Flux de capitaux et viabilité du compte courant dans les économies africaines

Aide-mémoire

Atelier

I. Contexte et justification

La plupart des pays africains accusent encore des déficits du compte courant. Cependant, la situation s'est améliorée. Cela est particulièrement vrai s'agissant de l'écart entre les importations et les exportations de biens et services qui, en moyenne, a été réduit depuis le début des années 80. Théoriquement, la balance des opérations courantes sert de régulateur permettant de lisser la consommation dans le temps, face aux fluctuations de la production et de l'investissement.

Cependant, en particulier dans le cas des pays les moins avancés (PMA), tributaires des exportations de produits de base, les recettes d'exportation ne suffisent pas à financer les importations de biens d'équipement qui font cruellement défaut. Il s'ensuit des pénuries de devises. Même si le nombre de pays accusant un déficit courant supérieur à 10 % du produit intérieur brut (PIB) a reculé, passant de 16 en 2001 à sept en 2004, la question reste d'actualité. En effet, la structure des exportations de ces pays est sensible à la fluctuation des prix et certains pays africains ont vu leur déficit se creuser, en partie sous l'effet d'un conflit et de l'appréciation du taux de change.

Ce sont surtout les pays pétroliers, tirant profit de la hausse des cours mondiaux et de bons niveaux de production, qui affichent une baisse du déficit de la balance courante. Cependant, les excédents à court terme des opérations courantes ne sauraient être considérés comme un indicateur de viabilité, en raison de l'instabilité des cours des produits de base. En principe, les flux et transferts privés et publics de capitaux (investissement étranger direct (IED), investissement de portefeuille, aide publique au développement (APD), envois de fonds des travailleurs émigrés, etc.) compensent le déficit de la balance courante. Toutefois, la plupart de ces flux sont très instables. L'expérience de l'Asie a montré qu'une inversion brusque des flux de capitaux peut avoir des effets très perturbateurs sur les taux de change et la viabilité du compte courant.

Les envois de fonds des travailleurs émigrés sont une importante source de financement extérieur pour les pays africains et ont contribué à atténuer les déficits de la balance courante de certains pays. Ils ont acquis plus d'importance au fur et à mesure du recul de l'APD au cours des années 90. En effet, entre 1980 et 2002, ils ont augmenté, passant de 1,4 % à 2,1% du PIB. Moins fluctuant que celui des flux nets d'IED, le volume des envois de fonds a été nettement plus stable que le volume net de l'APD.

L'investissement étranger direct en Afrique reste faible: il représente environ 1,7 % des flux mondiaux d'IED en 2002, ce qui traduit en fait la faible part du continent dans le PIB mondial. Cependant, contrairement à une idée répandue, l'Afrique a bénéficié de l'expansion rapide l'investissement étranger direct. En Afrique subsaharienne, l'IED s'est stabilisé, de 1997 à 2002, à une moyenne de 8,75 milliards de dollars contre une moyenne de 4 milliards de dollars au début de la décennie. Bien que relativement stable, l'investissement étranger direct en Afrique demeure spéculatif, compte tenu de sa concentration dans les industries extractives, qui ont très peu de relations avec le reste de l'économie.

Après être retombés à 18,8 milliards de dollars en 2000, les flux d'APD ont atteint un niveau record de 24,1 milliards de dollars en 2003. Cette tendance à la hausse devrait se poursuivre et contribuer à atténuer les difficultés de balance des paiements. Les flux d'aide sont, dans une large mesure, indépendants de la volonté des pays africains et ont également été fluctuants au cours des décennies passées.

La dette extérieure demeure un problème pour de nombreux pays africains du fait des obligations considérables liées au service de cette dette et des restrictions qu'elle impose à l'obtention de nouveaux crédits. L'initiative tendant à ramener l'endettement extérieur global des pays pauvres très endettés (Initiative PPTE) à des niveaux soutenables a produit des résultats importants ces dernières années. À la fin de 2004, 12 des 23 pays africains concernés par l'Initiative PPTE avaient atteint le point d'achèvement et avaient bénéficié d'un allégement important de leur dette. Néanmoins, les ratios du service de la dette restent élevés dans le cas de certains pays.

En résumé, il y a peu de chances que la structure des économies africaines et la nature du système économique mondial conduisent à des excédents du compte courant, pour la majorité des pays africains. On pense que les déficits continueront à être financés principalement par des flux de capitaux privés et publics. La question se pose alors de savoir si les comptes courants sont viables. S'ils ne le sont pas, que peut-on faire pour les rendre viables ?

