Distr.: LIMITEE
ECA/FSSDD/RCID/CNRST/99/7
Avril 2000
NATIONS
UNIES FRANCAIS
CONSEIL
ECONOMIQUE ET SOCIAL Original: ANGLAIS
COMMISSION
ECONOMIQUE POUR L’AFRIQUE
Première
réunion du Comité des ressources naturelles,
De
la sicence et de la technologie
Addis-Abeba (Ethiopie) 15-18
novembre 1999
RAPPORT DE LA PREMIERE REUNION
DU
COMITE DES RESSOURCES NATURELLES,
DE
LA SCIENCE ET DE LA TECHNOLOGIE
ECA/FSSDD/RCID/CNRST/99/7
A. PARTICIPATION
ET ORGANISATION DES TRAVAUX
1. La première réunion du Comité des ressources naturelles et de la science
et de la technologie (CNRST) s’est tenue du 15 au 18 novembre
1999 au siège de la Commission économique pour l’Afrique au Centre
de conférence des Nations Unies d’Addis-Abeba (Ethiopie). Elle
a été officiellement ouverte par la Secrétaire exécutive adjointe
de la Commission économique pour l’Afrique (CEA).
2. Ont
pris part à la réunion, des délégués et des experts des pays membres
de la CEA et d’autres organisations appartenant ou non au système
des Nations Unies.
3. La
liste des participants est jointe en annexe.
B.
COMPTE RENDU DES TRAVAUXOuverture
de la réunion (point 1 de l’ordre du jour)
a) Allocutions de bienvenue de la Secrétaire exécutive adjointe de la CEA
4. Dans son allocution, la Secrétaire exécutive adjointe
de la CEA, Mme Lalla Ben Barka, a souhaité aux délégués et aux
experts la bienvenue à la première réunion du Comité des ressources
naturelles et de la science et de la technologie (CNRST). Elle
a exprimé sa profonde gratitude aux délégués pour leur présence
à la réunion et s’est déclarée optimiste quant aux résultats de
la réunion.
5.
Sur le fond, elle a soulevé un certain nombre de points ayant
trait aux préoccupations essentielles du CNRST. Premièrement,
elle a invité les participants à réfléchir aux moyens d’accroître
les exportations africaines de produits manufacturés à base de
ressources naturelles. Pour ce faire, il faudrait acquérir savoir,
compétences et expériences technologiques afin de susciter l’innovation.
6. Deuxièmement,
il faudrait assurer le développement en innovant et sur une base
durable. L’absence de développement durable se manifeste par
la déforestation généralisée, la perte de la biodiversité, la
désertification ainsi que par la pollution de l’air et de l’eau
causée par l’extraction minière. Cette situation étant, il était
nécessaire pour l’Afrique d’adopter des technologies efficaces
et ne portant pas atteinte à l’environnement. Comme le taux de
croissance démographique est supérieur à celui de la production
alimentaire, il est urgent de recourir à la science et la technologie
comme instrument d’intervention pour assurer la sécurité alimentaire.
7. Finalement, la Secrétaire exécutive
adjointe a demandé aux participants de présenter leurs points
de vue sur cinq domaines clés intéressant la CEA :
i) mener une étude approfondie des tendances
importantes en matière d’application de la science et de la technologie
dans le domaine des ressources naturelles et celui de la biodiversité
;
ii)
formuler des recommandations de politique
correspondantes en vue d’actions nationales, régionales et internationales
qui soient concrètes, réalistes et orientées vers l’action ;
iii) examiner les progrès réalisés dans l’application
des résolutions et des plans d’action relatifs aux politiques
concernant l’eau, l’énergie et les ressources minérales et la
manière dont la coopération régionale en serait renforcée ;
iv)
examiner et orienter les efforts que la CEA
fournit pour formuler des politiques en matière de ressources
naturelles et de science et technologie pour la période biennale
2000-2001 ;
v) envisager
des activités de suivi et en discuter à la prochaine réunion.
8. La
Secrétaire exécutive adjointe a émis l’espoir qu’à la fin de la
réunion, le domaine d’intervention de la CEA sera mieux recentré.
9. Par
ailleurs, un groupe d’experts de haut niveau en science et technologie
se penchera sur les questions importantes de compétitivité et
de développement durable.
b) Allocution de bienvenue du Représentant du gouvernement éthiopien
10. M. Asrat Bulbula, Commissaire à la science et à la technologie a,
au nom du gouvernement de la République fédérale d’Ethiopie a
souhaité aux délégués la bienvenue à Addis-Abeba et a déclaré
d’emblée qu’il est préoccupant que les pays africains ne puissent
exploiter leurs ressources naturelles de manière durable. Du
fait que l’Afrique ne pouvait adapter la technologie importée,
elle n’a pas été en mesure d’exploiter sa base de ressources immense
à un moment où elle subit une grave dégradation de l’environnement.
Celle-ci se manifeste par la diminution des réserves de forêts,
l’érosion des sols, la baisse de fertilité des sols, l’extinction
de la biodiversité et la pollution des eaux.
11. En Ethiopie, l’absence de capacités technologiques a entraîné
une mauvaise utilisation des ressources naturelles. Alors que
la majeure partie de ces ressources demeure inexploitée, près
de six millions de personnes ne mangent pas à leur faim. L’Ethiopie
exporte surtout du café, du cuir et d’autres produits de base.
Ce manque de compétitivité, qui est aussi le cas d’autres pays
africains, est imputée à la faiblesse des capacités technologiques.
12.
En dépit de quelques rares succès dans le domaine de la recherche
agricole, il est manifeste que la région n’a pas déployé suffisamment
d’efforts pour appliquer la technologie au développement industriel.
Il est important, par exemple, d’utiliser plus intensivement les
techniques d’irrigation et la télédétection dans le domaine de
l’agriculture. En conclusion, le Commissaire a déclaré que pour
profiter des bienfaits des innovations, l’Afrique doit se pencher
sur les facteurs culturels, organisationnels et structurels qui
freinent le changement social, économique et technologique et
proposer des stratégies appropriées pour surmonter ces obstacles.
