise en oeuvre des recommandations contenues dans la Déclaration et Programme d’action de Copenhague, et de permettre aux décideurs nationaux et à leurs partenaires de développement de s’engager à nouveau à poursuivre les stratégies et actions qui permettent d’atteindre, le plus rapidement, les objectifs du Sommet social.

    2. Plus précisément, la Conférence a évalué les progrès accomplis dans les domaines prioritaires que sont la lutte contre la pauvreté, la création d’emplois, la réalisation des objectifs du développement social et la promotion de la bonne gouvernance. Une séance spéciale a été consacrée à la question de la participation de tous les acteurs ainsi qu’au dialogue entre le Gouvernement et les autres acteurs.

  1. PARTICIPATION

    3. Ont participé aux travaux de la Conférence les pays ci-après membres des sous-régions d’ Afrique centrale et de l’ Ouest: Burkina Faso, Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Ghana, Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, Libéria, Mali, Niger, Nigéria, République centrafricaine, République du Congo, Sénégal et Togo.

    4. Les organes et institutions spécialisées du système des Nations Unies ci-après étaient également représentés: Bureau international du travail (BIT), Fonds des Nations Unies pour l’ enfance (UNICEF), Fonds des Nations Unies pour les activités de population (FNUAP), Organisation des Nations Unies pour l’ éducation, la science et la culture (UNESCO) et Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

    5. Les organisations intergouvernementales et non gouvernementales suivantes étaient représentées à la Conférence par des observateurs : AGECDEA, APICA, BOAD, CCA-ONG, CERPOD/CILSS, CONGAD, CONGAFEN, ENDA Tiers monde, GAPVOD, Inter Africa Group (IAG), International Council on Social Welfare (ICSW), CIAS/ICSW, ICW/CIAS, OATUU, Syndicat Patronal Niger, UEMOA, UONGTO et Université de Ouagadougou.

  1. ORDRE DU JOUR ET ORGANISATION DES TRAVAUX
    1. Election du Bureau

6. La Conférence a, par acclamation, élu le Bureau suivant:

Président: Burkina Faso
Vice-Président: Tchad
Premier rapporteur : République centrafricaine
Deuxième rapporteur : Ghana
Président et rapporteurs des groupes sur les questions thématiques:

Groupe A ( Pauvreté): ……..
Groupe B (Emploi): ………
Groupe C: (Secteur Social): ………
Groupe D: (Gouvernance): ………

  1. COMPTE RENDU DES TRAVAUX
  1. Ouverture officielle
    1.  

7. Dans son allocution, Mme Diene Keita-Djermakoye, représentant résident à.i. du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a d’abord remercié chaleureusement les participants pour leur présence ainsi que le gouvernement et le peuple burkinabé pour leur hospitalité. Elle a rappelé que l’Assemblée générale des Nations Unies avait proclamé la période 1997-2006 Décennie pour l’élimination de la pauvreté, sur la base du constat que 20% de la population mondiale étaient confrontés au fléau dégradant de la pauvreté en dépit des progrès réalisés (augmentation du revenu moyen, recul de la mortalité infantile, allongement de l’espérance de vie, amélioration de l’éducation et de l’alphabétisation).

8. Notant que la pauvreté en Afrique était aggravée par les conflits, la pandémie du VIH/SIDA et la dégradation de l’environnement, elle a fait observer qu’à l’orée du 21ème siècle, le défi majeur était de réduire la pauvreté en permettant aux pauvres de se nourrir et de se loger, d’accéder aux services sociaux de base, et de leur assurer un accès équitable aux institutions et aux opportunités d’emploi.

9. L’Afrique subsaharienne qui, selon les estimations, comptait 250 millions de pauvres, était la région où le défi d’éliminer la pauvreté s’imposait le plus, du fait de l’ampleur, de la progression relative de la pauvreté et de la menace que celle-ci faisait peser sur la stabilité socio-économique. Dans cette région, en dépit des progrès, les taux de morbidité et de mortalité étaient les plus élevés du monde, les normes de santé et de nutrition s’étaient détériorées et le SIDA faisait des ravages. Du fait de conflits, le continent comptait 7 millions de réfugiés, soit plus de la moitié des réfugiés dans le monde et 20 millions de personnes étaient déplacées à l’intérieur des espaces nationaux.

10. Il était urgent pour le continent d’instaurer la bonne gouvernance, d’améliorer ses capacités de gestion du développement, de renforcer ses avantages comparatifs et de revendiquer son propre programme d’action pour le développement, notamment en matière de lutte contre la pauvreté. L’élimination de la pauvreté doit être l’un des objectifs centraux des politiques de développement et la communauté internationale avait fait une large place à la réalisation de cet objectif dans la stratégie globale de développement contenue dans le Programme d’action du Sommet mondial adopté à Copenhague en 1995.

11. Le PNUD avait reçu du Sommet social le mandat d’organiser les efforts du système des Nations Unies en vue du développement des capacités au niveau local, national et régional et ceux visant à soutenir la mise en œuvre coordonnée des programmes sociaux et de développement à travers ses réseaux de terrain, et avait élaboré l’initiative 20/20 qui, avec l’Initiative spéciale des Nations Unies pour l’Afrique, étaient des actions internationales concertées pour réduire la pauvreté et le PNUD avait fait de l’éradication de la pauvreté sa priorité essentielle dans la poursuite du développement humain durable et sa mission principale était d’aider les pays à formuler et à mettre en œuvre des stratégies et programmes affinés de lutte contre la pauvreté.

12. Elle a indiqué que le Bureau de Ouagadougou avait, sur la base d’initiatives pilotes, fait une analyse à vocation régionale qui présentait des démarches méthodologiques et opérationnelles pour la formulation et le suivi des stratégies de lutte contre la pauvreté. Le PNUD pourrait, grâce à cette analyse, déterminer ses domaines d’intervention, recommander des améliorations et pratiques permettant de lutter contre la pauvreté et aider les gouvernements et les partenaires de développement, à concevoir et à mettre en œuvre des stratégies solides, coordonnées et opérationnelles.

13. Pour terminer, la représentante du PNUD a souhaité que la Conférence débouche, après l’examen des progrès accomplis depuis Copenhague dans les domaines les plus importants du développement social, sur des conclusions substantielles qui, consolidées avec celles des conférences sous-régionales de Marrakech et de Nairobi, contribueront à élaborer des approches et positions africaines consensuelles en vue de la Conférence mondiale (Copenhague + 5) qui se tiendrait en l’an 2000.

