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Speeches and Writings for 1998
SOIXANTE-HUITIEME SESSION ORDINAIRE DU

CONSEIL DES MINISTRES DE L'ORGANISATION DE L'UNITE AFRICAINE ALLOCUTION DE

MADAME LALLA BEN BARKA
SECRETAIRE EXECUTIF ADJOINT DE LA CEA

OUAGADOUGOU
JUIN 1998

Excellence Monsieur le Président,

Excellence Monsieur le Secrétaire Général de l'Organisation de l'Unité Africaine,

Messieurs les Ministres,

Messieurs les Ambassadeurs et Membres du corps diplomatique,

Honorables invités,

Mesdames et Messieurs,

 

C'est pour moi un réel plaisir et un insigne honneur de m'adresser à cette auguste assemblée au nom du M. K. Y. Amoako, Secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique qui, à son grand regret, ne peut prendre part aux travaux des présentes assises. M. Amoako pour des raisons de famille très douloureuses ne peut en effet être là aujourd’hui comme il l’aurait souhaité et comme il l’a déjà fait à toutes les réunions des ministres des affaires étrangères de l’OUA depuis sa nommination à la tête de la Commission économique pour l’ Afrique en 1995. Il vous prie de bien vouloir l’en excuser.

Vous me permettrez de remercier le Président Blaise Compaore, son Gouvernement et le Peuple burkinabé pour l’accueil chaleureux qui a été reservé à la délégation de la CEA.

Cette conférence se tient à un moment où, pour la troisième année consécutive, on note avec satisfaction les signes d’une reprise économique sur le continent. En effet, les chiffres révisés situent la croissance de l'économie africaine à environ 4 pour cent en 1996, les estimations quasi définitives pour 1997 et les projections pour 1998 sont plus qu’encourageantes  même s’il est permis d 'anticiper que la crise qui a frappé les économies de certains pays asiatiques ne sera pas sans conséquence pour les économies africaines.

Cette performance remarquable de l'économie africaine est due en partie à une conjoncture favorable sur le marché où les prix de certains produits d’exportation africains ont connu un léger mieux. Mais la bonne tenue des économies africaines est surtout le fruit de la poursuite avec persévérance de courageuses réformes économiques dont les résultats devraient être consolidés pour asseoir une croissance soutenue, gage d’un développement durable. En effet, les ajustements de taux de change, la maîtrise de l'inflation, la réforme des entreprises publiques et une ouverture plus grande au secteur privé ont contribué à créer un climat favorable aux investissements en améliorant la compétitivité des économies africaines et en remédiant aux rigidités structurelles dont souffraient ces dernières. Cela n’a cependant pas suffi à accroître le flux des investissements dans le secteur réel de nos économies et à améliorer la situation de l’emploi et du bien-être social: la pauvreté d’une bonne partie de nos populations continue d’être une préoccupation majeure. Près de la moitié de la population africaine risque de vivre en dessous du seuil de pauvreté avec moins d’un dollar par jour en l’an 2000. Les vingt derniers pays de la classification du PNUD basée sur l’indice de développement humain sont malheureusement africains.

Malgré les efforts louables de nos pays et la nette amélioration de leur cadre macro-économique avec le redressement des divers agrégats , des zones d’ombre continuent d’affecter l’embellie actuelle.

Il y a tout d'abord le poids écrasant de la dette extérieure africaine. A la fin de 1997 on estimait à environ 315 milliards de dollars des Etats-Unis la dette totale de l'Afrique. Consciente de ce que le service de cette dette obère indûment les perspectives de croissance des économies du continent et en réponse à l’insistance des pays africains, la communauté internationale a multiplié au cours des dernières années les initiatives pour alléger le fardeau. Au nombre de ces initiatives, on peut citer celle qui concerne les pays pauvres lourdement endettés initiée par les institutions de Breton Woods, la Banque africaine de développement et des donateurs bilatéraux. Malgré l'utilité indéniable de ces initiatives, force est de constater que l'objectif d'allégement sensible de la dette est loin d'être atteint. Les efforts doivent donc être poursuivis. L'OUA, la BAD et la CEA devraient continuer à rechercher en commun et en concertation avec les partenaires de l'Afrique, des solutions novatrices à ce problème complexe ; c’est le sens de la déclaration publiée par le Secrétaire général de l’OUA, le Président de la BAD et le Secrétaire exécutif de la CEA à l’occasion de leur huitième réunion consultative tenue à Abidjan, Côte d’Ivoire le 23 janvier 1998. Dans le même ordre d’idées, il conviendrait peut-être de redonner vie au Groupe de contact sur la dette africaine.

