DECLARATION CONSENSUELLE
ET VOIE A SUIVRE
FDA III, vendredi
8 mars 2002
I. Préambule
Le Consensus
II. Les défis
Elargir la participation
et renforcer l'appropriation
Accélérer l'intégration régionale
Politiques macroéconomiques
Communautés économiques régionales
Le secteur privé
Infrastructure
La libre circulation des personnes
Les questions de genre
VIH/SIDA
Enseignement supérieur, recherche et TIC
Assurer des résultats équitables
entre les Etats
Partenariat
Mise en oeuvre de l'intégration régionale
Paix, sécurité, démocratie
et droits de l'homme
Une Union africaine effective
Partenariat international
III. La voie à suivre
I. Préambule
Le Consensus
1. L'unité est la revendication
suprême des Africains d'un bout à l'autre du continent.
L'intégration politique et économique permettra
de réaliser les aspirations des Africains de toutes les
couches de la société.
2. L'unité africaine est un défi
qui interpelle les citoyens de tous les pays africains, les gouvernements,
les représentants élus, la société
civile et le secteur privé. L'intégration politique
et économique de l'Afrique est la préoccupation
de tous les Africains.
3. Valeurs communes enracinées dans
les traditions africaines, état de droit et constitutionnalité
doivent être le fondement d'une Union africaine effective
et démocratique. Son appropriation par les populations
africaines (les hommes comme les femmes), garantira sa légitimité.
4. L'Afrique est un pionnier de l'intégration
régionale, comme l'attestent les aspirations des nationalistes
de la première heure au 18ème siècle, les
congrès panafricains qui ont fait date dans l'histoire,
la constitution des premières fédérations
régionales et les nombreuses initiatives en matière
d'intégration sous-régionale et régionale
qui ont été plus ou moins couronnées de succès.
Le Plan d'action de Lagos, suivi par le Traité d'Abuja
de 1991 instituant la Communauté économique africaine
et des communautés économiques régionales
sont envisagées comme ossature de l'intégration
économique africaine.
5. Les efforts que déploie l'Afrique
pour réaliser l'intégration régionale ont
été compromis par plusieurs facteurs, notamment
l'absence de résultats en matière de transformation
économique et de développement, le manque de détermination
à respecter les obligations découlant des traités,
les conflits et une approche extrêmement économiste
qui a négligé le règlement des différences
sur le plan politique. L'expérience d'autres régions
en développement montre que des facteurs structurels profondément
ancrés compromettent aussi l'intégration effective.
6. Un partage progressif de la souveraineté
est nécessaire pour assurer le mieux-être de tous.
L'intégration exige que les gouvernements renoncent à
leur souveraineté aussi bien dans les domaines politique
qu'économique afin d'assurer l'avènement d'une collectivité
africaine plus prospère, plus stable, plus démocratique
et plus puissante.
7. L'engagement pris par les Chefs d'Etat,
à Syrte en septembre 1999, à Lomé en juillet
2000 et à Lusaka en juillet 2001, de créer l'Union
africaine représente la tentative la plus sérieuse
d'intégration économique et politique au niveau
de la région. L'Union africaine promet de réaliser
les aspirations des citoyens africains sur tout le continent.
Elle place une responsabilité très lourde sur les
dirigeants de l'Afrique, tant au niveau national qu'à niveau
régional.
8. Edifier une Union africaine supposera
l'engagement de dirigeants compétents et visionnaires,
ainsi que d'un personnel nommé exclusivement sur les bases
du mérite, des qualifications professionnelles et échappant
à toute influence politique.
>
haut de page
II. Les défis
Elargir la participation et renforcer
l'appropriation
9. Le processus de l'intégration
régionale doit être entièrement conduit par
les populations africaines. Il doit être élargi,
se transformer d'un processus impulsé par les seuls gouvernements
en un processus impliquant des Africains aussi divers que possible,
y compris les citoyens, leurs représentants élus,
les organisations de la société civile, les intellectuels
et les universitaires, le secteur privé et la diaspora.
A cette fin, il incombe aux organisations régionales et
sous-régionales, aux gouvernements et aux autres acteurs,
y compris les médias, de fournir le plus largement possible,
aux populations africaines l'information sur tous les aspects
de l'Union africaine, en utilisant tous les moyens de communication
et toutes les langues.
10. Les parlements et les parlementaires
ont un rôle central à jouer pour ce qui est de la
mobilisation et de la représentation des populations. Les
parlements nationaux ont la responsabilité de voter la
législation nécessaire à la réalisation
de l'intégration et d'assurer le contrôle nécessaire
sur les politiques des gouvernements, l'allocation des crédits
et d'autres mesures relatives à l'intégration régionale.
Les élections et les référendums constituent
le moyen de conférer la légitimité démocratique
requise pour l'intégration.
11. La participation de la société
civile aux consultations et aux forums à tous les niveaux
est importante pour faire du processus de l'intégration
un processus le plus endogène possible et assurer sa légitimité.
La société civile a la responsabilité de
vérifier que les gouvernements honorent les engagements
qu'ils ont pris de réaliser les objectifs en ce qui concerne
la représentation, les droits humains, la coopération
internationale et l'intégration régionale.
12. Le Conseil économique, social
et culturel de l'Union africaine devrait être une institution
à créer en priorité pour assurer la représentation
effective des organisations de la société civile
et susciter leur contribution aux processus de prise de décision
de l'Union. La société civile devrait être
représentée dans les commissions techniques spécialisées
de l'Union.
13. Les femmes devraient être impliquées
dans les activités visant à réaliser l'intégration
régionale sous tous ses aspects afin que soient pris en
considération les pratiques et usages, les structures et
les processus en matière d'organisation qui pourraient
être incompatibles avec les objectifs poursuivis en matière
de responsabilisation des femmes. L'équité entre
les genres doit être assurée aussi bien lors des
processus de consultation qu'au sein des institutions pour l'Union
africaine.
14. Etant donné que les jeunes représentent
la moitié de la population de l'Afrique, il importe qu'ils
participent activement aux processus et aux institutions de l'Union
européenne. Les jeunes sont en effet au centre de nombreux
problèmes africains, notamment le VIH/SIDA et les conflits,
mais ils sont également la clef à la solution de
ces crises. Des mesures spéciales sont requises pour que
les jeunes soient représentés dans ces institutions.
15. Le secteur privé doit être
associé aux structures de prise de décision de l'Union
africaine de manière plus significative. L'Acte constitutif
de l'Union stipule que le secteur privé et les organisations
de la société civile sont deux composantes majeures
du processus d'intégration économique et il prévoit
leur participation aux commissions techniques spécialisées.
