Tables des matières
Introduction
Le projet d'une Afrique unie
L'intégration, pourquoi faire?
Et maintenant ?
Les communautés économiques régionales
et l'intégration de l'Afrique
Analyse sectorielle
Points essentiels tirés des indicateurs de
l'intégration africaine
La voie à suivre
Edification de l'Union africaine
Tableaux
Tableau 1: Exportations vers les autres membres
des CER - ou dans le monde
Tableau 2: Indice composé de l'intégration
régionale
Tableau 3: Indice composé de l'intégration
par CER
Tableau 4: Vitesse de l'intégration
par CER
Encadré
Encadré 1 : Mesure de l'intégration
Introduction
Le présent projet du Rapport annuel sur l'intégration
en Afrique (ARIA 2002) qui sera publié dans le courant
de l'année, présente les conclusions préliminaires
des recherches et des analyses effectuées par la CEA pendant
plus de deux années. Ce rapport que la CEA entend produire
tous les ans, se donne plusieurs objectifs. La CEA espère
qu'il permettra de créer les instruments, les méthodes
et les normes d'analyse permettant de suivre les progrès
accomplis dans le domaine de l'intégration dans les différentes
sous-régions de l'Afrique. Il est également escompté
qu'il permettra de fournir un cadre qui aidera les pays, les communautés
économiques régionales, l'OUA, l'Union africaine
et d'autres institutions à définir leurs engagements
et leurs responsabilités. Elaboré en consultation
étroite avec des acteurs nationaux et régionaux,
le Rapport se voudra une référence sérieuse
dans le domaine de l'intégration en Afrique.
Le Rapport évaluera tout un éventail d'activités
menées dans le domaine de l'intégration en Afrique.
Il se basera, pour cela sur des indicateurs soigneusement élaborés,
portant sur les résultats obtenus dans la région
et dans les nombreuses communautés économiques régionales
sur la base d'objectifs arrêtés dans le cadre d'engagements
pris à l'échelle régionale et sous-régionale.
S'appuyant sur ces conclusions, le Rapport vise à tirer
des enseignements et à faire des recommandations concrètes
en vue de faire face aux difficultés et d'élaborer
des politiques.
Le premier Rapport est en cours d'élaboration tout comme
le tableau synoptique dont nous vous présentons ici le
projet. Il expose certains motifs principaux de l'intégration
en Afrique. Il passe en revue les performances des communautés
économiques régionales qui sont les piliers de l'intégration
en Afrique. Il se penche ensuite sur les tendances générales
dans le domaine de l'intégration. Il évalue les
questions clefs que sont le commerce, la cohérence des
orientations, l'infrastructure, l'industrie et l'agriculture et
rend compte des progrès accomplis par chacune des communautés
économiques régionales. Enfin, la contribution nouvelle
qu'il apporte en présentant les aspects marquants des Indicateurs
de l'intégration en Afrique, permettra de mieux comprendre
les progrès réalisés.
La conclusion soulève certaines questions destinées
à définir le cadre des actions futures. Où
en est l'intégration aujourd'hui ? Quelles sont les grands
problèmes posés en ce qui concerne le commerce,
la convergence macroéconomique, l'infrastructure, l'industrie,
l'agriculture et les institutions ? Quel plan d'action faut-il
établir pour accélérer la construction de
l'Union africaine et quelles passerelles faut-il établir
entre celle-ci et les communautés économiques régionales
et les gouvernements des pays ?
Conçu pour répondre aux besoins des hauts responsables,
le présent projet est présenté à tous
les participants au Forum pour le développement de l'Afrique.
Il servira à engager la réflexion, à cerner
les questions qui apparaissent comme les plus importantes et à
susciter des réponses aux nombreuses questions qui se posent.
Les consultations qui auront lieu à l'occasion du Forum
serviront de base pour l'élaboration du Rapport final.
Le projet d'une Afrique unie
Une Afrique unie, tel est le projet caressé à
l'aube des indépendances dans les années 50 et 60.
Il était alors question de créer un marché
commun des biens et des services, de coordonner les politiques
des taux d'intérêt et des taux de change et d'établir
une discipline fiscale, de créer des infrastructures et
de moderniser celles qui existaient déjà, d'améliorer
et de faciliter les services ou encore de développer les
transports et les communications transfrontières. Avec
un marché unifié de l'emploi, les travailleurs pourraient
facilement bénéficier des meilleures offres.
Ce projet a malheureusement été hypothéqué
par les ravages de la guerre, les dégâts de la corruption
qui a saigné l'Etat et affaibli l'initiative privée.
Les régimes, hostiles à toute ouverture, ont refusé
d'agir en toute transparence. Les économies, introverties,
étaient gérées administrativement. Les entreprises
publiques prédominaient et les entreprises privées
étaient rejetées.
Pour les 53 pays africains, peu développés dans
leur majorité, ce projet n'a rien perdu de sa validité,
pendant toutes ces années. Unir les économies de
ces pays revenait à réaliser des économies
d'échelle favorisant leur compétitivité.
Cela signifiait aussi accéder à un espace plus grand
favorisant les échanges et l'investissement et créant
de l'offre en amont et en aval. Cela permettrait de promouvoir
les exportations dans les marchés régionaux et de
gagner en expérience pour, ensuite, entrer dans les marchés
mondiaux. Cela favoriserait enfin la création de cadres
de coopération entre les pays africains, en vue de mettre
en place des services communs pour le financement, les transports
et les communications.
L'intégration, pourquoi faire?
Pour transformer les économies africaines. L'intégration
régionale est une condition nécessaire à
la transformation et à la croissance des économies
africaines, mais aussi à l'intégration de l'Afrique
dans l'économie mondiale. La production serait ainsi assurée
de façon plus efficace conformément à la
théorie des avantages comparatifs, et les marchés,
plus vastes, permettront de mieux tirer parti des économies
d'échelle. Les changements qui en résulteraient
permettraient d'améliorer la qualité des facteurs
de production, d'en d'accroître la quantité et de
les moderniser progressivement grâce au progrès technologique.
De plus, la mobilité des facteurs, couplée à
une coordination et une harmonisation des politiques monétaires
et fiscales, doperait la croissance économique et améliorerait
le bien-être dans les pays concernés.
Pour libérer l'activité industrielle et commerciale.
L'un des fondements rationnels les plus solides, parmi d'autres,
de l'intégration régionale en Afrique se rapporte
aux effets à long terme de celle-ci sur l'organisation
des activités industrielles et commerciales. Premièrement,
la concurrence accrue entre les entreprises conduira les moins
efficaces d'entre elles à améliorer leurs mécanismes
de fonctionnement tandis que d'autres, incapables de s'adapter
au nouvel environnement, devront disparaître. Cet environnement
concurrentiel émergent favorisera la croissance et le profit
et bénéficiera au consommateur. Deuxièmement,
de nombreuses activités manufacturières pourront
s'établir à une échelle plus vaste, élargissant
de ce fait la base industrielle si nécessaire à
la transformation des économies africaines. Troisièmement,
les possibilités plus grandes qui s'offriront à
l'investissement (national et étranger) permettront de
mobiliser et de déployer davantage de fonds, en vue d'exploiter
les immenses ressources naturelles du continent, de mettre en
valeur l'énorme réservoir de ressources humaines
et de tirer parti des possibilités d'épargne. La
perspective d'attirer des technologies de pointe, grâce
à l'investissement direct étranger, peut également
être un instrument important pour promouvoir une production
compétitive et favoriser l'intégration.
Pour entrer dans l'économie mondiale. La régionalisation
peut aussi jouer en faveur du multilatéralisme par les
moyens suivants :
· En allant au-delà des questions étroites
du commerce et du bien-être mondial et en prenant des mesures
destinées à promouvoir l'investissement étranger,
le capital humain et le développement technique, le développement
de l'infrastructure, l'exploitation rationnelle des ressources
naturelles et la préservation de l'environnement.
