UN ECA Economic Social Policy Division Economic Policy Analysis Rapport economi

 

Raport économique sur l'Afrique


Avant-propos

Comme par le passé, cette édition du Rapport Economique sur l’Afrique (REA) passe en revue les performances économiques de la région durant l’année passée et considère ses perspectives à court et moyen terme. Cette fois cependant, la performance de l’année passée et les défis auxquels font face les décideurs africains sont évalués dans la perspective d’une réduction de la pauvreté de moitié dans les quinze prochaines années. L’éradication de la pauvreté est l’objectif qui surplombe tous les efforts de développement en Afrique et la réduction de la pauvreté de moitié à moyen terme est considéré comme un premier pas essentiel vers l’objectif final.

Les raisons pour se concentrer sur la pauvreté sont bien connues. 80% des pays à faible Indice de développement humain -- des pays à taux élevés d’accroissement de la population, à bas revenus, avec une alphabétisation faible et une faible espérance de vie -- sont en Afrique. Quatre Africains sur dix vivent dans des conditions de pauvreté absolue et des éléments récents suggèrent que la pauvreté augmente.

Cette année le REA développe une série d’indices sur la base desquels évaluer la viabilité économique à court et à long-terme. L’analyse évalue la performance sociale, économique et autre, les résultats, les efforts politiques des pays en terme de progrès vers un objectif de long terme clairement défini de réduction de moitié de la pauvreté d’ici 2015. Le message central est clair. En dépit des récents progrès dans les réformes de politique économique, la plupart des pays du continent manquent des bases pour une croissance future durable. Il n’est pas surprenant que les pays qui ont été significativement touché par un conflit civil sont ceux qui ont les résultats les plus bas pour tous les indices.

Il est essentiel de comprendre les dimensions de la pauvreté afin de construire des politiques et des programmes qui visent à la réduire. C’est pourquoi il est devenu vital de mesurer la performance et la viabilité économique. Mais saisir complètement la profondeur et l’étendue de la pauvreté n’est qu’une première étape -- nécessaire mais pas suffisante -- pour réussir à la diminuer. Les analyses de ce rapport soulèvent des problèmes fondamentaux desquels découlent un certain nombre de défis politiques clés qui doivent être abordés par chaque pays dans le cadre des spécificités de son contexte national. Aborder ces défis ne fournit pas une formule de succès assuré. Car évidemment il n’y a pas de formule unique qui garantira la croissance et la réduction de la pauvreté dans tous les pays Africains L’utilité de ce Rapport en tant qu’outil tient au fait qu’il pousse les décideurs politiques à élaborer des approches qui sont capables de traiter des circonstances uniques qui se dégagent dans chaque pays tout en leur permettant d’apprendre de l’expérience des autres.

Alors que l’Afrique entre dans le nouveau millénaire, la viabilité à long terme du progrès économique et social de nombreux pays est au mieux incertaine – comme le montrent les résultats rapportés dans cette édition du REA. Il est clair que même si les politiques macro-économiques sont particulièrement importantes et nécessaires à la croissance économique et qu’elles ont aiguillonnées la récente bonne performance d’un vaste nombre de pays africains, elles sont en elles-mêmes incapable de les soutenir. Pour que l’Afrique puisse approfondir le progrès économique et social et le maintenir sur les deux prochaines décennies, elle devra faire face à de formidables défis. Nous avons pleinement l’intention de bâtir sur les résultats de cette édition et des suivantes de REA, afin d’aider au mieux les membres du groupe CEA à faire face aux défis qui s’annoncent.

K. Y. Amoako

Secrétaire Exécutif.

 

Introduction

1. Cette édition du Rapport Economique sur l’Afrique (REA) est substantiellement différente des versions antérieures. Son contenu est largement réorienté afin de répondre aux besoins changeants, et d’ancrer l’analyse des économies africaines par la Commission Economique pour l’Afrique dans un cadre qui permette de tester leur performance par rapport aux "meilleures pratiques" mais aussi de fournir des indications systématiques sur la manière dont les performances d’année en année ou de période à période divergent ou convergent avec l’objectif spécifique de développement à long-terme de ces économies. Les "meilleures pratiques" qui permettent d’évaluer les performances des pays proviennent des pays africains qui ont obtenu les réalisations les plus hautes possibles au cours de la période considérée et de la capacité qu’a chaque pays d’atteindre et de soutenir le niveau de performance requis par ses objectifs. En d’autres termes, une des caractéristiques du REA, à la fois vis-à-vis des rapports antérieurs ou d’exercices semblables en Afrique, est d’évaluer la performance (les résultats) et les efforts politiques par rapport à un objectif de long terme clairement défini de suppression de la pauvreté, et plus encore, par rapport à la capacité à faire perdurer ces résultats. Dans cet esprit, en plus de l’indice de performance et de l’indice de politique économique cette édition tente de développer pour les économies africaines un indice qui mesure la viabilité économique.

2. L’indice de viabilité économique est un mixte d’éléments macro-économiques (performances épargne-investissement et à l’exportation), et d’une large gamme d’autres indicateurs. Il est établi de façon à mesurer et à indiquer la capacité de chaque pays à atteindre et à maintenir un taux de croissance suffisant pour avoir un impact significatif sur la pauvreté. Le cadre de cet exercice annuel (résumé dans l’appendice technique de ce Rapport) distingue clairement entre les indicateurs principaux de performance, les indicateurs de viabilité économique et l’indice composite de politique économique. Il faut espérer qu’un tel panorama des économies africaines et que le classement annuel des pays en fonction de leurs résultats et de leurs efforts politiques offrent aux décideurs et à leurs analystes différentes perspectives et des indications plus profondes sur les états relatifs de ces économies. L’information auprès des décideurs concernant les indices composites et le classement des économies africaines par les autres institutions, l’analyse de leurs implications, sont des éléments importants de ce Rapport qui seront poursuivis dans les séries ultérieures. Des indicateurs comme les différents classements de risque-pays, l’Indice de la Compétitivité en Afrique, l’indice de perception de la corruption, l’indice de liberté politique, l’indice de développement humain ou l’indice de pauvreté humaine, etc. seront étudiés non seulement pour l’information qu’ils contiennent mais aussi en raison des implications visibles qu’ils ont dans la compréhension de l‘état de ces économies et les mesures politiques qu’ils proposent pour améliorer la performance et le rang de ces pays.