14. Dans son allocution Mme Lalla Ben Barka , Secrétaire exécutif adjoint de la CEA a remercié Son Excellence Monsieur le Premier Ministre du Burkina Faso d’avoir bien voulu accepter de présider la cérémonie d’ouverture. Le fait que son pays abrite la Conférence témoignait de l’attachement du gouvernement du Burkina Faso au développement du continent et à la solidarité entre les peuples. Elle a également remercié le PNUD, le BIT et l’UNICEF pour leur soutien et leur collaboration dans la préparation et la tenue de la Conférence. Elle a indiqué que des 35 chefs d’Etat et de gouvernement présents au Sommet de Copenhague, 15 venaient des sous-régions de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale. La Déclaration et le programme d’action de Copenhague avaient comme axes principaux la lutte contre la pauvreté, la création d’emplois, le renforcement du secteur social et la bonne gouvernance. Les gouvernements y étaient invités à incorporer les engagements de Copenhague dans leur plan de développement national. La Conférence qui se tenait sous l’égide de la CEA répondait à la recommandation de l’Assemblée générale tendant à faire le bilan des progrès accomplis en Afrique en ce qui concerne la réalisation des objectifs du Sommet . Deux conférences sous-régionales s’étaient tenues à Nairobi pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe et à Marrakech pour l’Afrique du Nord.

15. S’agissant de la situation sociale en Afrique, les chefs d’Etat et de gouvernement ont réaffirmé leur engagement à accélérer le développement économique, social et humain de l’Afrique (engagement No.7), à accroître sensiblement et à utiliser plus efficacement les ressources affectées au développement social en vue d’atteindre les objectifs du Sommet grâce à une action globale et à la coopération régionale et internationale (engagement No.9).

16. Les dirigeants se sont également engagés à élaborer et à mettre en œuvre des politiques visant à encourager la mobilisation de ressources intérieures pour financer les programmes sociaux, améliorer l’accès des PME aux moyens de production en veillant à assurer aux femmes l’accès au crédit et aux autres ressources en tant que condition clé du développement social, en assurant la transparence et la responsabilité administrative dans l’utilisation des ressources publiques et en donnant la priorité à l’amélioration des services sociaux de base.

17. En raison de l’importance attachée par le Sommet de Copenhague, au rôle de la société civile dans la promotion de la stabilité, de systèmes démocratiques et du développement soutenu des pays, les représentants d’associations nationales et communautaires, d’organisations non gouvernementales, du secteur privé, d’institutions de recherche et des médiats, ont été invités à la Conférence.

18. L’évaluation, quatre ans après le Sommet de Copenhague, des progrès de la sous-région pour atteindre les objectifs mentionnés dans la Déclaration, devrait se faire sans complaisance. De façon générale les indicateurs socio-économiques étaient positifs. Le PIB avait progressé de manière régulière sur tous les continents, passant de 2,9% par an, en moyenne en 1997 à 3,3% en 1999.

19. Cette croissance, souvent minée par les troubles civils et freinée par la pandémie du VIH/SIDA avait été obtenue au prix d’ajustements considérables de la part de nombreux pays. De fait, la Conférence des ministres de la CEA avait déjà reconnu que cette question ne devait être plus considérée comme une simple question de santé mais bien comme une question de développement.

20. Bien que les indicateurs macro-économiques semblent positifs et optimistes, ils ne se sont malheureusement pas traduits en termes réels. Les études ont révélé que la pauvreté touchait plus de 50% de la population. Pour faire face au phénomène de paupérisation et à l’inégalité sociale induite par les disparités de revenus, il était impératif d’engager des actions visant à multiplier les débouchés économiques pour les populations pauvres et développer les services sociaux et assurer la stabilité sociale et politique.

21. Pour développer le capital humain, il était nécessaire d’accroître les investissements et les dépenses affectés à la santé, à l’éducation et à l’emploi. S’agissant de la création d’emplois, les données souvent non disponibles montraient que dans les deux sous-régions la structure de l’emploi est toujours caractérisée par la prépondérance d’emplois dans les secteurs rural et informel urbain.

22. Grâce à la privatisation, un changement s’opère progressivement en faveur de l’emploi dans les petites et moyennes entreprises. Il importait toutefois de trouver un équilibre entre la population d’une part et aussi la création d’emplois pour une jeunesse formée qui se retrouve hors des systèmes de production. Concernant la construction de la paix et le renforcement des capacités humaines et institutionnels, la CEA a, en collaboration avec la Banque mondiale et autres organisations des Nations Unies, entrepris des études et des actions visant à aider les pays africains à honorer les engagements pris à Copenhague, en particulier elle organise un Forum annuel sur la gouvernance, en collaboration avec le PNUD. En outre, la CEA compte publier annuellement un « Rapport sur la gouvernance en Afrique » qui permettra d’évaluer la performance des pays dans la bonne gouvernance et organiser annuellement aussi le Forum sur le développement de l’Afrique dont la première édition est prévue du 24 au 28 octobre 1999 à Addis-Abeba sur le thème « l’Afrique et l’ère de l’information : défis et enjeux » et sera présidée par le Président Thabo Mbeki.

23. Dans son allocution d’ouverture, Son Excellence Monsieur Kadré Désiré Ouedraogo, Premier Ministre, Chef du gouvernement, du Burkina Faso, a rappelé que l’Assemblée générale des Nations Unies avait adopté la résolution 47/92 du 16 décembre 1992 appelant les chefs d’Etat et de gouvernement à tenir un Sommet mondial pour le développement social afin d’examiner les problèmes très préoccupants de la pauvreté, du chômage et de la désintégration sociale. Ce Sommet, tenu à Copenhague, avait débouché sur une Déclaration et un Programme d’action invitant les gouvernements à axer le développement social sur la personne humaine et à développer un esprit de coopération et de partenariat afin de répondre aux besoins des couches les plus défavorisées et les plus vulnérables.

24. Son Excellence Monsieur Kadré Désiré Ouedraogo a estimé que la pauvreté, fléau qui affectait gravement le continent africain, s’était accrue au cours des dix dernières années. Le ratio de pauvreté était passé de 38,5% en 1987 à 39,1% en 1993, tandis que l’indice de pauvreté pour la même période passait de 14,4% à 15,3%. Malgré une tendance d’ensemble toujours négative, des signes encourageants avaient été observés sur le continent africain depuis le Sommet de Copenhague. En 1997, sur 53 pays régulièrement suivis par la Commission économique pour l’Afrique, 31 avaient réalisé des taux de croissance supérieurs aux taux d’accroissement de leur population, ce qui avait permis d’améliorer le revenu par habitant. Le produit intérieur brut de 13 d’entre eux avait augmenté d’au moins 5%, soit le seuil requis pour une réduction durable de la pauvreté en Afrique. Au cours de cette même année 1997, le taux de croissance du PIB s’était établi à 2,9% contre 2,7% en 1995, l’Afrique centrale enregistrant un taux de 3,8% et l’Afrique de l’Ouest 3,7%. Toutefois, cette progression demeurait insuffisante.

