Introduction
1. La pauvreté aiguë et croissante que connaît l'Afrique australe et orientale, décrite dans le document de travail de la présente conférence, exige de toute urgence que l'accès aux services sociaux de base soit donné à tous, mais en particulier aux enfants et aux femmes, qui sont particulièrement frappés par ses pires effets. Il est communément admis que l'investissement dans les services sociaux de base est la clé du développement humain durable. Par ailleurs, il est de plus en plus reconnu que l'accès aux services de base est un droit de l'homme. Pourtant, les progrès en matière d'accès à des services de base de qualité sont minimes et dispersés en Afrique australe et orientale depuis le milieu de la décennie et les reculs sont nombreux. Le présent document synthétise certains aspects de ces progrès en mettant un accent particulier sur la santé, la nutrition et l'éducation ainsi que sur les objectifs sociaux relevés dans les documents de travail.
2. Certains points relatifs aux données et à la portée du document sont légitimes. 1) Il serait instructif de collecter des données tendancielles sur les principaux indicateurs sociaux depuis 1995, l'année du Sommet social, mais pour beaucoup d'entre, cette tâche est tout simplement impossible. En effet, comme nous allons le montrer, l'attention et l'investissement que supposent la collecte et l'utilisation stratégique des données sociales font cruellement défaut en Afrique australe et orientale. 2) L'analyse sectorielle proposée ici est d'ordre purement pratique et ne revient nullement à nier les relations étroites et évidentes qui existent entre les secteurs ou l'importance des approches intersectorielles. 3) De manière générale, les données fournies ici sont basées sur celles qui correspondent à la région de l'Afrique australe et orientale, selon la définition de l'UNICEF, ce qui englobe les pays figurant aux Tableaux 1 et 2.
Mortalité et espérance de vie
3. Le taux de mortalité infantile (TMI) et le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans (TMM5), reflets d'une foule de facteurs sociaux, économiques et liés aux services de base, ont également une grande influence sur l'espérance de vie à la naissance. Dans les années 80, les pays de la sous-région ont enregistré en moyenne une baisse significative de ces deux taux, le secteur public et les donateurs ayant concentré leurs efforts sur une série précise de programmes relatifs à la survie de l'enfant, notamment les campagnes de vaccination, de réhydratation par voie buccale pour freiner la mortalité due aux diarrhées, de promotion de l'allaitement naturel et autres. Cependant, depuis le milieu des années 90, la mortalité des nourrissons et des enfants connaît une augmentation sérieuse, causée essentiellement par les effets du VIH/SIDA. Au Kenya par exemple, la dernière enquête démographique et sanitaire révèle que la mortalité infantile s'est non seulement accrue de près de 40% entre la fin des années 80 et le milieu des années 90, mais continue d'augmenter. De même, en Zambie, le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans est passé de 122 pour 1000 naissances vivantes en 1990 à 202 en 1997 (tableau 1). Au Botswana, on prévoit que ce taux passera de 45 pour 1000 en 1991, un des taux les plus faibles de la sous-région, à 148 pour 1000 en 2010, ce qui entraînera une baisse correspondante de l'espérance de vie de 67 à 52 ans, remettant en cause les acquis des investissements sociaux de toutes sortes. L'ONUSIDA prévoit que d'ici à l'an 2005, le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans passera, en Namibie, à 72 pour 1000 contre 45 pour 1000, n'eût été l'incidence du SIDA.
4. Le VIH/SIDA a donc déclenché en Afrique australe et orientale une crise aux proportions vertigineuses. Il efface de manière efficace et totale les acquis liés aux efforts visant à assurer la survie des enfants et aux autres programmes de développement des gouvernements et de leurs partenaires et on n’insistera jamais assez sur ses effets. Sur les trois millions d’enfants infectés par le VIH depuis le début de la pandémie, quelque 90% sont nés en Afrique, dont la grande majorité en Afrique australe et orientale. Selon l'ONUSIDA, à moins que des mesures ne soient prises de toute urgence, le SIDA pourrait augmenter le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans de plus de 100% d'ici à 2010 dans au moins huit pays de la sous-région.
