Excellence Monsieur le Secrétaire Général
de l'Organisation de l'Unité Africaine,
Messieurs les
Ministres,
Messieurs les
Ambassadeurs et Membres du corps diplomatique,
Honorables invités,
Mesdames et Messieurs,
C'est pour moi un
réel plaisir et un insigne honneur de m'adresser à cette auguste assemblée au nom du M.
K. Y. Amoako, Secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour
l'Afrique qui, à son grand regret, ne peut prendre part aux travaux des présentes
assises. M. Amoako pour des raisons de famille très douloureuses ne peut en effet être
là aujourdhui comme il laurait souhaité et comme il la déjà fait à
toutes les réunions des ministres des affaires étrangères de lOUA depuis sa
nommination à la tête de la Commission économique pour l Afrique en 1995. Il vous
prie de bien vouloir len excuser.
Vous me permettrez de
remercier le Président Blaise Compaore, son Gouvernement et le Peuple burkinabé pour
laccueil chaleureux qui a été reservé à la délégation de la CEA.
Cette conférence se
tient à un moment où, pour la troisième année consécutive, on note avec satisfaction
les signes dune reprise économique sur le continent. En effet, les chiffres
révisés situent la croissance de l'économie africaine à environ 4 pour cent en 1996,
les estimations quasi définitives pour 1997 et les projections pour 1998 sont plus
quencourageantes même sil est permis d 'anticiper que la crise qui a
frappé les économies de certains pays asiatiques ne sera pas sans conséquence pour les
économies africaines.
Cette performance
remarquable de l'économie africaine est due en partie à une conjoncture favorable sur le
marché où les prix de certains produits dexportation africains ont connu un léger
mieux. Mais la bonne tenue des économies africaines est surtout le fruit de la poursuite
avec persévérance de courageuses réformes économiques dont les résultats devraient
être consolidés pour asseoir une croissance soutenue, gage dun développement
durable. En effet, les ajustements de taux de change, la maîtrise de l'inflation, la
réforme des entreprises publiques et une ouverture plus grande au secteur privé ont
contribué à créer un climat favorable aux investissements en améliorant la
compétitivité des économies africaines et en remédiant aux rigidités structurelles
dont souffraient ces dernières. Cela na cependant pas suffi à accroître le flux
des investissements dans le secteur réel de nos économies et à améliorer la situation
de lemploi et du bien-être social: la pauvreté dune bonne partie de nos
populations continue dêtre une préoccupation majeure. Près de la moitié de la
population africaine risque de vivre en dessous du seuil de pauvreté avec moins dun
dollar par jour en lan 2000. Les vingt derniers pays de la classification du PNUD
basée sur lindice de développement humain sont malheureusement africains.
Malgré les efforts
louables de nos pays et la nette amélioration de leur cadre macro-économique avec le
redressement des divers agrégats , des zones dombre continuent daffecter
lembellie actuelle.
Il y a tout d'abord le
poids écrasant de la dette extérieure africaine. A la fin de 1997 on estimait à environ
315 milliards de dollars des Etats-Unis la dette totale de l'Afrique. Consciente de ce que
le service de cette dette obère indûment les perspectives de croissance des économies
du continent et en réponse à linsistance des pays africains, la communauté
internationale a multiplié au cours des dernières années les initiatives pour alléger
le fardeau. Au nombre de ces initiatives, on peut citer celle qui concerne les pays
pauvres lourdement endettés initiée par les institutions de Breton Woods, la Banque
africaine de développement et des donateurs bilatéraux. Malgré l'utilité indéniable
de ces initiatives, force est de constater que l'objectif d'allégement sensible de la
dette est loin d'être atteint. Les efforts doivent donc être poursuivis. L'OUA, la BAD
et la CEA devraient continuer à rechercher en commun et en concertation avec les
partenaires de l'Afrique, des solutions novatrices à ce problème complexe ;
cest le sens de la déclaration publiée par le Secrétaire général de lOUA,
le Président de la BAD et le Secrétaire exécutif de la CEA à loccasion de leur
huitième réunion consultative tenue à Abidjan, Côte dIvoire le 23 janvier 1998. Dans
le même ordre didées, il conviendrait peut-être de redonner vie au Groupe de
contact sur la dette africaine.
