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Cinquième Forum pour le développement de l'Afrique (ADF V)

 

Discours de Monsieur Abdoulie Janneh, Secrétaire général adjoint de l'ONU et Secrétaire exécutif de la CEA

16 novembre 2006
Centre de conférences des Nations Unies

Addis-Abeba

Excellence, Monsieur Meles Zenawi, Premier Ministre de la République fédérale démocratique d'Éthiopie,

Excellence, Monsieur Kofi Annan, Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies,

Excellence, Monsieur Alpha Oumar Konaré, Président de la Commission de l'Union africaine,

Excellence, Monsieur Donald Kaberuka, Président de la Banque africaine de développement,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les membres du corps diplomatique,

Mesdames et Messieurs les Chefs de secrétariat d'organismes et de fonds des Nations Unies,

Chers invités,

Chers jeunes Africains,

Mesdames et Messieurs,

C'est un grand plaisir pour moi de vous accueillir, tous, à la Commission économique pour l'Afrique et au cinquième Forum pour le développement de l'Afrique (ADF V) sur le thème de Jeunesse et leadership au XXI e siècle.

Je voudrais adresser mes sincères remerciements au Premier Ministre, Monsieur Meles Zenawi, pour son soutien constant à la CEA en général et au processus d'ADF en particulier. Nous savons gré au Premier Ministre d'avoir toujours trouvé le temps d'assister au Forum, depuis son lancement. Monsieur le Premier Ministre, votre expérience personnelle, qui vous a mené à la tête de votre pays à un très jeune âge, ne manquera pas d'inspirer les jeunes femmes et jeunes hommes réunis ici. Elle leur montrera les conséquences déterminantes des décisions que nous prenons dans notre jeunesse.

Permettez-moi, Excellences, Mesdames et Messieurs, de remercier tout particulièrement le Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies, Monsieur Kofi Annan, illustre fils de notre continent, d'avoir bien voulu se joindre à nous aujourd'hui. Le Secrétaire général a été un ardent défenseur des jeunes non seulement à l'ONU mais aussi au sein de la communauté internationale au sens large. Nous nous souvenons à cet égard qu'il avait saisi l'occasion d'une visite de S.A.R le Prince de Galles à l'ONU pour organiser avec ce dernier une table ronde sur: «L'emploi des jeunes et l'entreprise : Que peut faire le Secteur privé ?». Monsieur le Secrétaire général, nous vous sommes profondément reconnaissants de votre présence ici.

La CEA a organisé ADF V conjointement avec l'Union africaine (UA) et en collaboration avec la Banque africaine de développement (BAD). Je tiens donc à remercier M. Alpha Oumar Konaré, Président de la Commission de l'Union africaine, pour son engagement personnel en faveur d'ADF et je salue, à travers lui, les efforts consentis par la Commission de l'Union africaine pour rendre ADF V possible. Je remercie également M. Donald Kaberuka, Président de la Banque africaine de développement, d'appuyer ADF et d'approfondir la collaboration entre nos deux institutions.

M. Konaré et M. Kaberuka, par votre simple présence ici, vous symbolisez notre accord tripartite et notre détermination de renforcer notre collaboration pour accompagner avec plus d'efficacité notre région dans sa quête de développement.

Je tiens également à remercier tous les organismes des Nations Unies, en particulier ceux qui travaillent en Afrique, ainsi que l'Organisation internationale de la francophonie, pour tout ce qu'ils ont fait pour rendre ADF V possible. Notre collaboration et la cohérence de notre action sur tous les éléments de la préparation d'ADF peuvent servir d'exemple à tous ceux qui œuvrent de concert pour le bien de tous.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

La Commission économique pour l'Afrique a lancé le Forum pour le développement de l'Afrique (ADF) en 1999, en tant que cadre multipartite de débats, de discussions et de lancement de stratégies concrètes pour le développement de l'Afrique. Chaque Forum porte sur un thème d'actualité. Par exemple, ADF I a porté sur les technologies de l'information et de la communication et ADF II sur le défi que représente le VIH/sida pour les dirigeants africains.

Le thème de la présente édition d'ADF, à savoir Jeunesse et leadership au XXI e siècle , est le fruit d'une très longue réflexion. Ce choix obéit au souci de rendre hommage à la «jeunesse» du continent africain, non pas sur le plan géologique, évidemment, mais sur le plan démographique. En effet, près des deux tiers de notre population sont âgés de moins de 25 ans. Aujourd'hui, les jeunes représentent 45% de la main-d'œuvre totale de notre région, situation qui ne devrait guère changer dans un proche avenir, selon les projections les plus récentes.

Les jeunes représentent une force au sein de la société, non seulement parce qu'ils sont les dirigeants de demain, mais aussi parce qu'ils sont les moteurs du progrès. Ils figurent parmi les membres les plus créatifs et les plus novateurs de la société, s'ils ne sont tout simplement pas les plus créatifs. En tant qu'acteurs clefs de plusieurs sphères du développement, ils sont à l'origine de la plupart des idées «radicales» qui très souvent transforment les sociétés. Dans sa nouvelle autobiographie intitulée «You Must Set Forth at Dawn» , le lauréat du prix Nobel de littérature, Wole Soyinka, un des illustres fils de notre continent et un des orateurs de marque d'ADF III, nous rappelle l'importance centrale et le rôle formateur de cette période de notre vie. Wole nous y apprend que, pour apporter une contribution concrète à la société, nous devons partir à l'aube, c'est-à-dire commencer très tôt dans la vie.