5. Depuis le début de la décennie, l'espérance de vie a baissé au Botswana, au Kenya, au Malawi, en Ouganda, en Tanzanie, en Zambie et au Zimbabwe, le VIH/SIDA étant certainement l'un des principaux facteurs de cette tendance malheureuse. (L'espérance de vie a également baissé au Rwanda depuis 1995, mais là ce sont les effets de la guerre civile qui en sont probablement le facteur prédominant). On estime que plus de 20% des femmes en grossesse dans ces pays - plus de 40% au Botswana - sont séropositives et, à moins que la prévention primaire axée sur les jeunes ne puisse inverser cette tendance, il est difficile de voir comment les taux de mortalité pourraient baisser. Les chiffres du Tableau 2, relatifs à la mortalité infantile, n'en donnent pas une image complète puisque certains pays n'ont pas mené d'enquête sur ce phénomène depuis le début de la décennie ; mais il est très probable que les chiffres concernant la Zambie et l'enquête menée très récemment au Kenya augurent des taux à venir.
Santé et nutrition
6. L'investissement public consacré à la santé et à la nutrition dans la sous-région reste insignifiant au regard de l'ampleur des problèmes à résoudre. Dans les quinze pays de l'Afrique australe et orientale dont les données figurent dans le récent Rapport sur le développement dans le monde 1998-99 de la Banque mondiale, les dépenses que le secteur public consacre à la santé en pourcentage du PNB ont été en moyenne de 2,5% et ne dépassent dans aucun pays 4,6% du PNB.
7. Le SIDA a entraîné une très nette détérioration de ce secteur. Les soins apportés aux personnes souffrant du SIDA ont submergé les services de santé dans plusieurs pays de la sous-région et les compétences en place ont été décimées par la mortalité liée au SIDA au sein du personnel de la santé. Là encore, on ne dira jamais assez l'impact négatif du VIH/SIDA sur les services de santé et sur la détérioration du secteur de la santé dans la sous-région depuis 1995.
8. Il convient de rappeler que dans les pays riches de l'Europe et de l'Amérique du Nord, on cite de plus en plus d'exemples de victoires de la santé publique sur le VIH/SIDA. Des traitements médicaux permettent de prolonger la vie ou d'améliorer la qualité de vie des personnes atteintes du SIDA et de maîtriser le phénomène terrifiant de la transmission du VIH à l'enfant par sa mère. Mais en Afrique australe et orientale, ces miracles de la médecine restent hors de portée. La démonstration au début de 1998 d'un traitement décisif de courte durée grâce à l'anti-rétroviral AZT, qui réduit considérablement la transmission du VIH à l'enfant par sa mère, laisse espérer une certaine diminution de la transmission verticale dans plusieurs pays de la sous-région d'ici un an ou deux. Cet espoir s'explique partiellement par le fait que selon le fabricant de l'AZT le médicament serait disponible dans la région à moins de 50 dollars pour le traitement recommandé en fin de grossesse, bien que cette somme soit encore trop élevée pour certaines communautés. Mais dans bien des pays, l'absence des services de dépistage et de conseils indispensables à l'application de l'AZT ne milite pas en faveur de la généralisation de ce médicament. Par ailleurs, les médicaments "cocktails" qui prolongent la vie des patients dans les pays riches restent hors de portée. Cette situation d'iniquité flagrante devrait être perçue aussi comme un défi que les fabricants de médicaments du secteur privé devraient relever pour montrer leur sollicitude à l'égard des personnes atteintes du SIDA en mettant à la disposition des pays de la sous-région des médicaments à des prix abordables.
9. Le meilleur espoir de la sous-région réside dans la prévention primaire du VIH/SIDA incitant les jeunes en particulier à changer de comportement. Les résultats enregistrés dans ce domaine par l'Ouganda sont souvent cités comme un exemple de réussite dans la sous-région et il y a encore beaucoup à apprendre sur les causes de la baisse de la transmission dans certaines communautés. Apparemment, l'une des leçons importantes qu'il faut en tirer est que la prévention primaire ne peut réussir si l'on ne brise la conspiration du silence qui, dans certains pays, empêche encore d'aborder et de reconnaître ouvertement le problème du VIH/SIDA, de ses déterminants et de ses effets dévastateurs.