· En agissant comme un instrument qui limite la tentation
du repli sur soi et qui ouvre la voie aux réformes dans
le secteur du commerce.
· En créant des groupements politico-économiques
plus vastes qui soient capables de faire entendre leur voix avec
plus de force dans les instances internationales.
· En créant des groupes d'intérêt
favorables à l'exportation et capables de s'opposer aux
tenants du protectionnisme national.
· En encourageant la concurrence dans les marchés
intérieurs, la baisse des prix et l'amélioration
de la qualité pour assurer une meilleure compétitivité
des produits sur les marchés internationaux.
L'Afrique devrait progressivement devenir un membre à
part entière de l'économie mondiale et éviter
ainsi d'être davantage marginalisée. Il reste cependant
beaucoup à faire pour que les arrangements conclus en vue
de l'intégration de l'Afrique, répondent aux exigences
de l'OMC conformément aux dispositions de l'Article XXIV
du GATT.
Pour promouvoir l'Union africaine. L'intégration
régionale est aussi envisagée comme un tremplin
pour la création de l'Union africaine. La Charte de l'OUA
et l'Acte constitutif portant création de l'Union africaine
en fixent les grands idéaux. Le Plan d'action de Lagos
et le Traité d'Abuja instituant la Communauté économique
africaine énoncent les mécanismes économiques,
politiques et institutionnels nécessaires à la réalisation
de cet objectif. De plus, les divers traités portant création
des groupements économiques régionaux, signés
avant ou après les indépendances, tout en témoignant
de la richesse des objectifs et des instruments qui reflètent
la diversité géographique et économique du
continent, ont tous des dimensions panafricaines.
Pour affronter des problèmes politiques communs.
Les arrangements relatifs à l'intégration régionale
peuvent aussi promouvoir la coopération politique, les
pays membres s'engageant à atteindre des objectifs communs.
Ces arrangements constituent une plate-forme pour faire face aux
problèmes politiques communs et aux menaces extérieurs.
Les pays membres de la CEDEAO ont ainsi lancé des initiatives
en vue de consolider la paix, la stabilité et la sécurité
dans le cadre des efforts communs entrepris avec l'ECOMOG. Le
cadre régissant ces activités a récemment
été renforcé grâce à la mise
en place d'un Mécanisme permanent de prévention,
de gestion et de résolution des conflits, notamment de
protocoles portant création d'un mécanisme régional
d'assistance mutuelle de défense. La SADC a également
élaboré un arrangement pour la paix et la sécurité
en Afrique australe.
Et maintenant ?
Les dirigeants africains voient maintenant dans l'intégration
régionale un moyen de pénétrer les marchés
mondiaux et d'attirer l'investissement direct étranger.
Ils ont relevé les enjeux de l'intégration en s'orientant
récemment vers la mise en place de l'Union africaine et
en élaborant le Nouveau partenariat pour le développement
de l'Afrique.
Les CER comme première pierre. Les dirigeants
africains ont également décidé de faire des
nombreuses communautés économiques régionales,
communément appelées CER, la première pierre
de l'intégration. Caractérisées par leurs
compositions imbriquées, dévalorisées et
sous-financées, les CER ont obtenu quelques résultats
mais n'ont pas, de manière générale, réalisé
leurs objectifs d'augmenter la production et de développer
le commerce intérieur, ce qui est sans doute un reflet
de l'amenuisement des économies africaines et de leurs
parts dans le commerce mondial.
Mais il faudrait alors revigorer les CER, en commençant
par rationaliser leurs structures, mais aussi leurs relations
avec les gouvernements, qui doivent se reconnaître dans
leurs engagements actuels. Ensuite, il faudrait, entre les CER,
une meilleure coordination rendant obligatoire l'harmonisation
de leurs protocoles souvent concurrentiels.
Intensifier le commerce. Les CER ? et l'intégration
régionale ? devraient commencer par le commerce. Et comme
le commerce suppose des transactions aisées, des paiements
assurés et des taux de change prévisibles, il faudrait
que les partenaires commerciaux s'orientent vers une plus grande
convergence macroéconomique. Celle?ci pourrait inciter
les pays à investir dans l'intégration physique
des routes, des chemins de fer, des lignes électriques,
des services aériens et des télécommunications.
Faire du secteur privé l'élément moteur.
Dans tout ce processus, le secteur privé doit être
l'élément moteur et le gouvernement ne doit jouer
qu'un rôle d'appui, en améliorant la gouvernance
et en créant un environnement plus porteur. Le secteur
privé doit être l'élément moteur de
l'investissement transfrontières et de la production de
biens et services autres que les infrastructures. Il faudrait
donc établir, entre le secteur privé et le secteur
public, des relations fondées sur l'avantage comparatif
et la concurrence loyale, qui constituent la base de l'innovation
ainsi que de l'accumulation et du transfert du savoir.
Renforcer le soutien public. Il est également
essentiel d'obtenir une plus grande participation populaire et
de consolider l'appui de la société civile, pour
assurer le financement et le renforcement d'institutions à
même d'assumer les nombreuses tâches de l'intégration.
Les dirigeants politiques devraient faire de l'intégration
une priorité nationale. Et pour obtenir le plus grand appui
possible en faveur de l'intégration, ils devraient mener
des campagnes de sensibilisation mettant en avant les cas de réussite
et les avantages attendus à long terme.
Les communautés économiques régionales et
l'intégration de l'Afrique
Leurs traités, protocoles et programmes font logiquement
des CER les institutions devant démarrer l'intégration.
Leurs traités sont peut?être très peu compris,
leurs protocoles très peu appliqués et leurs programmes
loin d'être accomplis, mais de pierre d'achoppement de l'intégration
africaine, ils pourraient en devenir la première pierre.
Premières pierres
Jusqu'à quel point chaque CER peut?être réellement
considérée comme la première pierre de l'intégration
dépendra de l'engagement politique dont les Etats membres
feront preuve, collectivement, dans ce sens.
Le Traité instituant la Communauté économique
africaine prévoit sa mise en place en six étapes.
La première met justement l'accent sur le renforcement
des CER pour en faire les piliers de la Communauté. Dans
les étapes suivantes, les CER sont censées créer
des zones de libre?échange, puis des unions douanières
et, enfin, coordination et harmonisation horizontales aidant,
mettre en place un marché commun africain.
L'Afrique compte 14 CER qui se distinguent par leur conception,
leur étendue et leurs objectifs. Sept d'entre elles dominent
le paysage de l'intégration :
· L'Union du Maghreb arabe (UMA), qui comprend cinq membres.
· Le Marché commun de l'Afrique orientale et australe
(COMESA), qui comprend 20 membres.
· La Communauté économique des Etats d'Afrique
centrale (CEEAC), qui comprend dix membres.
· La Communauté économique des Etats de
l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), qui comprend 15 membres.
· La Communauté de développement de l'Afrique
australe (SADC), qui comprend 14 membres.
· L'Autorité intergouvernementale pour développement
(IGAD), qui comprend sept membres situés en Afrique de
l'Est.
· La Communauté des Etats sahélo?sahariens
(SIN?SAD), qui comprend 18 membres.
Six autres CER sont géographiquement peu étendues
ou sont des sous?ensembles de CER plus importantes :
· L'Union économique et monétaire ouest?africaine
(UEMOA), qui comprend huit membres, faisant tous partie de la
CEDEAO.
· L'Union du fleuve Mano (MRU), qui comprend trois membres,
faisant tous partie de la CEDEAO.
· La Communauté économique et monétaire
d'Afrique centrale (CEMAC), qui comprend six membres, faisant
tous partie de la CEEAC.
· La Communauté économique des pays des
Grands Lacs (CEPGL), qui comprend trois membres, faisant tous
partie de la CEEAC.
