Groupe
de discussion thématique d'ADF IV sur les milieux
universitaires et la gouvernance
Note de synthèse
Introduction
La bonne gouvernance est probablement le
principal défi que les pays africains doivent relever.
Il ne fait plus aucun doute qu'une bonne gouvernance est
nécessaire et les gouvernements comme la société
civile africains s'efforcent, à différents
niveaux, d'améliorer la gouvernance le plus rapidement
possible. Compte tenu de l'importance majeure de ce défi
et des enjeux, toute une gamme de parties prenantes, sur
le plan intérieur et extérieur, public et
privé, se sont longuement exprimées à
ce sujet, en particulier les universitaires africains. Les
débats ont mis en évidence des désaccords
et une certaine confusion. Il convient donc de chercher
à réaliser un consensus sur les facteurs de
bonne gouvernance, sur l'état actuel de la gouvernance
en Afrique, sur des stratégies visant à instaurer
une bonne gouvernance et sur les mesures nécessaires
pour que le processus reste africain. Les universitaires
africains ont donc, bien entendu, un rôle important
à jouer à cet égard.
Objectif du groupe de discussion thématique
L'objectif du groupe de discussion thématique
est de mesurer la contribution actuelle des milieux universitaires
aux questions relatives à la bonne gouvernance en
Afrique et d'examiner dans quels domaines l'approfondissement
et la diffusion de leurs recherches auraient des résultats
bénéfiques.
Principaux thèmes
1. Qu'est-ce que la gouvernance ?
Bien que le terme lui-même soit ancien,
sa prééminence dans les débats consacrés
aux affaires publiques est relativement récente.
Ce nouvel usage découle de l'idée que « l'art
de gouverner », qui est du fait des gouvernements nationaux,
ne constitue qu'une partie d'un phénomène
plus général et ne devrait pas être
étudié ni évalué séparément.
On laisse souvent entendre que les débats récents
consacrés à la bonne gouvernance se ressentent
de l'utilisation de conceptions de la gouvernance trop vagues
ou opposées. Il est donc particulièrement
important de déterminer s'il en est ainsi et, le
cas échéant, comment y remédier. On
pourra se poser les questions ci-après :
-
Existe-il une définition minimale unique de
la gouvernance en général, qui rende compte
avec exactitude de la façon dont le mot est utilisé
par toutes les parties aux débats ?
Par exemple, l'expression «l'exercice de l'autorité
dans la société » conviendrait-elle
?
-
Si une telle définition existe, quels sont les
types d'activités et d'institutions couverts ?
Et dans quelle mesure ont-ils des points communs ?
-
Dans le cas contraire, autrement dit si plusieurs
significations existent en parallèle, comment
peut-on établir la meilleure définition
possible ?
2. Modèles de bonne gouvernance
Les modèles de bonne gouvernance
actuellement les plus repris dans le monde découlent
principalement de l'expérience et de la réflexion
d'habitants d'un nombre limité de pays, surtout d'Europe
occidentale et d'Amérique du Nord. Ces modèles
et les prescriptions qui les accompagnent dominent tout
autant les débats consacrés à l'Afrique
qu'à d'autres régions, en particulier en raison
du rôle primordial joué par les institutions
de Bretton Woods et les principaux donateurs bilatéraux
dans l'orientation des structures politiques et économiques
des pays africains.
De nombreux universitaires africains estiment
que, bien que certains principes généraux
et certaines structures essentiels à la bonne gouvernance
soient effectivement les mêmes partout, la pertinence
de certains processus plus précis dépend de
facteurs historiques, sociaux et culturels qui diffèrent
selon les pays. Autre raison pour laquelle il est souhaitable
de soumettre des modèles extérieurs à
une évaluation critique, même si le résultat
leur est favorable : cela aide à faire de la
recherche de la bonne gouvernance en Afrique un processus
africain. Les questions concernant les modèles de
bonne gouvernance s'appliquant à l'Afrique sont notamment
:
-
Comment la notion de gouvernance a-t-elle évolué
et quelles sont ses principales caractéristiques
et modalités ? Dans quelle mesure le modèle
de gouvernance qui prévaut est-il le résultat
d'un cadre historique, politique, social et culturel
précis et quelles sont les forces qui ont déterminé
son évolution ?
-
Etant donné que les mesures de la qualité
de la gouvernance donneront du poids à différents
facteurs, de telle façon que les progrès
accomplis par rapport à l'un pourraient s'accompagner
d'une régression par rapport à un autre,
que peut-on dire de façon générale
sur l'importance relative des différents facteurs
qui, ensemble, déterminent la qualité
de la gouvernance d'un pays ?