10. Que cela tienne au VIH/SIDA, à la généralisation de la pauvreté et de la disparité des revenus, ou à d'autres facteurs, peu de progrès ont été réalisés depuis 1995 dans la sous-région en matière de services et d'objectifs de la santé. Beaucoup trop de personnes n'ont guère accès aux services de base. Les réformes introduites par l'Initiative de Bamako, à savoir notamment le recouvrement des coûts et le contrôle au niveau communautaire, qui ont ouvert l’accès aux services dans bien des pays de l'Afrique de l'Ouest, n'ont pas produit le même effet en Afrique australe et orientale. Des études consacrées à l'introduction de frais imposés aux usagers dans des pays comme le Kenya ou le Zimbabwe montrent que les frais en question n'encouragent pas les couches de population démunies à recourir aux services, d'autant que les filets de sécurité et les autres mesures spéciales destinées à ouvrir l'accès de ces services aux familles pauvres ne sont toujours pas appliqués. Dans certains pays, notamment le Kenya, la Namibie, l'Ouganda, la Tanzanie et la Zambie, il est difficile de maintenir les taux de vaccination enregistrés dans les années 80. L'Initiative de l'OMS et de l’UNICEF concernant la prise en charge intégrée des maladies de l'enfant se traduit depuis 1997 par une plus grande efficacité des services fournis lors de chaque visite d'enfant au centre de santé. Elle commence également à appuyer les mesures envisagées au niveau de la communauté et du ménage afin de donner aux enfants plus de chances de survie et d'épanouissement. Mais ces mesures ne peuvent remplacer le manque d'accès aux services de base dans bien des pays de la sous-région.
11. Dans la sous-région, le paludisme reste l'une des principales causes de décès des enfants mais également des femmes, en particulier des primipares, en raison de l'anémie aiguë liée à leur état, ce qui augmente considérablement les risques de décès à la naissance. Le Malawi est l'un des rares pays de la région à avoir investi dans le réaménagement des protocoles médicaux afin de tenir compte de la résistance à la chloroquine et d'institutionnaliser l'utilisation d'autres médicaments. De tels efforts font cruellement défaut dans les autres pays. Un certain nombre de projets visant à encourager l'utilisation de moustiquaires imprégnées d'insecticide, notamment au Botswana, au Kenya et en Zambie, montrent que cette méthode peut considérablement réduire la mortalité infantile et maternelle dans les zones de paludisme endémique. Dans certains pays, l'utilisation de moustiquaires est freinée par des politiques tarifaires qui classent les moustiquaires au rang de textiles et leur appliquent à l'importation les taxes importantes perçues sur les produits de luxe. Il est donc tout aussi urgent de modifier de telles politiques. A travers la formation dispensée aux travailleurs de la santé et la promotion des moustiquaires au niveau communautaire, le Programme de prise en charge intégrée des maladies de l'enfant peut constituer un mécanisme de réaction améliorée au paludisme dans la sous-région. A l'heure actuelle, il y a dans la sous-région des initiatives de l'OMS, de l'UNICEF et de la Banque mondiale visant à résoudre le problème du paludisme et il conviendrait de veiller à la bonne coordination de tous ces efforts.
12. Un grave problème que connaît l'Afrique australe et orientale est celui de la mortalité maternelle et plus généralement de la mortalité des femmes en âge de procréer. La Tanzanie et le Malawi font partie des rares pays qui ont pris d'importantes initiatives pour tenter de collecter des données sur l'ampleur et les causes des décès de femmes, grâce à un système de contrôle très décentralisé, ce qui constitue un premier pas important. Cependant, il est évident que pour résoudre le problème, il faudra une participation stratégique des communautés et des services de santé afin que toutes les femmes aient accès aux soins obstétriques et que les soins prénatals, y compris l'accès aux suppléments nutritifs, soient améliorés. Des études récentes montrent que dans les zones où le paludisme est endémique, le traitement préventif de toutes les femmes en grossesse, grâce à deux doses de Fansidar pendant leur état, a considérablement diminué la mortalité maternelle. Quelques pays envisagent d'adopter cette mesure. A l'évidence, le VIH/SIDA est également une importante cause de mortalité des femmes dans la sous-région et il faudrait en tenir compte dans l'élaboration des stratégies de lutte contre la mortalité maternelle.