· La Communauté de l'Afrique de l'Est (EAC), qui
comprend trois membres, dont deux font partie du COMESA et l'
autre de la SADC.
· La Commission de l'océan Indien (COI), qui comprend
cinq membres, dont quatre font partie du COMESA et un de la SADC.
· L'Union douanière d'Afrique australe (SACU),
qui comprend cinq membres, faisant tous partie de la SADC et deux
d'entre eux faisant partie du COMESA.
Dans pratiquement toutes les sous?régions, le processus
de l'intégration est actuellement géré par
deux ou plusieurs groupements. La plupart des pays font partie
de deux ou plusieurs blocs. Sur les 53 pays africains, 27 sont
membres de deux CER et 18 autres sont membres de trois CER. Un
pays, la République démocratique du Congo, est membre
de quatre CER. Sept pays seulement appartiennent à une
seule CER.
Les pays africains ont décidé de créer
plusieurs CER et d'y adhérer afin de poursuivre l'intégration
sur plusieurs fronts. Certains pays membres de blocs importants
pourraient avancer beaucoup plus vite dans le cadre d'un autre
groupement restreint. Les pays souhaitent également maximiser
les avantages de l'intégration et limiter les pertes par
la répartition des risques. En ce qui concerne les pays
économiquement faibles, en particulier, l'arrimage à
plusieurs blocs peut s'avérer très incitatif.
Harmoniser les CER. Le Traité instituant la Communauté
économique africaine consacre tout un chapitre à
la nécessité de faire avancer les CER de concert.
L'Acte constitutif de l'Union africaine réitère
le bien?fondé d'une approche harmonieuse de la mise en
place de l'Union.
· Le rapprochement de la CEDEAO et de l'UEMOA s'est traduit
par un programme d'action commun sur la libéralisation
du commerce et la convergence des politiques macroéconomiques.
Les deux entités ont décidé d'adopter de
nouvelles règles d'origine communes, afin d'accentuer le
flux des échanges. D'autres aspects importants de l'harmonisation
sont: les modèles de déclaration?soumission de douane
(appelés à fusionner en un seul document) et les
mécanismes de compensation (la CEDEAO a déjà
accepté d'adopter le système qu'applique l'UEMOA).
· En Afrique centrale, la CEEAC a adopté un régime
commercial qui tient compte des dispenses en vigueur au sein de
la CEMAC.
· L'IGAD et la COI appliquent la plupart des instruments
d'intégration qui sont déjà adoptés
au sein du COMESA, tandis que l'EAC et le COMESA ont conclu un
mémorandum d'accord destiné à faciliter l'harmonisation
de leurs politiques et programmes.
Le COMESA et la SADC ont décidé de créer
des groupes d'étude chargés d'examiner les questions
d'intérêt commun et de s'inviter mutuellement à
leurs réunions sur les politiques ainsi qu'à leurs
réunions techniques.
Ces initiatives permettent de réduire les disparités
entre les communautés économiques régionales.
Ceci dit, les efforts que déploient les communautés
économiques régionales doivent être appuyés
par un mécanisme continental efficace de coordination.
Ou bien des pierres d'achoppement?
Dans la plupart des cas, les dispositions régissant les
communautés économiques régionales sont aussi
élaborées que celles des programmes d'intégration
économique dans les autres régions du monde. Toutes
les communautés économiques régionales ont
un secrétariat assez fonctionnel, tiennent fréquemment
des réunions aux niveaux des ministres et des groupes de
travail. Or, en dépit des déclarations politiques,
des arrangements institutionnels complexes et des efforts que
ne cessent de faire les gouvernements, le bilan est bien maigre.
A la différence des autres organismes d'intégration
économique dans d'autres régions du monde -UE en
Europe, ALENA en Amérique du Nord et MERCOSUR en Amérique
du Sud, les communautés économiques régionales
n'ont pas réussi à accélérer la croissance
ni à intensifier le commerce.
Peu de dispositions permettant l'interaction. Les principaux
objectifs, principes et autres dispositions du Traité d'Abuja
et ceux de l'Acte constitutif de l'Union africaine devraient prévoir
un cadre de convergence des divers protocoles concernant les communautés
économiques régionales. Toutefois, dans la plupart
des cas, aux termes des dispositions de ces protocoles, les communautés
économiques régionales en sont réduites à
s'occuper de leurs propres affaires et ne peuvent pratiquement
pas avoir des relations avec d'autres groupements économiques.
Le Protocole concernant les relations entre la Communauté
économique africaine et les communautés économiques
régionales a pour objet de trouver une solution à
ce problème en plaçant les communautés économiques
régionales sous la tutelle de la Communauté économique
africaine pour mieux coordonner et harmoniser leurs activités.
Au cours du dernier Sommet de l'OUA, il avait décidé
que l'UA devait également signer un protocole avec les
communautés économiques régionales sur leurs
relations mutuelles.
Protocoles. Il s'agit de savoir si la Communauté
économique africaine et, maintenant, l'UA doivent adopter
leur propre protocole, donner des directives que les communautés
adapteront à leur propre situation. Etant donné
le grand nombre de protocoles prévus (29) dans le cadre
du Traité d'Abuja, il n'est pas réaliste de faire
signer ces protocoles et de les appliquer avant d'avoir harmonisé
ceux des communautés économiques régionales.
En outre, pour la Communauté économique africaine,
il n'est point besoin de protocole avant les deux dernières
phases que constitue la mise en place de la Communauté.
Jusqu'alors, elle s'emploiera principalement à coordonner
les activités des communautés économiques
régionales.
Faiblesse de l'interface avec les pays membres. La plupart
des mesures d'intégration économique figurant dans
les protocoles, décisions et accords doivent être
mis en uvre au niveau national. Pour ce faire, il faut créer
un ou plusieurs mécanismes nationaux qui seront chargés
de planifier, d'organiser, de coordonner les activités
et de suivre l'engagement pris par chaque pays. Certains pays
ont déjà créé ce mécanisme,
y compris des ministères chargés spécifiquement
de s'occuper des problèmes d'intégration. Toutefois,
d'autres pays n'ont pas encore mis en place cette structure. Dans
certains cas, les fonctions du mécanisme actuel sont trop
mal définies ou bien le mécanisme n'est pas bien
doté en ressources humaines, matérielles et financières
pour s'acquitter de sa tâche.
Les faiblesses des mécanismes nationaux s'expliquent
par ce qui suit :
· Le fait que les gouvernements africains n'ont pas su
donner une suite aux engagements qu'ils ont pris dans le cadre
des traités et accords régionaux en modifiant véritablement
leurs politiques, législations, règles et réglementations
nationales.
· La réticence des gouvernements à sacrifier
les intérêts politiques nationaux immédiats
sur l'autel des objectifs économiques régionaux
à long terme (qui seraient plus avantageux pour les populations
à long terme) ou à céder des domaines essentiels
de la souveraineté à des institutions régionales.
· L'absence de mécanismes chargés du suivi
et de l'application pour veiller au respect des calendriers convenus
pour des questions telles que la réduction des barrières
tarifaires et non tarifaires ou pour atteindre des objectifs plus
difficiles tels que la stabilisation macro-économique.
· Le fait que les décideurs nationaux ne prennent
pas souvent en considération les dispositions de la Communauté
économique africaine et ne participent pas aux activités
des communautés économiques régionales.
