L'UNION AFRICAINE:
IL NE FAUT PAS FAIRE UNE "OUA BIS"
Doua Gouly,
FDA info, 5ème numéro,
vendredi 8 mars 2002 [sommaire]
Les participants à la huitième séance plénière du Troisième
Forum pour le développement de l’Afrique (FDA III), séance qui
portait sur le thème «mise en place d’une Union africaine efficace»
ont réagi très positivement aux exposés sur les textes constitutifs
de l’Union africaine. Dans l’ensemble, chacun a souhaité une grande
participation des populations à cette organisation.
Les animateurs se sont attiré la sympathie des participants à
cette séance par la pertinence de leur propos. C’est le cas, notamment,
du Pr Maria Nzomo de l’Université de Nairobi (Kenya), dont la
volonté de voir les populations associées aux décisions concernant
l’Union africaine a été largement approuvée par les participants
à la séance.
«L’Union africaine dans sa conception actuelle risque fort d’être
l’OUA bis. Les institutions déjà créées restent l’apanage exclusif
des chefs d’État et des ministres. Il faut vite corriger cela
en créant d’autres institutions au sein desquelles les femmes,
les jeunes et la société civile puissent s’exprimer sur la vie
de l’Union», a- t- elle souligné.
Le Pr Avocksouma Djora de l’Université de N’djamena (Tchad) partage
l’avis de sa collègue du Kenya. Il va même plus loin en disant:
«Toutes les grandes décisions doivent être prises par référendum
dans les pays de l’Union africaine. Cela se fait déjà en Europe.
Il n’y a pas de raison que cela ne se fasse pas en Afrique. Le
Traité de Maastricht a mobilisé pratiquement toutes les populations
européennes. Il doit en être ainsi pour l’Union africaine», a-
t- il soutenu.
Le Ministre centrafricain de l’équipement, des transports et
de l’habitat, M. André Toby- Kotaza, partage également l’avis
de l’exposante kenyane: «Le temps où l’on décidait à la place
des populations est révolu», at- il dit avant d’ajouter: «Les
populations doivent être consultées à chaque étape de l’intégration
africaine. C’est seulement par cette voie qu’elles se sentiront
concernées par l’Union africaine».
Même réaction pour M. Oumarou Ibrahim, député à l’Assemblée nationale
du Niger pour qui «la composition du parlement panafricain doit
tenir compte de l’ensemble des populations africaines». «Je pense
que la représentation de ces populations doit être effective au
niveau du parlement. Cette présence permettra à tous les Africains
de rester en phase avec le fonctionnement de l’Union», a affirmé
le député nigérien.
Les membres de cette séance estiment, tout comme le Pr Maria
Nzomo, que «l’on ne doit pas craindre les problèmes financiers
et de ce fait écarter les représentants des populations dans les
institutions de l’Union africaine». Selon eux, les ressources
peuvent venir d’elles- mêmes. «En effet, a indiqué M. Oumarou
Ibrahim, beaucoup d’argent passe dans les guerres et autres conflits,
pendant que les populations souffrent de malnutrition et de maladie.
Il suffit de faire de ces dernières choses une priorité pour qu’elles
le deviennent».
Doua Gouly,
FDA info, 5ème numéro,
vendredi 8 mars 2002 [sommaire]