13. L'une des réussites du secteur de la santé en Afrique australe et orientale depuis 1995 a été de mettre à effet des journées nationales de vaccination dans le cadre de la campagne globale d'éradication de la polio. Pratiquement tous les pays de la sous-région ont organisé ces journées qui ont permis de toucher plus de 80% de tous les jeunes enfants et qui, pour la plupart, ont donné lieu à une distribution de suppléments de vitamine A à forte dose. La décision malheureuse prise par le Kenya cette année de ne pas inclure la distribution de vitamine A lors de ces journées nationales est, fort heureusement, une exception dans la sous-région. Deux prises de suppléments de vitamine A par an peuvent abaisser les risques de mortalité des enfants de moins de 5 ans dans des proportions allant jusqu'à 25% chez les enfants souffrant de carence en vitamine A. Le nombre d'enfants touchés par ces journées montre clairement que beaucoup d'entre eux, inconnus des services de santé classiques, ont été vaccinés contre la polio et ont reçu de la vitamine A, ces deux dernières années.
14. On estime que la proportion d'enfants de moins de deux ans bénéficiant de cet apport en vitamine A est passée de 24% en 1996 à plus de 60% en 1998 grâce à ces journées nationales de vaccination. Il faut cependant interpréter cette augmentation avec précaution. Comme ces journées ne sont organisées qu'une fois par an, il faudrait trouver une autre occasion annuelle de distribuer de la vitamine A aux enfants afin que cet apport assure réellement leur survie. Certains pays comme l'Ethiopie ont institué des "journées de micronutriments" ou d'autres occasions permettant de garantir une fréquence normale de cet apport. Encouragé par le succès des journées nationales, le Malawi organise à présent une campagne de vaccination contre la rougeole, dans le style de ces journées nationales. D'autres pays envisagent d'adopter la méthode des campagnes pour toucher le plus de monde possible en matière de vaccination, d'apport en vitamine A, de déparasitage, de promotion des moustiquaires, etc. Le problème reste cependant de savoir si ces approches sont viables, l'appui considérable des donateurs en faveur de l'éradication de la polio étant en baisse, et quelle influence elles auront sur l'utilisation des services de santé classiques.
15. La malnutrition infantile non plus n'a pas fait l'objet d'enquêtes fréquentes dans la sous-région. Des enquêtes anthropométriques récentes révèlent que peu de progrès ont été réalisés depuis le milieu de la décennie en matière de réduction de la malnutrition. Les données montrent que depuis le milieu de la décennie, la situation s'est détériorée en Angola, au Burundi, en Ethiopie, en Erythrée, au Kenya, au Lesotho, à Madagascar, au Malawi, au Mozambique, en Zambie et au Zimbabwe. Cela est d'autant plus normal que la pauvreté s'aggrave dans certains de ces pays ; l'incidence du VIH/SIDA , des conflits et de l'instabilité politique est également très manifeste. La moyenne sous-régionale du poids de quelque 30% d'enfants d'âge préscolaire est d'une insuffisance inacceptable. La nouvelle technique des soins donnés au jeune enfant pour assurer son développement, en insistant sur la stimulation de l'enfant et sa bonne alimentation, dans le cas des tout-petits, n'a pas été prise en compte dans les programmes, même si plusieurs pays de la sous-région commencent à y réfléchir dans le cadre de la gestion intégrée des maladies de l’enfant.
16. L'objectif plus simple qui consiste à utiliser le sel iodé pour supprimer les carences en iode a été réalisée avec plus de succès au cours de la décennie. Les rares pays où moins de 50% du sel est iodé devraient enregistrer des progrès d'ici un an ou deux. Les tensions entre l'Ethiopie et l'Erythrée ont eu pour répercussion négative de couper la population éthiopienne du sel iodé provenant de l'Erythrée et on étudie d'autres moyens d'assurer cet approvisionnement. La législation en matière d'iodation du sel est toujours en suspens dans ces deux pays mais également au Botswana et au Mozambique, même si l'accès au sel iodé est bien meilleur dans ces deux derniers pays.
17. La promotion, la protection et l'encouragement de l'allaitement naturel ont constitué de grandes avancées en matière de survie de l'enfant dans la sous-région dans les années 80 et au début des années 90 ; malheureusement, ces acquis sont également compromis du fait du VIH/SIDA. La peur de transmettre le VIH à un enfant par le lait maternel pourrait amener beaucoup de femmes, y compris nombre de celles qui ne sont pas porteuses du VIH, à opter pour l'alimentation artificielle au lieu de l’allaitement naturel. Il est essentiel que les services de dépistage du VIH soient généralisés et mis à la portée de tous, y compris des femmes en grossesse, et que des services de conseils appropriés et complets sur les possibilités d'alimentation des nourrissons soient fournis aux femmes séropositives.