La faiblesse des moyens ne permet pas de s'acquitter de mandats
ambitieux. Les communautés économiques régionales
doivent s'employer à s'acquitter des mandats ambitieux
qui leur ont été dévolus au titre des traités
et protocoles, mais, pour ce faire, elles ne disposent pas des
ressources nécessaires. En fait, le financement insuffisant
des politiques et programmes d'intégration régionale
est, a-t-on déjà indiqué, une des principales
faiblesses du processus d'intégration. L'écart entre
les sommes allouées et les paiements est important et ne
cesse de s'accentuer et il en sera d'autant plus ainsi si l'on
tient compte des besoins estimatifs à court terme. Par
exemple, pour le COMESA et la CEMAC, le taux de recouvrement des
contributions a diminué, passant de 100 % en 1993 à
un peu plus de 50 % en 1998. En outre, les contributions que les
Etats membres ont effectivement versées permettent à
peine de faire face aux dépenses de fonctionnement des
communautés économiques régionales, qui,
ainsi, sont trop tributaires de l'aide extérieure. Pour
combler le déficit de financement, la coopération
est un élément déterminant. C'est pourquoi,
il convient de recentrer cette assistance pour mieux utiliser
les rares ressources disponibles.
Rapports avec les autres acteurs. Les communautés
économiques étrangères peuvent être
les principaux acteurs de l'intégration, mais elles ne
sont pas les seuls acteurs, étant donné le grand
nombre d'organismes régionaux et sous-régionaux
s'occupant d'un petit nombre d'activités telles que le
transport et l'énergie. Dans nombre de cas, d'autres organisations
seraient plus rentables ou auraient un meilleur avantage comparatif
pour cette activité. Le problème des communautés
économiques régionales, c'est qu'elles ont été
chargées de mener ces activités, donc elles ne peuvent
se dérober à cette tâche, quand bien même
elles ne disposent pas des ressources nécessaires, ne peuvent
pas réaliser ces activités de façon rentable
et d'autres organisations sont plus qualifiées pour cette
activité. Pour les communautés économiques
régionales, une solution pourrait consister à établir
des liens de partenariat avec d'autres, une autre à réviser
les termes de leur mandat.
Evolution du processus d'intégration. Les travaux
de recherche effectués dans le cadre du présent
rapport ont permis de recueillir un grand nombre d'information
sur le processus d'intégration en Afrique. Pour chaque
communauté économique régionale et pour chacun
des huit thèmes d'intégration (commerce, politique
macro-économique, infrastructure, industrie, agriculture
)
des données ont été recueillies aux niveaux
national, régional et continental. Ces données ont
servi à établir des indicateurs d'intégration,
qui ont ensuite été utilisés pour élaborer
des indices d'intégration pour chaque secteur, pour chaque
communauté économique régionale et pour toute
l'Afrique.
Analyse sectorielle
Commerce. Le Traité d'Abuja préconise une
approche en six étapes sur une période de 34 ans
(à partir de 1994) pour former la Communauté économique
africaine. La première étape comprend l'élimination
progressive des tarifs sur le commerce à l'intérieur
des communautés économiques régionales, ce
qui permettra de créer des zones de libre-échange.
Simultanément ou par la suite, les barrières non
tarifaires seraient supprimées et un tarif extérieur
commun adopté pour créer une union douanière.
La mise en uvre de profondes réformes permettrait
la libre circulation des marchandises à l'intérieur
de la communauté, la libre circulation des facteurs de
production et la formation d'un marché commun. Enfin, les
politiques économiques, sociales, environnementales et
autres politiques essentielles seraient harmonisées et
une union ou communauté économique serait créée.
Toutes les communautés économiques régionales
ont fait d'importants efforts pour passer à la première
étape en supprimant progressivement les tarifs sur le commerce
intérieur. Bien que les résultats obtenus diffèrent
d'un pays à l'autre, la plupart des pays membres des communautés
économiques régionales respectent leurs engagements.
Dans le programme de mise en uvre de la Communauté
économique africaine, il est prévu que toutes les
communautés économiques régionales créent
une zone de libre-échange d'ici à 2017. Le COMESA
a déjà défini le cadre juridique d'une zone
de libre-échange, d'autres communautés économiques
régionales ont déjà accompli d'importants
progrès et sont en avance sur le calendrier de mise en
uvre. L'UEMOA, la SACU et la CEMAC sont déjà
des unions douanières pleinement fonctionnelles. Toutefois,
le COMESA, la CEDEAO, la SADC, la CEEAC et l'UMA restent à
la traîne.
Quels sont les résultats obtenus à ce jour? Les
pays membres des communautés économiques régionales
exportent à peine 10 % de leurs produits vers les autres
pays membres de communautés économiques régionales
(tableau 1).
Tableau 1. Exportations vers les autres membres des CER
- ou dans le monde
EXPORTATIONS
|
| |
% des
exportations
individuelles
intracommunautaires
par rapport au
total des exportations
intracommunautaires
|
% des
exportations
intracommunautaires
par rapport au total
des exportations
de l’Afrique
|
% des
exportations
individuelles
intra communautaires
par rapport à
l’ensemble
des exportations
|
|
|
%
|
|
%
|
Rang
|
%
|
Rang
|
|
CEMAC
|
1,1
|
10
|
0,1
|
10
|
1,9
|
11
|
|
SINSAD*
|
12,8
|
3
|
1,3
|
4
|
3,6
|
8
|
|
CEPGL
|
0,1
|
12
|
0
|
13
|
0,5
|
12
|
|
COMESA
|
9,3
|
4
|
1
|
5
|
6
|
6
|
|
EAC
|
4,7
|
7
|
0,5
|
7
|
18,1
|
1
|
|
CEEAC
|
1,3
|
9
|
0,1
|
9
|
1,9
|
10
|
|
CEDEAO
|
19,9
|
2
|
2,1
|
3
|
10,2
|
5
|
|
IGAD
|
4,4
|
8
|
0,5
|
8
|
13,5
|
2
|
|
IOC
|
0,7
|
11
|
0,1
|
11
|
4
|
7
|
|
MRU
|
0
|
13
|
0
|
12
|
0,3
|
13
|
|
SACU
|
|
|
|
|
|
|
|
SADC
|
31,3
|
1
|
3,3
|
2
|
12,8
|
3
|
|
UEMOA
|
5,9
|
6
|
0,6
|
6
|
11,2
|
4
|
|
UMA
|
8,6
|
5
|
8,6
|
1
|
3,1
|
9
|
Total
|
100
|
|
10,5
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
* Le classement de la CEN-SAD est donné
au hasard, du fait qu'elle vient tout juste d'être formée.
Source : Personnel de la CEA
Sous l'impulsion de l'Afrique du Sud, les pays de la SADC réalisent
le plus fort taux d'échanges commerciaux en leur sein,
31% pour les exportations et 24% pour les importations. D'autres
économies de la SADC fortement axées sur l'exportation,
telles que celles de Maurice et du Zimbabwe ont également
contribué à ce résultat. Des pays comme le
Malawi et le Mozambique ont aussi eu de bons résultats
en matière d'exportations directes vers le marché
de la SADC. Cette-communauté vient en tête des autres
CER, bien qu'elle n'ait commencé à mettre en uvre
le protocole relatif aux échanges qu'en septembre 2000.
Etant donné que la plupart des pays de la SADC sont également
membres du COMESA, le programme de libéralisation des échanges
de cette communauté aurait pu les aider. A mesure que l'application
du protocole relatif aux échanges de la SADCs'accélère,
il y a tout lieu de croire que les échanges au sein de
la SADC deviendront encore plus importants.
La CEDEAO vient en deuxième position pour ses exportations
et importations intra communautaires avec un taux de 17%. Elle
a obtenu de bons résultats pour son programme de libéralisation
des échanges en ayant supprimé tous les droits de
douane sur les produits traditionnels et de l'artisanat, mais
n'a pas aussi bien réussi pour les produits industriels,
où le calendrier des réductions tarifaires connaît
encore quelques problèmes. Ce n'est donc que par un accroissement
des échanges des produits traditionnels et de l'artisanat
que cette communauté aurait pu obtenir de meilleurs résultats
dans le domaine commercial. Et, en tenant compte des 27 années
d'existence de la CEDEAO, on peut dire que ce bilan n'est pas
très satisfaisant. Beaucoup pensent que des taux nettement
plus élevés peuvent être obtenus grâce
à la réalisation de progrès notables dans
la mise en uvre du programme de libéralisation pour
les produits industriels - et grâce à l'instauration
d'une harmonie complète entre l'UEMOA et la CEDEAO afin
de garantir un marché économique sous-régional
unifié en Afrique de l'Ouest.