Election
du Bureau (point 2 de l’ordre du jour)
13. Ont été élus membres du bureau les pays suivants :
Président :
Ouganda
Premier
Vice-Président : Niger
Deuxième
Vice-Président : Tunisie
Troisième
Vice-Président : Zambie
Rapporteur :
Gabon
Adoption
de l’ordre du jour et du programme de travail (point 3 de l’ordre
du jour)
14.
Les documents ECA/FSSDD/CNRST/99/I/Add.1 et ECA/FSSDD/CNRST/99/Inf.1
ont été examinés au titre de ce point de l’ordre du jour. Après
avoir attiré l’attention des participants sur les heures de travail
des différents groupes et les questions à examiner par ceux-ci,
l’ordre du jour et le programme de travail ci-après ont été adoptés.
1.
Cérémonie d’ouverture
· Allocution
de bienvenue du Secrétaire exécutif de la CEA
· Allocution
de bienvenue du représentation du Gouvernement de l’Ethiopie
2.
Election du bureau
3.
Adoption de l’ordre du jour et du programme
de travail
4.
Adoption des principes directeurs opérationnels
pour le CNRST
5.
Série d’exposés de l’UNU/IRNA par un invité
de marque
1) L’Afrique sur la scène mondiale : engagements internationaux et
réalités nationales
2) Alliances stratégiques dans le domaine de la science et de la technologie
3) Systèmes d’innovation nationaux et régionaux
6.
Groupe de discussion sur la compétitivité,
la durabilité et l’intégration en matière de mise en valeur et
d’utilisation de la science et de la technologie, et des ressources
naturelles en Afrique.
7.
Ressources naturelles en Afrique.
a)
Mise en œuvre du programme de la CEA dans
les domaines des minéraux, de l’énergie et des ressources en eau
et actions de suivi des recommandations de la Conférence de Durban
sur les minéraux et l’énergie
b)
Programme de travail de l’UNU/INRA dans
le domaine des ressources naturelles
8)
Réalisations et programme de travail de
la CEA et du CRAT dans le domaine de la science et de la technologie
en Afrique :
a)
Activités de la CEA
b) Activités du Centre régional africain
de technologie (CRAT)
9) Examen des recommandations en séance plénière
10) Thèmes et lieu de la prochaine réunion du CNRST
11) Adoption du rapport de la réunion
12) Clôture de la réunion
Adoption
des directives opérationnelles pour le CNRST (point
4 de l’ordre du jour)
15.
Au titre de ce point de l’ordre du jour, plusieurs représentants
ont demandé des explications sur les directives et proposé des
amendements en vue de rendre celles-ci plus opérationnelles et
de renforcer la coopération entre pays africains et avec leurs
partenaires stratégiques. Des inquiétudes ont également été exprimées
sur certains aspects du mandat du Comité qui leur ont semblé identiques
à celui d’autres organisations intergouvernementales et agences
des Nations Unies qui œuvrent dans le domaine des ressources naturelles,
de la science et de la technologie. Il a donc été proposé que
le secrétariat de la CEA établisse des liens et coordonne les
efforts avec les autres OIG et agences des Nations Unies avant
la mise au point définitive des directives.
16.
La réunion a également convenu de reporter l’examen des recommandations
proposées jusqu’à ce que les différents points de l’ordre du jour
aient été examinés de façon approfondie.
17.
Le document CEA/FSSDD/CNRST/99/4 a été examiné au titre de ce
point de l'ordre du jour. Les quatre rubriques de ce point de
l'ordre du jour ont fait l'objet d'un examen approfondi. Il s'agit
: de l'historique, des directives opérationnelles, des recommandations
et de la composition du bureau. Il a été suggéré que les discussions
sur les recommandations soient retardées afin de permettre aux
Etats membres d'y apporter leur contribution. Les Etats membres
ont proposé de légères modifications aux directives opérationnelles.
C'est ainsi qu'au point a), il faudrait insérer les termes "
coopération "et " long terme " ou " nouvelles
questions " en plus des questions d'actualité ou pressantes.
Les directives opérationnelles sont contenues dans le document
CEA/FSSDD/CNRST/99/4 intitulé : "Propositions relatives aux
statuts et aux fonctions du CNRST " présenté ci-dessous :
Propositions
relatives aux statuts et aux fonctions du CNRST
I. Historique
18.
La Conférence des ministres africains responsables du développement
économique et social et de la planification a adopté en avril
1996 la résolution n°826 (XXXII) par laquelle les ministres ont
mis en place de nouveaux organes chargés d'examiner les questions
générales de développement auxquelles le continent fait face.
Parmi ces organes et organismes subsidiaires (paragraphe "B-6"),
les ministres ont mis en place le Comité des ressources naturelles,
de la science et de la technologie en ces termes :
19.
"Le Comité assumera les fonctions exercées par la Conférence
régionale africaine sur la science et la technologie et la Conférence
des ministres africains en charge de la mise en valeur et de l'exploitation
des ressources minérales et de l'énergie. Toutefois, le Comité
sera composé de spécialistes de ces domaines ".
20.
Le comité servira de cadre pour la promotion de la coopération
entre pays africains dans les domaines de la science, de la technologie
et de la mise en valeur des ressources naturelles et pour la fourniture
de conseils sur les questions scientifiques et technologiques
rentrant dans le cadre du développement des Etats membres. Ce
Comité se réunira tous les deux ans. Son mandat est le suivant
:
a) Promouvoir les mesures visant à faciliter la coopération entre les
pays africains dans les domaines des ressources naturelles, de
la science et de la technologie ;
b) Servir de cadre d'échange d'informations et d'expériences
dans ces domaines ;
c) Aider la Commission à élaborer des programmes pour
le développement et l'application de la science et de la technologie
;
d) Conseiller la Commission sur les moyens de renforcer
son appui aux Etats membres dans le domaine de la gestion des
ressources naturelles.
II
- Directives opérationnelles
21.
