Groupe
de discussion thématique sur le VIH/SIDA et la gouvernance
Note
de synthèse
Introduction
Étant
donné que près de 30 millions de personnes
sur le continent vivent avec le VIH/sida, ce sont les générations
futures qui ressentiront les pires effets de l'épidémie.
Ceux-ci se traduiront par la perte des résultats
obtenus antérieurement dans de nombreux domaines,
tout particulièrement dans les secteurs de l'éducation
et de la santé.
L'articulation
des objectifs de lutte contre l'épidémie du
VIH/sida et de promotion de la bonne gouvernance en Afrique
pose deux grands défis. Tout d'abord, il faut comprendre
pleinement la nature, l'ampleur et le degré d'urgence
que revêtent les menaces qui pèsent sur la
gouvernance du fait de l'épidémie du VIH/sida
et de ses effets plus généraux. Les pertes
massives et continues de ressources humaines dans tous les
secteurs mettent en péril les capacités institutionnelles
des services ministériels, du secteur privé,
des organisations non gouvernementales (ONG) et de la société
en général.
Ensuite,
il s'agit de mener la plus grande opération de prestation
de services jamais envisagée sur le continent, à
savoir la distribution d'un traitement antirétroviral
à des millions de personnes qui vivent avec le VIH
et le sida. Pour y parvenir, il faudrait non seulement mobiliser
des ressources financières, mais également
mettre en place l'infrastructure humaine et matérielle
ainsi que les dispositions institutionnelles indispensables
à la distribution sans relâche de ce traitement
qui prolonge la vie.
Objectif
du groupe de discussion
L'objectif
du groupe de discussion sur le VIH/sida et la gouvernance
est de réfléchir aux défis que la pandémie
pose pour le maintien des structures étatiques, puisqu'elle
cause de lourdes pertes en ressources humaines dans tous
les secteurs, y compris celui de la santé. Cette
réflexion peut jeter les bases de politiques et programmes
efficaces visant à atténuer ces dangers et
permettre d'assurer les fonctions essentielles de la gouvernance
et la prestation de services.
À
l'évidence, il ne peut y avoir de progrès
en Afrique tant que l'épidémie du VIH/sida
ne sera pas maîtrisée. Cette donnée
est universellement reconnue à présent, comme
en témoignent les engagements majeurs pris par les
gouvernements africains et leurs partenaires internationaux
au Sommet d'Abuja, tenu en avril 1991, par l'Assemblée
générale des Nations Unies à sa session
extraordinaire sur le VIH/sida, etc. Par conséquent,
le groupe thématique ne devra pas se contenter de
répéter les appels habituels à la «
priorité » qu'il faut accorder au VIH/sida,
à la « mobilisation » et au « dynamisme
à tous les niveaux ». Il devra plutôt
s'efforcer de définir des cadres d'action dans chacun
des domaines de la gouvernance examinés ci-après:
1)
Gestion économique et efficacité institutionnelle
La
montée de la morbidité et de la mortalité
aura une incidence directe sur les indicateurs macroéconomiques.
La montée de la morbidité aura pour effets:
de ralentir la productivité (à cause des congés
de maladie des travailleurs ou de leurs congés pour
prendre soin d'un malade dans la famille et de leur maladie
ou de leur inquiétude sur le lieu du travail) ; d'augmenter
les dépenses de santé (personnelles, des entreprises
et des administrations) ; de freiner l'épargne -
au moins une partie du surcroît de dépenses
sera prélevée sur des revenus qui, sans cela,
auraient été épargnés; de réduire
l'investissement (public et privé).
La
montée de la mortalité aura des répercussions
démographiques: diminution de la population et de
la main-d'œuvre; modification de la pyramide des âges
et de la main-d'œuvre (avec ses conséquences
sur l'expérience, la productivité et l'existence
des compétences).
-
Comment
le groupe thématique voit-il ces effets se produire
dans les années à venir ?
-
Quelles mesures faudrait-il prendre pour atténuer
la détérioration de la prestation de services
et du fonctionnement des structures étatiques
et des institutions sociales de base ?