3. Le Rapport se concentre sur l'étude de la performance économique du continent sans perdre de vue les impératifs de dimension sociale qui constituent à la fois l’essence et la durabilité du progrès économique. Sa conclusion, alors que l’Afrique entre dans le nouveau millénaire, est que la viabilité à long terme du progrès économique et social de nombreux pays est au mieux incertaine. Alors que les politiques macro-économiques sont indispensables la croissance économique et qu’elles ont aiguillonnée la récente bonne performance d’un nombre impressionnant de pays africains, elles sont en elles-mêmes inappropriées pour la soutenir dans le temps. Les défis qui vont se poser à l’Afrique afin qu’elle puisse approfondir les progrès économiques et sociaux et les soutenir pendant les deux prochaines décennies demandent qu’elle traite certains problèmes dans des domaines critiques : capital humain, institutions, diversification structurelle, baisse des coûts des transactions, accroissement de la compétitivité, attention portée aux ressources écologiques et à l’environnement, et mobilisation des ressources pour le financement du développement. Ces éléments sont cruciaux pour la capacité des économies africaines à accélérer et soutenir une croissance annuelle de 7%.

4. Compte tenu de l’effort important qui a été nécessaire pour la bonne performance récente, atteindre et maintenir une croissance du PNB à ce taux en termes de ressources et de réformes politiques demande un tel travail qu’aucun pays ne peut se permettre de complaisance. Pour les décideurs politiques africains, de nombreuses leçons et implications politiques découlent de l’analyse qui aborde les défis susmentionnés. Les éditions ultérieures du REA, ainsi que des autres publications de la CEA, aborderont certaines des questions politiques qui sous-tendent les composants des index et que les décideurs politiques africains doivent aborder. Résumé

Résumé

5. Le Rapport Economique sur l’Afrique (REA) étudie la performance de la région en 1998 du point de vue de sa capacité à atteindre l’objectif de développement de réduction de la pauvreté de moitié d’ici l’année 2015. Cet objectif est issu de l’engagement des pays africains, après leur indépendance, pour améliorer le niveau de vie de leurs populations. Plus récemment un consensus a émergé parmi les gouvernements africains et leurs partenaires pour le développement autour de cet objectif particulier qui englobait les visées de développement sur le continent. La dernière expression en date de cet engagement eut lieu à la Deuxième Conférence Internationale de Tokyo sur le Développement Africain (TICAD II) au Japon en octobre 1998.

 

I. L’état des économies africaines en 1998

6. Pour la quatrième année consécutive, le Produit National Brut (PNB) de l’Afrique s’est accru plus vite que la population, contrastant singulièrement avec une décennie et demie de déclin du revenu par tête. La croissance de 3.3% du PNB, comparée avec la croissance de 2.9% en 1997 était la plus élevée parmi les régions du monde.

7. Cette croissance est un succès bienvenu pour l’Afrique. Néanmoins, le niveau de croissance est en deçà de ce qui est requis pour avoir un impact significatif sur la pauvreté. Pour que l’Afrique réduise la pauvreté de moitié dans les quinze prochaines années, il faut qu’elle atteigne une croissance durable et moyenne de 7% par an. C’est le défi majeur posé aux décideurs africains et à leurs partenaires économiques.

8. La croissance récente des économies africaines est d’autant plus remarquable lorsque l’on considère le mouvement de déclin de la croissance globale. L’économie mondiale a ralenti sa croissance de 4% en 1997 à 2% en 1998. La récession en Asie, provoquée par les crises monétaires des pays d’Asie de l’Est, s’est répandue dans le monde entier de trois manières. Les économies de marché se sont rétrécies dans les pays émergents alors que les gouvernements poursuivaient des politiques fiscales et monétaires restrictives pour des raisons curatives et protectives. En règle générale, la demande d’exportations a diminué. Et il y a eu une pression à la baisse des prix des marchandises. Ces facteurs combinés ont contribué à une réduction du commerce global de 6% en 1997 à 2% en 1998.

9. Utiliser des moyennes continentales pour l‘Afrique peut être déroutant car il existe des différences substantielles de population et de PNB entre les sous-régions d’Afrique du Nord, d’Afrique de l’Ouest, d’Afrique Centrale, d’Afrique de l’Est et d’Afrique du Sud et à l’intérieur de ces sous-régions. Les cinq plus grandes économies du continent (Afrique du Sud, Nigeria, Algérie, Egypte et Maroc) prennent part pour 37% de la population et 59% du PNB. Les 33 Pays les Moins Avancés (PMA) regroupent 45% de la population et comptent pour seulement 17% du PNB. D’un autre côté, les 11 pays exportateurs de pétrole, Algérie, Egypte, Libye, Tunisie, Côte d’Ivoire, Nigeria, Cameroun, Gabon, République du Congo, Angola et Guinée Equatoriale représentent 49% du PNB et 36% de la population.

10. La performance économique agrégée de l’Afrique en 1998 (3.3% de croissance comparée à 2.9% en 1997) n’a pas été répartie également sur le continent. Seules les sous-régions de l’Afrique du Nord et de l’Afrique Centrale ont connu une croissance en 1998 alors que les taux de croissance des sous-régions de l’Est, l’Ouest et le Sud ont décliné. Les pays exportateurs de pétrole ont maintenu leur mouvement de croissance en tant que groupe (3.7% en 1998 contre 3.6% l’année précédente) mais la croissance au Gabon et en Angola a baissé de moitié, alors que celle de la République du Congo et de l’Algérie a augmenté. En raison principalement du rétablissement de l’agriculture et de la baisse des prix du pétrole, les pays non exportateurs de pétrole ont connu une croissance de 2.9%, contre 2.3% en 1997. Il est encourageant que les 33 PMA aient vu augmenter leur taux de croissance du PNB de 2.4% en 1997 à 4.1%. La croissance dans les cinq plus grandes économies (voir le paragraphe 9 ci-dessus) a augmenté de 2.2% contre 3.1%. Seules deux économies (Les Comores et la République Démocratique du Congo) ont eu des taux de croissance négatifs en 1998 au lieu de quatre (Les Comores, la République Démocratique du Congo, la République du Congo et le Maroc) en 1997. Néanmoins, seulement trois pays (Botswana, République du Congo et Guinée Equatoriale) ont eu un taux de croissance de 7% ou plus en 1998, le taux de croissance moyen requis afin de réduire la pauvreté de moitié d’ici 2015.