Le Comité des ressources naturelles, de la science et de la technologie
(CNRST) devra :
a) Mener une analyse approfondie des questions de l'heure
sur la mise en valeur des ressources naturelles et des questions
scientifiques et technologiques pertinentes dans le cadre du développement
des Etats membres ;
b) Formuler des recommandations d'action sur ces questions
à l'intention des décideurs africains et de leurs partenaires
au développement ;
c) Fournir des orientations sur les activités de la CEA
en réexaminant le programme de travail actuel de la Division ainsi
que les programmes et les priorités proposés ;
d) Suivre les activités des Etats membres dans les domaines
susmentionnés ;
e) Examiner les préoccupations particulières des Etats
membres au sujet des ressources naturelles, de la science et de
la technologie et recommander les mesures à prendre dans ces domaines.
Série
d'exposés INRA/UNU par un invité de marque (point 5 de l’ordre du jour)
Thème : Science, technologie et croissance economique : Agenda
biopolitique de l'Afrique pour le xxie siecle
22.
Dr. Calestous Juma a donné trois conférences
sur le sujet précité. Le Dr. Uzo Mokwunye, Directeur de l’Institut
des ressources naturelles de l’Université des Nations Unies (UNH/INRA)
a présenté le distingué conférencier de la deuxième Conférence
annuelle UNU/INRA. Cette conférence était le couronnement des
efforts déployés conjointement par l’UNU/INRA et la CEA pour servir
les intérêts des Etats membres de la CEA. Il a ensuite présenté
le conférencier invité; Dr. Calestous Juma. Dr. Juma est le Directeur
du programme scientifique, technologique et d’innovation au Centre
pour le développement internationale de l’Université Harwarde.
Dr. Juma était Secrétaire exécutif de la Convention des Nations
Unies sur la diversité biologique.
Première
conférence : l'Afrique sur la scène mondiale : engagements
internationaux et réalités nationales
23.
Les pays africains ont réussi à faire entendre leur voix lors
des forums internationaux et contribué à modeler l'agenda mondial.
Ces efforts n'ont pas débouché sur un accroissement des opportunités
au niveau national, car pendant que les négociations internationales
offrent à l'Afrique un cadre de réflexion collective, elles n'offrent
aucune base pratique pour l'utilisation de ses ressources en vue
de résoudre ses problèmes d'agriculture et de santé humaine. La
place de l'Afrique dans l'économie mondiale a été largement définie
par ses richesses en ressources naturelles et, par conséquent,
son sort a été lié aux fluctuations des prix des produits de base
et à des facteurs politiques. Les ressources naturelles n'offrent
pas une base suffisante pour la croissance économique, à moins
que leur exploitation soit liée à la promotion de technologies
de transformation et à leur diffusion dans l'économie.
24.
Un certain nombre d'études ont montré que les pays africains accusent
du retard en matière de taux de croissance économique et d'accumulation
de richesses, retard dû en partie à l'absence de compétences technologiques
et à la dépendance exclusive vis-à-vis des ressources naturelles.
La présente intervention établit un lien entre géographie, écologie
et innovation, et analyse l'expérience de la région sur la scène
internationale, sur laquelle les pays africains ont exercé des
pressions de manière persistante en vue de réformes. Malheureusement,
cette présence active et visible de l'Afrique sur la scène des
négociations mondiales n'a pas beaucoup apporté au développement
économique de la région.
Discussions
25.
L’Afrique a déployé des efforts remarquables
pour attirer l’attention sur des questions majeures au cours des
négociations internationales. Cependant, les décisions politiques
au cours des négociations ne reposaient pas sur des éléments techniques
solides (comme dans le cas des négociations CBD) et ont débouché
sur les situations où l’Afrique n’a pas bien compris l’importance
des questions en cours de négociations. Les pays africains doivent
mettre en place la capacité d’analyse nécessaire pour bien comprendre
les avantages qu'elle devrait retirer des négociations internationales.
Les engagements financiers nécessaires pour mettre en applications
les conventions ne se matérialisent pas. L’indépendance financière
est indispensable pour faciliter l’acquisition de la technologie
nécessaire.
26.
Du fait qu’ils sont sous représentés,
il arrive que les délégués soient souvent épuisés, ce qui n’est
pas le cas pour les pays développés qui ayant de fortes délégations
peuvent changer le personnel participant aux négociations sans
que cela affecte leur position de négociations. L’acquisition
de la technologie nécessite certaines compétences pour l’évaluation
des différentes technologies et des besoins.
27.
Ce n’est pas une bonne chose d’attacher
une importance excessive au respect de la souveraineté sur des
ressources naturelles, en raison des développements technologiques
(par exemple les matières synthétiques et des nombreux arrangements
à long terme actuel pour l’exportation des ressources naturelles.
Les multiples arrangements multilatéraux ne sont pas vraiment
à l’avantage de l’Afrique et il est nécessaire de nouer des alliances
stratégiques bilatérales au moment où les africains participent
aux négociations multilatérales.
28.
La dépendance excessive à l’égard des
ressources naturelles peut en fait être un obstacle au développement.
29.
Un grand nombre des technologies acquises
en Afrique sont liées à des programmes d’aide. L’Afrique a par
conséquent été impliquée dans le type de finance qui élimine –
limite le choix de la technologie. Les programmes d’aide sont
essentiellement conçus pour faciliter le transfert de technologies
à partir des pays fournisseurs. Il a été noté que l’Afrique n’était
pas la seule à faire de mauvais choix technologique. La différence
c’est que la où d’autres pays ont tenté de tirer des enseignements
des échecs identifiées par les commissions d’enquêtes, dans les
pays africains, les commissions d’enquêtes servent à masquer les
échecs.
30.
La participation aux négociations des
accords internationaux demandent des consultations techniques
préalables, comme on l’a vu dans le cas l’UE. Les pays de la
SADC ont également des mécanismes pour entreprendre des consultations
et élaborer des positions communes. Il est nécessaire pour de
telles consultations régionales de définir des positions techniques
communes avant la participation aux négociations multilatérales.
31.
Les pays africains doivent s’engager dans
de larges consultations nationales pour adopter des lois/instruments
avant d’entreprendre des négociations multilatérales. Les consultations
nationales permettront d’avoir des contributions de tous les secteurs.
32.