II. Objectifs et portée

La question centrale posée ici est la suivante: comment accroître la viabilité du compte courant dans les pays africains ? En conséquence, l'atelier s'efforcera d'examiner les facteurs qui influent sur la viabilité du compte courant dans les pays africains et, en particulier, le rôle que jouent les flux de capitaux sur ce plan. Il proposera également des options pour améliorer la viabilité du compte courant.

L'atelier cherchera également à analyser les déterminants des flux de capitaux et les problèmes de fond qui y sont liés, à la lumière d'un environnement financier mondial en mutation. Il contribuera ainsi à déterminer les conditions préalables qui permettront aux pays africains de tirer parti des bénéfices liés aux flux des capitaux tout en minimisant les risques qui y sont liés, en ce qui concerne le compte courant.

Les principaux facteurs qui pourraient déterminer la viabilité du compte courant dans le cas des pays africains sont: la stabilité macroéconomique, la dynamique de la croissance, la structure économique, l'épargne intérieure et l'aide.

La structure et le dynamisme de l'économie jouent un rôle crucial dans la persistance des déficits du compte courant. La libéralisation du commerce extérieur, qui s'est produite dans la plupart des pays africains au cours des 20 dernières années, a entraîné un accroissement tant des exportations que des importations. L'expérience montre qu'une réduction des obstacles au commerce peut augmenter le déficit du compte courant, parce que les importations peuvent augmenter davantage que les exportations. Par ailleurs, de nombreux pays africains ne sont pas parvenus à diversifier leurs exportations pour y inclure des produits manufacturés. Ils ne peuvent donc pas bénéficier de la croissance accélérée du commerce de ces produits et sont donc vulnérables aux fluctuations brutales des termes de l'échange.

L'autre facette du problème est l'excédent de la balance des capitaux. Cet excédent est fonction de la faiblesse de l'épargne tant privée que publique. Or, il faut des flux de capitaux pour financer l'investissement. L'aptitude à soutenir des déficits du compte courant est conditionnée par le poids de la dette du pays concerné, étant donné que c'est ce poids qui détermine l'accès du pays à l'emprunt extérieur. En outre, un fardeau important du service de la dette peut facilement épuiser les recettes d'exportation et empêcher les importations de biens d'équipement nécessaires pour assurer la croissance. La viabilité du fardeau de la dette doit être également analysée dans ce contexte.

Lorsque le taux de change réel d'un pays est considérablement surévalué, un déficit de son compte courant risque d'être intenable car un taux de change surévalué restreint les exportations et encourage les importations. Par ailleurs, les variations du montant des réserves internationales, qui sont généralement exprimées en mois d'importations, sont un indicateur de viabilité du compte courant.

Pour équilibrer le compte courant, plusieurs types de flux de capitaux sont applicables dans le cas de l'Afrique, en particulier l'investissement étranger direct, l'aide, d'autres emprunts extérieurs et les envois de fonds. Si l'aide représente le flux le plus important pour l'Afrique subsaharienne, les envois de fonds sont de plus en plus importants dans le cas de l'Afrique du Nord.

Comme les différents types de flux de capitaux ont une instabilité et une sensibilité variables face aux cycles de surchauffe, la façon dont les déficits du compte courant sont financés a de l'importance. À ce propos, l'asymétrie des monnaies et l'asymétrie des échéances des composantes du compte de capitaux sont d'une importance particulière. Pour limiter les effets négatifs de l'instabilité des flux de capitaux, on peut utiliser les règles applicables au compte de capital.

L'investissement étranger direct peut également servir à compenser les déficits du compte courant et même à les réduire, s'il est axé sur les exportations. Cependant, il donne souvent lieu à un accroissement des importations et au rapatriement des bénéfices. De même, les envois de fonds des travailleurs émigrés servent surtout à financer la consommation de produits nationaux et de biens importés alors qu'ils pourraient aussi servir à renforcer la capacité d'exportation. Comme, par rapport à sa propre richesse, l'Afrique a enregistré plus de fuites de capitaux que n'importe quelle autre région, un retournement de cette tendance aurait un effet sensible sur la capacité de financement de son propre développement. Tous ces flux de capitaux supposent une amélioration de la situation économique.

III. Thèmes de l'atelier

1. Facteurs qui contribuent au caractère soutenable (insoutenable) des déficits des comptes courants en Afrique

Pour définir le cadre de l'atelier, une enquête empirique sera menée sur les comptes courants et les flux de capitaux des pays africains pour en déterminer la viabilité au cours des décennies passées. L'analyse devrait également permettre de déterminer les facteurs qui sont pertinents pour la viabilité du compte courant en Afrique. Dans ce contexte, les fluctuations positives des termes de l'échange des pays exportateurs de pétrole devraient être prises en compte dans l'analyse. Les résultats de l'analyse permettront d'axer le débat sur les pays et les sujets qui conviennent.