11. L’agriculture reste le secteur dominant en Afrique et son rétablissement a alimenté la croissance du PNB en 1998. De bonnes conditions climatiques et des réformes qui ont amélioré la disponibilité et la distribution de ressources modernes, y compris le crédit ont contribué à améliorer la performance. Néanmoins, le retrait des subventions et la réduction de l’accroissement des services publics, en conséquence des réformes, ont affecté négativement les petits producteurs dans le secteur agricole. Les contraintes du secteur ont été aggravées par le déclin du soutien donateur pour les projets de développement rural et la réduction de l’investissement dans les services sociaux ruraux. Ces développement ont eu un impact négatif sur le cheminement des pays africains vers l’autosuffisance alimentaire.

12. Le secteur industriel a cru de 3.2% en 1998, en baisse par rapport aux 3.8% de 1997. La chute de l’investissement fut une des raisons de la chute de croissance dans le sous-secteur manufacturier, passant de 2.5% en 1997 à 2.0% en 1998, même si la faible compétitivité due, en grande partie, à une productivité relativement basse ont aussi joué un rôle.

13. La récession dans les marchés émergents fut transmise en Afrique principalement à travers la baisse du prix des marchandises. Tous les produits exportables de l’Afrique furent affectés, le pétrole enregistrant la baisse la plus importante. Mais la baisse des prix du pétrole a profité aux pays africains qui en importent.

  1. Il y a eu une pression sérieuse sur la balance des paiements en 1998. Les revenus d’exportation ont décliné de 17%. Pour la première fois lors de la décennie 1990, la balance commerciale est passée négative, propulsant le compte actuel du déficit à hauteur de $16 milliards. Le déséquilibre pérenne du secteur des services, dû principalement aux paiements de la dette extérieure et au coût des services financiers et de transport, a continué d’exercer une pression sur l’actuelle balance, en ménageant de fait une part impropre de revenu étranger sur chaque marchandises exportée.

15. Les flux d’apports ont baissé en Afrique de $4.5 milliards en 1997 à $3 milliards. Cette situation résulte de la réduction des flux privés et du crédit bilatéral. Pour les pays sub-sahariens, les transferts nets ont décliné de près de 40%. Le poids de la dette par rapport au PNB a augmenté modérément. Par rapport aux exportations il a augmenté de manière abrupte à cause du déclin de ces dernières. Le service de la dette s’est élevé à $35 milliards, soit 31% des exportations de biens et services. Les initiatives courantes de réduction de la dette n’ont pas modifié de façon significative le fardeau de la dette. Parmi les 41 pays potentiellement éligibles, seul un pays a bénéficié de l’Initiative en faveur des pays lourdement endettés (HIPC). Ce pays, l’Ouganda, a vu sa dette réduite de 20%. Il est prévu que quatre pays supplémentaires seulement (Burkina-Faso, Côte d’Ivoire, Mali et Mozambique) reçoivent une réduction effective de leur dette au cours des trois prochaines années.

16. En pourcentage du PNB l’investissement a augmenté, passant de 21% en 1997 à 23%, principalement à cause d’une hausse de 1% dans l’épargne domestique. De plus hauts revenus et une consommation plus basse, notamment dans le secteur public, furent les facteurs majeurs de changement de l’épargne domestique.

17. L’inflation a décliné, passant de 15% en 1997 à 12%. L’accroissement de la production agricole et la chute du prix des importations ont contribué à contenir les prix à la consommation. Le déclin du commerce extérieur a provoqué une hausse des déficits gouvernementaux due à une baisse des revenus des taxes internationales sur le commerce.

18. Les perspectives à moyen terme sont éclaircies par ces quatre dernières années de hausse du taux de croissance du PNB. Néanmoins les conditions climatiques et l’environnement économique externe sont deux facteurs déterminants de la croissance future qui dépendent de causes externes. Il est improbable que l’on puisse compter chaque année sur un temps clément, ce qui a eu lieu ces quatre dernières années. Et il est improbable que l’économie globale s’améliore à moyen terme.

 

II. Le défi de la réduction de la pauvreté en Afrique

19. Le premier chapitre, L’état des économies africaines en 1998, a passé en revue le progrès économique et comparé avec le taux de croissance requis pour atteindre l’objectif de réduction de moitié de la pauvreté d’ici 2015. Le chapitre II envisage les implications politiques de cet objectif de développement à partir de la perspective de son financement. Après une brève discussion sur les mesures de la pauvreté, vient un panorama de la distribution des revenus et de la pauvreté en Afrique. Des estimations des taux de croissance requis pour atteindre les objectifs de développement, des ressources nécessaires aux financements d’investissements liés et des indications concernant les politiques principales qui peuvent être mises en oeuvre ferment le chapitre. On n’essaie pas de donner des réponses à ces problèmes complexes mais de fournir une base à une discussion informée et au débat sur les modalités de développement de la région.

20. Jusqu’à récemment, l’information pour mesurer l’étendue et la sévérité de la pauvreté de l’Afrique n’était pas appropriée pour la plupart des pays. Les données centrales utilisées dans cet objectif provenaient d’enquêtes sur les revenus et les dépenses des familles, enquêtes qui sont coûteuses et demandent du temps pour être effectuées. Heureusement des données suffisantes existent maintenant pour certains pays africains et rendent ces calculs possibles. Les données utilisées dans ce rapport concernent des pays qui représentent 60% de la population totale de l’Afrique et 76% du PNB du continent en 1998.

21. On considère habituellement qu’une bonne mesure du niveau de vie est le revenu par tête dans les pays avancés et les dépenses de consommation par tête dans les pays en voie de développement. On peut calculer ainsi le seuil de pauvreté, et identifier la part des pauvres dans la population (le "coefficient de dénombrement des habitants"). Les approches alternatives combinent des indicateurs de bien-être comme le revenu par tête, l’espérance de vie, la mortalité infantile et le taux de d’inscription à l’école primaire.

22. L’analyse de la distribution des revenus en Afrique montre un degré plutôt élevé d’inégalité. Comparée à d’autres régions du monde, l’Afrique a la deuxième distribution de revenus la plus inégale juste derrière l’Amérique Latine. Dans l’ensemble, le coefficient de Gini pour l’Afrique est de 44.4%. Les valeurs les plus hautes pour l’inégalité touchent l’Afrique du Sud, le Kenya et le Zimbabwe. Les plus basses sont en Egypte, au Ghana et en Algérie. Le tableau d’une inégalité relativement haute est confirmé par les parts de dépense totale par quintiles.