La deuxième zone
dombre sur lembellie actuelle de nos économies reste le peu d'attraction
qu'elles exercent sur l'investissement direct étranger. L'Afrique continue à n'attirer
que moins de 2 pour cent de l'investissement direct étranger, soit 5,3 milliards de
dollars des Etats-Unis en 1996. C'est le signe que notre compétitivité dans ce domaine
reste en-deçà de celle des autres continents. Les réformes macro-économiques en cours
doivent donc être poursuivies, mais nous ne devons toutefois pas perdre de vue
dautres facteurs déterminants de la compétitivité, en loccurrence le
développement des infrastructures de transport et de communication, de lénergie et
de la recherche, ainsi que le développement des ressources humaines. Nous devons
redoubler nos efforts dans ce domaine avec une attention particulière sur les
infrastructures régionales . Elles ont la vertu synergétique daccroître
lefficacité à la fois de nos échanges régionaux et de notre participation à une
économie mondiale en pleine globalisation. Lexpérience montre que cest de la
qualité des infrastructures et de leur densité que dépend la capacité dun
continent à attitrer les investissements. Cest dans ce sens que la CEA continue de
promouvoir les objectifs de la Décennie des transports et des communications en Afrique
et quelle a lancé en mai 1996, avec votre accord, lInitiative africaine à
lère de la société de linformation (AISI). Il nous faut dans ces domaines
stratégiques des orientations claires et des programmes soutenus pour que lAfrique
entre de plain-pied dans le monde du 21ème siècle comme un partenaire à part entière.
Nos pays doivent sans doute compter sur leurs propres moyens dabord, mais il est
aussi nécessaire quils continuent dêtre soutenus par la communauté
internationale. Les flux de ressources vers le continent ont dans lensemble stagne
ou baisse au moment où nous en avons le plus besoin pour bâtir notre compétitivité
.Cette tendance devrait être renversée si nous devons développer les infrastructures et
les ressources humaines dont nous avons grand besoin pour la croissance de nos économies
mais aussi pour la rentabilité des investissements réalisés dans nos pays. Il est donc
plus que jamais important que la voix de lAfrique se fasse entendre dans les grandes
négociations internationales sur les questions du commerce, de la dette et des flux de
ressources, dans lenceinte de lOrganisation du Mondiale du Commerce (OMC)
comme celles des autres institutions internationales et au TICAD.
L'intégration de nos
économies dans l'économie mondiale pour inéluctable qu'elle puisse paraître doit se
faire sur la base de nos propres intérêts. Les compromis que nous devons négocier au
sein de l'OMC doivent tenir compte du niveau de développement de nos économies qui
nécessite l'application des clauses de traitement différentiel et de sauvegarde dont
nous avons objectivement besoin pour nous ajuster. C'est du reste dans ce sens que
l'Initiative intégrée en faveur des pays les moins avancés a été adoptée à la
Réunion de haut niveau tenue en octobre dernier suite à la décision prise par la
Première Conférence ministérielle de l'OMC à Singapour en 1996. Nous devons veiller à
l'application de cette initiative à nos pays puisque 33 des 48 PMA sont malheureusement
africains et que le niveau de développement des autres pays du continent n'autorise pas
une discrimination négative dans ce domaine.
La sauvegarde du
processus d'intégration régionale au sein de la Communauté economique africaine et de
nos communautés economiques régionales est tout aussi importante. Nous devons sans
tarder procéder aux déclarations prévues à l'OMC et aux négociations qui s'imposent
pour concilier nos engagements à l'OMC et les traités de nos institutions d'intégration
régionale.
Seule une connaissance
profonde des accords et mécanismes de l'OMC nous permettra de tirer partie des accords
auxquels nous avons souscrit, de les appliquer en connaissance de cause et de veiller à
ce que les recours abusifs aux mesures anti-dumping, aux barrières techniques,
sanitaires, phytosanitaires et environnementaux ne nuisent à l'accès de nos produits aux
marchés des pays partenaires.
Pour sa part, la CEA
fait de son mieux, pour assister nos pays à mieux comprendre les accords de Marrakech et
à assurer la mise en place de capacités de négociation et d'application conformément
aux décisions de la Première Conférence internationale sur l'Afrique et les Accords de
l'Uruguay que nous avons organisée à Tunis au lendemain de Marrakech.
D'autres négociations
d'importance se profilent à l'horizon. Je me limiterai à évoquer celles du
renouvellement de la convention de Lomé. Les enjeux de ces négociations sont de taille.
