Groupe
de discussion thématique d'ADF IV sur la société
civile et la gouvernance
Note
de synthèse
Introduction
Depuis
une vingtaine d'années, le discours politique et le
débat sur le développement accordent, à
juste titre, une plus grande importance aux activités
de la société civile. On s'accorde désormais
à reconnaître que la collaboration et la participation
de la société civile sont souvent un facteur
essentiel dans la réussite des initiatives de développement.
La société civile est plus proche des communautés
que la plupart des acteurs gouvernementaux, ce qui comporte
des avantages majeurs pour mobiliser la population à
des niveaux qui peuvent s'avérer difficiles à
atteindre par les autorités, et pour répondre
aux besoins des communautés.
L'adoption
de principes de bonne gouvernance est un excellent exemple
d'initiative de développement qui requiert la participation
de la société civile. Celle-ci apparaît
de plus en plus comme un élément indispensable
pour renforcer l'autonomie de la population, faire fonctionner
l'obligation redditionnelle politique, améliorer la
qualité de la gouvernance et en renforcer le caractère
intégrateur. Dans le même temps, on a réévalué
les limites de l'action de l'État et on mesure mieux
le potentiel des organisations civiles pour fournir des biens
et des services, de façon indépendante ou de
concert avec les institutions publiques.
Dans
la Déclaration de consensus d'ADF III, on a insisté
explicitement sur le besoin de faire davantage participer
la société civile à l'exécution
des principaux programmes de développement et de gouvernance
en Afrique. On a souligné la valeur de la participation
de la société civile dans le cadre d'initiatives
à grande échelle, de consultations et de forums
à tous les niveaux, et dans la réalisation des
objectifs, notamment en ce qui concerne la représentation,
la promotion de l'intégration régionale et de
la coopération internationale et le respect des droits
de l'homme.
Objectif
du groupe de discussion thématique
L'objectif
du groupe de discussion thématique d'ADF IV sur la
société civile et la gouvernance est d'examiner
les moyens par lesquels la société civile peut
mieux collaborer avec les structures gouvernementales. Le
groupe examinera des questions liées à la prise
de décisions, à la transparence et au partage
des informations, à l'amélioration des résultats
nationaux et aux contributions dans le domaine de la justice
sociale.
Principaux
thèmes
1.
Élaboration des politiques publiques
Les
groupes favorisés qui dominent sur le plan social,
tirant parti de leurs ressources et de leur statut social
supérieurs, exercent souvent une influence considérable
sur les politiques publiques, que se soit directement ou en
appuyant des organismes intermédiaires qui représentent
effectivement leurs intérêts. À l'inverse,
les franges de la population défavorisées et
désavantagées sur le plan social n'ont souvent
aucune chance d'influencer les politiques publiques et l'affectation
des ressources. Des innovations institutionnelles, comme la
décentralisation de la prise de décisions, sont
souvent préconisées pour rectifier les déséquilibres
et promouvoir une participation populaire plus étendue;
leur effet réel continue toutefois de susciter la controverse.
Plusieurs questions se posent à cet égard :
Dans
quelles conditions politiques et socio-économiques
la mobilisation au niveau des communautés peut-elle
être efficace pour influencer les politiques publiques?
Quels
sont les types de stratégies qui semblent le plus efficaces
pour promouvoir des taux élevés de participation
des citoyens?
Quelles
sont les institutions qui permettent des taux plus élevés
de participation politique? Par exemple, la décentralisation
est-elle toujours, ou seulement parfois, efficace à
cet égard?
2.
Transparence de la gouvernance et accès à l'information
On
pourrait penser que des associations civiques énergiques
peuvent souvent avoir un effet sur la qualité de la
gouvernance en augmentant la quantité d'informations
disponibles au sujet de l'élaboration et de l'exécution
des politiques du gouvernement. Les situations diffèrent
néanmoins et il est nécessaire de se pencher
sur l'expérience récente et plus ancienne pour
déterminer quand et comment les activités de
la société civile parviennent à promouvoir
la collecte et la diffusion d'informations sur le fonctionnement
du processus législatif, l'attribution des dépenses
publiques, la mise en _uvre des politiques et des programmes,
etc. On peut notamment étudier les questions ci-après,
en sachant bien que les réponses peuvent être
très différentes, compte tenu des circonstances
nationales :
Quels
sont les meilleurs moyens pour les groupes de la société
civile de promouvoir la mise en _uvre de la législation
adoptée et de contrôler l'affectation des ressources
pour le développement?
