organization INTERNATIONALE DU TRAVAIL
Création d’emploi dans les sous-régions de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique Australe.
Groupe Consultatif Multidisciplinaire de l’Afrique de l’Est (EAMAT) ADDIS-ABEBA
Nairobi, Kenya 7 - 9 décembre 1999
Document préparé pour la Conférence de suivi du Sommet mondial sur le développement social (WSSD) des sous-régions de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique Australe.
CREATION D’EMPLOI DANS LES SOUS-REGIONS DE L’AFRIQUE DE L’EST ET DE L’AFRIQUE AUSTRALE
1. Introduction
Le Sommet mondial sur le développement social (WSSD) s’est tenu à Copenhague (Danemark), en mars 1995. Selon la Déclaration du Sommet, les 186 Etats qui y ont pris part se sont engagés, entre autres, à "promouvoir l’objectif du plein emploi comme une priorité de base des politiques économiques et sociales et à permettre à tous les hommes et à toutes les femmes d’avoir des moyens d’existence sûrs et durables à travers le libre choix d’un emploi et d’un travail" (ONU, 1995). Comme on le verra dans la suite de la présente étude, le programme d’action du Sommet a recensé toute une gamme d’actions à entreprendre aux niveaux national et international pour donner suite à cet engagement.
La présente étude vise à examiner la création d’emploi dans les pays des sous-régions1 de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique Australe de 1995 à ce jour. Plus concrètement, elle vise à déterminer dans quelle mesure les pays ont pu mettre en oeuvre les actions les plus importantes envisagées et quel progrès ils ont accompli vers l’objectif du plein emploi. Ces pays constituent un groupe très hétérogène du point de vue de leur taille, de leur niveau de développement et de leur strucutre économique. Cette diversité se manifeste au niveau des marchés du travail et des structures de l’emploi; cela étant, ces pays partagent aussi bon nombre de caractéristiques communes.
La présente étude comprend six parties. La première partie est une brève introduction, la deuxième quant à elle présente les défis de l’emploi au moment où se tenait le Sommet social. Elle est suivie de la troisième qui traite des solutions proposées par le Sommet mondial sur le développement social (WSSD) en matière d’emploi et de lutte contre la pauvreté et de la quatrième qui porte sur le suivi des progrès en matière de création d’emploi depuis le Sommet social. La cinquième partie analyse les réformes politiques et les interventions institutionnelles que les Etats membres ont mises en oeuvre en vue de la promotion de l’emploi. Quant à la sixième partie, elle présente dans ses grandes lignes les difficultés à venir liées à la mise en oeuvre de l’engagement N° 3 et du Programme d’action.
Au moment de la tenue du Sommet mondial sur le développement social (WSSD), la situation de l’emploi et de la pauvreté dans la région Afrique était déjà critique. Les sous-régions de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique Australe n’échappaient pas à la règle. Suite à la crise économique des années 70 et du début des années 80, les programmes de stabilisation et d’ajustement ont été mis en oeuvre avec pour objectif de mettre un terme à la récession économique. Les mesures draconiennes et les programmes d’ajustement structurel et de réforme parfois prolongés avaient des effets dévastateurs et de longue durée sur la création d’emploi et sur la situation générale de l’emploi dans ces deux sous-régions. Les mesures types des PAS sont notamment la réduction des dépenses publiques en vue de contenir le déficit budgétaire, la réduction des effectifs de la fonction publique, la libéralisation économique, la dévaluation de la monnaie et la privatisation des entreprises publiques. Le faible taux de croissance économique combiné au taux élevé de croissance démographique a limité les possibilités en matière de création d’emploi et entraîné la baisse des revenus par tête2 . L’Afrique sub-saharienne a donc entamé la décennie 90 dans une situation de crise économique et sociale profonde marquée par un faible taux de croissance économique, la chute du rendement par tête et des revenus moyens et la hausse de la proportion de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté.
Lors de la préparation du Sommet mondial sur le développement social (WSSD) en 1993-1994, des signes indiquant un renversement de la situation économique commençaient à se manifester dans les sous-régions de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe ainsi que dans d’autres sous-régions du continent. Les réformes économiques avaient commencé à porter des fruits, bien que dans le domaine de l’emploi les résultats soient restés insatisfaisants de manière générale. En 1995, la région Afrique a enregistré des améliorations notables de ses taux annuels de croissance économique par rapport aux années 1980 et au début des années 90. Le produit intérieur brut (PIB) de la région a progressé de 2,3% contre 2,1% en 1994 et 1,8% en 1993 (CEA, 1996). Environ 33 pays africains appartenant à la catégorie des pays les moins avancés ont enregistré une croissance positive de 2,4% en 1995, ce qui représentait un tournant après trois années de chute consécutive. Cependant, l’amélioration de la situation en ce qui concerne le développement régional global cache des variations significatives en matière de performance économique entre les différentes sous-régions du continent et entre les pays pris isolément.
Les sous-régions de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe ont enregistré des taux de croissance supérieurs au taux moyen de la région grâce à l’amélioration de la performance des secteurs agricole et minier, leur PIB étant passé de 2,9% en 1994 à 3,3% en 1995. Le taux de croissance global du PIB en Afrique de l’Est était de 4,8% en 1995 contre 4,2% en 1994 tandis que pour la sous-région d’Afrique australe, il était de 2,9% en 1995 contre 2,6% en 1994. En 1995, cinq pays de la sous-région d’Afrique Australe et sept pays de l’Afrique de l’Est ont enregistré des taux de croissance économique supérieurs au taux de croissance démographique. Cela étant, compte tenu de l’accroissement rapide de la population et de la main-d’oeuvre, le chômage généralisé, en particulier des jeunes et des femmes, reste critique et préoccupant comme on le verra dans les lignes qui suivent.
Les difficultés auxquelles les deux sous-régions faisaient face en 1995 dans le domaine de l’emploi pourraient être analysées sous deux angles différents. Premièrement, le côté offre qui était caractérisé par l’accroissement rapide de la main-d’oeuvre dont le taux annuel était de l’ordre de 3 à 3,5 ou plus en Afrique de l’Est et de 2,5% en Afrique australe. La hausse rapide de la population active a entraîné l’arrivée massive de nouveaux demandeurs d’emploi sur le marché du travail. Ce taux de croissance rapide pourrait persister dans un avenir prévisible malgré les effets pervers du VIH/SIDA. Deuxièmement, du côté de la demande, qui dépend de la structure et de la croissance des économies nationales, les effets conjugés d’une croissance démographique rapide, d’une faible croissance économique et d’une légère réforme structurelle ont donné lieu à la chute ou à la stagnation des niveaux de l’emploi salarié, la baisse des salaires réels et la détérioration des conditions de vie d’environ 30 à 50% de la population. Cette situation a été aggravée par les effets pervers du fardeau accru de la dette et par la déterioration des termes de l’échange, certains pays étant appelés à affecter plus de la moitié de leurs recettes d’exportation au service de la dette extérieure.
Les défis de l’emploi peuvent être évalués sur la base du nombre des nouveaux chercheurs d’emploi par rapport à la capacité de création d’emploi formel/salarié des économies. Dans tous les cas considérés, plus la main d’oeuvre était importante et augmentait rapidement dans un pays, plus la question de l’emploi se révélait compliquée dans les années 90 par rapport aux décennies antérieures. A titre d’exemple, on peut citer les cas du Malawi, de l’Ouganda et de la Tanzanie. Au Malawi, il a été estimé que le marché du travail enregistrerait 145.000 nouveaux demandeurs d’emploi par an dans les années 90. Ce chiffre est sans commune mesure avec celui de 10.600 nouveaux emplois créés annuellement dans le secteur structuré dans les années 80 et ceux de 15.000 à 35.000 nouveaux emplois prévus dans les années 90. Compte tenu des contraintes de l’emploi dans le secteur structuré, le reste de la population concernée (c’est-à-dire, environ 1 million) cherchera à gagner sa vie grâce à l’agriculture de subsistance, à l’auto-emploi, ou alors sera au chômage. De même, en Ouganda, 200.000 à 250.000 nouveaux demandeurs d’emploi étaient enregistrés annuellement; à cela, il faut ajouter les compressions massives opérées dans la fonction publique et dans le secteur parapublic et les pertes d’emploi liées à la démobilisation au sein de l’armée. En Tanzanie, 600.000 à 700.000 nouveaux demandeurs d’emploi ont intégré le marché du travail en 1995 alors que le nombre d’emplois créés annuellement dans le secteur structuré se situait entre 10.000 et 30.000. Comme au Malawi, l’agriculture, le secteur rural et le secteur informel restent la première source d’emplois en Tanzanie.
Le problème de l’emploi dans les sous-régions était d’ordre structurel et il avait tendance à s’aggraver du fait de la faible croissance économique. La majorité de la population (80% ou plus) menait des activités à faible rendement économique dans l’agriculture de subsistance et dans le secteur urbain non structuré. A cet égard, l’accroissement de la main-d’oeuvre n’a pu être absorbé que grâce à l’expansion de l’auto-emploi à faible rendement économique dans les secteurs agricole et informel urbain ou dans le chômage déclaré, en particulier en zone urbaine. En milieu rural et dans le secteur informel urbain, il se pose davantage le problème du sous-emploi que celui du chômage. Cependant, compte tenu de la très forte prédominance de l’auto-emploi dans les secteurs agricole et informel urbain, cette tendance ne s’est pas traduite par le chômage massif déclaré dans certains pays. Il y a eu des variations considérables entre les pays en ce qui concerne les taux de chômage urbain déclaré, certains pays de la sous-région ayant enregistré des taux atteignant en moyenne 15 à 25% sinon plus. Dans la sous-région d’Afrique australe, les taux de chômage nationaux étaient en général plus élevés, avec environ 1/5 de la main-d’oeuvre au chômage (si l’on s’en tient à la définition du chômeur au sens strict, c’est-à-dire une personne à la recherche d’un emploi). Si l’on assouplit cette définition, les taux de chômage augmentent et s’établissent à environ 1/3 de la main-d’oeuvre. Selon les estimations officielles, le taux de chômage était d’environ 21,5% au Botswana en 1995, 19% en Namibie en 1993/94, 15,9% en Afrique du Sud en 1995 et 20% en Zambie en 1993. Naturellement, le taux de chômage des jeunes et des femmes était généralement supérieur à la moyenne.