Il est nécessaire que les diverses délégations
aux négociations comprennent des conseillers ou des experts en
science et technique. Ces experts et conseillers fourniront un
appui pour les négociations tout en poursuivant des négociations
bilatérales fondées sur des intérêts stratégiques. Des positions
multilatérales fortes peuvent être un moyen d’influer sur des
discussions au niveau bilatéral.
Deuxième
conférence : Alliances stratégiques dans le domaine de la science
de la technologie
33.
Les discussions multilatérales sont utiles à l'établissement des
normes et règles internationales, mais lorsqu'il s'agit de développement
technologique, tout se passe pratiquement dans les entreprises
au niveau national. Cela a des répercussions sur les options stratégiques
de l'Afrique en matière d'acquisition de technologies. Il ne
peut y avoir de croissance significative sans progrès scientifique
et technologique.
34.
Les stratégies d'acquisition de technologies des pays les plus
avancés sont différentes de celles des pays technologiquement
en retard, qui peuvent mettre à profit des technologies dont les
brevets ont expiré (ou sont en voie d'expiration). Le Japon, la
Corée et Taiwan fournissent des exemples de développement rapide
fondé sur l'utilisation de brevets qui sont tombés dans le domaine
public. Cela requiert une certaine capacité à rechercher et à
identifier des technologies dont les pays en développement ont
besoin.
35.
Dans les négociations internationales (par exemple, l'OMC), l'Afrique
passe beaucoup de temps à se battre sur la question des brevets.
Elle devrait plutôt consacrer ce temps à la maîtrise des informations
technologiques disponibles.
36.
Le problème de la fuite des cerveaux devrait être perçu comme
une question de compétences inexploitées qui auraient pu être
mises à profit. Les ressortissants des pays africains peuvent
contribuer au développement de leur propre pays sans pour autant
être physiquement présents sur le continent, ce qui hypothèque
le retour d'Africains dans leurs pays, où les infrastructures
pourraient faire défaut pour mettre à profit ces compétences.
37.
La diplomatie africaine sur la scène internationale devrait être
repensée. À cet égard, il y a lieu d'identifier les opportunités
de partenariat soutenues par des engagements politiques à cette
fin.
38.
L'Afrique devrait voir dans la biodiversité une ressource susceptible
d'être reconvertie en produits. Dans le domaine des ressources
génétiques, la taxonomie devrait constituer le point de départ
fondamental. Les facteurs de liaison dans l'utilisation des ressources
biologiques est l'existence de spécialistes de la taxonomie. Il
est nécessaire de disposer des capacités requises en matière de
taxonomie, afin de permettre à l'Afrique de définir ses ressources
génétiques. Les départements de botanique en Afrique devraient
se mettre au travail point.
39.
L’Afrique peut obtenir des installations de sequençage génétique
et des services de génie génétique auprès de certaines sociétés.
Le travail systématique à proprement parler devrait être suivi
d'une identification de gênes possédant des caractéristiques spécifiques.
Il est nécessaire de disposer d'un bureau des brevets qui supervise
l'exportation de brevets utiles au développement technologique
de l'Afrique.
40.
Pour ce qui est de la biodiversité agricole
(c'est-à-dire la diversification des cultures, en particulier
les cultures endogènes), certaines cultures endogènes n'ont pas
été commercialisées en raison des difficultés de traitement et
de la nécessité de modifier leurs structures ou caractéristiques.
Les cultures endogènes offrent une occasion de diversifier l'alimentation
de base au niveau mondial.
41.
Recherche biomédicale (utilisation des ressources biologiques
en vue de la production de médicaments) : dans la mise au point
des médicaments, les sociétés pharmaceutiques se tourneront de
plus en plus vers l'Afrique, en raison de ses riches ressource
se et de la diversité de ses écosystèmes. Il y a lieu d'engager
un travail préalable de taxonomie des ressources biologiques,
avant de passer au travail génétique et, en fin de compte, à la
mise au point de produits. En raison des sommes énormes que nécessite
pas la mise au point de médicaments en Afrique, aucun pays n'est
en mesure de s'y engager tout seul.
42.
Peu de fonds sont alloués à la mise au point de médicaments contre
les maladies tropicales, dans la mesure où les sociétés pharmaceutiques
étrangères soulignent la faiblesse du pouvoir d'achat en Afrique.
Il s'agit d'un domaine dans lequel les pays africains peuvent
établir un partenariat pour échanger l'accès à leurs ressources
contre des connaissances et des compétences en matière de mise
au point de médicaments contre les maladies tropicales.
Discussions
et conclusions
43.
Après de longues discussions sur des questions pertinentes, les
participants à la réunion sont parvenus aux conclusions suivantes
concernant les alliances stratégiques dans le domaine de la science
et de la technologie :
i)
Il est très important de poursuivre les
discussions bilatérales (un cadre dans lequel les institutions
et pays africains examinent leurs intérêts stratégiques et essayent
de maximiser le profit des partenariats) tout en maximisant le
profit qu'ils peuvent tirer des négociations multilatérales.
ii)
Les perspectives sont prometteuses en
ce qui concerne la capacité d'identifier les opportunités et d'élaborer
les priorités dans le choix de partenariats satisfaisants pour
les intérêts stratégiques.
iii)
Le contexte dans lequel les Africains
travaillent dans leur pays inhibe leur capacité de création. Ceux
qui vivent dans d'autres contextes inventent effectivement. D'autre
part, la plupart des chercheurs africains ne se focalisent pas
sur le dépôt de brevets car : ils ne sont pas bien informés ;
ils n'ont pas les moyens de s'acquitter des frais que nécessite
le dépôt de brevets; le fait de déposer des brevets n'est pas
un critère de promotion ou de progrès professionnel, en raison
de l'accent plutôt mis sur les publications.
iv)
Les résolutions prises lors des réunions
de l'OUA et de la CEA ne sont pas suivies d'actions concrètes.