23. Bien que 44% de la population d’Afrique vive en dessous du seuil de pauvreté de la région qui est de $39 par tête et par mois, la profondeur et l’incidence de la pauvreté varient selon les sous-régions et à l’intérieur d’entre elles. Dans la sous-région d’Afrique du Nord, 22% seulement sont sous le seuil de pauvreté de $54 par tête et par mois alors que dans l’Afrique sub-saharienne 51% vivent sous le seuil de pauvreté de $34 par tête et par mois. De manière significative, il y a plus de gens pauvres dans les zones rurales. Le revenu moyen d’un pauvre de zone rurale est de seulement $14 par personne et par mois, comparé à $27 par mois pour le pauvre urbain.

24. Réduire la pauvreté de moitié d‘ici 2015 nécessite une réduction annuelle de 4% du ratio de population qui vit dans la pauvreté. En matière de pauvreté des changements peuvent surgir pour deux raisons : à cause d’une croissance de la dépense de consommation moyenne (ajustée par rapport au changement de la ligne de pauvreté) ; et un changement dans la distribution de revenus (la mesure d’inégalité). Pour l’ensemble de l’Afrique, un taux de croissance du PNB de 7% annuel serait nécessaire pour qu’ait lieu cette réduction annuelle de la pauvreté. Il faudrait des hausses de 5-6% en Afrique du Nord et en Afrique du Sud, 6-7% pour l’Afrique Centrale et 7-8% pour les sous régions de l’Ouest et de l’Est de l’Afrique.

25. Pour que le PNB de l’Afrique croisse une moyenne de 7% par an, il faudra des investissements supplémentaires. On peut faire une estimation du montant en employant le modèle Harrod-Domar, qui utilise le taux d’épargne et le ratio d’offre supplémentaire de capitaux pour déduire le taux de croissance du PNB. Ainsi pour un taux souhaité de croissance du PNB, on peut calculer l’investissement requis en supposant un coefficient incrémental de capital. Dans les dernières années, l’usage de ces coefficients marginaux de capital et du modèle Harrod-Domar en tant que cadre d’estimation adéquat du développement financier nécessaire a été critiqué. Cependant il n’y a pas de méthodologie alternative si bien qu’on utilise ici cette approche.

26. Pour l’ensemble de l’Afrique un investissement de 33% du PNB serait nécessaire pour atteindre un taux de croissance annuel de 7%, financé en partie par l’épargne domestique et, pour le reste, par apports étrangers. Le taux actuel d’épargne domestique est environ de 15%. Il faudrait donc 18% supplémentaires en provenance de sources externes. L’Aide Publique au Développement (APD) pour le continent est en moyenne de 9%, ce qui laisse un creux de financement résiduel d’environ 9%.

27. Les moyennes pur l’Afrique cachent de grandes variations parmi les sous-régions. L’Afrique du Nord n’aurait besoin que de 5% de son PNB en ressources externes pour boucler le financement nécessaire afin de générer un taux de croissance suffisamment élevé pour diminuer de moitié le niveau de pauvreté dans la sous-région d’ici 2015. L’ADP dans cette partie du continent s’est élevé en moyenne à 3% du PNB laissant un creux de financement d’environ 2% du PNB. L’investissement financier nécessaire pour une hausse de la croissance suffisante est le plus difficile en Afrique Centrale ou le creux de financement résiduel est d’environ 27%.

28. Récemment, les flux d’apports étrangers vers l’Afrique ont été trop faibles par rapport au volume nécessaire pour réaliser l’objectif de réduction de la pauvreté. L’Afrique doit se préoccuper du problème clef de l’augmentation du taux d’épargne domestique, mais à court terme, l’espoir d’un changement significatif est irréel compte tenu des bas niveaux de revenus existants. Etant donné ces réalités plutôt rigides, quels sont les problèmes politiques clefs pour le développement de l’Afrique ? Dans ce monde globalisé il est clair que l’environnement économique international touche directement l’Afrique. Les prix des marchandises sont au delà du contrôle des décideurs politiques africains et les flux d’APD, le traitement de la menace de la dette peuvent être influencés seulement indirectement en maintenant une gestion économique domestique exemplaire. Les problèmes de l’APD et de la dette nécessitent l’assistance des partenaires de développement de l’Afrique.

29. Les problèmes de politique qui peuvent être abordés directement par les décideurs politiques africains concernent le taux d’épargne domestique et les flux d’apports étrangers autres que la conventionnelle APD : l’investissement étranger direct et les causes des fuites des capitaux. La stabilisation macro-économique stimulera l’épargne en créant un environnement économique où les agents privés peuvent planifier leur avenir avec confiance. De plus, un comportement gouvernemental prudent et une discipline fiscale devraient contribuer à accroître l’épargne.

30. La libéralisation financière devra théoriquement conduire à une épargne plus élevée par le jeu des hauts taux d’intérêts réels qui favorisent l’épargne. Cependant, la plupart des travaux empiriques montrent que l’effet des taux d’intérêt sur l’épargne est faible ou non-existant. On a découvert que le facteur le plus important pour l’épargne en Afrique était le niveau de revenu réel. Les très pauvres épargnent peu ou rien et le revenu doit augmenter au dessus du niveau de subsistance avant que les hausses de revenus se traduisent en hausse de l’épargne. Par exemple, il faudrait 18 années d’une croissance du PNB de 5.3% pour que l’Afrique sub-saharienne atteigne le palier de revenus à partir duquel de nouvelles hausses permettraient des taux d’épargne plus élevés. Il faut continuer la recherche pour mieux comprendre quels sont les facteurs qui déterminent les taux d’épargne dans l’Afrique sub-saharienne. La conception actuelle du lien entre taux d’intérêt et épargne montre que les gouvernements africains ou peu d’instruments politiques pour augmenter l’épargne à moyen comme à long terme tant que les revenus restent bas.

31. L’Afrique a souffert d’une fuite massive de capitaux, estimée à $22 milliards entre 1982 et 1991. A la fin de 1991, le ratio moyen de la fuite de capitaux par rapport à la dette était évalué à plus de 40% pour un échantillon de 18 pays pour lesquels des données étaient disponibles. Pour quatre pays, le taux excédait 60%. (Nigeria : 94.5% ; Rwanda : 94.3% ; Kenya : 74.4% et le Soudan : 60.5%).

32. On estime qu’un nombre d’officiels africains de premier rang, actuels et passés, détiennent d’énormes comptes nominaux en devises étrangères en dehors de leur continent. On estime que la plupart de ces atouts proviennent de recherches d’avantages personnels et d’activités de corruption. Quelles que soient les sources et où qu’elles se trouvent, ces ressources doivent être investies en Afrique. Il est difficile de savoir ce que les gouvernements africains peuvent faire pour obtenir la rapatriation de ces fonds et comment on peut persuader les pays dans lesquels ces comptes sont détenus d’apporter assistance.