La part de l’emploi du secteur moderne est restée faible dans ces deux sous-régions, représentant environ 10 à 20% de la population active à l’exception de l’Afrique australe où les chiffres étaient plus élevés, le Botswana et le Swaziland affichant même des taux records de 36 et de 38 % respectivement. Comme on l’a relevé plus haut, l’ajustement structurel et les réformes économiques ont généralement eu un impact négatif sur l’emploi, leur effet pervers le plus manifeste étant la compression des effectifs3 et les programmes de redéploiement qui ont affecté les employés du secteur public, et qui se sont par ailleurs accompagnés du gel des nouveaux recrutements. En outre, la libéralisation du commerce et des devises combinée aux programmes de privatisaiton a parfois débouché sur la restructuration et/ou la fermeture des entreprises publiques et privées non rentables avec des pertes évidentes d’emploi (BIT, 1995). Jusqu’au milieu des années 80, l’Etat et le secteur public a enregistré des taux de croissance élevés en matière d’emploi dans ces sous-régions et des recettes représentant respectivement 66% et 75% environ des salaires du secteur moderne. Mais, à partir des années 80, on a pu observer une réorientation structurelle de l’emploi: du secteur public vers les petites et micro-entreprises du secteur privé.
Le rôle joué par le secteur moderne dans la création des emplois a donc considérablement diminué. En outre, la sécurité de l’emploi qui était alors la principale caractéristique des emplois du secteur moderne avec l’application des conventions portant sur les salaires minimum, la sécurité sociale et les possibiltés offertes en matière de formation et de recyclage a disparu. Le faible niveau de la demande d’emploi dans le secteur moderne a également eu un impact négatif sur le niveau des salaires et des rémunérations qui se sont considérablement érodés. Par conséquent, la qualité de l’emploi s’est dégradée tandis que l’expansion du secteur informel aggravait la situation. La montée des formes atypiques ou irrégulières d’emploi comme le travail à temps partiel, le travail contractuel, le travail au foyer, le travail occasionnel, l’auto-emploi non enregistré et le travail dans le cadre d’une entreprise familiale a aggravé le problème lié à l’informalisation des marchés du travail en Afrique australe. Certes, ces formes d’emploi découlent pour la plupart de la restructuration industrielle, mais elles présentent aussi certaines caractéristiques du secteur informel comme les conditions salariales défavorables et les mauvaises conditions de travail. En Namibie où prédominent les vastes entreprises familiales, les entreprises des secteurs agricole et de la pêche qui sont très envahissantes font partie de cette catégorie.
Une étude plus fouillée du BIT4 qui couvre la période considérée jusqu’en 1995 a abouti à la conclusion que les salaires réels au Kenya, au Malawi, en Ouganda, en Tanzanie, en Zambie et au Zimbabwé ont chuté de manière spectaculaire, bien que les PAS n’en soient pas toujours responsables. Les changements démographiques, les connaissances techniques et les changements en matière de productivité, les niveaux et la structure des investissements ont été défavorables, ce qui a eu une incidence néfaste sur les salaires réels. La sécurité de l’emploi a nettement diminué et a complètement disparu pour la majorité des travailleurs kenyans par exemple. Toutefois, la baisse de la sécurité de l’emploi et des salaires n’a pas entraîné la création d’un plus grand nombre d’emplois. En Ouganda, la sous-utilisation massive de la main-d’oeuvre a été observée tandis que la plupart des travailleurs compressés attendaient toujours d’être redéployés. En zone rurale, les rendements accrus de la production de café étaient cependant un signe positif. En Zambie, bon nombre de personnes avaient perdu leur emploi, le chômage était élevé en raison de la compression des effectifs, alors que dans le même temps, le recours au travail des enfants, en particulier dans le secteur informel s’accentuait. Au Zimbabwé, il a été constaté que l’expansion de l’emploi ne s’était pas traduite dans les faits et les salaires, principales sources de revenu des ménages en milieu urbain, avaient chuté, entraînant ainsi l’aggravation de la pauvreté. Parallèlement, il y a eu une expansion très sensible du secteur informel. D’autres facteurs ayant négativement affecté la situation de l’emploi étaient la sécheresse et d’autres aléas climatiques et les difficultés liées au lourd fardeau de la dette qui ont provoqué le ralentissement de la croissance économique. S’agissant du Malawi, le rapport indique que le taux d’absorption de la main-d’oeuvre a reculé de 69% entre la période qui a précédé l’ajustement et celle de l’ajustement. Le rapport a également permis de confirmer que les salaires réels avaient enregistré une chute spectaculaire dans un contexte marqué par l’inflation. Selon les statistiques concernant l’Afrique du Sud, il y avait environ 1,2 million de travailleurs domestiques, de personnes travaillant pour leur propre compte et de travailleurs du secteur informel en 1994, soit 15% du nombre total des travailleurs.
Le secteur informel est devenu l’un des principaux secteurs d’absorption de la main-d’oeuvre dans ces deux sous-régions. Au début des années 90, il représentait environ un quart (¼) de la main-d’oeuvre et plus de 60% de la main-d’oeuvre en milieu urbain5 . En général, pour des raisons historiques, le secteur informel en milieu urbain est relativement moins grand en Afrique australe qu’en Afrique de l’Est. Plus de 75% des nouveaux chercheurs d’emploi ont été intégrés dans le secteur informel. Bien évidemment, en tant que secteur d’absorption de la main-d’oeuvre, l’informel a une capacité limitée et il s’est avéré qu’il sert de plus en plus de refuge permettant d’atténuer l’ampleur du chômage tout en le transformant en sous-emploi. Ce secteur a dû subir la forte pression créée par l’exode rural massif qui a continué au même rythme dans les sous-régions considérées atteignant même une moyenne annuelle de 5 à 7% ou plus. En outre, diverses études du BIT ont montré que les formalités d’entrée dans le monde des micro-entreprises et des entreprises informelles étaient relativement compliquées en ce qui concerne la maturité, l’expérience, les connaissances techniques et l’épargne personnelle. Par conséquent, passer de l’école à l’auto-emploi dans le secteur informel était un processus difficile et de longue haleine; et l’idée répandue selon laquelle les jeunes sans emploi peuvent aisément s’établir dans le secteur informel était souvent fondée sur une mauvaise connaissance du fonctionnement des marchés de l’auto-emploi dans le secteur informel. Il y a eu dans ces sous-régions des efforts importants en matière de politique et de cadre institutionnel tendant à accroître la création des emplois et la performance économique du secteur informel (Tanzanie, Kenya, Zambie etc…).
Dans le domaine de l’éducation et de la formation, il y a eu inadéquation entre l’offre et la demande en travailleurs qualifiés sur le marché de l’emploi. Dans bon nombre de pays des sous-régions considérées, les systèmes de formation ne reflétaient pas les besoins et les possibilités existantes. Afin de contribuer de façon significative à la résolution des problèmes de chômage et de pauvreté, il fallait à tout prix opérer des changements majeurs dans les systèmes de formation conçus spécialement pour un grand nombre d’élèves, en particulier les groupes défavorisés comme les femmes, les jeunes et les handicappés; ensuite, il fallait aider les élèves à créer eux-mêmes leurs emplois et améliorer le rendement et les conditions de ceux qui avaient déjà un emploi. Il fallait absolument intégrér les exigences du marché du travail tant pour les emplois du secteur structuré que pour les besoins du secteur informel.
L’emploi des femmes et des jeunes était une question critique comme c’est encore le cas aujourd’hui. Les jeunes ont trois fois plus de chances d’être au chômage que les adultes. Or, la proportion des personnes âgées de 15 à 24 ans en Afrique en tant que pourcentage de la population totale devrait progresser dans les 30 années à venir. Et selon les estimations, moins du tiers (1/3) des élèves du primaire atteignent le secondaire et un peu plus de 10% seulement des élèves du secondaire se retrouvent au tertiaire. Par conséquent, entre les niveaux primaires et tertiaires, 90% des jeunes étaient contraints d’intégrer le marché du travail, leur préférence allant aux emplois du secteur moderne qui sont, dans une large mesure, indisponibles. Le chômage a donc progressivement affecté les différents niveaux du système éducatif, ce qui implique qu’une proportion considérable des ressources limitées qui ont été consacrées à la mise en valeur des ressources humaines ne produisaient plus la rentabilité sociale escomptée. Compte tenu des programmes de réforme économique, les gouvernements n’étaient plus en mesure d’assurer les plans d’emploi en faveur des diplômés des différents niveaux d’enseignement qui venaient alors gonfler les rangs des chômeurs dans ces sous-régions.
Les femmes et les jeunes de sexe féminin étaient même beaucoup plus défavorisées en moyenne, leur taux de chômage étant relativement plus élevé que celui de leurs semblables de sexe masculin. Bien qu’ayant tiré quelque avantage de leur participation au marché du travail dans les années 70 et 80, les femmes avaient été durement affectées pendant la période de restructuration et de compression des effectifs de la fonction publique. Etant donné que les femmes avaient tendance à se concentrer dans les couches inférieures de la hiérarchie professionnelle, elles ont été les premières victimes des compressions. Conséquence : la majorité des femmes qui intégraient la population active s’est orientée vers le secteur informel.