Nous avons besoin d'une volonté politique pour appuyer des actions
spécifiques permettant de disposer de capacités en vue de la mise
au point de technologies.
v)
Les brevets ne constituent qu'une infime
partie du corpus de connaissances nécessaires à la mise au point
de produits. La mise au point de médicaments a lieu dans un cadre
industriel et non au sein d'organismes multilatéraux de santé
publique.
vi)
La coopération devrait être définie par
rapport au problème qui nous préoccupe. Nous avons eu tendance
à nous servir de la coopération Sud-Sud comme un instrument ou
une boîte à outils rudimentaire que nous appliquons à toutes les
questions. Le fait que des pays soient du Sud ne veut pas nécessairement
dire que les technologies soit interchangeables entre eux. Une
fois qu’un problème est défini, il s'agira de rechercher le meilleur
partenaire pour le résoudre, indépendamment de son origine des
géographique. La coopération Sud-Sud fonctionne dans les domaines
où les problèmes sont comparables.
vii)
Certaines sociétés ont généré des informations
ou des connaissances qui ne sont pas utilisées mais qui pourraient
s'avérer pertinentes pour les pays africains. Il y a une masse
considérable de connaissances déjà disponibles dans le Nord. La
question qui se pose est de savoir comment mobiliser les connaissances
déjà disponibles au profit des pays africains. Toutefois, à cette
fin, les pays devraient assurer le suivi des dates d'expiration
des brevets concernés (par exemple, beaucoup de connaissances
sur les plantes médicinales sont disponibles à l'Université de
Kyoto au Japon).
viii)
Il existe une masse considérable de connaissances
technologiques et scientifiques dans le monde, dont les brevets
ont expiré ou vont expirer, que les pays africains peuvent utiliser.
Toutefois, à cette fin, les pays devraient assurer le suivi des
dates d'expiration des brevets concernés. Les connaissances et
informations sont accessibles à travers l'Internet.
ix)
Des Africains ont mis au point des technologies
que les pays développés ont mis à profit, mais ils n'ont pas été
en mesure de les utiliser pour aider d'autres Africains. Ceci
est dû à la faiblesse des capacités technologiques de la région
à les mettre à profit. Le problème est de savoir comment les Africains
vont s'approprier les connaissances scientifiques en vue du développement
économique.
x)
Afin d'utiliser les connaissances comme
une ressource pour le développement de la région, il est nécessaire
de disposer d'une base de données digne de ce nom, qui présente
les chercheurs, leur domaine et lieu d'activité. Il est nécessaire,
par conséquent, de mener une enquête et de créer une base de données
sur les Africains de la diaspora dont les inventions peuvent être
utilisées en Afrique. Il est également nécessaire de renforcer
la collaboration qui existe entre certains établissements ou universités
d'Afrique et d'Amérique et qui a permis de mettre au point des
technologies ayant résolu certains problèmes de l'Afrique, en
particulier dans le domaine de l'agriculture.
xi)
Pour qu'un pays définisse une orientation
stratégique, il est nécessaire que des consultations internes
constantes aient lieu en vue d'évaluer la capacité scientifique
et technique de mettre au point le produit avant d'aller aux forums
internationaux pour mener des discussions sur l'accès à la mise
au point de ce produit. Pour négocier de manière efficace sur
quelque sujet que ce soit, il est essentiel que les positions
nationales soient élaborées sur la base de vastes consultations
internes formulées en termes de lois ou règlements en vue de promouvoir
des idées précises. Ces positions nationales forment, alors, la
base des négociations.
xii)
La taille des marchés est un facteur absolument
important pour mobiliser des capacités de mise au point de technologies.
C'est pourquoi, l'intégration régionale est importante pour l'acquisition
de technologies. Il est nécessaire de mettre en place un système
d'innovation reliant les établissements africains.
xiii)
Les pays africains ont souvent une approche
très méfiante des négociations, une attitude qui résulte d'une
culture de la peur. Il est défaitiste d'aborder les questions
stratégiques avec timidité lors de négociations internationales.
xiv)
Les Africains ne devraient pas limiter
la quête de coopération avec la diaspora. Ils devraient être ouverts
à la coopération avec tous ceux qui veulent collaborer dans le
sens des intérêts de l'Afrique.
Troisième
conférence : systèmes d’innovation nationaux et régionaux
44.
L’une des questions les plus cruciales qui se pose aux pays africains
est de savoir comment développer les capacités nécessaires en
vue de mobiliser la science et la technologie à des fins de développement.
L’absence de politiques et de mécanismes institutionnels clairs
destinés à promouvoir l’utilisation des technologies émergentes
constitue un obstacle, parmi d’autres, qui freine le développement
des capacités technologiques. Il est donc absolument nécessaire
de mettre en place, de façon systématique et dans une perspective
à long terme, les bases institutionnelles indispensables au développement
des capacités en matière d’analyse des politiques scientifiques
et technologiques. A titre d’exemple, l’UNU/INRA, de par le mandat
qui lui a été confié et ses capacités d’action à l’échelle panafricaine
ainsi que par les liens qu’il a établis à l’échelle mondiale avec
les institutions scientifiques et techniques spécialisées, constitue
l’institution idéale pour animer les activités de développement
des capacités africaines dans ce domaine.
45.
Il a été établi dans un grand nombre d’études élaborées depuis
le début des années 80 que les systèmes nationaux et les liens
établis entre les institutions technologiques sont plus importants
pour comprendre le dynamisme industriel que l’existence de telles
institutions isolées. L’idée du système national a, au fil du
temps, permis de favoriser le concept de systèmes d’innovation
régionaux. Les liens informels établis entre les différents acteurs
sont aussi importants que les liens officiels.
46.
Les réformes mises en œuvre dans les années 80 ont en particulier
porté sur la sphère macro-économique avec cependant peu de croissance
du fait précisément que ces réformes ont très peu tenu compte
des innovations technologiques. L’exportation de produits manufacturés
est un créneau favorable aux activités d’innovation parce que
les compagnies exportatrices sont tenues de respecter des normes
de qualité très rigoureuses. De telles activités dans le domaine
de l’innovation sont menées au sein des entreprises. Le système
national fournit, quant à lui, un appui technique alors que l’Etat
a pour tâche de créer un environnement favorable à l’activité.
Discussions
et conclusions
47.