25. Son Excellence Monsieur Kadré Désiré Ouedraogo a indiqué qu’à l’instar des autres pays africains, le Burkina Faso était préoccupé par le problème de la pauvreté et de ses conséquences. Au Burkina Faso, les indicateurs sociaux, malgré des progrès notables, demeuraient parmi les plus bas du continent. Au niveau de l’éducation de base, le taux de croissance était passé de 35,7% en 1995 à 40,9% en 1998. Le taux d’alphabétisation avait légèrement augmenté, passant de 22,2% en 1994 à environ 26% en 1998. Le taux de mortalité infantile avait régressé, passant de 134 p. 1000 en 1993 à 105 p. 1000 en 1998. Pour améliorer ces indicateurs, le Gouvernement avait poursuivi et renforcé le processus de démocratisation initié depuis 1990, adopté une politique de décentralisation et déployé des efforts particuliers à l’endroit des couches les plus vulnérables et les plus défavorisées. Dans cette démarche, les femmes avaient bénéficié d’une attention toute particulière.

26. Le Premier Ministre a estimé que l’une des contraintes majeures sur laquelle l’Afrique interpellait la communauté internationale, était toujours l’insuffisance des ressources financières. Beaucoup de pays en développement n’avaient pas encore atteint l’objectif de 20% fixé dans le cadre de l’initiative 20/20, l’essentiel des ressources étant consacré au service de la dette extérieure. L’aide publique au développement qui représente actuellement moins du tiers de l’objectif de 0,7% du produit national brut (PNB) des pays industrialisés connaissait depuis 1992 une tendance baissière au rythme de 5% environ par an. La levée de cette contrainte était une condition préalable, car garantir à tous d'ici à l’an 2005 un accès aux services sociaux de base de bonne qualité, exigera non seulement l’application intégrale de l’initiative 20/20 mais aussi le respect total de l’engagement pris par les pays donateurs de porter l’aide publique au développement à 0,7% de leur produit national brut.

27. Les conclusions de la Conférence permettront d’ajuster les politiques en vue d’améliorer et de consolider les résultats déjà enregistrés. Cette rencontre offrira l’occasion d’arrêter une vision commune pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale en vue d’apporter une contribution à la session extraordinaire sur l’examen et l’évaluation de la mise en œuvre des engagements du Sommet mondial pour le développement social, prévue à Genève du 26 au 30 juin 2000.

28. Pour terminer, Son Excellence Monsieur Kadré Désiré Ouedraogo a remercié toutes les bonnes volontés qui avaient contribué à l’organisation et à la tenue de cette rencontre, notamment la Commission économique pour l’Afrique et le Programme des Nations Unies pour le développement.

  1. Présentations thématiques

Progrès accomplis en matière de réduction de la pauvreté

29. Dans sa présentation qui venait en complément du document ECA/UNDP/WSSD/WCASR/1/1 intitulé : Progrès réalisés dans la lutte contre la pauvreté : promouvoir des modes de subsistance durables en Afrique centrale et de l’Ouest, le représentant du PNUD a indiqué que son intervention était axée sur trois aspects majeurs, à savoir défis et enjeux de la lutte contre la pauvreté en Afrique subsaharienne, les politiques et stratégies relatives à la lutte contre la pauvreté et aux moyens d’existence durables, et les appuis du PNUD en faveur du développement social et de la lutte contre la pauvreté.

30. Il a souligné le rôle joué par les gouvernements, la société civile, les partenaires du développement et le PNUD dans la relance du débat autour des stratégies de lutte contre la pauvreté en Afrique subsaharienne et que les apports des ateliers techniques régionaux organisés par ce dernier ont contribué à asseoir une démarche intégrée sur les problèmes de la pauvreté.

31. En ce qui concerne les défis et les enjeux de la lutte contre la pauvreté en Afrique subsaharienne, il a mis en exergue que la pauvreté constitue un des tous premiers défis du continent africain, de par son ampleur, sa progression relative et de la menace grave qu’elle fait peser sur la stabilité politique, économique et sociale des pays.

32. Avec 32 des 48 pays les moins avancés et 34 des 45 considérés comme ayant un niveau de développement humain faible, l’Afrique subsaharienne compte aujourd’hui 250 millions de pauvres, soit 45% de sa population. La pauvreté progresse sensiblement en raison d’une quasi-stagnation de la croissance des revenus par habitant. Cela a eu pour conséquence un déficit important des infrastructures sanitaires et éducatives, des taux de morbidité et de mortalité plus élevés qu’ailleurs, et la propagation alarmante du VIH/SIDA.

33. En raison de cette situation, les pauvres n’avaient pas accès aux ressources productives, aux activités rémunératrices, aux services sociaux essentiels et leur participation au processus politique était faible. L’élaboration de la politique de lutte contre la pauvreté se faisant du haut vers le bas, il s’en est suivi une contraction des dépenses publiques pour la réduction de la pauvreté, du fait qu’une bonne partie des ressources et des décisions sont toujours fortement concentrées dans les structures centrales de l’Etat et non au sein des structures décentralisées où les pauvres auraient un meilleur accès.

34. Traitant des politiques et stratégies relatives à la lutte contre la pauvreté et aux moyens d’existence durables, le représentant du PNUD a souligné que malgré l’intensification de la lutte contre la pauvreté aux niveaux national et international, l’information et les outils dont disposent les pays sur les conditions de vie des populations, étaient inadéquats et inappropriés pour la formulation des politiques conséquentes. Toutefois, la publication annuelle du Rapport mondial sur le développement humain par le PNUD et l’élaboration par les pays des rapports nationaux sur le développement humain sont venus combler les lacunes en la matière et ont permis d’approfondir les problématiques, d’impulser l’opérationnalisation du paradigme du développement et de servir de cadre de concertation. Ces rapports font un certain nombre de recommandations pertinentes et proposent des domaines d’intervention prioritaires tous axés sur l’objectif majeur de développement humain durable (DHD).

35. Le partenariat Gouvernement/Système des Nations Unies a permis d’identifier les grands défis et priorités de développement, d’évaluer la pertinence des stratégies déjà mises en œuvre, d’examiner les nouveaux types d’appui nécessaires et les modalités de leur mise en œuvre. A cet effet, les ateliers techniques régionaux ont fait un certain nombre de recommandations pertinentes qui sont, entres autres, la priorité à accorder à la croissance dans le secteur agricole, la mise en place des réformes macro-économiques pour stimuler l’épargne et les investissements du secteur privé, les politiques d’amélioration de la productivité et de la compétitivité, la mobilisation des ressources internes à travers la réforme des marchés de capitaux, le renforcement de l’appui aux communautés de base pour qu’elles se prennent en charge et la création d’un observatoire efficace sur la pauvreté et les différentes dimensions et politiques de développement humain.