Par conséquent, en 1995, les perspectives générales en matière d’emploi n’incitaient guère à l’optimisme. Les projections de la Banque mondiale pour la période 1990-2000 faisaient état d’une croissance extrêmement modeste du revenu par tête pour la région Afrique, ce qui devrait entraîner l’aggravation de la pauvreté. Les perspectives de relance économique à long terme restaient à la fois modestes et préoccupantes et elles étaient étroitement liées aux problèmes de l’emploi et de la pauvreté. Selon l’analyse de la situation faite par le BIT, les perspectives en matière d’emploi n’étaient guère encourageantes. L’analyse en question soulignait la gravité et l’ampleur du problème de l’emploi et les perspectives plutôt sombres en ce qui concerne la relance. Cela a suscité plusieurs questions sur les approches qui avaient été adoptées jusque-là pour faire face au problème de l’emploi. En clair, les tendances en matière de chômage indiquaient que sans des efforts concertés et cohérents tendant à remédier à ce problème, on pourrait faire face à une crise économique, sociale et politique majeure. Par conséquent, une approche globale était nécessaire en matière de création d’emploi. Une simple accélération de la croissance économique ne suffirait pas pour entraîner un diminution notable de la crise de l’emploi en Afrique. Malgré la Déclaration adoptée à Abuja6 par le Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement sur la crise de l’emploi en Afrique (1991), peu de progrès ont été réalisés pour remédier à cette situation en 1995. Le défi que représentent la crise économique et la crise de l’emploi semble redoutable, mais il pourrait être atténué et le développement économique et social pourrait être relancé sur une base durable, à travers une collaboration concertée des partenaires sociaux dans les pays africains appuyée par une contribution beaucoup plus généreuse et plus résolue de la communauté internationale.
A l’issue du Sommet mondial sur le Développement social (WSSD) de 1995, les Etats présents ont adopté une Déclaration et un Programme d’Action qui symbolisent un nouveau consensus sur la nécessité de mettre les populations au centre des actions de développement. Tous les Etats et leurs gouvernements respectifs ont pris l’engagement de faire de la lutte contre la pauvreté, de l’objectif du plein emploi et de la promotion de la stabilité, de la sécurité et de la justice sociales, leurs objectifs primordiaux. Pour y parvenir, ils ont pris d’un commun accord, dix engagemens et adopté un plan d’action qui définit dans leurs grandes lignes, les politiques, les actions et les mesures à entreprendre en vue de l’application effective de ces principes et du respect des engagements pris.
Un indice de l’importance que les pays de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique Australe ont accordé à ce Sommet est leur niveau de représentation. En effet, 10 pays de ces deux sous-régions ont été représentés par leur Président, trois par leur premier ministre et un par son roi. Il s’agissait là d’une preuve témoignant de la grande préoccupation que les questions sociales suscitent généralement dans les sous-régions considérées. Il y a également eu des changements politiques avec notamment une démocratisation renforcée à travers le pluralisme. La sous-région de l’Afrique Australe a connu un transition légendaire de la domination coloniale, de l’apartheid ou des troubles sociaux à l’indépendance, à la démocratie et à une relative stabilité politique. Cette évolution de la situation devrait favoriser la promotion de la relance économique à court et à moyen termes.
Le thème de l’emploi et des moyens d’existence durables est revenu dans toutes les grandes conférences récemment organisées par l’ONU. Il a constitué le socle des engagements politiques et l’objectif de plein emploi a fait l’objet d’un certain nombre de recommandations pendant chacune de ces conférences. Fait plus frappant, il a reçu la plus grande attention lors du Sommet mondial sur le développement social au cours duquel les dirigeants mondiaux se sont engagés à "promouvoir l’objectif de plein emploi comme une priorité de base de nos politiques économiques et sociales et à aider tous les hommes et toutes les femmes à avoir des moyens d’existence sûrs et durables à travers le libre choix d’un emploi et d’un travail productifs". Cette analyse concerne principalement l’engagement N°3.
Cet engagement mondial a reçu un accent particulier au moment où la situation de l’emploi et du marché du travail était particulièrement grave dans bon nombre de pays. On redoutait et on redoute toujours que la mondialisation croissante et les changements structurels de grande portée rendent le renversement de cette tendance plus difficile. Il a été constaté, entre autres, que la structure de l’emploi a changé et le chômage est devenu un problème structurel tandis que le sous-emploi a gagné du terrain. Certes, la mondialisation et le développement technologique rapide a suscité d’immenses espoirs en ce qui concerne les possibilités de création d’un nombre sans précédent de nouveaux emplois, mais il semble qu’un tel environnement nécessite des efforts accrus pour la création d’emploi et l’amélioration des moyens d’existence.
A cet égard, la réaffirmation collective de l’objectif du plein emploi constituait une preuve de solidarité à l’endroit de toutes les victimes des mauvaises conditions de travail et du chômage. La réalisation du plein emploi constitue une action capitale tendant à réduire la pauvreté, l’inégalité et l’exclusion sociale et à garantir un mode de vie qui aille au-delà de la pure et simple survie. L’engagement collectif a permis de reconnaître non seulement que l’objectif du plein emploi productif et libre est réalisable mais qu’il existe également de solides arguments économiques et moraux en sa faveur qui commandent qu’on le considère comme un objectif prioritaire dans les politiques de développement social. L’OIT a considéré cet objectif comme une norme internationale quelques années auparavant tel que précisé dans la convention N° 122 de l’OIT (sa date d’entrée en vigueur est le 15-7-1994) et son adoption lors du Sommet social représentait une percée significative de ce concept.
Comme nous l’avons montré dans la deuxième partie de notre analyse, l’un des impacts de trois décennies de réformes d’ajustement structurel était la réduction des emplois du secteur structuré du fait des actions entreprises pour restructurer le secteur public en vue d’améliorer son efficacité et de réduire ses coûts. Le Sommet social a clairement reconnu que les réformes macro-économiques, même si elles ont pu être nécessaires, ont cependant eu une forte incidence sur les niveaux de l’emploi et les conditions de vie de la majorité de la population. Il a réaffirmé que les politiques macro-économiques ne peuvent pas permettre à elles seules la réalisation des objectifs de plein emploi et des moyens d’existence durables. La Déclaration de Copenhague souligne que la croissance économique soutenue et le développement durable doivent aller de paire avec l’expansion de l’emploi productif. Selon l’engagement N° 8: "Nous nous engageons à veiller à ce que lors de l’adoption des programmes d’ajustement structurel, les objectifs de développement social, en particulier l’éradication de la pauvreté, la promotion du plein emploi et de l’emploi productif et l’amélioration de l’intégration sociale soient pris en compte".
L’engagement n° 2 vise…"l’éradication de la pauvreté dans le monde à travers des actions nationales décisives et la coopération internationale considérée comme un impératif moral, social, politique et économique de l’humanité". En Afrique, l’objectif primordial du développement social est l’éradication de la pauvreté et la satisfaction des besoins essentiels. A cet égard, le Sommet mondial sur le Développement Social, (WSSD) a rappelé que le plein emploi suffisamment bien rémunéré est un moyen efficace de lutte contre la pauvreté et de promotion de l’intégration sociale. Une attention particulière devrait être accordée aux groupes vulnérables et défavorisés comme les femmes, les jeunes et les personnes invalides qui constituent le plus grand nombre de personnes vivant dans la pauvreté. On a reconnu que la promotion des droits de l’homme en vue de l’élimination des disparités qui existent entre ces groupes et les autres en matière d’accès à l’emploi et aux services sociaux est une condition essentielle à toute évolution positive.
L’engagement n° 10 est entièrement consacré à l’amélioration et au renforcement du: "cadre de la coopération internationale, régionale et sous-régionale en faveur du développement social dans un esprit de partenariat, à travers les Nations unies et les autres institutions multilatérales". S’agissant de l’emploi, l’Engagement n° 3 stipule que la Communauté internationale devrait s’efforcer de "promouvoir la coopération internationale en matière de politiques macro-économiques, de libéralisation du commerce et des investissements en vue de promouvoir la croissance économique durable, la création d’emploi et l’échange d’expériences en matière de politiques et de programmes ayant réussi dans le domaine de la création des emplois et de la réduction du chômage". Dans un environnement marqué par l’intensification de la mondialisation et de l’interdépendance entre pays, les efforts nationaux doivent être appuyés par la coopération internationale. La création des emplois nécessite le soutien non seulement des acteurs internationaux mais également de l’Etat, des partenaires sociaux, des travailleurs, des employeurs, et de toutes les autres parties prenantes de la société civile à tous les niveaux, l’objectif étant de créer des conditions favorables permettant à chaque individu de participer au travail de production et d’en tirer avantage.
Le programme d’action prévoit une approche intégrée. Dans le cadre de la croissance économique soutenue et du développement durable, il définit, dans leurs grandes lignes, les politiques et les actions nécessaires à la création d’un environnement national et international favorable au développement social en vue de l’éradication de la pauvreté, de la consolidation de l’emploi productif, de la réduction du chômage et de la promotion de l’intégration sociale. Le chapitre 3 met l’accent sur "l’expansion de l’emploi productif et la réduction du chômage"; à cet effet, les mesures ci-après sont recommandées.
Les gouvernements ayant pris part au Sommet mondial (WSSD) se sont engagés à "mettre la création des emplois, la réduction du chômage et la promotion des emplois convenablement et suffisamment rémunérés au centre des stratégies et politiques gouvernementales ". En d’autres termes, toutes les politiques, y compris les politiques macro-économiques et sectorielles, devraient être orientées vers la réalisation du plein emploi et de l’emploi productif. Les décideurs devraient "élaborer des politiques tendant à accroître les possibilités d’emploi et la productivité tant dans le secteur rural que dans le secteur urbain à travers la réalisation de la croissance économique, l’investissement dans la mise en valeur des ressources humaines, la promotion des technologies susceptibles de créer des emplois productifs, la promotion de l’auto-emploi, de l’esprit d’initiative, des petites et moyennes entreprises" ainsi que "l’exploration de nouvelles options de création d’emploi et la recherche de nouvelles approches permettant de générer le revenu et le pouvoir d’achat".
Une population formée et qualifiée est un facteur essentiel à la satisfaction de la demande en main-d’oeuvre, ce qui permet de garantir l’amélioration de la productivité et des possibilités d’emploi. Les systèmes de formation professionnelle et scolaire devraient être redynamisés et l’Engagement n° 3 suggère que les pays "mettent en place des politiques visant à garantir que les travailleurs et les employeurs reçoivent l’éducation, l’information et la formation requises pour s’adapter aux conditions économiques en constante mutation, aux technologies et aux marchés du travail".