Comment les citoyens peuvent-ils efficacement endiguer l'appropriation
des ressources par les bureaucrates et les élites locales
et faire traduire en justice les fonctionnaires coupables
de malversations?
De
quoi dépend la réussite des activités
de plaidoyer et des campagnes visant à accroître
l'engagement des autorités publiques de faire preuve
de probité et d'intervenir rapidement en vue de l'exécution
des lois et des programmes pertinents et de la prise en compte
des conclusions des enquêtes spéciales?
3.
Amélioration des résultats nationaux
La
qualité des services publics et l'efficacité
des dépenses de l'État font partie des principaux
critères de bonne gouvernance. Les propositions habituellement
formulées sur le rôle de la société
civile pour améliorer les résultats nationaux,
en particulier dans les pays en développement, concernent
notamment les points suivants : des partenariats public-privé
dans le cadre desquels les organisations de la société
civile coopèrent étroitement avec les institutions
publiques à la conception et à la prestation
de services, ainsi qu'au contrôle de la qualité
et de la portée de ceux-ci; la mobilisation de fonds
par les organisation de la société civile parmi
leurs clients et d'autres sources; et la prestation directe
de services par les organisations de la société
civile elles-mêmes. Le résultat le plus souhaitable
serait une sorte de synergie dans laquelle les institutions
de l'État pourraient acquérir une plus grande
légitimité et améliorer leurs résultats
en établissant des relations de travail dynamiques
avec la société civile et en puisant dans les
réserves de capital social. Un partenariat aussi fructueux
entre l'État et la société civile peut
exiger des conditions institutionnelles et politiques spécifiques,
qui ne sont pas toujours faciles à réunir. Les
questions posées sont notamment :
Pour
que la société civile contribue à l'amélioration
des performances du secteur public, quelles sont les conditions
impératives à remplir en ce qui concerne le
climat politique et la position prise par les institutions
publiques ? Une position de non-intervention est-elle
suffisante ou faut-il un certain dosage entre promotion et
réglementation?
Comment
des relations de coopération et l'établissement
d'alliances entre les organisations de la société
civile et certains bureaucrates peuvent-ils contribuer à
améliorer la qualité des services publics et
leur efficacité?
4.
Justice sociale, droits des citoyens et état de droit
Une
société civile active est essentielle pour combattre
l'injustice, aussi bien dans les pays développés
que dans les pays en développement. Dans certains pays,
les violations des droits des citoyens garantis par la loi
et de graves atteintes à l'état de droit constituent
un problème central ; dans d'autres, c'est le droit
lui-même qui ne permet pas le respect des droits de
l'homme et la justice naturelle. Quel que soit le type d'injustice,
le potentiel de la société civile pour la réduire
ne doit jamais être sous-estimé. La difficulté
réside dans les moyens d'y parvenir :
Quelles
sont les conditions à remplir pour que le plaidoyer
des organisations de défense des droits de l'homme,
que ce soit par l'appel à l'application des lois existantes
ou à de nouvelles initiatives ou réformes institutionnelles,
ait le plus de chances d'améliorer le fonctionnement
et la responsabilité des organes publics de sécurité
et de maintien de l'ordre?
Comment
les organisations de la société civile peuvent-elles
être dotées de moyens de protéger les
individus menacés par des États répressifs
et d'assurer la défense de leurs droits par des procédures
judiciaires officielles?
Comment
les secteurs de la société civile compétents
peuvent-ils remédier aux insuffisances de la législation
en vigueur ou à l'incapacité des tribunaux et
des professions juridiques à l'appliquer ?
Comment
peuvent-ils surmonter les obstacles politiques aux efforts
de lutte contre l'injustice ou faire face à un environnement
social qui tend à s'opposer à de tels efforts?
Conclusion
Tels
sont certains des thèmes que le groupe de discussion
thématique devra examiner avant la tenue d'ADF IV en
octobre 2004. L'opinion du groupe sur les principaux domaines
de préoccupation et le consensus dégagé
sur les mesures à recommander orienteront les délibérations
en plénière, avec d'autres parties prenantes
et certains chefs d'État, pendant le Forum lui-même.