Les échanges au sein de la CEN-SAD occupent la troisième
place pour ce qui a trait aux exportations (12,8%) et la quatrième
pour les importations (10 ,5%). Etant un groupement assez récent
dont les membres appartiennent à plusieurs CER, la CEN-SAD
doit encore développer ses échanges commerciaux
Le COMESA occupe le quatrième rang pour l'ensemble des
exportations africaines (9,3%) et le cinquième pour les
importations (7,4%). Ces classements peuvent paraître surprenants
, étant donné la réputation du COMESA pour
ses mesures en faveur du commerce.
Les CER ont appuyé les échanges intracommunautaires
à travers des programmes de libéralisation des échanges
et d'autres mesures. Mais les échanges intracommunautaires
des produits manufacturés sont demeurés très
limités ((2-7%), et dans certains cas ont baissé
par rapport au total des échanges. Les mesures prises par
les communautés pour soutenir le secteur industriel figurent
pour la plupart dans leurs programmes de libéralisation
des échanges.
Même si le secteur privé est considéré
comme le moteur du développement industriel, les traités
des CER sont fondés la plupart du temps sur l'hypothèse
selon laquelle, il revient aux gouvernements, en tant que principaux
acteurs, de développer le secteur. Aussi convient-il de
procéder à des ajustements des dispositions relatives
à la coopération industrielle dans les traités
des CER, afin d'attirer plus d'attention sur le secteur privé
(tant local qu'étranger), en tant que force motrice et
de moins privilégier les industries communautaires de prestige
auxquelles les gouvernements tiennent tellement.
Les actions au niveau régional destinées à
promouvoir l'agriculture et à assurer la sécurité
alimentaire, ont essentiellement pour objet de réaliser
les objectifs suivants :
· Harmonisation des politiques et stratégies de
développement agricole
· Promotion des échanges intrarégionaux,
y compris les mécanismes de compensation
· Mise en uvre des systèmes d'alerte rapide
conjoints pour lutter contre la sécheresse, les ravageurs
et les maladies
· Développement de marchés efficaces au
niveau de la région
· Mise en place d'institutions pour des activités
conjointes de recherche et le renforcement des capacités.
Une autre réalité africaine, c'est que la majeure
partie des échanges se fait dans le secteur informel et
n'apparaît pas dans les registres officiels. S'il était
pris en compte, le commerce intra africain serait beaucoup plus
élevé que les 10% actuels. Il se peut également
que les mouvements informels de capitaux soient plus importants
qu'ils n'apparaissent. C'est pour ces raisons qu'il faut que le
programme d'intégration africaine aille au-delà
des liens économiques officiels pour pouvoir saisir la
dynamique du secteur informel. Les CER devraient donc être
encouragées à intégrer le secteur informel
dans leurs politiques et activités. Par exemple, la Communauté
de l'Afrique de l'Est (EAC) commence à prêter attention
au secteur informel, étant donné l'intense activité
de part et d'autre des frontières au sein de la communauté.
Nombre de petits commerçants de la sous-région font
des affaires au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda, aussi les politiques
visant les grandes compagnies et les investisseurs devraient-elles
commencer à s'intéresser aux commerçants
du secteur informel.
En conséquence, dans les efforts visant à mettre
en place un marché africain intégré, il conviendra
de trouver des solutions à un grand nombre de problèmes.
· Premièrement, la plupart des communautés
semblent fonctionner comme des entités indépendantes,
plutôt que comme des branches différentes d'une même
société. La deuxième phase du calendrier
de mise en uvre de l'AEC censée durer jusqu'en 2007,
met l'accent sur la nécessité d'une coordination
et d'une harmonisation de ces communautés.
· Deuxièmement, il y a le problème de la
multiplicité des arrangements d'intégration régionale
au sein de la même région. Ce qui entraîne
inévitablement des adhésions multiples pour les
pays et son corollaire le fardeau des coûts et les complications
qu'entraînent ces adhésions multiples pour l'application
des règles d'origine et autres.
· Troisièmement, l'application des protocoles communautaires
sur les échanges et l'intégration des marchés,
peut être compromise par des préoccupations portant
sur la réduction de la souveraineté nationale et
de l'indépendance quant à l'élaboration des
politiques au niveau national - ainsi que de la perte éventuelle
des recettes douanières et autres taxes liées aux
échanges entre pays. En outre, il convient d'aborder plus
sérieusement la question des barrières non tarifaires
par rapport aux échanges intracommunautaires dans toutes
les communautés régionales. En raison du caractère
multiforme des différents éléments d'une
barrière non tarifaire, la suppression de cet important
obstacle potentiel aux échanges intracommunautaires ne
répond pas tout à fait aux normes de transparence
requises..
La convergence des politiques macroéconomiques
demeure un mirage. L'UEMOA et la CEMAC réalisent des
progrès sensibles dans ce domaine, tandis que la CEDEAO,
le COMESA et l'EAC ont établi des paramètres de
convergence macroéconomique pour aider les Etats membres
à orienter leurs efforts vers des réformes et une
stabilité macroéconomiques. Toutefois, les pays
ont eu du mal à atteindre les niveaux requis de convergence
macroéconomique et il n'existe que très peu d'informations
indiquant que tous les membres progressent à l'unisson.
Il est donc difficile d'évaluer de quelle façon
la convergence des politiques, en tant que dispositif d'ensemble,
aide à établir une discipline macroéconomique
au sein des CER et dans toute l'Afrique.
L'UEMOA, la CEMAC, la CEDEAO et le COMESA ont accordé
une très grande importance à la convergence macroéconomique
en s'accordant sur et en introduisant des paramètres pour
amener leurs Etats membres à harmoniser et à stabiliser
leurs politiques dans ce domaine. Mais ils sont à des niveaux
d'évolution différents en ce qui concerne la conception
de leurs critères de convergence et le respect de ceux-ci
par les Etats membres. L'UMA et la SADC n'ont pas encore établi
leurs paramètres de convergence. Ceux-ci - qui vont de
la baisse des taux d'inflation ainsi que des déficits financiers
et budgétaires à la réduction du fardeau
de la dette - ont normalement pour objet d'aider les Etats membres
à établir et maintenir un niveau acceptable de stabilité
macroéconomique.
De manière générale, des efforts sont déployés
par les Etats membres pour respecter les principes de convergence
de leurs CER. En se fondant sur leurs résultats moyens
enregistrés entre 1994 et 2000, les CER sont classées
comme suit :
· En ce qui concerne l'inflation, l'Union du Maghreb arabe
(UMA) occupe le premier rang avec 7%, suivie de l'Union économique
et monétaire de l'Afrique de l'Ouest (UEMOA) 10%, de la
Communauté économique et monétaire de l'Afrique
centrale (CEMAC) 10%, de la Communauté économique
des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) 12%, de la Communauté
économique de l'Afrique australe (SADC) 31%, et du Marché
commun de l'Afrique de l'Est et de l'Afrique australe (COMESA)
33%. Il convient toutefois de noter que l'UEMOA a, au cours des
trois dernières années, réduit progressivement
son taux d'inflation à deux chiffres en 1994 et 1995 à
une moyenne de 4%. Hormis l'Angola et la République démocratique
du Congo, l'inflation de la SADC et du COMESA aurait été
de 17% et 15% respectivement.
· S'agissant du déficit budgétaire, l'UMA
est en première position avec 0,2% suivi de la CEMAC (2,3%),
de l'UEMOA (- 3,7%), de la SADC (- 4,3%), de la CEDEAO (- 4,9%)
et du COMESA (- 5,7%). Concernant la dette extérieure,
le classement est le même que pour le déficit budgétaire.