Le secteur privé et les organisations de la société
civile doivent s'efforcer de trouver des mécanismes régionaux
pour coordonner leur apport à l'Union africaine, comme
le prévoient ces protocoles. Une instance pour le dialogue
du secteur privé avec l'Union africaine et d'autres initiatives
régionales, dont le NEPAD, devrait être créée.
>
haut de page
Accélérer l'intégration
régionale
16. A l'aube du XXIe siècle, l'intégration
économique est un impératif si l'Afrique veut réaliser
ses objectifs de développement et devenir un partenaire
effectif dans l'économie globale.
17. La détermination de l'Afrique
à créer un marché commun et à démanteler
les barrières internes au commerce s'est manifestée
par une série d'accords régionaux et sous-régionaux
ainsi que d'institutions, dont le Plan d'action de Lagos, le Traité
d'Abuja, la création des Communautés économiques
régionales (CER) et l'avènement de l'Union africaine.
Il est impératif que l'Afrique prenne, dans les prochaines
années, des mesures rapides, échelonnées,
réalistes et irréversibles pour donner corps à
ses engagements et objectifs et faire de son aspiration à
l'intégration régionale une réalité
concrète.
18. Des obstacles considérables
s'opposent à l'intégration et doivent être
surmontés. Ils sont notamment : la petite taille et le
morcellement des économies africaines, leur dépendance
à l'égard des exportations de produits de base,
la fragilité de leur base industrielle et agricole, le
faible volume du commerce intrarégional, les séquelles
héritées de la répartition inégale
des avantages des programmes d'intégration, la volonté
de préserver les tarifs douaniers, et la faible capacité
de s'acquitter des obligations conventionnelles.
>
haut de page
Politiques macroéconomiques
19. La convergence des politiques budgétaires
et monétaires sera la base de l'union économique
et monétaire et les politiques macroéconomiques
conçues pour assurer cette convergence seront un élément
central des mécanismes d'intégration. Jusqu'à
présent, cet aspect crucial de l'intégration a été
relativement négligé. La réalisation de la
convergence de la politique et des performances macroéconomiques
entre les pays membres des CER est un défi qui a rarement
été tenu en raison de facteurs divers.
20. Dans l'optique d'une convergence macroéconomique
et d'une intégration effectives, et pour servir les intérêts
communs, les pays devront céder une certaine partie de
leur souveraineté en matière d'élaboration
de leur politique économique. Il faudra réfléchir
au principe de subsidiarité ainsi qu'à ses modalités
de mise en oeuvre pour identifier les instances de prise de décision
les plus appropriées pour les divers aspects de la politique
économique. Il faut édifier des structures harmonisées
pour les législations et procédures judiciaires
concernant le commerce et l'investissement.
21. Il importe de veiller à ce que
les politiques macroéconomiques destinées à
promouvoir l'intégration régionale soient compatibles
avec la croissance, le développement et la lutte contre
la pauvreté. Il y aura lieu, à cet égard,
de mettre en place des mécanismes de suivi de cet aspect
de la politique économique, tout particulièrement
dans le cadre du rapport annuel sur l'intégration de l'Afrique.
>
haut de page
Communautés économiques
régionales
22. Les Communautés économiques
régionales (CER) ont été créées
en Afrique en tant qu'éléments constitutifs devant
mener à l'intégration régionale. Les six
grands blocs mis en place à cet égard sont: l'Union
du Maghreb arabe (UMA), la Communauté économique
des Etats d'Afrique centrale (CEEAC), la Communauté économique
des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), l'Autorité
intergouvernementale pour le développement (IGAD), le Marché
commun de l'Afrique orientale et australe (COMESA) et la Communauté
de développement de l'Afrique australe (SADC). La Communauté
des Etats Sahélo-Sahariens (CEN-SAD) a été
créée ultérieurement.
23. La prolifération des CER a donné
lieu à des problèmes, liés notamment à
l'appartenance simultanée de certains pays à plusieurs
communautés qui se chevauchent et aux multiples contributions
financières à verser à ces différentes
communautés. Il convient de rationaliser ces CER afin qu'elles
puissent compléter l'Union africaine. Il s'avère
également nécessaire de mettre en place des mécanismes
qui garantissent la cohérence, rationalisent les structures
et harmonisent les politiques et programmes de travail.
24. Les institutions sous-régionales
ont un rôle clé à jouer dans le cadre de l'intégration
régionale. Les CER pourront mieux assumer leur rôle,
qui consiste à promouvoir l'intégration économique,
si elles peuvent disposer d'une autorité supranationale
pour faire appliquer leurs décisions. Les Communautés
et les Etats membres qui les composent ont besoin de mécanismes
améliorés pour coordonner et suivre leurs processus
de prise de décisions et assurer la mise en uvre
effective et homogène de leurs politiques, y compris les
questions de parité entre les hommes et les femmes. L'Union
africaine devrait commanditer à la CEA, un rapport et des
recommandations sur cette question.
>
haut de page
Le secteur privé
25. L'investissement privé sera
un élément déterminant de la croissance économique.
A cette fin, les pays africains devraient s'employer à
promouvoir et appliquer, de façon concertée et harmonisée,
des politiques favorables à l'investissement privé,
tirer parti des possibilités qu'offre la coopération
régionale et veiller tout particulièrement à
encourager l'investissement et le commerce intra-africains. Il
est nécessaire d'harmoniser et de simplifier les cadres
réglementaires.
26. Le commerce informel occupe une grande
place dans les échanges régionaux et il est nécessaire
de prendre des mesures en vue de l'inclure dans les arrangements
d'intégration. En revanche, l'investissement étranger
direct s'intéresse à un relativement petit nombre
de secteurs, notamment le secteur minier, et il demeure concentré
dans un petit nombre de pays. Les pays africains devraient mettre
l'accent sur le développement des micro-entreprises et
des PME qui sont le moteur de la création d'emplois, pour
faire en sorte que l'intégration régionale ait des
effets socialement équitables.
27. Pour croître, le secteur privé
a besoin d'un Etat capable qui assure un environnement propice,
et tout particulièrement une réglementation appropriée
pour les institutions financières et la création
de marchés des capitaux bien gérés. Il faut
également appuyer les institutions de crédit pour
apporter les financements nécessaires à tous les
niveaux, ainsi que les mécanismes de gestion des risques
et des services de garantie. Les gouvernements peuvent aussi stimuler
la prestation de services d'appui au secteur privé.