La deuxième zone d’ombre sur l’embellie actuelle de nos économies reste le peu d'attraction qu'elles exercent sur l'investissement direct étranger. L'Afrique continue à n'attirer que moins de 2 pour cent de l'investissement direct étranger, soit 5,3 milliards de dollars des Etats-Unis en 1996. C'est le signe que notre compétitivité dans ce domaine reste en-deçà de celle des autres continents. Les réformes macro-économiques en cours doivent donc être poursuivies, mais nous ne devons toutefois pas perdre de vue d’autres facteurs déterminants de la compétitivité, en l’occurrence le développement des infrastructures de transport et de communication, de l’énergie et de la recherche, ainsi que le développement des ressources humaines. Nous devons redoubler nos efforts dans ce domaine avec une attention particulière sur les infrastructures régionales . Elles ont la vertu synergétique d’accroître l’efficacité à la fois de nos échanges régionaux et de notre participation à une économie mondiale en pleine globalisation. L’expérience montre que c’est de la qualité des infrastructures et de leur densité que dépend la capacité d’un continent à attitrer les investissements. C’est dans ce sens que la CEA continue de promouvoir les objectifs de la Décennie des transports et des communications en Afrique et qu’elle a lancé en mai 1996, avec votre accord, l’Initiative africaine à l’ère de la société de l’information (AISI). Il nous faut dans ces domaines stratégiques des orientations claires et des programmes soutenus pour que l’Afrique entre de plain-pied dans le monde du 21ème siècle comme un partenaire à part entière. Nos pays doivent sans doute compter sur leurs propres moyens d’abord, mais il est aussi nécessaire qu’ils continuent d’être soutenus par la communauté internationale. Les flux de ressources vers le continent ont dans l’ensemble stagne ou baisse au moment où nous en avons le plus besoin pour bâtir notre compétitivité .Cette tendance devrait être renversée si nous devons développer les infrastructures et les ressources humaines dont nous avons grand besoin pour la croissance de nos économies mais aussi pour la rentabilité des investissements réalisés dans nos pays. Il est donc plus que jamais important que la voix de l’Afrique se fasse entendre dans les grandes négociations internationales sur les questions du commerce, de la dette et des flux de ressources, dans l’enceinte de l’Organisation du Mondiale du Commerce (OMC) comme celles des autres institutions internationales et au TICAD.

L'intégration de nos économies dans l'économie mondiale pour inéluctable qu'elle puisse paraître doit se faire sur la base de nos propres intérêts. Les compromis que nous devons négocier au sein de l'OMC doivent tenir compte du niveau de développement de nos économies qui nécessite l'application des clauses de traitement différentiel et de sauvegarde dont nous avons objectivement besoin pour nous ajuster. C'est du reste dans ce sens que l'Initiative intégrée en faveur des pays les moins avancés a été adoptée à la Réunion de haut niveau tenue en octobre dernier suite à la décision prise par la Première Conférence ministérielle de l'OMC à Singapour en 1996. Nous devons veiller à l'application de cette initiative à nos pays puisque 33 des 48 PMA sont malheureusement africains et que le niveau de développement des autres pays du continent n'autorise pas une discrimination négative dans ce domaine.

La sauvegarde du processus d'intégration régionale au sein de la Communauté economique africaine et de nos communautés economiques régionales est tout aussi importante. Nous devons sans tarder procéder aux déclarations prévues à l'OMC et aux négociations qui s'imposent pour concilier nos engagements à l'OMC et les traités de nos institutions d'intégration régionale.

Seule une connaissance profonde des accords et mécanismes de l'OMC nous permettra de tirer partie des accords auxquels nous avons souscrit, de les appliquer en connaissance de cause et de veiller à ce que les recours abusifs aux mesures anti-dumping, aux barrières techniques, sanitaires, phytosanitaires et environnementaux ne nuisent à l'accès de nos produits aux marchés des pays partenaires.

Pour sa part, la CEA fait de son mieux, pour assister nos pays à mieux comprendre les accords de Marrakech et à assurer la mise en place de capacités de négociation et d'application conformément aux décisions de la Première Conférence internationale sur l'Afrique et les Accords de l'Uruguay que nous avons organisée à Tunis au lendemain de Marrakech.

D'autres négociations d'importance se profilent à l'horizon. Je me limiterai à évoquer celles du renouvellement de la convention de Lomé. Les enjeux de ces négociations sont de taille. D'autres voix plus autorisées que la mienne ont, au cours des réunions d'Addis Abeba et de Lomé ainsi que du Premier Sommet ACP à Libreville, défini la position africaine et celle des ACP. Comme nous l'avons souligné dans le document que nous avons présenté à la 1ère conférence des ministre du commerce de la communauté économique africaine à Hararé en 1998 , l'Afrique doit aller aux négociations en rangs serrés. La solidarité en notre sein et au sein des ACP doit être sans faille.