3. État actuel de la gouvernance
dans les pays d'Afrique
Toute recherche sérieuse et réaliste
de la bonne gouvernance en Afrique doit passer par une évaluation
de la situation actuelle. On peut toutefois difficilement
comprendre le présent, en particulier les courants
en action, sans une certaine maîtrise du passé.
Il ne s'agit pas seulement d'un exercice intellectuel ;
cela peut contribuer à mettre au jour des possibilités
et des difficultés latentes dans la situation de
tel ou tel pays ou du continent tout entier. Il est donc
important de se demander :
-
Quelles sont les caractéristiques de l'état
de la gouvernance qui semblent être propres aux
pays africains ? Comment expliquer les caractéristiques
en fonction desquelles les pays se distinguent nettement
les uns des autres ?
-
Que peut-on dire des potentiels distincts de différents
pays africains en ce qui concerne l'amélioration
de la gouvernance et des obstacles qu'ils doivent surmonter ?
4. Stratégies d'amélioration
de la gouvernance
Il existe au moins deux moyens grâce
auxquels la recherche de la bonne gouvernance en Afrique
peut bénéficier des travaux des universitaires.
Premièrement, la connaissance historique de certaines
des méthodes ayant permis d'améliorer les
systèmes de gouvernance dans différentes parties
du monde peut contribuer, dans une certaine mesure, à
évaluer les chances de réussite de différentes
stratégies. Deuxièmement, les universitaires
africains se sont penchés avec beaucoup d'attention
sur les coûts éventuels en termes de stabilité
politique, d'efficacité du pouvoir exécutif,
d'autonomie culturelle, de développement économique
et d'atténuation de la pauvreté à court,
moyen et long termes. On peut penser que de tels coûts
peuvent être évités en choisissant avec
soin les stratégies, mais les questions suivantes
se posent encore :
-
Quelles stratégies les pays africains ont-ils
appliquées pour parvenir à la bonne gouvernance
et quels ont été leurs résultats ?
Quels sont les limites et les défauts de ces
stratégies ?
-
Quels enseignements les pays africains peuvent-ils
tirer de leurs expériences respectives et de
celles d'autres régions dans ce domaine ?
-
Dans quelle mesure les efforts déployés
en vue de la bonne gouvernance se répercutent-ils
sur d'autres défis importants au niveau national
comme l'instauration d'un État efficace, le renforcement
de l'intégration nationale, la réalisation
d'un développement économique rapide et
durable, la réduction de la pauvreté et
des inégalités économiques et l'amélioration
des capacités de façon à agir avec
autonomie, unité et efficacité dans le
système mondial ?
-
Quelles sont les méthodes appropriées
pour procéder à une évaluation
comparative des différents coûts et avantages
potentiels ?
-
Quelles sont les contraintes que la nécessité
de réduire les coûts fait peser sur
les moyens et le calendrier des modifications prévues
?
5. Rôle des parties prenantes
dans la promotion de la bonne gouvernance
Une meilleure gouvernance ne peut être
réalisée par la seule action des gouvernements
nationaux. Les universitaires sont nombreux à reconnaître
que la société civile doit jouer un rôle
important dans le processus. La promotion et l'amélioration
de cette participation appellent plusieurs autres questions :
-
Que peut-on apprendre d'une évaluation critique
du rôle tenu jusqu'à présent par
la société civile dans l'évolution
de la gouvernance ? Quelles sont les forces et
les faiblesses des organisations de la société
civile, formelles et informelles, en ce qui concerne
la promotion de la bonne gouvernance ? Comment
peut-on renforcer ces organisations pour qu'elles jouent
un rôle plus efficace dans le processus ?
-
Comment peut-on établir des partenariats entre
les organisations de la société civile,
et entre elles et les différents secteurs du
gouvernement ?
-
Dans quelle mesure la mondialisation a-t-elle affecté
le processus de gouvernance en Afrique ? Quels
sont les principaux acteurs extérieurs dont les
activités se font sentir sur la gouvernance en
Afrique ? Comment et pourquoi ont-ils autant affecté
l'évolution de la gouvernance en Afrique ?
Comment peut-on améliorer la contribution de
ces parties prenantes à la bonne gouvernance ?
-
Comment les universitaires africains peuvent-ils faire
preuve d'objectivité et de recul dans leurs travaux,
tout en coopérant avec leurs homologues et avec
d'autres groupes de la société, de façon
que leur analyse des problèmes de gouvernance
puisse avoir des répercussions concrètes ?
Conclusion
Tels sont certains des thèmes que
le groupe de discussion thématique sur les milieux
universitaires et la gouvernance devra examiner avant la
tenue d'ADF IV en octobre 2004. L'opinion du groupe sur
les principaux domaines de préoccupation et le consensus
dégagé sur les mesures à recommander
orienteront les délibérations en plénière,
avec d'autres parties prenantes et certains chefs d'État,
pendant le Forum lui-même.