33. L’investissement étranger direct est nécessaire comme forme non-créatrice de dette d’afflux d’apports. Mais l’expérience montre que la part de l’investissement étranger direct qui va vers l’Afrique est très petite et qu’elle favorise les pays riches en minéraux. L’investissement étranger direct en Afrique semble être pris dans un cercle vicieux car il nécessite un environnement économique hospitalier et une haute croissance durable. Cependant, l’investissement étranger direct est précisément nécessaire pour aider à créer cet environnement et à atteindre ce taux de croissance.

34. L’infrastructure humaine sous-développée exacerbée par l’émigration à l’étranger des Africains qualifiés et une faible infrastructure physique du continent décourage l’investissement étranger direct. Cependant il faudrait des investissements énormes pour développer une main d’oeuvre qualifiée et étendre les transports, les communications, l’énergie et l’infrastructure qui est liée. Les ressources du secteur privé domestique ne sont pas adéquates pour ces défis. L’investissement étranger direct pourrait être utile. Cependant compte tenu du grand volume d’investissement nécessaire et de la faiblesse des taux d’épargne domestique, des mécanismes spécifiques et des arrangements spéciaux peuvent être requis pour attirer l’investissement étranger direct vers ces secteurs. En outre des stratégies devront être mises au point pour augmenter la productivité et faire un usage judicieux des ressources domestiques ou étrangères qu’ils peuvent mobiliser pour relancer l’investissement et la croissance. Les pays africains devront approfondir et étendre leurs réformes tout en s’assurant que ce processus est soutien plus qu’il ne contraint. Dans ce contexte, il est important de reconnaître que les taux d’intérêt réels maintenus à un niveau élevé par la libéralisation financière sans un développement institutionnel suffisant pour protéger la compétition, des taux de change qui ne reflètent pas le manque réel de devises, ou qui enregistrent de grandes fluctuations, peuvent déformer les appels à l'investissements et les décisions. De la même manière, la libéralisation commerciale qui confère un avantage indu aux compétiteurs étrangers, n’ont pas conduit par le passé à une expansion de l’investissement domestique.

35. De plus, l’instabilité politique et civile, la faible capacité institutionnelle et les inefficacités n’ont pas constitué un climat propice à l’investissement. Ces conditions ont eu des conséquences négatives importantes pour la mobilisation et l’utilisation de ressources en Afrique, y compris l’augmentation de la fuite des capitaux. Il faudra donc leur accorder une attention urgente particulière.

 

III. Performance et viabilité économique des économies africaines.

36. En 1998, l’Afrique a connu sa quatrième année consécutive de croissance positive du PNB malgré le marasme financer et monétaire global. Mais on pourrait supposer que ce résultat favorable ne signifierait pas que l’économie africaine, en tant qu’agrégat, a franchi un seuil critique vers l'autosubsistance et la croissance réductrice de pauvreté. Pour que cela soit vrai il faudrait encore que l’environnement global et les chocs exogènes aient changé pour le mieux, de manière permanente, et/ou que les fondations domestiques d’un développement viable soient mises en place. Malheureusement, l’environnement global et les chocs exogènes ne changent pas en faveur de l’Afrique. L’ADP est stagnante ou déclinante et peu de progrès ont été réalisés pour réduire le fardeau de la dette. Les tendances protectionnistes persistent sur les principaux marchés africains et les conditions climatiques restent erratiques.

37. Les théories actuelles de la croissance isolent un groupe spécifique de variables et de facteurs qui constituent les fondamentaux de la croissance économique. La stabilité macro-économique et d’autres paliers sont nécessaires pour réduire les coûts de transaction, augmenter les retours sur investissement, réduire les risques des investisseurs, augmenter le capital humain, la compétitivité internationale et traiter le problème de la pauvreté et de l’inégalité. Afin de tester si l‘Afrique a construit la base d’un mouvement vers une croissance viable et réductrice de pauvreté il faut utiliser des critères d’évaluation multiples. Malheureusement, dans cette perspective, il n’existe pas d’indices composites d’ensemble, spécifiques à l’Afrique. Le chapitre III développe de tels indices, non seulement pour évaluer la performance actuelle et la politique économique mais aussi la viabilité de la croissance économique à moyen et long terme.

38. Un processus efficace d’évaluation demande un cadre large et cohérent qui reflète les aptitudes et les aspirations, actuelles et futures, des populations d’Afrique, les fonctions et les contraintes de leurs gouvernements. Il est généralement admis que le rôle économique général de l’Etat est d’améliorer durablement le bien être de ses citoyens, ce qui résume ses fonctions standard liées à la croissance et à la stabilité économique. Le bien-être humain est central dans la conception et la mesure du développement économique. D’une manière générale, on dira que les performances et les politiques économiques sont bonnes si leur impact sur le bien-être est à la fois positif et durable. Plus spécifiquement, un cadre d’évaluation devra se concentrer sur trois dimensions, à savoir, l’impact des politiques et de la performance sur le bien-être ; la cohérence des politiques avec les fonctions économiques désirables et possibles de l’Etat et la viabilité des politiques et de la performance.

39. La définition et la mesure du bien-être peuvent être envisagées de deux façons. D’abord en utilisant les éléments constitutifs du bien-être comme les niveaux de nutrition, les niveaux d’éducation et l’espérance de vie. Ensuite en utilisant les facteurs déterminants comme les niveaux de revenus et la disponibilité des services d’éducation et de santé. En pratique l’emploi simultané de ces deux critères est requis.

40. L’analyse du chapitre III utilise quatre éléments de mesure de la qualité de la vie : les niveaux de revenus, l’état de santé, le niveau d’éducation et les libertés politiques et civiles. On peut ainsi envisager le développement économique comme une hausse soutenue et durable des revenus, des améliorations dans l’état de santé et de l’éducation et dans l’élargissement des libertés des populations.

41. En Afrique, une manière de résumer l’objectif d’accroissement du bien-être qui est aussi une traduction en terme d’objectif principal de développement est de parler d’éradication de la pauvreté. On peut considérer que la pauvreté recouvre deux dimensions : la pauvreté matérielle (mesurée en terme de niveau de revenus) et la pauvreté humaine (mesurée en termes de santé, d’éducation et de libertés).