Pour ma part, je voudrais vous assurer de la sollicitude et de l'engagement constante de la CEA à vos côtés. Avec le secrétariat de l'OUA et la BAD, nous avons entrepris d'analyser les aspects techniques de la négociation et d'appuyer vos équipes de négociateurs. Il est important que nous soyons aussi bien préparés que nos partenaires.

La préparation de TICAD II est également au centre de nos préoccupations. Il est heureux que les réunions préparatoires de ces importantes assises aient retenu dans l'ordre du jour de la Conférence les priorités que l'Afrique s'est définies, notamment dans la déclaration du Caire.

La CEA et ses partenaires du secrétariat conjoint se sont engagés avec les pays africains à ce que les résolutions issues de cette conférence aboutissent à des décisions concrètes et à des programmes concrets. La qualité des préparatifs en cours sera déterminante à cet égard.

Permettez-moi, à cette étape, de saluer le gouvernement japonais pour avoir pris cette heureuse initiative et surtout pour la qualité de leur partenariat avec nos pays.

La conjonction de TICAD avec d'autres initiatives dont celle des Etats Unis d'Amérique permet d'affermir et de préserver cette chaîne de solidarité dont l'Afrique a particulièrement besoin.

Excellence Monsieur le Président,

Excellence Monsieur le Secrétaire Général de l’OUA,

Messieurs les ministres,

Pour que l’Afrique puisse poursuivre son redressement économique durablement et fasse profiter ses populations des fruits de la croissance retrouvée, elle aura besoin de stabilité. Les nombreux conflits qu’ont connus tant de pays de notre continent au cours des dernières années, outre les pertes irréparables en vies humaines et les dégats matériels considérables qu’ils ont coccasionnés, ont contribué à disloquer les sociétés qui en ont été les victimes. C développeres conflits ont ralenti la marche de l’Afrique vers la démocratie et diverti des ressources déjà rares vers l’achat d’armes ou d’autres dépenses à l’utilité discutable. L’Afrique ne pourra se prémunir de conflits aussi dévastateurs à l’avenir que si elle s’attaque aux causes profondes de tels conflits. Comme l’a indiqué le Secrétaire général des Nations Unies dans son rapport intitulé : Les causes des conflits et la promotion d’une paix et d’un développement durables en Afrique, on observe aussi bien des causes internes que des causes externes aux conflits naissants en Afrique. Même si nous ne pouvons pas toujours avoir de réponse appropriée aux causes externes des conflits, en tentant d’atténuer les méfaits des causes internes, nous pouvons aider à réduire les risques de résurgence des conflits en Afrique.  Le bilan du Mécanisme de prévention, de gestion et de résolution des confilts de l’OUA a prouvé que les pays africains avaient à coeur de s’impliquer efficacement dans cette action qui les concerne au premier chef. Mais si l’Afrique doit accorder la priorité à la prévention des conflits, elle n’en doit pas moins prendre des mesures pour recréer les conditions d’une vie normale dans les pays où des conflits n’ont pu être évités et qui attendent une action de réconciliation, de réhabilitation, de reconstruction et de redémarrage du développement.

Il s’agit là d’un domaine où, en conjuguant leurs efforts, l’OUA, la BAD et la CEA peuvent beaucoup faire et aider à la définition d'un cadre unique d'intervention des partenaires qui veulent aider. Je me rejouis de la plus récente des initiatives que nous avons prise dans ce sens, à savoir la mission que nous venons de mener conjointement avec l'OUA en Sierra Leone pour définir les besoins de reconstruction de ce pays. Elle a bien heureusement coïncidé avec une mission de la BAD. Ces missions déboucheront, sans nul doute, à des programmes d'assistance et de sensibilisation sur la détermination du gouvernement Sierra Léonais à définitivement tourner la page.

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire Général de l’OUA,

Messieurs les Ministres,

L'embellie que l'on observe sur le front de l'économie ne signifie pas loin de là, que nos pays sont à même de faire face individuellement à la concurrence internationale qui se fait chaque jour plus rude : le fait que des pays autrement puissants économiquement cherchent à regrouper leurs forces prouve à suffisance la pertinence de l'intégration de nos économies. A cet égard, l'entrée en vigueur du Traité d'Abuja il y a quatre ans a marqué une étape importante sur la voie de l'intégration.

