INTRODUCTION
Le
troisième Forum pour le développement de lAfrique (ADF III)
est consacré à lintégration économique. Il sinscrit
dans le droit fil de la décision de créer lUnion africaine
prise par le Sommet des chefs dEtat et de gouvernement africains
tenu en juillet 2001 à Lusaka. Le lancement de lUnion africaine
offre une occasion historique daccélérer lintégration
régionale tâche dautant plus urgente pour lAfrique
que léconomie mondiale est en pleine mutation. LActe
constitutif de lUnion africaine prévoit la création dune
union économique et monétaire dont la responsabilité incombera à
toutes les parties prenantes, en particulier les grandes institutions
régionales et sous-régionales du continent lOrganisation
de lUnité africaine (OUA) et les organes qui la remplaceront, la
Commission économique pour lAfrique (CEA) , la Banque africaine
de développement (BAD) et les communautés économiques régionales.
Laccélération
du développement de lAfrique passe par lintégration
économique. ADF III réfléchira à lexpérience acquise en matière
dintégration régionale, en Afrique et dans les autres régions
du monde. Il identifiera les priorités et les grandes options de
nature à accélérer lintégration du continent et il définira
les mesures à prendre sur la voie de lunion économique et
monétaire dans un cadre africain. Il rassemblera des acteurs très
divers gouvernements, parlements, milieux daffaires,
finance, syndicats, société civile, organisations internationales
et diaspora- qui examineront ces problèmes, affineront les termes
des choix qui se présentent et chercheront un consensus sur les
mesures à prendre. Exploitant lélan politique donné par lentrée
en vigueur de lUnion africaine, ADF III cherchera à impulser
un processus participatif et inclusif, à accélérer les efforts dintégration
de lAfrique et à trouver un consensus sur les mesures clés
à prendre. Il sera également loccasion de lancer un processus
de suivi systématique des efforts dintégration en Afrique.
Depuis
sa création, il y a deux ans seulement, ADF a eu un impact significatif.
Il sest taillé une réputation defficacité car il permet
de mener un dialogue approfondi et de rechercher un consensus sur
des problèmes de développement urgents pour lAfrique, ainsi
que de définir des priorités et des stratégies dapplication,
au niveau national, au niveau régional et au niveau sous-régional.
ADF 99 avait réfléchi aux moyens de faire entrer l'Afrique dans
l'ère de l'information et ADF 2000 aux mesures que devaient prendre
les dirigeants pour juguler le VIH/SIDA.
ADF III
s'articulera autour de cinq modules thématiques: "Politiques
économiques propres à accélérer lintégration régionale";
"L'intégration physique par le développement des infrastructures";
"Solutions régionales à des problèmes régionaux"; "Arrangements
et capacités institutionnels "; "Architecture de
paix et de sécurité".
CONTEXTE
Dans le
monde entier le mouvement vers lintégration régionale est
en plein essor, sous la pression des trois superpuissances économiques que
sont les États-Unis, lUnion européenne et le Japon. La mondialisation
a sonné le glas du nationalisme économique et lon recense
de par le monde plusieurs expériences dintégration régionale.
Leur principal enseignement est toujours que lintégration
régionale est avant tout un processus politique qui part du principe
que les intérêts souverains sont mieux défendus par une action régionale.
Une ferme volonté politique est donc la condition première de lintégration
régionale.
Le panafricanisme
instauré par Kwame Nkrumah ainsi que dautres grands dirigeants
politiques et penseurs de lindépendance a fait naître une
forte volonté dunité, véritablement ancrée dans la tradition
politique du continent. Ces quarante dernières années, les tentatives
de promouvoir lintégration politique et économique du continent
nont certes pas manqué mais, si quelques réussites ont été
enregistrées dans le domaine de la coopération et de lintégration
sous-régionales, les efforts dintégration à léchelle
de lAfrique toute entière nont encore guère donné de
résultats concrets. Pour ce qui est de lavenir, les circonstances
particulières du continent rendent lintégration régionale
particulièrement difficile dans le contexte de mondialisation. LAfrique
a des niveaux de pauvreté extrêmes. Sa part dans le commerce mondial
est dérisoire. Son capital humain et ses infrastructures sont les
moins développés du monde.