28. Le secteur privé africain pâtit
de l'absence de compétences et de services d'information
performants dans les domaines du commerce, des finances et de
la commercialisation. La mise en place de tels services, mais
aussi d'organismes de commercialisation et de centres de liaison
ne manquera pas d'améliorer la capacité du secteur
privé.
29. Les femmes constituent la majorité
des micro-entrepreneurs et elles sont capables de prendre une
part plus grande à l'activité économique
à tous les niveaux. Les mesures qui permettraient de promouvoir
la participation des femmes à l'activité du secteur
privé consisteraient, notamment, à les associer
plus largement aux structures de décision, à les
faire bénéficier de programmes de formation spécialement
adaptés à leurs besoins et à supprimer les
lois et pratiques qui entravent leurs activités. Il faudrait
également établir des mécanismes pour protéger
les femmes contre le harcèlement sexuel aux postes-frontières.
>
haut de page
Infrastructure
30. L'intégration des infrastructures
des transports, des communications et de l'énergie fait
partie intégrante de l'intégration régionale.
Il faudrait concevoir des stratégies qui permettent d'améliorer
la connexion et de construire les tronçons manquants des
réseaux des transports, d'établir des communications
plus efficaces et d'exploiter le potentiel qu'offre la mise en
commun des réseaux électriques. Il faudrait envisager
de créer des mécanismes prévoyant des formes
de partenariat entre le secteur public et le secteur privé
afin d'encourager ce dernier à investir dans l'infrastructure
matérielle.
31. Des obstacles physiques et autres écueils
(entretien insuffisant, insécurité, mauvaise gestion,
financement insuffisant, notamment) entravent le fonctionnement
normal du secteur des transports. D'où la nécessité
de toute une panoplie d'actions: réforme des politiques,
meilleur entretien, accroissement de l'investissement destiné
à l'infrastructure, sûreté et sécurité,
meilleurs mécanismes de financement, etc. Les effets du
développement des infrastructures sur l'environnement devraient
également retenir l'attention.
32. En partenariat avec le secteur privé,
les Etats africains devraient mettre en oeuvre le Plan d'action
pour la voie à suivre bien au-delà du programme
de la Décennie des Nations Unies pour les transports et
les communications en Afrique (UNTACDA) et allouer des ressources
suffisantes à cet effort. Il faudrait qu'ils prennent des
mesures appropriées et harmonisent leurs politiques en
vue de la mise en oeuvre du Plan d'action. Les organisations sous-régionales
et régionales devraient participer activement à
la mobilisation des ressources et organiser le suivi et l'évaluation
périodiques de la mise en oeuvre du Plan d'action.
33. Bien que l'Afrique soit dotée
d'abondantes ressources naturelles comme le pétrole, le
gaz naturel, l'uranium et l'énergie hydraulique, celles-ci
sont inégalement réparties sur le continent. Beaucoup
de ces ressources sont transfrontières, c'est le cas notamment
des ressources en eau. La plupart de ces ressources sont mieux
exploitées dans un cadre régional. La protection
et le suivi de l'environnement supposent également une
coopération régionale. L'Union africaine devrait
se tourner vers la Banque africaine de développement en
ce qui concerne les modalités de financement des investissements
dans ces secteurs.
>
haut de page
La libre circulation des personnes
34. Pour favoriser la coopération
et l'investissement intra-africains, il est important de supprimer
les entraves à la libre circulation de la main-d'uvre
et des capitaux. Les pays africains devraient supprimer les restrictions
en matière de voyage et de droit d'établissement.
Ils devraient, à moyen terme, adopter une citoyenneté
régionale commune ainsi que des passeports sous-régionaux,
avant de passer à une citoyenneté africaine commune
et au passeport africain. Ce processus devrait reposer sur la
définition des droits, obligations et responsabilités
liés à la citoyenneté. L'Union africaine
devrait considérer cette question comme une priorité.
35. L'Afrique devrait évoluer vers
une citoyenneté commune, grâce à des mesures
préalables d'harmonisation des lois concernant la citoyenneté,
la naturalisation, l'immigration et l'emploi, ainsi que la levée
progressive des restrictions sur les voyages.
>
haut de page
Les questions de genre
36. Malgré les engagements louables
pris par de nombreux gouvernements en ce qui concerne les droits
de la femme et leur ratification de la Convention sur l'élimination
de toutes les formes de discrimination à l'égard
des femmes, de la Plate-forme d'action de Dakar et du Programme
d'action de Beijing, il apparaît que la mise en uvre
de ces engagements n'a pas atteint le niveau escompté.
Il est donc nécessaire d'élaborer des normes communes
d'équité entre les sexes qui seront appliquées
dans tous les secteurs. Le Centre africain pour l'équité
entre les sexes et le développement (ACGD) devrait être
chargé de suivre les progrès accomplis dans la mise
en uvre de ces engagements.
37. En vue du développement durable,
il est nécessaire d'adopter des politiques qui prennent
en compte les préoccupations des femmes aux niveaux régional,
sous-régional et national. Il convient d'accorder une attention
particulière à cette question dans les politiques
macroéconomiques. L'analyse différentielle des budgets
et le suivi des effets différentiels des politiques macroéconomiques
sont des instruments qui permettent de promouvoir ces questions.
Les besoins des femmes en matière d'infrastructure efficace
pouvant leur permette de réduire les charges auxquelles
elles consacrent leur temps, notamment dans le domaine du commerce
informel transfrontières, méritent une attention
particulière.
>
haut de page
VIH/SIDA
38. Le VIH/SIDA est la menace la plus sérieuse
à la survie de l'Afrique. Comme le paludisme et d'autres
maladies infectieuses, il risque d'entraver le développement
et l'intégration économiques et il faut leur trouver
des solutions au niveau régional. Parce qu'elle permet
d'accroître la mobilité de la population, l'intégration
régionale risque d'accélérer la propagation
du VIH. Les migrants et les réfugiés devraient avoir
le même accès à la prévention et au
traitement du VIH/SIDA. Par ailleurs, elle permet de coordonner
les politiques à travers les frontières, de synchroniser
les interventions et de mieux mettre en valeur les ressources.
Les mécanismes régionaux peuvent faciliter l'accès
aux ressources mondiales nécessaires à la lutte
contre le VIH/SIDA. C'est au niveau régional qu'on peut
le mieux fournir et produire des médicaments et mener des
recherches en vue d'élaborer des vaccins.