36. Le représentant du PNUD a souligné avec force que c’était aux acteurs nationaux de développement de relever les défis et enjeux de la pauvreté et que plus de ressources budgétaires doivent être affectées au financement des secteurs sociaux de base.

37. En ce qui concerne les appuis du PNUD en faveur du développement social et la lutte contre la pauvreté, il a souligné que depuis les années 90 et à partir du Sommet mondial pour le développement social, le PNUD a fait de l’éradication de la pauvreté sa politique essentielle et s’est fixé parmi ses principales missions d’aider les pays, en particulier les PMA, à formuler et à mettre en œuvre des stratégies et programmes affinés de lutte contre la pauvreté.

38. Pour ce qui est du continent africain, le PNUD met l’accent sur les activités opérationnelles de lutte contre la pauvreté à travers le dialogue des politiques de développement humain durable, la coordination des aides, et la mise en œuvre des programmes et projets de lutte contre la pauvreté dans ses multiples dimensions, économique, sociale, environnementale et institutionnelle.

Création d’emplois

39. La Conférence a examiné les progrès accomplis en ce qui concerne les engagements pris au Sommet Social dans le domaine de la création d’emplois. L’engagement 3 du Sommet préconisait de réaliser le plein emploi en en faisant une priorité de base et en donnant à chacun l’occasion de disposer de moyens de subsistance sûrs, durables, grâce à un emploi librement choisi et à un travail productif. La conférence a reconnu que la création d’emplois était une partie intégrante des efforts visant à éradiquer la pauvreté grâce à la promotion de la démocratie et de la bonne gouvernance, assurant ainsi, une éducation et une formation permettant à tous d’avoir un emploi de qualité. Il a été noté que les questions ayant trait au plein emploi dans la sous-région, étaient complexes du fait de l’exécution de programmes d’ajustement structurel préconisant des réformes économiques, au moyen de stratégies peu propices à la création d’emplois. Toute fois, les récentes mesures prises par les gouvernements pour ouvrir leurs économies aux forces du marché auraient un impact au niveau macro-économique sous forme de stratégies de croissance fondées sur l’investissement qui optimaliseraient l’emploi en tant que moyen d’éradiquer la pauvreté.

40. Bien qu’il soit difficile de disposer de données sur l’emploi dans la sous-région, les quelques données disponibles indiquent que l’emploi avait chuté dans la plupart des pays et était resté stable dans quelques autres. La dévaluation du franc CFA avait permis aux pays de retrouver le chemin de la croissance économique mais n’avait pas eu d’incidence majeure sur la création d’emplois dans les secteur public et privé. On a constaté que les sous-régions de l’Afrique de l’Ouest et centrale continuaient à connaître des problèmes d’emplois du fait que les opportunités d’emplois restaient insuffisantes.

41. En ce qui concerne la création d’emplois, le secteur moderne n’offrait encore que moins de 10% des emplois dans la création desquels le secteur public jouait un rôle encore moins important. La contribution du secteur privé était en hausse mais ne permettait pas encore de compenser les emplois perdus lors des phases initiales des programmes d’ajustement structurel. De nouvelles opportunités d’emploi se créaient dans le secteur informel qui jouait un rôle de plus en plus important dans la création à la suite des compressions dans le secteur moderne découlant des programmes d’ajustement structurel. Le développement du secteur informel continuait de se heurter à diverses difficultés liées à la faible productivité du secteur, à la mauvaise maîtrise de la diversité dans le secteur, à la prépondérance du secteur informel « non évolutif », caractérisé par un commerce et des services employant essentiellement une main-d’œuvre familiale constituée de femmes ayant un faible niveau d’éducation et un capital peu important et la difficulté pour de véritables entreprises d’émerger dans ce secteur.

42. Le chômage des jeunes, dont la plupart étaient des femmes, demeurait un problème grave. En général, ce sont essentiellement les jeunes diplômés et les nombreuses femmes moins qualifiées qui sont à la recherche d’un premier emploi. La croissance du PIB au cours des dernières années n’est pas allée de pair avec celle de l’emploi productif ; si la population active a augmenté d’environ 3%, l’emploi salarié a stagné ou baissé. Tout indique qu’il y aura de plus en plus de nouveaux entrants sur le marché du travail, ce qui aura pour effet d’aggraver la situation. Le faible impact des réformes macro-économiques sur les économies africaines s’expliquent par les faibles niveaux d’investissement, le ralentissement de la croissance dans les principaux secteurs, particulièrement l’agriculture, le développement insuffisant des entreprises, la croissance démesurée du secteur informel et la sous-utilisation de la main-d’œuvre.

43. La Conférence a reconnu que dans les programmes d’investissement public, la question de l’emploi n’était pas considérée comme un moyen de promouvoir l’investissement, ce qui avait fait que les programmes de création d’emploi n’étaient suffisamment intégrées dans les politiques économiques. La Conférence a souligné qu’il était nécessaire que les gouvernements redoublent d’efforts pour intégrer la création d’emplois dans les politiques macro-économiques. Les efforts devraient être les suivants :

  1. politiques de développement économique mettant l’accent sur la création d’emplois ;
  2. déréglementation des marchés du travail et des opportunités d’emplois ;
  3. accès des petites et moyennes entreprises au crédit et promotion des micro-entreprises ;
  4. création de structures de liaison entre la formation et l’emploi de façon à faciliter l’adaptation des profils d’emploi aux besoins des entreprises grâce à :
    1. des mécanismes permettant d’accéder à l’information sur les opportunités d’emploi et le marché du travail sur la base des structures existantes ou prévues ;
    2. des systèmes et structures pour la formation en cours d’emploi de façon à améliorer la qualité de la main-d’œuvre.

44. Durant la séance consacrée aux secteurs sociaux, la représentante de l’UNICEF a mentionné à nouveau les questions qu’elle avait déjà soulevées dans sa présentation en plénière. Elle a notamment mentionné l’Initiative 20/20 qui était issue du Sommet mondial sur le développement et qui préconise d’allouer 25% de l’aide publique au développement et 20% du budget national des pays en développement aux services sociaux essentiels. Elle a fait remarquer que malgré la bonne volonté des Etats membres de mettre en œuvre l’initiative 20/20, de sérieuses contraintes budgétaires avaient empêché la quasi-totalité des pays des deux sous-régions de fournir les services sociaux essentiels. En conséquence, les niveaux de pauvreté demeuraient très élevés et augmentaient, ce qui signifiait qu’un bon nombre des objectifs énoncés dans l’initiative ne seraient pas atteints en l’an 2000. Parmi les principales contraintes, la dette extérieure avait une incidence particulièrement négative sur les secteurs sociaux. De plus, du fait de la grave insuffisance des données et de l’information, il était quasi impossible de faire une analyse comparative entre les pays pour suivre les progrès en ce qui concerne la réalisation des objectifs du Sommet social.