D'autres voix plus autorisées que la mienne ont, au cours des réunions d'Addis Abeba et
de Lomé ainsi que du Premier Sommet ACP à Libreville, défini la position africaine et
celle des ACP. Comme nous l'avons souligné dans le document que nous avons présenté à
la 1ère conférence des ministre du commerce de la communauté économique africaine à
Hararé en 1998 , l'Afrique doit aller aux négociations en rangs serrés. La solidarité
en notre sein et au sein des ACP doit être sans faille.
Pour ma part, je
voudrais vous assurer de la sollicitude et de l'engagement constante de la CEA à vos
côtés. Avec le secrétariat de l'OUA et la BAD, nous avons entrepris d'analyser les
aspects techniques de la négociation et d'appuyer vos équipes de négociateurs. Il est
important que nous soyons aussi bien préparés que nos partenaires.
La préparation de
TICAD II est également au centre de nos préoccupations. Il est heureux que les réunions
préparatoires de ces importantes assises aient retenu dans l'ordre du jour de la
Conférence les priorités que l'Afrique s'est définies, notamment dans la déclaration
du Caire.
La CEA et ses
partenaires du secrétariat conjoint se sont engagés avec les pays africains à ce que
les résolutions issues de cette conférence aboutissent à des décisions concrètes et
à des programmes concrets. La qualité des préparatifs en cours sera déterminante à
cet égard.
Permettez-moi, à
cette étape, de saluer le gouvernement japonais pour avoir pris cette heureuse initiative
et surtout pour la qualité de leur partenariat avec nos pays.
La conjonction de
TICAD avec d'autres initiatives dont celle des Etats Unis d'Amérique permet d'affermir et
de préserver cette chaîne de solidarité dont l'Afrique a particulièrement besoin.
Excellence Monsieur le
Président,
Excellence Monsieur le
Secrétaire Général de lOUA,
Messieurs les
ministres,
Pour que
lAfrique puisse poursuivre son redressement économique durablement et fasse
profiter ses populations des fruits de la croissance retrouvée, elle aura besoin de
stabilité. Les nombreux conflits quont connus tant de pays de notre continent au
cours des dernières années, outre les pertes irréparables en vies humaines et les
dégats matériels considérables quils ont coccasionnés, ont contribué à
disloquer les sociétés qui en ont été les victimes. C développeres conflits ont
ralenti la marche de lAfrique vers la démocratie et diverti des ressources déjà
rares vers lachat darmes ou dautres dépenses à lutilité
discutable. LAfrique ne pourra se prémunir de conflits aussi dévastateurs à
lavenir que si elle sattaque aux causes profondes de tels conflits. Comme
la indiqué le Secrétaire général des Nations Unies dans son rapport
intitulé : Les causes des conflits et la promotion dune paix et dun
développement durables en Afrique, on observe aussi bien des causes internes que des
causes externes aux conflits naissants en Afrique. Même si nous ne pouvons pas toujours
avoir de réponse appropriée aux causes externes des conflits, en tentant
datténuer les méfaits des causes internes, nous pouvons aider à réduire les
risques de résurgence des conflits en Afrique. Le bilan du Mécanisme de
prévention, de gestion et de résolution des confilts de lOUA a prouvé que les
pays africains avaient à coeur de simpliquer efficacement dans cette action qui les
concerne au premier chef. Mais si lAfrique doit accorder la priorité à la
prévention des conflits, elle nen doit pas moins prendre des mesures pour recréer
les conditions dune vie normale dans les pays où des conflits nont pu être
évités et qui attendent une action de réconciliation, de réhabilitation, de
reconstruction et de redémarrage du développement.
Il sagit là
dun domaine où, en conjuguant leurs efforts, lOUA, la BAD et la CEA peuvent
beaucoup faire et aider à la définition d'un cadre unique d'intervention des partenaires
qui veulent aider. Je me rejouis de la plus récente des initiatives que nous avons prise
dans ce sens, à savoir la mission que nous venons de mener conjointement avec l'OUA en
Sierra Leone pour définir les besoins de reconstruction de ce pays. Elle a bien
heureusement coïncidé avec une mission de la BAD. Ces missions déboucheront, sans nul
doute, à des programmes d'assistance et de sensibilisation sur la détermination du
gouvernement Sierra Léonais à définitivement tourner la page.
Monsieur le
Président,
Monsieur le
Secrétaire Général de lOUA,
Messieurs les
Ministres,
L'embellie que l'on
observe sur le front de l'économie ne signifie pas loin de là, que nos pays sont à
même de faire face individuellement à la concurrence internationale qui se fait chaque
jour plus rude : le fait que des pays autrement puissants économiquement cherchent à
regrouper leurs forces prouve à suffisance la pertinence de l'intégration de nos
économies. A cet égard, l'entrée en vigueur du Traité d'Abuja il y a quatre ans a
marqué une étape importante sur la voie de l'intégration.