39. Les engagements à lutter contre
le VIH /SIDA et d'autres maladies infectieuses, pris au niveau
continental par les Chefs d'Etat africains à Abuja en avril
2001, peuvent être mis en uvre, renforcés et
suivis dans le cadre de mécanismes régionaux. Un
groupe conjoint, Union africaine/CEA/ONUSIDA/OMS avec le concours
de la société civile, devrait suivre la mise en
uvre de la Déclaration d'Abuja et élaborer
un rapport annuel qu'il présenterait au Sommet de l'Union
africaine. Les pays doivent mettre en place des mécanismes
en vue de l'application de ces engagements au niveau national,
y compris des mécanismes de suivi. Il faudrait créer
un centre régional d'expertise et de recherche pour analyser,
suivre et élaborer des politiques en ce qui concerne le
VIH/SIDA. Les réseaux actuels s'occupant de la lutte contre
le VIH/SIDA devraient être renforcés.
>
haut de page
Enseignement supérieur, recherche
et TIC
40. Le XXIe siècle sera celui des
économies du savoir. L'investissement dans le domaines
de l'éducation sera la clef qui permettra la réalisation
des objectifs de développement du Millénaire en
Afrique en matière de lutte contre la pauvreté et
de mise en valeur des ressources humaines. Cette priorité
devrait se traduire par une augmentation des crédits budgétaires
à l'éducation dans les pays africains.
41. Des investissements intégrés
dans les domaines de l'éducation, de la recherche et de
la mise en valeur du capital humain seront essentiels pour freiner
la marginalisation de l'Afrique, dans l'enseignement supérieur
et la recherche, au niveau mondial et lui permettre de relever
les défis que posent les politiques scientifique et générale.
Il conviendrait d'élaborer des politiques visant à
retenir les compétences et inverser la fuite des cerveaux
et, notamment, de créer un environnement incitant le secteur
privé à participer à la création du
savoir. L'Afrique devrait identifier et promouvoir des centres
d'excellence régionaux dans les domaines de l'enseignement
supérieur et de la recherche, en particulier en science
et technologie; renforcer ses liens avec la diaspora et établir
des partenariats stratégiques au niveau international dans
des domaines prioritaires de la recherche. Les universités
africaines devraient élaborer elles-mêmes des plans
stratégiques et promouvoir l'élaboration de programmes
communs, ainsi que les échanges d'enseignants et d'étudiants.
42. L'Union africaine, la CEA et les communautés
économiques régionales peuvent appuyer l'enseignement
supérieur en créant un groupe d'études chargé
d'examiner les problèmes de l'enseignement supérieur
et de la recherche pour l'Union africaine, les gouvernements africains
et d'autres institutions. Cette stratégie devrait comporter
le renforcement des centres régionaux existants, la mobilisation
de financements plus importants pour l'enseignement supérieur
et la recherche, y compris des dotations assurant l'indépendance
des universités, la mise en place d'une base de données
sur les universitaires et les spécialistes africains et
la création d'une revue spécialisée sur l'enseignement
supérieur en Afrique. La CEA est encouragée à
jouer un rôle de premier plan pour intégrer ces efforts
et les porter au niveau politique voulu, au moyen d'une série
d'ateliers et de conférences. Pour parachever ce processus
et promouvoir la réalisation, à mi-parcours, des
objectifs de la Décennie de l'éducation en Afrique,
adoptée par l'OUA, l'Union africaine devrait convoquer
un Sommet extraordinaire sur l'éducation et le développement
en Afrique.
43. L'harmonisation des qualifications
sur tout le continent donnera des chances égales à
toutes les compétences et facilitera leur reconnaissance,
leur transfert, leur circulation et l'instauration du droit d'établissement.
44. Les technologies de l'information et
des communications (TIC) seront essentielles au développement
économique de l'Afrique. Elles touchent à tous les
aspects de l'intégration régionale et pourraient
accélérer celle des marchés africains et
rendre le continent plus compétitif à l'échelle
mondiale. Mais pour le moment, le développement de ce secteur
se heurte à une kyrielle de difficultés: financement
insuffisant, infrastructures matérielles qui laissent à
désirer, insuffisances des cadres législatifs et
réglementaires, pénurie de ressources humaines et
absence de politiques en matière de TIC.
45. En partenariat avec tous les acteurs,
en particulier le secteur privé, les gouvernements africains
devraient mettre sur pied des groupes de travail chargé
des TIC, au niveau national, dans le cadre de l'Initiative "Société
de l'information en Afrique". Plusieurs initiatives devraient
être poursuivies: formation, sensibilisation, promotion
de l'accès à Internet, entre autres. Des réformes
institutionnelles peuvent inciter le secteur privé à
s'intéresser davantage aux TIC, qui offrent, en plus, la
possibilité de renforcer des stratégies régionales
relatives à d'importantes questions sociales telles que
la lutte contre le VIH/SIDA.
46. Les gouvernements africains, en collaboration
avec d'autres acteurs, peuvent jouer un rôle essentiel dans
l'élaboration d'activités utilisant les technologies
de l'information et de la communication à des fins d'intégration
régionale, en mettant l'accent sur le cadre directeur et
le cadre réglementaire, le développement de l'infrastructure,
le renforcement des capacités, le partenariat et la coopération
régionale. Un effort particulier devra être consenti
pour mettre les technologies de l'information et de la communication
au service de l'intégration régionale. Nous devrons
garder à l'esprit la nécessité de tenir compte
des questions intersectorielles se rapportant à l'élaboration
de contenus et à la parité entre hommes et femmes
dans tous les domaines de l'élaboration et de la mise en
uvre des politiques relatives aux technologies de l'information
et de la communication.
>
haut de page
Assurer des résultats équitables
entre les Etats
47. Les pays les plus étendus d'Afrique
peuvent être le moteur de l'intégration économique
régionale et fournir les capitaux, les marchés et
le dynamisme nécessaires à la réussite du
projet continental. Du fait des capacités dont ils sont
dotés, ils doivent assumer des responsabilités particulières
et tenir compte des besoins spéciaux de leurs voisins plus
petits.
48. Les pays les plus petits d'Afrique
pourraient craindre de perdre une partie de leur identité
nationale du fait du processus d'intégration. Il sera nécessaire
de prendre des mesures spécifiques pour qu'ils puissent
conserver des aspects importants de leur vie sociale, culturelle
et économique.
49. L'intégration suppose une réduction
des barrières tarifaires qui risque, dans un premier temps,
d'entraîner des pertes de recettes fiscales provenant du
commerce international. Dans certains cas, ces pertes peuvent
être douloureuses et créer des difficultés
dans la gestion macroéconomique. Des mécanismes
de compensation devront être envisagés pour les pays
les plus touchés. Même si l'on sait que ces mécanismes
posent des difficultés, ils seront indispensables pour
permettre aux pays de corriger et/ou d'absorber les effets négatifs
à court terme de l'intégration sur les recettes
publiques.