· Les flux d'investissements étrangers directs
(IDE) vers le continent ont augmenté au taux annuel moyen
d'environ 1,2% entre 1994 et 1999. Les investissements étrangers
directs représentent environ 2,8% du PIB de la CEDEAO,
2,0% de celui du COMESA , 1,9% de celui de l'UEMOA, 1,9% de la
Communauté des Etats sahélo-sahariens (CEN-SAD),
1,8% de celui de la SADC, 1,4% de celui de l'Autorité intergouvernementale
pour le développement (IGAD), 1,0% de celui de la CEEAC
et 0,9% de celui de l'UMA . Les IDE ont constitué environ
1,5% du PIB de l'ensemble de l'Afrique. Au cours de la même
période, la SADC et la CEN-SAD ont attiré environ
21% du total des IDE chacune, suivies du COMESA (16,4%), de la
CEDEAO (11,9%), de l'UMA (5,4%), de l'UEMOA (3,1%), de l'IGAD
(2,7%) et de la CEEAC (1,9%). La tendance positive du développement
des marchés financiers sur le continent devrait entraîner
un accroissement des investissements transfrontières et
attirer des flux d'investissements étrangers directs par
le biais de partenariats avec les investisseurs étrangers.
En fait, des bourses de valeur existent au sein de toutes les
CER.
Inadéquation de l'infrastructure et de l'intégration
physique - facteurs de blocage considérables. L'inadéquation
de l'infrastructure et des réseaux, notamment dans les
domaines de l'énergie et du transport et des communications,
sont des facteurs de blocage graves. Cette situation encourage
l'accroissement du coût des affaires, sapant ainsi la compétitivité
des produits africains tant au niveau national qu'international,
et repoussant les investissements étrangers directs. En
Afrique, le coût d'un appel téléphonique peut
être 250% de celui du même appel en Europe ; le coût
d'un voyage par avion entre Abuja et Bamako peut être 250%
de celui du voyage entre Amsterdam et New York ; de même,
le coût d'une expédition par voie maritime d'Addis
Abeba à Abidjan peut être 350% de celui de Tokyo
à Abidjan.
Dans le domaine du transport, de nombreux tronçons manquants
de la Route transafricaine conçue pour promouvoir l'intégration
des Etats membres au sein et entre les CER, ont été
construits. Les projets d'interconnexion des voies ferroviaires
dans les sous-régions de l'Afrique de l'Ouest et de l'Afrique
de l'Est ont été formulés et des fonds sont
mobilisés actuellement pour les études de faisabilité.
Par le biais d'initiatives meilleures de gestion des routes et
la mise en place d'institutions appropriées, le réseau
routier a été considérablement amélioré.
Le transport est vu d'une manière globale dans le cadre
des corridors de développement de la SADC et des initiatives
de développement spatiales, ce qui pourrait être
imité dans d'autres sous-régions pour ouvrir les
pays enclavés.
La décision visant à libérer progressivement
l'accès aux marchés du transport aérien en
Afrique (Décision de Yamousoukro) a été adoptée
au niveau régional et renforcée au niveau sous-régional.
La décision africaine relative à l'ouverture de
l'espace aérien prévaut sur tout autre accord contradictoire
bilatéral ou multilatéral et lève la plupart
des restrictions sur l'octroi des droits de trafic, la fixation
des capacités aériennes et la réglementation
tarifaire. Elle permettra d'améliorer les connexions et
les services intra-africains, d'introduire la concurrence dans
un marché plus vaste et d'offrir de meilleurs choix aux
consommateurs. La participation privée et les investissements
des donateurs multilatéraux dans l'industrie du transport
aérien pourront également être accrus.
De nombreux efforts visant à intégrer le continent
sont déployés dans le domaine des télécommunications.
· Le projet RASCOM, lancé en 1992, offre une vaste
gamme de services de télécommunication dans toutes
les régions de l'Afrique par le biais de liaisons directes
entre tous les pays africains et permet d'assurer la connectivité
et les connexions internationales là où d'autres
ne peuvent pas arriver.
· Lancée en 1995 par la CEA, la Société
africaine de l'information a pour but de mettre en place un réseau
d'informations et de télécommunications à
l'échelle continentale et d'assurer la liaison de l'Afrique
avec le reste du monde en améliorant le flux des nouvelles
technologies.
· L'Union africaine de télécommunications
a lancé l'initiative de la connexion africaine pour aider
les Etats membres à adhérer à la Société
de l'information à travers le développement accéléré
de l'infrastructure de l'information régionale et son utilisation
dans les secteurs socio-économiques.
· Le COMESA a lancé COMTEL en vue de forger un
réseau de télécommunications régional,
et la CEDEAO est en train de mettre en place des organes de réglementation
pour le partage d'expériences et l'harmonisation des réglementations.
En ce qui concerne l'énergie hydraulique, les projets
en cours sont, entre autres, la station énergétique
de Kariba South entre la Zambie et le Zimbabwe, la station hydroélectrique
de Ruzizi II entre le Burundi, le Rwanda et la République
démocratique du Congo, la station d'énergie hydroélectrique
de Nangbéto de la Communauté électrique du
Bénin entre le Bénin et le Togo ainsi que le projet
d'énergie hydraulique de l'Organisation pour la mise en
valeur du Fleuve Sénégal entre le Mali, la Mauritanie
et le Sénégal et également dans la région
de l'Afrique de l'Ouest.
S'agissant des réseaux électriques, la centralisation
de l'énergie par le biais de l'interconnexion des réseaux
électriques est déjà en cours dans la région
de la SADC avec la création, en 1995, du Southern African
Power Pool qui devra relier les membres de la SADC en un réseau
électrique unique. Le projet Pool, vraisemblablement la
première tentative majeure de créer une zone de
libre échange en matière d'énergie en Afrique
australe, est un modèle qui peut être envisagé
pour les autres régions de l'Afrique. La CEDEAO est également
en train de centraliser son énergie dans le cadre du West
African Power Pool. Une des priorités de la Communauté
de l'Afrique de l'Est est l'achèvement du Plan directeur
de l'énergie de l'EAC dans le cadre du Plan directeur général
régional de l'énergie. Le Kenya, la Tanzanie et
la Zambie envisagent de procéder à l'interconnexion
de leurs réseaux électriques. Cela permettra d'améliorer
la fiabilité et la sécurité d'approvisionnement
de l'énergie dans les Etats membres de l'EAC, en raison
de leur accès au Southern African Power Pool, avec ses
surplus de capacités de production électrique excédentaires.
Pour ce qui est des oléoducs et des gazoducs, la centralisation
de l'énergie est déjà effectuée avec
la liaison, par le biais de Transmed, de l'Algérie à
l'Italie en passant par la Tunisie et à travers le gazoduc
Maghreb - Europe qui relie l'Algérie à l'Espagne
via le Maroc. Le projet de l'oléoduc de l'Afrique de l'Ouest
a pour but d'alimenter le Bénin, le Togo et le Ghana avec
le gaz naturel provenant du Nigeria d'ici à 2004 - 2005.
Le projet de gaz naturel de l'Afrique du Sud - Mozambique lancé
par South African Synthetic Fuels Company, SASOL, devrait être
achevé d'ici le début de 2004. L'oléoduc
des produits pétroliers Mombasa - Nairobi sera étendu
de Eldoret à l'ouest du Kenya à Kampala en Ouganda,
avec des baisses considérables des prix des produits pétroliers
pour l'Ouganda et d'autres régions enclavées du
nord-ouest de la Tanzanie, le Rwanda, le Burundi et l'Est de la
République démocratique du Congo.