42. Il y a un consensus pour que l’Etat puisse et doive promouvoir le développement économique et par là le bien-être de ses citoyens. Dans une économie de marché, les fonctions économiques de base de l’Etat demandent qu’il maintienne la loi et l’ordre, garantisse la stabilité macro-économique et un environnement micro-économique compatible et stimulant, qu’il investisse dans les services sociaux de base (santé et éducation) et l’infrastructure (réseaux de transport et de communication) et protège les personnes vulnérables de l’environnement. Dans la mesure où ces fonctions élargissent l’espace économique pour une entreprise effective, efficace et pour la croissance et rendent les citoyens maîtres de leurs choix, protègent l’environnement pour les générations futures et aident le faible et l’exclu à vivre une vie sensée, elles ont un impact positif sur le bien-être.

 

IV. L’état du bien-être -- 1998

43. Le Chapitre III résume le bien-être des Africains en terme de revenus, de santé, d’éducation et de libertés—les quatre facteurs mentionnés ci-dessus. Pour les trois premiers d’entre eux, le revenu par tête, l’espérance de vie à la naissance, la mortalité infantile et le nombre d’adulte sachant lire, on mesure et on compare avec l’aide de données disponibles en utilisant les classements Borda. Il s’agit d’indices ordinaux où les scores des pays représentent la somme des classements qu’un pays obtient selon le niveau de chacune de ses variables dans l’indice de bien-être. (Ainsi chaque variable a un poids égal.) La somme des classements pour chaque pays en terme de PNB réel par tête, d’espérance de vie à la naissance, de mortalité infantile et d’illétrisme adulte forme le classement Borda. Les pays les meilleurs ont les scores les plus élevés, les pires les plus bas.

44. Pour les 46 pays pour lesquels on dispose de données complètes, on utilise les résultats pour classer les pays par indices et pour tester des corrélations entre les différents classements. On se concentre sur les 10 pays qui ont les scores les plus élevés et les 10 pays qui ont les scores les plus bas.

45. Les pays aux scores Borda les plus bas (dans l’ordre croissant Sierra Leone, Mali, Mozambique, Malawi, Ethiopie, Niger, Tchad, Gambie, Guinée-Bissau, Burkina Faso et Ouganda) viennent de toutes les sous-régions à l’exception de l’Afrique du Nord. Il s’agit principalement de pays tropicaux qui disposent de faibles ressources initiales. Il y a à la fois des grands et des petits pays. Huit d’entre eux sont enclavés dans les terres (Malawi, Mali, Niger, Ouganda, Ethiopie, Burundi, Burkina Faso et Tchad) bien que la signification de ce fait soit incertaine, puisque d’autres pays dans la même situation ont eu une bonne performance (comme le Botswana et le Zimbabwe). La plupart ont connu une instabilité politique récente. Bien que la relation précise entre le conflit et un bas niveau de bien-être ne soit pas quantifiable, la négligence envers le passé et la destruction des actifs sont des facteurs probables.

46. Les pays qui ont les scores les plus élevés (dans l’ordre croissant, Egypte, Gabon, Maroc, Cameroun, Botswana, Swaziland, Algérie, Cap Vert, Tunisie, Libye, Afrique du Sud, Ile Maurice et Seychelles) viennent principalement des sous-régions de l’Afrique du Nord et du Sud. Deux d’entre eux—le Botswana et le Swaziland—sont dans les terres. Les densités de population ne sont pas particulièrement élevées. Huit de ces pays ont connu des périodes de longue stabilité politique (tous sauf l’Afrique du Sud et l’Algérie).

47. La relation étroite entre le revenu et le bien-être est confirmée si l’on en juge par ces deux indices. Huit des dix pays les plus performants en terme de revenus par tête se situent dans les 10 premiers pays du classement Borda. (Les exceptions sont le Cameroun et le Swaziland présents dans ce dernier classement alors qu’en termes de revenus ils sont remplacés par le Gabon et la Namibie.) Les séries des dix pays au plus bas dans les deux classements se recouvrent pour cinq d’entre eux (Mozambique, Ethiopie, Sierra Leone, Burundi et Malawi). Cette relation suggère que les citoyens des pays à revenus par tête plus élevés sont plus susceptibles d’atteindre un meilleur bien-être. Ainsi les résultats tendent à montrer que les politiques qui visent d’abord à augmenter les revenus peuvent aider à améliorer le bien-être d’ensemble des communautés.

48. A propos de la relation entre bien-être et compétitivité, le classement Borda est comparé avec l’Indice de Compétitivité en Afrique qui a été calculé par le Forum Economique Mondial et le Harvard Institute for International Development. L’Indice de Compétitivité en Afrique consiste en une moyenne pondérée de six sous-indices qui concernent l’ouverture au commerce international, la taille et le rôle du gouvernement, les finances, l’infrastructure, la main d’oeuvre et les institutions. La corrélation statistique positive entre l’Indice de Compétitivité en Afrique et le classement Borda confirme que le bien-être et la compétitivité évoluent dans le même sens. On en conclut que les politiques qui développent la compétitivité des pays sont susceptibles de contribuer au bien-être de leurs citoyens.

49. Il a été affirmé qu’un des facteurs déterminants de l’investissement étranger direct comme de la fuite des capitaux est la perception du risque que les investisseurs associent aux pays individuels et aux groupes de pays. On peut s’attendre à ce que l’état du bien-être soit lié à l’investissement à cause de la relation croissance-investissement. De nombreuses organisations tentent de mesurer et de publier des informations sur le risque à l’investissement. Parmi elles, l’Institutional Investor Country Risk Ratings (IICRR) couvre 35 pays africains. Si l’on regarde les dix pays qui sont au bas du classement Borda et de l’IICRR ont trouve seulement deux pays communs (Sierra Leone et Mali). Néanmoins les dix pays au plus bas du classement IICRR sont des pays aux faibles performances dans le classement Borda, lorques ces dernières ont pu être mesurées. Les deux classements partagent sept de leurs dix premiers pays (Ile Maurice, Botswana, Tunisie, Afrique du Sud, Egypte, Maroc et Seychelles). Il semble que les pays qui ont un score plus élevé dans le classement IICRR sont aussi plus susceptibles d’avoir de meilleurs résultats en terme de bien-être.