45. Au cours des débats qui ont suivi, de nombreux représentants se sont dit vivement préoccupés par l’effet négatif de la dette extérieure sur les secteurs sociaux. Ils ont énergiquement fait observer que pour de nombreux pays dans ces sous-régions, le service de la dette et les remboursements au titre de celle-ci avaient détourné des ressources considérables des services sociaux essentiels et que les économies de nombreux pays en développement étaient soumises à rude épreuve. Plusieurs représentants ont par conséquent estimé que les partenaires du développement étaient dans l’obligation d’annuler la dette, ce qui permettrait alors de mettre en œuvre l’initiative 20/20.

46. Parmi les autres points importants soulevés figuraient les suivants : les moyens d’arrêter le fléau du VIH/SIDA qui, dans certains cas gommait les progrès réalisés en matière d’espérance de vie, avait de graves répercussions sur l’infrastructure sanitaire et causait une insécurité générale dans certains pays ; les programmes d’ajustement structurel qui avaient aggravé les problèmes de développement du fait que souvent ils ignoraient la « dimension sociale » de l’ajustement ; la dévaluation du F CFA qui avait considérablement exacerbé les problèmes socio-économiques des sous-régions; les nombreuses guerres prolongées qui avaient gravement compromis le développement de ces sous-régions et entraîné des déplacements massifs de populations ; la question de la bonne gouvernance, considérée comme le préalable au développement social durable, qui devait faire l’objet d’une très grande attention ; la relation fondamentale entre la fourniture d’une éducation de base et de qualité et la lutte contre la pauvreté, qui doit rester la grande priorité du programme du développement des Etats membres s’ils veulent réduire la pauvreté de façon significative dans les dix à quinze prochaines années.

46. Traitant du thème sur la gouvernance, la CEA a rappelé que le Sommet mondial sur le développement social, traitant de la question de gouvernance a établi que la mauvaise gestion du secteur public, l’inefficacité gouvernementale, les pratiques irrégulières et peu orthodoxes dans le secteur public, la mauvaise administration de la justice et l’instabilité politique étaient les principales causes de la grave situation économique et sociale du continent africain

47. A propos d’indicateurs possibles de bonne gouvernance, La CEA propose ceux communément utilisés et portant sur deux dimensions distinctes mais étroitement. La dimension d’ordre politique est l’importance accordée dans le système aux principes de la participation, de l’équité et de la légitimité. La dimension d’ordre technique est l’efficacité du système de gestion public. Sur cette base, la CEA a retenu les indicateurs suivants pour mesurer l a performance en matière de gouvernance ;

  • Le degré d’engagement de l’Etat à limiter l’ incidence, à freiner la propagation et atténuer l’ impact des troubles civils et de mettre en place des mécanismes pour promouvoir la paix, la stabilité politique et la sécurité.

  • L’établissement et le renforcement des fondements juridiques et institutionnels de l’Etat et des principes constitutionnels.

  • Le bon fonctionnement des institutions clés que sont le judiciaire, le législatif et l’exécutif et leur contrôle effectif sur les institutions.

  • La diligence des organismes publics à répondre aux besoins de l’ensemble des citoyens, avec efficacité et dans l’équité

  • La participation populaire dans les processus politique, économique et social de la société.

  • La facilité d’accès à l’information et la libre circulation de celle-ci pour permettre des discussions publiques, des questions et politiques nationales sur la base d’une bonne information.

48. En passant en revue les expériences des pays des sous-régions d’ Afrique centrale et de l’ Ouest et les progrès accomplis depuis la tenue du Sommet social, le présentateur a indiqué que la période considérée se caractérise par quatre phénomènes importants qui sont étroitement liés: consolidation du processus de démocratisation formelle qui a commencé au début des années 90; émergence d'organisations de la société civile puissantes et dynamiques, réforme et réorganisation de l'appareil d'Etat et libéralisation poussée du paysage politique et économique.

49. Un grand nombre de pays d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale sont passés du monopartisme au pluripartisme. A la suite de quoi, plusieurs partis politiques ont été créés, de nouvelles constitutions ont été adoptées, des élections pluralistes ont été organisées, des institutions publiques telles que le pouvoir judiciaire, le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif ont été restructurées et réorganisées. Bien que le degré d'engagement et la vitesse du changement aient été différents d'un pays à l'autre, le mouvement en faveur de la démocratisation et de la bonne gouvernance s'est poursuivi au cours de la seconde moitié des années 90. Les indicateurs de libertés politiques se sont sensiblement améliorés et, dans la sous-région, les régimes militaires répressifs et les partis uniques cèdent la place à des régimes politiques beaucoup plus fondés sur le pluralisme et la compétition et à des systèmes démocratiques de conduite des affaires publiques.

50. Le deuxième phénomène majeur constaté est que, parallèlement aux mutations politiques, les pays de la sous-région ont résolument entrepris de repenser des questions fondamentales telles que le rôle et l’envergure qui conviennent à l’Etat et comment amener ce dernier à mieux jouer son rôle ; comment développer le secteur privé et lui faire partager le fardeau du développement socio-économique ; comment améliorer de manière générale l’efficacité et la productivité des organismes publics. Reconnaissant leurs erreurs passées, ils ont réduit les dimensions et le rôle de l’Etat et s’efforcent de créer et de réorganiser les structures institutionnelles et l’appareil de l’Etat.

51.  Le deuxième phénomène qui caractérise la période considérée est l'émergence, la redéfinition, la restructuration et la mobilisation massive de la société civile. Dans les deux sous-régions, la société civile est en cours de restructuration et renforce les moyens dont elle dispose pour mobiliser l'opinion et participer à la vie publique et à la prise de décisions de façon organisée et non partisane. La véritable nouveauté dans nombre de pays de la sous-région est l’émergence d’organisations qui ont pour objectifs de protéger et de promouvoir les droits humains et la démocratie

52.  Pour s’attaquer à la corruption et relever l’éthique professionnelle dans le secteur public, les gouvernements ont pris l’initiative de réformes telles que la révision et l’ajustement du système de rémunération des fonctionnaires, le recrutement et la promotion en fonction du mérite, la création de services d’assistance publique et de réclamation ainsi que la formation permanente des fonctionnaires sur les plans technique et de la gestion.

53. Conscients des formidables possibilités qu’offre le secteur privé, les pays ont adopté des politiques visant à élargir et diversifier les activités de ce secteur, à stimuler et maintenir l’investissement privé, qu’il soit intérieur ou étranger.