-
De quelle nature devraient être certaines mesures
sectorielles à prendre par des acteurs sociaux
clés pour conserver notre capital humain vital
?
-
Comment les collectivités devraient-elles s'efforcer
d'atténuer la dégradation du progrès
et de la stabilité sociales résultant
de l'accroissement alarmant de la population orpheline
?
-
Qu'entraîne l'épidémie pour la viabilité
du secteur privé, et quel rôle les entreprises
devraient-elles jouer dans la lutte contre le VIH/sida
?
2)
Efficacité d'une distribution à grande échelle
d'antirétroviraux
Même
s'il est démontré que les traitements antirétroviraux
réduisent considérablement la morbidité
et la mortalité liées au VIH, à ce
jour, seules quelque 50 000 personnes en Afrique y ont accès,
ce qui ne représente qu'une couverture de 1%, alors
que 4 millions de personnes en ont besoin. Jusqu'à
une date récente, le débat sur les antirétroviraux
était axé sur le coût de ces médicaments
et sur la nécessité de les rendre disponibles
à moindre coût. Les coûts ont déjà
baissé et, en toute logique, baisseront encore plus
à l'avenir. Cependant, même les médicaments
les moins chers demeurent inabordables pour la majorité
des Africains. Pour en généraliser l'accès,
il faudrait prendre soin d'adapter aux moyens des États
africains le coût tant de la distribution des médicaments
que de la création des infrastructures requises pour
cette distribution.
Quelques
questions à examiner :
-
Jusqu'à
quel point les traitements antirétroviraux à
grande échelle constituent-ils une solution à
la dégradation du capital humain ?
-
Comment peut-on renforcer les systèmes de santé
en Afrique, pour qu'ils administrent des antirétroviraux
et assurent de manière générale
des services de santé adéquats ?
-
Comment faire les choix politiques cruciaux relatifs
à la distribution des antirétroviraux
de manière transparente, avec la représentation
de tous les acteurs concernés ? Quels secteurs
faudrait-il juger prioritaires au regard des ressources
limitées de l'État ?
-
Comment faudrait-il résoudre les contraintes
budgétaires de financement des mesures requises
pour la distribution à grande échelle
d'antirétroviraux ?
-
Quelles formes de partenariats internationaux faudrait-il
établir ?
3)
Représentation politique
On
a prédit que le VIH/sida façonnerait la démocratie
notamment par ses effets sur les élections et les
électeurs. En particulier, le VIH pourrait limiter
les moyens d'organiser des élections libres, régulières
et légitimes, empêcher la participation, notamment,
des personnes infectées ou touchées par le
VIH/sida et modifier les rapports de force, influant ainsi
sur le résultat des élections.
Il
est important d'examiner également l'impact direct
du sida sur des institutions politiques telles que les parlements
(membres et personnel du parlement), ainsi que l'action
de ces institutions face à l'épidémie
et la possibilité de faire de ces institutions des
agents actifs de la lutte contre l'épidémie.
Les incidences prévisibles sur les institutions représentatives
sont, entre autres, la perte de compétences et d'efficacité
et le risque que l'opinion n'ait plus foi en la gouvernance.
-
Comment
le groupe thématique conçoit-il l'incidence
du VIH/sida sur les processus électoraux et la
responsabilité démocratique ?
-
Quel
est l'impact du sida sur le corps législatif
? Peut-on l'atténuer ?
-
Comment
faire en sorte que tous les acteurs concernés
participent au débat sur les priorités,
programmes et budgets de l'État concernant le
sida?
-
Comment
faudrait-il défendre les intérêts
des personnes vivant avec le VIH/sida, dans le processus
démocratique ?
-
Comment
les intérêts des femmes, qui sont particulièrement
touchées par le VIH/sida et par ses effets plus
étendus, peuvent-ils être mieux préservés
?
Tels
sont certains des thèmes que le groupe de discussion
thématique devra examiner avant la tenue d'ADF en
octobre 2004. L'opinion du groupe sur les principaux domaines
de préoccupation et le consensus dégagé
sur les mesures à recommander orienteront les débats
en plénière, avec d'autres parties prenantes
et certains chefs d'État, pendant le Forum lui-même.