EDITORIAL
Sans paix ni sécurité, pas d'avenir
FDA info, 4ème numéro, jeudi 7 mars
2002 [sommaire]
Le thème de la paix a occupé le devant de la scène mercredi au
Troisième Forum pour le développement de l’Afrique (FDA III).
Au cours de la séance plénière sur l’« architecture de la paix
et de la sécurité», les intervenants ont exprimé avec beaucoup
de passion leurs préoccupations au sujet de l’instabilité permanente
qui sévit dans de nombreuses régions du continent et est due aux
conflits en cours.
Les chiffres ne reflètent qu’une partie du ravage que ces conflits
ont causé.
Si l’on ne considère que les chiffres, ils sont assez effrayants:
ces trente dernières années, on a pu compter 30 cas de troubles
civils en Afrique subsaharienne, qui ont coûté des milliards de
dollars en dégâts matériels, et ont entraîné le naufrage des économies,
le délabrement des infrastructures et la dégradation de l’environnement.
Les coûts sociaux ont été plus considérables encore du point
de vue des dommages causés dans divers secteurs sociaux comme
la santé, l’éducation, l’emploi, les fonds destinés à ces secteurs
ayant été plutôt consacrés à l’effort militaire.
Il est difficile de tenter d’estimer –encore moins de deviner–
le coût humain de ces conflits. Vous connaissez les chiffres:
plus de 10 000 personnes, en majorité des civils, ont perdu la
vie. Des millions ont été mutilé( e) s, sont devenu( e) s orphelin(
e) s, veuves/ veufs ou ont été abandonné( e) s par leurs proches.
Cela a de fait contribué à grossir la diaspora africaine, des
millions de personnes s’étant retrouvées sans abri. L’Afrique
compte le plus grand nombre de réfugié( e) s dans le monde. Ajoutez
à ce tableau les ravages causés par les maladies comme le VIH/
sida et le paludisme, toutes choses qui continuent de donner de
l’Afrique l’image d’un continent «en conflit», «en guerre» ou
tout simplement d’un continent «qui ne travaille pas».
Mais on peut également envisager les choses sous un autre angle.
S’il est vrai qu’un conflit est toujours un conflit de trop, il
n’est pas moins vrai qu’une bonne partie de l’Afrique travaille
et le fait sans relâche – parfois en raison des conditions politiques,
économiques et sociales de l’heure. Mais, très souvent, les Africains
eux- mêmes, ne se rendent pas compte que leur continent réalise
de belles performances.
Il va de soi que nous ne saurions nous focaliser sur les belles
performances sans garder à l’esprit «les moins bonnes». On ne
saurait affirmer non plus que les problèmes socioéconomiques du
continent ne sont pas réels et qu’ils ne méritent pas d’être résolus.
Ils sont réels et doivent être résolus.
Mais ce qu’il faut aussi, c’est peut- être un échange de données
d’expérience entre Africains sur l’action que mènent les populations
et les gouvernements pour améliorer les conditions de vie dans
la société.
Sans doute dans le cadre de l’« intégration» des mécanismes seront-
ils mis en place pour ce type d’échange de données d’expérience.
Nombre d’Africains connaissent bien l’histoire de l’Afrique, et
si l’intégration régionale et même l’unité africaine doivent devenir
réalité, il faudra que les Africains apprennent, dans leur propre
intérêt, l’histoire générale de l’Afrique contemporaine afin de
mettre en évidence les liens qui existent et qui pourraient aider
à construire un avenir de paix et de sécurité pour le continent.
Editorial,
FDA info, 4ème numéro,
jeudi 7 mars 2002 [sommaire]