Education
18. Le consensus est bien établi à l'échelle internationale que l'éducation primaire, surtout lorsqu'elle met filles et garçons sur le même pied d'égalité, constitue assurément le meilleur investissement qu'un gouvernement peut faire pour assurer le développement humain et économique durable. Mais cet investissement varie d'un pays à l'autre de l'Afrique australe et orientale. Les dépenses publiques consacrés à l'éducation, en pourcentage du PNB, équivalent à 5 % ou moins au Burundi, au Lesotho, à Madagascar, en Ouganda, en Tanzanie et en Zambie et à moins de 9 % dans les autres pays pour lesquels on dispose de données : Afrique du Sud, Botswana, Kenya, Namibie, Swaziland et Zimbabwe,. Dans certains pays, une part importante de ces dépenses est allouée à l'enseignement supérieur, dont les ménages à revenu faible ne risquent guère de bénéficier.
19. Peu de pays de la sous-région disposent de données sur les taux nets de scolarisation permettant de calculer les tendances depuis le milieu de la décennie. Dans les pays dont les données ont été publiées en 1990 et en 1996, les tendances sont plus ou moins stables dans quatre d'entre eux (Botswana, Comores, Lesotho et Maurice), plutôt en hausse dans la plupart des grands pays de la région et en baisse dans cinq pays, à savoir : le Burundi, le Kenya, le Mozambique, le Rwanda et le Swaziland (voir Tableau 2). Là encore, les effets dévastateurs des conflits armés sur les services de base sont très nets dans ces tendances. Au Kenya, l'accroissement de la pauvreté, entre autres, explique clairement que les familles ne puissent payer les frais de scolarité. Il est urgent que les pays collectent régulièrement des données ventilées par sexe sur les taux nets de scolarisation afin d'évaluer les progrès réalisés dans ce secteur.
20. Les pays de l'Afrique australe et orientale ont, de manière générale, réalisé des progrès satisfaisants s'agissant de l'équité entre filles et garçons en matière de scolarisation. Seuls l'Angola, l'Ethiopie, l'Erythrée et le Mozambique (des pays à faible scolarisation) et, dans une certaine mesure, la Zambie affichent des taux de scolarisation bruts et nets des filles bien inférieurs à ceux des garçons. Dans le cas plutôt rare du Lesotho, où de nombreux garçons sont employés comme bergers dès leur jeune âge, le taux de scolarisation des filles est nettement supérieur à celui des garçons. Comme indiqué au Tableau 2, plusieurs pays ne disposent toujours pas de données sur les taux nets de scolarisation ventilées par sexe. L'initiative africaine pour l'éducation des filles, programme important qui apporte son concours à 13 pays de la sous-région ainsi qu'à d'autres de l’Afrique de l'Ouest et de l'Afrique centrale, permet à certains pays d'accélérer les mesures prises dans ce domaine. En Erythrée par exemple, il autorise une formation plus rapide des enseignantes ; il est démontré dans de nombreux pays que la présence de femmes dans les salles de classe est étroitement liée aux taux de scolarisation des filles et de poursuite de leurs études.
21. Cependant, la scolarisation des filles n'est pas une fin en soi. Le taux d'abandon des études est en général plus élevé dans leur cas, en particulier vers la fin de l'enseignement primaire, leur travail en dehors de l'école étant plus valorisé à ce moment-là. Dans bien des pays, les aspirations des filles en matière de réussite scolaire restent faibles, pour ne rien dire de celles que les enseignants et les parents ont pour elles. Dans les rares pays où l'on procède à l'évaluation des résultats de l'apprentissage, ceux des filles sont systématiquement pires que ceux des garçons (sauf à Maurice et à Madagascar). Les initiatives telles que l'Initiative africaine pour l’éducation des filles doivent s'attaquer au problème de l'équité entre filles et garçons sur tous les plans et pas seulement celui de la scolarisation.