Dans le cadre de la poursuite de l’objectif de justice sociale, but des divers sommets des Nations unies, il faut également que tout emploi créé soit de niveau élevé et qu’il soit suffisamment bien rémunéré et accompagné d’un minimum de protection sociale. Le Sommet mondial a également fait sien un appel universel en faveur de "la poursuite de l’objectif de création des emplois de qualité ainsi que la protection des droits et des intérêts fondamentaux des travailleurs et, à cet effet, assurer librement la promotion du respect des conventions de l’organization internatioanle du Travail, y compris celles interdisant le travail forcé et le travail des enfants, celles sur la liberté d’association, le droit à l’organization et aux conventions collectives ainsi que le principe de la non-discrimination". A cet égard, le programme d’action souligne la nécessité de ratifier les conventions de l’OIT et de s’en inspirer dans le cadre de l’élaboration de la législation nationale et des politiques d’emploi. Dans le cadre de cette action, les gouvernements sont invités à promouvoir le dialogue tripartite et social.
La Déclaration de Copenhague a également reconnu la participation d’un plus grand nombre de femmes à la population active et le fait que la majorité des emplois qu’occupent les femmes est en rapport avec la ségrégation sexuelle persistante qui oriente ces dernières vers des formes d’emploi typiques et non normalisées; elle a en outre souligné la nécessité "d’accorder l’attention à l’accès des femmes à l’emploi, la protection de leur position sur le marché de l’emploi et la promotion de l’égalité entre hommes et femmes, en particulier en ce qui concerne le salaire". La promotion de l’équité et de l’égalité entre dans le cadre de la politique de l’emploi dans le contexte du développement social.
Les femmes dans la plupart des régions du monde sont encore des ressources humaines surexploitées du point de vue du travail, sous-payées et négligées; l’amélioration de leur statut, des conditions de travail, de l’éducation et des niveaux de compétence pourrait sans doute freiner la pauvreté qui affecte tant de pays en développement. Comme le stipule la plate-forme d’action de la Conférence mondiale sur les femmes tenue à Beijing, "la libération du potentiel de production des femmes est essentielle à l’interruption du cycle de la pauvreté afin que les femmes puissent pleinement tirer profit des avantages du développement". A cet égard, l’engagement n° 3 vise à "promouvoir les politiques qui permettent aux individus de s’acquitter à la fois de leur travail rémunéré et de leurs responsabilités familiales". L’Engagement n° 3 suggère également le développement d’une connaissance plus générale du travail et de l’emploi.
Pour suivre l’évolution de la création des emplois et ses tendances, il faut disposer de données pertinentes et actualisées sur l’emploi, le chômage et les marchés de travail. Comme on pourrait s’y attendre, les données sur les changements enregistrés dans ce domaine dans les sous-régions de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe depuis 1995 sont toujours très rares et anachroniques. Une évaluation quantitative de l’ampleur des progrès accomplis dans la création des emplois doit ainsi reposer non seulement sur les quelques indicateurs directs disponibles mais également sur les indicateurs indirects comme le taux de croissance économique pour lequel on pourrait disposer de données plus complètes. Cependant, même dans ces conditions là, les conclusions auxquelles on aboutit doivent être considérées comme des tentatives d’explication.
Elaborée sur la base de divers rapports et analyses portant sur la situation de l’emploi à l’échelle nationale entre 1995 et 1998, l’analyse qui va suivre sera axée sur les questions suivantes:
Les économies des sous-régions de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique Australe ont obtenu un succès relatif dans la stabilisation de leurs économies et dans la mise en oeuvre des réformes économiques et des programmes d’ajustement structurel. Comme on l’a vu plus haut, certaines des politiques macro-économiques mises sur pied ont eu pour effet la contraction de l’emploi. Cependant, on observe des différences nettes dans la manière dont les politiques sont mises en oeuvre par les pays et en ce qui concerne les impacts respectifs de celles-ci. Toute une gamme de politiques, de programmes et de mesures institutionnelles ont été prises en vue d’améliorer les perspectives en matière de croissance économique et de création d’emploi. Malheureusement, les données disponibles sur les résultats de ces efforts sont très insuffisants et ne permettent donc pas une évaluation sérieuse du niveau de succès atteint dans le cadre de la création des emplois; cependant, il convient de relever que beaucoup reste à faire. Dans certains cas, il est possible que la situation de l’emploi se soit dégradée, ait stagné ou se soit améliorée.
Les principales et dernières tendances en matière d’emploi ainsi que les défis et les contraintes qui entravent l’amélioration de l’emploi productif et de l’emploi de qualité dans les pays sont résumés dans les lignes qui suivent.
L’Afrique du Sud est le seul pays de la sous-région ayant des statistiques pouvant raisonnablement faire l’objet de comparaison pendant la période considérée. Selon ces statistiques, l’emploi total progressé de 0,9% en 1995 dans le pays mais il a chuté d’environ 5,8% en 1996 et de 1% en 1997. Au total, environ 500.000 emplois ont disparu entre 1994 et 1997, l’emploi total ayant chuté de 8,6 à 8,1 millions. De même, au Botswana, autre pays disposant de données pour les périodes d’avant et d’après 1995, l’emploi total est passé de 392.000 en 1993/94 à 345.000 en 1995/96, bien que ces deux chiffres ne soient pas forcément comparables sur toute la ligne dans la mesure où le premier provient d’une enquête sur le revenu et les dépenses d’un ménage tandis que le second est tirée d’une enquête sur la main-d’oeuvre. En Namibie, bien que les statistiques officielles ne soient pas encore disponibles, il semble qu’il n’y a eu qu’une légère progression de l’emploi total entre 1993/94 et 1997. Une fois de plus, le même principe s’applique ici comme dans le cas du Botswana en ce qui concerne la comparabilité des données.
Cependant, nous devons dire ici que la qualité et la comparabilité des données s’améliorent si l’on se refère à l’emploi du secteur structuré et non à l’emploi total. La majorité des pays de ces deux sous-régions collectent des données sur l’emploi du secteur informel ou sur une base annuelle grâce à des enquêtes portant sur l’installation. Les faits prouvent que l’emploi dans le secteur formel en Afrique Australe a généralement été plus stable ces dernières années que l’emploi total bien que cela n’empêche pas des tendances moins prononcées dans l’un ou l’autre sens.
Tableau 1: Taux de croissance du PIB, 1990-97 (pourcentage annuel)
|
Pays |
1990 |
1991 |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
Moyenne annuelle 1992-94 95-97 |
|||||
|
Pays d’Afrique Australe (1) |
||||||||||||||
|
Botswana |
7,2 |
7,5 |
3.0 |
2.0 |
3,6 |
5,1 |
6,9 |
5,5 |
2,9 |
5,8 |
||||
|
Lesotho |
3,3 |
2,5 |
1,8 |
7,2 |
10,2 |
9,3 |
12,5 |
7,2 |
6,4 |
9,7 |
||||
|
Malawi |
5,7 |
8,7 |
-7,3 |
9,7 |
-10,2 |
14,5 |
11,7 |
4,6 |
-2,6 |
10,3 |
||||
|
Mozambique |
1 |
4,9 |
-0,8 |
18,8 |
4,5 |
1,4 |
6,2 |
6,6 |
7,5 |
4,7 |
||||
|
Namibie |
|
5,7 |
7,4 |
-2 |
6,6 |
5,1 |
3 |
4 |
4 |
4 |
||||
|
Afrique du Sud |
-0,3 |
-1 |
-2,2 |
1,3 |
2,7 |
3,4 |
3,2 |
1,7 |
0,6 |
2,8 |
||||
|
Swaziland |
8,9 |
2,5 |
1,3 |
3,4 |
3,4 |
2,5 |
3 |
3 |
2,7 |
2,8 |
||||
|
Zambie |
-0,5 |
|
-1,7 |
6,8 |
-8,6 |
-4,3 |
6,4 |
3,5 |
-1,2 |
1,9 |
||||
|
Zimbabwe |
-1,8 |
5,7 |
-8,9 |
1,3 |
6,8 |
0,1 |
7,3 |
3,7 |
-0,3 |
3,7 |
||||
|
Pays de l’Afrique de l’Est (2) |
||||||||||||||
|
Comores |
5,1 |
-5,4 |
8,5 |
3 |
-5,3 |
-3,9 |
-0,4 |
0 |
2,1 |
-1,4 |
||||
|
Erythrée |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
||||
|
Ethiopie |
3,4 |
-6,7 |
-3,7 |
12 |
1,6 |
6,2 |
10,6 |
5,6 |
3,3 |
7,5 |
||||
|
Kenya |
4,2 |
1,4 |
-0,8 |
0,4 |
2,6 |
4,4 |
4,1 |
2,1 |
0,7 |
3,5 |
||||
|
Madagascar |
3,1 |
-6,3 |
1,2 |
2,1 |
0 |
1,7 |
2,1 |
3,7 |
1,1 |
2,5 |
||||
|
Maurice |
7,2 |
4,3 |
6,2 |
5,4 |
4,1 |
4,7 |
5,4 |
5 |
5,2 |
5 |
||||
|
Somalie |
-1,5 |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
||||
|
Seychelles |
7,5 |
2,7 |
6,9 |
5,8 |
-1,6 |
-1,8 |
9,1 |
4,3 |
3,7 |
3,9 |
||||
|
Tanzanie |
5,4 |
4,5 |
-8,9 |
12,2 |
1,4 |
2,6 |
4,1 |
4,1 |
1,6 |
3,6 |
||||
|
Ouganda |
6,5 |
5,6 |
3,4 |
8,3 |
6,4 |
11,4 |
9,3 |
5,3 |
6 |
8,7 |
||||
Source: (1) FMI, Perspective économique mondiale, Washington, DC, mai 1998
En ce qui concerne le lien entre l’environnement macro-économique et l’emploi, un cas de succès important de la sous-région est Maurice qui a depuis longtemps été considérée comme le miracle africain. Tous les indicateurs depuis les années 80 laissent penser à une société ayant largement amélioré ses niveaux de vie de même que les avantages socio-économiques offerts aux populations comme l’éducation, la santé et le logement pour pratiquement l’ensemble des Mauriciens. Une analyse du BIT attribue l’essentiel de ce progrès à la démocratie fonctionnelle du pays, et au climat social stable qui y règne. Elle note également qu’il est presque sûr que le commerce international et les marchés mondiaux ont joué un rôle positif important dans le récent succès de Maurice. Les taux de chômage ont chuté de manière spectaculaire depuis les années 80, les secteurs liés au commerce étant à l’origine de la majorité des nouveaux emplois. L’enquête du BIT révèle qu’il y a de nouvelles tensions qui sont cependant liées au fait que la stratégie de la zone de transformation destinée à l’exportation qui est opérationnelle depuis le début des années 70 n’a plus cours. Le taux de chômage a progressé de 6% dans les années 90 selon les estimations officielles et à plus de 10% si l’on s’en tient à la définition internationale du chômage.