 

V. Performance et viabilité économique

50. La question de la viabilité est un problème central en matières de performance économique et d’évaluation politique, ce qui explique pourquoi certains pays africains, qu’on désignait comme ayant de bons résultats sont sortis du groupe. La viabilité est définie selon trois attributs : la cohérence des résultats à court terme avec les buts à long terme ; la possibilité de répéter des résultats (positifs) observés dans le futur ; la mise en place de fondations pour le décollage et le maintien d’une vitesse de croisière. Les index de la CEA mettent l’accent sur des éléments clés de viabilité qui comprennent : indicateurs macro-économiques, diversification structurelle, dépendance, compétitivité/coût des transactions, et développement du capital humain. Les résultats sont également affectés par des facteurs non politiques tels que l’environnement économique international, les dotations initiales en ressources, les chocs externes (en termes de commerce, de flux financiers et de climat), de préférence des donateurs et des conflits civils et politiques. Ainsi, les index utilisés dans ce Rapport distinguent entre facteurs politiques et facteurs non politiques. Ces indicateurs seront affinés dans les éditions ultérieures du REA.

51. Trois indices utilisés ici ont été nouvellement créés par la CEA : l’Indice de la Performance Economique Annuelle, l’Indice de Viabilité Economique, et l’Indice de Politique Economique.

52. L’Indice de la Performance Economique Annuelle mesure l’amélioration ou le déclin dans la balance courante, l’inflation et le revenu par tête. (Il s’agit seulement d’une mesure annuelle). Ses résultats peuvent être présentés selon deux perspectives différentes : celle de la performance du pays ; et celle de la population à qui bénéficie cette performance ou qui est négativement affectée par le déclin. Trente-deux des 50 pays africains pour lesquels on dispose de données ont connu une amélioration en 1998. Dix-sept pays seulement se trouvent en plus mauvaise situation. Cependant seules les sous-régions de l’Afrique du Nord et de l’Afrique Centrale ont connu un progrès significatif en 1998. Rien n’a changé à la base en Afrique du Sud et les sous-régions de l’Est et de l’Ouest ont enregistré un déclin (pour l’Ouest l’influence de la performance du Nigeria fut lourde). Quatorze pays se retrouvent avec des classements négatifs, dont cinq parmi les 11 pays exportateurs de pétrole (Gabon, Libye, Angola et Nigeria).

53. Il est important de noter que quatorze des pays aux scores les plus bas ont récemment enregistré ou connaissent actuellement une forme de conflit civil ou de soulèvement social. Du point de vue des parts de population affectées par les pertes et les gains – par l’analyse des groupes – l’indice de la performance économique annuelle dresse un tableau mitigé. Pour la majorité de la population d’Afrique, il y a eu peu, voire aucune, amélioration des conditions économiques. Cela tient au fait que la majorité de la population vit dans des pays qui ont eu de mauvais résultats selon cet indice, en grande partie à cause de l’évolution négative du prix des produits de base. L’analyse souligne la vulnérabilité des économies africaines aux chocs exogènes économiques et non économiques.

54. Afin de compléter la vue de court-terme de l’Indice de la Performance Economique Annuelle, l’Indice de Viabilité Economique a été conçu comme une mesure du potentiel d’un pays à maintenir une performance économique de long terme. L’Indice de Viabilité Economique est actuellement composé de 21 indicateurs différents qui couvrent cinq catégories : le développement en capital humain, la diversification structurelle, la dépendance, les coûts de transaction et les aspects macro-économiques de la viabilité économique. Dans des rapports futurs on ajoutera d’autres indicateurs afin d’accroître l’utilité de cet indice en tant que ressource d’information.

55. Les cinq premiers pays pour l’indice de viabilité économique sont la Guinée Equatoriale, l’Afrique du Sud, le Botswana, Maurice et la Tunisie. Il est remarquable que trois de ces pays (Afrique du Sud, Botswana et Maurice ) bénéficient d’un haut niveau de dotation en ressources. La Guinée Equatoriale, qui a enregistré une performance impressionnante ces dernières années grâce à une soudaine explosion du pétrole, doit encore approfondir et élargir ces paramètres de développement afin de confirmer sa capacité au développement durable. Des données complémentaires sur la diversité structurelle et les coûts de transaction pour le Botswana et la Guinée Equatoriale rendraient les résultats plus solides.

56. Les pays de bas de classement pour l’indice de viabilité économique ont une histoire de conflit civil (Sierra Leone, Niger, Bénin, Ouganda, République Centrafricaine et Rwanda). En termes de sous-régions, les sous-régions du Sud et du Nord de l’Afrique ont des scores considérablement plus élevés que l’Afrique Centrale. Les sous-régions de l’Est et de l’Ouest de l’Afrique figurent en bas de classement. Plus de deux-tiers des pays ont une faible viabilité économique—petits ou grands pays, riches ou pauvres en ressources, avec des bonnes ou des mauvaises politiques—dans toutes les parties de l’Afrique à l’exception du Maghreb.

57. L’Indice de Politique Economique mesure l’adéquation de la politique monétaire et fiscale du gouvernement. Les indicateurs touchent au budget, à la fiscalité, à la croissance monétaire et aux taux d’intérêt. L’information est incomplète et ne couvre que seulement 33 pays. Comme pour l’Indice de Viabilité Economique on note les pays de 1 à 10 après comparaison avec la moyenne des trois meilleurs. L’Ethiopie, l’Egypte, le Congo (République), les Seychelles et l’Afrique du Sud se classent les cinq premiers de ce classement. A l’exception du Congo (République), le parti pris politique de tous ces pays a reçu une forte approbation de la Banque mondiale. Aucun pays n’a obtenu le meilleur score de 7. Les deux meilleurs pays (Seychelles et Afrique du Sud) ont obtenu un score d’un peu plus de cinq. Dans l’analyse par groupes, on constate, néanmoins, qu’environ un tiers des pays ont obtenu un score qui les a placés dans le groupe qui connaît de bonnes performances et que seulement une poignée de pays ont été jugés pauvres. Cela suggère que l’accent mis sur la réforme politique dans les années récentes a entraîné un progrès significatif, même s’il reste du chemin à parcourir.

 

VI. L’inter-relation entre les indices

58. L’Indice de Politique Economique mesure l’adéquation de la politique monétaire et fiscale du gouvernement. Les indicateurs touchent au budget, à la fiscalité, à la croissance monétaire et aux taux d’intérêt. L’information est incomplète et ne couvre que seulement 33 pays. Comme pour l’Indice de Viabilité Economique on note les pays de 1 à 10 après comparaison avec la moyenne des trois meilleurs. Aucun pays n’a obtenu le meilleur score de 7. Les deux meilleurs pays (Seychelles et Afrique du Sud) ont obtenu un score d’un peu plus de cinq. Mais dans l’analyse par groupes, on constate qu’environ un tiers des pays ont obtenu un score qui les a placés dans le groupe qui connaît de bonnes performances et que seulement une poignée de pays ont été jugés pauvres. Cela suggère que l’accent mis sur la réforme politique dans les années récentes a entraîné un progrès significatif, même s’il reste du chemin à parcourir.

