LE DEMANTELEMENT
DES FRONTIERES, UN ASPECT CRITIQUE DE L'INTEGRATION AFRICAINE
Jeggan Grey-Johnson,
FDA info, 3ème numéro,
mercredi 6 mars 2002 [sommaire]
Le Secrétaire général de la Communauté de l’Afrique de l’Est,
Nuwe Amaya Mushega, a fait un discours mardi matin, qui restera
dans les

annales à cause de la simplicité avec laquelle il présentait un
certain nombre de questions complexes qui compromettent l’intégration
africaine.
Mushega a réduit son argumentaire à la plus
simple des analogies –une parabole sur la manière dont le poisson
se déplace librement dans l’eau. À l’aide d’une carte du lac Victoria,
situé entre trois pays d’Afrique de l’Est, il a déclaré: «Regardez
ici: il n’y a pas de frontières, donc les poissons peuvent nager
comme bon leur semble. Qu’est- ce qui est plus important, nous
ou les poissons?», a- t- il ajouté.
Mushega était l’un des principaux intervenants de la deuxième
séance plénière, qui portait sur «Histoire et perspectives d’intégration
régionale» du Troisième Forum pour le développement de l’Afrique
(FDA III). Cette séance a discuté des efforts d’intégration et
d’unification menés par le passé en Afrique, dans le contexte
des propositions et débats du jour.
Les autres intervenants étaient le Pr Abdoulaye Bathily, Vice-
Président de l’Assemblée nationale du Sénégal, qui a présidé la
séance, et le Pr Adebayo Adedeji, Directeur exécutif du African
Centre for Development and Strategic Studies (Nigéria).
Les débats de la séance sont revenus sur certaines questions
relatives à l’intégration régionale en Afrique, telles que la
liberté de circulation et la souveraineté.
Le Professeur Adebayo Adedeji, ancien Secrétaire exécutif de
la Commission économique pour l’Afrique, fait valoir que l’on
accorde trop d’importance à l’intégration économique, qui en fait,
constitute un obstacle à la réalisation de l’Union poilitique.
«Comment peux- tu faire du commerce avec quelqu’un avec qui tu
ne t’entends pas?», a- t- il demandé. «La balkanisation de l’Afrique
est une réalité et nous devons y faire face».
Pour certains, si l’on pouvait établir un bilan qui comparerait
d’une part, les efforts déployés par les Africains dans le domaine
de l’intégrtaion, et d’autre part, les conflits qui minent le
continent, l’idée d’intégration serait mort- née. En réalité,
la discorde politique sur le continent apparaît dans le fait qu’aujourd’hui,
une quinzaine d’États africains sont impliqués dans des conflits
internes et/ ou inter- régionaux.
D’autres participants soutenant que le problème de l’intégration
devait être examiné sous tous ses aspects, ont conclu qu’en dépit
des efforts qu’ils déploient dans le domaine de l’intégration
régionale, les États africains doivent démanteler leurs frontières
afin de pouvoir soutenir la compétition avec le reste du monde.
«Sans intégration, il y a instabilité, et partant, marginalisation»,
a dit Mushega.
D’autres participants ont noté que les efforts menés pour réaliser
l’intégration à l’échelle continentale ne sont pas nouveaux. Il
y a 40 ans déjà, les membres fondateurs de l’Organisation de l’unité
africaine avaient réfléchi à la question –sans aboutir à une conclusion.
Mais Mushega ne croit pas à la répétition de l’Histoire. «Ce
n’est pas vrai», a- t- il déclaré. «On n’a pas tiré les leçons
des erreurs commises et on s’en prend à l’Histoire». En réalité,
at- il ajouté, «mieux vaut faire table rase du passé» vu les efforts
que l’on déploie aujourd’hui pour réaffirmer les idéaux du panafricanisme.
Jeggan Grey-Johnson,
FDA info, 3ème numéro,
mercredi 6 mars 2002 [sommaire]