L'Assemblée des Chefs d'Etat et de Gouvernement de l'OUA a confié aux trois organisations continentales que sont l'OUA, la CEA et la BAD une responsabilité commune en matière de soutien au processus de mise en place de la Communauté économique africaine. Pour s'acquitter de cette tâche et en plus de la restructuration interne qu'elles ont entreprises pour améliorer leur aptitude à répondre aux besoins de l'Afrique, ces trois organisations réunies au sein du Secrétariat conjoint ont entrepris au mois de janvier dernier de renforcer leur collaboration. De nouvelles méthodes de travail du Secrétariat conjoint ont été adoptées et de nouveaux domaines de coopération identifiés, chaque organisation se voyant attribuer des tâches spécifiques. Pour être menée à bien, la mise en oeuvre du Traité d’Abuja devra passer par le renforcement des communautés économiques régionales dont certaines ont besoin d’un vigoureux soutien pour être à même de jouer le rôle que leur a assigné le Traité.

A cet égard, qu’il me soit permis de rappeler brièvement les activités récentes ou envisagées par la CEA, et ce en concertation avec nos partenaires privilégiés que sont l’OUA et la BAD, pour contribuer au renforcement des communautés économiques régionales. Nous avons tout récemment complété une étude sur la mise en place d’un mécanisme de financement autonome au sein de COMESA. Une étude similaire va être entreprise prochainement pour le compte de la SADC. Nous allons aussi entreprendre une étude sur la création par COMESA d’un mécanisme de compensation des pertes de recettes liées à la libéralisation des échanges. Par ailleurs la CEA a été chargée, comme vous le savez, par la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEEAC de préparer un programme de relance de cette organisation qui a été gravement affectée par le contexte politique prévalant en Afrique centrale au cours des cinq dernières années. Tout en s’honorant de la confiance qui lui a été ainsi témoignée par les Etats membres de la CEEAC, la CEA s’attachera à proposer un programme réaliste centré sur des domaines susceptibles de recréer la dynamique de l’intégration dans la région.

Sur le plan bilatéral, le Secrétaire général de l'OUA et le Secrétaire exécutif de la CEA ont récemment mis en place un comité ad hoc chargé d'explorer les moyens d'insuffler une vigueur renouvelée à la coopération mutuelle entre leurs deux organisations. Les travaux et recommandations de comité permettront de renforcer la complémentarité entre nos deux organisations afin de mieux utiliser les ressources mises à leur disposition et d’augmenter l’impact de leur action. Cette approche a été récemment confortée par la réunion conjointe de l’OAU et du système des Nations Unies tenue du 6 au 8 mai dernier à Addis Ababa. Cette rencontre a mis en place un mécanisme de consultation qui devrait permettre de mieux coordonner les activités du système des Nations Unies et celles que mène l’OUA.

Monsieur le Président,

Messieurs les Ministres,

Honorables invités,

Mesdames et Messieurs,

Comme vous le savez, la CEA vient de célébrer son quarantième anniversaire sous le signe de "La femme africaine et le développement: investir dans notre avenir". Ce thème de notre conférence commémorative a permis aux nombreux participants venant des horizons les plus divers de confronter leurs expériences et leurs idées non seulement sur le rôle de la femme dans le développement de notre continent, mais plus généralement sur les facettes multiples de la grande aventure de la transformation de nos sociétés. D'importantes décisions ont été prises à cette conférence, notamment la mise en place de deux fonds : un fonds pour appuyer le lancement du programme du comite des femmes africaines pour la paix et un autre fonds Femmes et développement pour soutenir la mise en oeuvre des résolutions de la conférence. Je voudrais vous exhorter à contribuer généreusement à ces deux fonds.

Je voudrais terminer mon propos en adressant au Président Blaise Compaoré et à son gouvernement nos plus vifs remerciements pour l'appui qu'ils n'ont cessé d'apporter à la CEA et rendre un hommage particulier au Président Blaise Compaore qui nous a fait l’honneur de participer à la conférence commémorative du 40ème anniversaire de notre Commission. Nous lui en sommes infiniment reconnaissants.

Je souhaite plein succès à ces assises et vous remercie de votre aimable attention.

Thank you.

Peter K.A. da Costa
Senior Communication Adviser
Economic Commission for Africa (ECA)
United Nations
P.O. Box 3001 (official mail)
Addis Ababa
Ethiopia
Tel: +251-1-51 58 26
Cell: +251-9-20 17 94
Fax: +251-1-51 03 65
E-Mail: dacosta@un.org
dacosta@igc.apc.org Web: http://www.un.org/depts/eca

 

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