La présente édition d'ADF ne porte pas seulement sur la «dette» des adultes africains envers les jeunes, qui, en fait, ne constitue qu'une partie de la réalité. Il s'agit également d'évoquer les importantes décisions que les jeunes doivent prendre, des décisions qui concernent leur propre vision de la société africaine au sein de laquelle eux-mêmes ainsi que leurs enfants et petits enfants voudraient vivre. Je dois reconnaître que, dans cette époque marquée par la mondialisation et un individualisme accru, la prise de telles décisions n'est souvent pas chose facile, surtout lorsqu'on voit que le paysage télévisuel est dominé par des chaînes telles que MTV et Channel O.

Les progrès que fait l'Afrique sont réels : un très grand nombre de pays ont réussi à maintenir un taux de croissance économique supérieur à 5% par an pendant plus de cinq ans. Des améliorations sont également à noter dans le domaine de la gouvernance, avec un renforcement des droits et libertés démocratiques sur l'ensemble du continent. Il n'en reste pas moins des défis de taille à relever, notamment pour ce qui est d'éliminer la pauvreté, de combattre la maladie, d'améliorer les niveaux de développement humain et, enfin, d'accélérer les efforts visant à réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement. Les jeunes de notre continent choisiront-ils de vivre dans une Afrique à jamais considérée comme le canard boiteux en matière de développement humain et social, une Afrique en tête des bénéficiaires de l'aide, une Afrique à la traîne pour ce qui est de contribuer au progrès scientifique et technologique ? Ou choisiront-ils plutôt de tirer parti des améliorations récemment constatées sur l'ensemble du continent pour bâtir l'Afrique de leurs rêves, c'est-à-dire une Afrique qui est l'égale des autres régions du monde ?

Les jeunes étant l'avenir de notre continent, les décisions que prendra chacun d'eux auront de profondes répercussions sur notre région en particulier et sur le monde en général. C'est ainsi que la réalisation par l'Afrique des Objectifs du Millénaire pour le développement, d'ici 2015, dépendra essentiellement des décisions que prendront les jeunes.

Chacun d'entre nous peut certes décider de partir à l'aube, mais il importe pour cela que nos gouvernements, les adultes et les partenaires de développement de l'Afrique créent des conditions aussi propices que possible dans les domaines tels que l'emploi, la santé, l'éducation, etc. Force est de reconnaître que ces conditions ne sont pas toujours réunies. Souvent, les jeunes et les questions qui les intéressent sont marginalisés dans les structures économiques, sociales et politiques des pays ; de même, les jeunes sont touchés de manière disproportionnée par les problèmes de développement que connaît le continent.

Dans un sens, on peut affirmer que l'Afrique se sera développée lorsque les chances de survie des jeunes n'y seront plus compromises par la pauvreté, le chômage, la maladie et une éducation de mauvaise qualité. Prenons, par exemple, l'émigration des jeunes Africains vers d'autres continents. Elle s'explique certes par des aspirations personnelles, mais aussi, et surtout, par le manque d'emploi, nos économies ne créant pas suffisamment d'emplois dignes de ce nom pour les jeunes.

Ce manque de possibilités pousse un nombre grandissant de jeunes à tenter d'émigrer vers des pays offrant de meilleures perspectives d'emplois. Beaucoup d'entre eux trouvent la mort dans cette quête, tandis que beaucoup d'autres, une fois arrivés à destination, en sont finalement réduits à lutter pour rester au bas de l'échelle des sociétés où ils se sont établis.

On peut surmonter ces problèmes au moyen d'un partenariat, ou d'un contrat entre les jeunes et les anciens. Il est toutefois un contrat que la jeunesse ne peut établir qu'avec elle-même. Je voudrais à cet égard paraphraser le Secrétaire général, qui s'adressait aux jeunes du monde entier à l'occasion du récent Sommet mondial sur la jeunesse: parce qu'ils sont les dirigeants de demain, les jeunes ont un rôle capital à jouer dans les efforts que nous accomplissons pour réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement, qui fixent des cibles simples, axées sur les êtres humains. Mais il incombe aux jeunes de se rendre indispensables et au reste d'entre nous, les dirigeants en particulier, de les aider à se rendre indispensables.

Commençons dès le présent ADF, dont nous connaissons désormais le programme de travail, et sortons de cette réunion déterminés à créer avec les jeunes un nouveau partenariat fondé sur le ferme engagement des deux parties à ne pas se dérober à leurs responsabilités vis-à-vis d'eux-mêmes et vis-à-vis de la société dans son ensemble. Je compte que notre réunion aboutira à la définition d'un consensus et l'adoption d'un programme pratique pour mieux faire contribuer la jeunesse au développement de l'Afrique.

Je vous remercie.