S’agissant à présent des preuves indirectes, nous comparons les statistiques du FMI en matière de taux de croissance économique annuelle sur 2 périodes de 3 ans chacune avant et après le Sommet social, à savoir 1992-94 et 1995-97. Comme on peut le constater au tableau 1, les taux de croissance annuelle du PIB réel pour la période d’après - sommet ont, dans la plupart des cas, progressé par rapport à ceux de la période précédant le Sommet. En effet, aucun de ces pays (si l’on exclut le Mozambique qui a enregistré une croissance atypique en 1993) n’a vu sa croissance économique ralentir de manière sensible après 1995, malgré les fluctuations observées pendant ladite période. Cette amélioration de la croissance économique implique-t-elle une hausse des niveaux de l’emploi dans la majorité des pays après le Sommet social? Il est difficile de répondre à cette question par l’affirmative dans la mesure où comme nous l’avons constaté plus haut, les quelques faits disponibles ne semblent pas le corroborer. Si l’on prend le cas de l’Afrique du Sud qui dispose des données aussi bien sur la croissance du PIB que sur l’emploi, on peut constater que malgré la croissance économique positive enregistrée en 1995, 1996 et 1997, l’emploi total n’a augmenté qu’en 1995. En 1996, malgré une croissance économique comparable à celle de 1995, c’est-à-dire plus de 3%, l’emploi total a chuté de quelque 6%! Cette absence de corrélation à court terme entre la croissance économique et les changements en matière d’emploi a suscité des préoccupations selon lequelles la relance de la croissance dans la sous-région peut ne pas être source de nouveaux emplois comme par le passé. En d’autres termes, il se peut que le phénomène de "croissance sans emploi" soit en cours tout au moins dans certains pays.
Plus concrètement, quel a été l’impact des réformes macro-économiques sur l’emploi dans certains pays des sous-régions de l’Afrique australe et de l’Afrique de l’Est? L’Ethiopie s’est lancée dans un programme d’ajustement structurel depuis 1992 après une longue guerre civile prolongée. En 1996, le FMI a déclaré ce qui suit: "En un mot, des progrès notables ont été enregistrés en ce qui concerne les deux objectifs principaux (la stabilisation de l’économie et la dérèglementation de l’activité économique). Des mesures ont été prises en vue de corriger les distorsions des prix, de lever les restrictions qui frappent le secteur privé, de déréglementer le marché de l’emploi, de limiter les déséquilibres macro-économiques, de réaligner le taux de change et de libéraliser les échanges extérieures et le système commercial. En outre, la décentralisation du système politique et la réforme de la fonction publique ont été engagées". Certes, le Gouvernement éthiopien s’est engagé à lutter contre la pauvreté en réalisant une croissance économique élargie dans un environnement macro-économique stable, mais la pauvreté reste encore très frappante et la situation de l’emploi ne s’est guère améliorée. L’expansion rapide de la main-d’oeuvre dont le taux de croissance annuelle est de 3,5% constitue pour le pays un défi majeur.
Tableau 2: Population économiquement active, 1990-2010
|
Pays |
Nombre Taux de croissance: % par an |
||||||
|
1990 |
1995 |
2000 |
2010 |
1990-95 |
1995-2000 |
2000-2010 |
|
|
Pays d’Afrique australe |
|||||||
|
Botswana |
554 |
638 |
719 |
917 |
2,9 |
2,4 |
2,5 |
|
Lesotho |
717 |
823 |
945 |
1.245 |
2,8 |
2,8 |
2,8 |
|
Malawi |
4.594 |
4.689 |
5.278 |
6.821 |
0,4 |
2,4 |
2,6 |
|
Mozambique |
7.508 |
8.991 |
10.143 |
13.175 |
3,7 |
2,4 |
2,6 |
|
Namibie |
562 |
634 |
714 |
912 |
2,4 |
2,4 |
2,5 |
|
Afrique du Sud |
14.320 |
16.205 |
18.354 |
23.199 |
2,5 |
2,5 |
2,4 |
|
Swaziland |
254 |
304 |
361 |
493 |
3,7 |
3,5 |
3,2 |
|
Zambie |
2.955 |
3.347 |
3.882 |
5.216 |
2,5 |
3 |
3 |
|
Zimbabwe |
4.575 |
5.168 |
5.734 |
7.408 |
2,5 |
2,1 |
2,6 |
|
Total |
36.039 |
40.799 |
46.130 |
59.386 |
2,5 |
2,5 |
2,6 |
|
Pays de l’Afrique de l’est |
|||||||
|
Comores |
233 |
276 |
326 |
450 |
3,4 |
3,4 |
3,3 |
|
Erythree |
1.454 |
1.584 |
1.909 |
2.476 |
1,7 |
3,8 |
2,6 |
|
Ethiopie |
21.453 |
24.642 |
28.391 |
38.785 |
2,8 |
2,9 |
3,2 |
|
Kenya |
11.243 |
13.531 |
15.642 |
20.879 |
3,8 |
2,9 |
2,9 |
|
Madagascar |
5.926 |
6.948 |
8.203 |
11.385 |
3,2 |
3,4 |
3,3 |
|
Maurice |
432 |
470 |
509 |
573 |
1,7 |
1,6 |
1,2 |
|
Somalie |
3.817 |
4.130 |
4.933 |
6.782 |
1,6 |
3,6 |
3,2 |
|
Tanzanie |
13,129 |
15.413 |
17,313 |
22,965 |
3,3 |
2,4 |
2,9 |
|
Ouganda |
8.481 |
9.854 |
11.003 |
14.914 |
3 |
2,2 |
3,1 |
|
Total |
73.676 |
85.839 |
98.372 |
132.384 |
3,1 |
2,8 |
3 |
Source: OIT, Population économiquement active, 1950-2010
Selon la revue économique annuelle de la Tanzanie, en 1998, "la performance macro-économique de la Tanzanie pendant l’année budgétaire 1998 était insatisfaisante, la croissance réelle du PIB n’a pas atteint le niveau escompté, la croissance par tête était marginale, les recettes d’exportation ont considérablement baissé, la situation budgétaire s’est fragilisée et les niveaux de l’épargne et de l’investissement sont restés faibles. Il y a eu une évolution positive en ce qui concerne la maîtrise de l’inflation, ce qui a permis de maintenir la stabilité macro-économique et la ferme détermination du Gouvernement à poursuivre les réformes macro-économiques". Selon l’évaluation faite par le Gouvernement tanzanien dans le cadre de l’analyse de la situation de l’emploi: "le développement de l’économie est loin d’être satisfaisant. Cette situation a entraîné la réduction des possibilités d’emploi et favorisé l’aggravation non seulement de la pauvreté mais également de la misère surtout en milieu rural. Cette situation de pauvreté s’observe dans un environnement caractérisé par la montée du chômage et l’abondance de ressources naturelles qui ne sont même pas exploitées à leur niveau minimal". Sur les 28 millions de Tanzaniens, 13 millions font partie de la population active dont l’âge va de 15 à 64 ans. Parmi ces 13 millions, un total de 11.294.927 est considéré comme travailleur salarié ou personne travaillant à son propre compte. Le marché du travail enregistre un nombre croissant de nouveaux demandeurs d’emplois tandis que la demande en main-d’oeuvre est en baisse. Le gouvernement estime que la capacité limitée de l’économie à absorber les nouveaux demandeurs d’emploi tient aux raisons suivantes: 1) baisse du revenu national et taux de croissance démographique élevé, 2) compression et gel des nouveaux emplois dans le pays, 3) augmentation rapide du nombre de jeunes ayant achevé leur formation dans divers instituts et que l’Etat ne peut plus employer, 4) nouvelle orientation des systèmes de production dans certaines entreprises7 qui passent des techniques de production à forte intensité de main-d’oeuvre aux techniques à forte intensité de capital.
Depuis la mise en oeuvre du programme de relance économique en 1987, l’Ouganda connaît une relance politique et économique remarquable et le pays est considéré comme l’un des cas de succès du continent. Malgré la croissance économique rapide enregistrée jusque-là, (le taux moyen se situe entre 6 et 10% par an ces 5 dernières années) il n’y a pas d’amélioration significative en matière d’emploi et de pauvreté. Plus de la moitié de la population continue de vivre en dessous du seuil de pauvreté8. L’économie doit générer environ 250.000 (300.000) nouveaux emplois par an. Suite à la compression des effectifs de la fonction publique et à la restructuration des entreprises publiques, l’évolution des emplois productifs n’a pas suivi le rythme de l’offre en matière d’emploi.
Le secteur privé tanzanien employait au moins de 433.136 personnes en 1990. L’emploi dans ce secteur devrait augmenter dans l’avenir en raison des politiques favorables adoptées par le gouvernement pour relancer l’économie (il s’agit notamment de la privatisation, de la libéralisation du commerce, d’un environnement favorable à l’investissement etc.) Toutefois, les conditions suivantes qui existent toujours dans le pays constituent encore un frein à la création des emplois: 1) manque de capitaux, de technologie et de compétences en matière de gestion 2) réticence des investisseurs à investir dans l’économie 3) la transition vers l’économie de marché nécessite les connaissances techniques et l’expérience qui restent une denrée rare dans le pays.