50. Les autres mécanismes permettant
de maintenir les recettes publiques au cours du processus d'intégration
consistent à substituer d'autres formes d'impôt aux
droits de douane. Pour dissiper les craintes suscitées
par la perspective de perdre le droit souverain sur la prise de
décision, une intégration à plusieurs vitesses,
tenant compte du niveau d'intégration des différents
pays, peut être envisagée.
>
haut de page
Partenariat
51. Il est nécessaire de renforcer
la capacité des mécanismes de négociation
existant au niveau régional pour permettre à l'Afrique
de participer efficacement au système commercial mondial
et de négocier dans les meilleures conditions lors des
forums multilatéraux, notamment l'après Doha et
l'Accord ACP-UE de Cotonou. Il convient de renforcer la capacité
de négociation de l'Afrique et les compétences africaines
sur les questions commerciales, notamment en ce qui concerne les
produits pharmaceutiques, y compris les antirétroviraux
et les autres médicaments contre le VIH/SIDA. Il est demandé
instamment à la CEA et la BAD de jouer un rôle crucial
à cet égard.
52. Toute solution de la crise de la dette
africaine passe par une approche régionale et l'adoption
de mesures concertées, au niveau régional, ainsi
que par un engagement coordonné des créanciers de
l'Afrique et des partenaires internationaux. Les vues de la société
civile africaine devraient être consignées utilement
dans une position commune africaine en faveur d'un allégement
de la dette ou de son annulation, le cas échéant.
>
haut de page
Mise en oeuvre de l'intégration
régionale
53. Les objectifs, mécanismes et
étapes de la mise en oeuvre du Traité d'Abuja instituant
la Communauté économique africaine devraient être
alignés sur le processus d'établissement de l'Union
africaine.
54. Les mécanismes servant à
mesurer et à suivre l'intégration régionale
seront un grand atout pour le processus d'intégration.
Le Rapport annuel sur l'intégration régionale en
Afrique (ARIA) est un pas important dans cette direction, qui
mérite soutien et coopération. Ce mécanisme
devrait également servir de forum pour le partage des meilleures
pratiques, l'acquisition d'expériences et la recherche
de modalités en vue du renforcement de l'intégration
régionale.
55. Les mécanismes servant à
mesurer et à encourager le respect des obligations conventionnelles
constitueront un élément important du processus
d'intégration économique régionale, en ce
sens qu'ils aideront à surmonter les désillusions
du passé. Comme stipulé à l'article 18 de
l'Acte constitutif de l'Union africaine, la Cour africaine de
justice est une institution essentielle pour promouvoir l'intégration
économique et les valeurs principales inscrites dans l'Acte
constitutif de l'Union.
56. Les institutions économiques
régionales ont un rôle fondamental à jouer
dans l'intégration régionale. La CEA qui regroupe
de nombreux experts africains peut, en tant que centre de réflexion
et facilitateur du dialogue, donner un élan au processus
d'intégration régionale. La Banque africaine de
développement peut également apporter sa contribution
à la promotion de nombreux aspects se rapportant à
l'intégration régionale. Elle pourrait mieux orienter
ses politiques de crédit de façon à appuyer
les objectifs de l'Union africaine. Elle devrait aussi encourager
les meilleures pratiques en ce qui concerne le financement des
projets d'intégration.
>
haut de page
Paix, sécurité, démocratie
et droits de l'homme
57. Garantir la paix, la sécurité,
les droits de l'homme et la démocratie constitue une condition
préalable à toute forme de développement
ainsi qu'à l'intégration politique et économique.
La paix et la sécurité sont des conditions fondamentales
pour l'Union africaine. C'est aux Africains qu'il incombe au premier
chef d'assurer la paix et la sécurité sur leur continent
et cela doit, en conséquence, être une priorité
pour l'Union africaine
58. Tout en reconnaissant que c'est aux
dirigeants et aux peuples africains qu'incombe au premier chef
la responsabilité de la paix et de la sécurité
régionales, il est nécessaire d'admettre l'importance
du rôle des acteurs internationaux à cet égard.
Par conséquent, il importe de mettre en place de nouveaux
partenariats pour la paix et la sécurité en Afrique
qui soient à la fois efficaces et durables, conformément
à la Charte des Nations Unies. Dans l'exercice de son mandat,
le Conseil de sécurité des Nations Unies devrait
apporter un appui approprié, actif et durable aux initiatives
régionales en faveur de la paix et de la sécurité.
59. Si la paix et la sécurité
sont des conditions propices à l'intégration, celle-ci,
à son tour, renforce la paix et la sécurité.
La construction de la paix et de la sécurité en
Afrique passe par l'établissement de liens plus forts parmi
les institutions, dans l'ensemble des structures et mécanismes
établis à l'échelle locale, nationale, régionale
puis internationale, notamment celles des Nations Unies. Pour
appuyer l'Union africaine, il est nécessaire d'édifier
des Etats capables.
60. La participation des acteurs aux initiatives
de paix et de sécurité, est essentielle pour leur
succès et leur viabilité. Il convient de trouver
une solution à la sous-représentation flagrante
des femmes dans la prise de décision en matière
de stratégies et d'actions relatives à la prévention,
à la gestion et au règlement des conflits, malgré
leur expérience inégalable dans ce domaine. Il s'avère
nécessaire d'encourager les modalités de mobilisation
des femmes, y compris les femmes réfugiées, qui
sont à la recherche de la paix. Il est tout aussi nécessaire
d'assurer la sécurité des femmes dans les zones
de conflit et de les protéger contre la violence sexuelle.
La participation active des jeunes à la promotion de la
paix doit également être développée
tout en encourageant leur engagement dans la vie politique et
dans les activités de la société civile.
61. Le Comité des femmes africaines
pour la paix et le développement (AWCPD) devrait être
intégré dans le processus de construction de l'Union
africaine. Dans ce cadre, la composition du Comité devra
être revue de façon à ce que celui-ci représente
véritablement les femmes africaines et leurs intérêts.
62. Les efforts faits par l'Afrique en
matière de paix et de sécurité ont été
contrariés par la complexité et l'intensité
des conflits qui sévissent sur le continent, le manque
de ressources de l'OUA et des CER, l'absence de synergie entre
les différentes structures de gestion des conflits et l'inexistence
d'un système opérationnel d'alerte et de prévention.