Cette conférence a été suivie de discussions dont les principales
conclusions sont les suivantes :
i)Les membres du Comité ont souligné à nouveau
l’importance qui s’attache à l’établissement de liens entre les
différents secteurs composant le système national pour la promotion
de l’industrialisation.
ii)La collaboration entre pays et l’approche
régionale pour résoudre les grands problèmes que les Etats membres
ne pourraient régler individuellement.
iii)
Les effets profondément déstabilisants
des réformes menées dans les années 80 n’ont pas permis de mettre
en place des capacités technologiques nationales. Il est donc
nécessaire de revoir le rôle que jouent la Banque mondiale et
le FMI dans le développement de l’Afrique.
iv)
L’insuffisance des financements explique,
dans une large mesure, le peu d’attention accordée au développement
de la science et de la technologie. En conséquence, il importe
de faire participer le secteur privé de façon plus systématique
à l’acquisition des capacités technologiques.
v)
Des Etats membres ont fait des réserves
sur le rôle du secteur privé, au regard notamment des capacités
financières plus importantes de la sphère publique. Aussi faut-il
faire preuve de prudence dans les opérations de privatisation.
vi)
Dans ces réponses, le conférencier a souligné
de nouveau l’importance du rôle dévolu à l’Etat dans le processus
d’industrialisation et dans les actions de promotion des innovations
technologiques.
vii)
Le rôle du capital humain et donc la possibilité
de réformer le système éducatif a été mentionné. Il a été souligné
que les réformes globales du secteur de l’éducation étaient coûteuses
et leur issue incertaine. Il fallait donc, là également, examiner
cette question avec beaucoup de prudence.
viii)
La nécessité de former les Africains à
la définition et à la gestion des politiques scientifiques et
technologiques a été maintes fois soulignée. Etant donné les
nombreuses incertitudes qui accompagnent l’entrée dans le nouveau
millénaire, les pays africains sont appelés à investir massivement
dans la formation des ressources humaines nécessaires dans le
domaine de la gestion de la technologie.
Débat
en groupe sur la compétitivité, la durabilité et l’intégration
dans le développement et l’utilisation de la science et de la
technologie et des ressources naturelles en Afrique (point 6 de
l’ordre du jour)
48.
Un groupe de discussion sur le thèse central
de la compétitivité, la durabilité et l’intégration en ce qui
concerne l’utilisation de la science, la technique et des ressources
naturelles en Afrique a été créé. Les documents de base ont été
résumés. Dr. Z. Nyiira (Ouganda) a présidé les discussions.
49.
La première communication intitulée : «Ressources naturelles
et technologies : compétitivité et développement durable
en Afrique» ECA/FSSDD/CNRST/99/2 a été faites par le prof.
Banji Oyeyinka (Nigéria). Elle est résumée ci-après :
50.
L'importance relative des ressources naturelles
· L'importance
relative du capital naturel (CN) au regard des autres formes de
capital s'inscrit en opposition par rapport au revenu par habitant
. On peut le constater dans le tableau 1 où le capital naturel
ne représente qu'environ 2% de l'ensemble du capital de l'Europe
occidentale et de l'Océan Pacifique et 5% seulement de celui de
l'Amérique du Nord qui regorge de ressources. En revanche,
le capital naturel de la plupart des pays africains et du Moyen-Orient
représente respectivement 20 et 39% de leurs richesses. Si la
structure générale semble être confirmée par des observations
concrètes, les chiffres se rapportant aux pays les moins avancés
(PMA), en particulier les pays africains, semblent très bas.
· D'autres
études confirment la corrélation négative qui existe entre le
capital naturel et la richesse nationale. Sach et Warner (1995)
ont mis en évidence une relation négative entre le taux de croissance
par habitant et le taux d'exportation des ressources naturelles
par rapport au PIB pour 18 pays sur une période de 18 ans.
· Les
pays en développement qui regorgent de ressources affichent un
taux de croissance par habitant relativement faible cependant
que celui des pays exportateurs de produits minéraux est encore
plus faible. Entre 1980 et 1992, le taux de croissance moyen du
PNB par tête dans quelque 23 pays exportateurs de produits minéraux
était de - 0,5%, à l'exception de 5 pays, à savoir l'Indonésie,
la Colombie, le Chili, Oman et le Botswana. Nankani (1979) confirme
ces faits lorsqu'il affirme :
« ...
Les économies fondées sur les produits minéraux sont loin d'être
performantes : faibles taux de croissance, faibles niveaux de
protection sociale et répartition très inégale des revenus par
rapport aux PMA non exportateurs de produits minéraux »
· Hirschman
(1958) a également mis en évidence l'importance relativement faible
du capital naturel. Il en a conclu que les industries fondées
sur les ressources ont des effets beaucoup moins sensibles sur
les autres secteurs que les industries manufacturières et sont,
par conséquent, moins porteuses de croissance pour les autres
secteurs de l'économie.
51.
Capital humain et capital naturel :
· Les
faits abondent qui prouvent que les variations inter-régionales
en dotation de compétences/ressources sont étroitement liées à
la croissance économique. Par exemple, les compétences dont disposait
le groupe des pays d'Afrique subsaharienne en 1987 sont comparables
à celles de la République de Corée et de Singapour en 1960, ce
qui représente un écart de près de trente années. Les résultats
des études menées par différents chercheurs peuvent être codifiés
ainsi qu'il suit :
· Les
pays de l'Afrique subsaharienne (ASS) riches en ressources et
dont le revenu par habitant est le plus faible affichent le ratio
exportation de produits manufacturés/exportations primaires le
plus faible et ont le plus faible taux de scolarisation par unité
de superficie.
· Les
pays de l'Asie de l'Est qui sont pauvres en ressources et dont
le revenu par habitant est relativement élevé ont les ratios exportation
de produits manufacturés/exportations primaires les plus élevés
et affichent le taux de scolarisation le plus élevé par unité
de superficie.
· L'Asie
du Sud, l'Amérique latine et l'Asie du Sud-Est se situent entre
ces deux régions.
· Les
taux élevés de croissance économique ont été stimulés dans les
pays exportateurs de produits manufacturés grâce principalement
à l'essor d'un secteur manufacturier solide ; ce secteur exige
beaucoup de compétences techniques, variable qui entretient un
rapport positif avec la croissance économique.