 

VII. Observations finales et implications politiques

59. L’application pilote des indices pour 1998 a été limitée à des variables quantifiables et pour lesquelles des données existent. Même ce modeste effort a produit des résultats intéressants.

60. Alors que quatre pays (Botswana, Maurice, République d’Afrique du Sud et Guinée Equatoriale) obtiennent de bons score sur l’indice de viabilité économique, seulement trois d’entre eux – Botswana, Maurice et la République d’Afrique du Sud satisfont les conditions minimum pour maintenir la croissance et le développement. Ces pays bénéficient d’un fort taux de développement de capital humain et ont des économies plutôt bien diversifiées et des coûts de transactions bas. La Guinée Equatoriale obtient un classement élevé sur l’indice de viabilité économique malgré la non-diversification de son économie, grâce, en grande partie, à de forts indicateurs macro-économiques de viabilité – soutenus par les revenus du pétrole depuis le début des années 1990.

  1. Bien que l’on trouve dans le groupe des "bonnes" performances 12 pays représentants

environ 25% de la population de l’Afrique, huit d’entre eux (Voir tableau AIII.16) ont de pauvres perspectives de viabilité de la croissance, d’après l’analyse par groupes de l’Indice de Viabilité Economique. Quatre pays seulement (Guinée Equatoriale, Ile Maurice, Maroc, Egypte) ont amélioré sensiblement leur performance en 1998 et diposent d’un environnement plus-que-minimal pour maintenir une telle performance. De manière alarmante, sept pays (voir tableau AIII.16) qui étaient classés "pauvres" aussi bien pour leur performance qu’au vu de leur capacité à faire durer celle-ci, représentent 27% de la population du continent. Il reste une vulnérabilité aux facteurs externes ainsi qu'aux facteurs non-économiques qui, combinés à la lutte civile interne sont la cause d'une performance appauvrie.

 

62. Il est d’une importance singulière de souligner le fait que la performance d’une économie pour une année particulière n’indique pas sa force générale ni son potentiel de long terme. C’est d’autant plus significatif pour les économies d’Afrique que beaucoup d’entre elles sont sensibles aux chocs exogènes qui pourraient avoir un impact négatif sur leur performance positive d’une année à l’autre. Les pays africains ont donc besoin de prendre des mesures effectives afin de planifier et d’atténuer les effets handicapants des phénomènes naturels et environnementaux négatifs, par une meilleure compréhension scientifique et politique et par des programmes actifs afin d’utiliser la science et la technologie pour résoudre les contraintes qui pèsent sur l’environnement et les ressources naturelles. L’Afrique doit également trouver des moyens de gérer les catastrophes naturelles et celles provoquées par les hommes, particulièrement le fléau des guerres civiles et des conflits, l'épidémie de VIH/SIDA qui ont sapé la viabilité du développement.

  1. Les résultats de cette analyse sont en phase avec ceux de l’étude de Collier et al. (1997a) sur les conditions considérées comme nécessaires à la croissance, c’est-à-dire un degré minimal de stabilité sociale, un degré minimal de stabilité macro-économique et un degré minimal d’efficacité en matière d’allocation des ressources. En utilisant une série de filtres l’étude a trouvé : six pays sans paix (Angola, Burundi, Liberia, Rwanda, Somalie et Soudan) ; 13 pays (voir le paragraphe 156 du REA pour la liste) qui remplissaient les conditions minimales de stabilité sociale mais ne pouvaient atteindre celles de la stabilité macro-économique minimale, et huit pays (voir le paragraphe 156 du REA) qui remplissaient les deux premières conditions mais échouaient sur le critère de l’efficacité d’allocation des ressources. Onze pays (voir le paragraphe 156 du REA), représentants 23% de la population d’Afrique, remplissaient les trois conditions. L’étude de Collier s’appuyait sur des données de 1996. On peut estimer qu’à peine 15% de la population africaine vit aujourd’hui dans un environnement minimalement adéquat pour la croissance et un développement viable.
  2. La fréquence avec laquelle les pays entrent et sortent de la liste des "bons" ou des "hauts"

compétiteurs est problématique. Si les politiques sont très importantes, elles sont certainement insuffisantes pour "maintenir" le développement durablement. La malheureuse négligence des variables de viabilité économique -- macroéconomiques (épargne-investisement et exportations), le capital humain, les institutions, la diversification structurelle, les coûts de transaction et la compétitivité, aussi bien que l’équilibre environnemental et écologique -- doivent avoir été la principale cause de la performance économique fragile de l’Afrique à travers le temps.

65. Pour la plupart des pays africains qui sont sur la pente du rétablissement, la viabilité de la croissance et du développement est très basse. L’erreur centrale des deux dernières décennies a été de se concentrer sur la stabilistion macroéconomique alors que "la capacité, les éléments structurels et institutionnels" étaient négligés. Pour réussir la stabilisation il fallait supprimer des dépenses nécessaires pourtant pour construire des institutions et l’infrastructure requises et pour investir dans le développement en capital humain et à son maintien dans le pays. Des politiques à objectif double de stabilité économique et de renforcement de la viabilité économique n’ont pas été conçues ou adoptées ou n’ont pas été mises en oeuvre. Il s’agit là de tâches urgentes

66. L’analyse et les processus d’élaboration des indices de performance, de viabilité et de politique révèlent les nombreux défis auxquels sont confrontés les décideurs politiques lorsqu’il s’agit de faire avancer le développement de l’Afrique : mettre en oeuvre et maintenir les réformes économiques, le développement du capital humain, la diversification de l’économie, le développement institutionnel, la compétitivité et la capacité de l’économie à générer des ressources internes, etc. Ces défis demandent des réponses politiques appropriées de la part des décideurs politiques africains. Alors que ce Rapport se concentre sur des indices clés de performance économique et de viabilité qui ont été mis au point par la CEA, les éditions ultérieures affineront ces indices et, en outre, examineront les problèmes clés pour l’Afrique qui sous-tendent tel ou tels composants d’un indice de viabilité donné. L’objectif ultime est d’aider à ce que le conseil politique se concentre sur les problèmes structuraux à long terme tout en répondant aux problèmes qui se posent à court terme et aux mesures qui ont eu tendance à dominer le discours des politiques économiques.


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