Points essentiels tirés des indicateurs de l'intégration
africaine
Fondés sur un examen du fonctionnement de chaque CER par
rapport à ses objectifs, son rythme et son progrès
eu égard aux autres CER (voir encadré 1), les indicateurs
de l'intégration régionale de l'Afrique constituent
la première évaluation concrète de l'intégration
régionale. Ils ont été pris en considération
à partir de 1994, année de l'entrée en vigueur
du Traité d'Abuja.
Encadré 1 : Mesure de l'intégration
|
Les indicateurs de l'intégration
africaine et les indices de l'intégration africaine
qui en sont dérivés sont nouveaux. Ainsi,
il y a des limitations en ce qui concerne leur conception
et leurs mesures. Mais, il s'agit d'un début
et ils seront raffinés avec le temps.
S'agissant de l'indice du développement
humain, lancé en 1990 pour compléter
le PNB par habitant en tant que mesure de développement,
ses débuts étaient modestes ; mais,
de plus en plus raffiné, il a été
vite considéré comme une base utile
pour comparer les performances des pays et même
des parties de pays. Il est espéré que
la même chose se produira avec les indicateurs
et les indices de l'intégration africaine.
Même s'ils sont nouveaux et s'ils ont certaines
limitations, ils peuvent constituer une base de discussion
utile et, avec le temps, ils seront raffinés
pour être plus utiles.
Les indicateurs ont été
élaborés pour huit catégories
d'activités sectorielles, à savoir :
· Intégration
du commerce et du marché;
· Intégration
monétaire, fiscale et financière;
· Transport; · Communications;·
Industrie;
· Energie;
· Alimentation et agriculture;
· Développement humain et marchés
de l'emploi.
Chaque catégorie sectorielle
comprend elle-même un sous-ensemble de variables
avec des tendances calculées comme une moyenne
pondérée des composantes du sous-ensemble.
Par exemple, l'indicateur du commerce est une moyenne
pondérée des exportations et des importations
intra-CER.
Les performances des diverses
CER sont mesurées par rapport aux meilleurs
scores de chaque catégorie sectorielle. Des
notes sont attribuées sur la base de critères
techniques et statistiques où la meilleure
est 10. Ces notes sont utilisées pour calculer
les indices de chaque CER, avec une pondération
pour chacun des secteurs. Par exemple, l'intégration
du commerce et du marché a une pondération
de 34%, le transport, une pondération de 15%.
Les indices de l'intégration sont alors calculés
comme moyennes pondérées par le PIB
de chaque CER.
Naturellement, il y aura beaucoup
de discussions sur le choix des variables, la notation
et les pondérations. L'intention ici est de
fournir un tableau très général
de la manière dont évolue l'intégration
dans les divers secteurs de chacune des CER et pour
toute l'Afrique.
|
|
Dans l'ensemble, il y a un mouvement perceptible vers une plus
grande intégration qui s'est caractérisée
par une montée en 1996 et un ralentissement général
qui a suivi juste après (tableau 2). La vitesse moyenne
de l'intégration en 1994-99 était de 4,7%, plus
rapide que la croissance économique de la région.
Mais, l'année 1994 peut avoir été une année
de dépression qui a été suivie par des reprises
en 1995. Ainsi, la vitesse réelle de l'intégration
n'était que de 1-2%. Il est aussi clair qu'il y a eu un
recul depuis 1997.
Tableau 2. Indice composé de l'intégration
régionale
|
|
1994
|
1995
|
1996
|
1997
|
1998
|
1999
|
|
Moyenne
simple
|
100.0
|
113.1
|
121.4
|
124.1
|
123.0
|
120.1
|
|
Moyenne
comparée
|
100.0
|
115.8
|
126.4
|
128.4
|
126.3
|
124.6
|
Source : Personnel de la CEA
De toutes les CER, la SADC, le COMESA, la CEN-SAD et la CEDEAO
semblent avoir fait de bons progrès jusqu'en 1997 et ont
ralenti leur élan avec le reste du continent aussitôt
après (tableau 3). L'UEMOA, la vraie championne de l'intégration,
semble s'être consolidée en bâtissant sur son
succès antérieur, particulièrement dans la
discipline macro-économique. La CEPGL, la CEEAC, la COI
et la MRU sont restées en arrière en raison de l'insécurité
qui régnait dans ces régions (tableau 4). Le rapport
intégral qui sortira plus tard au courant de cette année
donnera de plus amples détails sur la performance sectorielle
de chaque CER et sur la performance des CER dans chaque secteur.
Tableau 3. Indice composé de l'intégration par
CER
CER
|
1994
|
1995
|
1996
|
1997
|
1998
|
1999
|
|
CEMAC
|
100.0
|
127.5
|
133.8
|
134.1
|
132.5
|
122.0
|
|
CEPGL
|
100.0
|
91.0
|
89.9
|
95.1
|
91.0
|
87.3
|
|
COMESA
|
100.0
|
110.1
|
123.0
|
125.2
|
127.2
|
118.3
|
|
EAC
|
100.0
|
114.7
|
120.3
|
118.5
|
120.5
|
119.2
|
|
CEEAC
|
100.0
|
124.6
|
128.1
|
132.0
|
126.8
|
121.7
|
|
CEDEAO
|
100.0
|
117.3
|
132.2
|
131.0
|
137.7
|
134.2
|
|
IGAD
|
100.0
|
112.4
|
116.4
|
119.5
|
120.8
|
119.2
|
|
COI
|
100.0
|
116.2
|
126.2
|
118.3
|
123.8
|
109.6
|
|
MRU
|
100.0
|
90.2
|
96.4
|
119.3
|
109.3
|
117.1
|
|
SADC
|
100.0
|
113.7
|
124.8
|
127.2
|
133.2
|
132.9
|
|
UEMOA
|
100.0
|
117.4
|
130.5
|
132.3
|
134.7
|
136.2
|
|
UMA
|
100.0
|
112.3
|
125.0
|
124.8
|
119.2
|
121.7
|
Moyenne
|
100.0
|
113.1
|
121.4
|
124.1
|
123.0
|
120.1
|
Note : CEN-SAD n'est pas incluse en raison de
sa récente création
Source : Personnel de la CEA
Tableau 4. Vitesse de l'intégration par CER
|
Au
dessus
de la moyenne
|
Moyenne
|
Près
de la moyenne
|
Irrégulier
|
|
UEMOA
6.6%
|
CEMAC
4.7%
|
EAC
3.7%
|
CEPGL
|
|
CEDEAO
6.3%
|
CEN-SAD
4.6%
|
IGAD
3.7%
|
CEEAC
|
|
SADC
6.0%
|
UMA
4.2%
|
COMESA
3.6%
|
COI
|
|
|
|
|
UFM
|
Source : Personnel de la CEA
La voie à suivre
Le bilan d'aujourd'hui
Le processus d'intégration de l'Afrique se heurte à
des problèmes dont certains peuvent être imputés
aux objectifs trop ambitieux par rapport aux besoins en ressources
et en capacités. Mais lorsqu'on considère les multiples
défis que l'Afrique doit surmonter pour maintenir un taux
de croissance respectable, le manque de réalisations substantielles
à ce jour n'est pas surprenant. Les mêmes problèmes
systémiques qui entravent le développement des économies
nationales du continent, bloquent aussi les progrès rapides
vers son intégration.
Mais, avec beaucoup d'énergie et de bonne volonté
et avec les efforts récemment déployés pour
obtenir des résultats, l'intégration de l'Afrique
suit généralement son cours. Un plus grand engagement
politique et davantage de ressources sont néanmoins indispensables
pour avoir de meilleurs résultats. Mais, la mise en place
d'une Communauté économique africaine et de l'Union
africaine exige aussi des incursions constantes dans les principaux
secteurs d'accélération de la croissance que sont
l'énergie et le transport au sein des CER et à travers
le continent. Il est également essentiel de faire appel
au secteur privé, qui jusque là avait été
relégué au second plan.
Principales questions en suspens
Politiques macro-économiques pour l'intégration
régionale. Beaucoup de CER encouragent leurs membres
à améliorer leur cadre macro-économique pour
le développement et une plus grande intégration.