· Le
secteur manufacturier a des externalités très fortes en ce sens
qu'il s'appuyait sur des niveaux relativement élevés de capacités
techniques et de moyens technologiques acquises à travers "
l'apprentissage technologique " (moyen par lequel les entreprises
accumulent les connaissances) ; les secteurs fondés sur les ressources
naturelles ont requis beaucoup moins de compétences technologiques,
mais ils ont contribué moins nettement à la croissance économique.
· L'industrie
fondée sur les ressources s'est davantage appuyée sur les ressources
foncières et les compétences techniques (et moins sur la main-d'œuvre)
que l'industrie manufacturière ; cela étant, l'avantage comparatif
n’était possible que si les pays riches en ressources complétaient
cet atout par des aptitudes et des compétences techniques plus
solides.
· La
structure de la production était étroitement liée à la demande
en matière d'éducation. Dans le cas de l'Asie de l'Est, la conjonction
de l'agriculture intensive et du secteur manufacturier qui, à
l'origine était à faible intensité de capital, a fait appel à
des aptitudes et des compétences technologiques plus élevées que
celles requises par le secteur des exportations primaires ou par
la substitution de la production nationale aux importations adoptée
par la plupart des pays africains. L'investissement dès le début
dans le secteur manufacturier a entraîné des investissements tout
aussi précoces dans l'enseignement primaire.
· L'abondance
de ressources naturelles combinées à de faibles ressources humaines
n'a pas été en mesure de promouvoir la diversification des exportations
sur la base de produits primaires non transformés; l'acquisition
postscolaire des connaissances devrait donc être sérieusement
prise en compte en complément de la formation reçue en milieu
scolaire. Pour cette raison, les pays faiblement dotés en capital
humain, mais riches en ressources naturelles, pouvait adopter
une stratégie de fabrication et d'exportation de produits primaires
transformés. Comme le montre le tableau 2, en Afrique, les ressources
humaines ont été essentiellement investies dans des activités
liées à l'agriculture de subsistance en milieu rural. Il n'était
donc pas surprenant que la part des produits manufacturés dans
la structure des exportations soit généralement faible dans les
pays africains, à l'exception de Maurice.
· Les
économies fondées sur l'agriculture semblaient avoir un taux caractéristique
de croissance faible par rapport aux économies qui s'appuyaient
sur le secteur manufacturier et qui étaient pauvres en ressources
; s'il était convenablement géré, le secteur agricole pouvait,
tout au plus, croître à un taux annuel de 4 à 6% tandis que le
secteur manufacturier pouvait progresser au moins deux fois plus
vite. En conséquence, une économie dont le secteur manufacturier
est faible enregistrerait probablement un taux de croissance économique
plus faible et contribuerait moins nettement au PIB qui varie
systématiquement en fonction du revenu par habitant.
52.
L'avantage comparatif est-il automatique
dans les secteurs fondés sur les ressources ?
53.
La question qui s’est posée ici était de savoir si l'avantage
comparatif était automatique lorsqu'il y avait abondance de ressources.
De tous les secteurs industriels, le seul dans lequel l'Afrique
enregistrait un avantage comparatif apparent était l'agro-alimentaire
(1976). Le secteur du cuir et de l'habillement a vu ses performances
s'améliorer sensiblement en 1986 et 1995 tandis que l'industrie
agro-alimentaire enregistrait un déclin. D'une manière générale,
les secteurs manufacturiers ont enregistré une bonne performance,
mais certaines filières " naturelles " comme le textile
et les boissons ont connu une baisse.
54.
Compte tenu des ressources abondantes dont regorgeait l'Afrique
dans les secteurs liés à l'agriculture, le niveau de compétitivité
de la région était plutôt décevant. A titre d'illustration, quelques
pays seulement ont gagné en compétitivité dans l'industrie de
l'habillement, des chaussures et du textile. Cependant, l'avantage
comparatif apparent s'est accru sensiblement dans les filières
du mobilier et du cuir qui sont des filières à très forte intensité
de main-d'œuvre. Quelle conclusion pouvait-on alors tirer de tout
ce qui précède ? Nous avons formulé ici un certain nombre de propositions
en guise de conclusion.
Conclusions
· L'abondance
de ressources n’a pas donné automatiquement d'avantages comparatifs
à une région ou à un pays.
· Une
stratégie orientée vers l'exportation n'a pas entraîné automatiquement
un accroissement de la productivité.
· L'accroissement
rapide de la productivité et la compétitivité qui en a découlé
ne pouvaient progresser qu'à travers l'accumulation des compétences
technologiques, celle-ci n'étant possible que grâce à l'apprentissage
technologique - méthode hautement heuristique - qui est un processus
de longue haleine nécessitant des investissements clairement définis
dans la formation des ressources humaines.
· S'il
est vrai que le capital naturel a orienté un pays ou une région
quant au type d'activité qu'il/elle pouvait mener, il n’a pas
constitué une condition suffisante pour assurer le développement.
Pour être compétitif, il faudrait renforcer les capacités des
entreprises locales et les mettre au niveau des autres entreprises
ailleurs dans le monde.
55.
La deuxième communication intitulée : « Principes directeurs
pour le développement et l’application de la biotechnologie en
Afrique ». a été faite par M. S. Jugessur du CDSR
de l’Afrique du Nord. L’orateur a souligné la nécessité de développer
les capacités, de mettre en valeur la main-d’œuvre et de renforcer
les institutions afin de permettre à la biotechnologie de résoudre
en partie les problèmes de l’Afrique dans les domaines de la sécurité
alimentaire, de la productivité et de la compétitivité
renforcées des produits primaires et de base à l’exportation.
Pour assurer le développement et la mise en œuvre de la biotechnologie,
il s’avérera nécessaire de mettre en place des politiques et des
législations appropriées, appuyées par le renforcement des capacités
requises en termes de main-d’œuvre et d’institutions.
Personnel nécessaire
·
Ingénieurs en biotechnologie
- sécurité biotechnologique
·
Techniciens
- bioéthique
·
Spécialistes en biopharmaceutique
- propriété intellectuelle
·
Aliments bioagricoles
- brevet
·
Cartographie du génome
- bioinformatique
56.
