OPINION
LE FORUM EXHORTE
LES DIRIGEANTS A SURMONTER LES OBSTACLES A L'INTEGRATION
Gumisai
Mutume,
FDA info, 3ème numéro,
mercredi 6 mars 2002 [sommaire]
C’est la quatrième fois au moins que les dirigeants africains
élaborent des plans ambitieux d’intégration économique. Ils n’ont
guère enregistré de succès à ce jour. Au Troisième Forum pour
le développement de l’Afrique (FDA III) qui se tient cette semaine
à Addis- Abeba sur le thème «définir les priorités de l’intégration
régionale», des appels pressants ont été adressés aux dirigeants
africains pour qu’ils recherchent des solutions efficaces aux
problèmes épineux qui ont compromis l’intégration ces dernières
décennies.
«Nous devons parler franchement des appréhensions que nous avons,
mais que nous n’exprimons pas souvent –perte éventuelle de souveraineté,
possibilités de développement, dividendes du développement» a
déclaré le Secrétaire exécutif de la Commission économique pour
l’Afrique (CEA), K. Y. Amoako. Les questions posées figurent parmi
«les plus complexes que l’on puisse imaginer. Elles exigeront
de la part des dirigeants une réflexion approfondie et un courage
politique hors du commun».
Les dirigeants africains ont officiellement lancé les initiatives
en faveur d’une Afrique unie en 1963 avec la création de l’Organisation
de l’unité africaine (OUA). En 1980, la vision a été élargie à
travers le Plan d’action de Lagos, qui a jeté les bases d’une
Communauté économique africaine (CEAf). Le Traité instituant la
CEAf a été signé il y a plus d’une décennie.
L’étape la plus récente vers l’intégration devrait aboutir à
la création d’une Union africaine vers la fin de l’année en cours,
en remplacement de l’OUA.
«Sans doute le processus d’intégration a- t- il souffert de nombreuses
lacunes qui expliquent la médiocrité de la performance» souligne
Pr Adebayo Adedeji, ancien Secrétaire exécutif de la CEA, qui
fut un pionnier des effort d’intégration africaine. Il a indiqué
que la plus grande lacune a peutêtre été le manque de volonté
politique. Trop souvent, a- t- il poursuivi, on avait privilégié
la souveraineté nationale au détriment de la poursuite d’objectifs
à long terme d’intégration régionale.
Les gouvernements africains ne voulaient pas non plus imposer
de sanctions aux États défaillants, et les institutions intergouvernementales
et régionales ont souffert de cette situation. D’après l’OUA,
les États membres auraient des arriérés de contributions de 53
millions de dollars.
Selon un rapport récent de la CEA, les gouvernements africains
n’auraient pas non plus honoré leurs engagements financiers à
l’échelon régional. Au sein du Marché commun d’Afrique de l’Est
et d’Afrique australe, le recouvrement des cotisations, qui s’établissait
à 100% en 1993, est tombé à environ 50% en 1998.
De plus en plus, on invite les dirigeants africains à rationaliser
les communautés économiques régionales (CER) qui existent en nombre
pléthorique. On compte actuellement 14 CER sur le continent, dont
beaucoup font double emploi et mènent leurs activités sans coordination
ni échange d’informations.
Dans une étude récente sur l’intégration régionale, la Banque
africaine de développement note que parce qu’ils sont réticents
à renoncer à leur souveraineté nationale, les États ont eu tendance
à «créer des institutions intergouvernementales avec toutes sortes
de mandats et de protocoles qui font double emploi, et peu de
mécanismes chargés de veiller à l’application des textes». La
plupart des pays sont membres de deux ou de plusieurs de ces organisations,
tandis que sept seulement sont membres d’une seule organisation.
La liste des problèmes auxquels doivent faire face les dirigeants
africains sur la voie de l’intégration politique, économique et
sociale, est longue. L’un de ces problèmes a trait à la diversification
des exportations. Presque tous les pays africains sont tributaires
d’un petit nombre de produits de base.
M. Amara Essy, Secrétaire général de l’OUA, affirme qu’un autre
problème consiste à faire participer la société civile et le secteur
privé. Cette participation, soulignet- il, «est indispensable
pour réaliser l’Union africaine». À ce jour, le processus de mise
en place de l’Union africaine a presque exclusivement été l’affaire
des gouvernements africains.
Des conflits éclatant souvent, il faudra rechercher de nouveaux
mécanismes de prévention des guerres et de maintien de la paix.
Pour assurer la médiation et mettre en application des accords
de paix, l’Afrique s’est souvent appuyée sur la communauté internationale
–soit par accord bilatéral, soit à travers le système des Nations
Unies.
Mais l’obstacle le plus redoutable qu’il faudra surmonter est
de réunir des pays qui connaissent une pauvreté grandissante,
enregistrent de faibles taux de croissance économique et d’épargne
intérieure et dépendent de l’aide publique au développement, fait
observer l’organisation intergouvernementale InterAfrica Group
(IAG). «Au cours de l’Histoire, il y a eu quelques expériences
réussies de coopération économique entre pays pauvres et économiquement
dépendants» note IAG.
Gumisai
Mutume,
FDA info, 3ème numéro,
mercredi 6 mars 2002 [sommaire]