Le secteur agricole emploie au total 9.115.932 personnes dont 4.918.200 (soit 53,8%) de femmes. Elles travaillent pour l’essentiel à leur propre compte. Ce secteur fait face à plusieurs problèmes qui le rendent inattrayant aux yeux de nombre d’investisseurs: faible revenu qui entraîne une faible production, agriculture traditionnelle, services consultatifs de piètre qualité, absence d’une communication efficace et de système de transport etc.
En Ouganda, le secteur agricole emploi environ 80% de la population active. L’auto-emploi est le mode le plus courant, avec 2,5 millions de ménages qui exploitent des domaines ayant en moyenne 2 ha. Le secteur rural continue de faire face à une situation de sous-emploi élevé et de faible productivité.
Malgré la nette relance économique enregistrée en Ouganda, les salaires réels ont également chuté à tel point que le revenu salarial ne suffit plus pour faire subsister bon nombre de ménages et de salariés. Bien que cette tendance à la baisse se soit quelque peu inversée récemment, les niveaux actuels de salaire restent en dessous de la norme.
Au Kenya où l’économie a connu la pire des crises économiques depuis son indépendance, la moyenne des recettes réelles s’est nettement inversée en 1995-96. La tendance des salaires réels était à la baisse entre 1989 et 1994, les taux allant de -3,6% à -22%. Cette tendance s’est inversée à la hausse pour se situer entre 11,8% et 19,7%.
Si l’on examine la situation sous l’angle9 de l’équité entre les sexes, la plupart des pays ne disposent pas d’assez de statistiques fiables et, parmi ceux qui en ont, seuls quelques uns procèdent à leur décomposition par sexe. Toutefois, on peut dire que le secteur salarié formel ainsi que les sous-secteurs public et para-public, ont été une source limitée d’emploi dans la région et ont été dominés par les hommes. Seule Maurice dispose d’un secteur manufacturier important. Les femmes ont largement tiré avantage de l’essor de deux professions: les travaux de secrétariat et l’enseignement qui ont fourni des emplois à celles qui avaient un meilleur niveau d’éducation. Les femmes ont également beaucoup plus de chances de travailler dans le secteur public où elles sont nombreuses à occuper des fonctions de niveau inférieur.
Malgré le faible niveau d’activité des femmes, il convient de noter que le nombre de femmes qui sont à la recherche d’une source indépendante de revenu est croissant. Les femmes ont été plus nombreuses à pratiquer l’exode rurale à la recherche d’un emploi pendant les décennies écoulées. Une proportion croissante des ménages, en particulier dans certains pays, sont dirigés par les femmes - de jure ou de facto - ou alors sont fortement tributaires du revenu des femmes pour leur survie. En raison du flux migratoire important des hommes vers les mines et les usines d’Afrique du Sud, les pays voisins et ceux qui se trouvent au sein de l’Afrique du Sud sont réputés pour le fait qu’ils affichent les taux les plus élevés de ménages dirigés par les femmes: 40 à 60% au Lesotho; 35% au Swaziland; 20 à 43% au Botswana.
Selon les études menées sur l’emploi par le groupe de réflexion ACC (voir plus haut), il apparaît que la croissance économique soutenue qui met à contribution les atouts dont disposent les pauvres, c’est-à-dire la main-d’oeuvre, l’investissement en capital humain, l’élimination des dysfonctionnements qui défavorisent les pauvres et les sans emploi et l’orientation des interventions vers les groupes vulnérables et les pauvres sont des moyens efficaces de promotion de l’emploi et des moyens d’existence durables.
Ce tableau peu élogieux en terme de réussite dans le domaine de la création d’emploi est confirmé par les données disponibles sur les changements enregistrés dans les taux de chômage qui ne s’améliorent guère. Le taux de chômage en Afrique du Sud est passé de 15,9% en 1995 à 21,7% en 1997 si l’on s’en tient la définition stricte du chômage. Si, en revanche, on considère une définition plus large de la notion de chômage, on constate que le chômage est passé de 27,7% à 36% de la population active (statistiques d’Afrique du Sud, 1998, P.71). Cependant au Botswana et en Namibie, le taux de chômage était pratiquement le même avant et après 1995.
En Tanzanie, environ 30% de la population active est, soit au chômage, soit sous-employée10. Le Kenya a enregistré un net ralentissement de la croissance des emplois salariés qui ont contribué à la hausse d’environ 25% du taux de chômage. Une proportion du même ordre de la population active est sous-employée 11 . Le chômage et le sous-emploi règnent dans une large mesure en milieu urbain et en zone rurale. L’économie est marquée par le sous-emploi et la faible productivité. Cela implique que les nouveaux venus sur le marché de l’emploi et les personnes ayant perdu leur emploi seront absorbés par le secteur rural ou le secteur urbain informel ou alors ils feront face au chômage ou au sous-emploi. L’accès limité des femmes aux emplois du secteur structuré se traduit par le fait que le taux de chômage de ces dernières tend à être plus élevé que celui des hommes12. Le chômage des jeunes et des nouveaux diplômés s’est aggravé de manière spectaculaire dans les années 90.
Comme nous l’avons constaté dans la deuxième partie de la présente étude, les activités du secteur informel continuent d’être la principale source de possibilités d’emploi dans ces sous-régions pour les personnes dont l’accès aux emplois salariés du secteur informel est limité, en particulier les femmes. Le secteur informel urbain est progressivement devenu une source d’emploi pour les nouveaux chercheurs d’emploi et pour les personnes ayant perdu leur emploi. L’informel reste ainsi un important secteur d’absorption de la main-d’oeuvre, dernier rempart pour les chercheurs d’emploi en milieu urbain, qui affiche des taux élevés de création d’emploi. Mais, il fait face à de graves problèmes de faible productivité, de faible niveau de rémunération et de qualité du travail. Le secteur informel souffre également des longues procédures complexes en matière de crédit, de l’absence des budgets d’investissement et de fonctionnement, du faible niveau d’expérience en connaissances techniques et en matière de gestion commerciale des projets, du manque d’infrastructures de base dans les lieux de service, de l’absence de liens en amont et en aval entre l’agriculture et l’industrie, de l’absence de normes innées en matière d’auto-emploi et de l’incapacité à mettre à contribution les capacités personnelles pour exploiter la richesse disponible sur les marchés compétitifs. C’est dans cette optique que les gouvernements doivent faire face au grand défi de l’emploi dans l’avenir.
Au Kenya, on a enregistré un recul de l’importance du secteur formel et une progression subséquente du secteur informel. Le secteur formel qui représentait environ 90% de la totalité de l’emploi au début des années 70, a vu sa proportion chuter de manière spectaculaire en 1996. Cette chute a été accompagnée d’une hausse similaire de la part du secteur informel qui est passée de moins de 10% en 1972 à 63% en 1996. Dans les années 90, le secteur informel représentait environ 2/3 des nouvelles possibilités d’emploi dans le pays. Il convient de relever qu’alors que l’emploi se contractait dans le secteur public, il y avait des réductions sensibles d’effectifs dans les entreprises du secteur privé, en particulier celles qui sont en cours de restructuration. Des expériences similaires sont observées dans d’autres pays de la sous-région.
En Tanzanie, les employés du secteur informel sont estimés à moins de deux millions, soit plus du double du nombre de personnes travaillant dans le secteur structuré. Le secteur non structuré peut absorber 62,5% de la hausse annuelle de la main-d’œuvre en milieu urbain contre 8,5% pour le secteur structuré.
Etant donné que les possibilités d’emploi sont limitées dans le secteur structuré dans ces sous-régions, l’auto-emploi dans les petites entreprises est devenue la forme la plus courante d’emploi pour la main-d’œuvre féminine après l’agriculture. Dans les villes et cités, les femmes représentent une forte proportion des personnes travaillant à leur propre compte dans le secteur non structuré. La vente en détail semble être l’activité commerciale la plus répandue chez les femmes, mais on les trouve aussi dans l’artisanat, dans la transformation des produits alimentaires ; dans le secteur des services et dans d’autres petites industries. L’impact direct de la compression des hommes et la baisse sensible des salaires réels dans l’économie formelle ainsi que les flux migratoires toujours plus importants des femmes vers les zones urbaines ont consolidé les conditions qui mènent les femmes vers l’économie informelle en milieu urbain.
L’introduction des politiques de réformes macro-économiques fondamentales
communément appelées programme d’ajustement structurel (PAS) s’est généralisée dans les pays africains depuis près de deux décennies maintenant. La plupart des pays des sous-régions de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe ont appliqué des mesures d’ajustement structurel. En général, ces politiques visent à modifier la structure de l’économie afin que celle-ci puisse maintenir la croissance durable grâce à la stabilisation de l’environnement macro-économique et de la balance des paiements et à la modification des modes de production, de l’affectation des ressources et de la structure de la demande. Les politiques du PAS comprennent notamment la privatisation des entreprises publiques, la déréglementation et la libéralisation du commerce grâce auxquelles les contrôles et les interventions de l’Etat sont remplacés par les forces du marché. Ces politiques ont eu une incidence profonde sur les marchés du travail dans les régions de l’Afrique de l’Est et du Sud.
Il existe bon nombre de moyens par lesquels les politiques de réforme et la
mondialisation influencent le marché du travail et plus précisément de l’emploi. La restructuration économique prévue dans le cadre du PAS implique un changement majeur du rôle, de la stratégie et du comportement des acteurs clés du marché du travail ainsi que des institutions dont ils se servent pour réglementer leurs relations en ce qui concerne les conditions d’emploi. Un exemple concret est le salaire qui est généralement fixé dans le cadre de la convention collective pour les travailleurs organisés, et quelquefois indirectement pour d’autres groupes de travailleurs. D’autres questions relatives à l’emploi qui sont influencées par les réformes macro-économiques sont notamment les questions extra salariales telles que la répartition des investissements, la politique du travail, les conditions de travail et les diverses formes de coopération bipartite et tripartite. Dans tous ces domaines, les politiques inspirées du PAS et les effets de la mondialisation ont influencé et continuent d’influencer la nature et la structure du marché du travail.
