INTERVIEW
Entretien avec
Mme Missambo, Ministre des transports et de l’aviation civile
de la République du Gabon: «Le transport est le moteur de l’intégration
régionale»
Doua Gouly,
FDA info, 3ème numéro,
mercredi 6 mars 2002 [sommaire]
Des ministres des transport de toute l’Afrique se sont réunis
mercredi pour discuter du thème des transports et de l’intégration
régionale.
Mme Paulette Missambo, Ministre
d’État des transports et de l’aviation
civile de la république gabonaise, prend part au nom de son pays
au Troisième Forum pour le développement de l’Afrique (FDA III).
Elle a participé hier aux travaux de la commission des ministres
des transport. Elle estime que l’intégration régionale en Afrique
est un élément essentiel pour la lutte contre la pauvreté. Selon
elle, le transport constitue l’élément primordial de cette lutte.
FDA Info: Mme la Ministre, quelle sera selon vous la place
des transports dans l’intégration régionale africaine en gestation?
On ne peut pas faire d’intégration sans les transports. C’est
absolument capital. Les exposés de ce matin ont prouvé de même
qu’il ne peut y avoir de lutte contre la pauvreté sans les transports.
Il faut pouvoir permettre aux gens de se déplacer afin de vendre
leurs produits et de lutter véritablement contre ce fléau qu’est
la pauvreté.
Donc, dans le cadre de l’Union africaine, je pense que les gouvernements
doivent tout mettre en oeuvre pour la réalisation d’un système
de transport intermodal, afin de favoriser toutes les connexions.
Je parle de transports au sens large. C’est- à- dire le transport
terrestre, le transport maritime, le transport ferroviaire et
le transport aérien. Il faut même y ajouter les télécommunications.
Parce que je crois que l’intégration des nouvelles technologies
de l’information devrait faciliter les connexions entre les pays.
FDA Info: Dans la plupart des pays africains, il existe
les routes, mais l’entretien ne suit pas. Quelle solution les
ministres des transports s’apprêtent- ils à proposer à ce problème?
Les conférenciers de ce matin ont dit qu’il valait mieux d’abord
entretenir les réseaux existants que de les élargir. La maintenance
est au coeur du problème. Généralement, chez nous en Afrique,
on l’oublie, or c’est absolument capital. Les ministres travailleront
d’arrache- pied sur la question lors de ce Forum afin de proposer
des solutions idoines. Il faut donc attendre de réunir toutes
les expériences et difficultés vécues sur le terrain avant de
se prononcer sur la question.
FDA Info: En Afrique centrale, d’où vous êtes originaire,
existe- t- il déjà des groupements allant dans le sens de l’intégration
régionale?
Absolument. Pour ne prendre que le cas du Gabon et du Cameroun,
nous avons réalisé une transafricaine qui relie ces deux pays.
Il y en a une autre actuellement en construction pour la liaison
Gabon- Congo Brazzaville. Avec l’Union africaine, ce travail va
certainement être renforcé.
FDA Info: Les tracasseries policières et douanières sont
très souvent décriées sur les routes africaines. Comment le continent
peut- il se défaire de ce fléau pour une intégration réussie?
C’est vrai, nous avons suivi un exposé qui nous raconte la situation
en Afrique de l’Ouest; situation qui est absolument la même en
Afrique centrale, où barrages et prélèvements multiples sont constatés.
Ce qui est préconisé, c’est une concertation entre les communautés
de façon à réduire ces prélèvements. J’ai même proposé l’instauration
d’un guichet unique pour réduire les charges des usagers de la
route.
FDA Info: Et comment fonctionnera ce guichet unique?
Le fonctionnement de ce guichet est simple. Il s’agira par exemple,
pour les marchandises et autres bagages à transporter entre les
États, de les faire enregistrer dès le départ. Les véhicules sont
plombés et ne pourront être déplombés qu’à l’arrivée. C’est le
même système qui s’applique aux containers. C’est d’ailleurs un
moyen de lutte contre la fraude douanière qui sévit sur les routes
d’Afrique.
FDA Info: Au moment où l’on parle d’intégration, la seule
compagnie panafricaine existante dans le transport aérien vient
de déposer le bilan. Peut- on espérer la naissance d’un autre
outil de ce genre au niveau aérien ou ferroviaire avec l’Union
africaine?
C’est nécessaire. L’Afrique a besoin d’outils d’intégration au
niveau des transports. Cependant, à l’heure de la très grande
libéralisation de tous les secteurs, les transports ne doivent
pas faire exception. Par conséquent, le continent, par le biais
des investisseurs privés, se doit de penser à la création de ces
outils d’intégration. L’idéal serait qu’il y ait des regroupements
pour faciliter le transport sur notre continent.
Doua Gouly,
FDA info, 3ème numéro,
mercredi 6 mars 2002 [sommaire]