L'Assemblée des Chefs
d'Etat et de Gouvernement de l'OUA a confié aux trois organisations continentales que
sont l'OUA, la CEA et la BAD une responsabilité commune en matière de soutien au
processus de mise en place de la Communauté économique africaine. Pour s'acquitter de
cette tâche et en plus de la restructuration interne qu'elles ont entreprises pour
améliorer leur aptitude à répondre aux besoins de l'Afrique, ces trois organisations
réunies au sein du Secrétariat conjoint ont entrepris au mois de janvier dernier de
renforcer leur collaboration. De nouvelles méthodes de travail du Secrétariat conjoint
ont été adoptées et de nouveaux domaines de coopération identifiés, chaque
organisation se voyant attribuer des tâches spécifiques. Pour être menée à bien, la
mise en oeuvre du Traité dAbuja devra passer par le renforcement des communautés
économiques régionales dont certaines ont besoin dun vigoureux soutien pour être
à même de jouer le rôle que leur a assigné le Traité.
A cet égard,
quil me soit permis de rappeler brièvement les activités récentes ou envisagées
par la CEA, et ce en concertation avec nos partenaires privilégiés que sont lOUA
et la BAD, pour contribuer au renforcement des communautés économiques régionales. Nous
avons tout récemment complété une étude sur la mise en place dun mécanisme de
financement autonome au sein de COMESA. Une étude similaire va être entreprise
prochainement pour le compte de la SADC. Nous allons aussi entreprendre une étude sur la
création par COMESA dun mécanisme de compensation des pertes de recettes liées à
la libéralisation des échanges. Par ailleurs la CEA a été chargée, comme vous le
savez, par la Conférence des chefs dEtat et de gouvernement de la CEEAC de
préparer un programme de relance de cette organisation qui a été gravement affectée
par le contexte politique prévalant en Afrique centrale au cours des cinq dernières
années. Tout en shonorant de la confiance qui lui a été ainsi témoignée par les
Etats membres de la CEEAC, la CEA sattachera à proposer un programme réaliste
centré sur des domaines susceptibles de recréer la dynamique de lintégration dans
la région.
Sur le plan
bilatéral, le Secrétaire général de l'OUA et le Secrétaire exécutif de la CEA ont
récemment mis en place un comité ad hoc chargé d'explorer les moyens d'insuffler une
vigueur renouvelée à la coopération mutuelle entre leurs deux organisations. Les
travaux et recommandations de comité permettront de renforcer la complémentarité entre
nos deux organisations afin de mieux utiliser les ressources mises à leur disposition et
daugmenter limpact de leur action. Cette approche a été récemment
confortée par la réunion conjointe de lOAU et du système des Nations Unies tenue
du 6 au 8 mai dernier à Addis Ababa. Cette rencontre a mis en place un mécanisme de
consultation qui devrait permettre de mieux coordonner les activités du système des
Nations Unies et celles que mène lOUA.
Monsieur le
Président,
Messieurs les
Ministres,
Honorables invités,
Mesdames et Messieurs,
Comme vous le savez,
la CEA vient de célébrer son quarantième anniversaire sous le signe de "La femme
africaine et le développement: investir dans notre avenir". Ce thème de notre
conférence commémorative a permis aux nombreux participants venant des horizons les plus
divers de confronter leurs expériences et leurs idées non seulement sur le rôle de la
femme dans le développement de notre continent, mais plus généralement sur les facettes
multiples de la grande aventure de la transformation de nos sociétés. D'importantes
décisions ont été prises à cette conférence, notamment la mise en place de deux
fonds : un fonds pour appuyer le lancement du programme du comite des femmes
africaines pour la paix et un autre fonds Femmes et développement pour soutenir la mise
en oeuvre des résolutions de la conférence. Je voudrais vous exhorter à contribuer
généreusement à ces deux fonds.
Je voudrais terminer
mon propos en adressant au Président Blaise Compaoré et à son gouvernement nos plus
vifs remerciements pour l'appui qu'ils n'ont cessé d'apporter à la CEA et rendre un
hommage particulier au Président Blaise Compaore qui nous a fait lhonneur de
participer à la conférence commémorative du 40ème anniversaire de notre Commission.
Nous lui en sommes infiniment reconnaissants.
Je souhaite plein
succès à ces assises et vous remercie de votre aimable attention.