54. A coté de ces signes positifs depuis la tenue du Sommet social, les deux sous-regions ont connudes situations de crise aux plans de la paix et de la sécurité. Le Congo, Libéria et la

Sierra Leone émergent d’une situation d’anarchie et un chaos effroyables qui a plus ou moins disloqué les structures sociales au point de remettre en cause l’idée même de société organisée. Il ne fait aucun doute que ces conflits ont eu et continuent d’avoir de sévères conséquences adverses sur les efforts des pays de la sous-région visant à asseoir et à renforcer de la pratique de la bonne gouvernance. De nombreux pays continuent de faire face à une situation de tension , d’ insécurité et meme de violence qui n’ a pas la poursuite d’un programme de bonne gouvernance.

55. Traitant de sa contribution à la promotion de la bonne gouvernance dans le cadre de la mise en oeuvre de l’Initiative spéciale des Nations Unies pour l’Afrique, la CEA a indiqué son assistance pour renforcer les capacités des gouvernements et améliorer leur efficacité et consolider les institutions et les pratiques de bonne gouvernance.

56. En collaboration avec le PNUD, la Banque mondiale, le Département des affaires économiques et sociales de l'ONU et d'autres organisations soeurs, la CEA a organisé, au cours des quatre dernières années, plus de dix conférences et près de 25 ateliers et séminaires portant sur la bonne gouvernance, la participation populaire, le développement du secteur privé et la réforme du secteur public. L'importance qu'attache la CEA à la question de la bonne gouvernance prend toute sa signification au regard des actions de restructuration récemment menées au sein de l'organisation au titre desquelles la bonne gouvernance figure comme l'un des cinq domaines d'action prioritaires inscrits dans son programme de travail.

57. De concert avec des institutions régionales et d'autres composantes du système des Nations Unies, la CEA a lancé un large programme d’ appui aux réformes de la gestion du secteur public. Ce programme porte essentiellement sur: la fourniture de conseils en matière de restructuration des organismes chargés des services publiques; l'examen et l'adoption de régimes appropriés de rémunération dans la fonction publique; l'élaboration de stratégies en matière de déontologie et d'obligation redditionnelle; l'amélioration de l'efficacité des services; la mise en place de mécanismes permettant de collecter les recettes publiques avec plus d'efficacité et la création de centres de recherche et d'analyse chargés du suivi de l'obligation redditionnelle et de la transparence

58. Consciente de l'importance d'une société civile forte et sûre d'elle dans l'oeuvre d'enracinement de la démocratie et de la bonne gouvernance, la CEA, en collaboration avec les organisations africaines de la société civile, a créé le Centre africain de la société civile

59. La CEA a conclu sur le fait qu’ il Il ressort clairement, à l'examen de son analyse de la situation présente que les pays de la sous-région se sont engagés sur la voie du renforcement du processus démocratique lancé au début des années 90 et que le principal défi qui se pose est de savoir comment consolider et développer davantage ce processus et comment maintenir le rythme de la réforme institutionnelle en cours dans de nombreux pays. Les pays de la région ont donc été invités à faire part de leurs réflexions sur les questions suivantes:

  • Comment asseoir sur des bases solides les résultats déjà obtenus au début des années 90 dans les pays où le processus de transition s'est effectué avec succès et comment les renforcer?
  • Comment lancer le processus de démocratisation dans les pays où la transition démocratique n'a pas réussi?
  • Quelle est la structure institutionnelle et l’équilibre des pouvoirs à mettre en place entre les trois branches du gouvernement (à savoir le législatif, le judiciaire et l’exécutif) ?
  • Quels sont les enseignements tirés en ce qui concerne la réussite et l’échec du processus de démocratisation dans la sous-région ?

60. Suite à la présentation, les participants ont exprimé leur appréciation de la pertinence de l’ analyse et des suggestions de la CEA. Tout en concédant l’ universalité des principes gouvernant la bonne gouvernance, Ils ont néanmoins relevé le fait que lla CEA n’ ait pas traité les contraintes à l’ internalisation de concepts introduits comme nouveaux éléments de conditionalité d’octroi de l’ aide publique au développement. Ils ont aussi noté l’ insuffisance de l’ appui technique et financier de la communauté internationale aux démocraties naissantes en Afrique.

61. Les participants ont demandé des informations précises sur les opportunitées que puisse offrir le Centre Africain pour la Société Civile établi au siège de la CEA, plus particulièrement sur la formation et l’ appui au développement des capacités des organisations de la société civile. Il leur a été indiqué que le Centre a été établi suite à la Conférence régionale sur la participation populaire et offre de nombreuses prestations dont la facilitation du dialogue entre les pouvoirs publics et les organisations de la société civile ; la formation aux techniques de gestion, de conception et de suivi des programmes, de constitution de réseaux; la facilitation du partenariat entre les organistions de la société civile et les organisations et agences du système des Nations unies et spécialement dans la prévention et la résolution des conflits. Le Centre joue par ailleurs le role important de dépositaire d’ informations sur les organisations de la société civile en Afrique.

Groupe A : Réduction de la Pauvreté

62. Le groupe A, composé de 27 membres s’est penché sur le thème : Réduction de la pauvreté en Afrique centrale et de l’Ouest, le représentant du Togo en était le président, celui du Ghana le rapporteur et celui du PNUD le modérateur.

63. Le groupe a axé ses débats sur les politiques et stratégies de lutte contre la pauvreté, les mesures d’accompagnement des programmes d’ajustement structurel afin qu’ils prennent en compte la dimension totale, un plaidoyer pour des mesures appropriées en vue de l’éradication de la pauvreté en Afrique centrale et de l’Ouest. Le groupe a également fait des recommandations en direction des principaux acteurs de développement.

64. Au cours des discussions qui ont suivi, ont été abordées les questions de la participation des bénéficiaires de la lutte contre la pauvreté au processus de décision les concernant, la nécessité de réformes économiques structurelles qui conditionnent la croissance, la nécessité dans les réformes de prendre la lutte contre la pauvreté comme élément central pour préparer une vision à long terme du développement économique. Les discussions ont souligné la nécessité de la stabilité, de la paix et de la sécurité, la prévention et la gestion des conflits, le renforcement des acquis démocratiques et la bonne gouvernance comme facteurs essentiels du développement durable et de la lutte contre la pauvreté.

65. Des participants ont souligné que les politiques de développement des pays africains, au cours des dernières années manquaient de cohérence et d’articulation à la base. Il n’y avait pas eu de politique de développement en tant que telle mais plutôt des projets et des programmes ponctuels initiés par les différentes administrations ou ministères, à l’initiative des bailleurs de fonds.