Ces systèmes ponctuels ont connu un succès mitigé.
Nous ne pouvons nous cantonner à un seul schéma
pour établir des mécanismes de paix. Toutefois,
l'architecture de paix et de sécurité qui sera mise
en place par l'Union africaine devrait s'attacher à combler
ces lacunes et à mettre davantage l'accent sur la "
sécurité des êtres humains " dans tous
ses aspects. Il y a une forte symbiose entre bonne gouvernance,
respect des droits de l'homme, intégration sociale, développement
économique, paix et sécurité.
63. La promotion de la paix et de la sécurité
repose sur le développement de valeurs fondamentales communes
relatives aux droits de l'homme et à la primauté
du droit. Ces valeurs doivent pénétrer toutes les
couches de la société et être intégrées
dans les programmes scolaires. Le droit international humanitaire
devrait être diffusé de manière plus large
et plus efficace. Il est également important de promouvoir
des philosophies et valeurs éthiques traditionnelles africaines,
notamment les cultures de paix et de tolérance, et de donner
aux chefs traditionnels ainsi qu'aux associations civiques, un
rôle conforme aux normes internationales relatives aux droits
de l'homme. Un consensus moral sur le rejet du règlement
des conflits par la force et la prise de pouvoir par des moyens
inconstitutionnels constitue une valeur fondamentale.
64. Il est nécessaire d'assurer
une harmonisation et une coordination des fonctions de l'Union
africaine et de celles des CER en matière de paix et de
sécurité. L'Union africaine devrait rechercher les
moyens de clarifier les rôles et responsabilités
de ces différentes organisations africaines et mettre en
place un mécanisme formel de coopération entre elles.
L'Union africaine devrait examiner la possibilité de créer
un "Conseil de sécurité" africain qui
serait chargé de coordonner les activités de l'Union
africaine dans le domaine de la paix et de la sécurité
et celles menées dans le cadre du NEPAD, des CER et de
la Conférence sur la sécurité, la stabilité,
le développement et la coopération en Afrique (CSSDCA),
tout en assurant la liaison avec le Conseil de sécurité
des Nations Unies.
65. L'Union africaine devrait fixer des
priorités, et notamment arrêter des normes et mettre
en place des mécanismes de prévention des conflits
en temps opportun. A cet égard, elle devrait s'efforcer
de d'accélérer la résolution des conflits
et de faciliter l'établissement de gouvernements capables
d'assurer la paix et la sécurité dans des pays ravagés
par des conflits.
66. Tous les instruments relatifs aux droits
de l'homme adoptés par l'OUA et ratifiés par les
Etats africains devraient être incorporés dans l'Acte
constitutif de l'Union africaine, dont il seront ainsi partie
intégrante. Les mécanismes de mise en uvre
de ces instruments devraient être rationalisés, consolidés
et renforcés. La ratification du Protocole sur la création
de la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples, en
particulier, devrait être accélérée.
Les Etats africains sont invités à intégrer
dans leurs systèmes juridiques nationaux les instruments
relatifs aux droits humains fondamentaux. La Commission africaine
des droits de l'homme et des peuples devrait être investie
de pouvoirs d'observation des droits humains pour lui permettre
de suivre les violations des droits de l'homme lorsqu'elles se
produisent et de faire rapport à leur sujet, dans le souci
de prendre des mesures préventives et de réparer
les violations commises.
67. La pandémie du VIH/SIDA constitue
la menace la plus sérieuse sur la démocratie, la
gouvernance et la capacité des services publics. Elle exige
une réaction concertée à tous les niveaux.
68. Il conviendrait, dans l'ordre constitutionnel
de l'Union africaine, d'intégrer les divers instruments
relatifs aux droits humains et des peuples africains, ainsi que
les systèmes et les institutions, notamment celles concernant
la promotion et la protection des droits des enfants, des femmes
et des réfugiés, mais aussi les instruments relatifs
au droit humanitaire. La Commission africaine des droits de l'homme
et des peuples doit être renforcée pour qu'elle soit
le gardien véritable des droits de l'homme en Afrique.
La création de la Cour africaine des droits de l'homme
et des peuples et sa dotation en ressources suffisantes, doivent
être accélérées. Les peuples et les
gouvernements devraient y être représentés.
Les CER devraient créer des instances et des mécanismes
consultatifs pour la promotion du dialogue sur les droits de l'homme
et la primauté du droit dans les pays membres.
>
haut de page
Une Union africaine effective
69. L'Union africaine est un projet politique,
économique et social. Il a pour objet de créer un
espace démocratique à travers l'Afrique, de promouvoir
le développement économique et de refléter
l'identité commune de tous les Africains. Ces éléments
sont inséparables.
70. Le succès de l'Union africaine
dépendra de la bonne gouvernance, de la participation des
parties prenantes, du respect des droits humains et de la démocratisation
à tous les niveaux. Il est nécessaire d'approfondir
la démocratie et d'encourager la participation. Les critères
pour qu'un pays puisse rester membre de l'Union africaine doivent
englober le respect des droits de l'homme, de la démocratie
et la primauté du droit. La constitutionnalité est
le principe fondamental.
71. L'Afrique doit affiner encore les principes
de constitutionnalité, renforcer le principe de base énoncé
à l'Article 30 de l'Acte constitutif, à savoir la
suspension de la participation aux activités de l'Union
des gouvernements qui accèdent au pouvoir par des moyens
anti-constitutionnels. Des normes démocratiques minimales
devraient être fixées et seuls les pays qui répondent
à ces normes devraient être représentés
au Parlement panafricain. Tous les membres du Parlement panafricain
devraient être élus.
72. La capacité institutionnelle
et les compétences techniques en ressources humaines de
l'Union africaine, y compris le secrétariat actuel de l'OUA,
doivent être renforcées pour assurer la mise en uvre
effective du processus d'intégration.
73. L'ordre dans lequel les institutions
de l'Union africaine seront créées est une question
importante qui mérite une attention minutieuse. Les institutions
représentatives et participatives ne devraient pas attendre
la création des institutions exécutives. La mise
en place et la consolidation du Parlement panafricain devraient
aller de pair avec l'instauration de la légitimité
et de l'autorité des organes exécutifs de l'Union
africaine.