Tableau 2: Taux (en pourcentage) net d’inscription dans le primaire (TNI) par
sexe et dépenses publiques consacrées à l’éducation
|
Pays |
Total TNI %) |
TNI, garçons (%) |
TNI filles (%) |
Dépenses publiques pour l’éduc. (%) du PNB |
|
Ethiopie |
21 |
25 |
16 |
|
|
Erythrée |
29 |
30 |
28 |
|
|
Burundi |
30 |
32 |
27 |
3,8 |
|
Mozambique |
36 |
40 |
32 |
|
|
Sao Tome |
36 |
40 |
32 |
|
|
Angola |
39 |
49 |
31 |
|
|
Comores |
55 |
57 |
55 |
|
|
Tanzanie |
55 |
54 |
55 |
5,0 |
|
Rwanda |
56 |
|
|
|
|
Madagascar |
65 |
64 |
65 |
1,9 |
|
Lesotho |
67 |
62 |
72 |
4,8 |
|
Kenya |
72 |
|
|
6,8 |
|
Swaziland |
80 |
79 |
80 |
6,8 |
|
Zambie |
81 |
85 |
77 |
2,6 |
|
Malawi |
83 |
83 |
83 |
|
|
Ouganda |
84 |
86 |
82 |
2,0 |
|
Zimbabwe |
86 |
|
|
8,3 |
|
Afrique du Sud |
94 |
95 |
93 |
7,1 |
|
Namibie |
95 |
93 |
98 |
8,7 |
|
Botswana |
96 |
95 |
97 |
8,5 |
|
Maurice |
99 |
98 |
99 |
|
|
Seychelles |
100 |
100 |
100 |
7,4 |
Source: UNICEF ESARO 1998, les données n’étaient pas disponibles pour certains pays
22. Un fait important dans la région a été l’adoption en 1994 au Malawi et en 1997 en Ouganda d’une politique en faveur de l’éducation primaire universelle gratuite. Au Malawi, cette politique a débouché sur un rapide accroissement du taux d’inscription dans les écoles primaires, passé de 1,9 millions à environ 3,2. En Ouganda, elle semble avoir eu le même effet, encore qu’il soit trop pour en mesurer le véritable impact. Les donateurs ont réagi avec enthousiasme à la décision du Malawi, ce qui a permis au gouvernement de continuer et d’assurer la construction de nouvelles salles de classe, l’achat de fournitures supplémentaires et la formation des enseignants nécessaires pour faire face à cet accroissement.
23. Le secteur de l’éducation en Afrique de l’Est et en Afrique australe n’a pas été épargné par l’effet dévastateur du VIH/SIDA. De nombreux enseignants ont été emportés par la pandémie. Assurer l’éducation des orphelins du SIDA et d’autres enfants dont les familles sont touchées par le VIH/SIDA est un défi majeur dans de nombreux pays et constitue une crise sociale qui menace toute la sous-région. Il y a actuellement dans le monde 8,2 millions d’orphelins du SIDA dont 90% en Afrique subsaharienne, 70% d’entre eux se trouvant en Afrique de l’Est et en Afrique australe. Ces chiffres se multiplieront dans les années à venir. Il est improbable que ces enfants bénéficient du soutien dont ils ont besoin pour payer les frais d’étude sans parler des autres choses à leur fournir. A cet égard, les politiques pour une éducation gratuite du Malawi et de l’Ouganda sont particulièrement importantes.
24. En raison du VIH/SIDA, et de la pauvreté générale grandissante, le nombre déjà élevé d’enfants dans la sous-région, sera considérablement réduit. L’Ethiopie, le Kenya, le Mozambique, la Tanzanie, l’Angola, la Somalie et Madagascar comptent plus de 16 millions des 20 millions d’enfants en âge d’entrer dans le primaire, l’Ethiopie ayant le nombre le plus élevé. En Ouganda, le problème des enfants non scolarisés est abordé dans le cadre d’un programme novateur appelé Complementary Opportunity for Primary Education (COPE), (Opportunité complémentaire pour l’éducation primaire) qui offre des cours primaires accélérés aux enfants ayant dépassé l’âge du primaire. Un programme similaire appelé COBET est appliqué en Tanzanie.
