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INTÉGRATION RÉGIONALE EN
AFRIQUE - LE COUP D'ACCÉLÉRATEUR DE LA CEA
Entretien de Marie-Noelle Guichi,
Le Messager du Cameroun,
Mercredi 13 mars 2002
http://www.wagne.net/messager/messager/2002/0302/13/amara.htm
Le Messager : Le 3ème Forum Pour le développement
de lAfrique vient de sachever. Quel regard jetez-vous
sur ses résultats ?
Amara Essy : Ce forum était le bienvenu parce quil
sest tenu à quelques heures du conseil des ministres
de lOua. Javais été chargé par
le sommet des chefs dEtat délaborer les textes
des principaux organes de lUnion africaine pour pouvoir la
lancer en Afrique du Sud. Depuis que jai pris fonction, nous
avons beaucoup travaillé sur ces textes. Nous avons soumis
le projet aux Etats membres qui les ont soumis eux aussi à
leurs experts. Juste à la fin de ce forum, nous avons envoyé
ces textes pour examen aux ambassadeurs ici et du 12 au 14 mars,
ce sera le tour des ministres des Affaires étrangères
de sen imprégner à loccasion de leur conseil.
Ce forum a eu lavantage davoir réuni les meilleurs
experts en matière de développement et dintégration.
Toutes les réflexions qui ont lieu seront dun apport
appréciable au conseil des ministres.
LM : La société civile a évoqué
ses craintes de voir apparaître une Oua bis avec les organes
qui sont entièrement contrôls par les Chefs dEtat
et leurs ministres. Quen pensez-vous ?
AE :Les documents qui ont été élaborés
seront mis à la disposition des ministres. Je pense quon
doit en tenir compte. Quelle que soit la compétence des experts,
on ne peut pas aujourdhui ignorer les souhaits du peuple.
Il faut donc quon tienne compte de son opinion. On ne peut
pas faire cette union sans le peuple, sans les jeunes, sans les
femmes, sans la société civile.
LM : Linter -convertibilité des monnaies continue
dêtre un frein à lintégration régionale.
Peut-on penser à une monnaie unique dans lUnion africaine
?
AE: Cest lobjectif final. Quand jai parlé
avec les responsables de lUnion européenne, ils mont
dit quà leur début, ils ne savaient pas où
ils allaient. Donc tout est une question dévolution.
Lidéal de toute union de ce genre est de créer
à terme une monnaie commune. Je pense quau niveau de
la Cedeao, nous avons une zone Cfa et que les autres zones sont
en train de chercher à faire en sorte quau niveau de
cette région nous ayons une monnaie commune. Je crois que
cest lexemple quil faut suivre pour faire en sorte
quun jour nous ayions notre monnaie commune. Mais cest
une épreuve de longue haleine parce que cela demande dabord
une convergence de politiques macro-économiques, cela demande
une convergence de politiques budgétaires. Ce sont des processus
longs et difficiles, mais on peut y arriver.
LM : Il a également été constaté
une faiblesse des liens entre lOua et les organisations régionales
(Sadec,Cedeao, Eac), comment lUa compte-t-elle corriger cette
faiblesse ?
AE : Les relations devraient être des relations de
symbiose dans le travail entre lOua et les organisations sous
- régionales. Parce que les unions régionales travaillent
pour lintégration de la sous - région. Pour
remédier à ces critiques nous avons déjà
au niveau des organes de lUnion, un mécanisme de coopération
avec les différentes structures sous - régionales
pour coordonner nos actions. En matière de paix et de sécurité,
chaque région a un organe de paix et de sécurité
quil faut intégrer à lorgane central de
la paix et de la sécurité en Afrique. Tout cela demande
une coordination énorme au niveau des institutions.
LM : Justement en ce qui concerne les institutions, à
quel niveau en êtes-vous aujourdhui ?
AE : Jai élaboré déjà les
textes concernant lassemblée des chefs dEtat,
le conseil exécutif, le comité des représentants
permanents auprès de lUnion, la Commission qui va remplacer
le secrétariat et qui sera composée dun président,
dun vice-président et de commissaires. Tous ces textes
sont déjà prêts. Ils seront donc soumis aux
Etats membres. Parallèlement, je vais mettre sur pied un
groupe déminentes personnalités, dix ou onze,
qui vont réfléchir dune façon permanente
sur lUnion africaine. Cela est important parce que le secrétariat
est attelé à des tâches quotidiennes. Ces dix
derniers jours jétais moi-même en Afrique du
sud, puis en République centrafricaine, en Libye. Aujourdhui,
toutes les deux heures, je suis en contact avec Madagascar, avec
le Burundi et les Comores.