74. Le Parlement panafricain sera l'institution
représentative et législative centrale de l'Union
africaine. Le Parlement panafricain et les autres institutions
de l'Union africaine devraient chercher à consolider la
démocratisation au niveau national en aidant les parlements
nationaux à surmonter les contraintes auxquelles ils font
face, y compris les procédures électorales irrégulières
et le manque de capacités professionnelles. Pour mobiliser
les populations, élargir la participation et assurer la
protection législative de l'intégration, il sera
vital d'assurer la participation des parlementaires dans toutes
les instances et à tous les stades pertinents pour l'intégration.
75. Les parlements ont un rôle essentiel
à jouer dans des questions clefs comme le VIH/SIDA, la
lutte contre la pauvreté et la promotion des droits humains,
afin d'assurer une participation démocratique aux activités,
une élaboration plus judicieuse des politiques ainsi qu'une
mise en uvre et un contrôle plus efficaces. Il n'y
a aucune question qui ne soit pas du ressort des parlements. Les
organisations régionales sont instamment priées
d'associer les parlementaires à leurs activités
par le biais de l'Union parlementaire africaine. Les relations
entre le Parlement panafricain et les parlements sous-régionaux
existants doivent être examinées. Les parlements
nationaux, sous-régionaux et régionaux devraient
tous être des " parlements des peuples". La tenue
d'élections directes au Parlement panafricain ne devrait
souffrir aucun retard. Dans la période intérimaire,
durant laquelle les membres du Parlement panafricain sont nommés
parmi les membres de parlements nationaux existants, il est important
de respecter de stricts critères démocratiques,
de sorte que le Parlement panafricain soit composé exclusivement
de membres démocratiquement élus.
76. Faisant fond sur la réunion
tenue en juin 2001 par l'OUA et les organisations de la société
civile, l'Union africaine devrait mettre en place un Conseil économique,
social et culturel en tant que mécanisme consultatif pour
assurer la liaison avec les acteurs. Ce forum devrait être
élargi pour inclure des organisations de la société
civile africaine, du secteur privé, des institutions de
recherche, des organisations africaines pertinentes de la diaspora,
afin d'assurer la participation la plus large possible de tous
les acteurs. L'une des fonctions de ce mécanisme est de
s'occuper des activités de suivi de l'Union africaine et
des autres organisations et initiatives régionales et sous-régionales.
77. L'Union africaine doit accorder une
attention particulière à la question de la parité
entre l'homme et la femme, notamment la représentation
équilibrée des hommes et des femmes au sein de l'Union
elle-même et dans le processus de consultation menant à
sa création. A cet égard, le Parlement panafricain
devrait veiller à honorer l'engagement pris à Beijing
d'assurer une représentation des femmes de 30 % au moins
et les autres structures et institutions de l'Union devraient
s'efforcer d'en faire de même. Un des moyens de réaliser
cet objectif serait de mettre sur pied un Comité consultatif
sur la parité. Une Commission sur la parité en genre
devrait aussi être créée pour assurer le suivi
et veiller au respect des objectifs des plate-formes d'action
régionales et mondiales sur les femmes et les questions
de genre.
78. L'Union africaine doit se préoccuper
des menaces graves sur la région, notamment le VIH/SIDA.
79. L'Union africaine devrait étudier
de nouveaux mécanismes de financement afin de ne pas avoir
à dépendre totalement des contributions des Etats
membres. L'une des formules qu'ils pourraient envisager serait
de remettre directement une partie de leurs recettes fiscales
à l'Union africaine. La création de mécanismes
spéciaux permettant de disposer de plus de connaissances
sur la mobilisation de fonds et d'assurer la responsabilité
redditionnelle en matière de finances, devrait être
envisagée.
>
haut de page
Partenariat international
80. Le Nouveau Partenariat pour le développement
de l'Afrique (NEPAD) est la toute première initiative de
partenariat pour le développement de l'Afrique lancée
à ce jour. Alors que l'Union africaine est une union politique
d'Etats souverains créée dans le cadre d'un traité,
le NEPAD est un programme d'appui à l'Union africaine adopté
en juillet 2001 par le Sommet de l'OUA. Le NEPAD vise, entre autres,
à réaliser les objectifs de développement
internationaux adoptés lors du Sommet du Millénaire.
81. L'unification de l'Afrique exige des
efforts spéciaux et une attention particulières
de la part des partenaires au développement de l'Afrique.
Les objectifs de développement internationaux, la marche
vers l'Union africaine et l'adoption du NEPAD convergent pour
créer une vision et un cadre d'unité sans précédent
pour les partenariats de développement international durant
les décennies à venir. Ce partenariat se caractérise
par son appropriation par l'Afrique et par le fait qu'il est axé
sur des résultats contrôlables acceptés par
tous et non sur des actions au niveau des pays tant en Afrique
qu'ailleurs, en vue de parvenir à une stratégie
de développement qui cherche à résoudre les
problèmes de l'Afrique en tant que bloc intégral.
82. Le NEPAD repose sur les même
principes et objectifs que l'Union africaine et il cherche à
apporter une réponse globale aux malheurs de l'Afrique,
en ajoutant une puissante dimension économique et de partenariat.
Tel qu'il existe actuellement, le Secrétariat du NEPAD
devrait, en vue d'assurer son succès, travailler activement
avec les infrastructures institutionnelles et politiques de l'Union
africaine et d'institutions multilatérales spécialisées
telles que la CEA et la BAD. Il est recommandé instamment,
dans le cadre du NEPAD et par le biais de l'Union des parlements
africains, de créer un forum avec les représentants
élus de l'Afrique. Il est, en outre, recommandé
d'intégrer les parlementaires dans le mécanisme
d'examen par les pairs et d'autosurveillance prévu par
le NEPAD.
83. Il est nécessaire que le NEPAD
se penche particulièrement sur la question de la participation
des femmes à ses processus de consultation et de prise
de décision pour que ses politiques et programmes accordent
la priorité voulue à leurs droits et préoccupations.
84. Les activités du NEPAD concernant
le VIH/SIDA doivent être renforcées, étant
donné l'ampleur de la pandémie en Afrique. L'accent
doit également être mis sur la sensibilisation, la
prévention et le traitement.
85. Des conférences et accords internationaux
successifs ont souligné tant la possibilité que
la nécessité de parvenir à un consensus régional
unifié, appuyé au niveau international, sur les
objectifs et principes de partenariat au développement.