Les principaux paramètres de convergence sont notamment
les taux d'intérêt, l'inflation, les flux de l'IDE,
les déficits budgétaires, les ratios dettes-PIB
et les taux de croissance économique. Mais, les critères
de convergence diffèrent d'une CER à l'autre en
raison de leurs différents niveaux de développement.
Les problèmes sont particulièrement évidents
en ce qui concerne les déficits budgétaires et la
dette.
· Quelle est la meilleure approche possible pour assurer
une convergence politique plus rapide dans les pays membres des
groupements d'intégration ? Y a-t-il un ensemble de macro-politiques
fondamentales pour la convergence dans le type actuel de programmes
de réformes ?
· Les groupements d'intégration de l'Afrique devraient-ils
avoir une autorité supra nationale pour assurer la mise
en uvre des décisions prises d'un commun accord et
imposer des sanctions en cas de non-respect ? Ou devraient-ils
rester des cadres vagues pour diriger leurs processus d'intégration
respectifs, dépendant des efforts que font leurs Etats
membres pour progresser ?
· Les groupements d'intégration sont-ils effectivement
impliqués dans les programmes nationaux de réforme
économique (par exemple, les programmes d'ajustement structurel
et autres) pour garantir leur compatibilité avec les objectifs
politiques régionaux ? Leur implication devrait-elle être
institutionnalisée dans toutes les négociations
sur les réformes économiques telles que celles qui
existent entre les Etats et le FMI et la Banque mondiale ?
Commerce : La plupart des CER ne sont pas encore parvenues à
établir pleinement des zones de libre-échange et
des unions douanières. L'élimination des barrières
au commerce intrarégional est en général
incomplète, dans la mesure où certains Etats membres
accusent du retard en ce qui concerne leurs obligations en matière
de réduction des droits de douane. La réduction
des droits de douane pose des difficultés dans de nombreux
pays en raison de son incidence sur les recettes. D'autres difficultés
proviennent de la répartition inégale des avantages
et des coûts, les Etats membres n'ayant pas la même
taille et les mêmes capacités. Dans pratiquement
toutes les CER, le commerce intracommunautaire, en particulier
les exportations à l'intérieur de la communauté
elle-même, sont la chasse gardée d'une poignée
d'économies dominantes.
· Comment peut-on identifier les asymétries dans
les gains et les pertes résultant des plans de libéralisation
des échanges et d'autres programmes des Etats membres ?
· L'établissement ou l'accord sur un " mécanisme
de compensation " constitue-t-il la bonne approche ? Quels
autres mécanismes de redistribution sont nécessaires
pour veiller à ce que les avantages et les coûts
soient partagés de manière plus égale et
acceptable ? Comment les groupements d'intégration font-ils
mieux face aux asymétries à l'intérieur des
blocs ?
· Le processus d'intégration de l'Afrique ne met-il
pas trop l'accent sur la création de zones de libre-échange
et d'unions douanières, alors que les capacités
de production sont faibles ? L'intégration ne devrait-elle
pas se faire selon une approche plus prudente de la libéralisation
? Les contraintes du côté de l'offre ne devraient-elles
pas être examinées avec rigueur en premier lieu ?
Intégration physique par le développement de l'infrastructure
: l'amélioration des infrastructures de l'énergie,
des transports et des télécommunications est essentielle
pour le développement des économies africaines et
pour réduire la pauvreté. Il reste beaucoup à
faire pour compléter les chaînons manquants à
l'intérieur des CER et à travers l'Afrique, en particulier
dans le domaine routier et en ce qui concerne l'exploitation du
potentiel commercial du secteur énergétique, par
le biais d'initiatives telles que les consortiums énergétiques,
qui semblent bien fonctionner dans le cadre de la SADC.
Les capacités des CER de mettre uvre des programmes
d'infrastructures et des programmes sectoriels sont très
limitées si elles ne bénéficient pas de l'aide
d'intervenants extérieurs. Par conséquent, il y
a lieu d'examiner la question de savoir si les CER devraient continuer
à s'engager dans des projets de grande envergure dans le
domaine des infrastructures.
· Comment pouvons-nous accélérer les financements
des chaînons manquants des réseaux transcontinentaux
? Ne faudrait-il pas avoir recours à des institutions spécialisées
pour financer de tels projets (par exemple, un mécanisme
de financement et un mécanisme de garantie des investissements)
?
· Comment les Etats peuvent-ils assurer l'équilibre
entre les différentes demandes contradictoires qui pèsent
sur leurs ressources limitées tout en fournissant un appui
approprié aux programmes d'intégration des infrastructures
?
· Quelles sont les conditions, notamment les droits fonciers
et les droits de propriété, requises pour une participation
effective du secteur privé au développement de l'infrastructure
?
Renforcement des communautés économiques régionales
: les CER ont été mises en place par les Etats eux-mêmes,
à travers un processus de négociation complexe et
souvent lent. Bien que la mise en uvre n'ait pas été
parfaite, avec notamment des périodes d'inaction et de
retour en arrière, le système s'est traduit par
une solidarité entre ses différents membres, et
des progrès ont été enregistrés dans
le sens d'une union économique.
Mais avec 14 CER, la configuration actuelle apparaît comme
un gaspillage d'énergie et de ressources. Etant donné
les adhésions multiples des Etats, l'idée a souvent
été émise que l'intégration serait
plus efficace si le nombre des CER était réduit
et si les Etats ne pouvaient adhérer qu'à une seule
communauté. Pour faciliter en fin de compte la fusion des
CER dans le cadre de l'Union africaine, des efforts particuliers
d'harmonisation et de coordination seront nécessaires.
· Comment les structures des CER peuvent-elles être
rationalisées ?
· Quels mécanismes devraient être mis en
place pour que les Etats et les CER coordonnent et mettent en
uvre les politiques arrêtées ?
· Comment peut-on renforcer l'appui politique (et celui
des ONGs et de la société civile) en vue de garantir
le financement et la mise en place de capacités et d'institutions
?
· Dans l'établissement des priorités, comment
les CER peuvent-elles se concentrer sur ce qu'elles font de mieux
et se dessaisir de ce qui pourrait être mieux accompli par
les Etats, d'autres institutions africaines, des organisations
bilatérales ou multilatérales ?
Edification de l'Union africaine
L'Union africaine constitue le plus ambitieux programme politique
de l'Afrique depuis les indépendances et sa mise en place
pèsera lourdement sur les infrastructures institutionnelles
et financières actuelles. En effet, l'Union africaine doit
relever les mêmes défis que l'OUA et les CER : un
mandat clair, des mécanismes efficaces concernant ses relations
avec les Etats et un niveau approprié de ressources pour
s'acquitter de son mandat. De nombreuses institutions nouvelles
doivent être créées. La réflexion actuelle
devrait intégrer les plans d'action en vue de l'établissement
de priorités ou la définition des fonctions.
· Quel devrait être le calendrier et l'ordonnancement
des activités en vue de la création de la Banque
centrale africaine, du Fonds monétaire africain, de la
Banque africaine d'investissements ainsi que des nombreuses autres
institutions prévues ?
· Quels devraient être les domaines prioritaires
dans lesquels les Etats devraient céder une part de leur
souveraineté en matière de prise de décisions
et partager leurs pouvoirs avec l'Union africaine ?
· Quels seront les coûts de fonctionnement de l'Union
africaine et d'où proviendront ses ressources ?
· Quelles seraient les exigences en matière de
capacités concernant la conception, la gestion et l'administration
des nombreuses institutions de l'Union africaine ?
· Comment l'Union africaine va-t-elle renforcer et compléter
les activités des CER et des autres organismes régionaux
tels que la BAD et la CEA ?
· Comment l'Union africaine collaborera-t-elle avec les
Etats, la société civile et le secteur privé
?