2. Régime de change et viabilité du compte courant dans les pays africains

Depuis le début des années 90, un certain nombre de pays africains ont libéralisé leurs politiques de change et sont passés à des taux de change flexibles, déterminés par le marché. Par conséquent, il est plus difficile d'utiliser le taux de change comme un instrument de politique. En principe, une dépréciation du taux de change réel pourrait contribuer à réduire le déficit commercial. Mais, d'un autre côté, elle entraînera des pertes en capital qui pourraient réduire les entrées de capitaux. Après plus de 10 ans d'expérience de taux de change flexible dans de nombreux pays, il convient d'en évaluer les effets sur le compte courant. Cette évaluation permettra de mieux connaître les conditions dans lesquelles un effet positif pourrait être obtenu.

3. Dimensions institutionnelles de la viabilité du compte courant

La vulnérabilité face à une crise dépend, dans une large mesure, de la structure du commerce et du financement extérieur. La structure interne de l'économie, ainsi que la structure des capitaux extérieurs d'un pays, dépendent de la qualité des institutions, du régime du commerce par exemple, du climat des affaires et du système bancaire, entre autres. La présentation sera axée sur les recommandations touchant à la manière de réaliser la viabilité du compte courant.

4. Libéralisation financière et structure des flux de capitaux

En principe, la libéralisation des marchés financiers est censée augmenter l'offre de financement permettant d'équilibrer le compte courant et de stimuler le développement. Cependant, en raison des rigidités existant sur les marchés de capitaux et des asymétries relatives à l'information, le portefeuille du passif exigible d'un pays africain peut être très sensible aux chocs exogènes. On peut donc utiliser les règles applicables au compte de capital pour améliorer les profils de la dette extérieure du secteur privé. Les innovations enregistrées dans ce domaine dans différents pays seront examinées pour en tirer les leçons à l'intention des pays africains.

5. Le rôle de la dette extérieure dans la viabilité du compte courant

Comme de nombreux pays africains sont très endettés, ils doivent utiliser une part importante de leurs recettes en devises pour assurer le service de la dette, ce qui limite leurs possibilités d'importation de nouveaux équipements nécessaires à l'accroissement de la productivité. En outre, des niveaux élevés d'endettement réduisent l'offre ou augmentent les coûts de nouveaux prêts destinés à financer les déficits du compte courant. Une solution à long terme du problème de la dette africaine doit également tenir compte des problèmes structurels du continent en matière de commerce et autres domaines connexes.

6. Le rôle de la fuite des capitaux et des envois de fonds dans la viabilité du compte courant

En principe, il est tout à fait normal que des investisseurs dans un pays donné, placent une partie de leurs capitaux à l'étranger pour diversifier leurs portefeuilles et le risque lié à la marge. Cependant, dans de nombreux pays africains, la fuite des capitaux est un indicateur de distorsion économique. Mais il peut s'agir également d'une conséquence des acquisitions illégales. La décision de transférer (illégalement) des capitaux hors du pays peut refléter l'anticipation d'une dévaluation, de l'inflation et de restrictions supplémentaires sur les opérations extérieures pouvant aboutir à des taux d'intérêts réels négatifs et à l'instabilité politique. En ce qui concerne les envois de fonds des travailleurs émigrés, les questions à poser sont de savoir comment augmenter la part des envois effectués par les circuits officiels et comment orienter davantage d'envois vers l'investissement, afin de stimuler la croissance. Pour inverser la fuite des capitaux et accroître les envois de fonds, il faudrait améliorer les conditions générales relatives à l'investissement, de manière à réduire le risque et à permettre aux détenteurs de capitaux d'obtenir une bonne rentabilité de leurs investissements.

VI. Participation et format de la réunion

L'atelier permettra aux participants de mieux comprendre le rôle que les flux de capitaux jouent dans le renforcement de la viabilité du compte courant et leur donnera l'occasion d'examiner les moyens d'améliorer cette viabilité. Il permettra également un partage d'expériences entre pays africains par le biais des études de cas, des enseignements tirés et des meilleures pratiques.

Des consultations élargies avec les représentants des banques centrales, des ministères des finances, des ministères de la planification économique, des ministères du commerce, de la Banque africaine de développement, de la Banque mondiale, du secteur privé et des universités africaines définiront le cadre des travaux.