LES PARTICIPANTS DISCUTENT DES ENJEUX DE L'INTEGRATION DES ECONOMIES AFRICAINES


Marie- Noëlle Guichi, FDA info, 3ème numéro, mercredi 6 mars 2002 [sommaire]


La Commission économique pour l’Afrique (CEA) a lancé depuis le 19 février dernier une discussion en ligne qui permet d’ouvrir la participation au plus grand nombre et de faire entendre des voix qui n’auraient pu autrement s’exprimer.

Cette discussion, qui prendra fin avec la clôture du Troisième Forum pour le développement de l’Afrique (FDA III) s’articule autour des cinq thèmes principaux du Forum: histoire et perspectives de l’intégration régionale; intégration physique par le développement des infrastructures; politiques économiques propres à accélérer l’intégration régionale; mise en place d’une union efficace; architecture de la paix et de la sécurité.

À ce jour, plus de 150 contributions en provenance des quatre coins du monde ont été enregistrées. Pour Essongue Clermont- Ferand, basé en France, «il n’y aura jamais d’Union africaine tant que les pays africains ne sortiront pas de l’ornière dans laquelle ils sont embourbés: guerres intestines, dettes et crise économique, système social inexistant, droits humains bafoués, corruption… ». La discussion, organisée conjointement avec AllAfrica. com et Bellanet. org, est la dernière d’une série d’opportunités offertes par la CEA ces quatre dernières années sur l’Internet, pour échanger des idées dans le cadre de forums ou autres grandes instances politiques.

Pour le Secrétaire Exécutif de la CEA, M. K. Y Amoako, l’objectif est de rendre la participation plus large et de fournir un espace de dialogue pour le plus grand nombre possible de partenaires du développement de l’Afrique.

Il promet que les idées exprimées au cours de l’actuel débat en ligne seront prises en compte aussi bien dans les discussions des séances plénières du Forum que dans les programmes de la CEA.

Un participant, Franck Alain, de Londres, pense quant à lui que le succès d’une intégration économique africaine dépendra d’une bonne démocratie des différents États africains. «Le peuple africain ne doit plus tolérer certains présidents

africains comme Eyadema du Togo qui veut actuellement changer la loi pour avoir un troisième mandat, lorsque la loi actuelle précise qu’un président a droit à deux mandats seulement», écrit- il.

Dans le même sens, Esther Greensboro, aux États- Unis, estime que «les chefs d’États africains devraient travailler pour leurs peuples et non pour leurs poches».

Dr Saidi Asenge, président d’une organisation non gouvernementale (ONG) à Kigali (Rwanda) est convaincu qu’on peut parvenir à une Afrique unie et solidaire, à condition d’avoir un plan architectural réaliste. «Nous devons avoir la patience d’un vieil infirmier», lance- t- il avant de suggérer que les dirigeants africains s’attèlent d’abord à rassembler des économies fortes, à tracer les axes lourds pour désenclaver l’Afrique et permettre les échanges économiques, créer un monopole économique par rapport à la mondialisation des marchés, parler d’une seule voix (société civile organisée, secteurs privés, gouvernements) aux grandes assises, créer une banque centrale avant de mettre sur pied un parlement et un comité exécutif ».

Plus alarmiste, Dramane Doumbia de New York estime qu’en Afrique «nous aimons les grandes idées, mais au moment d’agir, nous devenons les grands enfants de l’occident (…) L’idée d’une Union africaine n’arrange pas l’occident qui fera tout pour faire échouer cette bonne idée», professe- t- il.

Mickiry Mansare depuis Manhattan se montre tout aussi pessimiste en déclarant être «convaincu que l’impérialisme continue à tuer l’embryon dans l’oeuf». Il propose alors que les Africains consciencieux prennent des dispositions nécessaires pour donner à l’Afrique sa vraie place.

Ben N’diaye de Bafoussam au Cameroun dénonce l’excès de discours sur la situation de l’Afrique. «Il y a trop de conférences, trop d’initiatives, des plus absurdes aux plus hypocrites. Les problèmes des Africains sont reconnaissables sans discours savants ni conférences coûteuses. Le Mali vient d’organiser avec succès la Coupe des nations; la Libye a réussi à ramener l’eau de la Méditerranée pour irriguer son désert. On n’a pas eu besoin de beaucoup de conférences pour cela», conclut- il.


Marie- Noëlle Guichi, FDA info, 3ème numéro, mercredi 6 mars 2002 [sommaire]

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