L M : Pensez-vous quil est possible denvisager
une Union africaine sans quune solution définitive
soit apportée à toutes ces guerres ?
AE : Il est difficile denvisager lintégration
véritable en Afrique si les armées continuent de se
battre à lintérieur de certains pays et à
travers les différentes Sous-régions. En ce moment,
sept armées africaines sont face à face au Congo.
La moitié des morts de tous les conflits dans le monde vient
de lAfrique. Cest inacceptable. Il convient de trouver
une solution au problème de paix et de sécurité
en Afrique. Mais on ne peut pas attendre un continent totalement
en paix avant dentamer lUnion. Je crois quil faut
aller par étapes. Au fur et à mesure quelle
va se développer, elle va créer un espace de liberté
démocratique, un espace de libre circulation des biens et
des personnes. Tout cela contribuera à résoudre les
problèmes de conflits. Parce que si vous avez des intérêts
en commun quelque part, sil y a un problème vous accepterez
de vous asseoir pour discuter. Certains conflits sont dus à
des questions despace. Si nous arrivons à lintégration,
ces problèmes disparaîtront deux-mêmes.
Les causes profondes de ces guerres existent, il faut chercher à
les éradiquer. Jai rencontré par exemple les
rebelles Burundais ce jour (vendredi 8 mars 2002, Ndlr) pour leur
expliquer quil ne sert à rien de sentre-tuer
en détruisant toutes les infrastructures du pays. Car même
sils finissent par accéder au pouvoir, ils auront de
la peine à reconstruire tout ce qui a été endommagé.
Je les ai priés de se joindre au processus de paix dArusha.
Il convient aussi de préciser que la paix aujourdhui
est régionale. Cest-à-dire que le sort dun
pays est lié à celui dun autre. Si on a la paix
au Burundi et la guerre au Rwanda ou au Congo, on nest pas
sorti de lauberge. Cest une approche globale quil
faut suivre
LM : Une solution aux conflits en Afrique peut-elle être
trouvée par les Africains tout seuls lorsquon sait
que le plus souvent les ficelles sont tirées de lextérieur
?
AE : Non ! Tout en reconnaissant que cest aux dirigeants
et aux peuples africains quincombe au premier chef la responsabilité
de la paix et de la sécurité régionale, il
est nécessaire dadmettre limportance du rôle
des acteurs internationaux à cet égard. Ce que jai
fini par comprendre depuis ma prise de fonction à lOua
cest quaucune solution pacifique ne peut être
trouvée aux conflits en Afrique par les Africains uniquement.
Le plus souvent, les ficelles sont tirées par lOccident.
Cest en Europe ou en Amérique que se trouvent les seigneurs
de la guerre, qui alimentent nos conflits. Cela rend encore plus
difficiles les solutions. Cependant, nous devons comprendre quune
fin aux affrontements est indispensable pour le développement
de lAfrique. Il faut que les uns et les autres en prennent
conscience et cessent dêtre manipulés par lOccident.
LM : Aujourdhui il existe en Afrique une prolifération
de systèmes de règlement de conflits qui se chevauchent
pratiquement. Comment lUnion africaine entend-elle les coordonner
?
AE : Il existe en Afrique de nombreux programmes tels que
le programme Acri, lOpération Recam, etc. Certains
pays africains ont accepté ces initiatives là. Tandis
que dautres les ont rejetées. Ce qui est sûr
cest que ces programmes ont des aspects positifs. Mais ce
que jentrevois cest quau niveau de lUa on
mette sur place un état - major des forces de maintien de
la paix pour lAfrique en se basant sur les contingents de
toutes les régions. Cela permettra de coordonner toutes les
opérations de maintien de la paix au niveau de lAfrique.
On a lEcomog au niveau de la Cedeao, dautres mécanismes
en Afrique de lEst. Il faut quon puisse coordonner tout
cela. Cela demande une structure bien organisée et lautre
question quil faudra se poser cest comment financer
cette structure. Il ny a rien de plus cher que lentretien
dune force de maintien de la paix. Les 6% du budget de lOua
sont en ce moment affectés au maintien de la paix. Cela fait
un million six cent mille dollars. Le tout petit Comores a déjà
absorbé à lui tout seul deux millions de dollars,
rien que pour la prise en charge des observateurs quon y envoie.
LM : Quelles seront les sources de financement du fonctionnement
de lUnion africaine ?