25. L’accès équitable à l’éducation devrait demeurer une priorité dans les politiques et programmes en Afrique de l’Est et en Afrique australe. Comme le Président Nelson Mandela l’a récemment noté dans une visite d’Etat en Tanzanie, le système éducatif d’un très grand nombre de pays de la sous-région est devenu le principal mécanisme de maintien d’une différenciation inéquitable des classes – ne faisant qu’accroître le nombre des relativement riches qui bénéficient de l’éducation, perpétuant ainsi la marginalisation des pauvres. Les politiques de l’accès universel à une éducation de qualité minimale, qui, dans les années 60 prévalaient dans certains pays de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe, semblent avoir disparu. C’est là un défi continuel pour la sous-région pour ce qui est des activités de promotion et des politiques.
Eau et assainissement
26. L’accès régulier à l’eau potable est l’un des domaines où il y a eu en moyenne des progrès considérables en Afrique de l’Est et en Afrique australe au cours des années 90. Dans l’ensemble, l’UNICEF estime que la population dans la région ayant un accès régulier à l’eau potable est passée d’une moyenne d’environ 37% à la fin des années 80 à environ 52% en 1997. La moyenne régionale masque une grande diversité d’expériences et dans les pays mêmes, les populations rurales sont souvent très désavantagées en ce qui concerne l’accès à l’eau et à des installations d’assainissement, par rapport aux communautés urbaines. Evidemment il reste beaucoup à faire pour améliorer l’accès de toutes les personnes dans la sous-région et pour conserver les acquis. Un certain nombre de pays dans la sous-région demeurent vulnérables aux sécheresses périodiques et une bonne gestion des ressources en eau est indispensable pour éviter les catastrophes dans les années à venir.
L’initiative 20/20 et les perspectives d’investissement dans le secteur social
27. L’initiative 20/20 approuvée par le Sommet mondial pour le développement social en 1995, préconise d’allouer au moins 20% des budgets nationaux et 20% de l’aide publique au développement (APD) aux services sociaux de base dans la plupart des pays. Selon l’information présentée à la récente réunion de suivi à Hanoi sur la mise en oeuvre de l’Initiative 20/20, la Namibie et l’Ouganda sont parmi les rares pays de la sous-région à avoir alloué au moins 20% de leurs dépenses publiques aux services sociaux de base. Pour ces deux pays, les crédits au secteur social n’ont connu une croissance rapide que récemment et il est par conséquent difficile d’évaluer l’impact de cette option.
28. Les dépenses publiques consacrées aux services sociaux auraient diminué au Kenya ces dernières années, se situant à environ 12,6%. Dans pratiquement tous les pays pour lesquels des études détaillées existent, la part du lion dans le budget consacré aux services sociaux, va à l’éducation. Dans le cas du Kenya, on estime que 40% du budget national sont absorbés par le service de la dette extérieure. La Zambie consacrerait un pourcentage similaire au remboursement de la dette, 6,7% du budget national étant alloués aux services sociaux de base. La Tanzanie consacre 46% de son budget national au service de la dette et 15% aux services sociaux de base. Plus de 20% de l’APD au Kenya et à la Namibie vont aux services sociaux de base. Pour l’Ouganda le chiffre est de 16%, la Tanzanie de 10% et la Zambie de 13%.
29. Il est difficile d’imaginer que les pourcentages du budget et d’APD consacrés aux services de base, soient suffisants pour améliorer l’accès aux services en général ni encore moins pour résoudre la crise imminente des services sociaux en raison du VIH/SIDA. Non seulement, le VIH/SIDA augmentera la demande de services de santé, les orphelins du SIDA sont déjà une charge trop lourde sur le système de services sociaux et cela ne fera que s’aggraver. Rien qu’en Zambie, les projections indiquent qu’il y aura 1 million d’orphelins du SIDA au cours des dix prochaines années. Selon les estimations de l’UNICEF, en l’an 2010, plus de 35% des enfants ayant moins de 15% au Bostwana, au Malawi, en Zambie et au Zimbabwe et un très grand nombre d’enfants du même âge en Afrique du Sud et au Malawi auront perdu l’un de leurs parents ou tous les deux à cause du SIDA. La menace à la stabilité économique et sociale ainsi que le développement humain, est effrayante.