Nous pouvons citer, entre autres, les objectifs de développement
international adoptés lors du Sommet du millénaire
de l'Organisation des Nations Unies, les dispositions de la Convention
des Nations Unies relative aux droits de l'enfant et la Charte
africaine des droits et du bien-être de l'enfant africain,
la Déclaration d'ADF 2000 sur le rôle des dirigeants
dans la lutte contre le VIH/SIDA, la Déclaration du Sommet
d'Abuja sur le VIH/SIDA et autres maladies infectieuses, la résolution
de la session extraordinaire de l'Assemblée générale
des Nations Unies sur le VIH/SIDA ainsi que le Pacte pour le redressement
de l'Afrique de la CEA adopté lors de la Conférence
conjointe des Ministres africains des finances et de la planification
économique tenue en mai 2001. Ces instruments constituent
un échafaudage qui nous permet de franchir un nouveau palier
dans la quête d'un partenariat coordonné de développement
international. Il convient de garder tous ces accords à
l'esprit et de les intégrer pleinement dans les nouvelles
initiatives à un haut niveau actuelles. Ces engagements
ont été pris sous des formes allant de la simple
promesse à l'engagement juridique et il ne faut pas sous-estimer
l'importance qu'il y a de mettre en place des institutions ou
des mécanismes propres à assurer leur respect.
86. Le manque de coordination entre les
organisations et les initiatives internationales et régionales
a constitué un problème, de même que l'absence
d'une définition précise des mandats et des engagements.
Toutefois, l'une des leçons apprises est que les institutions
régionales doivent établir la différence
entre leurs fonctions principales, qui découlent de leur
mandat, et les fonctions supplémentaires, qui doivent être
effectuées dans le cadre d'un partenariat avec d'autres
institutions et initiatives, qui peuvent apporter une justification
et une influence. Toutes les ressources disponibles au niveau
des organisations internationales, nationales et indépendantes
devraient être utilisées.
87. Les accords actuels entre l'Afrique
et d'autres régions, dans le cadre par exemple du Sommet
Europe-Afrique, qui a culminé en 2000 avec la Déclaration
du Caire, doivent être évalués et étudiés
de façon plus approfondie afin de tirer le meilleur parti
des possibilités qu'ils offrent.
88. L'intégration africaine nécessite que des positions
communes soient présentées dans les instances internationales
telles que l'Organisation mondiale du commerce et les diverses
conférences internationales sur les finances, le commerce,
la dette, l'environnement, les maladies infectieuses, l'éducation
et la recherche, les droits de l'homme, etc. Des mesures devraient
également être prises en vue d'assurer la volonté
politique et les compétences techniques nécessaires
pour que ces positions communes soient acceptées et examinées.
Les organisations régionales spécialisées
de l'Afrique, y compris la CEA et la BAD, peuvent jouer un rôle
de premier plan à cet égard. L'Union africaine et
la CEA devraient être conjointement chargées de suivre
les prochaines conférences internationales et de veiller
à ce que les gouvernements et des spécialistes africains
puissent se réunir et se consulter à l'avance avec,
le cas échéant, l'appui des institutions internationales
compétentes, en vue de présenter une position commune.
>
haut de page
III. La voie à suivre
89. La mise en place de l'Union africaine
devra se faire par étapes successives, avec des priorités
bien définies. Elle doit être d'un coût abordable.
La priorité devrait aller à la mise en place des
institutions de participation et de représentation prévues
dans l'Acte constitutif. L'Union africaine exige des dirigeants
compétents et clairvoyants qui seront appuyés par
des cadres politiquement indépendants choisis selon le
critère du mérite.
90. Les objectifs du Forum pour le développement
de l'Afrique et la volonté de faire de l'Union africaine
une instance de participation se complètent. Le Secrétaire
général de l'OUA et le Secrétaire exécutif
de la CEA devraient tirer parti du processus ADF et étudier
les moyens de renforcer les liens qui existent entre la CEA et
l'Union africaine.
91. Le principe de base énoncé
à l'article 30 de l'Acte constitutif constitue une priorité.
Il faudrait mener une étude globale et des consultations
avant ADF IV, qui sera consacré à la gouvernance,
afin d'appliquer pleinement et concrètement ce principe.
92. La pleine participation des parlementaires
élus à tous les aspects du processus de mise en
place de l'Union africaine, par le biais de leur organe régional,
l'Union parlementaire africaine, est vigoureusement recommandée
pour appuyer la participation populaire à l'Union africaine.
93. La détermination de l'Union
africaine à faire respecter le principe d'équité
entre les sexes est fondamentale. L'émancipation et la
représentation des femmes devraient être un aspect
crucial de tous les aspects du processus de mise en place de l'Union,
de ses institutions de représentation et de ses programmes,
le NEPAD notamment.
94. Des réunions annuelles de la
société civile devraient être organisées
avant le Sommet de l'Union africaine.
95. La présente Déclaration
consensuelle doit être portée, en tant qu'expression
du consensus auquel sont parvenus les participants d'ADF III,
à l'attention de la réunion du Conseil des ministres
de l'OUA, qui se tiendra en mars. Elle sera ensuite soumise au
Sommet inaugural de l'Union africaine.
96. Il faudra garder à l'esprit
la pertinence de la présente Déclaration consensuelle
pour les activités de l'Union africaine, des communautés
économiques régionales et du NEPAD. La Déclaration
sera également présentée pour examen aux
membres du Comité de coordination du NEPAD, qui seront
invités à poursuivre le dialogue.
97. Des consultations de la société
civile et du secteur privé devraient se tenir dès
que possible pour produire un document qui étayera la contribution
de l'Afrique au prochain Sommet du G-8 prévu à Kananaskis
(Canada). La réunion du G-8 devrait pouvoir bénéficier
non seulement de la contribution des gouvernements mais aussi
de ce processus de dialogue élargi.
98. Les débats des groupes de discussion,
dont la synthèse figure en annexe, font partie intégrante
de la présente déclaration. Les membres de chaque
groupe de discussion devraient les distribuer au sein du groupe.
99. Il incombe aux organisations régionales
et sous-régionales, aux gouvernements et aux autres acteurs,
y compris les médias, de fournir des informations sur tous
les aspects de l'Union africaine au peuple africain, le plus largement
possible, en utilisant les médias et toutes les langues.
Un comité consultatif composé d'éminents
spécialistes des médias en Afrique devrait être
créé pour donner des avis sur les meilleurs moyens
d'y parvenir.
100. Les dirigeants africains d'aujourd'hui
et les peuples d'Afrique dans leur ensemble, ont une opportunité
historique de réaliser le rêve d'unité. L'Afrique
ne peut pas se permettre d'échouer dans cette noble entreprise.
Si les énergies et la détermination des peuples
africains, hommes et femmes de toutes les couches de la société
sont mobilisées pour participer à cet effort commun,
une Union africaine forte et démocratique verra enfin le
jour. L'Afrique doit s'unir!