66. Un certain nombre de délégués ont indiqué que la lutte contre la pauvreté touche plusieurs facteurs de développement humain durable et qu’il ne fallait pas dissocier la pauvreté de la lutte pour les droits de l’homme, la participation populaire au développement et le processus de prise de décision, les politiques de l’emploi, le cadre politique, la bonne gouvernance et tout ce qui contribue à l’émancipation de l’homme et à l’éradication de la pauvreté.

67. Le problème de l’endettement des pays africains et le paiement du service de la dette ont également été examinés dans la mesure où ils influent sur les politiques de développement, du fait que le service de la dette prive les gouvernements africains d’une importante part de ressources pour financer leur développement, situation qui comprime les investissements en direction des secteurs sociaux et qui, par voie de conséquence, accentue la pauvreté. Il a été vivement recommandé que la dette extérieure soit annulée, et que les retombées ainsi générées servent à financer les programmes de lutte contre la pauvreté et autres secteurs sociaux.

68. Les discussions ont également fait ressortir le paradoxe de la croissance des économies africaines d’une part, l’accroissement de la pauvreté d’autre part. Cette dichotomie s’explique par le fait que la croissance n’est pas équitablement redistributive, et que le plus souvent une minorité de l’élite politique ou économique en accapare les fruits, privant ainsi l’Etat et tous ceux victimes de la redistribution d’accroître ses capacités de fournisseur de services publics et autres infrastructures sociales. Cette situation a conduit naturellement à une plus grande paupérisation des populations et surtout des groupes les plus vulnérables.

69. Les participants ont souligné que les programmes d’ajustement structurel conçus de l’extérieur par les bailleurs de fonds ne tiennent pas compte des implications sociales des réformes économiques et de ce fait accentuent l’état de pauvreté que ces mêmes programmes structurels étaient censés réduire. Le fait que les programmes d’ajustement structurel étaient imposés de l’extérieur a fait perdre aux gouvernements toute latitude de formuler des politiques et d’avoir une vision de développement à long terme. C’est le cas d’un pays sous ajustement structurel où les bailleurs de fonds ont mis en demeure le gouvernement de renoncer à financer l’éducation et proposé que le secteur privé s’en charge. Une telle proposition a provoqué des convulsions sociales et la fermeture des Universités dans ce pays.

70. Le groupe a également débattu du problème de financement des programmes de développement économique, des programmes de lutte contre la pauvreté et d’investissement dans les secteurs sociaux. Il a été reconnu que la collecte des taxes, des impôts et autres droits fiscaux est encore très inadéquate. Dans la plupart des pays africains, en particulier en Afrique au sud du Sahara, les riches et ceux ayant des connections politiques ne paient pas ou paient très peu d’impôts au détriment des pauvres qui, eux paient régulièrement leurs impôts. Cette situation prive l’Etat de ressources et de capacités à fournir des services adéquats et ou même à entretenir et à rénover les infrastructures sociales existantes.

71. Le secteur informel qui occupe une place importante dans les économies africaines en termes de création d’emplois, de contribution au PIB, d’apprentissage et de développement des capacités entrepreneuriales, a retenu l’attention des participants. Cela impliquerait la mise en place de structures d’appui en termes de financement, de formation technique, de transfert et d’adaptation de technologie, de management et autre savoir faire. Il a été souligné que les petites entreprises et autres unités de production n’ont pas bénéficié en retour de services publics pour le rôle de créatrices d’emplois et de secteur de réinsertion qu’elles ont joué.

72. Les participants ont souligné la nécessité d’élargir et de diversifier la base productive des économies des sociétés africaines comme approches dans la lutte contre la pauvreté. Près de 80% des populations africaines vivant dans les zones rurales, il a été proposé que l’élargissement de la base productive de l’économie nationale passe par la transformation structurelle de l’agriculture : utilisation d’intrants techniques plus performants, introduction de nouvelles techniques culturales et d’autres facteurs, dans le respect de l’environnement et dans une respective de développement durable.

73. L’agriculture africaine doit passer d’une logique de subsistance à une logique entreprenariale afin de dégager des surplus, alimenter l’agro-industrie et l’économie nationale.

74. L’ensemble des discussions et des points débattus plus haut ont fait l’objet de recommandations dont les principales, sans être exhaustives sont les suivantes. Elles s’adressent aux Gouvernements, aux acteurs de la société civile, au secteur privé, au système des Nations Unies, aux autres partenaires intervenant dans les politiques, projets et programmes de lutte contre la pauvreté.

  • Entreprendre des réformes économiques structurelles qui soutiennent la croissance en tant que stratégies centrales et qui consolident les réformes déjà entreprises et qui toutes prennent la lutte contre la pauvreté comme élément principal en vue de la préparation d’une vision à long terme de développement ;
  • Accorder la priorité à la croissance de l’économie d’une façon générale et principalement dans le secteur rural où se trouve la majorité de la population africaine, comme levier privilégié de la lutte contre la pauvreté pour faire bénéficier ces populations rurales des opportunités d’accès à un emploi rémunérateur ;
  • Engager des réformes macro-économiques et sectorielles destinées à stimuler l’épargne locale et les investissements du secteur privé en vue de diversifier les secteurs productifs des économies nationales et les échanges au sein de celles-ci ;
  • Poursuivre des politiques d’amélioration de la productivité et de la compétitivité, de croissance soutenue, redistributrice pour mieux se préparer à l’intégration régionale et à la mondialisation ;
  • Encourager des politiques de prévention et de gestion des conflits, renforcer les acquis démocratiques et la bonne gouvernance afin d’asseoir une stabilité et une paix propice au développement des activités économiques ;
  • Initier des réformes du secteur financier pour rendre ce dernier accessible aux agents économiques et entrepreneurs locaux en vue de mobiliser des ressources internes à des fins d’investissement à travers la réforme des marchés de capitaux et autres institutions bancaires devant être au service du développement économique national ;
  • Soutenir une approche globale de l’endettement en œuvrant pour l’annulation de celle-ci et en affectant ses retombées au financement des secteurs sociaux ;
  • Encourager les comités de base à se renforcer, à se prendre en charge et à assurer l’autopromotion des populations dans la lutte contre la pauvreté ;
  • S’attaquer aux inégalités économiques criardes, particulièrement entre les sexes et consolider les mesures destinées à donner aux individus, aux ménages et aux communautés un accès équitable aux ressources politiques, économiques, sociales et environnementales ;
  • Développer et renforcer les investissements dans la mise en valeur des ressources humaines et des infrastructures économiques et physiques de base ;
  • Encourager et promouvoir le développement des micro-entreprises, les activités des petites unités du secteur informel et soutenir les activités de développement à forte intensité de main d’œuvre ;
  • Impliquer efficacement tous les acteurs possibles et renforcer les plaidoyers en faveur de la lutte contre la pauvreté à tous les niveaux de la société pour favoriser les synergies et la promotion d’une vision régionale intégrée en matière de lutte contre la pauvreté en Afrique ;
  • Créer des observatoires de méthodologie, de diagnostic, de suivi, d’élaboration de politiques sur la pauvreté et de stratégies de développement en vue d’éradiquer cette dernière ;
  • Inviter le secteur privé à créer plus d’emplois productifs, à participer au financement des activités de réhabilitation de l’environnement, ce dernier étant un facteur de développement ;
  • Renforcer les capacités de l’Etat à fournir plus de services sociaux à travers une meilleure collecte des taxes, le paiement effectif des droits de porte (droits de douane) pour accroître les capacités de l’Etat à jouer son rôle dans le secteur social, l’appui aux producteurs et la création d’infrastructures ;
  • Introduire et asseoir des systèmes de protection modulée qui permettent la protection de certaines activités économiques au niveau national au vu de la compétition effrénée et des effets négatifs de la globalisation ;
  • Militer pour des périodes transitoires qui permettraient à l’Afrique de garder le droit, dans le contexte international actuel, de protéger de façon sélective son économie.