La restructuration de l’industrie et la privatisation des anciennes entreprises publiques ont conduit à la compression massive des employés des secteurs privés et publics. Certes, le degré de restructuration et de compression varie selon les pays et les régions, mais la réduction des effectifs se situerait entre 25 et 50%. Il convient de se rappeler que leur impact négatif sur l’emploi, les réformes économiques et la libéralisation ont généralement eu tendance à aggraver l’inégalité13.
Les tendances antérieures des programmes de réforme et de stabilisation n’ont pas pu entraîner la hausse de l’emploi souhaitée. Les pays ont donc commencé à comprendre que les mesures à prendre doivent aller au-delà de la stabilisation. Ils ont également compris que la création massive des emplois productifs et la réduction de la pauvreté des masses ne peuvent se faire et être poursuivies que si elles s’accompagnent d’une croissance régulière et soutenue du PIB par tête du pays. On pense que les modèles de croissance et les structures d’incitation nécessaires doivent viser à créer des emplois adéquats et à refléter les avantages comparatifs dans les productions locales. La création des emplois a commencé à être considérée comme une partie intégrale de la stratégie de développement et un objectif distinct et indépendant de la planification du développement national. Les décideurs et dirigeants politiques de même que les employeurs et les organizations des travailleurs sont de plus en plus conscients de la nécessité d’une réaction appropriée et d’une approche intégrée face au problème de l’emploi. Conséquence : des politiques et des stratégies macro-économiques et sectorielles sont entrain d’être mises en place dans les sous-régions de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe.
Etant donné que la question de l’emploi est un problème multidimensionnel et sectoriel, elle a été examinée sous l’angle des politiques macro-économiques et sectorielles nationales. On estime qu’une politique globale de l’emploi est capitale lorsqu’on aborde la question de l’emploi. C’est ainsi que plusieurs pays de ces sous-régions ont commencé à mettre en place des politiques nationales globales en matière d’emploi. L’Ethiopie, le Kenya et l’Ouganda ont atteint une phase avancée de ce processus d'adoption de politique nationale de l’emploi dont l’objectif majeur est de promouvoir le plein emploi en priorité dans le cadre des politiques économique et sociale à l’échelle nationale et de permettre à tous les hommes et à toutes les femmes qui sont disponibles et qui désirent travailler d’avoir des moyens d’existence sûrs et durables grâce au libre choix d’un emploi et d’un travail productifs. La Tanzanie a officiellement adopté sa politique globale de l’emploi.
Certes les résultats des initiatives qui précèdent sont encore attendus, mais la tendance générale qui se dégage montre que les pays ont maintenant commencé à entreprendre des actions concertées et résolues visant à remédier aux problèmes sans cesse croissants du chômage dans les sous-régions de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe. Certes, il y a lieu de relever les signes positifs enregistrés, mais ce faisant, on ne doit pas perdre de vue l’instabilité politique qui règne dans certains pays de ces sous-régions. On sait que cette situation a un impact négatif sur les initiatives programmées en vue de la création des emplois. Les conflits politiques internes et externes créent un climat défavorable à l’investissement local. Les gouvernements fragiles et instables ont moins de chances de mener les réformes économiques nécessaires susceptibles d’avoir un impact positif sur l’emploi.
L’avènement de la démocratie et son extension naturelle dans les lieux
de service a été l’un des objectifs majeurs de l’assistance technique et de la coopération de l’OIT dans ces deux sous-régions. L’instrument le plus important grâce auquel l’OIT contribue au cadre juridique et à la pratique de la protection du travailleur dans les Etats membres est l’adoption et la supervision des normes internationales de travail. Ces normes visent à assurer la justice sociale aux employeurs en protégeant leurs droits de l’homme, en favorisant la promotion des conditions humaines de travail et en améliorant de manière générale la vie sociale des travailleurs.
Les efforts ont été intensifiés aux niveaux national et régional pour vulgariser les normes de l’OIT et encourager leur ratification. Dans le cadre de la Commission du travail et des affaires sociales de l’OUA, deux réunions ont été organisées en 1998 en collaboration avec les membres africains de l’OIT qui font partie de son conseil d’administration. Ces réunions ont débouché sur l’adoption d’une recommandation qui encourage les pays africains à ratifier les 7 conventions essentielles de l’OIT14 et on y a soutenu l’idée d’étendre le système de supervision de l’OIT aux nouveaux mécanismes de l’OIT applicables à la discrimination, au travail forcé et au travail des enfants.
Au niveau national, les pays ont fait des progrès vers la ratification de certaines des conventions essentielles. L’Ethiopie a engagé le processus de ratification de deux ces conventions (les conventions 100 et 105) en les soumettant à l’Assemblée nationale, autorité suprême compétente pour la ratification des conventions.
Les deux séminaires tripartites sous-régionaux ont porté sur la Convention N° 87. L’objectif de ce type de rencontres est d’accélérer la ratification de la Convention par le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda. Un mécanisme national a été mis en place dans ces pays pour réviser la législation du travail relative à la liberté d’association. Au Kenya, certaines dispositions contraires à celles de la Convention ont déjà été abrogées. En Tanzanie, un projet de loi sur les syndicats est en examen au parlement. En Ouganda, une commission ministérielle spéciale a été créée pour préparer la ratification de la Convention. Ces trois pays devraient ratifier la Convention cette année. Parmi les autres Conventions essentielles de l’OIT, la Convention n° 138 a déjà été ratifiée par la Tanzanie. A Maurice, les barrières juridiques ont été éliminées et le pays est sur le point de ratifier les conventions N° 100 et 111.
Dans la sous-région de l’Afrique australe, l’engagement affiché par les pays vis-à-vis de la ratification et de la mise en application des conventions internationales est encourageant. Depuis 1995 précisément, un minimum de 42 conventions ont été ratifiées par les neuf pays d’Afrique australe, ce qui porte à 175 le nombre total des ratifications signées par la sous-région. Toutefois, la ratification de la Convention n° 122 sur la politique de l’emploi (1964) reste insatisfaisante dans la mesure où, à ce jour, seuls le Mozambique et la Zambie y ont donné suite. Les tableaux ci-après montrent la liste des ratifications des conventions clés de l’OIT par les Etats membres.
Tableau 3. Liste des Conventions essentielles de l’OIT ratifiées par les pays des sous-régions de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe (au 31 décembre 1997)
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Pays |
29 |
87 |
98 |
100 |
105 |
111 |
138 |
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Botswana |
X |
(x) |
(x) |
(x) |
(x) |
(x) |
(x) |
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Comores |
X |
X |
X |
X |
X |
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Djibouti |
X |
X |
X |
X |
X |
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Erythrée |
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Ethiopie |
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X |
X |
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X |
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Kenya |
X |
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X |
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X |
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X |
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Lesotho |
X |
X |
X |
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Madagascar |
X |
X |
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X |
|
X |
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Maurice |
X |
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X |
|
X |
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X |
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Malawi |
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X |
X |
|
X |
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Mozambique |
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(x) |
(x) |
X |
X |
X |
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Namibie |
X |
(x) |
(x) |
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Seychelles |
X |
X |
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|
X |
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Somalie |
(x) |
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X |
X |
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Afrique du Sud |
X |
(x) |
(x) |
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(x) |
(x) |
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Swaziland |
X |
X |
X |
X |
X |
X |
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Tanzanie |
X |
|
X |
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(x) |
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Ouganda |
X |
|
X |
|
x |
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Zambie |
X |
X |
(x) |
X |
X |
X |
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Zimbabwe |
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X |
X |
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NB. Les parenthèses indiquent que la convention a été ratifiée depuis 1995. Les Comores, Djibouti, Madagascar, le Mozambique, l’Ouganda et la Zambie ont ratifié la Convention 122 de 1964 sur la politique de l’emploi.
La non-ratification d’une convention par un pays ne signifie pas nécessairement que le pays en question ne dispose pas d’un cadre juridique pouvant servir de soubassement aux principes de base des conventions. La non-ratification de la convention n° 144 de 1976 par l’Afrique du Sud par exemple n’a pas empêché que le pays se lance dans une expérimentation singulièrement importante du tripartisme dans la recherche du consensus. Il en va de même de la convention n° 122 qui n’a pas empêché la Tanzanie, le Kenya, l’Ethiopie et l’Ouganda de formuler leurs politiques de l’emploi. Toutefois, il reste que la ratification des conventions traduit un engagement public qui reflète l’importance qu’on attache à l’amélioration de la qualité de l’emploi et elle renforce tout engagement que l’état pourrait avoir vis-à-vis de la législation nationale, quels que soient les changements périodiques de gouvernement nationaux. Elle stimule la confiance en un pays et renforce la coopération économique internationale. Dans le domaine de l’intégration régionale et de la mondialisation, la ratification des conventions facilite la possibilité d’un échange d’expériences entre pays et encourage les pratiques innovatrices.
La capacité institutionnelle mise en place dans les sous-régions de l’Afrique de
l’Est et de l’Afrique australe est limitée. Il n’existe pas de cadre politique et juridique global pour la création d’emploi susceptible d’orienter les nombreux acteurs participant à cette entreprise. Cependant, l’élaboration et l’examen d’un document sur les politiques nationales d’emploi au Kenya, en Tanzanie, en Ouganda et au Zimbabwe est un pas vers cette direction. Certes des institutions distinctes et autonomes n’ont pas été mises en place, mais des comités interministériels ont été créés sous la tutelle de la primature (Ethiopie, Kenya) des services du Vice Premier Ministre (Tanzanie) pour suivre la mise en œuvre de la Déclaration de Copenhague. Au Zimbabwe, une structure délibérante, le Forum économique consultatif national (NECF), a été mise sur pied en 1997 ; y sont représentés le gouvernement, le secteur privé, la société civile et les milieux académiques. Il se présente sous la forme d’un groupe de réflexion et les problèmes relatifs à l’emploi y sont abordés sous la direction du groupe spécial chargé des revenus et de la politique des prix/ des contrats sociaux.