Conclusions et recommandations
30. De la discussion qui précède, ressortent les conclusions et recommandations suivantes :
1. Juguler l’épidémie du HIV : Les progrès accomplis dans de nombreux pays de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe dans le domaine du secteur social sont en train d’être gommés par la forte mortalité chez les adultes productifs, due au HIV/SIDA, l’existence d’orphelins du SIDA qui constitue une importante responsabilité pour la sous-région dans les années à venir et l’aggravation de la pauvreté ainsi entraînée. La lutte contre le HIV/SIDA doit bénéficier d’un rang de priorité urgent de la part de tous les gouvernements et de leurs partenaires. Il est évident qu’il n’existe pas une formule unique pour assurer le succès des efforts de prévention. Les communautés doivent participer aux activités visant à changer les comportements et dans les efforts de promotion les mieux à même d’obtenir ce résultat. Les programmes faisant appel à la communauté nécessitent un investissement et des efforts considérables sur les plans de la mise en oeuvre, du suivi et de l’évaluation. Les gouvernements, les institutions internationales, les donateurs bilatéraux et les organizations de la société civile doivent tous faire de la lutte contre le SIDA une campagne militaire afin d’améliorer la situation actuelle très préoccupante. Il convient en particulier de briser la conspiration du silence et du démenti autour du HIV/SIDA comme crise sociale. Autrement, il ne sera pas possible de tirer des enseignements et d’appliquer les pratiques les meilleures ni d’investir stratégiquement dans la lutte contre le VIH/SIDA.
2. Investissement dans les services sociaux et filets de sécurité : Il est nécessaire d’urgence d’investir plus et de façon plus stratégique dans les services sociaux de base et dans les systèmes de protection sociale dans la sous-région pour faire face à la crise sociale de plus en plus grave provoquée par le VIH/SIDA et les orphelins du SIDA. Les faits montrent que même dans les pays à très faible revenu, les investissements stratégiques peuvent permettre de mettre en place des filets de sécurité sociale et des services de protection sociale. De bons exemples sont les programmes de nutrition complémentaire au Botswana, au Zimbabwe, au Lesotho et en Zambie. Les principes de l’Initiative 20/20 devraient être adoptés et mis en oeuvre dans tous les pays.
3. Dette : Comme Carol Bellamy, Directeur exécutif de l’UNICEF l’a noté récemment, un service de la dette très supérieur à l’investissement dans les services de base, en pourcentage des dépenses publiques est « moralement inacceptable et n’a pas de sens sur le plan économique ». Supprimer le fardeau de la dette de nombreux pays de la sous-région est une priorité urgente. Les dividendes budgétaires qui découleraient de l’allégement de la dette peuvent être destinés aux services de base, ce qui augmenterait considérablement les chances de survie et de développement de milliers d’enfants en Afrique de l’Est et en Afrique australe. La récente réunion de Hanoi sur l’Initiative 20/20 a reflété ce sentiment, invitant à faire des efforts supplémentaires pour réduire et annuler rapidement la dette et allouer des ressources supplémentaires aux services sociaux de base ».
4. Planification préalable pour les situations d’urgence et prévention des crises : La persistance de situations d’urgence complexes dues aux guerres civiles et aux catastrophes dans la sous-région continue d’entraver les progrès dans les secteurs sociaux. Il importe de noter que le règlement des conflits devrait être la priorité dans la sous-région et aurait des répercussions immédiates considérables sur le secteur social. Un investissement plus important dans les capacités d’intervention en cas d’urgence et une attention particulière à la protection des femmes et des enfants en situation de crise, auraient eux aussi des avantages inestimables. Les gouvernements et les donateurs devraient considérer l’investissement dans le règlement des conflits et dans les capacités d’intervention en cas d’urgence comme étant hautement prioritaire, s’agissant de dépenses pour le secteur social.
5. Utilisation de données : La collecte et l’analyse des données sociales de base ont toujours un faible rang de priorité dans de nombreux pays de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe. En l’absence de ces données fondamentales, Il sera impossible de concevoir, de cibler et de faire des investissements stratégiques dans le secteur social. Il n’est pas non plus possible de déterminer les progrès réalisés en ce qui concerne un certain nombre d’indicateurs de base. Des données sur la prévalence et la transmission du VIH/SIDA, permettant de connaître la situation dans les districts et même à d’autres niveaux plus décentralisés, constitueraient un puissant outil.