INTERVIEW
Entretien avec
Christiane Bitougat: «Nous devons réussir l’intégration régionale
en Afrique»
Marie- Noëlle Guichi,
FDA info, 3ème numéro,
mercredi 6 mars 2002 [sommaire]
FDA
Info: Quel rapport existe- t- il entre
les activités de votre syndicat et le thème de
ce Troisième Forum pour le développement
de l’Afrique (FDA III): «définir les priorités
de l’intégration régionale»?
Christiane Bitougat: C’est la première fois
que je prends part au Forum pour le développement de l’Afrique.
J’ai été invitée
en tant que membre de la société civile,
laquelle société civile comprend les associations,
les ONG (organisations non gouvernementales, NDLR), les syndicats,
les universitaires et autres. Cela permet de comprendre que les
dirigeants africains et autres décideurs ont fini par réaliser
que nous avons un important rôle à jouer dans la résolution des
problèmes de l’Afrique. Ce genre de forum facilite la rencontre
entre les différents acteurs du développement de l’Afrique.
FDA Info: Qu’est- ce que votre syndicat a apporté comme
contribution aux débats du FDA III?
Christiane Bitougat: Les préoccupations de l’organisation
que je représente ici sont les mêmes que celles des autres organisations
de la société civile. Il est question pour nous d’exiger que le
rôle de la société civile soit désormais institutionnalisé, afin
que nous cessions de travailler dans l’informel; que les États
et les gouvernements cessent de nous considérer comme des ennemis,
pour nous reconnaître comme de véritables partenaires au développement
de notre continent.
FDA Info: Quel est concrètement le rôle que peut jouer
la société civile dans le processus de l’intégration régionale
en Afrique?
Christiane Bitougat: La société civile peut beaucoup apporter
dans la réalisation de cet idéal que constitue l’union africaine.
Les décisions sont prises au niveau des autorités. Quand la société
civile se les approprie, elle est capable de mieux apprécier leur
utilité pour les populations. Les décisions prises sans concertation
avec la société civile ont le plus souvent échoué parce que le
peuple ne s’y retrouvait pas. Nous ne sommes plus à l’époque où
les autorités décidaient de tout. Les populations peuvent et doivent
aussi infléchir les décisions; elles doivent dire ce dont elles
ont besoin. C’est une approche indispensable. Nos autorités n’ont
pas la science infuse. Il faut un consensus pour parvenir à de
meilleurs résultats.
FDA Info: Quelles sont vos attentes pour l’après Forum?
Christiane Bitougat: Je souhaite que, une fois retournés
dans leurs pays respectifs, tous ceux qui ont participé à ce Forum
se mettent ensemble pour organiser des rencontres nationales périodiques
afin d’évaluer le chemin parcouru. Il s’agira pour eux d’apprécier
de temps en temps le niveau de mise en application des recommandations
qui sortiront de ce Forum, ce qui permettra de lever les obstacles
qui pouvaient éventuellement empêcher l’avancement du projet.
Par ailleurs, les rencontres régulières entre les pays permettraient
à ceux qui sont avancés dans le processus de partager leurs expériences
avec les pays qui tardent à décoller. Le problème avec les forums
en Afrique, c’est le manque de suivi.
FDA Info: Quel rôle spécifique peut jouer la femme africaine
pour l’avènement d’une Afrique unie et solidaire?
Christiane Bitougat: La femme en général, et la femme
africaine en particulier, a un important rôle à jouer dans la
société. C’est une véritable éducatrice. C’est elle qui tient
le ménage. Si elle le fait avec tant de succès, pourquoi ne gèrerait-
elle pas bien le pays? Les femmes ont montré qu’elles sont très
travailleuses.
Malheureusement, on ne les considère pas à la dimension de ce
qu’elles produisent. La femme est presque chosifiée, surtout en
Afrique. Elle doit faire presque toutes les tâches, mais sans
être rémunérée autant que l’homme. Pourtant, si la société lui
donne le statut qu’elle mérite, à travers des postes à responsabilités
réels, elle est capable de faire des merveilles. Les hommes ont
presque échoué dans la gestion des affaires. C’est une boutade.
Il est temps aujourd’hui, avec la nouvelle intégration régionale,
d’impliquer effectivement les femmes dans la gestion des affaires
politiques. Il faut leur faire confiance pour voir ce dont elles
sont capables dans ce domaine. Peut- être que ce sont- elles qui
parviendront à l’Union africaine que nous cherchons depuis des
années. Nous avons l’obligation de réussir pour que les enfants
de l’Afrique de demain puissent vivre dans un contexte plus agréable.
Ne prenons pas à la légère ce que nous faisons aujourd’hui. Nous
devons le faire avec tout le coeur, comme si nous réglions les
problèmes de nos ménages, au sein de nos familles.
FDA Info: À votre avis, une Union africaine forte et compétitive
dans le contexte actuel est- elle possible?
Christiane Bitougat: Cette Union ne se fera pas aussi
vite qu’on le souhaite. Je pense d’ailleurs que nous n’avons pas
intérêt à nous précipiter. Nous devons aller étape par étape.
La première étape, à mon avis, serait l’information. FDA III nous
a permis de découvrir beaucoup de choses que nous ignorions. Les
autorités ne transmettent pas toujours ce qu’elles reçoivent dans
les multiples conférences auxquelles elles assistent à l’extérieur.
L’information continue sur les défis et les enjeux de l’intégration
régionale en Afrique permettrait aux populations de s’approprier
le projet. Ensuite, il faudra briser les barrières, parce que
toutes les solutions existent dans les documents, comme chacun
à pu le constater à ce Forum. Il faut seulement les mettre en
pratique.
Marie- Noëlle
Guichi, FDA
info, 3ème numéro, mercredi 6 mars 2002 [sommaire]