En outre, il y a eu un plus grand nombre de déclarations de politique et de lois votées par les pays de la sous-région d’Afrique australe notamment le Lesotho, le Mozambique, la Namibie, l’Afrique du Sud et la Zambie pour favoriser une utilisation accrue des méthodes productives fondées sur l’emploi.
On ne soulignera jamais assez l’importance de la coopération tripartite face aux
grands changements observés dans les économies africaines. Dans les sous-régions de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe, les gouvernements et les partenaires sociaux semblent s’entendre sur le rôle vital de la coopération tripartite pour ce qui est du consensus qu’il faut atteindre sur l’introduction et la mise en œuvre des politiques sociales. En effet, les pays africains ont, au moment des indépendances, créé un cadre tripartite d’une manière ou d’une autre ; en général, quelques temps après leur adhésion à l’OIT. Résultat : des cadres institutionnels comme le Conseil Consultatif du Travail (Commission ou Comité) ont vu le jour dans la quasi-totalité des pays anglophones d’Afrique15.
Ainsi, de manière générale, les gouvernements et les partenaires sociaux considèrent les consultations tripartites comme un mécanisme indispensable à l’établissement de bonnes relations de travail, à l’accroissement de la productivité. De même, ils y voient un moyen permettant de trouver un consensus sur les questions qui affectent leurs économies. Une fonction importante du mécanisme tripartite est l’examen de la législation du travail, de même que la ratification des normes internationales du travail par les partenaires. Il convient de relever que ces organismes consultatifs sur l’emploi ont été très efficaces face aux questions de ratification des normes internationales de travail ainsi que dans le cadre de l’examen des législations nationales bien qu’ils se soient révélés moins utiles dans la résolution de certaines questions comme celles ayant une importance macro-économique plus grande. Les consultations avec les partenaires sociaux sur les questions sont faites sur une base ponctuelle et non sur une base permanente. En général, les mécanismes ad hoc fonctionnent indépendamment des cadres juridique et institutionnel et s’il est vrai qu’ils permettent de résoudre les problèmes, il n’en demeure pas moins qu’ils sont incapables de créer une culture du consensus. Une autre lacune du cadre tripartite tel qu’il existe sous diverses formes dans les sous-régions est qu’ils se confinent aux questions du travail comme les salaires, l’emploi, les litiges, les conventions collectives etc. excluant ainsi les questions économiques et juridiques qui sont capitales pour le développement du pays.
L’exception observée en ce qui concerne le cadre institutionnel tripartite habituel dans la sous-région de l’Afrique australe, sans doute la seule du genre en Afrique, est le Conseil économique national du développement et du travail (NEDLAC). Il a été créé par une loi votée par le parlement en 1994. Le NEDLAC est composée des partenaires traditionnels chargés des questions du travail et de la politique sociale et des représentants de la collectivité. Contrairement aux autres structures similaires de la région, le NEDLAC est à la fois une institution de négociation et de décision. C’est également un organisme consultatif notamment en ce qui concerne les lois.
Un mécanisme de consultation ou de conseil ne peut qu’être perçu comme une structure contribuant de manière significative à l’élaboration d’un consensus lorsque ses membres disposent du mandat technique et juridique leur permettant de s’attaquer à la question qui les interpelle. Cela n’est possible que lorsque la représentation aux consultations tripartites traduit les opinions des diverses autorités concernées par la politique macro-économique et sociale. Le fait de savoir que les questions liées aux relations de travail en mutation trouvent leur origine profonde dans le cadre de la politique macro-économique a accru la demande en faveur d’un mandat élargi d’un mécanisme tripartite à travers lequel les questions qui influencent les politiques du marché du travail, aussi bien à l’échelle nationale qu’au sein des entreprises, devrait faire l’objet de consultations ou de négociations avec les partenaires clés.
Pour donner suite aux recommandations du sommet, l’OIT s’est constamment
engagée à aider les partenaires sociaux dans les sous-régions de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe à résoudre le problème de l’emploi conformément la Déclaration du Sommet. L’élaboration des rapports sur la situation de l’emploi, les services techniques consultatifs, les analyses des politiques nationales de l’emploi ont été menées dans le cadre des groupes de réflexion ACC avec pour objectif d’aider les pays à honorer l’engagement n° 3 qui concerne l’emploi et les moyens d’existence.
Les pays de la sous-région de l’Afrique de l’Est notamment l’Ethiopie, le Kenya, Maurice, la Tanzanie et l’Ouganda ont reçu une assistance dans le cadre de l’élaboration de leurs politiques nationales de l’emploi qui ont actuellement atteint le stade où elles doivent être adoptées par les pays concernées. En ce qui concerne son engagement par rapport aux droits fondamentaux des travailleurs, le rôle de l’OIT est axé sur la promotion des conventions internationales majeures de l’OIT. Un certain nombre d’ateliers et de séminaires nationaux et sous-régionaux ont été organisés pour encourager la ratification des conventions essentielles de l’OIT. Le programme international de l’OIT pour l’élimination du travail des enfants (IPEC) est entrain d’être mis en œuvre avec un succès relatif notamment en Afrique du Sud, au Kenya, en Tanzanie tandis que des activités sont actuellement en cours en Ethiopie, en Ouganda, en Zambie et au Zimbabwe en prévision de l’adhésion de ces pays au programme de l’IPEC.
Comme nous l’avons souligné plus haut, l’action menée par l’OIT dans le domaine de la ratification des conventions essentielles a été reconnue à Copenhague et réaffirmé par la Déclaration de Singapore en 1996 comme un moyen permettant d’améliorer la qualité de l’emploi et de contribuer au développement social. Depuis la Conférence internationale de l’OIT de 1998, l’organization a entériné une Déclaration sur les principes et droits fondamentaux de l’homme en matière d’emploi et sur son suivi en mettant l’accent sur la nécessité pour les Etats membres de ratifier les conventions essentielles afin de poursuivre les objectifs et les buts visés par lesdites conventions. La promotion de l’emploi entre dans le cadre des missions fondamentales de l’OIT. La récente recommandation 189 de 1998 relative aux conditions générales favorables à la création d’emploi dans les petites et moyennes entreprises a été adoptée en juin 1997. D’autres initiatives pertinentes sont notamment « la création d’un plus grand nombre d’emplois de meilleure qualité pour les femmes », cas de la Tanzanie et de meilleurs emplois dans l’économie informelle pour donner suite à la deuxième conférence de l’ONU sur les établissements humains tenue à Istanbul en 1996.
Outre les activités spécifiques aux pays relevées ci-dessous, l’OIT a lancé, en collaboration avec le PNUD, un projet régional intitulé : JFA/PRESSA. Les emplois pour l’Afrique - les stratégies de l’emploi tendant à la réduction de la pauvreté en Afrique subsaharienne. Les principaux objectifs de ce programme sont :
Le programme d’action proposé comprend notamment le renforcement des
capacités, la promotion du secteur privé, l’emploi en faveur des femmes, l’emploi en milieu rural et l’amélioration du secteur informel et de la qualité de l’emploi. Parmi les dix pays sélectionnés qui participent à ce programme, figurent l’Ethiopie, l’Ouganda, la Zambie et le Zimbabwe qui sont des pays des sous-régions de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe. La mise en œuvre de ce projet de 3 ans a commencé depuis le mois de juillet de l’année en cours.
Au niveau national, des activités spécifiques ont été entreprises dans bon nombre de pays. En Ethiopie, outre l’action qu’elle a menée pour le renforcement des partenaires sociaux, l’OIT a organisé des ateliers portant sur l’esprit d’entreprise en faveur des institutions concernées avec pour objectif de mettre en place un programme SIYB. Un projet est actuellement en cours d’élaboration en vue de la mise en œuvre de ce programme dans le pays. L’OIT a également contribué à l’élaboration de la politique nationale de l’emploi. Un programme de construction de route en milieu rural basé sur la main-d’œuvre intensive est actuellement mis en œuvre dans deux régions du pays avec le concours de l’OIT et du gouvernement italien. L’OIT finance un certain nombre de programmes de formation à Turin dans le domaine du développement des entreprises.
Outre le fait de contribuer à l’élaboration d’une politique nationale de l’emploi au Kenya, l’OIT apporte également son concours à un projet mis en place et portant sur la réduction de la pauvreté et sur la promotion de l’emploi.
L’activité principale menée au Malawi est relative à l’emploi et aux moyens d’existence durables (ESL) ; il s’agit du projet de politique démographique financé par le FNUAP avec l’appui technique de l’OIT. L’objectif global du projet est d’améliorer les moyens d’existence des populations du Malawi. Bien que le projet qui a démarré en 1996 ne soit pas une conséquence directe du Sommet, il contient des éléments très clairs et spécifiques du concept ESL. Toutefois, l’activité la plus importante menée dans ce domaine reste l’enquête sur l’emploi et les moyens d’existence durables au Malawi.
Au Mozambique, l’OIT a contribué à l’organization, en 1998 d’un séminaire de haut niveau sur l’emploi en faveur des secrétaires généraux, des Ministres et d’autres personnalités clefs.
La principale action de suivi menée en Zambie est liée aux objectifs CCF du PNUD. L’un des ces objectifs est l’élaboration d’un programme national sur l’emploi et les moyens d’existence durables. L’OIT a tenu le principal rôle dans le cadre de ce programme. L’idée maîtresse du programme est de faire en sorte que les abondantes ressources de la Zambie, sa main-d’œuvre, ses minerais et ses terres soient mises à contribution pour créer le maximum d’emplois et améliorer autant que possible les moyens d’existence. Des groupes de travail inter-organismes sont également mis à contribution pour promouvoir l’emploi à travers des investi