COMITE B : EMPLOI

75. Le groupe s’est efforcé de mieux comprendre la situation de l’emploi et du chômage en Afrique et, en particulier, dans les deux sous-régions. Il a été noté qu’en Afrique le problème était de créer des emplois qui permettent de tirer des revenus pour subvenir aux besoins des familles. Le groupe a recherché les causes principales du chômage dans les deux sous-régions de l’Afrique de l’Ouest et du Centre ; ensuite, il a préconisé des mesures et recommandations.

I. Causes

76. Les causes ci-dessous ont été retenues :

  • faible productivité et non -valorisation des produits locaux ;

- insuffisance des ressources financières et difficultés d’accès au crédit;

  • absence de politiques transversales de l’emploi ;
  • insuffisance de l’accès à la technologie
  • inadéquation formation/emploi ;
  • absence d’esprit d’entreprise ;
  • très faibles allocations budgétaires aux départements ministériels chargé de l’emploi
  1. Absence d’incitation à l’embauche dans l’entreprise .
  1. Mesures préconisées

77. Le groupe a reconnu qu’alors que les pays développés s’employaient de plus en plus à lier emploi et croissance économique et que leurs performances étaient jugées en fonction de leur capacité à créer des emplois, en Afrique, la situation ne se présentait pas tout à fait de la même façon. En Europe, la promotion des investissements productifs et la mise en place d’infrastructures de distribution et de commercialisation permettait de trouver une solution aux problèmes de la création d’emplois. Par contre, en Afrique, la base de production peu développée a eu pour effet une dépendance à l’égard de la production étrangère et, au niveau local, en ce qui concerne l’emploi et la consommation, une tendance qui encourage la consommation de produits étrangers et une dépendance à l’égard de ces derniers. Un consensus s’est dégagé sur des mesures à mettre en œuvre pour promouvoir l’emploi en Afrique de l’Ouest et du Centre.

a.  Au niveau des gouvernements

    78. Les gouvernements devaient s’employer à adopter des politiques visant à créer des emplois plutôt que celles qui mettent l’accent sur la subsistance. Il s’agit notamment de prendre des mesures incitatives en faveur du secteur privé en tenant compte des capacités d’emploi qu’offrent les entreprises privés. Les gouvernements devraient également adopter des politiques qui encouragent la création de micro-entreprises à tous les niveaux grâce à des mesures d’incitation fiscales et d’exonération de droits à l’exportation et à l’importation ainsi qu’à la protection contre la concurrence étrangère.

    79. En outre, les gouvernements devraient encourager une meilleure analyse des investissements permettant de créer des emplois dans les zones urbaines et rurales de façon à abandonner les politiques qui ont seulement pour objet d’assurer la subsistance.

    b) Secteur de la production

    80. Un consensus s’est dégagé sur le fait que, dans toute économie, la création d’emploi était surtout fonction de la production. Dans la sous-région, l’agriculture était le principal secteur suivi par le secteur industriel et celui des services. Outre la diversification du secteur agriculture, pour promouvoir la création d’emplois, il faudrait que les gouvernements encouragent la création de micro-entreprises. Les gouvernements devraient également aider le secteur informel en prenant des mesures incitatives et en facilitant l’accès au crédit. Pour renforcer la base de la micro-industrie, il faudrait protéger dans une certaine mesure les industries naissantes pour les rendre moins vulnérables face à la concurrence déloyale extérieure.

    81. Les ONG devraient également promouvoir des activités productives qui contribuent à la création d’emplois.

  1. Secteur informel
  2.  
    82. Les gouvernements devraient reconnaître le rôle que joue le secteur informel et l’aider à accéder au crédit par la prise de mesures d’incitation fondées sur le nombre d’emplois créés.

  3. Adéquation formation-emploi
  4.  
    83. Il a été noté que les programmes d’éducation et de formation n’étaient pas suffisamment adaptés à l’évolution du marché du travail. C’est pourquoi, il importe de réexaminer les programmes d’éducation et de formation pour les adapter au marché de l’emploi.

  5. Information –communication

84. Le groupe a noté que les demandeurs d’emploi n’étaient pas bien informés des opportunités de création d’emplois et du marché du travail ainsi que des compétences requises . Il faut donc créer un cadre ou des mécanismes pour donner des informations idoines. Les services actuels de la main-d’œuvre des ministères ne semblent pas jouer ce rôle. Le groupe suggère des structures autonomes chargés de rendre transparent le marché du travail.

  1. Mondialisation

85. Les participants ont soulevé le problème de la mondialisation qui peut être soit un handicap soit un avantage à la création d’emplois.

86. L’Afrique peut tirer profit de la mondialisation et créer de nombreux emplois à condition que les Etats membres se regroupent au niveau des sous-régions et de la région.

87. Par ailleurs, le groupe a préconisé une réflexion sur une meilleure réorganisation sociale, culturelle, psychologique des mentalités pour les rendre favorables à l’emploi.

Recommandations

88. En conclusion, le groupe a formulé les recommandations suivantes relatives à :

  • Une forte prise de conscience et la traduction en actes prioritaires des politiques relatives à la création d’emplois par les gouvernements ;
  • La promotion, les mesures d’encouragement à la création d’entreprises et l’appui à celles qui existent par des mesures institutionnelles d’incitation à l’embauche ;
  • La formation, l’information, la sensibilisation en ce qui concerne la création d’entreprises en ayant à l’esprit la prise en compte de l’emploi.

89. Le groupe recommande enfin à la communauté internationale et aux Etats :

  • de réduire le poids de la dette des pays de la sous-région de l’Afrique du Centre et de l’Ouest ;
  • d’instituer et de renforcer les fonds d’investissement destinés à la création et à la réhabilitation d’entreprises de tous niveaux.

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