Des cours de biochimie, de microbiologie appliquée et de mécanique
biogénétique devront être dispensés au niveau universitaire.
Il conviendrait de procéder à des réformes dans les programmes
aux niveaux secondaire et universitaire et de prévoir des installations
pour des expériences en laboratoire et des tests pour les produits
57.
Une fois la main-d’œuvre disponible, il faudrait qu’elle utilise
ses connaissances pour la commercialisation des produits
obtenus par voie biotechnologique. Les universités devraient donc
installer des incubateurs technologiques où les
chercheurs pourraient collaborer avec des personnes du secteur
privé et commercialiser leurs idées et produits.
58.
Etant donné que l’Université n’est pas un organisme à but lucratif,
il lui faudrait créer un Bureau de transfert des technologies
qui, grâce à un Fonds de Recherche, fournirait le capital de lancement
à une Société d’exploitation privée qui aurait le mandat légal
de commercialiser les services et produits. Une structure à trois
niveaux comprenant le bureau universitaire de transfert des technologies,
le fonds de recherche universitaire et la société d’exploitation
privée formeraient alors la base institutionnelle requise pour
mettre l’application pratique de la biotechnologie au service
de la communauté, et pour générer la richesse qui pourrait être
réinvestie dans le développement socio-économique
59.
Les incubateurs biotechnologiques auront pour fonction de :
i)
évaluer le potentiel commercial et toutes
les possibilités en matière de recherche universitaire grâce à
une collaboration avec la communauté des chercheurs et la recherche
d’informations sur les besoins du secteur industriel;
ii)
Prendre des dispositions pour l’obtention
de brevet et la protection de la propriété intellectuelle;
iii)
Etablir des contrats de licence avec les
partenaires industriels qui s’occupent de la transformation des
produits et de l’exploitation de la technologie. Ces contrats
porteraient sur : a) des taxes sur licence à titre de paiements
initiaux ainsi que des taxes annuelles ; b) des redevances
minimales annuelles;
iv)
Fournir les premiers frais de démarrage,
les frais juridiques, les frais d’enregistrement des brevets ainsi
que la compétence technique dans le domaine des affaires;
v)
Agir en qualité d’intermédiaire entre le
partenaire industriel et l’institut de recherche universitaire;
vi)
Organiser des séminaires et procéder à des
démonstrations technologiques à l’intention des partenaires industriels.
60.
A moins que les mesures ci-dessus ne soient prises, la biotechnologie
n'aura en Afrique qu'un caractère universitaire et les personnes
formées iront grossir les rangs des experts qui ont fuit le continent.
Il ne s'agit donc plus de " publier ou périr " mais
de " commercialiser ou périr".
61.
Par conséquent pour que la biotechnologie donne de bons résultats
dans les pays africains, il faudrait adopter les mesures ci-après
:
62.
Mesure N°1 : Tous les Etats membres doivent mettre en place
(si ce n'est déjà fait) un Comité national de la biotechnologie
(CNB), chargé d'élaborer des objectifs nationaux à court, moyen
et long terme et des programmes nationaux de biotechnologie mais
aussi de suivre la mise en œuvre de ces programmes en harmonie
avec les priorités et les besoins définis aux niveaux sous-régional,
régional et mondial.
63.
Mesure N°2 : Etant donné que sur le marché mondial, les
exportations agricoles traditionnelles subissent la concurrence
de produits modifiés grâce à la biotechnologie dans les pays développés,
les pays africains doivent diversifier leur production et encourager
l'application de la biotechnologie afin d'obtenir des produits
améliorés qui leur permettent d'assurer la sécurité alimentaire,
d'atténuer la pauvreté et de faire face à la concurrence mondiale.
Les gouvernements doivent accorder toutes les incitations nécessaires
à la promotion des entreprises locales dans le domaine de la biotechnologie.
64.
Mesure N°3 : Les pays africains doivent accorder une attention
particulière à la mise en place des capacités locales permettant
de développer et d'utiliser la biotechnologie pour leur propre
bien. La priorité doit aller à la réforme des programmes scolaires
et universitaires afin de former un personnel qualifié, capable
d'utiliser la biotechnologie convenablement. Il faut encourager
les foyers de technologies, afin que la recherche sur la
biotechnologie puisse être commercialisée, avec la pleine participation
du secteur privé.
65.
Mesure N°4 : Pour se conformer à l'Accord de l'Organisation
mondiale du commerce sur les aspects des droits de propriété intellectuelle
qui touchent au commerce, les pays africains doivent adopter
d'urgence une réglementation relative à la propriété intellectuelle
afin de protéger les espèces végétales et animales contre le pillage
international et assurer des droits d'obtentions végétales afin
que les agriculteurs ne soient pas obligés de compter sur les
semences produites à l'extérieur.
66.
Mesure N°5 : Les pays africains doivent adopter des législations
nationales permettant de protéger durablement la biodiversité
locale contre une exploitation et une gestion inappropriées. Pour
ne pas perdre à jamais des espèces animales et végétales rares,
les pays doivent créer des banques de gènes afin de garantir l'existence
des ces espèces pour les générations futures.
67.
Mesure N°6 : La libération éventuelle, dans l'environnement,
de nouvelles souches génétiquement modifiées d'insectes, de bactéries
et de virus, ainsi que d'armes chimiques produites grâce à la
biotechnologie peut avoir des effets dévastateurs sur la vie des
végétaux, des animaux et des hommes. Les pays africains doivent
élaborer des législations nationales compatibles avec la réglementation
internationale en vigueur et mettre en place des organismes de
réglementation chargés de contrôler l'importation d'organismes
génétiquement modifiés, afin de garantir la sécurité biologique,
conformément au Protocole en matière de sécurité biologique.
68.
Mesure N°7 : Les pays africains doivent accorder l'attention
requise aux questions d'éthique lorsqu'ils développent et exploitent
la biotechnologie pour leur propre intérêt. Le bien-être des couches
pauvres de la population doit être érigé en principe directeur.