AE: Je pense que nous allons créer un groupe de travail
qui va se pencher sur la mobilisation des ressources de lUnion
africaine. Ce groupe travaillera sur tous les aspects. Comment est-ce
quon peut vraiment générer les nouvelles ressources
autres que les contributions des Etats pour financer les activités
de lUnion africaine ? Il y a plusieurs possibilités
dy arriver. Quand jétais récemment en
Afrique du sud, jai rencontré les entreprises et je
leur dis ceci : écoutez, si lUnion africaine marche,
cest vous qui allez en profiter, donc aidez-nous à
la financer. Elles ne sont pas réticentes à ce sujet.
Donc, en fin de compte, je pense quil faut structurer toutes
ces démarches. On peut même envisager le prélèvement
dun certain taux sur les taxes au niveau des échanges
commerciaux entre lUnion et les autres pays. Il y a beaucoup
de possibilités à explorer.
LM : Aucun des cinq chefs dEtat invités à
ce forum nest venu. N y a-t-il pas là un signe
que lUnion ne les intéresse pas véritablement
?
AE : Je ne le pense pas parce que cest une coïncidence
malheureuse des calendriers. Les chefs dEtat avaient décidé
dy participer. Malheureu-sement avec ce qui sest passé
le 11 septembre, le sommet du Common-wealth, initialement prévu
en novembre a été reporté à la période
du forum. Dautres rencontres se tenaient au même moment.
LM : Ils avaient un choix à faire, et ils lont
fait au détriment du forum.
AE : Il y avait un choix à faire. Cest vrai.
Mais là-bas il y avait des projets concrets à prendre.
Et puis tout se passait le même jour. Moi, jai dû
ouvrir le forum ici et menvoler pour le sommet de Syrte. Il
y a eu beaucoup de circonstances malheureuses qui ont empêché
les chefs dEtat invités dêtre là.
Ils avaient des intérêts très importants à
défendre à ces sommets.
LM : M. le Secrétaire général, lOua
semble prendre position pour le président Didier Ratsiraka
dans le conflit interne malgache.
AE : LOua en réalité, soutient la légalité.
Elle ne soutient pas un quelconque protagoniste dans cette crise.
Il y a une constitution qui régit Madagascar depuis longtemps.
Nous travaillons sur les bases de cette constitution.
LM : Est-ce à dire que lOua ne reconnaîtra
pas le gouvernement de Marc Ravalomanana installé à
Antananarivo ?
AE : Si ce gouvernement nest pas installé selon
les règles constitutionnelles, cela pose des problèmes.
Car quelle que soit la légitimité dun pouvoir,
il faut quil y ait la légalité. On ne peut juger
les pays quavec leur constitution quils ont adoptée
eux-mêmes. Cest cela le principe. Si on veut rentrer
dans les considérations, il ny aura plus de critère
dappréciation. Le président qui était
là a été élu démocratiquement.
Cest à travers le processus électoral quil
faut voir quest ce qui est fait et quest-ce qui reste
à faire. Quand les gens disent que la Haute cour constitutionnelle
est favorable au président sortant, cest vrai peut-être.
Mais la réalité cest que la constitution prévoit
que trois membres de la Haute cour sont choisis par le président,
deux par le président du Sénat, deux par le président
de lAssemblée nationale et deux par le Conseil de la
magistrature. Si le sénat est dobédience présidentielle,
cest vrai que la décision de la cour peut être
favorable au président. Mais ça cest la constitution
qui la prévu.
LM : Ne craignez-vous pas que lon qualifie dingérences
dans les affaires intérieures des Etats lintervention
de lUa dans les conflits internes?
AE : Pour ce problème, il faut voir sous quel angle
il se présente aujourdhui. Regardez le cas du Zimbabwe.
Les gens se battent pour ne pas quil y ait sanction, tout
simplement parce que ce pays ne sera pas le seul perdant sil
y a sanction. Cest toute la sous - région. Tous les
produits du Zimbabwe viennent du port du Mozambique. Cest
le cas de la Côte dIvoire qui ne doit pas rester indifférente
devant le problème du Liberia. Elle a eu pendant un moment
400.000 réfugiés.
LM : Justement, on nentend pas assez lOua dans
la crise libérienne. Quest-ce qui justifie ce silence
?
AE : La réalité est que si on veut soccuper
de tout, on ne fera rien. Il y a la Cedeao qui est sur place. Jai
dailleurs fait venir le secrétaire général
avec qui jai discuté sur le sujet. Il faut que la sous
- région essaie de régler les problèmes internes
à elle, quitte à ce quon vienne en appui. On
ne peut pas tout faire.
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