En juillet
2000, les dirigeants africains se sont engagés à créer lUnion
africaine et à transformer lOUA en Commission de lUnion
africaine. Ce projet politique a une composante économique majeure,
comme en témoigne lengagement de créer une union politique
et monétaire. Lavènement de lUnion africaine offre également
une occasion de raffermir la volonté politique en faveur de lunité
africaine et il place lintégration régionale au coeur de lagenda
de développement du continent. Les dirigeants africains, à tous
les niveaux, sont désormais obligés de réfléchir aux moyens de transformer
les processus actuels dintégration, qui sont importants mais
limités, en des instruments plus ambitieux et plus efficaces pour
lunification économique et politique de tout le continent.
Pour
accélérer lintégration régionale de lAfrique, il faut
bien comprendre les nuances qui distinguent les processus dintégration
des différentes régions, de même que les caractéristiques de lAfrique.
Il convient à cet égard de garder un certain nombre de choses à
lesprit. Lintégration régionale de lAfrique sera
nécessairement différente de celle de lEurope, des Amériques
ou de lAsie de lEst. Il sagira de lintégration
« Sud-Sud » déconomies peu industrialisées, généralement
tributaires de lagriculture et dont le commerce intrarégional
est négligeable. Le rôle des pays les plus puissants du continent
doit être analysé avec soin. Il ressort des exemples dintégration
régionale réussie que des Etats économiquement puissants en sont
toujours le moteur. Les relations entre les grandes économies africaines
et leurs voisins moins nantis seront donc un élément crucial pour
l'élaboration et la réussite des programmes d'intégration régionale.
Enfin, puisque les communautés économiques régionales sont la réalité
économique daujourdhui, lun des grands problèmes
sera de savoir comment harmoniser leur configuration pour les rendre
mieux à même de jouer leur rôle de piliers de l'union continentale
en gestation.
La
rapidité de lintégration est un facteur clé. A ce jour, lintégration
de lAfrique a été lente. Les réussites enregistrées dans le
domaine de lintégration sous-régionale et les perspectives
davenir en la matière doivent faire lobjet dune
évaluation critique. La régionalisation de lAfrique doit en
outre être considérée comme une étape de l'intégration dans une
économie mondialisée. Néanmoins, si elle est porteuse d'immenses
opportunités, une telle mutation n'en risque pas moins de créer
des laissés-pour-compte. Parce que le processus dintégration
pèsera sur dimportants secteurs économiques, il faudra des
institutions et des mécanismes pour éviter qu'il ne fasse des laissés-pour-compte.
Jusqu'à
présent, les institutions en place nont guère permis de réaliser
les objectifs dintégration souhaités et le processus a été
miné par une instabilité politique endémique et des conflits persistants.
Or, lhistoire de lintégration va de pair avec linstauration
dinstitutions multinationales fortes. Pratiquement toutes
les grandes questions que lAfrique doit résoudre - et plus
particulièrement celles du commerce et de linvestissement
au niveau régional - supposent des organisations régionales et sous-régionales
plus fortes et plus viables financièrement. En outre, pour participer
et contribuer à léconomie mondiale, il faut absolument des
connaissances et des compétences spécialisées.
Mais surtout,
lintégration est un projet politique tout autant quéconomique,
qui ne peut aboutir que si les incitations, les mécanismes et les
moyens politiques sont en place. Cependant, jusquà présent,
le débat sur la façon dont lAfrique peut parvenir à lunion
sest essentiellement déroulé dans le cadre intergouvernemental,
sous la médiation de lOrganisation de lunité africaine
(OUA). Ce problème a été souligné à une réunion organisée récemment
par lOUA afin délargir la participation de la société
civile à linstauration de lUnion africaine. Il a également
été évoqué au Sommet de lOUA tenu à Lusaka. La réussite de
lintégration passe obligatoirement par la participation de
toutes les composantes de la société civile, y compris le secteur
privé.